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L’opposition plurielle critique certaines déclarations de Laurent Saint-Cyr à New York et rappelle au CPT son départ prévu pour le 7 février 2026

Les forces regroupées au sein de l’opposition plurielle adoptent une position de plus en plus radicale face au Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et au gouvernement actuel, qu’elles jugent incapables de conduire la transition. Lors d’une conférence de presse, elles ont exprimé leur rejet et critiqué vivement le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, à New York en marge de la 80e Assemblée générale des Nations Unies.

Selon l’opposition, les échanges de M. Saint-Cyr, axé principalement sur la sécurité, le référendum constitutionnel et les prochaines élections, ont fait abstraction des véritables causes de la crise multidimensionnelle qui secoue le pays.

Selon un porte-parole, Winder Bernard, les mesures adoptées par l’administration Trump contre des centaines de milliers de compatriotes haïtiens en situation irrégulière aux États-Unis ont eu des conséquences désastreuses sur l’économie nationale.

Le porte-parole a également critiqué le décaissement de sommes importantes du Trésor public pour des projets qui, selon lui, n’ont jamais été réalisés. Il a exhorté la communauté internationale à ne pas soutenir les initiatives du CPT, accusant ses membres de privilégier leurs intérêts personnels au détriment du bien-être de la population.

De leur côté, l’ancien conseiller électoral Rodol Pierre et l’ingénieur Saint-Armand Délissaint, également intervenus lors de la conférence, ont rejeté la résolution du Conseil électoral provisoire qui fixe la date des prochaines élections au 26 mars 2026. Rodol Pierre a affirmé que la tenue de ce scrutin est irréaliste dans le contexte actuel, marqué par une insécurité généralisée et une dégradation constante de la situation sociopolitique.

En conclusion, Rodol Pierre et Saint-Armand Délissaint, dirigeants de regroupements politiques membres de l’opposition plurielle, exigent du Conseil Présidentiel de Transition qu’il revienne sur sa décision et qu’il se retire à la date du 7 février 2026, afin d’éviter une aggravation de la crise politique.

Jacques Innocent

Vertières à Montréal : Symbole de liberté ou miroir des discriminations ?

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La bataille de Vertières, le 18 novembre 1803, est inscrite dans l’histoire universelle comme l’ultime affrontement ayant conduit à l’indépendance d’Haïti, première république noire libre du monde. Pour les Haïtiens, Vertières symbolise la dignité, la résistance et la victoire contre l’oppression coloniale. Imaginer une station de métro à Montréal portant ce nom aurait de quoi remplir de fierté la diaspora haïtienne. Mais une telle initiative soulève une question essentielle : ce geste symbolique suffirait-il à refléter les réalités vécues par les Haïtiens de Montréal, confrontés au quotidien à des discriminations systémiques et à des obstacles à l’intégration ?

Nommer une station Vertières aurait une portée qui dépasse largement les frontières de la diaspora. Montréal reconnaîtrait ainsi une lutte qui appartient à l’humanité entière : celle contre l’esclavage et pour la liberté. Ce choix mettrait également en lumière la présence historique et l’apport de la communauté haïtienne au Québec, qui constitue la plus grande diaspora haïtienne au Canada. Un tel geste serait accueilli avec enthousiasme comme une victoire symbolique, un signe d’appartenance et de reconnaissance officielle.

Mais un symbole ne remplace pas la réalité

La fierté ne suffit pas à masquer les réalités sociales. Les Haïtiens de Montréal continuent d’affronter des barrières structurelles qui compliquent leur intégration. Ces obstacles tiennent, entre autres, à la perte de statut social, à la non-reconnaissance de leurs diplômes et compétences, ainsi qu’à une insertion difficile sur le marché du travail. Malgré un haut niveau de scolarisation, leurs trajectoires sont souvent marquées par le chômage, le sous-emploi et des obstacles qui empêchent l’accès à des emplois correspondant à leur formation. L’emploi, pourtant identifié comme un levier essentiel de l’intégration dans une société d’accueil (Boulet, 2016), devient ainsi une source de désillusion.

À cela s’ajoutent des discriminations persistantes dans l’accès au logement et à l’emploi, ainsi qu’un profilage racial qui touche de manière disproportionnée les jeunes hommes noirs, trop souvent stigmatisés et surreprésentés dans les statistiques policières. Ces réalités, renforcées par une image médiatique réductrice associant la communauté haïtienne à la pauvreté et à la violence, occultent ses réussites et ses multiples contributions. Dans ce contexte, des gestes symboliques tels que baptiser une station Vertières risquent de sonner creux s’ils ne s’accompagnent pas de mesures structurelles concrètes en matière de reconnaissance, d’égalité des chances et de lutte contre les discriminations systémiques.

Pendant qu’on célèbre la bataille de Vertières à Montréal, il ne faut pas oublier les Haïtiens et Haïtiennes qui, aujourd’hui encore, mettent leur vie en danger en traversant la frontière canado-américaine dans l’espoir d’obtenir un statut, une dignité et une place reconnue dans cette société. Leur courage rappelle que la quête de liberté et de reconnaissance n’appartient pas qu’au passé : elle se joue aussi, chaque jour, dans le présent.

Pour que le choix de baptiser une station Vertières ait une véritable portée, il importe d’articuler le symbole et l’action. Ce geste ne doit pas se limiter à un acte de visibilité, mais s’inscrire dans une démarche concrète et cohérente. D’abord, il doit s’accompagner d’un engagement institutionnel fort, visant à renforcer la lutte contre les discriminations systémiques en emploi, en éducation et dans l’accès aux services publics. Ensuite, un travail pédagogique est essentiel : la station pourrait accueillir des plaques, des fresques ou des expositions rappelant la bataille de 1803 et mettant en lumière la contribution de la diaspora haïtienne à la société québécoise. Elle pourrait également devenir un espace de mémoire vivante, un lieu de rencontres, de commémorations et d’événements culturels célébrant la diversité montréalaise. Enfin, une cohérence politique est nécessaire : Vertières ne doit pas se réduire à un simple nom, mais devenir un point d’ancrage pour une véritable politique de reconnaissance et d’inclusion.

Nommer une station de métro Vertières à Montréal serait un geste hautement symbolique, capable de nourrir la fierté d’une communauté et de rappeler à tous la force universelle de la liberté. Mais ce symbole doit être un levier de justice sociale, pas un simple ornement dans le décor urbain. Autrement, il risque de devenir un miroir trompeur : une victoire de façade qui reflète mal la dure réalité des discriminations et des difficultés d’intégration. Vertières fut le lieu où des esclaves ont renversé l’ordre colonial. Si Montréal choisit ce nom, elle devra aussi accepter le défi d’un combat plus proche : bâtir une société réellement égalitaire, où la mémoire des luttes passées inspire les victoires présentes.

Evenold Senat

Sociologue

Spécialiste en gestion du développement international et de l’action humanitaire.

Faire taire le passé : le cri de Michel-Rolph Trouillot enfin en français!

Enfin une bonne nouvelle !

Merci à Lyonel Trouillot et à Pierre Buteau pour les pré et post face!

Un livre qui a traversé le monde anglophone comme une secousse sismique est aujourd’hui traduit en français : Silencing the Past de Michel-Rolph Trouillot paraît sous le titre Faire taire le passé. En librairie dès aujourd’hui au Québec, et à partir du 3 octobre en Europe, cette parution n’est pas un simple événement éditorial. C’est un appel. Une convocation.

Le lieu des silences

Trouillot, Michel-Rolph bien entendu, nous avait prévenus : « Faire taire le passé, c’est dans ce processus que nous sommes depuis longtemps déjà. » Son œuvre explore ce qui se trame dans les interstices du silence, là où l’histoire se fabrique dans l’ombre. Certains faits sont gonflés comme des voiles au vent. Colomb, héros des manuels, tandis que d’autres sont ensevelis dans le mutisme : la violence coloniale, la douleur indigène, la dignité bafouée des peuples.

Et puis il y a le grand silence, celui qui hante encore le monde : la Révolution haïtienne, insurrection victorieuse des esclaves, première aube d’une République noire. Silence lourd, silence coupable, silence obstiné d’une histoire qui refusait de reconnaître l’impensable : que des esclaves aient brisé leurs chaînes et fait éclater l’ordre du monde.

Un livre pour nos gouvernances et nos mémoires

Cette traduction ne nous livre pas seulement des mots nouveaux, mais un miroir.
Elle nous oblige à regarder comment les pouvoirs fabriquent l’oubli, comment l’invisibilité devient arme suprême de l’histoire. Gouverner, se souvenir, écrire, transmettre : tout est lié.

Et dans ce miroir, nous voyons nos propres élites convoquées à la responsabilité : comment gouverner sans mémoire ? Comment prétendre bâtir l’avenir si l’on n’affronte pas les fantômes du passé ?

Trouillot parmi les constellations

Avec Faire taire le passé, Michel-Rolph Trouillot demeure aux côtés de Frantz Fanon, Aimé Césaire, C.L.R. James, dans le cercle lumineux de ceux qui réinventent le récit, refusent les silences imposés et rendent la parole aux effacés.

Ce livre est plus qu’un texte : c’est un sismographe des consciences, une arme douce, une clé tendue pour rouvrir l’histoire et y faire entrer la lumière.

Faire taire le passé de Michel-Rolph Trouillot est disponible dès aujourd’hui au Québec, et le 3 octobre en Europe.

Et si, au lieu de l’avenue John Brown, nous avions une avenue Michel-Rolph Trouillot ?
Et si une route reliant l’aéroport du Cap à la Citadelle portait son nom ?

Yves Lafortune
Miami, le 24 septembre 2025

Journée internationale de langue des signes : le BSEIPH plaide pour l’enseignement de la langue des signes dans les écoles

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La journée internationale de la langue des signes est célébrée le 23 septembre. En cette occasion le Bureau du Secrétaire d’État à l’intégration des personnes handicapées (BSEIPH) a organisé une journée d’activités mettant en avant l’importance de la langue des signes dans la société haïtienne, considérée comme le meilleur moyen de communication pour les personnes sourdes.

Dans son intervention, le directeur exécutif du BSEIPH a plaidé en faveur de l’introduction de l’enseignement de la langue des signes dans toutes écoles publiques et privées.

«Nous encourageons l’État Haïtien à prendre des mesures concrètes pour introduire l’enseignement de cette langue dans les écoles privées et publiques», a déclaré le directeur Fenel Bellegarde

Parallèlement, en tant que responsable du bureau, Fenel Bellegarde, a déclaré que d’importants travaux sont en cours pour permettre à plus d’Haïtiens de comprendre la langue des signes.

Representé le ministre Alix Didier Fils aimé à la cérémonie, le ministre des Affaires sociales et du Travail, Georges Wilbert Franck a réaffirmé que les personnes vivant avec un handicap ont pleinement leur place dans la société.

Il a renouvelé l’engagement de son ministère à les accompagner, tout en soulignant que leur situation ne relève pas uniquement de la responsabilité de l’État, mais aussi de l’ensemble de la société, qui doit changer son regard et son comportement à leur égard.

La Journée mondiale des sourds (qui est souvent abrégée en JMS, et s’appelle International Day of the Deaf en anglais) est une journée internationale, consacrée à la sensibilisation sur la surdité et la présentation de la culture sourde dont la langue des signes fixée au dernier samedi du mois de septembre de chaque année par la Fédération mondiale des sourds depuis 1958.

Au départ, il s’agissait d’un jour de manifestation isolé; mais il est devenu le point culminant d’une semaine de manifestations, la Semaine mondiale des sourds.

Gedeon Delva

Une « force robuste » contre les gangs, espoir certain ou mirage diplomatique ?

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince / New York – À quelques jours de l’expiration du mandat de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, la communauté internationale s’efforce de trouver une issue à l’impasse sécuritaire haïtienne. Les États-Unis et le Panama ont soumis au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution visant à transformer cette mission en une Force de Répression des Gangs (FRG), plus nombreuse, mieux équipée et dotée d’un mandat contraignant au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

Mais entre les vétos annoncés de la Chine et de la Russie, la faiblesse chronique des financements onusiens et les doutes sur la gouvernance haïtienne, les échecs successifs des précédentes missions onusiennes en Haïti, la réussite d’un tel projet reste hautement incertaine.

La MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) déployée depuis 15 mois, a permis de sécuriser l’aéroport international et de rouvrir certains axes routiers stratégiques selon les propos du président William Ruto. Pourtant, elle n’opère qu’à 40 % de ses capacités, insiste le président kényan William Ruto. Moins de 1 000 policiers sont présents sur les 2 500 prévus, et le financement repose sur des contributions volontaires, un modèle précaire qui ralentit toute action.

La proposition américaine entend passer à une échelle supérieure : une force de 5 500 membres, une chaîne logistique onusienne et un mandat toujours flou, et que beaucoup espèrent qu’ils soient pour « démanteler les gangs et sécuriser les infrastructures essentielles ».

Mais cette transformation suppose une résolution du Conseil de sécurité, où Moscou et Pékin voient d’un œil critique l’ingérence occidentale et le précédent d’interventions armées dans les Caraïbes.

L’historique des opérations de maintien de la paix en Haïti, de la MINUSTAH (2004-2017) du BINUH actuel nourrit aussi les réticences : accusations d’abus, épidémie de choléra introduite par les Casques bleus, et sentiment populaire de « tutelle étrangère ».

Sur le terrain, le Canada est le premier partenaire à annoncer un engagement concret : 60 millions de dollars, dont 40 millions pour la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) ou sa successeure et 20 millions pour la sécurité maritime caribéenne. Un geste salué comme « la seule retombée positive immédiate » des rencontres diplomatiques de Laurent Saint-Cyr à New York, selon le politologue Joseph Harold Pierre à l’émission Invité du Jour sur Vision 2000.

Mais ce financement reste modeste face aux besoins estimés : selon ce même analyste, une force véritablement dissuasive devrait compter entre 13 000 à 20 000 membres, dotés d’armes et d’équipements lourds, et bénéficier d’un mandat onusien clair et d’un budget obligatoire.

Or, les contributions volontaires se raréfient : le budget mondial des aides humanitaire de l’ONU est passé de 8,5 à 5,6 milliards de dollars en quinze ans, et que le personnel a été réduit de moitié.

Les chiffres dressent un tableau dramatique : 1,3 million de déplacés internes, plus de 4 000 homicides depuis janvier, et une capitale où plus 90 % du territoire échappe à l’État. Dans certaines zones, les gangs imposent leur propre « gouvernance » comme à carrefour, Bel-air, Canaan, ou même Mirebalais, tandis que la faim place Haïti parmi les cinq pays les plus exposés à la famine mondiale.

Lors de son discours à l’ONU, le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a rappelé que « le peuple haïtien a droit à la paix », exhortant la communauté internationale à « se tenir aux côtés d’Haïti pour le rétablissement de la sécurité, l’organisation d’élections crédibles et la mise en œuvre des chantiers de la transition ». Mais derrière cet appel unanime se cache une vérité dérangeante : aucune force étrangère ne peut réussir seule, avertissent plusieurs experts.

L’ancien diplomate Pierre-Antoine Louis souligne que « si les Haïtiens ne fournissent pas les moyens adéquats et une stratégie nationale de lutte contre l’insécurité, aucune mission, même bien financée, ne pourra rétablir l’ordre ».

Un constat partagé par de nombreux experts: la crédibilité d’une force plus robuste que la MMAS pour combattre les gangs dépendra autant de la volonté politique interne que du soutien international.

Sur le plan diplomatique, le projet de résolution américain se heurte à des vétos prévisibles. La Chine et la Russie dénoncent depuis des années l’usage du Chapitre VII comme instrument d’ingérence. Pékin conditionne tout soutien à un engagement haïtien contre Taïwan, tandis que Moscou voit dans cette initiative un prolongement de l’influence américaine dans son « arrière-cour ».

Même les alliés occidentaux se montrent prudents : après les expériences coûteuses en Afghanistan, en Afrique et en Haïti même, peu d’États sont prêts à engager des troupes et des budgets dans une opération à haut risque, sans perspective claire de succès rapide.

Joseph Harold Pierre rappelle que le déploiement de la mission kényane a déjà pris neuf mois, loin des délais théoriques de trois mois pour sa mise en place.

Trois options se dessinent :

▪︎ Renouveler le mandat de la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité), en renforçant graduellement ses moyens logistiques et financiers, solution la plus réaliste mais insuffisante pour inverser la dynamique des gangs.
▪︎ Adopter une force plus robuste onusienne, scénario souhaité par Washington mais fragile face au double veto sino-russe.
▪︎ Une coalition régionale ad hoc (États-Unis, Canada, CARICOM), contournant l’ONU mais soulevant des questions de légitimité et de souveraineté.

Dans tous les cas, les délais de financement, de recrutement et de déploiement rendent improbable l’arrivée d’une force véritablement opérationnelle avant plusieurs mois, alors que le mandat de la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) expire le 2 octobre.

Pour André Michel, qui se fait appeler « avoka pèp la » « Haïti ne pourra pas sortir de l’enfer des gangs sans un soutien international ». Mais la leçon de l’histoire est claire : sans réformes internes, contrôle des frontières et stratégie nationale de sécurité, aucune intervention ne pourra remplacer la construction d’un État fonctionnel.

L’urgence est là, mais la géopolitique et l’arithmétique budgétaire rappellent que la « force robuste » n’est pas une solution miracle, seulement un pari risqué dans une course contre l’effondrement.

ONU 2025 : Laurent Saint-Cyr multiplie les rencontres pour accélérer la sécurité et la relance économique en Haïti

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En marge de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, le président du Conseil présidentiel de transition d’Haïti, Laurent Saint-Cyr, a enchaîné, depuis lundi 22 septembre 2025, une série de rencontres diplomatiques de haut niveau. Au centre des discussions : la sécurité, les élections et la relance économique.

À New York, Laurent Saint-Cyr a participé à une réunion de haut niveau sur la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), coprésidée par le Kenya, Haïti et les États-Unis. Il a rappelé l’urgence de rétablir la sécurité, salué les efforts déjà entrepris et soutenu l’adoption rapide d’une résolution pour créer une Force de répression des gangs.

« L’heure n’est plus aux promesses, aux plaidoyers ou aux négociations interminables. L’heure est à l’action : une action urgente, décisive et concertée », a-t-il déclaré.

Aussi, il a rencontré le Premier ministre du Canada, Mark Carney. Selon une note de la Présidence, les échanges ont porté sur la nécessité de sécuriser le pays pour organiser des élections crédibles. Le Canada a réaffirmé son appui à la Police nationale d’Haïti, au renforcement de la justice et à la mobilisation internationale en faveur d’une force robuste capable de neutraliser les gangs.

Le Président haïtien s’est également entretenu avec Ilan Goldfajn, président de la Banque interaméricaine de développement (BID). Ils ont discuté du renouvellement des préférences commerciales HOPE/HELP, de projets pour la jeunesse, l’éducation, la santé, l’agriculture et la connectivité aéroportuaire, ainsi que d’un partenariat public-privé pour renforcer la production et la distribution d’électricité dans le Nord.

À Washington, Laurent Saint-Cyr a enfin rencontré le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin. Les deux responsables ont évoqué la mise en œuvre de la feuille de route pour Haïti et les débats en cours au Conseil de sécurité de l’ONU. L’OEA a réaffirmé son soutien au processus électoral et à la transition.

Malgré l’intensité de ces échanges, Haïti reste plongé dans l’attente. Les promesses se multiplient, les plaidoyers s’enchaînent, mais la réalité sur le terrain ne change pas. Tant que ces engagements ne se traduiront pas en actions concrètes, le pays demeurera pris dans un cycle de rencontres et de résolutions sans véritable avancée.

La rédaction

Je n’ai pas vu Haiti sur la carte dans l’avion, voilà ce que je suis venu vous dire aujourd’hui!

À Gotchen Bernard, Legba du Dimanche! Merci pour la lumière !

Je n’ai pas vu Haïti sur la carte. Et pourtant, j’ai cherché longtemps, obstinément, comme on cherche une vérité au fond d’un labyrinthe.
Pour comprendre ce que mes yeux ont refusé de saisir, il m’a fallu remonter dans ma mémoire jusqu’au début des années 2000, précisément en 2004, lorsque le livre de Christopher Wargny, Haïti n’existe pas, enflammait les débats. Certains y trouvaient une provocation salutaire, d’autres s’en offusquaient, mais depuis, force est de constater que « Ti Mari n’est pas montée, ni elle n’est descendue » : elle reste figée, marquant le pas dans un immobilisme lancinant.

Samedi dernier fut un jour difficile. Je revenais de Wichita, ville sans liens directs avec la Floride ou New York, obligeant le voyageur à s’épuiser dans des escales interminables. Le steak de Houston, lourd et obstiné, m’a tenu éveillé tout au long du vol vers Fort Lauderdale. Et dans cette veille forcée, mes yeux guettaient.

J’ai vu Saint-Domingue. Mais Haïti ? Non.
Et pourtant, dans une étrange ambiguïté, j’ai aperçu Port-de-Paix, j’ai cru distinguer Jacmel et Jérémie, comme des mirages au bord de la mémoire. Comme si le pays existait dans le clair-obscur, dans la fissure entre la carte officielle et la carte intime des cœurs.

Depuis, les questions me hantent. Si Haïti n’existe pas, alors dans quel sang circulent mes veines ? Car je marche, mais le vide m’habite. J’avance, mais sans voix à qui confier ma stupeur. La parole s’est éteinte au pays, étouffée par l’argent qui a colonisé les cœurs et les âmes, tandis que l’esprit s’enfuit, exilé loin des ruines.

On peut dire ce qu’on veut, mais Haïti telle qu’elle est aujourd’hui semble être le terreau de toutes les maladies, un corps offert à cent plaies, un territoire de douleurs accumulées. Quinze mois déjà que je ne l’ai pas vue, et pourtant elle m’habite comme une obsession. Elle me hante, semblable à ce « forty deseases », cette maladie imaginaire que les ghettos de Port-au-Prince baptisaient autrefois karantiseyas. Une fièvre sans nom, faite de manque et de nostalgie, où le réel se confond avec le délire.

Haïti : invisible sur les cartes officielles, mais tatouée sur la peau de ma mémoire. Absente du ciel que survolent les avions, mais présente dans chaque nuit d’insomnie, dans chaque silence qui pèse, dans chaque rêve brisé qui cherche encore son chemin.

Yves Lafortune, Fort Lauderdale, le 23 Septembre 2025

Haïti-États-Unis : l’homme d’affaires Dimitri Vorbe arrêté en Floride, Washington dévoile les raisons

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Arrêté aux États-Unis le 23 septembre 2025, l’homme d’affaires haïtien Dimitri Vorbe, figure centrale de la société de production d’électricité SOGENER, pourrait bientôt être expulsé. Selon les informations publiées sur le site du Département américain de la Sécurité intérieure (@DHSgov), il est actuellement détenu par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) au centre de rétention Krome, en Floride.

Cette arrestation survient au lendemain des sanctions imposées par le département d’État américain à l’encontre de deux anciens parlementaires haïtiens, Antonio Cheramy (alias Don Kato) et Anel Bélizaire, accusés de contribuer à la déstabilisation politique et sécuritaire d’Haïti. Proche de Cheramy, Dimitri Vorbe vivait depuis plusieurs années aux États-Unis.

Dans un communiqué sur X publié le 24 septembre, le département d’État a précisé que la présence et les activités de Dimitri Vorbe sur le territoire américain “pourraient avoir de graves conséquences négatives pour la politique étrangère des États-Unis”. Washington affirme que l’homme d’affaires aurait mené une “campagne de violence et de soutien aux gangs”, participant ainsi à la déstabilisation d’Haïti. Ces accusations constituent la base juridique de la procédure d’expulsion engagée contre lui.

Cette affaire résonne tout particulièrement dans le contexte des tensions politiques haïtiennes. Certains, dans la clameur publique, l’accusent sans preuves d’avoir joué un rôle indirect dans l’assassinat du président Jovenel Moïse. Ces soupçons s’expliquent notamment par le fait que Dimitri Vorbe était l’un des principaux bénéficiaires du contrat liant SOGENER à l’État haïtien pour la production d’électricité à Varreux. Ce contrat, conclu plusieurs années auparavant, avait été résilié par le défunt chef de l’État, qui dénonçait des irrégularités et des pratiques jugées abusives.

Dans ce climat électrique, un tweet publié dans la foulée de l’arrestation par le fils de Jovenel Moïse a rapidement attiré l’attention. Sans mentionner directement Dimitri Vorbe, son message a été largement interprété comme une réaction à l’événement, ravivant les querelles anciennes autour du contrat SOGENER et les soupçons liés à l’assassinat de son père, le 7 juillet 2021.

Pour l’heure, les autorités américaines n’ont pas précisé la durée de la détention ni la date d’une éventuelle audience. Mais l’arrestation de Dimitri Vorbe, après celle de l’homme d’affaires Réginald Boulos il y a quelques mois, marque un nouveau tournant dans la politique de Washington à l’égard de certains acteurs économiques et politiques haïtiens, soupçonnés d’alimenter l’instabilité qui ravage le pays.

La rédaction

Haïti-Crise sécuritaire et humanitaire: le Canada conditionne son aide à une refonte du plan onusien

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En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le Canada a annoncé une aide de 60 millions de dollars pour Haïti. Mais ce soutien reste suspendu à l’adoption d’un plan onusien visant à transformer l’actuelle mission kényane en une force internationale élargie de lutte contre les gangs armés.

New York, USA.— Le Canada a annoncé, mardi, un nouvel engagement financier de 60 millions de dollars pour appuyer les efforts internationaux de stabilisation en Haïti, ravagé par la violence des gangs armés. Cette enveloppe, toutefois, reste conditionnée à l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un plan proposé par Washington visant à transformer l’actuelle mission internationale en une force élargie de lutte contre les gangs.

En effet, depuis juin 2024, le Kenya dirige une mission multinationale soutenue par l’ONU pour renforcer la Police nationale d’Haïti. Mais le dispositif peine à remplir son mandat: seulement 40 % des 2 500 agents prévus ont été déployés, selon le président kényan William Ruto. Face à cette impasse, les États-Unis militent pour une refonte de l’opération, plus étoffée, mieux financée et dotée d’un mandat plus robuste.

Lors d’une réunion organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a confirmé que le Canada se disait prêt à mobiliser 40 millions de dollars supplémentaires en cas de validation du projet onusien. S’y ajouteraient 20 millions de dollars pour la sécurité maritime dans les Caraïbes, un volet jugé crucial pour enrayer le trafic d’armes et de stupéfiants, moteurs de la crise haïtienne.

Depuis 2022, Ottawa a déjà injecté 80 millions de dollars dans le cadre du soutien à la mise en place de la mission actuelle, essentiellement pour la formation, la coordination internationale et la surveillance.

Tout en affichant son soutien, le gouvernement canadien insiste sur la nécessité pour les autorités haïtiennes de transition d’avancer sur plusieurs fronts : organisation d’élections crédibles, mise en œuvre de réformes économiques et restauration de l’autorité de l’État. Sans progrès tangibles, avertit Mme Anand, l’appui international pourrait s’essouffler.

À Ottawa, l’engagement croissant du Canada en Haïti soulève un débat politique. Le haut fonctionnaire Mark Richardson a jugé prématurée toute discussion sur un éventuel déploiement militaire canadien. Plusieurs élus, notamment le conservateur Shuvaloy Majumdar, s’inquiètent d’un risque de détournement de l’aide par les gangs ou leurs alliés économiques. Des responsables d’Affaires mondiales Canada ont toutefois assuré qu’aucun cas n’avait été détecté depuis trois ans.

Le trafic d’armes américaines vers la région a également été pointé comme une menace majeure. Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe a appelé Ottawa à accentuer ses pressions sur Washington pour enrayer ce commerce illégal.

Pour la ministre Anand, le renforcement de la mission internationale est indispensable non seulement pour affronter les gangs, mais aussi pour rouvrir les écoles, freiner la crise alimentaire et rétablir un minimum de stabilité. «Alors que la résolution propose de quintupler la taille, le financement et l’équipement de la mission, leurs besoins seront plus importants que jamais», a-t-elle prévenu.

Sur le terrain, la situation demeure critique. Les gangs contrôlent de vastes portions du pays, multipliant déplacements forcés, pénuries alimentaires et violences d’une brutalité extrême, parfois diffusées en direct sur les réseaux sociaux.

Deuxième contributeur financier après Washington, le Canada entend jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle étape. Mais Ottawa souligne que seule une mobilisation accrue de la communauté internationale, couplée à des réformes internes en Haïti, pourra empêcher que la spirale de violence n’anéantisse toute perspective de rétablissement durable.

Jean Mapou

Vers une nouvelle force internationale plus robuste pour combattre les gangs armés en Haïti

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Par Jean Wesley Pierre

New-York – Le 23 Septembre 2025 –
Face à une crise sécuritaire qui s’aggrave de jour en jour, la communauté internationale envisage de muscler sa réponse en Haïti. Réuni à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU étudie la création d’une Force de répression des gangs (FRG) de 5.500 membres, une mission plus robuste et mandatée au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise l’usage de la force militaire pour rétablir la paix.

Cette initiative, portée par les États-Unis et le Panama, vise à remplacer ou à renforcer l’actuelle Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMS), déployée depuis 15 mois sous leadership kényan mais dont le mandat arrive à expiration le 2 octobre.

Une mission actuelle en difficulté

Le président kényan William Ruto, dont le pays dirige la MMS, a dressé un bilan contrasté. Selon lui, la mission a permis de sécuriser l’aéroport international de Port-au-Prince, de protéger le palais présidentiel et de rouvrir plusieurs axes routiers stratégiques.

Cependant, les gangs contrôlent encore près de 90 % de la capitale et continuent de semer la terreur dans d’autres régions du pays.

Ruto a reconnu que la MMS « n’opère qu’à 40 % de ses capacités », faute de moyens matériels, logistiques et financiers. Sur les 2.500 policiers initialement prévus, moins de 1.000 sont réellement déployés, avec des véhicules défectueux et des financements aléatoires.

« On ne peut pas dépendre de la charité. Les financements doivent être prévisibles », a insisté le président kényan, appelant à une mission dotée d’objectifs clairs et de ressources garanties.

Washington plaide pour une force cinq fois plus puissante

Pour les États-Unis, l’heure est venue de franchir un cap. « Haïti est à la croisée des chemins », a averti Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain.

Washington propose de transformer la MMS en une Force de répression des gangs (FRG), forte de 5.500 membres et mandatée par l’ONU, capable de « cibler les gangs, restaurer la sécurité et sécuriser les infrastructures essentielles ».

Cette force bénéficierait d’un Bureau d’appui logistique des Nations Unies en Haïti, garantissant des ressources plus stables.

Appel pressant des autorités haïtiennes

Du côté haïtien, le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a lancé un appel solennel pour éviter un vide sécuritaire après le 2 octobre.

« Haïti ne peut et ne pourra faire face seule à cette crise alimentée par des réseaux criminels transnationaux », a-t-il averti, soulignant que l’interruption du soutien international serait « fatale » au pays.

Une urgence humanitaire et sécuritaire

Les chiffres témoignent d’un désastre en cours. Depuis janvier, 1,3 million d’Haïtiens ont été déplacés, dont la moitié sont des enfants.

Plus de 4.000 homicides ont été recensés par l’ONU, tandis que la faim progresse rapidement, plaçant Haïti parmi les cinq pays les plus exposés au risque de famine dans le monde.

Dans certaines zones contrôlées par les gangs, l’État est absent, remplacé par des formes de gouvernance parallèle. Pour Annise, résidente de carrefour affirme que c’est un désastre, et insiste pour indexé le gouvernement pour leur inaction face à la flambé de l’insécurité, face au fait qu’elle doit élevé 2 jeunes garçon au milieu de ses bandits, elle persiste pour dire : « Kounya pitit mwen an ka panse li nòmal pou yon moun ap bat fanm, kenbe zam, bwè kleren chak jou… Paske se sa yo selman gang yo fè, se pi move egzanp timoun yo te ka jwenn. »

Les violences sexuelles, les exécutions sommaires et même des allégations de trafic d’organes accentuent l’urgence d’une intervention internationale.

Le Conseil de sécurité face à un compte à rebours

Le représentant de l’ONU pour les Amériques, Miroslav Jenča, a mis en garde : « Sans une action accrue, l’effondrement total de la présence de l’État dans la capitale pourrait devenir une réalité. »

Plusieurs États, dont la France et des membres de la CARICOM, appuient l’idée d’un mandat plus robuste pour l’ONU, incluant un soutien logistique et des sanctions renforcées contre les financeurs des gangs.

Un choix décisif pour Haïti et la région

Alors que le mandat de la MMS expire dans quelques jours, la question n’est plus seulement celle d’un soutien, mais d’un engagement international capable de briser l’emprise des gangs et de rétablir l’autorité de l’État haïtien.

Pour les diplomates présents à New York, le temps presse : chaque jour de retard accroît le risque d’un effondrement irréversible.