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Haïti: De l’immobilisme politique

Paroles en l’air, promesses creuses, dialogues avortés. Depuis plusieurs mois, la gestion politique haïtienne donne l’impression d’un pays figé dans un éternel provisoire. Un peuple en apnée du sommeil, le cœur fébrile et la conscience figée dans une longue aventure de crise.

Rien ne bouge. Ni sur le plan institutionnel, ni dans la configuration des rapports de force entre les acteurs en présence. Toutefois, les urgences s’accumulent: crise humanitaire, insécurité généralisée, effondrement des services publics… Mais sur le front politique, c’est le silence assourdissant, frôlant mépris et indifférence.

«Que cache cette inertie? Et surtout, à quoi faut-il s’attendre demain?»

Une transition sans boussole, aucun espoir à l’horizon

Les parties prenantes ayant conduit à la formation du CPT, censé incarner une sortie de crise, fonctionnent à bas régime. Elles se sentent perdues dans le labyrinthe des intérêts mesquins ou de la corruption. Elles ne se sont pas égarées en chemin, car il semblerait qu’il n’était jamais question de faire une route ou d’atteindre un but.

«Ils ont fait exprès de nous embarquer dans l’après Jovenel la tête baissée, sans fixer d’objectif», dirait-on.

Les récentes tentatives de dialogue, impulsées par la CARICOM au nom de la communauté internationale, tournent en rond. Les acteurs politiques multiplient les déclarations, mais aucun calendrier électoral n’est fixé, aucun consensus structurant n’émerge, aucun programme viable. Pas d’action concrète.

Les présidences se tournent et ne transforment rien

La transition se prolonge, change de chef et d’équipe mais se ressemble en tout point de vue, sans changer de ton. Pire, sans fondement ni engagement, elle semble s’être institutionnalisée dans le vide, sans perspective claire, sans mandat défini par le peuple, projetant la nation vers le précipice.

Le pays est comme en lévitation, sans légitimité électorale ni gouvernance effective. Une véritable apnée politique avec de l’immobilisme comme horizon.

Un pouvoir sans projet, une opposition fictive sans stratégie

Le gouvernement en place, dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, peine à imprimer une vision. Certes, l’urgence sécuritaire domine. Mais même sur ce terrain, les signaux sont faibles: les promesses de lutte contre les gangs tardent à se traduire par des avancées concrètes. Le budget de guerre n’arrive pas à se matérialiser pour neutraliser les chefs de gangs criminels.

Pas d’arrestations spectaculaires, les opérations ponctuelles sont bâclées, les pertes de vaillants policiers et de matériels se multiplient, alors que deux institutions clés dans le combat contre la violence armée sont dans un bras de fer, confortant davantage les groupements terroristes.

En face, une opposition politique, fragmentée et discréditée, mais qui attend son tour pour prendre la place sans proposer d’alternative crédible. Elle critique, mais ne construit pas. Elle réclame, mais ne mobilise plus. La rue, autrefois théâtre de revendications populaires, semble fatiguée, vidée de sa capacité de pression; elle est surtout déçue.

L’inconnu: la seule certitude offerte

Que sera demain? La question, aussi légitime qu’elle soit, hante l’esprit de chaque Haïtien. Certains espèrent une percée diplomatique ou un réveil citoyen. D’autres, plus fatalistes, redoutent une aggravation de la crise, une nouvelle vague migratoire, ou pire, un effondrement total de l’État.

Le plus grand danger aujourd’hui, c’est l’habitude. Celle de vivre dans l’anormal, de se contenter du chaos, de ne plus attendre de solution politique, mais seulement une aide d’urgence, un exil ou un miracle.

Haïti ne peut pas éternellement survivre sans boussole ni destination. La société civile, les secteurs économiques, les intellectuels, les jeunes doivent refuser cette anesthésie collective. L’immobilisme politique n’est pas une fatalité. Il peut; il doit; être rompu par l’urgente nécessité d’un réveil.

La question n’est plus seulement: de savoir quoi demain sera fait ? Mais plutôt: qui aura le courage d’en changer le cours?

Jean Mapou

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