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Shultz, il t’a ôté la vie pour avoir tout simplement existé

Par Jean Venel Casséus

Pour avoir marché, chaque matin, dans la lumière douce d’un jour neuf. Pour avoir traversé la rue avec tes écouteurs aux oreilles, ta paix dans le regard et ton pas tranquille d’homme qui n’a rien à se reprocher. C’est tout ce qu’il a dit, froidement, lorsque la police lui a demandé pourquoi.

« Je ne supportais plus de le voir passer chaque matin dans le quartier. »

Scott Hilton, ce Noir américain de quarante-huit (48) ans, t’a poignardé sans t’avoir jamais parlé, sans te connaître, sans raison. Et c’est ainsi que s’explique l’inexplicable, la haine de voir un homme libre, debout, vivant.

Depuis environ un an, tu avais trouvé un équilibre nouveau ici, à Philadelphie. Tu partageais ta vie entre tes cours, tes poèmes et la cuisine, ton autre passion, ce lieu de création où tu faisais danser les saveurs comme les mots.

Je t’imagine encore dans la chaleur de June’s Kitchen, le tablier au cou, le sourire tranquille, la pensée ailleurs, là où naissent les vers et les rêves.

Tu étais un poète de la lumière, un enseignant de l’âme, un journaliste du vivant. Tu croyais aux mots comme d’autres croient en Dieu. Tu pensais que chaque phrase pouvait adoucir le monde. Et voilà qu’un matin, l’obscurité t’a pris sans prévenir.

Depuis ta mort, la ville entière me semble retenir son souffle. Philadelphie a froid. Tes amis, tes élèves, tes confrères, tous parlent de toi au passé avec la douleur de ceux qui ne s’y résolvent pas.

Schultz, tu ne cherchais pas à briller, tu cherchais à comprendre. Tu croyais que chaque mot pouvait guérir quelque chose du monde.

Sur les réseaux, les visages s’allument de ton sourire, les lignes tremblent de tes poèmes. Chacun t’écrit comme on parle à une absence qui continue d’écouter. Et moi, je me demande comment un homme peut tuer un autre homme pour si peu, pour rien.

Dans ce pays où la peur rôde sous chaque porche, où la différence devient parfois une cible, ta mort dit l’essentiel. L’intolérance peut être un crime banal, mais elle ne sera jamais ordinaire.

Tu es parti comme un symbole, comme une blessure ouverte dans la conscience d’une société qui oublie que vivre est un droit sacré.

Tu laisses derrière toi une œuvre inachevée, des rêves suspendus et des enfants à qui il faudra expliquer pourquoi un père peut tomber sous le couteau d’un inconnu.

Tu laisses tes élèves, orphelins de ta voix. Tu laisses ton pays, orphelin d’un poète. Tu laisses ta femme, tes trois sœurs, tes trois enfants, sans ton épaule pour les protéger.

Et tu rejoins à présent ton père, ta mère et tes deux frères dans cette autre lumière où la haine ne sait pas entrer.

Là, sur les traces de l’aube, les mots que tu n’as pas eu le temps d’écrire continueront certainement de te suivre jusqu’au grand matin.

Pennsylvanie, 31 octobre 2025

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