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RDC–Justice : L’OHDLP réclame justice pour Me Constant Mutamba et dénonce une «prise en otage» de la justice congolaise

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PORT-AU-PRINCE.— L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) se dit profondément choqué et indigné par la condamnation de l’ex-ministre de la Justice de la République Démocratique du Congo (RDC), Me Constant Mutamba, prononcée le 2 septembre dernier.

Âgé de 37 ans, l’ancien ministre a été reconnu coupable de détournement de fonds publics dans le cadre d’un marché estimé à 20 millions de dollars. Selon la décision de la Cour de cassation congolaise, il écope de trois ans de travaux forcés et de cinq ans d’interdiction d’exercer toute fonction publique.

Dans une note de solidarité rendue publique le 4 septembre, l’OHDLP qualifie cette condamnation «d’arbitraire» et de «politiquement motivée». L’organisation haïtienne affirme que les accusations portées contre Me Mutamba sont «mensongères», et dénonce une justice «prise en otage par le gouvernement de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo».

Inquiétudes pour la santé de l’ex-ministre

Me Constant Mutamba, placé en résidence surveillée à Kinshasa, continue de clamer son innocence. L’OHDLP se dit préoccupé par son état de santé et appelle la communauté internationale, ainsi que la Cour pénale internationale, à se saisir du dossier et à enquêter sur les « violations systématiques des droits humains », attribuées au pouvoir congolais.

Un procès à visée politique

Selon l’OHDLP, cette condamnation viserait à «éteindre la carrière professionnelle et politique» d’un jeune leader perçu comme un potentiel candidat à la présidence de la RDC. L’organisation souligne que l’affaire a suscité une forte indignation au sein de la population congolaise, qui accuse directement le président Tshisekedi d’être responsable de cette « injustice ».

Appel à une mobilisation internationale

L’OHDLP exige la libération immédiate et sans condition de Me Mutamba, tout en appelant les organisations internationales de défense des droits humains à manifester leur solidarité en faveur de l’ex ministre. L’organisme haïtien recommande par ailleurs la mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante afin de faire toute la lumière sur cette affaire.

Jean Mapou

Les écoles haïtiennes et les lois prescrites, véritables droites parallèles, l’UPEPH monte au créneau

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Alors que des principes clairs encadrent le fonctionnement scolaire, certaines écoles privées continuent de violer la loi en imposant des frais irréguliers, des ouvertures anticipées et d’autres pratiques abusives. L’Union de Parents d’Élèves Progressistes d’Haïti (UPEPH) multiplie les alertes et dénonce la complicité passive du Ministère de l’Éducation Nationale, en dépit de la loi du 10 septembre 2009, approuvée en 2016 sous Jocelerme Privert et publiée dans Le Moniteur en janvier 2017.

En Haïti, la loi portant régularisation des frais scolaires a été adoptée pour garantir un accès équitable à l’éducation et encadrer strictement les coûts imposés aux familles. Proposée par le sénateur Kély C. Bastien et votée sous la présidence provisoire de Jocelerme Privert, elle repose sur la Constitution de 1987, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention relative aux droits de l’enfant. Ce texte législatif rappelle que l’éducation est un droit fondamental et que son coût ne doit pas constituer une barrière insurmontable pour les familles.

La loi est explicite : les frais de scolarité doivent être payés en gourdes, les frais de réinscription sont interdits et un dépôt de garantie ne peut excéder 500 gourdes, déductible des frais annuels.

Le plafond des frais est fixé à deux mois de salaire pour le préscolaire et trois mois pour le fondamental et le secondaire. Leur paiement doit s’effectuer en trois versements (50 % à la rentrée, 25 % au deuxième trimestre et 25 % au troisième). Toute augmentation est limitée à 10 % tous les quatre ans.

Les cérémonies de graduation sont strictement encadrées : interdites pour le jardin d’enfants et facultatives pour la terminale, elles ne doivent pas dépasser deux mois de scolarité.

La loi exige aussi que les écoles respectent les règles fiscales : patente obligatoire pour la vente d’uniformes et tenue de livres comptables vérifiables par le MENFP et la DGI. En cas de violation, les sanctions prévues vont de 5 000 gourdes pour les parents ou élèves à 50 000 gourdes pour les directeurs d’école, avec recours au Code pénal en cas de non-paiement.

Pourtant, huit ans après son adoption au Parlement et près d’une décennie après sa promulgation officielle, cette loi reste largement ignorée. C’est ce que dénonce avec vigueur l’Union de Parents d’Élèves Progressistes d’Haïti (UPEPH) dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Éducation Nationale, Augustin Antoine, le 30 août 2025.

L’organisation pointe du doigt les écoles congréganistes et les établissements dits de “prestige”, accusés de violer systématiquement la loi et reproche au MENFP de fermer les yeux, malgré ses responsabilités de contrôle.

L’UPEPH cite plusieurs abus concrets. Bien que le MENFP ait fixé la rentrée scolaire 2025-2026 au 1er octobre, de nombreuses écoles privées ont ouvert dès la première ou la deuxième semaine de septembre, imposant aux parents le paiement anticipé du premier, voire du deuxième acompte, avant même la publication de la liste des fournitures scolaires.

Dans un contexte marqué par une crise économique et sécuritaire où près de 98 % des parents de la zone métropolitaine ont perdu leur emploi, ces pratiques sont jugées abusives.

L’organisation dont Léo Litholu est secrétaire général dénonce également les dérives des écoles nationales dirigées par des religieux. Alors que le MENFP avait fixé une contribution annuelle symbolique de 1 500 gourdes, certaines de ces institutions, dont les enseignants sont pourtant rémunérés par l’État, exigent entre 35 000 et 40 000 gourdes par élève.

D’autres imposent l’achat obligatoire d’uniformes, de chaussettes ou de barrettes directement auprès de l’établissement, souvent à des prix exorbitants. Certaines vont jusqu’à exiger que les parents fassent confectionner les uniformes par des couturières agréées par l’école.

Plus grave encore, l’UPEPH signale le retour déguisé des frais de graduation, désormais rebaptisés “fêtes de fin d’année” et facturés en dollars américains. À cela s’ajoute l’imposition de frais allant jusqu’à 10 000 gourdes pour le NISU (Numéro d’Identification Scolaire Unique), une exigence jugée totalement illégale.

Face à cette situation, l’UPEPH appelle le ministre Antoine à agir sans délai pour faire respecter la date officielle de rentrée du 1er octobre 2025 et mettre fin aux pratiques illégales qui étranglent financièrement les parents.

L’organisation avertit que dans certaines communes de Delmas et de Pétion-Ville, des écoles profitent de la crise d’insécurité pour augmenter leurs frais de 50 %, contraignant des familles déjà fragilisées à s’endetter lourdement afin d’éviter que leurs enfants ne basculent dans les rangs des gangs armés.

Le contraste est flagrant : alors que la loi fixe des garde-fous précis, de nombreuses écoles privées continuent de fonctionner comme si elles étaient au-dessus des règles. Le silence prolongé du MENFP et l’absence de sanctions réelles posent une question centrale : à qui profite la transgression de ces lois ?

La Rédaction

Opérations au centre-ville de Port-au-Prince : la JILAP et LECADRE appellent la PNH à protéger les civils

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Plusieurs organisations de défense des droits humains encouragent la Police nationale d’Haïti (PNH) à intensifier les opérations en cours au centre-ville de Port-au-Prince, afin de reprendre le contrôle du plus grand centre commercial de la capitale, actuellement occupé par des gangs armés regroupés au sein de la coalition criminelle Viv Ansanm.

Malgré l’absence de communication officielle de la PNH sur ces interventions, qui ont déjà fait des victimes civiles, certains responsables estiment qu’il est urgent de contrer les actions des bandits.

Jocelyne Colas, directrice exécutive de la Commission Épiscopale Nationale Justice et Paix (CE-JILAP), souligne que ces groupes armés continuent de terroriser la population et plongent le pays dans le chaos, mettant en cause l’existence même et la responsabilité de l’État, de plus en plus réduit au rôle de spectateur.

Selon Mme Colas, si les stratégies mises en œuvre par la PNH visent à neutraliser les bandits opérant en plein jour dans la région métropolitaine, elles ne devraient pas pour autant mettre en danger les habitants des zones contrôlées par les caïds de la coalition Viv Ansanm, où de nombreux citoyens tentent de survivre sous la menace constante de la violence et des exactions.

« Nous sommes confiants que la Police nationale a la capacité d’apporter une réponse adéquate au phénomène de l’insécurité », a-t-elle déclaré lors d’une brève entrevue sur le déploiement policier au centre-ville.

Pour sa part, Day Mikelson, secrétaire exécutif de l’organisation LECADRE, a rappelé que le problème ne saurait être traité de manière simpliste. Il a appelé à faire toute la lumière sur l’identité des victimes d’une fusillade survenue le samedi 6 septembre dernier, lorsqu’une camionnette revenant de Carrefour a été attaquée au moment où les forces de l’ordre affrontaient violemment les gangs de « 5 Secondes » à Martissant.

Mikelson a souligné que les groupes armés multiplient les stratégies pour contrer les interventions policières. Insistant sur la nécessité d’une communication claire et régulière autour des opérations, il a exhorté la PNH à mieux protéger la population civile.

Enfin, il a invité les citoyens à collaborer avec la police pour combattre un phénomène d’insécurité qui, selon lui, a un impact direct sur le fonctionnement global du pays.

Le gouvernement favorable à la transformation de la MMAS en une Force de Répression des Gangs

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Port-au-Prince, le 9 septembre 2025.- Le Premier ministre de la République d’Haïti Monsieur Alix Didier Fils-Aimé a participé ce mardi à une réunion de haut niveau avec le Conseil de sécurité des Nations Unies. L’annonce a été faite à travers un communiqué de la Primature.

Dans une intervention par visioconférence, le chef du gouvernement a annoncé son appui au projet de résolution visant à transformer la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) en une Force de Répression des Gangs (FRG), dotée d’un mandat renforcé et opérationnel.

« Cette évolution, attendue par la population haïtienne, représente un pas décisif pour soutenir l’autorité de l’État, protéger les communautés et contribuer à la stabilité nationale et régionale », a précisé Fils-Aimé.

Pour le chef du gouvernement la situation actuelle exige des réponses adaptées à l’ampleur des défis sécuritaires. « La transformation de la MMAS en une force de répression des gangs constituera également un atout majeur pour permettre à Haïti d’organiser des élections démocratiques dans les meilleurs délais », a poursuivi le premier ministre dans son laïus.

Dans son intervention d’une quinzaine de minutes, le chef du gouvernement a réaffirmé l’attachement d’Haiti à la coopération internationale et à la solidarité entre les nations tout en exprimant sa reconnaissance au Conseil de sécurité pour l’attention portée à la situation du pays et pour son engagement constant en faveur de la stabilité, de la paix et du processus démocratique en Haïti.

L’adoption et la mise en œuvre rapide de ce projet de résolution introduit par les États Unis et le Panama traduisent la volonté de la communauté internationale de soutenir le peuple haïtien dans son aspiration légitime à la sécurité, à la paix, à la dignité et à la démocratie.
JK

Haïti : sous menaces, Guyler C. Delva contraint de se mettre à l’abri

Le secrétaire général de SOS Journalistes, Joseph Guyler C. Delva, dénonce, dans une note datée du 9 septembre 2025, de graves menaces persistantes contre sa sécurité personnelle. Face à cette situation inquiétante, il a dû suspendre ses activités professionnelles et se mettre à couvert, une décision qui met en lumière la vulnérabilité croissante des acteurs de la presse en Haïti.

Depuis plusieurs semaines, le dirigeant de SOS Journalistes affirme être la cible de menaces de mort répétées de la part d’individus non identifiés. Ces intimidations, selon lui, sont directement liées à son engagement à défendre la liberté de la presse et d’expression dans le pays.

Guyler C. Delva a confié avoir fait part de ses inquiétudes au PDG de Radio Caraïbes, Patrick Moussignac, au début du mois d’août. Mais la multiplication des menaces l’a finalement poussé à quitter la station, où il co-animait l’émission sociopolitique très suivie Matin Caraïbes, diffusée chaque matin entre 9h et midi.

Parallèlement, SOS Journalistes rappelle que ses démarches ont récemment permis le retour à l’antenne de Boukante Lapawòl sur Radio Méga (103.7 FM), après huit mois de suspension jugée « forcée et illégale ». Une victoire qui, selon l’organisation, aurait contribué à intensifier les pressions exercées contre son secrétaire général.

La situation a pris une tournure plus préoccupante encore lorsqu’au cours du mois d’août, le porte-parole adjoint de la Police nationale, Lionel Lazarre, a contacté M. Delva pour lui signaler que le directeur de la DCPJ souhaitait lui transmettre une correspondance. Mais aucune démarche officielle n’a suivi, alimentant davantage les soupçons et l’inquiétude.

Selon des informations obtenues par SOS Journalistes, certains responsables auraient même envisagé de l’associer aux activités de gangs armés, une opération qui aurait été stoppée grâce à l’intervention d’un officier ayant mis en garde ses collègues contre un scandale retentissant.

En outre, le secrétaire général de SOS Journalistes accuse le Conseil présidentiel de transition (CPT) d’exclure volontairement son organisation de projets de financement destinés au secteur médiatique, ce qu’il considère comme un acte discriminatoire et une tentative de marginalisation.

« Cette situation reflète la gravité de l’état de la liberté de la presse et d’expression en Haïti », a réagi SOS Journalistes, appelant les autorités et la communauté internationale à prendre la pleine mesure des risques auxquels font face les journalistes.

En Haïti, le métier de journaliste est constamment pris d’assaut. Entre l’insécurité imposée par les gangs et les pressions voilées de certaines personnalités politiques, l’ardeur d’informer s’en trouve considérablement ralentie.

Des journalistes sont régulièrement victimes dans l’exercice de leur fonction, que ce soit par des brutalités policières ou à travers des mécanismes d’enlèvements. Le journalisme, véritable historien du quotidien, se retrouve aujourd’hui gravement menacé.

La rédaction

L »or de Toussaint Louverture

L’article du professeur Agenor manque de clarte conceptuelle car il fait reference surtout a la Louisiana Purchase comme source financiere de la banque americaine mais il ne fait pas reference a la question fondamentale de la richesse financiere de St Domingue geree par Toussaint Louverture dans le cadre de son gouvernorat.

Cette richesse financiere n’a strictement rien a voir avec la Louisiana Purchase.En effet les transactions financieres de TL se faisaient surtout avec la banque de Stephen Girard a Bordeaux et peut etre avec certaines banques britanniques.Les details de l’affaire Girard sont surtout connus suite aux proces intentes par la famille de Placide fils de TL a la Banque de Stephen Girard pendant pres de 25 ans.

Cest ainsi qu’on a pu savoir davantage sur le detournement des fonds places par TL aux etablissements bordelais de stephen Girard.Quand ce dernier apprit l’internement de TL au Fort de Joux et supposant que celui ci allait parler sous la torture il fit transferer ces fonds par virement bancaire sur la place londonnienne pour eviter que Napoleon s’en empare puis liquida ses biens et partit pour les USA afin de mettre l’ocean entre lui et Napoleon.

Toussaint ne parla pas sous la torture et refusa de reveler au general Cavaillac ou il avait cache l’or de Saint Domingue.C’est pourquoi Napoleon et ses agents ont toujours cru que cette fortune etait cachee dans les montagnes des Cahos.

Arrivee a Philadelphie Girard ouvrit une nouvelle banque a Philadelphie et fit transferer de nouveau a sa banque nouvellement fondee les fonds gigantesques de TL grace auxquels Stephen Girard devint le premier milliardaire americain.Et cest grace a cet argent qu’il donna et preta a l’Etat americain en 1812 qui evita a washington l’effondrement financier total apres la destruction totale de la capitale americaine y compris la maison blanche par l’armee britannique en 1812.

Le professeur Agenor a completement erre dans son article.Les Etats Unis doivent beaucoup a Haiti y compris son systeme de franc maconnerie.

Auteur inconnu

L’or de Toussaint Louverture : richesses coloniales, réseaux financiers et enjeux historiographiques

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

La figure de Toussaint Louverture (1743-1803), gouverneur de Saint-Domingue, suscite depuis plus de deux siècles un intérêt constant, non seulement en raison de son rôle politique et militaire, mais aussi à travers les débats concernant la gestion des richesses coloniales et les supposés fonds qu’il aurait placés dans des banques européennes et américaines. La critique formulée à l’égard de mon article, selon laquelle celui-ci manquerait de clarté en assimilant trop étroitement la Louisiana Purchase à la question des finances louverturiennes, mérite une réponse historiographique. Afin d’éviter toute confusion, il est nécessaire de distinguer trois niveaux d’analyse : la richesse coloniale de Saint-Domingue sous le gouvernement Louverture, les dépôts bancaires hypothétiques liés à Stephen Girard et la vente de la Louisiane en 1803, qui relève des finances impériales de Napoléon Bonaparte.

Les richesses coloniales de Saint-Domingue sous Louverture

Saint-Domingue, surnommée « la perle des Antilles », était à la fin du XVIIIᵉ siècle la colonie la plus prospère du monde atlantique. Elle fournissait à elle seule près de la moitié du sucre et une grande partie du café consommés en Europe¹. Dans ce contexte, Louverture, devenu gouverneur général en 1797, chercha à maintenir le dynamisme économique malgré la guerre civile et les menaces extérieures. Il réorganisa la production, imposa un système de travail quasi-militarisé et encouragea la reprise du commerce international, non seulement avec la France, mais aussi avec l’Angleterre et les États-Unis². Cette richesse coloniale, il faut le souligner, relevait des finances publiques et non d’un enrichissement personnel direct de Louverture.

La Louisiana Purchase : finances impériales et non patrimoine privé

La Louisiana Purchase (1803) doit être replacée dans le cadre de la politique impériale de Napoléon. La France, incapable de reconquérir Saint-Domingue après l’expédition de 1802 et confrontée à la menace d’une guerre en Europe, choisit de vendre la Louisiane aux États-Unis pour 80 millions de francs (15 millions de dollars)³. Cette opération permit d’alimenter le Trésor français. La transaction, conséquence indirecte de la Révolution haïtienne, ne fut en aucun cas liée aux finances personnelles de Louverture. Elle relève d’un registre macrohistorique : celui des finances d’État et de la stratégie géopolitique napoléonienne.

Stephen Girard et la question des « fonds de Toussaint »

La critique insiste à juste titre sur le rôle du banquier Stephen Girard (1750-1831), établi à Bordeaux avant de s’installer à Philadelphie. Des traditions familiales, relayées notamment par Placide Louverture, ainsi que des litiges judiciaires au XIXᵉ siècle, ont alimenté l’idée que Toussaint aurait confié d’importantes sommes à Girard⁴. Certains témoignages évoquent même un transfert de fonds vers Londres après l’arrestation de Louverture au Fort de Joux, afin de les soustraire à la saisie napoléonienne. Toutefois, les preuves archivistiques demeurent lacunaires. Les recherches disponibles montrent surtout l’ascension financière de Girard dans les circuits commerciaux atlantiques, sans établir de façon incontestable l’existence de dépôts louverturiens⁵. L’hypothèse de « l’or de Toussaint » relève donc à la fois de l’histoire et du mythe.

Mémoire et enjeux historiographiques*

La confusion persistante entre richesses coloniales, dépôts bancaires privés et finances impériales s’explique en partie par le statut mémoriel de Toussaint Louverture. Figure héroïque de la liberté noire, il a souvent été investi d’attributs légendaires, parmi lesquels l’idée d’un trésor caché. Pour l’historien, il importe de distinguer : les finances coloniales de Saint-Domingue sous administration louverturienne, les éventuels fonds privés dont la réalité reste à démontrer et la Louisiana Purchase, décision d’État relevant de Napoléon.

Ces distinctions sont nécessaires pour éviter les anachronismes et clarifier le débat scientifique

La critique met en lumière la pertinence d’un approfondissement des réseaux financiers atlantiques de la fin du XVIIIᵉ siècle. Toutefois, il convient de rappeler que les finances coloniales, la fortune privée supposée de Louverture et la Louisiana Purchase appartiennent à des registres distincts. L’historiographie doit continuer à explorer les archives bancaires européennes et américaines pour trancher sur la question des dépôts attribués à Louverture. En attendant, l’ »or de Toussaint » demeure une énigme à la frontière entre mémoire et histoire.

Notes

  1. Jean Fouchard, Les marrons de la liberté, Port-au-Prince, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 1972, p. 381-390.
  2. David Geggus, La Révolution haïtienne, 1789-1804, Paris, Karthala, 2002, p. 163-175.
  3. François Furstenberg, « L’esclavage atlantique et la vente de la Louisiane », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 51, n°4, 2004, p. 695-710.
  4. Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti, t. IX, Port-au-Prince, 1853, p. 210-215.
  5. Marcel Dorigny, « Les incertitudes de l’héritage de Toussaint Louverture », dans Haïti, première indépendance noire, Paris, CTHS, 2003, p. 157-165. Pierre Josué Agénor Cadet

Non, Toussaint Louverture n’était pas le père biologique de Placide

Par Pierre Josué Agénor Cadet

La mémoire de la Révolution haïtienne, souvent transmise par un mélange de récits oraux, de traditions familiales et d’écrits historiques, a parfois contribué à créer des confusions autour de certaines figures. C’est le cas de Placide, longtemps présenté comme le fils biologique de Toussaint Louverture. Or, les sources disponibles permettent d’établir que Placide n’était pas né de Louverture, mais de l’union entre Suzanne Simon-Baptiste et un homme nommé Séraphin, de peau claire. Cette précision, loin d’être anecdotique, permet de mieux comprendre la construction de la mémoire familiale et politique autour du  » Gouverneur à vie « .

Suzanne Simon-Baptiste, Séraphin et la naissance de Placide

Avant son mariage avec Toussaint Louverture, Suzanne Simon-Baptiste, veuve Bayon de Libertat, eut une relation avec Séraphin Leclerc dit Séraphin Clère, identifié par plusieurs témoignages comme un homme de couleur claire (Madiou, Histoire d’Haïti, t. I). De cette union naquit Placide.

Lorsque Suzanne épousa Toussaint Louverture, ce dernier accueillit Placide et l’éleva comme son fils. Toutefois, sur le plan strictement biologique, la filiation de Placide renvoie à Séraphin et non à Louverture.

La construction d’un mythe filial

Plusieurs éléments expliquent la persistance de l’erreur qui fait de Toussaint le père biologique de Placide :

Le poids de la coutume sociale : dans la société coloniale de Saint-Domingue, l’homme qui assumait la charge d’un enfant était considéré comme père à part entière, indépendamment de la généalogie.

La symbolique du “père fondateur” : dans l’historiographie haïtienne du XIXe siècle (Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti), Toussaint Louverture est présenté comme le « père » de la liberté noire. L’idée d’un fils biologique s’accordait avec ce rôle symbolique.

La transmission orale : la confusion s’est entretenue dans la mémoire collective, où la distinction entre fils biologique et fils adoptif importait moins que le lien affectif et politique.

Placide, fils adoptif et héritier politique de Louverture

Même sans lien de sang, Placide fut traité par Louverture comme un véritable fils. Il porta son nom, fut éduqué dans son entourage immédiat et participa à certaines missions militaires. C. L. R. James, dans Les Jacobins noirs (1938), note que Louverture voyait en lui un prolongement de son œuvre et, peut-être, un héritier.

Le lien qui unit Placide à Louverture témoigne ainsi d’une paternité d’adoption, fréquente dans les sociétés esclavagistes et post-esclavagistes, où la famille se constituait souvent par recompositions et solidarités plus larges que la seule filiation biologique.

Vérité historique et enjeux mémoriels

Réaffirmer que le père biologique de Placide fut Séraphin Leclerc ou Clère (selon les historiens), et non Toussaint Louverture, ne réduit en rien la stature du Gouverneur général à vie. Au contraire, cela éclaire sa personnalité. Louverture ne se limita pas à ses enfants biologiques (Isaac, Saint-Jean, etc.), mais élargit son rôle de père aux enfants de son épouse, incarnant ainsi une conception élargie de la paternité.

Cette précision contribue également à mieux comprendre les usages mémoriels et politiques de la filiation .Ce qui importait, dans la société haïtienne du XIXe siècle, n’était pas tant l’exactitude biologique que la transmission d’un héritage moral et symbolique.

Placide n’était pas le fils biologique de Toussaint Louverture mais celui de Séraphin Leclerc ou Clère, homme de peau claire. Cependant, par son éducation et par la place que lui accorda Louverture, Placide fut pleinement son fils adoptif et politique. Cette clarification permet de dépasser le mythe pour mieux saisir la manière dont se construisent, dans l’histoire, les rapports entre filiation, mémoire et légitimité.

Références bibliographiques:

Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti, Paris, 1853.

Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Port-au-Prince, 1847-1848.

C. L. R. James, Les Jacobins noirs: Toussaint , New York, 1938.

Jean Fouchard, Les Marrons de la Liberté, Port-au-Prince, 1972.

Jean Casimir, La culture opprimée, Port-au-Prince, 2001.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti–Rentrée scolaire 2025: le casse-tête des écoles toujours occupées par les déplacés

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PORT-AU-PRINCE.— À quelques jours de la rentrée des classes, une question cruciale interpelle autorités, enseignants, parents et communautés locales: comment organiser le retour à l’école alors qu’un grand nombre d’établissements scolaires, notamment dans la région métropolitaine, servent encore d’abris provisoires aux familles déplacées?

Selon les données les plus récentes de la Direction de la Protection Civile (DPC), des dizaines d’écoles publiques et privées sont actuellement transformées en centres d’hébergement d’urgence.

Ces bâtiments accueillent des milliers de personnes contraintes de fuir leurs quartiers face à la fureur des gangs. Cette situation met directement en péril le bon déroulement de l’année académique 2025-2026.

Entre droit à l’éducation, droit au logement et réponse humanitaire

Pour les autorités éducatives, le dilemme est de taille: garantir aux enfants leur droit à l’éducation tout en respectant les besoins humanitaires des familles déplacées.

Du côté du Ministère de l’Éducation nationale (MENFP), des discussions sont en cours pour identifier des bâtiments alternatifs et mettre en place des horaires aménagés.

Du côté des organisations humanitaires, l’urgence reste de trouver des abris décents afin d’éviter que les enfants ne soient privés d’école pour une deuxième année consécutive.

Plusieurs pistes de solutions à envisager

Relocalisation des déplacés: transférer les familles vers d’autres sites plus adaptés, notamment des terrains publics ou des bâtiments inoccupés, avec l’appui des partenaires humanitaires.

Aménagement d’espaces temporaires d’apprentissage : installation de classes provisoires sous tentes ou structures modulaires dans les zones où les écoles restent inaccessibles.

Partenariats avec les églises et centres communautaires: afin d’accueillir temporairement des élèves, en attendant la libération des établissements scolaires.

Cependant, la mise en œuvre de ces mesures se heurte à un manque criant de ressources et à l’insécurité persistante qui complique tout déplacement des familles.

Les parents et enseignants inquiets

Du côté des parents, l’incertitude grandit. Beaucoup redoutent un nouveau report de la rentrée, déjà perturbée par l’insécurité et la crise économique. Les enfants ont déjà perdu trop de mois de cours. Si les écoles ne rouvrent pas à temps, ce sera une catastrophe.

Les enseignants, eux aussi, se disent préoccupés par leurs conditions de travail. Outre l’absence de salles de classe, beaucoup craignent pour leur sécurité dans les zones où les violences persistent.

L’urgence est de taille, voire nationale

Face à cette situation, les organisations internationales exhortent l’État haïtien à accélérer les plans de réinstallation et à garantir un accès continu à l’éducation. L’UNICEF, de son côté, rappelle que chaque jour perdu d’école fragilise davantage les enfants déjà affectés par les traumatismes liés au déplacement et à l’insécurité.

La rentrée 2025 s’annonce donc comme un test majeur de résilience pour le système éducatif haïtien. Entre l’urgence humanitaire et l’impératif scolaire, les autorités devront trouver un équilibre rapide afin que les salles de classe retrouvent leur première vocation : celle de former, protéger et offrir un avenir aux enfants du pays.

Alors que la rentrée approche, le pays se trouve face à une équation difficile : libérer les écoles sans aggraver la détresse des déplacés. Une gestion concertée et rapide apparaît indispensable pour éviter que la crise sécuritaire ne se transforme en une crise éducative aux conséquences irréversibles pour toute une génération.

Jean Mapou

Haiti-insecurité: Le parti Eskwad démocratique appelle au dialogue avec les gangs pour débloquer la situation

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Face à la crise sécuritaire qui gangrène le pays, les propositions ne cessent de se multiplier. Ce lundi 8 septembre, lors d’une conférence de presse , le parti politique Eskwad démocratique a livré sa position.

D’entre de jeu , cette structure dirigée par Paul Gerot Jean Baptiste appelle à un dialogue avec les gangs pour sortir le pays de la crise sécuritaire dans laquelle il est plongé depuis plusieurs années.

Selon le coordonnateur général du parti, dialoguer avec les gangs c’est la voie idéale à prendre pour permettre aux familles de retourner dans leurs quartiers.

«À ce stade où nous sommes, nous ne devons pas passer par quatre chemins. La solution à la crise d’insécurité doit passer par le dialogue avec les gangs», a déclaré Jean Baptiste.

Le numéro 1 du parti a pris plusieurs exemplaires où l’on avait du
discuter avec les gangs pour débloquer une situation. Le cas du kidnapping perpétré sur les Dominicains et les missionnaires étrangers. I y a environ 2 ans lors du déblocage de la route menant au Terminal Varreux bloquée, par les gangs.

Selon lui, l’Etat aurait eu gain de cause. « Rejettez toute déclaration ne favorisant pas le dialogue avec les gangs », a insisté M Jean Baptiste, tout en félicitant les membres de la coalition VIV Ansanm qui ont décidé de faire la paix au bas de Delmas.

Paul Gerot Jean Baptiste assure la population que d’ici quelques semaines les routes nationales seront débloquées pour faciliter la circulation vers les autres départements du pays.

« Patientez, les routes seront débloquées, les postes de péages éliminés, car, les chefs de bandes criminelles sont en concertation pour définir dans quelle mesure cette décision sera prise», a-t-il.

Il faut rappeler que les exactions des bandes criminelles à travers le pays a occasionné le déplacement de nombreuses familles pour se réfugier chez un proche ou dans les camps. Selon des vidéos devenues virales sur les réseaux, les bandits ont tout détruit sur leur parcours. Ils ont tué, pillé, incendié, violé etc.

N’est ce pas une injustice de faire la paix à travers des négociations avec les auteurs sans qu’ils ne soient pas sanctionnés pour leurs actes commis ? Pour les familles victimes, auront-elles, alors, des dédommagements?