Par Pierre Josué Agénor Cadet
Dans un monde traversé par des conflits armés, des crises humanitaires majeures et une instabilité géopolitique croissante, l’Organisation des Nations Unies demeure au centre des débats. Présentée comme la gardienne de la paix mondiale et des droits humains, l’ONU suscite pourtant une interrogation de plus en plus partagée : incarne-t-elle réellement PGl’ordre international fondé sur le droit, ou n’est-elle que le reflet des rapports de force entre grandes puissances ?
Créée dans le sillage des ravages de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU portait l’espoir d’un monde débarrassé de la loi de la jungle. En janvier 1946, les 51 États fondateurs s’engageaient solennellement à respecter la souveraineté des nations et le principe de non-ingérence, pierre angulaire de la Charte des Nations Unies. Cet engagement devait garantir l’égalité juridique entre les États, indépendamment de leur puissance militaire ou économique.
Cependant, l’histoire de l’ONU révèle un décalage constant entre les principes proclamés et les pratiques réelles. Dès ses débuts, l’organisation s’est heurtée à la domination politique des États les plus puissants, capables d’imposer leur agenda tout en échappant aux contraintes qu’ils exigent des autres.
Le conflit israélo-palestinien illustre cette contradiction structurelle. Malgré des décennies de résolutions onusiennes appelant au respect du droit international et à une solution fondée sur deux États, l’absence de mécanismes coercitifs effectifs, bloqués par le jeu du veto, a vidé ces décisions de leur substance. Le droit international y apparaît subordonné aux alliances stratégiques.
L’intervention en Afghanistan, menée au nom de la sécurité mondiale, a révélé les limites de l’action militaire sans projet politique durable. Après vingt ans de présence internationale, le retour au point de départ a mis en évidence l’échec d’une stratégie largement tolérée, sinon cautionnée, par les institutions internationales.
Les génocides, en particulier celui du Rwanda, demeurent une tache indélébile sur la conscience collective mondiale. Malgré des alertes précises, l’inaction internationale a démontré que la protection des populations civiles reste conditionnée à leur importance géopolitique.
La guerre du Golfe, suivie de l’invasion de l’Irak, a renforcé l’idée d’un droit international à deux vitesses. Les interventions armées y ont été justifiées par des arguments juridiques fluctuants, montrant que la légalité internationale peut être instrumentalisée lorsque les intérêts stratégiques sont en jeu.
Plus récemment, l’invasion russe de l’Ukraine a mis en lumière l’impasse du système de sécurité collective. Les condamnations de l’Assemblée générale se heurtent à l’impuissance du Conseil de sécurité, paralysé par le droit de veto d’un membre permanent directement impliqué dans le conflit.
Par ailleurs, les ingérences répétées dans les affaires internes de certains États, qu’elles soient militaires, économiques ou politiques, notamment en Amérique latine ou au Moyen-Orient, témoignent d’une pratique persistante de la coercition internationale, rarement sanctionnée lorsqu’elle émane des grandes puissances.
Dans ce contexte mondial marqué par la rivalité des puissances, l’ONU apparaît moins comme l’arbitre impartial des relations internationales que comme le miroir des déséquilibres du système mondial. Tant que la force primera sur le droit et que les mécanismes de décision resteront captifs des puissants, l’idéal d’un ordre international juste et équitable restera une promesse inachevée.
Pierre Josué Agénor Cadet


