Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, le 4 décembre 2025 — Dans un paysage judiciaire marqué par des lenteurs, des contradictions et un profond manque de confiance du public, l’affaire liée au trafic présumé d’armes de guerre avait, à l’époque, mis en lumière un acteur : Jean Édouard Baussan. Le dossier examiné par le cabinet d’instruction le 1er avril 2020 dévoilait une succession de déclarations, de convocations et de précisions qui interrogeaient autant qu’elles éclairaient les mécanismes de l’enquête.
Une enquête lancée sur la base d’un lien non démontré
Selon un rapport de police publié le 30 décembre 2019, un lien possible aurait existé entre l’inculpé principal, Dumont Franck Aby Larco, et l’homme d’affaires Jean Édouard Baussan. Mais ce lien n’avait été ni détaillé ni documenté. De plus, aucune pièce du dossier initial transmis au magistrat instructeur ne mentionnait Baussan.
Lors de son audition, Aby Larco avait affirmé ne pas connaître Edouard Baussan, disant simplement avoir déjà entendu son nom parmi les associés de la UNIBANK, sans jamais avoir eu de rapports avec lui.
Jean Édouard Baussan, un rôle limité selon ses déclarations
Le magistrat instructeur avait alors convoqué Edouard Baussan, qui s’était présenté non comme un responsable de l’Autorité Portuaire Nationale (APN), mais comme un agent maritime, autorisé à travailler dans l’enceinte du port et à servir d’interface entre l’APN et la douane.
Interrogé sur le navire MV Century, au cœur des soupçons de trafic d’armes, l’homme d’affaires avait décrit son rôle comme strictement technique. Il avait indiqué par écrit qu’il transmettrait la liste complète des bateaux “Century” ayant fait escale à Port-au-Prince, avec les dates, cargaisons, agents responsables et ports d’origine.
Le 29 janvier 2020, son avocat, Me Samuel Madistin, avait effectivement transmis au magistrat instructeur les bill of lading du MV Century, retraçant la cargaison du navire.
Baussan avait nié toute relation avec Aby Larco et rejeté fermement l’idée d’un lien quelconque, allant jusqu’à lancer un défi public à quiconque voudrait démontrer le contraire.
Dumont Franck Aby Larco, le consultant armurier du Palais national
Aby Larco avait déclaré être consultant et armurier au Palais national, précisant que le responsable de sécurité lui avait confié trois armes à feu pour sa protection.
Le rapport de police évoquait également un individu nommé Junior Rouling, décrit comme vendeur de drogues, d’armes et de munitions, présenté comme un associé d’Aby Larco. La police soutenait aussi que le Port Lafito aurait pu servir de point de débarquement pour les armes liées au dossier. Le texte soulignait toutefois que ce port n’appartenait pas à Jean Édouard Baussan.
Le réquisitoire définitif : distinctions importantes
Le réquisitoire définitif du 27 mars 2020 apportait une conclusion notable :
Pour Edouard Baussan et Junior Tibul, alias Junior Routing :
→ Le commissaire du gouvernement estimait qu’aucun indice sérieux ne permettait de les impliquer.
Pour Dumont Franck Aby Larco :
→ Le commissaire avait requis son renvoi devant la juridiction répressive pour trafic d’armes, détention illégale et complicité.
→ Les autres inculpés devaient également être renvoyés pour avoir, selon la conclusion, aidé Aby Larco dans ses actes.
Un dossier symptomatique des défis de la justice haïtienne
Cette affaire illustrait la complexité des enquêtes portant sur le trafic d’armes en Haïti :
manque de documentation initiale, contradictions entre rapports, déclarations divergentes et conclusions nuancées des autorités judiciaires.
Si le nom de Jean Édouard Baussan avait concentré l’attention dès le départ, l’instruction judiciaire avait finalement conclu qu’aucun élément probant ne permettait de l’impliquer dans les faits reprochés à Aby Larco.


