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FNE et UNICEF : un partenariat renouvelé pour sauver l’avenir éducatif d’Haïti

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le 7 novembre 2025. — Dans un contexte haïtien marqué par la déscolarisation massive, la précarité des infrastructures scolaires et les multiples crises qui ravagent le système éducatif, le Fonds National de l’Éducation (FNE) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) ont décidé de renouveler leur engagement commun pour soutenir les enfants haïtiens.

Le Directeur général du FNE, M. Elysé Colagène, et Mme Adriana Valcarce, responsable en éducation au sein de l’UNICEF, se sont rencontrés ce jeudi dans les locaux de l’agence onusienne. L’idée principale est de définir une stratégie conjointe de renforcement du soutien éducatif haïtien, particulièrement en faveur de la petite enfance et des zones défavorisées.

Selon les données disponibles, en 2018, environ 500 000 enfants âgés de 6 à 12 ans n’étaient pas scolarisés en Haïti. Dans la tranche d’âge 5-15 ans, un million d’enfants n’avaient pas l’accès à l’éducation. En janvier 2024, le nombre de familles déplacées était passé de 200 000 en novembre 2023 à environ 314 000 et, parmi les personnes déplacées, 172 000 étaient des enfants.

De nombreuses écoles servent d’abris provisoires pour les familles déplacées, alors que d’autres établissements scolaires ont été séquestrés et pillés par les gangs armés. Par conséquent, les élèves et les jeunes déplacés sont privés de leur droit à la scolarisation et à la formation, les personnels éducatifs (directeurs d’école, enseignants, cadres administratifs, professeurs d’universités…) abandonnent leurs quartiers résidentiels à cause des menaces des gangs, et ceux et celles qui en ont les moyens, même très modestes, se dirigent vers un pays étranger, notamment les États-Unis et le Mexique.

Dans ce paysage sombre, le partenariat entre le FNE et l’UNICEF apparaît comme une bouffée d’oxygène, mais aussi comme une mise à l’épreuve de la gouvernance publique.

Les deux institutions se sont accordées sur la nécessité de mieux gérer les subventions et d’optimiser les ressources disponibles pour garantir la scolarisation du plus grand nombre d’enfants possible. Cette approche, si elle est suivie d’actions concrètes, pourrait contribuer à restaurer une certaine confiance dans la capacité de l’État haïtien à remplir son rôle social fondamental : offrir une éducation gratuite et de qualité.

L’un des points centraux de la rencontre fut la promotion du développement de la petite enfance, un maillon essentiel du système éducatif haïtien, mais trop souvent marginalisé dans les politiques publiques haïtiennes.

Comme l’a rappelé Mme Valcarce, « un enfant bien nourri, bien stimulé et bien accompagné dans ses premières années de vie a beaucoup plus de chances de réussir à l’école ».

Le FNE, pour sa part, s’est engagé à intégrer davantage de programmes de soutien à la petite enfance dans ses plans d’action, en collaboration avec les partenaires techniques et financiers. Il s’agit d’un virage stratégique, susceptible de renforcer la base même du développement humain à long terme.

Cependant, cette volonté politique et institutionnelle se heurte à des réalités complexes : l’instabilité politique, l’insécurité galopante, la corruption et le manque de coordination entre acteurs éducatifs. Les promesses répétées de renforcement du secteur se sont souvent noyées dans la bureaucratie et les limites structurelles de l’État.

Le défi pour le FNE et l’UNICEF est donc de transformer cette nouvelle entente en actions mesurables, capables d’avoir un impact réel sur le terrain : construction d’écoles sûres, formation des enseignants, dotation en matériel didactique, soutien psychosocial aux enfants déplacés, et mécanismes transparents de financement.

Au-delà de l’aspect institutionnel, la question éducative est une question de souveraineté nationale. Une génération sans éducation est une génération privée d’avenir, et donc une nation affaiblie.

Le renouvellement du partenariat entre le FNE et l’UNICEF, s’il est bien exécuté, peut marquer une étape importante vers la reconstruction d’un système éducatif inclusif et résilient. Mais cela exige de la transparence, de la planification et une réelle volonté politique de placer l’enfant au centre des priorités nationales.

Le dialogue entre M. Elysé Colagène et Mme Adriana Valcarce dépasse la simple formalité institutionnelle. Il incarne une tentative de redonner espoir à une génération en péril, celle qui doit reconstruire un pays aujourd’hui fracturé.

En effet, il reste à voir si cet engagement, renouvelé sur le papier, se traduira par des actes concrets dans les écoles, les communautés et les vies des enfants haïtiens.

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