Par Jean Wesley Pierre
À quatre mois de la fin théorique de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) tente de renouer le dialogue politique. Entre appels au sursaut national, critiques virulentes et pressions internationales, les perspectives d’une sortie de crise restent floues.
Un dialogue sous tension à quatre mois du 7 février
À l’approche du 7 février 2026, date prévue pour la fin de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) réactive le dialogue politique. Ces derniers jours, le Conseil a multiplié les consultations avec les principales forces politiques du pays, espérant dégager un consensus minimal autour des thèmes cruciaux de la sécurité, des élections, de la Constitution et de la gouvernabilité.
Le 1er octobre 2025, le parti Les Engagés pour le Développement (EDE) a rencontré le CPT, suivi le 7 octobre par une délégation du 21 Décembre, coalition politique autrefois alliée de l’ancien Premier ministre Ariel Henry.
Mais alors que le Conseil présente ces échanges comme un signe d’ouverture et de responsabilité nationale, la méfiance domine du côté des acteurs politiques du pays.
EDE : Une participation critique, un constat d’échec
Dans un communiqué daté du 1er octobre 2025, le parti EDE explique avoir répondu à l’invitation du CPT « par esprit de responsabilité républicaine ». Le document, empreint d’un ton à la fois institutionnel et accusateur, dresse un bilan sévère des 19 mois de gouvernance du Conseil, qualifié de « catastrophique ».
« EDE déplore que le CPT ait attendu moins de cinq mois avant l’échéance prévue pour la fin de cette transition […] pour entamer un dialogue avec les forces politiques haïtiennes », peut-on lire dans le communiqué.
Le parti exprime de forts doutes quant à la sincérité et à l’efficacité de cette initiative, qu’il juge « trop tardive ».
Tout en réaffirmant son attachement à la tenue de scrutins crédibles, honnêtes et démocratiques, EDE insiste sur le fait que ces élections ne sauraient être organisées que par une gouvernance sérieuse, responsable et digne de confiance.
Le 21 Décembre : l’heure de la rupture
Quelques jours plus tard, le 7 octobre 2025, le CPT recevait une délégation du 21 Décembre. « Une délégation du 21 Déc a rencontré ce Mardi 7 Oct le CPT », affirme maître André Michel, dit « Avoka Pèp la » sur son compte X.
« Nous avons discuté de Sécurité, élections, Constitution et de la nécessité d’une entente pour assurer la Gouvernabilité du Pays et établir un calendrier crédible pour les élections. » nous fait savoir maître André Michel.
Son représentant le plus visible, Me André Michel, n’a pas mâché ses mots : « Le CPT a échoué. Ann sove pwosesis la », a-t-il déclaré sur le réseau X, avant d’ajouter à l’émission Le Rendez-vous avec Volcy Assad :
« On n’aura jamais plus un Conseil présidentiel, tel que constitué aujourd’hui. »
Pressions internationales : Washington veut des élections
Ces discussions se tiennent sous le regard insistant des États-Unis et de la communauté internationale, qui réclament un calendrier électoral concret.
L’ambassadeur américain Henry T. Wooster a exhorté le CPT à présenter « un plan précis et assorti d’un calendrier pour les élections et la transition politique ».
Le diplomate a rappelé que « les postes de Premier ministre et de conseillers présidentiels ne sont pas des emplois à vie », soulignant que la sécurité reste la priorité absolue.
À moins d’un consensus national inédit, la transition actuelle semble condamnée à s’achever sans livrer de résultats concrets. Tout indique que le pays se dirige vers une nouvelle phase transitoire, marquée par les mêmes incertitudes, les mêmes fractures et la même absence d’autorité effective.


