mardi, mars 10, 2026
9.9 C
Londres

PREFACE « L’histoire n’existe pas ; il n’y a que la biographie. »                                                                 (Emerson)

Par Pierre Raymond DUMAS

 » Malheur aux peuples qui croient savoir ce qu’ils veulent, quand ils ne font que vouloir ! Vouloir est la chose du monde la plus aisée. « 
                                                    (Karl Marx)
« Tout intérêt manifesté par autrui à notre égard est d’une indélicatesse sans égale »
(Fernand Pessoa).
Qui s’intéresse aujourd’hui à Edmond Paul (1837-1893) ? Mais pourquoi Edmond Paul ? Maintenant, pourquoi s’intéresser à Edmond Paul ? Au vrai, pour la majorité de nos concitoyens. Ce visionaire n’est aujourd’hui qu’un nom. Mais pour oublier qu’il fût. Ce modèle de patriote exceptionnel restait l’une des grandes figures, l’un des grands témoins – parce qu’il en avait été l’un des grands acteurs – de notre passé tumultueux, de notre Histoire. Quant à ce qui va suivre, on ne l’imagine pas sans impatience. Sa biographie illustre l’état de la vie politique d’Haïti, miné depuis sa naissance, en 2004, par les assassinats, les révolutions de palais et l’exil des dirigeants, les luttes sanglantes entre oligarchies rivales, les crises socio-écomiques et le jeu troubles des ingérences étrangères. Son histoire valait la peine d’être racontée aujourd’hui. On le connaît surtout pour Les causes de nos malheurs. Un siècle et trente et un années après son décès, qu-a-t-il encore à nous apprend cet économiste aussi passionné que pionnier ?
Peu de livres ont été aussi souvent cités aussi peu lus que ‘’Les Causes de nos malheurs’’ d’Edmond Paul[1]. Mieux peu d’auteurs ont été aussi souvent cités et aussi peu lus qu’Edmond Paul. Et pourtant, il reste mal connu. Trop souvent donc, on le résume à quelques citations émoussées. Cette habitude de le citer sans l’avoir lu donne le goût, en allant un peu plus profond de rechercher les ressorts, à la fois cognitifs et historiques, qui ont permis que se diffuse de la sorte la pensée, même d’une façon si factice. Il est des œuvres précédées d’une telle réputation que l’on savoure satisfait on en croyant les connaître déjà. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de monographie sur lui. On ne connaissait de lui que cet ouvrage polémique (Les causes de nos malheurs) suscité et quelques harangues anti-salomonistes ou légendes reprises de génération en génération. Les commentaires sur l’ensemble de son œuvre parue en volume élargissant considérablement cette palette[2]. Tous vont chercher dans Edmond Paul quelques citations inspirées et frappantes, et tous passent sous silence la richesse de sa pensée manifestant aussi la pénible impuissance ce qui caractérise notre intelligentsia dans la recherche d’un renouveau de la pensée, de la pratique et de l’action depuis plus d’un siècle. Mérite-t-il l’isolement dans lequel on le tient ? Pas si sûr. Mais voilà, au moment où les massacres frappent à nos portes et où l’avenir du pays en plein bouleversement est remis en question par le banditisme, revisiter le courage, le patriotisme et la volonté de changement, prend tout sens avec Edmond Paul.
Presque toutes les appropriations passées ou contemporaines d’Edmond Paul sont prises dans des cercles clos d’intellectuels ou d’apprentis politiciens marginaux. Timidement, il a servi de drapeau pour une pensée libérale du statu quo et du réformisme petit-bourgeois.[3]  Mi-médium, mi-prédicateur, il a été médité et employé à la fois contre le despotisme autocratique, figé par l’absence d’alternance et dans les réflexions cycliques sur la démocratie. En outre, on le crédite volontiers d’un culte du droit qui paraît conforme aux exigences farouches incarnées aujourd’hui, par l’idéologie des Droits de l’homme.[4] Depuis Edmond Paul qui inspire, la modernisation sociétale par le biais de l’industrialisation est une idée neuve en Haïti. Un siècle et plus n’a pas altéré son aura. On la désire toujours. Son apport à l’historiographie haïtienne restera essentiellement celui d’une certaine qualité d’interrogation sur les problèmes économiques, sociaux et politiques.
Il faut dire et répéter que peu d‘écrivains politiques haïtiens ont une réputation morale aussi forte qu’Edmond Paul, fait assez rare pour être souligné. Un destin d’homme d’une intégrité rare, en prime une conduite de vie exempte de compromissions ou de lâchetés, et pas une larme de trop. Pugnace et engaggé sur la forme, fier et irréductible sur le fond, il attira tous les regards mêmes les plus implacables. Ainsi, aux yeux de Duraciné Vaval[5], Edmond Paul est un piètre écrivain : « Edmond Paul ne sait pas écrire, soit ! Ses phrases sont mal agencées. Mais il ne se sert ni de la plume ni de la parole pour briller. Il produit au jour sa pensée sans se soucier de la forme, persuadé que ses opinions exprimées telles quelles auront assez de justesse pour faire leur chemin. Pour lui, il vaut mieux que l’idée se revête d’une étoffe grossière que du fard et des ajustements de la courtisane. Il s’agit, d’après sa conception des choses, d’enseigner le bien à notre démocratie et d’en obtenir le progrès continue dans la légalité et l’ordre. Qu’on en juge par son discours : il faut toujours envisager la chose et son contraire.
« Sa vertu civique le rendait contemporain du passé plutôt que de sa propre génération qui, déjà, avait pris pour devise : ‘‘Jouir !’’ ‘‘Ses livres viennent comme en réaction de son temps. L’état économique et financier du pays, la misère des foules, les moyens d’améliorer les masses par le travail et l’éducation industrielle, le salut de notre société haïtienne, voilà ce qui constitue la matière de ses nombreuses brochures. »
Pourquoi ne pas aller voir de plus près ? Il suffit en effet de se pencher avec un peu d’intelligence sur son œuvre et son itinéraire pour voir plus clair. Ces lignes discutables de Duracine Vaval appellent, en passant, deux remarques. D’abord, c’est ce qu’on pourrait appeler, sans trop de difficulté, des propos à l’emporte-pièces. Il y a peu d’hommes politiques, d’auteurs politiques haïtiens sur lesquels on ait dit tant d’énormités que sur Edmond Paul qui a si cuellement manqué de reconnaissance et de rayonnement à certains égards. Comment l’œuvre d’Edmond Paul qui iétait une légende de son vivant entre-t-elle en résonance avec l’Haïti d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait d’Edmond Paul une légende ? La vision du libéralisme politique en particulier qu’il eut, en face et à côté du despotisme et du conservatisme, ne peut pas se comprendre sans qu’on l’enracine dans l’incandescence de son temps, comme dans cette Haïti qu’il a beaucoup aimée et dont il s’est acharné à affirmer la spécificité parmi les autres nations, y compris dans la lutte radicale et les relations internationales. Or plus nous mettons en relief le passé et ce qui reste le plus au présent et mieux nous nous approchons du futur. La quête identitaire va, en conséquence, se faire une place de choix dans sa réflexion. Cessons d’affadir le cas par son aplomb, sa générosité, sa vivacité, son esprit de perspective, entre autres caractères, Edmond Paul ne pouvait que déconcerter le critique Duraciné Vaval. De toutes les historiens de la littérature nationale, Duraciné Vaval, sans aucun doute, est le plus allergique à Edmond Paul, c’est-à-dire le moins tendre. Sentencieux, provocateur, d’une effroyable méchanceté, il n’y va pas de main morte pour grossir, déformer et déboulonner la statue de son sujet d’étude.
A rigoureusement parler, il serait trompeur de présenter Edmond Paul, né dans un milieu très poreux à l’influence française, comme un écrivain et un homme de lettres. Pour décrire correctement l’ensemble de son œuvre, et le placer lui-même comme un auteur d’ouvrages à caractère politique et économique, il faudrait noter ceci : son style était efficace, mais il servait à illustrer et à défendre des idées ; il était un auteur dont la maîtrise de la langue française était indéniable, mais sa principale ambition littéraire était d’exprimer ses idées dans un langage bourré de mots recherchés et de ces figures de style dont rêverait aujourd’hui les plus guindés des essayistes. Convaincant, vif, plein de bruits et de fureurs, de désirs et d’inquiétudes, il lut beaucoup d’auteurs de littérature mais il n’était pas un littéraire. Justement, Edmond Paul, curieux de tout, a lu pas mal de livres, comme ci comme ça, vite.
On doit reconnaître en lui une figure de l’écrivain – enfin ? – combattive. Cette rhétorique, je voudrais dire ce qu’elle crée, au fond, de tout à fait exceptionnel : une présence. Bien sûr, une présence qui cherche à s’abolir dans une visée démonstrative du discours, ligne après ligne, 7citations après citations, et il n’y a pas en ce sens de discours plus purement dissuasif que celui d’Edmond Paul, indissociable du concept de développement endogène ou autocentré. Et, comme un boa, il avalait en quantité excessive pour mieux élaborer une synthèse, pour mieux la cristalliser à sa propre mouvance. Les modes d’écriture qu’il a choisis ont toujours été d’une parfaite efficacité, d’une parfaite éloquence. Percutants. Fragmentaires. Dialogués. Riches d’images guerrières, ses montages peuvent être d’une subtilité théâtrale, ses développements d’une rigidité recherchée, sa phrase restera expressive, prenante et cherchera sa force séductrice dans les formes éprouvées de la discussion et de la polémique, en ayant recours aux procédés de citation, d’inventaire, d’énumération. Y’a-t-il là une des limites de l’œuvre ? C’est l’idée même que Edmond Paul se faisait de l’activité d’écriture qui est ici en cause. L’accumulation des citations et des références. Le goût de l’outrance faite à usage intensif devient principe opérationnel, esthétique même. Prolifique et kalédoscopique, l’œuvre ne se replie donc pas sur elle-même et les idéaux de son auteur. Elle respire l’insolence didactique, s’éclaire d’un goût irrépressible pour le progrès. Puisqu’il mena le combat avec des arguments, des idées, ses textes, qui aidèrent tant de gens à voir clair en eux-mêmes et dans le monde, ont, à plusieurs égards, gardé leur sens, leur pouvoir de fascination, leur jeunesse. Edmond Paul appartient à la pathétique cohorte des auteurs qui ne regardent pas l’écriture comme une fin en soi. Edmond Paul, qui n’écrit pas d’affilée – si l’on peut dire –, mais faire écrire les autres sous sa propre plume : c’est vrai qu’il passe le plus clair de son temps d’écriture à mettre en scène les citations des autres.
Inspiré par une éthique du renouveau plutôt qu’une politique des conventions, il lui a manqué fort peu pour qu’il soit un sublime stratège politique. Et c’est mieux comme ça. Edmond Paul n’a jamais endossé l’uniforme de l’homme de lettres, ni discouru passionnément sur les affres de la création.[6]De manière sensible et puissante, il avait une forte personnalité mais avait un cœur en or. Privilégiant la loi du savoir à celle des contingences, il était têtu, mais ouvert. Bien qu’appartenant à la haute société, il témoignait d’une grande compassion envers les démunis dont il se passionne, et qui restera une source d’inpisration sa vie durant, et tout un passé ressurgit pour raconter en filigrane une histoire tragique : celle de nos errances et de nos turpitudes.
Ensuite : regardé et vilipendé de son temps comme un adversaire politique dangereux, Edmond Paul n’eut pas droit à d’avantage d’aménité de la part des historiens et idéologues progressistes eux-mêmes. Pour lui, le régime parlementaire basé sur deux chambres, le système libéral n’était pas seulement un mode de gouvernement, de gestion des affaires publiques, mais encore un certain type de société incompris et déjugé, Edmond Paul apparaît aujourd’hui comme un pôle de rectitude et d’exigence. Sa méthode discursive, c’est-à-dire la foi inébranlable en la modernisation du pays, consiste à promouvoir une république parlementaire plus juste et à creuser ce sillon avec ardeur sans cesse et en toutes circonstances.
Au fond, le XXe siècle s’est conduit jusqu’ici beaucoup plus mal avec Edmond Paul que le XIXe siècle. Considéré comme un moment de déclin, l’Epoque des Baïonnettes est plus complexe qu’il n’y paraît. C’est au XXe qu’on l’a mis au rencart. Maltraité par la vie publique, cet ardent chef de parti le fut aussi par la postérité. Chez nous, tout en cheminant « à saut et à gambades », comme disait Montaigne, il n’a pas vraiment été « recadré » en dehors de l’intérêt de quelques chroniqueurs et hommes politiques. Peut-être est-il si mêlé à la culture politique anglo-saxonne qu’il nous est difficile, pour nous Haïtiens, de le voir avec un œil neuf. Et il est possible que les recherches actuelles révèlent plus clairement les fondements et la pertinence de sa pensée. Une féérie kaléidoscopique.
Mais d’abord, comment expliquer le nœud de paradoxes que constitue son personnage ? Son statut se situe à une altitude élevée, celles des rapports entre la morale et la politique, entre l’action et l’ambition, entre les convictions et les passions. Voilà l’un des hommes politiques les plus prestigieux du XIXe siècle haïtien, si attentif à ce qui caractérise l’humain en propre et donc à tout ce qui le pousse vers les sommets ou vers l’abîme. Or il n’a presque pas gouverné. Mal préparé aux compromis de la durée, condamné à la romance des argumentaires pédagogiques, respecté et réjeté à la fois par les politiciens et dirigeants dont la quasi-totalité n’avait aucune idée de l’économie parce qu’il est le contraire d’un politicard. C’est probablement la moralité d’Edmond Paul – remarquez que je n’ai pas dit le moralisme – qui agacera le plus les hommes politiques de maintenant. L’opportunisme, l’aveuglement, les ambitions, la malice des protagonistes de « ces temps de désarroi[7] », une flopée de portraits psychologiques, politiques[8], la description du contenu de ses livres, l’analyse des stratégies de prise de pouvoir des uns et des autres mettent au jour la personnalité de cet homme hors du commun, submergé par les méandres de la lutte politique.Au XIXe siècle, Haïti était aussi dangereux que scandaleux.
« Edmond Paul, une vie politique, une œuvre économique qui aide à préciser le cheminement de sa réflexion confirme la résurrection d’un homme de réflexion enterré par l’historiographie haïtienne – il fut sans aucun doute un des très grands esprits de son temps. Une vie au service de la politique et du pays. De cette sortie du tombeau, il y a des signes moins impalpables : même si, à une biographie exhaustive, on a préféré un cheminement à travers les actions politiques et l’œuvre d’Edmond Paul qui est une figure centrale de l’historiographie haïtienne, une exploration minutieuse des événements et des textes menée, certes, selon la chronologie, mais qui aboutit à faire moins une biographie événementielle qu’une sorte de portrait fragmentaire, multiple, toujours recommencé de cet esprit percutant. Une légende où les circonstances folles et heureuses s’agencent en destin ? On a là une vie, une œuvre, une époque. C’est le contraire d’une biographie à l’américaine, c’est-à-dire une musique imagée, mélodramatique et passionnée. Il ne s’agit pas de ramasser des miettes ou d’enjoliver un souvenir. Il s’agit de revisiter une vie dans l’exactitude que la lucidité seule sait rendre contagieuse. Toute biographie, dit-on, est autobiographique.  « Il n’y a de philosophie qu’autobiographie », affirmait la philosophe hongroise Agnes Heller. Peut-être, ici. Nostalgiques comme jamais, les Haïtiens ne sont pas coutumiers des biographies. Dans la mince étoffe infiniment ravaudée et terne de la biographie à l’haïtienne (mais il n’y a pas que le Ducasse Hyppolite de Frédéric Marcelin et le Mérisier Jeannis d’Alain Turnier qui soient vraiment des biographies fulgurantes), peut-on encore tailler des patrons originaux. Ces deux biographies d’une grande richesse tout en étant d’une grande simplicité sont des livres profondément émouvants. Le raccourci bio-bibliographique a ses charmes mais aussi ses risques. A commencer par celui de prêter le flanc au laconisme. La principale inquiétude qui nous taraude ici, est donc de savoir si j’y ai re-dit tout ce qu’Edmond Paul avait déjà dit. C’est pourquoi l’on fait passer, à la différence des biographies où l’histoire est considérée comme le séduisant arrière-plan de la vie d’un être hors du commun, la flamme d’une époque à travers le prisme d’une personnalité de premier ordre de telle sorte que le résultat offre les diverses facettes d’une vie et d’une œuvre. Ce gros livre de près de 500 pages est ainsi fait, à la manière anglo-saxonne, fourmillant de notations et de réflexions diverses qui composent bien plus que la vie d’un homme, celle d’un pays qui ressemble à un champ de bataille.
La jeunesse, les passions « tristes », de l’œuvre d’un écrivain politique et d’un auteur économique, le diagnostic d’une vie d’homme d’Etat, qui pourrait se vanter d’en prendre une vue complète, panoramique ? La prétention à la globalité de l’existence nous paraît folle chimère. Les découpages par périodes de fièvre électorale ou d’agitation politique, par touches bio-psychologiques et par résumés bibliographiques soulignent les limites et les travers d’une biographie strictement historique et idéologique. La tentative est donc sérieuse. Bref, ce qui m’intéresse ici, c’est la continuité d’une pensée et la discontinuité d’une époque, où l’on verra que la vie d’Edmond Paul était loin de ressembler à un conte de fées. Cette pensée a prospéré, non sans d’ailleurs des moments d’éclipse, parmi des publics divers et au gré des tempêtes générationnelles. La lecture n’en est que plus fiévreuse, plus instructive. Cela dit, cette monographie n’est pas exactement une biographie puisque je me méfie des interprétations abusives des enquêtes psychologisantes et de la synthèse épurée des biographies classiques : les informations sur les activités politiques d’Edmond Paul se succèdent aux commentaires de ses livres. Derrière l’expérience vécue, l’œuvre est là ! Paul est, en tout. Trop entier pour se laisser enfermer dans des jugements critiques ou complaisants, afin de ne pas tourner en rond, il pulvérise l’inimitié ancestrale et la passion contemplative. Petitesses et aujourd’hui certitudes, guerre d’égos et violence, sa philosophie emporte tout. A la dernière page de ce travail, description serrée et lucide d’un destin exceptionnel, ou se demande encore : « Qui était Edmond Paul ». Vivifiante et farouche question.
Les vertus du raccourci et de l’exposé analytique font que l’articulation du programme thématique de l’auteur apparaît mieux aux yeux des générations actuelles : il y a là un progrès cumulatif dû à l’échéance renouvelée de relectures interprétatives. Le meilleur Edmond Paul, l’inspirateur idéologique du parlementarisme et de la rigueur monétaire, le chantre du civisme intégral et de la probité administrative, c’est dans les pages intitulées « Haïti au soleil de 1880 », « Les Causes de nos malheurs », « Oeuvres posthumes » qu’on le retrouve. En 1876, alors en exil, il consacra à la question fiscale un de ses plus remarquables ouvrages paru à la Jamaïque, sous le titre : « De l’impôt sur les cafés et des lois du commerce intérieur ». Mal à l’aise dans son temps, et souvent mal compris par ses contemporains, Edmond Paul trouve dans la production intellectuelle un refuge où, par-delà le monde réel, son talant de penseur put donner toute sa mesure. Pourtant, sa conception de l’économie est l’expression des préoccupations de son époque. Epousant le rationalisme optimiste du siècle des Lumières, il s’attache, comme les meilleurs de ses contemporains, à propager les idées de progrès techniques et de programmation de l’économie. Cette exigence de rigueur lui parut être essentielle à tout programme de gouvernement sérieux. Le développement économique national doit être dopé par de profondes réformes, agricoles et financières, entre autres, pour se libérer de l’emprise du statu quo. Théorisant le développement auto-centré, qui est l’objet et le fil rouge de tous ses engagements et de tous ses écrits, il souhaite un changement de paradique, estimant que la Révolution de 1804 n’a pas achevé son travail. Pour lui, la question du progrès national est celle même de la raison d’être du pays. Il faut ajouter que les débats politiques, à une époque où l’on assiste dans la confusion et la violence à un rapprochement entre la politique et l’économie, furent pour lui un puissant et aussi, malheureusement, dramatique. Stimulant.  Les principaux axes de son œuvre, capable de faire du pays un ‘‘corps sans tête’’, concerne le statut de la politique et celui de l’économie – pas seulement l’économie publique -, les relations des pouvoirs et des groupes tant nationaux qu’internationaux, le poids des idées. Presque tous les domaines, à l’intérieur de l’économie, sont donc abordés, de l’industrie à la gestion financière en passant par la crise monétaire, la question bancaire, l’épargne, la fiscalité, etc. Certains sont de première importance, en particulier ceux qui concernent le papier-monnaie, la fiscalité et l’industrie pour prendre trois domaines très différents mais indissociables, on ne doit pas s’y tromper, néanmoins. Permettez-moi d’abord de revenir sur l’affirmation selon laquelle la notion de l’histoire économique serait, en ce qui concerne Haïti, floue. Il est vrai que le mot d’économie lui-même véhicule quelques concepts ronflants. Voilà ce qu’on ne lui enlèvera pas et à quoi ses contempteurs, sont obligés eux-mêmes de souscrire. Son œuvre s’émiette dans l’économie, la politique, l’histoire, la morale ; elle infuse dans le temps et le présent. Edmond Paul, connecté aux enjeux de notre temps, serait davantage aujourd’hui un lyrique désabusé qui avait le désespoir élégant et l’angoisse chevillée au corps, un moraliste idéaliste et persifleur, un économiste libéral, un progressiste surtout au regard généreux et aux réflexions mobilisatrices, c’est-à-dire conquérantes.
La vie d’Edmond Paul sent l’encre, le sang et la chaleur. On se garde de l’hagiographie, genre inefficace en matière de débats d’idées et qui porte surtout aux chatteries ou autres ravissements soporifiques. Il y a longtemps qu’Edmond Paul occupe une place enviable dans l’histoire politique du pays bien que la recherche historique soit inexistante à cet égard et l’intelligentsia se soit fort éloignée de l’étude des éléments politiques et économiques de son œuvre qui pourtant comptent finalement autant que son image fluctuante pour assurer la pérennité d’une vie exemplaire. Pour cela même, reconnu, désigné comme le doctrinaire libéral qui a exercé sur le XIXe siècle l’influence la plus féconde, aimé par plusieurs générations sans qui Haïti ne serait pas un pays à velléité démocratique – aussi : les Anténor Firmin et les Hannibal Price, les Seymour Pradel et les Auguste Magloire, les Jean Price-Mars et les François Dalencour. L’image d’Edmond Paul se tient au seuil d’un temps nouveau. Et sur ce seuil se sont au fond tenus tous ceux qui ont défendu les causes du parlementarisme, ils ont perçu leur espérance d’abord comme un défi et un acte patriotique.
Lecteur passionné de John Stuart Mill, d’Adam Smith et de Jean-Baptiste Say, il a, de plus, dévoré Jean-Gustave Courcelle Seneuil, Henri Baudrillart, François Quesnay, Thomas Malthus. La formation d’Edmond paul tenait surtout à ce qu’il était, tout à la fois, un homme politique qui connaissait les sciences appelées « froides » et un économiste qui évoluait avec minutie dans les humanités. La passion pour les études est une autre de ses marottes. Michel Chevalier, son tuteur attitré, est aussi son maître. Charriant une culture qui ne cesse d’impressionner que pour instruire, grâce à un découpage faisant alternant citations fleuves et thèses personnelles, visions et déceptions.
« Edmond Paul : une Vie politique, une Oeuvre économique », à la fois histoire politique, bibliographie critique, cahier de croquis, recueil de portraits non anecdotiques et dialogue perpétuel avec le présent, appartient à un courant libéral critique (sans doute il l’inaugure), celui de ces réformateurs pour qui ce grand homme est présent au milieu des folies et des combats de cette fin de siècle : une vigie, un compagnon, un appui, un poseur de questions, un répondeur, un modèle, une alternative. Une vie de combats et de pleurs, mais aussi de courage et de tenacité. L’honnêteté lui était une règle de vie, qui donnait à sa voix sa force spéciale. Un livre qui fera date, c’est absolument puisque c’est le seul jusqu’à date, dans la compréhension d’une œuvre dont on est loin d’avori fait le tour. Evidemment, on ne saurait le réduire à l’usage idéologique qui en a été fait. Il y a une certaine légereté à vouloir faire d’Edmond Paul une sorte de libéral orthodoxe ou ultra-libéral, par opposition à un Salomon ou Louis Joseph Janvier étatiste. Si, sur le plan politique, on le connaît surtout comme chef de parti, sur le plan économique, c’est notamment sa pensée programmatique qui le place dans la modernité, ne serait-ce que pour son travail de décriptage de la fiscalité haïtienne et du modèle de développement national. Il est donc réconfortant d’avoir pour arpenter notre siècle écoulé des guides tels qu’Edmond Paul, enfin dépoussiéré, débarbouillé. Le public le redécouvre : jamais sa pensée n’est apparue si prenante. Sa vie, par ses implications idéologiques et morales, est un sujet fécond que les Haïtiens devraient plus que quiconque aborder. Nous avons grand intérêt maintenant à rouvrir l’ensemble de son œuvre : nous y trouverons l’une des méditations les plus nourries sur les rapports entre l’économique et le politique, les problèmes de société et le destin d’Haïti rempli de sang. Certes, nous faisons bien de vulgariser la pensée des rares esprits libéraux qu’il y a au sein de notre tradition, mais il ne s’agit pas seulement de cela.
Aujourd’hui que reste-t-il d’Edmond Paul, grand vulgaristeur du progrès humain ? Le mythe. Une ombre énorme dont on sait qu’elle aura été l’un des inspirateurs de plusieurs générations d’Haïtiens. Celle d’une conscience qui avait épousé sont temps. Celle d’un acteur qui était en avance sur son temps. Quoi qu’il en soit, pour être un « grand homme », un « personnage historique » et côtoyer Lysius Félicité Salomon Jeune, Florvil Hyppolite et Boisrond Canal, il ne suffit pas d’avoir été la figure emblématique d’une époque. Son importance intellectuelle coïncide avec un certain intérêt pour l’histoire économique et les questions qu’elle sous-tend. Surtout sur un grand débat est amorcé, qui concerne la place à réserver désormais à l’histoire des faits et des problèmes économiques, dans le tohu-bohu de l’après-Duvalier et au seuil de l’an 2000. Est-ce un signe des temps ? L’heure est incontestablement aux ouvrages de vulgarisation économique. On le connaît pour son « best-seller » « Les causes de nos malheurs ». On connaît moins ses autres textes. Les commentaires ou explications y afférents, méticuleusement repris ici, sont là pour permettre à chacun de faire son chemin dans le monde paulien avec attention et prendra conscieusement, comme me le disait Jean-Claude Bajeux, qu’il n’y a pas un seul auteur politique de cette époque dont l’œuvre et la vie pourraient nous être d’un usage plus salvateur et plus éthique. L’exceptionnallité de « Les causes de nos malheurs » ne doit pourtant pas occulter le reste de l’œuvre d’Edmond Paul qui reste une des figures les plus brillantes de l’histoire d’Haïti. Il faut rendre un patrimoine à nouveau accessible, entend-on de divers côtés, et le coup d’envoi peut commencer avec Edmond Paul à qui son inspiration hautement patriotique assure l’éternité. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer « De l’impôt sur le café et des lois de commerce intérieur » (1876) et « Haïti au soleil de 1880 : 113 millions pour 16 millions ; nos trésors aux mains des étrangers » (1880). La question de droit est de savoir quel est l’objet de tout cela. Quel est le domaine de l’histoire économique ? Tout dépend de la définition qu’on se donne de l’histoire. Le premier ouvrage montre une expansion extraordinaire, depuis des années, de l’intérêt des hommes de réflexion, et de l’ensemble des élites, pour l’histoire économique. C’est faut que l’on constate chez les hommes politiques – des conservateurs entêtés et bornés pour la plupart ! – un intérêt pour l’histoire des phénomènes économiques, monétaires, fiscaux, commerciaux, bancaires. Quant à la manière de concevoir et de pratiquer cette histoire, il est de fait que pendant longtemps en Haïti, il y a eu une sorte de préemption de la monnaie sur l’histoire globale des phénomènes économiques. Avec « De l’impôt sur le café », on peut se féliciter de l’ouverture, mais on ne voudrait pas que l’on perde de vue l’idée que l’on fait l’histoire d’un progrès de connaissances.
L’histoire économique est ainsi un domaine où l’on voit que les déterminations sont multiples. Les problèmes économiques ne sont pas strictement de l’ordre économique. Les historiens et théoriciens économiques n’ont pas un droit sur l’économie, comme si celle-ci, était leur propriété. L’histoire économique n’est pas une discipline comme une autre, puisqu’elle voyage à travers ces catégories discursives qui figurent dans d’autres corps de pensée et d’action. Pour parler de l’impôt sur le café et de sa commercialisation, il faut évoquer l’Etat, l’agriculture, l’interface avec les termes de l’échange du commerce international, il faut envisager l’organisation concrète de la production nationale, les pratiques de protection publique devenues fondamentales. Rien de cela ne peut être ignoré dans les réflexions contemporaines. Il ne faut donc pas réduire la discipline à un certain jeu d’institutions et de rapports de force et répéter l’erreur positiviste qui consistait à dire que l’histoire ou l’analyse de type empirique doit se libérer du rêve, de l’imagination, de la spéculation. Jamais, ni avec les « Lettres » ni avec « Questions politico-économiques », même avec Frédéric Marcelin, même avec tous les autres assemblés, jamais la pensée d’Edmond Paul n’avait sonné avec autant de force, d’intelligence, de jeunesse, de perspicacité vraie. En réalité, on est très souvent en plein désert. Autant le dire ! Plus qu’un chercheur, il se comporte ici en doctrinaire. Et lorsqu’il produit plus tard un brûlot comme « Haïti au soleil de 1880 », l’histoire économique est à la fois émotionnelle et référentielle, puisqu’il amène les populations déshéritées à financer la richesse des pays avancées, notamment la France. Cette évolution est perçue naturellement comme une atteinte inquiétante à la souveraineté nationale. Rien ne résiste à sa critique, terriblement argumentée, autour des valeurs patriotiques, la fatalité, l’horizon bouché, et c’est bien à un constat de désolation qu’il se livre en faisant la morale à la terre entière. Cette hostilité si franchement étalée suscite aussi une sorte d’impuissance et d’humiliation rétrospectives. De sa connaissance intime de l’espace haïtien, il dresse le portrait d’un pays à l’abandon marqué par la violence et l’ignorance. Tout invite désormais à porter sur Edmond Paul, à la fois théoricien et politique, un regard plus complet. L’homme, du reste, a de quoi traîner tous les regards après soi : l’éclat du talent, la force des idées, l’amour authentique de la patrie et aussi une âme si touchante que sa faiblesse était de préjuger de la bonté ou de la férocité des autres. Le brouillard qui noie encore la figure paulienne provient donc, sans nul doute, de celui qui continue d’envelopper ce que l’on appelle le « Parti libéral ». Incarnant ume grande et belle tradition, Paul, la tête ivre de questions, est l’image même de l’envoi fondamental de la droite démocratique, après en avoir été l’aimant et le désir fulgurants et comme cette idée d’envoi est également présent dans toute la mémoire haïtienne qui s’est par ailleurs fréquemment exprimée dans une relation intime avec des images-choc de notre culture politique. Eprouvé mais droit et ferme, il est devenu une référence de premier ordre. Aux allures de tragédie grecque, il a pu se tromper en maintes fois sur la marche à suivre dans des circonstances difficiles, mais la noblesse de ses prises de positions est demeurée intacte. Son héritage nous reste ; sa mémoire grandira avec le succès de la démocratie libérale chez nous.
Moraliste poignant et désespéré, satiriste aigre-doux, sorte de flic torturé par son combat contre le mal, extraordinaire de générosité, il étudie le fonctionnement et l’évolution de la « Banque française d’Haïti » sous la présidence de Lysius Félicité Salomon Jeune dont la sauvagerie n’a d’égal que la détresse du pays qu’il entend réformer. Une ambitieuse réflexion sur l’idée d’indépendance à travers les lieux institutionnels et politiques. Le constat n’allait pas de soi pour ceux qui, en rejetant le témoignage d’époque au profit d’une histoire objective et impalpable, pensaient en avoir fini avec les excès du combat d’idées et avec la trop longue proximité entre l’histoire et l’esprit du parti, Pour mieux préserver son lyrisme du criard, il abandonne, par la force des choses, la recherche consciencieuse de ses premiers ouvrages pour le rôle d’intellectuel de combat, dans une société guerrière. A travers presque toute l’historiographie du Siècle des Baïonnettes, on peut voir combien était illusoire cette césure proclamée. Dans un texte auquel il faut toujours revenir, « Les Causes de nos malheurs », il avait formulé avec une ironie mordante cette tension fondamentale de la réflexion et de la réalité. S’il est déjà arrivé en Haïti qu’un livre laisse une empreinte dans son genre, être parmi les meilleurs livres de l’histoire d’un pays estime performance encore plus inoubliable. C’est le cas de « Les Causes de nos malheurs », puisque 141 ans après sa publication il reste un classique indétrônable. Edmond Paul dépeint un monde immoral et sinistre qui fait primer l’égoïsme au détriment du bien commun. La violence n’épargne rien ni personne. Son écriture est une pratique autoréflexive productrice de connaissance, mais une pratique dépendante des variations de ses procédures thématiques, des contraintes que lui imposent l’enjeu politique et le lien socio-historique à travers lesquels elle est exercée ou encore des règles obligées de son inspiration. Par exemple « Haïti au soleil de 1880 », on peut le voir comme un drame enflé de l’élite, comme une illustration de l’aveuglement du monde politique, comme une lutte historique du repli sur soi nationaliste et de l’ouverture moderniste, comme l’affrontement doctrinal de l’indépendance et de l’interdépendance. Mais, conformément à l’esprit même d’un drame après tout inexorable, c’est la déliquescence sociétale qui ressort, la perte d’énergie et de morale, de dignité et d’avenir, la déliquescence des valeurs patriotiques, la fatalité, l’horizon bouché. Au nom du désastre global constaté par le biais de la politique financière et bancaire du président Salomon. Déchiré entre la flamme déchaînée, onirique et constante de l’amour de la patrie et l’analyse froide et directe de la réalité, il, gonfle de passion et de dégoût, accuse les effets de l’internationalisation de l’économie, s’en prend aux excès du libre-échangisme sans pour autant se résoudre au statu quo, et pourfend la dépendance accrue du pays qui, au travers des emprunts scandaleux et des dépenses de prestige, jette sur notre pays un regard d’une cruauté stupéfiante. Et ses jugements les plus impitoyables ou et les plus désespérés sont criants de vérité.[9] D’illusions en malheur, de tempêtes en accalmies accablantes, chez cet homme, c’est le temps des idées de progrès, la vie des idées qui palpitent tout simplement. Porté par une force de vie et un appétit de changement insiatiable, il respire l’ambiance délétère de ce bout d’île mystérieux perdu dans la mer des Caraïbes, sa violence et ses convoitises, ses pesanteurs et ses torpeurs. Tout ça ne l’a pas empêché de traverser quasiment toute la seconde moitié du XIXe siècle : en homme d’Etat, en citoyen, en idéologue, mais aussi en réformiste – c’était là son orgueil. Avec cette dignité grandiose. Toujours, il finit par préférer les lueurs d’aube à celles du crépuscule.
Reflétant dans une mesure toute spéciale les antagonismes politiques et les divergences d’opinion du siècle passé, il représente l’un des penseurs libéraux les plus féconds, dans la réussite comme dans l’échec. Les études et les réflexions qu’il publia sur les problèmes de l’industrie[10] et de transformation du système politique, par exemple, constituent le point culminant d’une tradition haïtienne modernisatrice qui prenait au sérieux les questions d’une politique nationale constructiviste, au-delà de l’obscure phraséologie de l’ancien libre et du nouveau libre, de la bourgeoisie commerçante et de la bourgeoisie terrienne. D’où la question qui se pose : faut-il réviser ou affiner l’image que nous nous faisons de l’économiste et militant politique Edmond Paul ? Faut-il le considérer aussi comme un auteur ? Au reste, qui ose affirmer qu’Edmond Paul, républicain avant tout le monde, n’est pas de notre temps ? La hauteur de la pensée, l’engagement politique, l’actualité de l’œuvre[11], et il faut le dire, une acuité morale exceptionnelle ont assuré, le prestige de l’homme. D’un flot ininterrompu de rêves dont on perçoit les modulations du chuchotement au cri, il fut plus proche qu’aucun autre militant de l’esprit universel dont l’authenticité humaniste il était l’incarnation. Ce n’est que dans ses plus mauvaises périodes que l’économie politique, disons la science économique, s’est mathématisée et théorisée à l’excès et qu’elle s’est éloignée du

Hot this week

Donald Trump et la redéfinition brutale du concept de la souveraineté nationale

Par Jean Mapou Le retour de Donald Trump sur la...

Au nom père et du fils, pour la République islamique

Portrait de Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême iranien Par...

Subvention publique et contrats de sécurité : l’ULCC saisie après un rapport choc de la FJKL

Par Jean Wesley Pierre Port-au-Prince, le dimanche 8 mars 2026...

Sortir Haïti du cycle de la corruption

Par Stéphane Vincent La vraie lutte commence avant le scandale,...

Topics

Related Articles

Popular Categories