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ONU – La France reconnaît officiellement l’État de Palestine : un tournant diplomatique historique sous haute tension

Par Jean Wesley Pierre

New York, 22 septembre 2025 – À la tribune des Nations unies, Emmanuel Macron a prononcé, ce lundi 22 septembre 2025, un discours qui fera date dans l’histoire de la diplomatie française et du conflit israélo-palestinien. Le président de la République a annoncé que la France reconnaît officiellement l’État de Palestine, un geste à la fois symbolique, politique et hautement stratégique dans un contexte de guerre à Gaza, de blocage du processus de paix et de rivalités internationales exacerbées.

Un discours grave et solennel

« Nous sommes là car le temps est venu », a déclaré Emmanuel Macron d’une voix ferme. Évoquant « l’urgence partout », il a appelé à la libération de tous les otages détenus par le Hamas et à l’arrêt immédiat des bombardements sur Gaza, soulignant que « le temps de la paix est venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir ».

Le chef de l’État a rappelé la promesse de 1947, lorsque l’ONU avait voté la création de deux États, l’un juif et l’autre arabe, en soulignant que « la promesse d’un État arabe est restée inachevée ».

« Fidèle à l’engagement historique de mon pays pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine », a-t-il poursuivi, sous les applaudissements nourris des délégations présentes.

Un processus long et délicat

Cette décision couronne des mois de signaux diplomatiques. Après des déplacements au Proche-Orient au printemps et un débat au Parlement français en juin, Paris avait laissé entendre qu’une reconnaissance interviendrait à l’Assemblée générale de septembre.

Les dernières offensives israéliennes à Gaza et l’impasse des négociations ont accéléré le calendrier. La France rejoint, ainsi, 16 États membres de l’Union européenne dont le Portugal, la Belgique, le Luxembourg et Malte qui reconnaissent, désormais, un État palestinien, rejoignant la majorité des pays de l’ONU (151 sur 193).

Réactions internationales contrastées

Si les applaudissements ont fusé dans la salle de l’Assemblée générale, les réactions hors tribune reflètent un monde profondément divisé. À New York, des responsables palestiniens, notamment du Fatah, ont salué une « première étape » vers une paix durable.

« Cette reconnaissance est le fruit de plus d’un siècle de résistance », a déclaré Jibril Rajoub, secrétaire général du mouvement. Des membres de l’Autorité palestinienne ont exhorté la communauté internationale à « prendre ses responsabilités » pour mettre fin à la guerre.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a, lui aussi, insisté sur l’urgence d’un règlement juste: « Tanto Israel, quanto a Palestina têm o direito de existir. Trabalhar para efetivar o Estado palestino é corrigir uma assimetria que compromete o diálogo e obstrui a paz. Saudamos os pays qui ont reconnu la Palestine, comme le Brésil l’a fait en 2010. »

Lula a également annoncé un renforcement du contrôle sur les importations en provenance des colonies illégales et le maintien de la suspension des exportations de matériel de défense « qui pourrait être utilisé dans des crimes contre l’humanité et des actes de génocide ».

En revanche, Washington a exprimé sa désapprobation. Donald Trump, attendu mardi à la tribune de l’ONU, a déjà prévenu : « Il ne faut pas céder aux exigences du Hamas. »

Le président américain a défendu le rôle des États-Unis comme garant de la sécurité d’Israël et rappelé que son pays avait récemment posé son veto à une résolution du Conseil de sécurité réclamant un cessez-le-feu immédiat à Gaza.

Dans un discours où il s’est posé en faiseur de paix, Trump a déclaré :
« Après avoir mis fin à toutes ces guerres (…) tout le monde dit que je devrais recevoir le prix Nobel de la paix (…) mais pour moi, la vraie récompense ce seront les fils et les filles qui pourront grandir auprès de leur père et de leur mère, parce que des millions de personnes ne sont plus tuées dans des guerres sans fin.
Ce qui m’importe, ce n’est pas de gagner des prix. C’est de sauver des vies. Nous avons sauvé des millions et des millions de vies avec ces sept guerres, et nous travaillons encore sur d’autres. »

Paris affiche sa fermeté

Face aux menaces de représailles diplomatiques d’Israël, l’exécutif français a répondu sans ambiguïté :
« La France ne se laissera pas faire. On est prêts, on répondra », a fait savoir le gouvernement.

Un épisode new-yorkais digne d’un film

Après son discours, Emmanuel Macron a connu une scène insolite qui a enflammé les réseaux sociaux. Son cortège présidentiel s’est retrouvé bloqué par le dispositif de sécurité autour de Donald Trump. Le président français, amusé, a fini par appeler directement son homologue américain depuis la rue, plaisantant sur le fait qu’il devait « patienter dans les rues à cause de lui ».

Faute de pouvoir rejoindre sa voiture, il a terminé à pied, escorté de ses gardes du corps, en saluant des passants et prenant des selfies avant de rejoindre un dîner officiel. Certains New-Yorkais lui ont même déposé un baiser sur le front, une image rapidement devenue virale.

Enjeu géopolitique majeur

Pour Paris, cette reconnaissance vise à relancer la solution à deux États, aujourd’hui fragilisée par l’expansion des colonies israéliennes et l’escalade militaire. Emmanuel Macron a insisté sur le fait que cette décision est aussi « une défaite pour le Hamas », écarté du processus diplomatique.

Reste à voir si cette avancée symbolique débouchera sur des négociations concrètes. La France prévoit d’intensifier ses efforts au sein de l’ONU, en coordination avec ses partenaires européens et arabes, afin d’obtenir un cessez-le-feu durable et de favoriser la reprise des discussions israélo-palestiniennes.

Un geste historique, mais aussi une prise de risque diplomatique. En reconnaissant l’État de Palestine, la France entend peser dans un conflit qui, depuis plus de 75 ans, reste l’un des plus complexes et des plus sensibles de la scène internationale.

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