Par Pierre Josué Agénor Cadet
Les Cayes. — Le Forum Économique de la Péninsule du Sud (FEPS) a organisé, le dimanche 8 mars dernier, une conférence-débat réunissant universitaires, responsables institutionnels et acteurs du développement autour d’une question devenue cruciale pour l’avenir du pays : la formation de spécialistes capables de prévenir et de gérer les catastrophes naturelles.
Cette activité s’inscrivait dans une réflexion plus large sur le rôle de l’enseignement supérieur dans la construction de la résilience des territoires face aux risques environnementaux.
Placée sous le thème « Construire la résilience par l’enseignement : vers une expertise dans le Grand Sud en gestion des risques et des désastres », la rencontre visait notamment à examiner les conditions nécessaires à la création d’un programme de maîtrise en gestion des risques et des désastres à l’Université Publique du Sud aux Cayes (UPSAC).
Former des spécialistes pour anticiper les catastrophes
La péninsule du Sud demeure l’une des régions d’Haïti les plus exposées aux catastrophes naturelles. Les ouragans, les inondations, les glissements de terrain et les séismes qui ont marqué l’histoire récente du pays ont montré à quel point la vulnérabilité des territoires reste élevée et combien la prévention demeure insuffisante.
Dans ce contexte, la formation de cadres spécialisés apparaît comme un enjeu stratégique. Plusieurs intervenants ont souligné que la gestion des catastrophes ne peut plus être improvisée au moment des crises. Elle doit reposer sur des connaissances scientifiques, des compétences techniques et une planification rigoureuse.
Le rôle central de l’université
Intervenant au cours de la conférence-débat, M. Chrisostome Joseph Félix, ingénieur agronome et enseignant du cours de gestion des risques et des désastres, qui a partagé ses expériences de terrain avec les participants, a insisté sur l’importance de renforcer l’offre de formation universitaire dans ce domaine. Selon lui, l’université peut jouer un rôle déterminant dans la construction d’une expertise nationale capable d’anticiper les risques et de mieux accompagner les communautés vulnérables.
Il a notamment souligné que la création d’un programme de maîtrise à l’UPSAC permettrait de former des professionnels capables d’analyser les vulnérabilités territoriales, de concevoir des stratégies de prévention et de participer à la coordination des interventions en cas de catastrophe.
L’engagement de l’UPSAC
Pour Dr Edouard Jules, Recteur de l’Université Publique du Sud aux Cayes (UPSAC), représentant du pilier des universités publiques et membre du conseil d’administration du FEPS, l’université doit s’impliquer pleinement dans la recherche de solutions aux défis auxquels fait face la société haïtienne.
Le Recteur a rappelé que les universités publiques départementales ont la responsabilité de produire des connaissances utiles et de former des cadres capables d’agir sur le terrain. La création d’une maîtrise en gestion des risques et des désastres constituerait, selon lui, une avancée importante pour le renforcement de la mission académique et sociale de l’UPSAC.
Un tel programme permettrait également de rapprocher la recherche universitaire des besoins concrets des collectivités territoriales et des institutions publiques impliquées dans la gestion des catastrophes.
Le Recteur Edouard Jules a aussi mentionné, dans son intervention, que l’ancien premier ministre Jacques Edouard Alexis, celui qui avait créé les UPR, et l’économiste Narcisse Fièvre, ancien coordonnateur du réseau des UPR, ont beaucoup travaillé sur le programme de formation en GRD qui sera bientôt expérimenté au sein de l’UPSAC.
Une collaboration avec la Protection civile
La conférence a également bénéficié de l’intervention de M. Emmanuel Pierre, directeur général de la Direction générale de la Protection civile. Celui-ci a souligné l’importance de développer une coopération étroite entre les universités et les institutions publiques chargées de la gestion des risques.
Selon lui, les catastrophes naturelles qui frappent régulièrement Haïti exigent des réponses mieux coordonnées et davantage fondées sur la connaissance scientifique. La formation de spécialistes dans ce domaine constitue donc un élément essentiel pour renforcer le système national de gestion des risques et des désastres.
Il a également rappelé que les cadres formés dans ce domaine pourraient intervenir à différents niveaux : prévention, planification territoriale, gestion des situations d’urgence et reconstruction après les catastrophes.
Vers un pôle d’expertise dans le Grand Sud
Au-delà des différentes interventions, les discussions ont permis de mettre en évidence la nécessité de développer une véritable expertise régionale dans le domaine de la gestion des risques et des désastres.
La création d’une maîtrise spécialisée à l’UPSAC pourrait ainsi contribuer à la mise en place d’un pôle de compétences dans le Grand Sud, capable de soutenir les collectivités territoriales, les institutions publiques et les organisations de la société civile dans leurs efforts de prévention et de gestion des catastrophes.
Elle permettrait également de stimuler la recherche scientifique dans un domaine encore insuffisamment exploré en Haïti, malgré la fréquence des catastrophes qui affectent le pays.
Un projet prêt à être lancé
Selon les informations partagées lors de la rencontre, les principales étapes de planification du projet ont déjà été réalisées. Les orientations pédagogiques du programme, les axes de formation et les perspectives de partenariats institutionnels ont fait l’objet d’une réflexion approfondie.
Toutefois, malgré l’intérêt manifeste suscité par cette initiative et l’engagement des différents acteurs concernés, la concrétisation du projet reste confrontée à une contrainte majeure.
En effet, comme l’a souligné le recteur Jules , la seule difficulté empêchant actuellement la mise en place de cette maîtrise demeure l’insuffisance de moyens financiers. Sur le plan académique et organisationnel, les bases du programme sont déjà définies et la planification est largement achevée.
Dans un pays régulièrement confronté aux catastrophes naturelles, la formation de spécialistes capables d’anticiper et de gérer ces crises apparaît pourtant comme une nécessité urgente. Le projet de maîtrise en gestion des risques et des désastres à l’UPSAC pourrait ainsi représenter une étape décisive dans la construction d’une société plus résiliente, mieux préparée à faire face aux défis environnementaux des prochaines décennies.
Pierre Josué Agénor Cadet


