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Élections générales : les mécanismes indispensables pour sécuriser le scrutin d’août 2026

Par Jean Wesley Pierre

Ce lundi 2 mars 2026, le Conseil électoral provisoire a ouvert le bal des opérations électorales avec l’enregistrement des partis politiques. Dix jours pour s’inscrire, cinq mois pour organiser un scrutin crédible. Mission impossible ?

Un calendrier sous haute tension

Alors que les partis politiques ont jusqu’au 12 mars pour déposer leurs dossiers d’enregistrement, la question qui taraude tous les esprits est simple : comment organiser des élections générales le 30 août prochain dans un pays où 90 % de la capitale échappe au contrôle de l’État ?

Le CEP a fixé sa feuille de route. Le premier tour des législatives et présidentielles est calé au 30 août. Mais cette date, soumise au ( CPT ) Conseil Présidentiel de Transition au départ, reste conditionnée à des préalables que personne n’est aujourd’hui en mesure de garantir.

Les préalables sécuritaires : le talon d’Achille

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio lui-même a mis en garde : pas d’élections crédibles sans rétablissement de la sécurité. Un constat partagé par Pierre Dieudonné Délice, leader de parti, contraint de fuir sa maison à Arcahaie après une attaque de gangs. Comment faire campagne quand on doit emprunter des bateaux ou des hélicoptères pour contourner les routes contrôlées par des hommes lourdement armés ?

La Police nationale assure poursuivre ses opérations à Croix-des-Bouquets et ailleurs. Mais les affrontements persistent, les drones piégés explosent, et 1’4 million de déplacés errent sur le territoire.

Les mécanismes à activer d’urgence

Pour tenir l’échéance du 30 août, plusieurs mécanismes doivent être impérativement actionnés selon les analystes :

  1. La sécurisation progressive du territoire

L’État doit démontrer sa capacité à reprendre le contrôle des axes routiers stratégiques et des zones aujourd’hui sous emprise des gangs comme martissant ou carrefour. La nouvelle force de répression des gangs annoncée, censée remplacer la mission kényane, devra être déployée bien avant le scrutin. Sans liberté de circulation, pas de campagne électorale digne de ce nom.

  1. L’appui technique et logistique du PAPEH

Le Programme des Nations Unies pour le développement est déjà positionné à travers le Projet d’appui au processus électoral (PAPEH). Son objectif : renforcer les capacités du CEP, sécuriser les opérations logistiques, et promouvoir la participation des femmes et des jeunes. Mais ces appuis ne vaudront que si le terrain est physiquement accessible.

  1. L’inscription inclusive des électeurs

Avec plus d’un million de déplacés, comment garantir le droit de vote à tous ? Il faudra des centres d’inscription mobiles, une communication adaptée, et une sécurisation renforcée des bureaux de vote dans les zones à risque.

  1. La neutralisation des contentieux électoraux

Le climat politique est délétère. Plusieurs partis signataires du Pacte national crient déjà à l’exclusion. Le CEP devra jouer un rôle d’arbitre impartial pour éviter que les recours ne paralysent le processus.

  1. L’adaptation au calendrier climatique

Août, c’est aussi la saison des pluies. Les infrastructures routières, déjà délabrées, pourraient devenir impraticables. Une variable trop souvent négligée dans les projections électorales.

Le dilemme du CEP : avancer ou attendre ?

Le ministre chargé des questions électorales, Joseph André Gracien Jean, assume :

« Nous n’attendons pas que la sécurité soit rétablie partout pour enregistrer les partis. Pas à pas, nous avançons. »

Une position compréhensible mais risquée. Car organiser des élections dans des zones de non-droit, c’est prendre le risque d’un scrutin ni crédible ni inclusif.

Pierre Dieudonné Délice résume le sentiment général :

« Si la situation reste telle qu’elle est actuellement, il sera impossible d’organiser des élections. »

L’enjeu dépasse la technique

Au-delà des mécanismes, c’est la volonté politique qui est questionnée. Le gouvernement de transition, désormais dirigé seul par Alix Didier Fils-Aimé depuis la fin de mandat du CPT le 7 février, est accusé par certains de traîner les pieds. « Ils aiment la transition parce qu’il n’y a pas de contrôle », ose un leader politique et membre de la KOMINOTE PWOGRESIS AYISYEN.

Pourtant, la communauté internationale, les partenaires techniques, et surtout le peuple haïtien attendent un retour à l’ordre constitutionnel. Les élections ne sont pas une fin en soi, mais le moyen de redonner une légitimité aux institutions et une voix aux citoyens.

Bien plus que des discours

Le 30 août 2026 est dans tous les esprits. Mais pour que cette date ne devienne pas un mirage de plus dans le désert politique haïtien, il faudra bien plus que des discours. Il faudra des actes sécuritaires concrets, une coordination sans faille entre le CEP, le gouvernement et les partenaires internationaux, et une volonté farouche de placer l’intérêt du peuple au-dessus des calculs politiciens.

L’enregistrement des partis est lancé. La machine est en marche. Mais elle avance sur un terrain miné.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

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