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Une « force robuste » contre les gangs, espoir certain ou mirage diplomatique ?

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince / New York – À quelques jours de l’expiration du mandat de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, la communauté internationale s’efforce de trouver une issue à l’impasse sécuritaire haïtienne. Les États-Unis et le Panama ont soumis au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution visant à transformer cette mission en une Force de Répression des Gangs (FRG), plus nombreuse, mieux équipée et dotée d’un mandat contraignant au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

Mais entre les vétos annoncés de la Chine et de la Russie, la faiblesse chronique des financements onusiens et les doutes sur la gouvernance haïtienne, les échecs successifs des précédentes missions onusiennes en Haïti, la réussite d’un tel projet reste hautement incertaine.

La MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) déployée depuis 15 mois, a permis de sécuriser l’aéroport international et de rouvrir certains axes routiers stratégiques selon les propos du président William Ruto. Pourtant, elle n’opère qu’à 40 % de ses capacités, insiste le président kényan William Ruto. Moins de 1 000 policiers sont présents sur les 2 500 prévus, et le financement repose sur des contributions volontaires, un modèle précaire qui ralentit toute action.

La proposition américaine entend passer à une échelle supérieure : une force de 5 500 membres, une chaîne logistique onusienne et un mandat toujours flou, et que beaucoup espèrent qu’ils soient pour « démanteler les gangs et sécuriser les infrastructures essentielles ».

Mais cette transformation suppose une résolution du Conseil de sécurité, où Moscou et Pékin voient d’un œil critique l’ingérence occidentale et le précédent d’interventions armées dans les Caraïbes.

L’historique des opérations de maintien de la paix en Haïti, de la MINUSTAH (2004-2017) du BINUH actuel nourrit aussi les réticences : accusations d’abus, épidémie de choléra introduite par les Casques bleus, et sentiment populaire de « tutelle étrangère ».

Sur le terrain, le Canada est le premier partenaire à annoncer un engagement concret : 60 millions de dollars, dont 40 millions pour la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) ou sa successeure et 20 millions pour la sécurité maritime caribéenne. Un geste salué comme « la seule retombée positive immédiate » des rencontres diplomatiques de Laurent Saint-Cyr à New York, selon le politologue Joseph Harold Pierre à l’émission Invité du Jour sur Vision 2000.

Mais ce financement reste modeste face aux besoins estimés : selon ce même analyste, une force véritablement dissuasive devrait compter entre 13 000 à 20 000 membres, dotés d’armes et d’équipements lourds, et bénéficier d’un mandat onusien clair et d’un budget obligatoire.

Or, les contributions volontaires se raréfient : le budget mondial des aides humanitaire de l’ONU est passé de 8,5 à 5,6 milliards de dollars en quinze ans, et que le personnel a été réduit de moitié.

Les chiffres dressent un tableau dramatique : 1,3 million de déplacés internes, plus de 4 000 homicides depuis janvier, et une capitale où plus 90 % du territoire échappe à l’État. Dans certaines zones, les gangs imposent leur propre « gouvernance » comme à carrefour, Bel-air, Canaan, ou même Mirebalais, tandis que la faim place Haïti parmi les cinq pays les plus exposés à la famine mondiale.

Lors de son discours à l’ONU, le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a rappelé que « le peuple haïtien a droit à la paix », exhortant la communauté internationale à « se tenir aux côtés d’Haïti pour le rétablissement de la sécurité, l’organisation d’élections crédibles et la mise en œuvre des chantiers de la transition ». Mais derrière cet appel unanime se cache une vérité dérangeante : aucune force étrangère ne peut réussir seule, avertissent plusieurs experts.

L’ancien diplomate Pierre-Antoine Louis souligne que « si les Haïtiens ne fournissent pas les moyens adéquats et une stratégie nationale de lutte contre l’insécurité, aucune mission, même bien financée, ne pourra rétablir l’ordre ».

Un constat partagé par de nombreux experts: la crédibilité d’une force plus robuste que la MMAS pour combattre les gangs dépendra autant de la volonté politique interne que du soutien international.

Sur le plan diplomatique, le projet de résolution américain se heurte à des vétos prévisibles. La Chine et la Russie dénoncent depuis des années l’usage du Chapitre VII comme instrument d’ingérence. Pékin conditionne tout soutien à un engagement haïtien contre Taïwan, tandis que Moscou voit dans cette initiative un prolongement de l’influence américaine dans son « arrière-cour ».

Même les alliés occidentaux se montrent prudents : après les expériences coûteuses en Afghanistan, en Afrique et en Haïti même, peu d’États sont prêts à engager des troupes et des budgets dans une opération à haut risque, sans perspective claire de succès rapide.

Joseph Harold Pierre rappelle que le déploiement de la mission kényane a déjà pris neuf mois, loin des délais théoriques de trois mois pour sa mise en place.

Trois options se dessinent :

▪︎ Renouveler le mandat de la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité), en renforçant graduellement ses moyens logistiques et financiers, solution la plus réaliste mais insuffisante pour inverser la dynamique des gangs.
▪︎ Adopter une force plus robuste onusienne, scénario souhaité par Washington mais fragile face au double veto sino-russe.
▪︎ Une coalition régionale ad hoc (États-Unis, Canada, CARICOM), contournant l’ONU mais soulevant des questions de légitimité et de souveraineté.

Dans tous les cas, les délais de financement, de recrutement et de déploiement rendent improbable l’arrivée d’une force véritablement opérationnelle avant plusieurs mois, alors que le mandat de la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) expire le 2 octobre.

Pour André Michel, qui se fait appeler « avoka pèp la » « Haïti ne pourra pas sortir de l’enfer des gangs sans un soutien international ». Mais la leçon de l’histoire est claire : sans réformes internes, contrôle des frontières et stratégie nationale de sécurité, aucune intervention ne pourra remplacer la construction d’un État fonctionnel.

L’urgence est là, mais la géopolitique et l’arithmétique budgétaire rappellent que la « force robuste » n’est pas une solution miracle, seulement un pari risqué dans une course contre l’effondrement.

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