samedi, mars 14, 2026
11.3 C
Londres
Accueil Blog Page 53

Washington suspend le traitement des demandes d’immigration provenant d’Haiti et 18 autres pays

0

À travers un momrandum, les États-Unis ont annoncé le mardi 2 décembre l’arrêt immédiat des dossiers d’immigration en provenance de 19 pays, parmi lesquels Haïti. qu’il s’agisse d’accès à la résidence permanente ou de naturalisation.

Parmi les 19 pays listés figurent les 12 (Afghanistan, Birmanie, Tchad, Congo, Guinée équatoriale, Érythrée, Haïti, Iran, Libye, Somalie, Soudan et Yémen) dont les ressortissants étaient déjà concernés par une interdiction d’entrée sur le territoire depuis juin

Cette suspension traduit un virage radical qui redéfinit encore la politique migratoire américaine. Il s’agit pour les États-Unis « un ajustement temporaire » destiné à protéger le territoire.

Gedeon Delva

États-Unis : le chef de gang haïtien Germine “Yonyon” Joly condamné à la prison à vie

0

Le chef du gang 400 Mawozo, Germine Joly, alias “Yonyon”, a été condamné à la prison à vie aux États-Unis pour son rôle central dans l’enlèvement de 17 missionnaires en Haïti en 2021. La sentence a été prononcée mercredi 3 décembre 2025 par un tribunal fédéral du District de Columbia, scellant définitivement le sort du dirigeant de l’un des groupes criminels les plus violents du pays.

Le verdict intervient près de trois ans après l’enlèvement des missionnaires de Christian Aid Ministries, dont 16 Américains et un Canadien, capturés alors qu’ils revenaient de la visite d’un orphelinat à Ganthier, à l’est de Port-au-Prince. Parmi les victimes figuraient cinq enfants dont un bébé de huit mois.
Les otages avaient été détenus pendant 62 jours, parfois déplacés, tous sous la menace des armes. Leur libération avait été obtenue après le paiement d’une rançon de 350 000 dollars.

Au moment des faits, Germine Joly se trouvait pourtant incarcéré au Pénitencier national d’Haïti. Depuis sa cellule, il pilotait les opérations du gang grâce à des téléphones portables non surveillés, donnant des instructions pour les enlèvements, mais aussi pour un vaste réseau de trafic d’armes en provenance des États-Unis, avec des complices installés en Floride.
Des témoins ont affirmé au procès que Joly contrôlait également les finances du gang, notamment les paiements effectués aux membres à partir des rançons exigées.

Le juge fédéral John D. Bates a également infligé à Joly une amende de 1 700 dollars. Dans sa réaction, la procureure américaine Jeanine Pirro a estimé que « le plan de Joly visant à obtenir sa liberté en utilisant des chrétiens comme monnaie d’échange a échoué avec éclat ».

La condamnation s’ajoute à une peine de 35 ans de prison déjà infligée à Joly en juin 2024 pour trafic d’armes et blanchiment d’argent liés aux rançons d’otages. Les autorités américaines, qui avaient recommandé la prison à vie dans cette affaire, soulignent que cette décision reflète la gravité des crimes perpétrés.

La défense avait plaidé pour une peine réduite, arguant que Joly n’était pas le véritable chef de 400 Mawozo et évoquant une enfance difficile passée loin de ses parents partis vivre aux États-Unis. Des arguments balayés par le tribunal.

L’affaire avait bouleversé l’opinion internationale et illustré l’emprise grandissante des gangs en Haïti. Avec cette condamnation, Washington entend envoyer un message de fermeté face aux réseaux criminels qui s’en prennent à ses ressortissants.

La rédaction
Avev Miami Herald

Haïti-élections : Les États-Unis saluent la publication du décret électoral

0

À travers le porte-parole du Département d’État, Tommy Pigott les États Unis ont salué l’adoption par le conseil des ministres le décret électoral. Selon le diplomate cet acte constitue une avancée majeure vers la réalisation des prochaines élections.

« L’approbation de ce texte représente « une étape importante » vers le retour de la sécurité, de la stabilité politique et du droit pour le peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants. Washington rappelle que ce cadre électoral était attendu depuis longtemps dans un pays plongé dans une profonde crise

Tommy Pigott appelle les acteurs haïtiens à travailler de manière constructive afin de réunir les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et inclusives.
Washington réaffirme également son engagement à accompagner Haïti dans la réalisation de ses objectifs.

L’adoption du décret intervient dans un moment où les gangs continuent détendre leurs exactions. L’Arcahaie est toujours sous forte menace, tandis que Petite-Rivière et Pont-Sondé, dans l’Artibonite, ont récemment subi des attaques meurtrières. La commune de Kenscoff fait également face à des violences attribuées aux groupes armés de la coalition “Viv Ansanm”.

La police nationale d’Haïti peine encore à récupérer les zones contrôlées. La Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS), dirigée par le Kenya, n’est pas parvenue à contenir ou repousser les groupes armés dans plusieurs zones stratégiques, malgré les espoirs suscités lors de son arrivée.

Gedeon Delva

Mardi de la nation: la machine électorale est lancée

Par Jean Wesley Pierre

Le gouvernement acte le décret électoral et présente un plan technique, mais la faisabilité du scrutin dans un contexte d’insécurité extrême interroge.

PORT-AU-PRINCE, Haïti – le 2 décembre 2025 – Le gouvernement de transition haïtien a franchi une étape administrative majeure dans la perspective d’un retour à un ordre constitutionnel. Lors d’une communication officielle « Mardi de la Nation », le secrétaire d’État à la Communication, Monsieur Bendgy Tilias, et le ministre délégué chargé des questions électorales et de révision constitutionnelle, Joseph André Gracien Jean, ont détaillé les avancées concrètes en vue de l’organisation d’élections. Cette annonce intervient dans un climat de scepticisme profond, où la promesse électorale se heurte à la réalité d’un territoire en grande partie contrôlé par des gangs armés.

Le grand « chantier » des élections lancé malgré l’insécurité qui persiste

La position du gouvernement, exposée par M. Tilias, repose sur un postulat : ne pas attendre que la sécurité soit totalement rétablie pour enclencher le processus. « L’organisation des élections est l’un des plus grands chantiers de ce gouvernement, et l’une des conditions sine qua non est la SÉCURITÉ. Cependant, on ne peut attendre l’établissement de la sécurité pour mettre en œuvre les démarches, lancer la machine », a-t-il déclaré.

Cette approche vise à créer un effet d’entraînement et à démontrer une volonté politique, mais elle soulève immédiatement la question de la faisabilité d’un vote libre et sécurisé dans des zones en conflit.

Les outils juridiques et techniques dévoilés

Le cœur de l’annonce réside dans l’adoption, en Conseil des ministres le lundi 1er décembre, d’un décret électoral. Ce texte, selon les autorités, « dictera la bonne marche à suivre » et doit encadrer la collaboration avec le Conseil Électoral Provisoire (CEP), garant de l’indépendance du processus. M. Gracien Jean a insisté sur l’absence souhaitée d’« interférences » entre le gouvernement et le CEP, une précision cruciale pour la crédibilité du scrutin.

Les innovations techniques présentées sont significatives et répondent à des faiblesses critiques des élections passées :

  1. Mise à jour du registre électoral : Une révision considérée comme essentielle pour la transparence et la légitimité du scrutin.
  2. Décentralisation du dépouillement : Le décret prévoit la création d’un centre de tabulation par département, connecté en réseau à un centre national. Cet aménagement vise à accélérer la publication des résultats et à éviter les longs délais et opacités du passé, sources de crises.
  3. Participation de la diaspora : Pour la première fois, un cadre légal éclairci est évoqué pour permettre aux Haïtiens de l’étranger de voter comme « de véritables électeurs », reconnaissant leur rôle dans la vie nationale.

Quand le plan technique se heurte aux défis existentiels

D’un point de vue technique et procédural, les annonces du gouvernement sont cohérentes et s’attaquent à des problèmes structurels bien identifiés. La volonté de clarifier le rôle de chacun (gouvernement pour le cadre légal et logistique, CEP pour l’exécution opérationnelle) est une base nécessaire.

Cependant, l’analyse doit dépasser le cadre administratif pour se confronter à la réalité du terrain. Trois interrogations majeures subsistent :

  1. Le dilemme de la sécurité face au calendrier électoral : Le gouvernement admet que la sécurité est une condition sine qua non, tout en lançant la machine. Où se situe le point de non-retour ? À quel moment le manque de sécurité contrôlera-t-il définitivement la tenue du vote dans des zones-clés ? La communauté internationale, qui finance et soutient le processus, acceptera-t-elle un scrutin partiel ou boycotté par une large partie de la population par peur ?
  2. La crédibilité du CEP et l’acceptation des résultats : Le CEP devra opérer dans un environnement hyper-polarisé. Sa capacité à être perçu comme indépendant, et l’acceptation des résultats par tous les acteurs politiques – surtout les perdants – restent l’épreuve décisive de toute transition électorale haïtienne.
  3. L’écart entre la capitale et les territoires gangrenés : Les formations politiques et les centres de tabulation peuvent être organisés dans des zones sécurisées.

Mais comment enrôler les électeurs, ouvrir des bureaux de vote et assurer la libre circulation des bulletins dans des communes sous la coupe de gangs comme « Viv Ansanm » ? La décentralisation du dépouillement est une bonne idée, mais elle suppose que les urnes puissent physiquement quitter ces zones.

Des avancées nécessaires, mais… insuffisantes

Le gouvernement remplit ainsi sa part du contrat en produisant le cadre légal et en initiant les préparatifs techniques. Cela constitue une avancée politique nécessaire, répondant aux demandes internes et internationales de « voie vers les élections ».

Pourtant, le processus électoral haïtien ne se joue pas seulement dans les décrets et les centres de tabulation. Il se joue dans les rues de Cité Soleil, de Martissant, de Bel-Air, de Solino, de Fort-National, de Mirebalais, de Carrefour-Feuilles, de Bas-Delmas et tant d’autres. La réussite de ce « plus grand chantier » ne dépendra pas des seuls aménagements techniques, mais de la capacité à garantir un espace politique minimal, la sécurité physique des électeurs et des candidats, qui fait aujourd’hui dramatiquement défaut.

La machine est lancée, mais elle risque de se heurter au mur de la violence armée, véritable architecte de l’impasse actuelle. La suite montrera si ce plan est une feuille de route réaliste ou un vœu pieux dans l’attente d’un miracle sécuritaire qui tarde à venir.

Port-au -Prince, je pense à toi!

0

Yves Lafortune

Il est huit heures du soir. Je marche, perdu dans les arbres de Noël qui scintillent sur les rues de Floride, dans le nickel froid des limousines qui glissent comme des mirages sur l’asphalte. La nostalgie me serre la gorge.

Un « Joyeux Noël » du Bossa Combo me revient soudain, comme une brise chaude qui aurait traversé l’océan. Entonnons ensemble ce chœur de Noël, c’est la fête de notre libérateur, la fête d’un pays qui chante même quand tout brûle autour.

Mais ici, les patates n’ont pas le même goût. Ici, je crève un peu à longueur de jour, et je meurs silencieusement à longueur de nuit, en façade pleine de lumière, en dedans plein de pays.

Port-au-Prince,
tu me hantes. Tu reviens dans chaque lampe de rue, dans chaque souffle de vent, dans chaque musique qui ressemble de loin à la nôtre.

Et au milieu de cette Floride trop brillante, c’est encore ton ombre qui marche avec moi.

Port au Prince, tonnè boule m!

Yves Lafortune, Miami

Avoir sa peau dans le jeu : Enex Jean-Charles et la tragédie constitutionnelle haïtienne

0

Yves Lafortune

La théorie du Skin in the Game, où le risque fonde la responsabilité

La notion de Skin in the Game, forgée et popularisée par Nassim Nicholas Taleb, repose sur un principe d’une simplicité presque brutale : nul ne devrait décider pour les autres sans être lui-même exposé aux conséquences réelles de ses décisions (Taleb, 2018). Avoir sa peau dans le jeu, c’est être comptable de ses actes jusqu’au bout, accepter que le risque ne soit pas transférable, que l’erreur ne puisse être déléguée aux anonymes, aux masses, à ce peuple abstrait qu’on évoque à la première tribune mais qu’on oublie à la première crise.

Taleb adopte une perspective similaire à celle d’Hannah Arendt, selon laquelle une véritable politique nécessite la présence de l’homme dans l’espace public en tant que sujet responsable, en capacité de rendre des comptes de ses actions devant autrui (Arendt, 1958). La faute politique, comme elle l’indique implicitement dans La condition de l’homme moderne, découle précisément du divorce entre l’action et la responsabilité, entre le pouvoir et la conscience morale de ses conséquences.

Paul Ricoeur souligne que la légitimité d’une institution ne dépend pas seulement de sa conformité légale, mais aussi de sa capacité à créer un sens partagé, une narration commune à laquelle le citoyen peut s’identifier (Ricoeur, 1990). Sans responsabilité concrète et risques assumés, la loi se réduit à une mécanique, et l’État devient une fiction glaciale, déconnectée de l’expérience réelle.

Selon cette triple filiation (Taleb, Arendt, Ricoeur), la responsabilité politique ne se limite pas à la compétence technique ou à la noblesse d’intention. Elle se mesure aussi à l’exposition réelle : qui supporte les conséquences des échecs politiques ? (Taleb, 2018 ; Arendt, 1958 ; Ricoeur, 1990) Qui endure les effets de l’effondrement des textes ? Qui subit le chaos institutionnel, l’insécurité juridique ou la paralysie de l’État si ce n’est le citoyen ordinaire ? Quant au décideur, il se retire, se reconvertit ou disparaît dans les limbes d’une autre commission, d’un autre décret, d’un autre salaire public. Dans les sociétés fragiles, cette convergence théorique révèle une vérité tragique : ceux qui décident n’ont généralement rien à perdre. Ils ne sont ni les passagers de l’avion qu’ils pilotent, ni même les mécaniciens qui l’entretiennent. Ils sont ailleurs, dans une tour d’ivoire d’irresponsabilité institutionnalisée, pendant que le pays, lui, chute.

C’est à cette lumière que se lit le cas d’Enex Jean-Charles et la réforme constitutionnelle en Haïti.

La constitution confiée, déléguée, dépossédée

Lorsque les autorités haïtiennes ont confié à l’ancien Premier ministre Enex Jean-Charles la responsabilité de diriger le processus d’amendement de la constitution, l’enjeu était énorme. Il ne s’agissait pas simplement d’un ajustement juridique, mais d’un acte de refondation, un moment rare où une nation cherche à réviser son contrat politique, à redéfinir les règles du vivre ensemble, et à réparer les fissures d’un texte devenu inefficace, conflictuel et lourd de contradictions. Après consultations, rencontres sectorielles, forums, déclarations solennelles et engagements pour une inclusion plus large, le résultat proposé était une constitution qui, selon de nombreux observateurs, n’était pas seulement insuffisante mais pire que celle de 1987, déjà fortement critiquée pour ses incohérences, ses ambiguïtés structurelles et son insuffisance chronique à assurer la stabilité institutionnelle.

Au lieu de favoriser la guérison, le texte semblait accentuer la fracture. Au lieu de moderniser l’ordre constitutionnel, il renforçait ses zones d’ombre. Au lieu de clarifier les rapports de pouvoir, il les rendait encore plus confus. Et lorsque protestations, critiques, et désapprobations jaillirent de toutes parts, juristes, universitaires, organisations de la société civile, forces politiques, la réponse fut la promesse d’une révision, d’une réécriture, d’un réajustement supposé. Puis, soudainement, le silence. Le processus s’arrêta net. Pas de bilan. Pas de reddition de comptes. Pas de mea culpa. Seulement cette impression amère d’un projet englouti dans les sables mouvants de l’habitude haïtienne : recommencer sans jamais finir.

Argent public, espoir public, naufrage collectif

Le processus constitutionnel n’a pas seulement été un échec politique ; il s’est également avéré un gouffre financier. Des millions ont été dépensés pour organiser des consultations, rémunérer des experts, rédiger des documents, financer des missions, louer des salles et donner l’apparence d’un consensus. Mais à quoi a servi cette dépense publique ? À entretenir une illusion institutionnelle, à simuler une volonté de réforme sans réel enracinement populaire, et à produire un texte que personne ne souhaite ni n’assume finalement.

Selon une logique de Skin in the Game, cette situation montre une erreur fondamentale : celui qui dirige ne prend aucun risque. Qu’il échoue, réussisse, confonde ou détourne, il reste indemne, tandis que le pays continue de supporter les coûts. La réforme d’une constitution ne se compare pas à une simple formalité administrative. Comme l’a souligné Arendt, chaque acte politique a une dimension éthique essentielle, car il façonne un monde partagé et irréversible (Arendt, 1958). Modifier le contrat fondamental d’une nation engage sa crédibilité, son destin, voire sa mémoire politique. Pourtant, Enex Jean-Charles n’a jamais mis sa propre tête dans la balance. Il n’était pas un simple passager de l’avion constitutionnel, mais son pilote administratif interchangeable.
Le pilote et l’avion : une métaphore nécessaire

Le pilote qui sait que sa vie dépend de la qualité de son vol fera tout pour conduire l’appareil à bon port. Il vérifiera, il doutera, il révisera, il écoutera, il anticipera. Non par héroïsme, mais par instinct de survie. Le risque partagé fonde la prudence, la rigueur, la responsabilité. À l’inverse, celui qui pilote sans risquer sa propre chute peut se permettre l’approximation, l’arrogance, le mépris des signaux d’alerte. Il peut dire : ce n’est pas ma faute, ce n’est pas la tienne, ce n’est la faute de personne. Ce n’est que celle du pays, éternel bouc émissaire.

La réforme constitutionnelle en Haïti fut ainsi menée comme un vol expérimental sans pilote réellement concerné. Ceux qui décidaient n’étaient pas ceux qui subiraient. Ceux qui écrivaient n’étaient pas ceux qui subiraient les conséquences. Et lorsque l’avion s’est immobilisé en plein tarmac, moteur coupé, promesse éteinte, plus personne n’est revenue au pupitre pour expliquer le crash.

Ni coupable unique, ni innocence collective

Loin de toute chasse aux sorcières, il est essentiel de rappeler : ce n’est pas uniquement la faute d’Enex Jean-Charles. Pas plus que ce n’est la faute d’un seul homme. Le problème est systémique. Il est ancré dans une culture politique où la fonction précède la responsabilité, où le poste remplace l’engagement, où l’État devient un espace de passage plutôt qu’un lieu de sacrifice. Mais c’est précisément là que la théorie du Skin in the Game devient précieuse : elle nous oblige à nommer le déséquilibre moral d’un système où le pouvoir n’est jamais risqué, où la décision ne coûte jamais au décideur, où la faute se dissout dans l’anonymat institutionnel. On ne bâtit pas un pays sur des stratégies sans enjeu personnel. On ne reconstruit pas une nation avec des gestionnaires qui ne dorment jamais dans la maison qu’ils prétendent ériger pour les autres.
Faire pays : une exigence charnelle

« Avoir sa peau dans le jeu, c’est surtout ce qu’il faut pour faire pays. » Cette phrase résonne comme un avertissement, une leçon, peut-être même une supplique. Faire pays exige de ceux qui gouvernent une implication qui dépasse la rhétorique. Cela exige une proximité réelle avec le risque, une vulnérabilité assumée, une solidarité concrète avec le destin commun. Haïti ne manque pas d’intellectuels, ni de techniciens, ni même de bonnes intentions. Elle manque de responsables prêts à lier leur propre sort à celui de la collectivité. Elle manque de pilotes conscients du fait que l’avion n’est pas un trophée, mais une vie partagée.

La réforme constitutionnelle ne fut pas seulement un texte raté ; elle fut le symbole d’un déficit moral : celui d’un leadership détaché, distant, technocratique, sans véritable ancrage existentiel dans le projet national.

Pour une politique du risque partagé

Il est temps de repenser la gouvernance haïtienne à l’aune de cette exigence éthique : aucun décideur ne devrait échapper au poids de ses décisions, car le pouvoir n’a de légitimité que lorsqu’il assume les conséquences de ses actes devant ceux qu’il gouverne (Ricoeur, 1990 ; Arendt, 1958). Aucun projet de cette ampleur ne devrait être mené par ceux qui n’ont rien à perdre. La constitution n’est pas qu’un document juridique. Elle est la respiration d’un peuple, la trame de ses espérances, l’architecture de son avenir. Confier sa réforme à des mains sans enracinement, sans peau dans le jeu, c’est condamner d’avance toute tentative de renaissance.

Le cas de l’ancien Premier ministre Enex Jean-Charles, loin d’être un simple épisode, devient alors une métaphore nationale : celle d’un pays qui confie sa refondation à des acteurs non exposés, et qui s’étonne ensuite de l’échec.

Conclusion : le courage de risquer pour reconstruire

Haïti ne pourra pas se reconstruire uniquement par des commissions peu courageuses, des consultations dénuées de vérité ou des réformes manquant de responsabilité. Elle se redressera lorsque ceux qui ont le pouvoir accepteront de partager le sort du pays, qu’il soit en chute ou en renaissance. Construire un pays, ce n’est pas simplement signer un décret ou rédiger un rapport. C’est mettre en jeu sa peau, son nom, sa mémoire et son destin dans une aventure collective. Tant que les pilotes voleront sans crainte de mourir dans un crash, Haïti continuera de s’écraser. Le jour où ils accepteront enfin que leur vie dépende du bon fonctionnement de l’avion national, alors, peut-être, le ciel s’ouvrira de nouveau au-dessus de la République.

La Constitution de 1805, l’acte fondateur de la modernité possible

Nous avons tout tenté, tout discuté, tout réécrit. Nous avons multiplié réformes, commissions, projets, ajustements, bricolages institutionnels et simulacres de refondation. Pourtant, une évidence persiste, silencieuse et obstinée : Dessalines nous a déjà laissé un acte fondateur d’une puissance exceptionnelle. La Constitution de 1805, avec sa radicalité historique, sa charge symbolique et politique, reste la base souveraine de notre architecture nationale.

Il ne s’agit pas de la reproduire telle quelle, ni d’en faire une relique figée dans le marbre du passé, mais de la relire comme point d’ancrage, comme socle éthique et politique à partir duquel une constitution moderne, inclusive et résolument tournée vers l’avenir peut être élaborée. Là où tant de textes ultérieurs ont hésité, compromis ou dilué le projet national, 1805 affirme une vision, une verticalité, une mémoire de la liberté conquise dans le sang et la dignité.

Revenir à 1805, ce n’est pas reculer ; c’est refonder. C’est reconnaître que le pays ne peut se reconstruire sans puiser dans cette source première où le politique n’était pas gestion, mais destin. C’est accepter que la modernité haïtienne ne naîtra pas de l’imitation servile des modèles exogènes, mais de la réactivation lucide de notre généalogie institutionnelle.

Ainsi, au-delà des échecs et des errances contemporaines, une voie demeure ouverte : produire une constitution moderne, ancrée dans l’esprit de 1805, assagie par l’histoire, éclairée par le temps, mais fidèle à cette promesse initiale où Haïti se pensait déjà comme une nation souveraine, radicalement libre et consciente d’elle-même.

*Références *:

Arendt, H. (1958). The Human Condition. Chicago: University of Chicago Press.

Hector, M. (2009). Histoire de la Constitution haïtienne : genèse et portée de la Constitution de 1805. Port-au-Prince : Éditions C3.

Ricoeur, P. (1990). Soi-même comme un autre. Paris : Seuil.

Taleb, N. N. (2018). Skin in the Game: Hidden Asymmetries in Daily Life. New York: Random House.

Trouillot, M.-R. (1995). Silencing the Past: Power and the Production of History. Boston: Beacon Press.

Yves Lafortune, Miami

Crise au sommet : le Conseil des ministres du 1er décembre, un sursis ou un sursaut pour le Premier ministre Fils-Aimé ?

0

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Les événements du lundi 1er décembre 2025 révèlent une fois de plus l’instabilité chronique et le déficit de souveraineté qui rongent le sommet de l’État haïtien. Alors que tout indiquait que le Premier ministre Fils-Aimé serait écarté après les menaces par des messages whatsapp des diplomates canadien et américain aux différents Conseillers présidenties, il a non seulement participé au Conseil des ministres, mais il a aussi supervisé l’adoption d’un décret électoral clé. Faut-il y voir un acte d’autorité, un simple réflexe de survie ou une manœuvre imposée de l’extérieur ?

À mon sens, ce Conseil des ministres ne signe pas une victoire politique du Premier ministre, mais plutôt une défaite momentanée de ses adversaires, forcés de reculer malheureusement sous la pression de la communauté internationale . Car c’est bien là le cœur du problème : la politique haïtienne donne trop souvent l’impression de se jouer moins à Port-au-Prince qu’à Ottawa ou à Washington.

La mise à l’écart avortée : une reculade, pas un renoncement

Les hostilités contre Fils-Aimé, accusé d’incompétence, ne datent pas d’hier. Depuis des semaines, une faction influente composée de quatre conseillers-présidents agit en coulisses pour provoquer sa chute, animée autant par leur insatisfaction des résultats du gouvernement que par des rivalités de clans. Sa présence au Conseil du 1er décembre n’efface pas ces tensions ; elle les suspend seulement. Les adversaires du Premier ministre n’ont pas renoncé : ils ont peut-être recalculé.

Un décret électoral comme gage de bonne conduite diplomatique

La rapidité avec laquelle le décret électoral fixant les élections au 30 août 2026 a été adopté et publié dans Le Moniteur témoigne d’une urgence qui dépasse l’État haïtien lui-même. Il fallait montrer patte blanche. Il fallait envoyer aux patrons internationaux les signes minimaux d’un CPT qui obéit et d’un pays qui avance.

Mais peut-on avancer vraiment lorsque les décisions majeures sont prises davantage pour apaiser l’étranger que pour répondre aux urgences internes ou locales ? L’adoption rapide, et sous menace, de ce décret électoral illustre une vérité dérangeante : la souveraineté haïtienne reste largement conditionnée.

Fils-Aimé : chef de gouvernement ou chef d’orchestre en mission ?

Le Premier ministre sort de cette journée du lundi 1er décembre ni renforcé ni affaibli : il sort toléré. Toléré pour éviter une crise supplémentaire. Toléré pour éviter d’autres sanctions. Toléré pour maintenir l’illusion d’une continuité institutionnelle. Toléré parce qu’on ne peut pas encore se permettre de le renverser.

Mais combien de temps cette tolérance tiendra-t-elle ?
Et surtout, quelle gouvernance peut émerger d’un cadre où même les décisions vitales sont dictées par la peur de décevoir les partenaires ou les patrons étrangers ?

Le vrai problème : l’État haïtien joue en défense permanente

Ce qui s’est passé le 1er décembre n’est pas un tournant ; c’est un symptôme. Un symptôme d’un État qui ne maîtrise plus son calendrier. Un symptôme d’une classe politique moribonde qui gouverne au lendemain, jamais au long terme. Un symptôme d’un pouvoir obsédé par la survie, non par la vision.

La question du jour n’est donc pas :  » Fils-Aimé a-t-il été déjoué la tentative de sa mise à l’écart »? Mais plutôt :  » Jusqu’à quand allons-nous tolérer un système qui fonctionne exclusivement sous pression, sans direction, sans ambition, et sans racines souveraines » ?

Le Conseil des ministres du 1er décembre n’a pas déjoué une crise. Il l’a simplement reportée.

Pierre Josué Agénor Cadet

Saint-Louis du Nord : une découverte macabre replonge la population dans la peur

0

Une atmosphère de stupeur et de consternation a envahi, tôt dans la matinée de ce mardi 2 décembre 2025, la commune de Saint-Louis du Nord, un des trois arrondissements du département du Nord-ouest d’Haïti. Les habitants de la 3ᵉ section communale de Desgranges ont fait une découverte particulièrement horrifiante : la tête d’un jeune garçon, abandonnée dans une rivière, sans aucune trace du reste du corps.

Selon les premières informations communiquées par la police municipale, la victime serait Évens, fils de Bobo, un résident bien connu de la zone. L’identité formelle n’a toutefois pas encore été confirmée par les autorités judiciaires, qui ont ouvert une enquête afin de déterminer les circonstances entourant ce crime d’une rare brutalité.

La scène, rapidement bouclée par les forces de l’ordre, a attiré une foule de curieux, profondément ébranlés par l’ampleur de l’horreur. Des habitants affirment n’avoir jamais été confrontés à un acte d’une telle violence dans cette partie de la commune.

Une ville jadis paisible confrontée à une montée de l’insécurité

Longtemps reconnue comme l’une des cités les plus propres et les plus tranquilles du pays, Saint-Louis du Nord traverse depuis environ troid années une dégradation notable de la situation sécuritaire. Les actes de violence, autrefois rares, deviennent de plus en plus fréquents, nourrissant un climat d’inquiétude au sein de la population.

Ce nouveau drame renforce le sentiment d’abandon exprimé par de nombreux citoyens, qui réclament une présence policière plus visible ainsi que des actions concrètes des autorités centrales pour freiner l’escalade de l’insécurité.

Enquête en cours

Les autorités locales, en collaboration avec la police nationale, ont lancé une enquête pour identifier les auteurs de cet acte et retrouver le reste du corps de la victime. Aucune piste n’est, pour l’instant, écartée.

Les autorités de Saint-Louis du Nord ont exprimé leur solidarité envers la famille touchée et appelé la population au calme, tout en s’engageant à soutenir les démarches visant à faire toute la lumière sur cette affaire.

Pierre Josué Agénor Cadet, fils de Saint-Louis du Nord

Journée mondiale du Sida 2025 : l’ONUSIDA alerte sur une crise de financement qui menace les progrès mondiaux

0

GENEVE.— À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida, célébrée sous le thème «Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida», l’ONUSIDA tire la sonnette d’alarme: en 2025, une crise de financement sans précédent met en péril des décennies d’avancées dans la prévention et le traitement du VIH.

Les services communautaires, essentiels pour atteindre les populations marginalisées, sont affaiblis, tandis que la montée de lois punitives criminalisant l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’usage de drogues rend l’accès aux soins encore plus difficile. Dans ce contexte, l’objectif mondial d’éliminer le Sida d’ici 2030 apparaît menacé.

L’ONUSIDA appelle à une mobilisation internationale urgente, estimant que les ressources nationales ne suffisent plus. Elle plaide pour la suppression des barrières juridiques et sociales, ainsi que pour un financement coordonné permettant de renforcer les programmes de prévention et de traitement.

L’agence rappelle que la collecte de données fiables a été l’un des piliers de la riposte mondiale, permettant de cibler les interventions et d’assurer la responsabilisation.

Elle invite enfin le public à participer à la campagne mondiale en utilisant les hashtags #WorldAIDSDay2025 et #EndAIDS pour soutenir l’effort global visant à mettre fin à l’épidémie.

Jean Mapou

L’OEA se dit prête à soutenir Haïti pour la sécurité et les élections

0

Par Gesly Sinvilier

Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a reçu ce mardi 2 décembre 2025 à la Primature le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert R. Ramdin, pour une rencontre de haut niveau centrée sur la sécurité et le processus électoral.

Cette réunion intervient alors que le gouvernement multiplie les initiatives pour tenter de stabiliser le pays, marqué par l’emprise persistante des groupes armés, une situation humanitaire fragile et une forte attente de retour à l’ordre constitutionnel.

Au cours des échanges, le chef du gouvernement a présenté à son interlocuteur les « progrès significatifs » réalisés dans la lutte contre l’insécurité. Il a notamment insisté sur la montée en puissance des dispositifs mis en place pour contrer l’activité des gangs et sur le renforcement opérationnel des forces nationales. Le Premier ministre a également plaidé pour un soutien accru des États membres de l’OEA, en particulier pour appuyer la Force de Répression des Gangs (FRG), qu’il considère comme un outil central de la stratégie sécuritaire nationale.

La rencontre a aussi été l’occasion pour Alix Didier Fils-Aimé d’annoncer l’adoption et la publication du Décret électoral, présenté comme une étape essentielle vers la tenue de scrutins jugés indispensables pour rétablir l’ordre constitutionnel.

Albert R. Ramdin a salué cette avancée, qu’il a qualifiée d’« étape concrète » vers l’organisation d’élections crédibles et inclusives. Le Secrétaire général a réaffirmé l’engagement de l’OEA aux côtés d’Haïti, tant dans l’accompagnement du processus électoral que dans le soutien aux efforts de stabilisation institutionnelle.

Le Premier ministre a par ailleurs mis en lumière la dimension humanitaire de la crise, évoquant les populations touchées par les violences armées et la détérioration des conditions de vie. Il a sollicité l’appui de l’OEA pour la mise en œuvre de programmes de réinsertion, d’accompagnement communautaire et de restauration du tissu social.

Selon l’OEA, les efforts du gouvernement en matière de sécurité et de gouvernance constituent des signaux encourageants. L’organisation dit se tenir prête à poursuivre son soutien à Haïti dans les domaines sécuritaire, institutionnel et humanitaire.

La réunion de ce mardi illustre la volonté affichée des deux parties de renforcer leur partenariat stratégique, dans un contexte où la réussite du processus électoral et la restauration de la sécurité sont considérées comme des conditions indispensables au retour à la stabilité.