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BRICS : Illusion stratégique ou opportunité pour le Sud global ?

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Par Herold Israel

En réponse au texte de Jean Venel Casseus , « Sans accord de sécurité collective, BRICS est une farce, pas une force », récemment publié, je propose une lecture nuancée du rôle réel des BRICS dans l’ordre international contemporain. Si la critique formulée par l’auteur repose sur des fondements théoriques solides issus des relations internationales classiques, elle tend toutefois à juger les BRICS à l’aune d’un modèle d’alliance qu’ils n’ont jamais revendiqué.

Qualifier les BRICS de « farce » au motif qu’ils ne disposent pas d’un accord de sécurité collective est une critique séduisante, mais incomplète. Elle repose sur une conception classique de la puissance internationale selon laquelle économie et défense sont indissociables. Historiquement, cette lecture est fondée : les grandes puissances ont toujours articulé prospérité, sécurité et projection stratégique pour reprendre Waltz.

Il est aussi exact que les BRICS ne constituent pas une alliance militaire. Ils ne disposent ni de clause de défense mutuelle, ni de commandement intégré, ni de doctrine sécuritaire commune, comme souligné. En cas de crise géopolitique majeure, chaque État agirait selon ses intérêts propres. Sur ce point, la critique est légitime.

Mais conclure de cette réalité que les BRICS seraient politiquement insignifiants ou économiquement illusoires revient à leur imposer un modèle (celui de l’alliance occidentale) qui n’est ni le leur ni nécessairement pertinent dans le monde multipolaire actuel. Les BRICS ne cherchent pas à reproduire l’OTAN, si c’est la référence, mais à rééquilibrer un ordre économique mondial longtemps dominé par un seul centre de pouvoir (Stuenkel, 2015).

Sur le plan économique, les faits sont éloquents. Les pays BRICS représentent aujourd’hui plus de 40 % de la population mondiale et environ 31 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, contre environ 30 % pour le G7 (World Bank, 2023). Cette masse critique ne renverse pas l’ordre existant, mais elle modifie les rapports de force.

L’impact se manifeste notamment par la diversification des circuits financiers. La Nouvelle Banque de Développement (NDB) fait tache d’huile et a déjà approuvé plus de 30 milliards de dollars de projets d’infrastructures et de développement, souvent sans les conditionnalités politiques associées aux institutions de Bretton Woods. Par ailleurs, l’augmentation des échanges en monnaies locales vise à réduire la dépendance au dollar, arme centrale de la puissance américaine via les sanctions financières (Tooze, 2022).

Pour le Sud global (et pour des pays comme Haïti, historiquement enfermés dans une dépendance économique et diplomatique asymétrique) cette évolution n’est pas marginale. Elle ouvre des marges de négociation, multiplie les partenaires potentiels et limite la vulnérabilité à un seul système de contraintes. Il ne s’agit pas d’un choix idéologique à faire, mais d’un calcul de survie économique et de souveraineté relative.

Quant à l’hégémonie américaine, je dois admettre qu’elle n’est ni effondrée ni sérieusement menacée à court terme. Les États-Unis conservent une supériorité militaire, technologique et financière déterminante. Et avec le retour du Ministère de la guerre, cette hégémonie ne peut que s’affirmer davantage. Toutefois, leur pouvoir devient moins exclusif. Les BRICS participent à une “dynamique d’érosion progressive de l’unilatéralisme, non par confrontation directe, mais par contournement et diversification”. Et Washington les prend très au sérieux (eadaily.com, 3 novembre 2025).

L’absence de sécurité collective au sein des BRICS demeure une limite réelle. Elle empêche le groupe de devenir une puissance stratégique intégrée. Mais cette absence relève aussi d’un choix : celui de préserver les souverainetés nationales et d’éviter une « confrontation frontale » dans un monde instable.

Les BRICS ne sont donc ni une farce, ni une alternative complète à l’Occident. Ils sont un instrument réel de recomposition du jeu économique mondial. Pour le Sud global, la question n’est pas de savoir s’ils remplacent l’ordre existant, mais s’ils contribuent à desserrer l’étau d’un système longtemps pensé sans lui. Et trop souvent contre lui.

Malheureusement pour Haïti, le débat sur les #BRICS se pose dans un contexte particulier : celui d’un pays placé de facto sous forte tutelle politique, financière et sécuritaire des États-Unis. Dans ces conditions, toute diversification des partenariats reste étroitement contrainte, mais la simple existence de pôles économiques alternatifs redonne, à terme, un levier de négociation. Même limitée, cette marge peut compter dans un monde où l’unipolarité recule et où la souveraineté se reconstruit par étapes.

Hérold Israel, MBA
San Juan, PR

𝐋𝐞 𝐂𝐨𝐦𝐦𝐢𝐬𝐬𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐆𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐫ès 𝐥𝐞 𝐓𝐫𝐢𝐛𝐮𝐧𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐏𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞è𝐫𝐞 𝐈𝐧𝐬𝐭𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐂𝐚𝐩-𝐇𝐚𝐢ï𝐭𝐢𝐞𝐧, 𝐄𝐧𝐨 𝐙é𝐩𝐡𝐲𝐫𝐢𝐧, 𝐦ér𝐢𝐭𝐞 𝐝’êt𝐫𝐞 𝐫é𝐯𝐨𝐪𝐮é

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𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Haïti n’est plus à l’époque des démonstrations d’autorité sommaires ni à celle où l’intimidation tenait lieu de droit. Les souvenirs du « Bòs Pent » et des injonctions du type « m’ap arete w » renvoient à une séquence historique marquée par la brutalité institutionnelle, l’absence de garanties procédurales et la confusion assumée entre pouvoir et menace.

Les comportements, pour le moins 𝑡𝑖 𝑑𝑒𝑙𝑒𝑛𝑘𝑎𝑛, récemment affichés sur les réseaux sociaux par le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance du Cap-Haïtien, Eno Zéphyrin, suscitent à la fois gêne et consternation. L’usage public d’un langage de menace, résumé par le sinistre « m’ap arete w », s’inscrit dans une logique de régression assumée. Cette posture traduit une conception autoritaire de la fonction judiciaire, où la parole publique sert d’outil de pression et où l’action institutionnelle repose sur la crainte plutôt que sur la loi.

La fonction de Commissaire du Gouvernement n’a jamais eu vocation à incarner la force brute ni la surenchère verbale. Elle repose sur la représentation de la société devant les juridictions, la défense de l’ordre légal et le respect strict des droits fondamentaux. Une telle charge exige retenue, formation juridique solide et intelligence des équilibres sociaux. Elle implique surtout une distinction rigoureuse entre l’autorité de l’État et son usage abusif.

Le Cap-Haïtien n’a nul besoin de figures gesticulantes ni de postures à la Bob Lecorps. La ville, comme le pays, a besoin de magistrats sobres, conscients de la portée de leur parole et respectueux de la dignité de la fonction qu’ils occupent. Eno Zéphyrin n’a pas la stature de sa fonction.

Mgr Pierre André Dumas sollicité pour conduire une médiation nationale autour du 7 février 2026

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, samedi 10 janvier 2026 —Une annonce majeure agite la sphère politique et institutionnelle haïtienne. Monseigneur Pierre André Dumas a informé l’opinion publique avoir été officiellement sollicité par une quinzaine de coalitions issues des secteurs politique, économique et de la société civile, ainsi que par plusieurs institutions internationales, en vue de conduire une médiation nationale d’envergure.

Selon les informations communiquées, cette initiative bénéficie également de l’appui d’organisations régionales et internationales telles que la Communauté des Caraïbes (CARICOM), l’Organisation des États américains (OEA) et le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). L’objectif affiché est de favoriser un consensus politique permettant la mise en place d’une nouvelle gouvernance exécutive d’ici au 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), conformément à l’article 12.1 de l’Accord politique du 4 avril 2024.

Une médiation pour prévenir un vide institutionnel

Dans son message, Mgr Pierre André Dumas souligne l’urgence d’anticiper l’après-7 février afin d’éviter un vide institutionnel susceptible de plonger le pays dans une nouvelle phase d’instabilité politique et sécuritaire. Cette inquiétude est largement partagée au sein de la classe politique et de la société civile, dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, la paralysie institutionnelle et une crise de gouvernance prolongée.

Malgré une période de convalescence, le prélat a accepté d’assumer cette mission délicate, estimant que l’intérêt supérieur de la nation commande un engagement responsable et inclusif. Figure respectée de l’Église catholique haïtienne, Mgr Dumas est connu pour ses prises de position en faveur du dialogue, de la paix sociale et du respect de la dignité humaine.

Démarches auprès du Conseil Présidentiel de Transition

Dans le cadre de cette initiative, Mgr Pierre André Dumas a adressé une correspondance officielle au président du Conseil Présidentiel de Transition, Son Excellence Monsieur Laurent Saint-Cyr. Il y sollicite une rencontre les 22 ou 23 janvier 2026, afin de présenter formellement la démarche de médiation et de recueillir la position officielle du (CPT) Conseil Présidentiel de Transition sur le processus envisagé.

Cette rencontre, si elle se concrétise, pourrait constituer une étape clé dans la définition des contours d’une transition politique post-CPT, alors que les interrogations demeurent nombreuses quant aux mécanismes de succession, à la légitimité des futurs dirigeants et à la participation effective des différents secteurs de la société.

Une initiative diversement accueillie

L’annonce de cette médiation a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux et dans les cercles politiques. Certains y voient une opportunité de sortir de l’impasse actuelle par une solution consensuelle et pacifique, tandis que d’autres expriment des réserves quant à la capacité réelle des acteurs politiques à s’accorder sur un projet commun, au-delà des intérêts partisans.

Les observateurs notent toutefois que l’implication conjointe de secteurs nationaux et d’institutions internationales pourrait renforcer la crédibilité du processus, à condition que celui-ci demeure transparent, inclusif et respectueux de la souveraineté nationale.

Un moment décisif pour la transition

À moins d’un mois de l’échéance du 7 février 2026, cette initiative de médiation intervient à un moment charnière pour Haïti. L’issue des discussions à venir pourrait déterminer la capacité du pays à éviter une nouvelle rupture institutionnelle et à poser les bases d’une gouvernance plus stable.

Les prochains jours seront déterminants pour évaluer la volonté réelle des acteurs concernés de privilégier le dialogue et l’intérêt général dans un contexte national particulièrement fragile.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

Venezuela : limogeage du général Javier Marcano Tábata après la capture de Nicolás Maduro

Par Jean Wesley Pierre

Caracas, 10 janvier 2026 — Le général Javier Marcano Tábata, commandant de la garde d’honneur présidentielle vénézuélienne et chef du contre-espionnage militaire, a été démis de ses fonctions quelques jours après l’opération militaire américaine ayant conduit à l’enlèvement du président Nicolás Maduro à Caracas et à son transfert vers New York, où il doit être jugé pour des accusations de narco-terrorisme.

La décision de remplacer le général Marcano Tábata a été prise par la présidente intérimaire Delcy Rodríguez, récemment investie par l’Assemblée nationale. Ancienne vice-présidente de Nicolás Maduro, Delcy Rodríguez est considérée comme l’une de ses plus proches collaboratrices.

Une agression américaine aux lourdes pertes humaines

Selon les autorités vénézuéliennes, au moins 100 morts dont 23 militaires nationaux, cinq généraux, ont été tués lors des frappes américaines. Cuba, allié historique de Caracas, a de son côté annoncé la mort de 32 de ses ressortissants, dont plusieurs seraient intégrés à la garde d’honneur présidentielle chargée de la protection du chef de l’État.

Des dizaines de membres de cette unité d’élite figureraient parmi les victimes de l’opération, même si le gouvernement vénézuélien n’a pas encore publié de bilan détaillé.

Un échec sécuritaire majeur

Pour de nombreux analystes vénézuéliens, le limogeage de Javier Marcano Tábata serait directement lié à l’incapacité de la garde présidentielle à empêcher la capture de Nicolás Maduro. Des partisans du pouvoir ont publiquement exprimé leur sentiment d’« humiliation » face à la facilité avec laquelle les forces américaines ont neutralisé les systèmes de défense et maîtrisé la protection rapprochée du président, ensuite présenté menotté devant les caméras.

Des accusations de trahison relayées sur les réseaux sociaux

Parallèlement à l’annonce officielle de son éviction, des messages largement relayés sur les réseaux sociaux évoquent une possible trahison du général Marcano Tábata. Selon ces sources non confirmées, il aurait collaboré avec les services de renseignement américains, transmis des informations stratégiques sensibles et facilité la neutralisation de la défense aérienne vénézuélienne au moment critique de l’opération.

À ce stade, aucune autorité vénézuélienne n’a officiellement confirmé l’ouverture d’une enquête judiciaire pour trahison ni validé ces accusations.

Un successeur au passé controversé

Le général Gustavo González López a été nommé pour succéder à Marcano Tábata. Ancien chef du Service bolivarien de renseignement national (SEBIN), il a dirigé pendant plusieurs années une institution régulièrement accusée de violations graves des droits humains. Les Nations unies ont notamment documenté des actes de torture, de violences sexuelles et de détentions arbitraires dans la prison du Helicoide et dans plusieurs centres clandestins.

Le remplacement de Marcano Tábata ne semble donc pas marquer une rupture avec les pratiques répressives passées, selon plusieurs observateurs internationaux.

Pressions américaines et incertitudes politiques

Depuis l’arrestation de Nicolás Maduro, le président américain Donald Trump a multiplié les déclarations offensives, affirmant que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela et menaçant Delcy Rodríguez de représailles sévères en cas de non-coopération, notamment sur les questions pétrolières. Washington affirme que Caracas s’apprêterait à livrer jusqu’à 50 millions de barils de pétrole, une information qui n’a pas été confirmée par le gouvernement intérimaire.

Alors que Donald Trump évoque la possibilité d’une seconde vague de frappes, la présidente intérimaire tente d’équilibrer un discours dénonçant un « enlèvement illégal » de Maduro et des appels à une coopération avec Washington.

Dans ce climat de fortes tensions, le limogeage du général Marcano Tábata apparaît comme l’un des premiers actes majeurs de réorganisation du pouvoir, révélateur des fractures internes et de la fragilité du nouvel équilibre politique au Venezuela.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

𝐃𝐢𝐞𝐮 𝐚 𝐝𝐨𝐧𝐧é à 𝐋𝐚𝐫𝐨𝐬𝐞 𝐬𝐨𝐧 𝐛𝐨𝐮𝐪𝐮𝐞𝐭 𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒é𝑢𝑠

Ce 9 janvier 2026, le compas haïtien a perdu une voix qui n’a jamais cherché à se confondre avec le tumulte de la piste. Dieudonné Larose s’est éteint, au Canada, dans une relative discrétion médiatique, fidèle en cela à une trajectoire artistique qui s’est toujours tenue à distance de l’esbroufe, du spectaculaire et de l’euphorie mécanique propre à une partie de l’industrie musicale dansante.

Larose occupait une place particulière dans l’univers du compas. Il en partageait la langue, la structure rythmique, l’espace symbolique, tout en s’en démarquant par une orientation presque à contre-emploi. Le compas privilégie l’élan corporel, la répétition euphorique et l’ivresse collective. Larose, lui, avançait avec retenue, gravité et densité verbale. Il chantait pour l’oreille avant de chanter pour les pieds. Son œuvre invite davantage à l’écoute prolongée, à l’attention au mot, à la résonance intérieure. On ne se déhanche pas sur « 𝑆𝑒 𝑝𝑜𝑢 𝑤 𝑡𝑎𝑛𝑑𝑒 𝑏𝑒̀𝑙 𝑡𝑖𝑓𝑖 𝑙𝑒̀ 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑚𝑜𝑢𝑛 𝑝𝑎𝑙𝑒 𝑤… ». On chante. On écoute. On intériorise.

Cette posture faisait de lui un paradoxe assumé. Dans un champ musical largement organisé autour de la danse, spécialement de la hanche, Larose proposait une expérience proche du siège, de la pause, du recueillement. Sa musique ne sollicite pas l’abandon physique immédiat, elle exige une disponibilité intellectuelle et émotionnelle. Il chante : « 𝐴̀ 𝑢𝑛 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑎𝑠𝑠𝑒𝑧 𝑏𝑖𝑧𝑎𝑟𝑟𝑒 / 𝐶𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑢𝑛 𝑝𝑎𝑦𝑠 𝑞𝑢’𝑜𝑛 𝑛𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑛𝑎𝑖̂𝑡 𝑝𝑎𝑠 / 𝑂𝑢̀ 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑛𝑔 𝑐𝑜𝑢𝑙𝑒 𝑢𝑛 𝑝𝑒𝑢 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑜𝑢𝑡 / 𝑃𝑜𝑢𝑟 𝑙’𝑎𝑟𝑔𝑒𝑛𝑡, 𝑙𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑏𝑖𝑒𝑛𝑠 / 𝐶’𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑎 𝑣𝑜𝑖𝑥 𝑑𝑒𝑠 𝐻𝑎𝑖̈𝑡𝑖𝑒𝑛𝑠 / 𝑄𝑢𝑖 𝑓𝑟𝑒𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑐ℎ𝑎𝑛𝑠𝑜𝑛 / 𝐴̀ 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑓𝑟𝑒̀𝑟𝑒𝑠 𝑑𝑢 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 / 𝐷𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒 𝑐œ𝑢𝑟 𝑏𝑎𝑡 𝑎𝑢 𝑟𝑦𝑡ℎ𝑚𝑒 𝑑𝑢 𝑑𝑒́𝑠𝑒𝑠𝑝𝑜𝑖𝑟 / 𝑂𝑢𝑙𝑎𝑙𝑎, 𝑀𝑎𝑛𝑑𝑒𝑙𝑎 (3𝑥). » Ses propositions appellent le silence autant que le mouvement. Dans cette économie sonore, sa voix n’est pas un simple instrument rythmique, elle porte un message, une charge existentielle, parfois une inquiétude sourde, parfois une lucidité sociale.

Larose appartenait à la rare catégorie des chanteurs à texte du compas. Ses paroles ne se contentent pas d’accompagner la cadence, elles structurent le sens. Elles engagent une réflexion sur l’amour, la perte, la fidélité, la condition humaine, sans céder ni au pathos ni à la facilité. Le verbe y occupe une fonction centrale, presque pédagogique, comme si chaque chanson cherchait à transmettre une leçon de vie plutôt qu’à provoquer une transe momentanée. Dans Millionnaire, avec son groupe Missile 727, il nous dit : « 𝐿𝑒̀ 𝑤 𝑔𝑒𝑛 𝑠𝑒𝑛𝑘 𝑝𝑦𝑎𝑠, 𝑦𝑜𝑛 𝑙𝑜̀𝑡 𝑝𝑎 𝑔𝑒𝑛𝑦𝑒𝑛, 𝑜𝑢 𝑑𝑤𝑒 𝑏𝑎 𝑙𝑖 𝑦𝑜𝑢𝑛 𝑜𝑢 𝑑𝑒 𝑝𝑦𝑎𝑠. 𝐵𝑜𝑛𝑑𝑦𝑒 𝑣𝑎 𝑒𝑑𝑒 𝑤… »

Cette dimension faisait de Larose un messager plus qu’un animateur. Il ne cherchait pas à électriser une foule, mais à parler à chacun. Sa musique instaure un tête-à-tête discret entre l’artiste et l’auditeur. Dans un pays où la musique remplit souvent une fonction cathartique collective, Larose proposait une catharsis intime, silencieuse, presque méditative, en groupe ou en solo. Il rappelait que le compas pouvait aussi être un espace de parole, de gravité et de mémoire.

La disparition de Dieudonné Larose m’invite à poser une question plus large sur l’évolution du compas lui-même. Que reste-t-il de la place du texte dans une musique de plus en plus formatée par l’immédiateté, la vitesse, le bas-ventre et la performance scénique ? Qui, pour prendre le relais de cette exigence verbale, de cette lenteur assumée, de cette volonté de dire avant de faire danser ?

En donnant à Larose son bouquet, Dieu semble avoir rappelé au bercail un artisan discret de la parole chantée, un homme qui n’a jamais confondu popularité et profondeur. Son œuvre demeure comme une invitation à réapprendre à écouter le compas autrement, assis s’il le faut, le cœur ouvert, l’esprit attentif. Dans le tumulte des pistes, sa voix continue de murmurer à ceux qui savent encore entendre. « Quel que soit le pays, quelle que soit la race, ce message est dédié aux gens du monde entier. »

Quel message ? Le message de La rose !


𝑃𝑒𝑛𝑛𝑠𝑦𝑙𝑣𝑎𝑛𝑖𝑒

Insolvabilité de certaines institutions publiques envers l’EDH: le syndicaliste Pierre Michel Felix dénonce

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Par Gedeon Delva

Plusieurs institutions publiques notamment le ministère de la santé publique, le MENFP et la mairie de Delmas en autres ont une dette évaluée à plus de neuf milliards de gourdes envers l’EDH d’après le président du syndicat des travailleurs de l’EDH, Pierre Michel Félix. Pour le syndicaliste, cette situation a des impacts majeurs sur la performance de l’entreprise publique.

«Des institutions de l’Etat ont une dette évaluant à neuf milliards de gourdes» , déplore M. Felix tout en appelant ces clients à faire preuve de responsabilité.

Évoquant la conjoncture sécuritaire actuelle du pays, le syndicaliste se plaint des difficultés auxquelles confronte l’institution en ce qui concerne le recouvrement, la lecture et la facturation des compteurs.

Plus loin, le président de la fédération des syndicats des travailleurs (euses) de l’EDH » Pierre Michel Félix denonce le mutisme des autorités étatiques face à la dégradation persistante de la Centrale hydroélectrique Peligre.

A en croire le syndicaliste l’institution, à travers ses techniciens, a déjà joué sa part; il revient aux autorités concernées de prendre les dispositions nécessaires visant à créer des conditions sécuritaires permettant aux techniciens d’évaluer les dommages, afin de faciliter la redistribution de l’électricité.

Gedeon Delva/ Le Relief

NÒT KONDOLÈYANSMEFP – Mouvman Etidyan Finisan ak Pwofesyonèl

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Se ak yon gwo doulè nan kè nou ke MEFP – Mouvman Etidyan Finisan ak Pwofesyonèl aprann nouvèl lanmò lejand mizik ayisyen an, Dieudonné Larose, ki kite nou jodi a.

Disparisyon atis sa a se yon pèt imans pou fanmi li, pou mond kiltirèl la, epi pou tout pèp ayisyen an. Dieudonné Larose se te plis pase yon mizisyen : li te yon lejand vivan, yon atis angaje, yon vwa ki te pote emosyon, istwa ak reyalite pèp ayisyen an atravè mizik li. Pakou li te make pa talan, disiplin ak lanmou san limit pou kilti ak idantite nasyonal nou.

Atravè kreyasyon li yo, Dieudonné Larose te kontribye anpil nan valorizasyon mizik ayisyen an, li te enspire plizyè jenerasyon jèn, etidyan ak pwofesyonèl, epi li kite dèyè li yon eritaj kiltirèl ki pap janm efase. Travay li, mesaj li ak melodi li yo pral kontinye viv nan memwa kolektif nou.

Nan moman douloure sa a, MEFP prezante senpati li ki pi pwofon ak tout fanmi Dieudonné Larose, zanmi li yo, kolaboratè li yo, ansanm ak tout moun ki frape pa pèt sa a. Nou pataje pèn nou ak nou, epi nou priye pou Bondye ban nou fòs ak kouraj pou n travèse moman difisil sa a.

Ke eritaj atistik Dieudonné Larose kontinye klere,
epi ke nanm lejand sa a repoze anpè.

Pou MEFP – Mouvman Etidyan Finisan ak Pwofesyonèl
Solidarite – Angajman – Diyite

Woodjery Dupré
duprewoodjery@gmail.com
Coordonnateur Général MEFP

ONU–OEA : une coordination renforcée face aux crises au Venezuela et en Haïti

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Par Gesly Sinvilier

Le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) a annoncé avoir échangé avec le Secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres, autour des principaux défis auxquels fait face le continent américain, avec un accent particulier sur les situations au Venezuela et en Haïti. Cet échange de haut niveau confirme la volonté des deux organisations de renforcer leur coordination pour répondre à des crises politiques et sécuritaires persistantes.

Venezuela : dialogue, droits humains et prévention de l’instabilité

S’agissant du Venezuela, les deux responsables ont indiqué qu’ils suivraient de près l’évolution politique dans les prochains jours afin d’identifier les étapes à entreprendre. L’OEA et l’ONU ont insisté sur la nécessité de soutenir le peuple vénézuélien par des mécanismes fondés sur le dialogue, le respect du droit international et la protection des droits humains. L’objectif affiché est clair : prévenir toute nouvelle escalade de l’instabilité dans un pays déjà fragilisé par des années de crise institutionnelle, économique et sociale.

Cette position s’inscrit dans une approche multilatérale prudente, privilégiant la concertation et l’action collective plutôt que les mesures unilatérales, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions politiques.

Haïti : la transition politique au cœur des préoccupations

La situation haïtienne a également occupé une place centrale dans les discussions. Le Secrétaire général de l’OEA a souligné l’importance d’une coordination étroite entre l’ONU et l’OEA pour appuyer les efforts en matière de sécurité, de gouvernance et de préparatifs électoraux. Cette coopération est jugée essentielle dans la perspective d’élections démocratiques, explicitement évoquées « dans le contexte de la transition politique à venir ».

Cette mention de la transition politique confirme que la communauté internationale considère Haïti à un tournant décisif. Entre l’insécurité généralisée, l’effondrement institutionnel et l’absence d’autorités élues, le pays reste dépendant d’un accompagnement international structuré pour recréer les conditions minimales d’un retour à l’ordre constitutionnel.

Vers une action multilatérale coordonnée

Au terme de cet échange, l’ONU et l’OEA ont réaffirmé leur engagement commun en faveur d’une coopération renforcée et d’une action multilatérale coordonnée au service de la paix, de la démocratie et de la stabilité dans la région. Ce positionnement traduit une volonté de parler d’une seule voix face aux crises hémisphériques, tout en respectant les principes du droit international.

Pour Haïti comme pour le Venezuela, cette convergence diplomatique pourrait constituer un signal politique fort. Reste à savoir si cette coordination se traduira rapidement par des actions concrètes capables d’influer durablement sur des situations qui, jusqu’ici, ont résisté aux multiples initiatives internationales.

Gesly Sinvilier / Le Relief

Fin imminente du CPT: la CARICOM presse les acteurs haïtiens de trouver un consensus

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À moins d’un mois de l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition, prévue pour le 7 février 2026, le Groupe des personnalités éminentes (EPG) de la CARICOM, eux qui ont propulsé le CPT, exprime sa vive inquiétude face à l’incapacité des acteurs haïtiens à s’accorder sur un nouveau cadre consensuel de transition politique.

Le Groupe des personnalités éminentes (Eminent Persons Group – EPG) de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a renouvelé, ce 9 janvier 2026, son engagement à accompagner les acteurs haïtiens dans la recherche de solutions aux multiples défis politiques, sécuritaires et institutionnels auxquels le pays est confronté.

Dans une déclaration officielle sur X(anciennement twitter) l’EPG rappelle que le mandat du Conseil présidentiel de transition arrive à son terme le 7 février 2026, une échéance cruciale pour l’avenir politique d’Haïti. Malgré les efforts continus de la CARICOM et de la communauté internationale pour soutenir un processus dirigé par les Haïtiens eux-mêmes, le groupe se dit profondément préoccupé par la lenteur des discussions entre les parties prenantes.

Selon l’EPG, les différents acteurs n’ont pas encore réussi à dépasser leurs divergences pour s’entendre sur un accord consensuel haïtien visant à définir un nouveau mécanisme de transition, et ce, en dépit des nombreux points de convergence relevés dans les propositions rendues publiques ces derniers mois.

Face à cette impasse, la CARICOM appelle les parties prenantes à faire preuve de patriotisme, plaçant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de toute autre considération. Pour l’organisation régionale, il s’agit d’une condition essentielle pour permettre au peuple haïtien de déterminer librement son propre destin.

L’EPG insiste également sur l’urgence de la situation, soulignant qu’un consensus entre les acteurs politiques, la société civile et la population haïtienne doit impérativement être trouvé avant le 7 février 2026. À défaut, avertit le groupe, le pays pourrait faire face à des répercussions indésirables, tant sur le plan institutionnel que sécuritaire.

« Le temps presse », conclut la déclaration, appelant à une mobilisation rapide et responsable afin d’éviter une nouvelle phase d’incertitude politique.

Les jours avant 7 février s’annoncent décisifs. Des propositions affluent.

La rédaction

12 janvier 2010 – 12 janvier 2026 : rien n’a changé. Et c’est peut-être cela, le plus insupportable

Par Yves Lafortune

Il y a seize ans, la terre a tremblé. Et avec elle, notre certitude fragile d’exister comme nation.

Le 12 janvier 2010, Haïti ne s’est pas seulement effondrée sous les gravats. Elle s’est révélée à elle-même, nue, brutale, sans fard. Nos frères et nos sœurs sont morts chez eux, dans les rues, dans la poussière, là où le hasard les avait déposés ce jour-là. Ils ne sont pas morts seulement d’un séisme. Ils sont morts d’un État absent, d’une ville sans règles, d’un pays bâti depuis trop longtemps sur ce qui n’était déjà pas normal.

Et depuis ?

Nous avons empilé les années comme des discours creux.
Quatre présidences. Dix Premiers ministres. Des gouvernements éphémères, des promesses recyclées, des émotions mises en scène. Au bout du compte : rien.

Rien n’a été reconstruit sur des fondations nouvelles.
Nous avons rebâti sur les ruines, sans jamais interroger la ruine elle-même. Nous avons repeint la façade de l’effondrement, croyant conjurer la mémoire du séisme par l’oubli.

Chaque 7 février, à ce Carrefour précis ou ailleurs, la même chanson recommence. Les mêmes gestes. Les mêmes erreurs. On découpe le pays comme un gâteau de circonstance. On distribue ministères, directions générales et institutions publiques comme des butins politiques. Non pour gouverner, mais pour solder des alliances, payer des fidélités, préparer la prochaine trahison.

Et quand tout échoue, nous sortons notre excuse préférée : l’étranger!

Comme si c’était l’étranger qui nous empêchait de construire des hôpitaux. Comme si c’était l’étranger qui interdisait des routes dignes de ce nom. Comme si c’était l’étranger qui refusait au peuple un travail, un repas simple, un avenir modeste mais stable.

Le peuple haïtien ne demande pas des miracles. Il demande un petit goûter de dignité et un travail honnête. Rien de plus.
Rien d’extraordinaire.

Ce qui est le plus douloureux, ce n’est pas seulement l’échec. C’est la répétition consciente de l’échec. C’est cette impression vertigineuse que nous savons au fond, ce qu’il faudrait faire, mais que nous choisissons de ne pas le faire.
Par peur.
Par calcul.
Par médiocrité.
Par renoncement.

Et dire que certains d’entre nous savent. Savent ce que ce pays pourrait devenir.
Savent ce qu’on pourrait faire avec ses ressources humaines, sa jeunesse, son intelligence dispersée dans le monde. Savent qu’Haïti n’est pas condamnée à la fatalité, mais à son propre refus de se regarder en face.

12 janvier 2010.
12 janvier 2026. Seize ans déjà, Nad marinad aurait dit ma grand mère Soirine, Manman ki fè m, maren n batize m!

La terre a cessé de trembler depuis longtemps. Mais l’État, lui, n’a jamais commencé à se tenir debout.

Le vrai séisme n’est plus géologique.
Il est moral.
Institutionnel.
Politique.

Et tant que nous continuerons à confondre partage du pouvoir et partage du pays, tant que nous prendrons la souffrance collective comme décor de nos petites stratégies, tant que nous préférerons accuser plutôt que construire, le 12 janvier ne passera jamais.

Il restera là. Suspendu dans le temps. Comme un rappel cruel que le plus grand drame d’Haïti n’est pas ce qui lui est arrivé, mais ce qu’elle refuse obstinément de devenir.

Yves Lafortune
Fort Lauderdale