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Le parquet de Port-au-Prince s’active en gelant les avoirs des personnalités sanctionnées par l’ONU

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PORT-AU-PRINCE.— Le parquet de Port-au-Prince a entamé la mise en application de l’ordonnance du ministère de la Justice concernant les individus sous sanctions de l’ONU. En effet, le Commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance, Maitre Frantz Monclair a annoncé, ce mardi, la décision de geler les avoirs de ces personnalités.

Cette décision s’inscrit effectivement dans le cadre de mesures conservatoires exigées récemment par le Ministère de la Justice. Le titulaire du MJSP Dr Patrick Pélissier, avait enjoint le parquetier de mettre en œuvre des actions concrètes visant à appliquer la résolution 2653 du Conseil de sécurité des Nations Unies, sanctionnant chefs de gangs entre autres pour le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Sept individus sont principalement visés par cette mesure: Jimmy Chérizier, alias Barbecue, chef de la coalition terroriste Viv Ansanm; Johnson André, chef du gang 5 Secondes; Renel Destina, chef du gang Grand Ravine; Wilson Joseph, chef du gang 400 Mawozo; Vitelhomme Innocent, chef du gang Kraze Barye; Prophane Victor, ancien parlementaire impliqué dans le trafic d’armes; Luckson Elan, chef du gang Gran Grif, tous classés dangereux et corrompus.

L’instruction du Ministre de la justice comprend notamment: le gel immédiat de leurs comptes bancaires ainsi que des avoirs de leurs complices; et l’ouverture d’enquêtes par les institutions financières et de contrôle sur toutes les activités économiques liées à ces individus.

Em annonçant cette décision, la justice haïtienne veut marquer un pas crucial dans la lutte contre l’impunité. Cette mesure doit ouvrir la voie vers la construction d’une Haïti juste et respectueuse des normes. Elle illustre un message ferme que le crime organisé ne l’emportera jamais.

Jean Mapou

Possibilité d’une justice communautaire en Haïti : quelles perspectives ?

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Cette semaine, l’Association des Juges de Paix Haïtiens AJUPAH)
a organisé un atelier de réflexion à l’hôtel Karibe, pour explorer des pistes de possibilités à l’implémentation réelle de la justice communautaire pour répondre aux besoins de justice de proximité, de rapidité et de confiance.

Alors que le système judiciaire haïtien traverse une crise multidimensionnelle marquée par l’inefficacité institutionnelle, l’engorgement des tribunaux et la méfiance grandissante de la population envers l’appareil judiciaire traditionnel, l’idée d’une justice communautaire refait surface comme une alternative viable.

Cette forme de justice suppose un mode de résolution des conflits basé sur l’implication directe des communautés dans le traitement des litiges. Elle valorise le dialogue, la médiation, la conciliation et le respect des coutumes locales. Ce modèle n’exclut pas la loi, mais cherche plutôt à rapprocher la justice des citoyens en intégrant les savoirs traditionnels et les dynamiques sociales propres à chaque localité.

En Haïti, cette forme de justice existe de manière informelle depuis longtemps, notamment à travers le rôle des lakou, des chefs de communauté ou des comités locaux de médiation. Toutefois, elle n’a jamais été pleinement reconnue ni institutionnalisée dans le système judiciaire national.

Un contexte national propice à la réflexion

La tenue de l’atelier de l’Association des Juges de Paix Haïtiens (AJUPAH)
intervient à un moment critique où le vide institutionnel, l’insécurité grandissante, et la saturation des juridictions rendent de plus en plus difficile l’accès à la justice, surtout dans les zones rurales ou les quartiers populaires. Il devient donc nécessaire de « réinventer notre justice en partant de la base, en redonnant aux communautés les moyens de régler elles-mêmes les petits différends du quotidien. »

Il faut tout de même souligner que la justice communautaire ne vise pas à remplacer les institutions judiciaires, mais à les compléter, notamment en désengorgeant les tribunaux de paix et en reconstruisant la confiance entre justice et population.

Avantages et limites d’un tel modèle

Parmi les avantages mis en avant : la rapidité des décisions, la réduction des coûts, la prévention des conflits, et surtout, l’acceptabilité sociale des verdicts, car ils émanent souvent d’un consensus communautaire. L’expérience d’autres pays d’Afrique et d’Amérique latine a montré que ce modèle, lorsqu’il est bien encadré, peut grandement contribuer à la paix sociale et à la cohésion.

Cependant, plusieurs limites ont été évoquées, notamment le risque d’abus de pouvoir par des autorités locales non formées, la discrimination basée sur le genre ou le statut social, et le manque de cadre légal formel.  Se pose alors la question de « la nécessité d’un encadrement législatif clair, pour éviter que la justice communautaire ne devienne elle-même source d’injustice ».

Vers une formalisation encadrée ?

L’atelier a débouché sur plusieurs recommandations concrètes :

  • La mise en place de formations en médiation communautaire pour les juges de paix, les chefs de section communale et les membres des comités locaux.
  • L’élaboration d’un cadre législatif clair pour reconnaître, encadrer et superviser les instances de justice communautaire.
  • Le développement de partenariats avec les organisations de la société civile pour appuyer les démarches de justice de proximité.
  • La création de mécanismes de recours permettant aux citoyens de faire appel à la justice formelle en cas d’abus.

Une piste pour reconstruire le contrat social

Dans un pays où la justice officielle peine à remplir son rôle, et où les citoyens se sentent souvent abandonnés, la justice communautaire pourrait représenter une voie intermédiaire vers une justice plus accessible, plus équitable et plus humaine. Elle constitue aussi un moyen de réconciliation entre l’État et les communautés, en redonnant du pouvoir aux acteurs locaux et en réhabilitant des formes endogènes de résolution des conflits.

L’initiative de l’AJUPAH ouvre donc la porte à une réflexion de fond sur la réforme de la justice haïtienne, en plaçant la proximité, la confiance et la participation citoyenne au cœur du dispositif.

La justice communautaire n’est pas forcément le remède idéal, mais dans un État en crise, elle pourrait constituer une alternative pragmatique et adaptée pour restaurer un minimum de justice au sein des communautés. Encore faut-il que cette justice soit accompagnée, encadrée et inscrite dans une volonté politique ferme de transformation sociale. Le débat est lancé, reste à savoir si les autorités, les bailleurs de fonds et les citoyens sauront s’en emparer.

Par Gesly Sinvilier

La Division Nous Tue en Silence

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Chaque fois qu’Haïti tente de se relever, de tracer un chemin vers le changement, une main invisible la retient, la tire en arrière. Une main sournoise qui manipule, qui détruit tous nos efforts d’unité, tous nos espoirs de paix. Ce qui fait le plus mal, ce n’est pas un ennemi lointain, mais nos frères et sœurs, nos amis, nos voisins — c’est nous-mêmes. À chaque tentative de rassemblement, la division grandit, violente et sombre, telle une tempête qui refuse de laisser briller la lumière de la lune.

Prenons l’exemple du Premier Ministre et du Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti : deux hommes qui, côte à côte, incarnent une image de paix, de réconciliation, de solidarité. Au lieu d’applaudir, au lieu que le peuple retrouve un souffle d’espoir, on n’entend que bruit et mépris. Comme si la paix dérangeait. Comme si certains ne pouvaient pas dormir si les Haïtiens ne se déchiraient pas entre frères, s’ils ne trahissaient pas, s’ils ne salissaient pas leur propre nom.

Regardez la lutte contre l’insécurité. Pour la première fois depuis que la crise s’est intensifiée, le Gouvernement s’allie aux forces de l’ordre pour freiner la violence et le crime. Et que voit-on ? Des critiques acerbes, du mépris, des accusations infondées sur les réseaux sociaux, des mensonges répétées sans la moindre preuve, sans réflexion. Pourtant, tout cela est fait pour notre sécurité, pour que nous puissions marcher librement sur notre propre terre. Et nous ne sommes même pas capables de leur dire « merci » ?

Le dossier Sunrise Airways est l’ultime coup de poignard. Lorsque l’État déploie tous ses efforts pour faciliter la mobilité de notre peuple, au lieu de célébrer cette avancée, on n’entend que calomnies, attaques injustifiées, critiques sans fondement. Comme si tout ce qui est positif devenait une menace pour certains intérêts personnels.

Que dit tout cela de nous ?

Il est grand temps que le peuple haïtien ouvre les yeux. Il faut cesser de laisser ceux qui défendent des intérêts personnels nous utiliser comme des pions. La division ne mène nulle part. Notre force réside dans notre unité. Nous sommes fatigués des « retire-toi, laisse-moi faire à ma manière. » Nous ne pouvons plus continuer à nous tirer vers le bas pour satisfaire ceux qui se délectent de notre chute.

Nous devons nous asseoir ensemble, main dans la main, comme un seul peuple, une seule nation. Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de paroles creuses, mais d’actions véritables, d’amour sincère, de solidarité profonde. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons relever la tête, semer l’espoir et bâtir l’Haïti dont nous rêvons tous.

Abraham a dit : « C’est assez. » À notre tour de dire, haut et fort : « C’est assez. » Assez de jalousie. Assez de divisions. Assez de trahisons. Choisissons l’unité — car c’est le seul chemin qui mène à la vie.

Ives Marie JEAN JULES
Route de frères Haïti 🇭🇹
10 juin 2025

Entre Paralysie Politique et Espoirs Déçus, quel bilan des trois mois de Fritz Jean à la tête du CPT ?

Trois mois après son installation à la tête du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en Haïti, Fritz Alphonse Jean, est passé de l’objet d’une euphorie prudente qui accompagnait son entrée en fonction à une profonde désillusion. Annoncé comme une figure de consensus et porteur d’un projet de rupture avec l’ancienne classe politique décriée, l’ancien gouverneur de la Banque centrale peine à transformer cette transition en levier de redressement politique, sécuritaire et institutionnel.

Un leadership hésitant et sans autorité

Autrefois réputé pour sa rigueur technocratique, il semble avoir été dépassé par les dynamiques conflictuelles du Conseil. Loin de faire preuve de l’autorité nécessaire pour impulser une action collective et coordonnée, il a souvent été réduit à un rôle de modérateur passif. Les luttes internes, les ambitions personnelles et les jeux d’influence entre les différents représentants politiques siégeant au CPT ont paralysé la prise de décisions. Jean, au lieu de trancher ou de guider, s’est enlisé dans la recherche d’un consensus souvent introuvable.

Aucune avancée significative sur le plan sécuritaire

L’un des enjeux majeurs de la transition reste la crise sécuritaire. Pourtant, après trois mois, les gangs armés contrôlent toujours la majorité de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Le Conseil, sous la présidence de Jean, a échoué à définir une stratégie claire contre la criminalité organisée. La Mission multinationale de soutien à la sécurité, annoncée depuis plusieurs mois, reste suspendue à des engagements extérieurs, pendant que le CPT peine à rétablir la confiance au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH) ou à structurer un dispositif de riposte.

Une diplomatie de transition quasi inexistante

Sur le plan international, le leadership de Jean n’a pas permis de redorer l’image d’Haïti ni de rassurer les partenaires étrangers. L’absence d’un discours diplomatique cohérent, d’une stratégie de plaidoyer claire auprès de l’OEA, de la CARICOM ou de l’ONU, ainsi que l’ambiguïté sur le calendrier de transition, ont entretenu le flou. À l’exception de quelques rencontres formelles, le CPT n’a pas profité de cette fenêtre critique pour repositionner Haïti dans le concert des nations ou pour formuler une demande d’assistance mieux encadrée.

Silence sur les réformes structurelles et absence de cap économique

Alors que la population attendait des signaux forts sur les réformes institutionnelles (justice, Constitution, gouvernance publique), le Conseil, sous la présidence de Jean, est resté muet ou flou sur ces questions. Aucun chantier de réforme n’a été lancé, aucun calendrier crédible n’a été présenté. Sur le plan économique, alors que le pays s’enfonce dans la récession, aucune vraie mesure urgente ou plan de relance n’a émergé. La communication du Conseil, par ailleurs inefficace, a renforcé l’impression d’un pouvoir lointain, sourd et incapable de rassurer.

Une présidence honorifique ou complice ?

En définitive, Fritz Alphonse Jean semble occuper une présidence essentiellement symbolique, sans réel levier d’action. Certains critiques vont plus loin en l’accusant de cautionner ou même d’organiser, pour son propre intérêt, des arrangements politiques en coulisses et la reconduction déguisée de l’ancien système. Son refus de dénoncer ouvertement les blocages ou les calculs politiciens au sein du Conseil jette un doute sur son engagement à opérer une réelle rupture.

Lors d’une intervention dans un journal de la place, le président Alphonse Jean a reconnu que durant ces trois mois à la tête du CPT, celui-ci n’a organisé que deux Conseils des ministres. Sur fond de désaccords avec ses pairs, notamment sur la question de la nomination de nouvelles personnes à des postes clés au sein de l’administration publique, le président Alphonse avoue qu’il a lui-même décidé de ne pas se réunir avec le seul organe qui est chargé de décider de l’avenir de la nation. De nombreux observateurs ont d’ailleurs qualifié de dictatorial, cette attitude de la part du Conseiller-président. Certains dénoncent même une tentative de celui-ci de faire mainmise sur des institutions clés, pour ses propres intérêts, lesquelles seraient menacés en cas de nouvelles nominations par le Conseil des ministres.

Dans cet entretien, le Conseiller-président a également reconnu que certaines de ses ordres n’avaient pas été respectés par le Ministre des Affaires Étrangères en ce qui concerne la nomination de nouvelles personnes dans la diplomatie haïtienne.

Dans un contexte de gouvernance collégiale, le Conseil des ministres devient un symbole de vitalité pour la démocratie haïtienne, et ne pas en organiser à cause de luttes d’influence pour le pouvoir s’apparente à une attitude mesquine et un mépris face aux préoccupations de la population.

Trois mois pour rien ?

À l’aube de ce mandat transitoire censé durer 18 à 24 mois, le bilan des trois premiers mois de Fritz Alphonse Jean à la tête du CPT est alarmant. Aucun progrès tangible, aucune réforme enclenchée, aucune amélioration sécuritaire ni politique. Ce début poussif met en péril la crédibilité de la transition elle-même et alimente le scepticisme d’une population déjà exaspérée. Si Fritz Alphonse Jean veut sauver ce qui peut l’être, il devra rapidement changer de posture : incarner un leadership courageux, rompre avec les calculs dilatoires, et remettre le cap sur l’intérêt général. Autrement, l’Histoire retiendra son passage comme une parenthèse inutile dans la longue agonie de la République.

Le CPT en big bang permanent : Smith Augustin répond à Fritz Alphonse Jean

Tout se joue sur le ring du journal Le Nouvelliste. Après les récentes déclarations du coordonnateur du CPT, Fritz Alphonse Jean, qui dénonçait des centaines de nominations contestées dans les ambassades, le conseiller présidentiel Smith Augustin lui répond catégoriquement, remettant en cause ses accusations et clarifiant son rôle.

Dans une interview accordée au Nouvelliste la semaine dernière, Fritz Alphonse Jean, coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), avait dénoncé des centaines de nominations dans la diplomatie haïtienne, affirmant avoir opposé son veto à de nombreuses propositions. Il avait notamment pointé du doigt des pratiques clientélistes, impliquant des membres influents du gouvernement.

Réagissant à ces accusations, le conseiller présidentiel Smith Augustin, dans une prise de parole exclusive au même journal, a d’abord refusé de répondre aux accusations qu’il qualifiait d’« anonymes ». Cependant, après la publication des propos de Fritz Jean, il a sollicité un droit de réponse pour apporter des précisions.

Interrogé sur ces nominations massives, Smith Augustin a expliqué : « Il serait facile de faire des dénonciations, mais le leadership consiste à apporter des solutions. Parler de plusieurs centaines de nominations, c’est imprécis. Depuis le 25 mai 2025, le ministère des Affaires étrangères a publié une note expliquant que le processus de nomination est conforme au budget de fonctionnement pour l’exercice 2024-2025. »

Sur l’affirmation selon laquelle le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, lui-même et Louis Gérald Gilles auraient référé à eux seuls plus de 90 % des nominations, Smith Augustin a répliqué : « Je mets quiconque au défi de prouver cette exagération volontaire et malintentionnée. Chaque conseiller-président et le Premier ministre ont le droit de proposer des profils pour les postes. Par exemple, Fritz Jean et Leslie Voltaire ont recommandé à eux seuls 14 ambassadeurs, dont les plus prestigieux. »

Quant à ses propres recommandations, l’ancien ambassadeur précise : « J’ai proposé environ une dizaine de personnes et la réintégration de quelques fonctionnaires rappelés injustement. Je n’ai recommandé qu’un seul ambassadeur, qui n’a pas encore pris fonction, en attente d’agrément. Sa candidature, d’abord pour la République dominicaine, a été combattue au profit d’un ancien ministre affaibli par l’âge. »

Smith Augustin regrette cette décision, estimant que le candidat idéal était un expert de la migration haïtienne, qui aurait pu faciliter un nouvel accord bilatéral entre Haïti et la République dominicaine. Il ajoute avoir aussi soutenu la promotion d’un diplomate de carrière, Louino Volcy, récemment nommé ambassadeur à Paris, reconnu pour son expérience et ses diplômes en droit international.

Ces échanges vifs entre Fritz Alphonse Jean et Smith Augustin traduisent plus largement les profondes divisions internes qui minent le Conseil présidentiel de transition. Le CPT apparaît fragmenté en plusieurs petits groupes aux intérêts souvent divergents : un bloc majoritaire soutenant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, un autre autour de Fritz Jean et ses alliés, tandis qu’Edgard Leblanc Fils se tient dans une « minorité qualitative », avec enfin deux observateurs qui complètent ce morcellement. Cette fragmentation freine considérablement la prise de décisions et laisse planer un doute sur la capacité du Conseil à mener à bien sa mission dans un climat d’incertitude et de tensions persistantes.

Faut pas oublier que sur X (anciennement Twitter) le conseiller-président Emmanuel Vertilaire a appelé à l’unité et à la suspension du cannibalisme politique.

Un gouvernement fragmenté par des querelles intestines pour des postes, un pays en attente de solution qui meurt à petit feu alors que ses priorités sont englouties au milieu des crimes de gangs et politiciens véreux.

Wideberlin Sénexant

Haïti mérite mieux qu’une transition qui n’en finit pas: des analyses tranchantes de l’ex Président Privert

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PORT-AU-PRINCE.— Tous les anciens hauts fonctionnaires publics ne se taisent pas en ce temps de crise multidimensionnelle du pays. C’est le cas de Jocelerme Privert avec plus de quarante ans de carrière derrière lui. Il rencontre des jeunes, des étudiants, des diplomates, des politiques, des dirigeants d’organisations sociales, etc… Parfois il est sollicité pour des séances de formation dans des universités sur la fiscalité, sur les collectivités territoriales ( de ses domaines de prédilection), l’administration publique, entre autres. Bref le Nippois est très actif.

Consternation sur la situation du pays

Émettant ses opinions lors d’une interview exclusive accordée à HLIVE TV, l’ancien sénateur a exprimé son émoi face aux souffrances du peuple haïtien. Malgré tout, l’ancien président de la République demeure très optimiste quant à l’avenir d’Haiti.
Il se dit prêt à assumer toute responsabilité pouvant contribuer à aider son pays. «Je me suis un serviteur public qui a été appelé à plusieurs niveaux de responsabilité politique», a souligné Privert.

«Je vis toujours en Haïti, car j’avais laissé la présidence le 7 février 2016 avec le sentiment d’avoir fait ce qui était en mon pouvoir et qui m’a été permis par la loi», a renchéri l’ancien sénateur.

Relations avec le pouvoir actuel

Concernant la gestion de l’administration du CPT, Jocelerme Privert reste très prudent, mais pense que le pouvoir en place n’est pas assez dynamique face aux défis de l’heure. «Personne n’a espéré voir Haïti dans une transition qui n’en finit pas», a-t-il dit, invitant les dirigeants à faire preuve d’intelligence politique.

Regard sur la constitution

Concernant le changement de la constitution, Jocelerme Privert croit que le CPT est mal placé pour une telle entreprise. «Ils n’ont pas la légitimité nécessaire pour changer la constitution», a-t-il lâché reconnaissant qu’il y a quand même lieu d’apporter quelques mises à jour au texte de 1987. « Sortir de la constitution c’est ouvrir la voie à l’anarchie et au chaos », tranche l’ancien haut cadre de l’Etat qui gravit tous échelons l’administration publique.

Nonobstant, la nouvelle constitution ne résout en rien la problématique de l’harmonisation des durées de mandat des élus, le problème de l’exclusion de la diaspora ou les atteintes à l’intégrité nationale, a fait savoir l’ancien sénateur, qui a toutefois reconnu que le problème de la langue est un faux débat.

Depuis un certain temps, Jocelerme Privert s’est montré fortement intéressé par la situation du pays. Ayant lui-même confronté à deux grands défis lors de son mandat de transition, la réalisation des élections générales sans le soutien de l’international et les conséquences du cyclone Matthew, Privert est toujours en première ligne pour apporter des conseils ou prendre position publique aux côtés de la population haïtienne.

Jean Mapou

Sur la nécessité de construire une mémoire collective en Haïti !

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Dans les cercles universitaires haïtiens, revient toujours cette question fondamentale sur la nécessité de restitution d’une mémoire collective haïtienne. C’est un débat qui prend de l’ampleur dans le contexte actuel, notamment en raison des problèmes qui font obstacle à la construction et à l’affirmation d’une identité haïtienne, l’incapacité de se positionner par rapport aux autres nations et, en dernier lieu, les difficultés rencontrées dans l’orientation du pays vers des objectifs communs.

Face à cette nécessité et ce besoin de plus en plus pressant de s’unir et de se raconter ensemble, la sélection de ce qui doit être retenu pour être transmis aux générations actuelles et futures, fait surgir une question importante: existe-il une mémoire collective en Haïti ? Si elle n’existe pas qu’est-ce qui empêche de la construire et de la raconter ?

Marie-Claire Lavabre, dans son texte intitulé la « mémoire collective entre sociologie de la mémoire et sociologie des souvenirs ? » offre une définition de la mémoire qui ouvre une perspective sur une dualité importante qui alimente les cercles discursifs. Elle souligne que la « mémoire, entendue dans sa dimension « collective », renvoie parfois aux souvenirs ou des représentations du passé dont des individus, liés par une expérience commune, sont porteurs » . Les contradictions qui découlent de cette définition réaniment un débat interminable sur la primauté de la mémoire individuelle comme initiateur de la mémoire collective, ou de la primauté de la mémoire collective comme base de construction de la mémoire individuelle.

Jefferey Andrew Barash analysant l’ouvrage de Paul Ricœur: « La mémoire, l’histoire, l’oubli », attire l’attention sur le fait que la mémoire est profondément liée à la sphère originelle de la personne avant de s’étendre et de participer à la construction d’une mémoire collective qui s’étend aux collectivités. Ce qui fait jouer un rôle fondamental à la mémoire dans la construction d’abord d’une identité personnelle, ensuite d’une identité collective.

Cette conception de la mémoire rejoint la vision de Locke. La mémoire est ainsi campée comme étant une expérience à soi qui remonte aussi loin que notre conscience peut remonter dans le passé, et c’est à partir de la découverte des différents moments et actions du passé que chacun construit son unité personnelle et s’identifie dans le présent. Toutefois, cette vision d’une mémoire individuelle et d’une identité individuelle pose problème, car la société et/ou les communautés ne peuvent se concevoir comme un assemblage de mémoires individuelles. Cet « atomisme social », en dépit des liens contractuels qui peuvent unir les individus dans le cadre social, ne permettent pas d’accoucher d’une mémoire collective, en raison spécifiquement de la complexité des rapports qui participent de la dynamique des communautés.

Paul Ricoeur à ce sujet se refuse de réduire la mémoire individuelle à une source collective, comme le suggère Maurice Halbwachs dans « Les cadres sociaux de la mémoire et La mémoire collective » .Sa pensée, pour transcender les expériences individuelles et aboutir à une mémoire collective, repose sur la phénomélogie d’Husserl qui établit la possibilité de la « compréhension d’autrui » à partir d’une analogie qui permet de cerner l’autre en se référant à « l’ego propre ». Cette démarche qui s’appuie sur une logique d’assimilation invite à une projection qui permet de « constituer l’autre en moi ».

Husserl misant sur l’expérience d’« autres non-moi sous forme d’autres moi » , évite le piège de se limiter à cette vision simpliste d’« une pluralité d’autres isolés ». Cette pluralité avant même d’être exprimée, « se présente d’ores et déjà en moi en tant que communauté ». Cette manière de concevoir le commun entre en rupture avec toute logique d’assemblage de mémoire individuelle et permet de construire la cohésion sociale nécessaire à l’avènement du bien-être collectif.

Cette mémoire collective conçue en tant qu’expérience commune et sélectivité historique commandée par le présent pour servir des intérêts communautaires, a-t-elle déjà existé en Haïti ? Les revendications mémorielles actuelles poussent à considérer deux moments historiques qui traduisent cette ambigüité liée à une mémoire unitaire dans l’espace haïtien.

Le premier moment s’étend sur l’ensemble de la période coloniale, alors que le second s’étend de l’indépendance à aujourd’hui, malgré l’apparition de nouveaux acteurs, en particulier les groupes syro-libanais et arabes, vers le milieu du 19e siècle comme le souligne Michel Rolph Trouillot dans son livre « Les racines historiques de l’État duvaliérien…»

Les différents groupes qui composent la société Saintdominguoise ont toujours été en contradiction. La diversalité de leurs origines ainsi que les inégalités n’ont pas permis la construction d’une mémoire collective. L’impossibilité de constituer un récit commun se nourrit de ces contradictions jusqu’à exploser en 1804. La construction d’une hiérarchie basée essentiellement sur des critères épidermiques qui font du blanc l’acteur principal de l’histoire et des autres groupes des figurants, n’aidaient en rien à la construction d’un récit commun….

LEPS le MAGnifik
Lionel Édouard

Interdiction d’entrée aux États-Unis des ressortissants haïtiens : la Présidence « s’inquiète des conséquences potentielles de cette décision »

Dans un communiqué officiel publié le 5 juin 2025, la Présidence haïtienne affirme avoir pris acte de la récente décision des autorités américaines de restreindre l’entrée aux États-Unis des ressortissants haïtiens. Cette mesure, qui entre en vigueur ce 9 mai, concerne une douzaine de pays. Elle est justifiée, selon la Maison-Blanche, par la nécessité de protéger la sécurité intérieure des États-Unis contre des menaces terroristes.

Haïti figure désormais sur une liste noire établie par le gouvernement américain interdisant l’entrée de ressortissants en provenance d’une douzaine de pays. Cette décision, invoquant des préoccupations sécuritaires, prend effet ce 9 mai. Dans un communiqué publié quatre jours plus tard, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) réagit et fait part de ses réserves.

« Le Conseil Présidentiel de Transition prend acte des nouvelles restrictions d’entrée annoncées par le gouvernement américain », peut-on lire dans le document en date du 5 juin 2025. Le CPT reconnaît le droit souverain de tout État à protéger ses frontières, mais s’inquiète des conséquences potentielles de cette décision qui pourrait, selon lui, affecter indistinctement tous les citoyens haïtiens, compromettant ainsi les relations humaines et économiques entre les deux pays.

Dans le même communiqué, le CPT assure poursuivre ses efforts pour renforcer la sécurité aux frontières, améliorer le système d’identification nationale, et consolider l’appareil judiciaire ainsi que le suivi des flux financiers. Autant de démarches visant à répondre aux exigences sécuritaires souvent évoquées dans les relations bilatérales.

Une fenêtre ouverte
Face à cette mesure jugée sévère, la Présidence réaffirme sa volonté de maintenir un dialogue ouvert avec les autorités américaines. Elle entend « initier des négociations et des discussions techniques » afin de retirer Haïti de cette liste restrictive et défendre les droits légitimes de ses ressortissants.

En conclusion, le Conseil Présidentiel de Transition évoque les liens historiques entre Haïti et les États-Unis — deux des premières républiques du continent — et plaide en faveur de solutions respectueuses des principes de liberté, de prospérité partagée et de dignité humaine.

Une diplomatie affaiblie face à des défis persistants

Mais dans les faits, quel véritable recours le gouvernement haïtien peut-il espérer, alors que la situation interne reste marquée par l’instabilité chronique, l’insécurité généralisée et l’absence d’échéances électorales claires ? Si la Présidence reconnaît la décision américaine, présente ses excuses et annonce des promesses, les perspectives de résultats concrets restent floues dans un contexte diplomatique fragile et souvent perçu comme inefficace, voire humiliant.

La situation actuelle fait écho à celle vécue avec la République Dominicaine, où, malgré des tensions continues, les migrants haïtiens restent pourchassés et expulsés dans des conditions dénoncées par plusieurs organisations internationales. Les condamnations officielles n’ont, jusqu’à présent, apporté aucun changement tangible.

Pour plusieurs observateurs, la véritable démarche pour inverser cette tendance ne réside pas dans les communiqués, mais bien dans la volonté politique de rompre avec l’instabilité. Mettre fin à l’insécurité, organiser enfin des élections crédibles, reconstruire un État fonctionnel et créer un environnement socio-économique digne sont des conditions essentielles pour freiner l’exode forcé d’Haïtiens cherchant refuge ailleurs.

Wideberlin Sénexant

Fritz Jean tacle, Emmanuel Vertilaire rétorque : chronique d’un Conseil Présidentiel en zigzag

Alors que des révélations sur les tensions internes au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ont récemment secoué la sphère politique, le conseiller-président Emmanuel Vertilaire est sorti du silence ce 9 juin 2025 sur Twitter. Sa déclaration, chargée de critiques voilées et d’appels à la responsabilité, intervient dans un climat de rivalités croissantes entre membres du Conseil. Cette institution qui, censée guider Haïti vers une sortie de crise, semble sombrer dans ses propres contradictions.

Un article du journal Le Nouvelliste, publié quelques jours plus tôt, a mis à nu l’existence de plusieurs blocs rivaux au sein du CPT, ainsi que des tensions liées à des nominations jugées arbitraires et inefficaces. D’après les informations relayées, Fritz Jean, président actuel du Conseil, aurait exprimé son malaise face aux choix de certains de ses collègues et à la gouvernance désordonnée de l’institution.

Il dénonce notamment la « nomination massive d’incompétents » et justifie la tenue rare des Conseils des ministres – seulement deux jusqu’à présent depuis trois mois, date de son investiture 7 mars dernier – comme un choix stratégique pour éviter que ces réunions ne deviennent de simples plateformes de validation de quotas politiques. Pourtant, il devrait passer la commande à Laurent Saint-Cyr le 7 août prochain.

Vertilaire réplique : un message ciblé mais voilé

C’est dans ce contexte de tensions que le conseiller Emmanuel Vertilaire, représentant de Pitit Desalin, a publié un message fort sur Twitter. Sans nommer qui que ce soit, il renvoie dos à dos ceux qu’il accuse de faire passer leurs ambitions personnelles avant l’intérêt collectif :

« Quand l’égo stérile fracture l’unité, le devoir d’État impose de bâtir des ponts. Ce n’est pas en fracturant que l’on gouverne, mais en rassemblant. »

Alors que l’article de Le Nouvelliste lui place avec un groupe composé de Louis Gérald Gilles, Smith Augustin et même le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, il poursuit dans un ton solennel pour contrecarrer:

« Je n’appartiens à aucun groupe. Le seul groupe auquel je me réclame est celui des femmes et des hommes qui vivent dans les camps de déplacés et qui ont besoin de retourner chez eux. »

Dans ce discours teinté de morale républicaine, Vertilaire se positionne en défenseur de la population otage de la violence, et appelle à une transition axée sur les priorités nationales :

« Ma seule loyauté va à Haïti — à cette Haïti meurtrie qui refuse de sombrer, à cette nation qui attend non des querelles intestines, mais un sursaut de responsabilité. »

Enfin, sa conclusion, presque prophétique, donne le ton : « L’histoire l’enseigne avec constance : le cannibalisme politique n’a jamais enfanté la paix, encore moins dans les heures sombres. La transition ne saurait être le terrain des ambitions démesurées, mais le socle d’un renouveau. »

Des mots forts, mais un conseiller controversé

Le discours de Vertilaire frappe fort, mais son auteur reste sous les feux critiques. Ancien juge d’instruction, il est actuellement visé par une enquête de l’ULCC pour son implication présumée dans un dossier de corruption lié à la Banque Nationale de Crédit (BNC). Deux autres membres du Conseil, également cités dans ce dossier, sont accusés de contrôler une majorité des propositions de nomination dans la diplomatie.

Vers une implosion du Conseil ?

Alors que la population attend des gestes concrets en matière de sécurité, de gouvernance et d’élections, le Conseil Présidentiel de Transition donne l’image d’un navire à la dérive. Entre luttes d’influence, querelles internes et accusations de clientélisme, la structure censée incarner le renouveau semble minée de l’intérieur.

Plus que jamais, Haïti semble confrontée à une transition qui piétine. Et la chronique d’un Conseil en zigzag devient celle d’un pouvoir sans boussole. Le mandat du CPT prendra fin 7 février 2026.

Wideberlin Sénexant

L’hôpital général bientôt opérationnelprovisoirement dans un autre local

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De retour au pays après sa participation à la 76e assemblée de l’organisation mondiale de la santé, le Ministre de la Santé Publique a annoncé ce lundi 8 Juin 2025 un ensemble de mesures adoptées pour rendre plus accessible les soins de santé en Haïti. Parmi les décisions annoncée, la relocalisation de l’hôpital général de manière provisoire.

Fermé depuis l’envahissement des gangs au bas de la ville, l’hôpital de l’université d’Etat d’Haïti sera fonctionnel dans les prochains jours. Sans donner de date precise, le Dr Bernard a fait savoir que les services essentiels seront opérationnels aux fins de permettre à la population d’avoir accès aux soins.

Il donne la garantie que d’autres centres hospitaliers de la région métropolitaine seront bientôt opérationnels en vue de continuer à prodiguer des soins de santé à la population. ( Choscal, et chapi) à Cité Soleil sont parmi les centres qui rouvriront leurs portes, a-t-il indiqué.

Par ailleurs, le titulaire du MSPP annoncé désormais que les prix d’une césarienne dans tous les hôpitaux publics sont fixés à douze(12) mille gourdes, accouchement mille gourdes; sur la frontière d’Haïti, c’est gratuit. Dr Bertrand a déclaré aucune femme ne doit pas mourir en mettant au monde un bébé. « Aucune femme ne doit pas perdre sa vie en donnant la vie», a-t-il insisté.

Il demande à la population de veiller à ce que ces mesures soient respectées sur tout le territoire national. « Il est permis à tous d’alerter le ministère sur toute dérogation à ces dispositions dans les hôpitaux », a prédit le ministre.

Tout en rappelant les missions principales du ministère de la santé publique et de la population, le Dr Sinal Bertrand à renouveler son engagement de continuer à travailler pour rendre plus accessible les soins de santé à la population dans le respect et la dignité.

« Haïti ne doit pas mourir », a-t-il conclu.

Gédéon Delva