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MMSS en Haïti: après l’échec du leadership kényan, Washington prend les commandes

PORT-AU-PRINCE.— Après un an de présence en Haïti, la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MMSS) change officiellement de cap. L’Ambassade des États-Unis à Tabarre a annoncé vendredi que Washington prendra désormais le leadership de cette force internationale, jusque-là dirigée par le Kenya. Cette décision marque un tournant majeur dans l’approche internationale de la crise haïtienne.

Le Kenya à bout de souffle

Lorsque la MMSS a été déployée le 25 juin 2024, Nairobi avait accepté d’assumer le commandement de la mission, soutenue logistiquement et financièrement par Washington. Mais dès les premiers mois, de ce leadership a démontré ses limites. Faible effectif, manque d’équipement adapté, absence d’un mandat robuste: les forces kényanes ont eu du mal à contenir l’avancée des gangs armés, qui continuent de contrôler de larges portions de Port-au-Prince et des axes stratégiques.

Le Kenya, isolé sur le terrain et critiqué dans son propre pays pour l’implication de ses policiers dans un conflit à l’étranger, a progressivement perdu de sa crédibilité. Plusieurs observateurs parlent d’un «leadership symbolique voire fictif», incapable de produire des résultats tangibles.

Washington reprend la main

C’est dans ce contexte que le Chargé d’Affaires américain en Haïti, Henry T. Wooster, a confirmé, vendredi, la volonté de son pays de reprendre les rênes. «Nous voulons prendre cette force, la MMSS, et la modifier afin qu’elle dispose de tous les atouts: pouvoirs, personnel et équipement nécessaires pour accomplir ce qui doit être fait», a-t-il déclaré devant la presse, dans une vidéo officielle diffusée par l’Ambassade.

Il a néanmoins tenu à saluer l’engagement de Nairobi : «Les Kényans ont fait absolument tout ce que nous leur avons demandé de faire». Mais derrière cette reconnaissance polie se cache un constat d’échec: l’architecture initiale de la mission n’était pas à la hauteur du défi sécuritaire haïtien.

Une décision lourde de portée politique et diplomatique

L’annonce américaine dépasse le simple champ militaire. Elle révèle une réaffirmation de la doctrine classique de Washington: face à l’instabilité chronique d’Haïti, aucune autre puissance ne peut réellement diriger une mission internationale sans l’appui direct des États-Unis.

Ce retour assumé du «Tonton Sam» suscite autant d’attentes que de méfiance. D’un côté, beaucoup espèrent que la puissance logistique et militaire américaine donnera enfin à la mission une capacité d’action réelle contre les gangs. De l’autre, certains redoutent une nouvelle forme de tutelle, rappelant les longues périodes d’ingérence étrangère qui ont jalonné l’histoire du pays.

Le prochain test: l’ONU

Washington prévoit de soumettre une résolution au Conseil de sécurité afin de redéfinir le mandat de la MMSS. L’objectif : élargir ses effectifs, renforcer son arsenal logistique et lui accorder une marge de manœuvre opérationnelle plus robuste.

La question cruciale reste toutefois de savoir si cette nouvelle phase de la mission pourra obtenir des résultats rapides et visibles pour la population haïtienne, plongée depuis des années dans une spirale de violence et de crise institutionnelle.

Jean Mapou

Haïti: Nomination d’un nouveau DG à la tête de la PNH, signal d’engagement selon la LHDDH

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PORT-AU-PRINCE.— La Ligue Haïtienne de Défense des Droits Humains (LHDDH) a exprimé ses félicitations à l’endroit du nouveau Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti (PNH), André Jonas Vladimir Paraison, soulignant son parcours marqué par le professionnalisme, la bravoure, le courage et le dévouement au service public.

Selon l’organisation, cette nomination constitue «le fruit d’une sélection rigoureuse basée sur l’expérience du nouveau commandant en chef», considéré non pas comme un «outsider», mais comme un acteur aguerri de la sécurité publique.

Un parcours jalonné de bravoure

Avant même son officialisation, la LHDDH affirme avoir mené une enquête approfondie sur le passé de M. Paraison. Elle rappelle notamment son rôle en tant que responsable de la sécurité du Palais National et son acte de bravoure lors d’une opération au Champ de Mars, où il fut blessé par balle à la jambe en portant secours à des policiers attaqués au Commissariat de Port-au-Prince.

«Ce geste illustre son attachement sans faille à la cause nationale et constitue une source d’inspiration pour l’ensemble des forces de l’ordre», a déclaré la Ligue.

Un témoin clé dans l’affaire Jovenel Moïse

Intervenant à l’émission Thermomètre sur Radio Solidarité, le Directeur exécutif de la LHDDH, Jemps Méralus, a rappelé le rôle déterminant de M. Paraison dans l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Son témoignage avait, selon lui, permis de lever des doutes sur la transparence du processus ayant mené à sa nomination.

Appel à la rigueur contre la corruption

La LHDDH a profité de cette prise de position pour réitérer son engagement en faveur du respect des droits fondamentaux et d’une gouvernance intègre. Jemps Méralus appelle les autorités judiciaires à: «sévir avec rigueur contre toute forme de corruption au sein des institutions étatiques», condition jugée indispensable pour garantir l’État de droit.

Pour la Ligue, l’arrivée d’André Jonas Vladimir Paraison à la tête de la PNH représente une avancée stratégique en matière de sécurité nationale et de transparence institutionnelle. Elle promet de rester vigilante dans son rôle de contre-pouvoir citoyen, tout en accompagnant les efforts visant à renforcer la primauté de la loi en Haïti.

Jean Mapou

Les funérailles de Zamy Wanderson fixés pour le mercredi 27 aout prochain

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Dans une note rendue publique ce Dimanche, la communauté Scolaire du Grand Collège Canado Haïtien, informe à la population que les funérailles du jeune Zamy
Wanderson tué le Lundi 18 Aout dernier auront lieu, le mercredi 27 Août 2025 à l’église Saint Pierre à Pétion Ville l’église Saint Pierre de Pétion-Ville.

Selon la note, un temps d’hommage est prévue en la circonstance.

En ce sence la communauté estudiantine, les proches, amis et toute autre personne affligés par l’assassinat du jeune tiktokeur et basketeur, pourront lui rendre un dernier hommage le mardi 26 août à compter de 11:00 AM.

Cette activité se tiendra dans les locaux du collège Canado Haitien, institution scolaire dans laquelle le jeune Wanderson Zamy âgé de 19 ans a bouclé ses études classiques cette année.

In mémoriamMonseigneur Joseph Willy Romélus : une grande âme s’est éteinte

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*Dans le silence des cœurs meurtris, une étoile s’est éteinte. Monseigneur Joseph Willy Romélus nous a quittés au moment où Haïti avait besoin de ses mains ouvertes, de sa voix douce mais ferme, de son esprit capable de faire vibrer les cordes sensibles de l’âme et d’appeler à l’unité. Son départ laisse un vide immense, mais sa lumière continue de guider ceux qui marchent encore dans les chemins de l’espérance et du bien commun.* 

L’évêque émérite de Jérémie, Joseph Willy Romélus, prêtre réformateur, humaniste, promoteur du développement et ardent défenseur des droits de la personne humaine dans la Grand’Anse et au-delà, nous a quittés. Son départ, le mardi 12 août 2025 à Arniquet, sa ville natale, à l’âge de 94 ans. laisse un vide immense dans le domaine religieux et dans le secteur patriotique d’Haïti.

Le prélat, dont la philosophie plaçait l’homme et son bien-être au centre de son action, au-delà des concepts religieux traditionnels, était également reconnu pour son affabilité et son humour dans le milieu ecclésial. Il fut le champion de son temps : les actions qu’il a entreprises, les travaux réalisés dans le diocèse de Jérémie, ainsi que ses œuvres religieuses et sociales, continueront de le distinguer parmi les grands de son époque et de son Église.

La Bible définit la mort comme le salaire du péché, comme il est écrit dans le livre des Romains, chapitre 6, verset 23 : « Car le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » Pour nous, chrétiens, la mort est un passage inévitable ; nul n’y échappe, pas même le Christ, qui, pour expier nos péchés, fut crucifié à Golgotha. 

Cependant, grâce à lui, nous savons que la mort n’a pas le dernier mot. Comme le rappelle 1 Corinthiens 15 : 55-57 : « Mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la puissance du péché, c’est la loi. Mais grâce à Dieu, nous avons la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. »

Monseigneur Romélus, un berger sur les pas du Christ

En tant qu’évêque, Monseigneur Romélus a suivi les pas du Christ dans les bons comme dans les mauvais moments, étant une lumière dans les ténèbres : « Soyez des flambeaux et brillez. » Il a porté son flambeau avec détermination et dévouement, et celui-ci a brillé. Les étincelles continueront d’illuminer ceux qui l’ont connu, même après son départ.

La Grand’Anse, cette terre poétique et mystérieuse, restera son dernier rempart. Considérée depuis longtemps comme un bastion de culture et de spiritualité, elle fut le théâtre de plus d’une cinquantaine d’années de sa vie et de sa carrière. Avant d’être consacré évêque du diocèse de Jérémie, il fut curé de la paroisse Notre-Dame du perpetuel Secours à Latibolière, banlieue de Jérémie. 

Humaniste et progressiste dans l’âme, le père Romélus se fit remarquer très tôt par son leadership, sa générosité et son souci constant pour le bien de la communauté.

Moi, Marc Jeris Louis Jean, né à Beaumont, dans l’arrondissement de Corail, j’ai grandi bercé par les traditions de l’Église catholique de la Grand’Anse. Je fus d’abord membre actif des mouvements d’action catholique, puis séminariste au Petit Séminaire Notre-Dame du Perpétuel Secours de Calas, à Jérémie. 

Pour avoir eu la chance de côtoyer Monseigneur Romélus, je peux témoigner de son humanité et de sa bienveillance. Son altruisme, son patriotisme et son engagement en faveur des droits de la personne humaine m’ont profondément marqué. Ces qualités m’ont inspiré à écrire le poème « Ode d’honneur à Mgr Willy Romélus » en 1997, lu par le Révérend Père Almonacy Julien lors des célébrations des 20 ans de son épiscopat, en présence des évêques Alix Verrier et Guy Poulard.

Au-delà des édifices et des églises qu’il a implantés, Monseigneur Romélus a fait fructifier la jeunesse. Comme le rappelle le livre d’Ézéchiel, chapitre 34, versets 11-12 : « Je vais moi-même m’occuper de mon troupeau et en prendre soin. Comme un berger recherche sa brebis perdue, ainsi je chercherai mes brebis et les ramènerai de tous les lieux où elles sont dispersées. » 

Sous son leadership, de nombreux jeunes de Latibolière ont choisi la prêtrise et il les a consacrés lui-même pour servir comme le Christ et non pour être servis. Parmi eux : le Révérend Père Jean Antoine, le Révérend Père Walnès St Clair et l’ex-curé de Beaumont, Jean Edner Mars.

Un parcours exceptionnel

Mgr Joseph Willy Romélus, évêque émérite de Jérémie, a consacré plus de 60 ans de sa vie au service de l’Église catholique. Né à Château, commune d’Arniquet (Sud, Haïti), il fut ordonné prêtre le 13 juillet 1958 pour le diocèse des Cayes, aux côtés de confrères tels que Jean Nérée Lindor et Jean Alix Verrier. Son parcours exceptionnel illustre son engagement constant envers sa foi et sa communauté.

* 1950-1963 : Vicaire à la paroisse de l’Anse-à-Veau

1963-1964 : Vicaire à la paroisse de la Nativité de Dame-Marie

1964-1965 : Vicaire à Saint-Louis du Sud

1965-1977 : Administrateur de la paroisse de Latibolière

Après la mort subite de Mgr Carl-Édouard Peters le 4 juillet 1975, le pape Jean-Paul II nomma Joseph Willy Romélus évêque du diocèse de Jérémie le 26 avril 1977. Il assuma cette charge avec leadership, responsabilité, conviction et humilité jusqu’à sa retraite le 6 août 2009, à 78 ans. Durant ses 32 ans d’épiscopat, il guida les fidèles vers le chemin du progrès et de la foi, laissant une empreinte spirituelle et pastorale indélébile.

Le décès de Monseigneur Romélus marque la fin d’une vie entièrement consacrée au service du Père Tout-Puissant. Son héritage au sein de l’Église catholique de la Grand’Anse est inestimable. Comme l’apôtre Paul, il pourrait dire : « j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m’est réservée par le Seigneur, le juste juge, non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé son avènement.» 

Si Haïti apprenait à cultiver les graines de lumière semées par Monseigneur Joseph Willy Romélus, chaque parole de bonté, chaque geste de justice et d’espérance pourrait éclore en un arbre qui abriterait la nation tout entière. Du sommet des institutions jusqu’au peuple, enraciné dans la terre fertile de son courage et de sa foi, Haïti pourrait renaître. 

Que les paroles de paix et d’unité qu’il a laissées deviennent le socle sur lequel se reconstruira demain, et que son héritage éclaire le chemin des générations à venir. Car même si l’étoile s’est retirée du ciel des vivants, sa lumière continue de briller dans l’âme de ceux qui veulent marcher ensemble vers la justice, la foi et l’amour.

QUE SON ÂME REPOSE EN PAIX !

Marc Jeris Louis Jean, New York
Mlouisjean726@gmail.com

Justice pour Wanderson Zamy : la jeunesse haïtienne dit NON à la peur

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Par Jean Wesley Pierre

Indignés par la mort du jeune influenceur Wanderson Zamy, de nombreuses personnes sont descendues dans les rues du département de l’Ouest, particulièrement à Delmas, le jeudi 21 août dernier, pour protester, réclamer justice et, du même coup, rendre un dernier hommage à celui qui faisait rire par ses contenus sur les réseaux sociaux, avant que sa vie ne soit brutalement arrachée.

Dès 10h du matin, la foule commençait déjà à se rassembler pour fouler le macadam et se rendre sur les lieux du drame, devant les locaux du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). Les participants, essentiellement des jeunes, ont réclamé avec force justice en sa faveur. Wanderson Zamy a été atteint d’une blessure fatale par balle au moment où des agents de sécurité dudit ministère tentaient de disperser une manifestation d’enseignants stagiaires revendiquant leur intégration.

« Je ne le connaissais pas vraiment, ce n’était pas un ami, mais ça m’a beaucoup affecté », déclare Kervens, un jeune de 18 ans. Il poursuit en évoquant sa peur et ses angoisses face à ce phénomène. Comme le souligne Peterson Adolphe, un autre influenceur sur TikTok, « Zamy n’est pas le premier, la liste est longue ».
En effet, on se souvient de :

▪︎ Grégory Saint-Hilaire, mortellement blessé dans l’enceinte même de l’École Normale Supérieure (ENS) le 2 octobre 2020.

▪︎ Jean Félix Remonica, tué d’une balle perdue à Fontamara 27 le 1er octobre 2022.

▪︎ Jean Louis Samuel, un élève qui rentrait après les cours, tué d’une balle perdue le 24 mai 2023.

▪︎ Lebelt (Macénat) Massenat, abattu d’une balle perdue en pleine salle de classe le 11 février 2025.

La liste est longue et témoigne d’une insécurité galopante. Les jeunes, en particulier, voient chaque jour leurs frères, sœurs, camarades, collègues, ami(e)s ou conjoints succomber à cette crise qui gangrène le pays.
« Fòk nou leve kanpe, pou nou di NON », lance avec force Peterson Adolphe, exprimant sa frustration, sa peur et son ras-le-bol. « Les jeunes se sentent piégés, incompris et sans défense », ajoute un autre manifestant lors de cette marche pour réclamer justice pour Wanderson Zamy et sécurité pour toute la population.

Face à l’indignation, le MENFP a publié un communiqué annonçant avoir pris des mesures contre les agents de sécurité impliqués : quinze d’entre eux ont été suspendus et leurs armes de service remises aux autorités judiciaires.
Du côté de la Primature, le discours politique n’a pas changé. Dans un communiqué daté du 20 août 2025, son Excellence Alix Didier Fils-Aimé a écrit : « La Primature condamne avec la plus extrême fermeté cet acte barbare, indigne de notre société. » Mais aucune mention d’accompagnement concret pour la famille de Zamy n’a été faite.
Le communiqué poursuit : « Des instructions fermes ont été données pour que toute la lumière soit faite sur cet assassinat et que les auteurs soient rapidement appréhendés et traduits devant la justice. » Et encore : « Le Gouvernement, au plus haut niveau, travaille jour et nuit, avec toutes les institutions compétentes, pour rétablir la paix, renforcer la sécurité et garantir à chaque citoyenne et à chaque citoyen le droit sacré à la vie. »
Des mots qui sonnent creux pour beaucoup, alors que des déplacés de Kenscoff ou encore ceux des camps de l’ONA et de l’OPC espèrent toujours pouvoir regagner leurs foyers.

La jeunesse haïtienne, l’avenir du pays, en a ras-le-bol. Ras-le-bol de vivre dans la peur, dans l’insécurité, dans le chômage, dans le noir. Les promesses doivent cesser. Les dirigeants doivent arrêter de constater, arrêter de condamner avec des mots.

Il est temps d’agir. Il est temps de rassurer les jeunes, pour qu’aucun d’eux n’ait plus jamais à craindre de finir comme Wanderson Zamy, arraché trop tôt à la vie.

In mémoriamMonseigneur Joseph Willy Romélus : une grande âme s’est éteinte

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Dans le silence des cœurs meurtris, une étoile s’est éteinte. Monseigneur Joseph Willy Romélus nous a quittés au moment où Haïti avait besoin de ses mains ouvertes, de sa voix douce mais ferme, de son esprit capable de faire vibrer les cordes sensibles de l’âme et d’appeler à l’unité. Son départ laisse un vide immense, mais sa lumière continue de guider ceux qui marchent encore dans les chemins de l’espérance et du bien commun.

L’évêque émérite de Jérémie, Joseph Willy Romélus, prêtre réformateur, humaniste, promoteur du développement et ardent défenseur des droits de la personne humaine dans la Grand’Anse et au-delà, nous a quittés. Son départ, le mardi 12 août 2025 à Arniquet, sa ville natale, à l’âge de 94 ans. laisse un vide immense dans le domaine religieux et dans le secteur patriotique d’Haïti.

Le prélat, dont la philosophie plaçait l’homme et son bien-être au centre de son action, au-delà des concepts religieux traditionnels, était également reconnu pour son affabilité et son humour dans le milieu ecclésial. Il fut le champion de son temps : les actions qu’il a entreprises, les travaux réalisés dans le diocèse de Jérémie, ainsi que ses œuvres religieuses et sociales, continueront de le distinguer parmi les grands de son époque et de son Église.

La Bible définit la mort comme le salaire du péché, comme il est écrit dans le livre des Romains, chapitre 6, verset 23 : « Car le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » Pour nous, chrétiens, la mort est un passage inévitable ; nul n’y échappe, pas même le Christ, qui, pour expier nos péchés, fut crucifié à Golgotha.

Cependant, grâce à lui, nous savons que la mort n’a pas le dernier mot. Comme le rappelle 1 Corinthiens 15 : 55-57 : « Mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la puissance du péché, c’est la loi. Mais grâce à Dieu, nous avons la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. »

Monseigneur Romélus, un berger sur les pas du Christ
En tant qu’évêque, Monseigneur Romélus a suivi les pas du Christ dans les bons comme dans les mauvais moments, étant une lumière dans les ténèbres : « Soyez des flambeaux et brillez. » Il a porté son flambeau avec détermination et dévouement, et celui-ci a brillé. Les étincelles continueront d’illuminer ceux qui l’ont connu, même après son départ.

La Grand’Anse, cette terre poétique et mystérieuse, restera son dernier rempart. Considérée depuis longtemps comme un bastion de culture et de spiritualité, elle fut le théâtre de plus d’une cinquantaine d’années de sa vie et de sa carrière. Avant d’être consacré évêque du diocèse de Jérémie, il fut curé de la paroisse Notre-Dame du perpetuel Secours à Latibolière, banlieue de Jérémie.

Humaniste et progressiste dans l’âme, le père Romélus se fit remarquer très tôt par son leadership, sa générosité et son souci constant pour le bien de la communauté.
Moi, Marc Jeris Louis Jean, né à Beaumont, dans l’arrondissement de Corail, j’ai grandi bercé par les traditions de l’Église catholique de la Grand’Anse. Je fus d’abord membre actif des mouvements d’action catholique, puis séminariste au Petit Séminaire Notre-Dame du Perpétuel Secours de Calas, à Jérémie.

Pour avoir eu la chance de côtoyer Monseigneur Romélus, je peux témoigner de son humanité et de sa bienveillance. Son altruisme, son patriotisme et son engagement en faveur des droits de la personne humaine m’ont profondément marqué. Ces qualités m’ont inspiré à écrire le poème « Ode d’honneur à Mgr Willy Romélus » en 1997, lu par le Révérend Père Almonacy Julien lors des célébrations des 20 ans de son épiscopat, en présence des évêques Alix Verrier et Guy Poulard.

Au-delà des édifices et des églises qu’il a implantés, Monseigneur Romélus a fait fructifier la jeunesse. Comme le rappelle le livre d’Ézéchiel, chapitre 34, versets 11-12 : « Je vais moi-même m’occuper de mon troupeau et en prendre soin. Comme un berger recherche sa brebis perdue, ainsi je chercherai mes brebis et les ramènerai de tous les lieux où elles sont dispersées. » 

Sous son leadership, de nombreux jeunes de Latibolière ont choisi la prêtrise et il les a consacrés lui-même pour servir comme le Christ et non pour être servis. Parmi eux : le Révérend Père Jean Antoine, le Révérend Père Walnès St Clair et l’ex-curé de Beaumont, Jean Edner Mars.

Un parcours exceptionnel
Mgr Joseph Willy Romélus, évêque émérite de Jérémie, a consacré plus de 60 ans de sa vie au service de l’Église catholique. Né à Château, commune d’Arniquet (Sud, Haïti), il fut ordonné prêtre le 13 juillet 1958 pour le diocèse des Cayes, aux côtés de confrères tels que Jean Nérée Lindor et Jean Alix Verrier. Son parcours exceptionnel illustre son engagement constant envers sa foi et sa communauté.

  • 1950-1963 : Vicaire à la paroisse de l’Anse-à-Veau
    1963-1964 : Vicaire à la paroisse de la Nativité de Dame-Marie
    1964-1965 : Vicaire à Saint-Louis du Sud
    1965-1977 : Administrateur de la paroisse de Latibolière

Après la mort subite de Mgr Carl-Édouard Peters le 4 juillet 1975, le pape Jean-Paul II nomma Joseph Willy Romélus évêque du diocèse de Jérémie le 26 avril 1977. Il assuma cette charge avec leadership, responsabilité, conviction et humilité jusqu’à sa retraite le 6 août 2009, à 78 ans. Durant ses 32 ans d’épiscopat, il guida les fidèles vers le chemin du progrès et de la foi, laissant une empreinte spirituelle et pastorale indélébile.

Le décès de Monseigneur Romélus marque la fin d’une vie entièrement consacrée au service du Père Tout-Puissant. Son héritage au sein de l’Église catholique de la Grand’Anse est inestimable. Comme l’apôtre Paul, il pourrait dire : « j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m’est réservée par le Seigneur, le juste juge, non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé son avènement.» 

Si Haïti apprenait à cultiver les graines de lumière semées par Monseigneur Joseph Willy Romélus, chaque parole de bonté, chaque geste de justice et d’espérance pourrait éclore en un arbre qui abriterait la nation tout entière. Du sommet des institutions jusqu’au peuple, enraciné dans la terre fertile de son courage et de sa foi, Haïti pourrait renaître.

Que les paroles de paix et d’unité qu’il a laissées deviennent le socle sur lequel se reconstruira demain, et que son héritage éclaire le chemin des générations à venir. Car même si l’étoile s’est retirée du ciel des vivants, sa lumière continue de briller dans l’âme de ceux qui veulent marcher ensemble vers la justice, la foi et l’amour.

QUE SON ÂME REPOSE EN PAIX !

Marc Jeris Louis Jean, New York
Mlouisjean726@gmail.com

Doctorat /Validation d’expérience et le mésusage d’Honoris causa : une insulte à la pensée scientifique et à l’intelligence collective

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Dr Serge Philippe Pierre (Ph.D.)

Le week-end dernier, était organisée une cérémonie de graduation au cours de laquelle a été accordé le titre de DOCTEUR (Ph.D) à des citoyens, simplement par validation des acquis et de l’expérience, ce qui n’existe nulle part au monde. Le journal en ligne Métronome (Radio Télé Metronome) a crié au scandale en tirant avec force la sonnette d’alarme : « D’aucuns pensent que le gouvernement intérimaire, via le MENFP, doit réagir en urgence dans ce dossier en vue de mettre de l’ordre dans cette cacophonie. Si cette intervention n’est pas faite, ce sera la fin du diplôme haïtien » lit-on dans un tweet de Métronome, déclaration considérée comme un cri de détresse, un cri d’alerte maximale. Effectivement, le gouvernement a agi avec vigueur et célérité, à travers le ministère de l’Education nationale. Bravo.

Dois-je rappeler, d’entrée de jeu, que dans l’univers académique mondial, la valeur et la force d’un diplôme de doctorat découlent de l’ultime reconnaissance de l’effort intellectuel, de la rigueur méthodologique, de l’innovation scientifique et de l’éthique de recherche. Obtenir ce titre suppose des années de lectures assidues, de doutes incessants, de méthodologies éprouvées et de contributions inédites au corpus de la connaissance. C’est une longue, sinueuse et éreintante marche qui ne saurait en aucun cas se résumer à un simple parcours administratif ou à une validation hâtive de l’expérience professionnelle. Pourtant, en Haïti, une réalité inquiétante vient ternir le prestige de l’enseignement supérieur et jeter un discrédit profond sur la valeur même du savoir : l’existence de prétendues institutions universitaires qui se livrent à des pratiques contraires à la loi, en proposant des diplômes de doctorat à travers la reconnaissance et la validation des acquis et de l’expérience, alors même que la législation haïtienne, votée par le parlement et publiée le 15 février 2019, interdit explicitement de telles pratiques pour les cycles de licence, de maîtrise et de doctorat. Ce décalage entre le cadre normatif officiel et ces agissements de certaines institutions constitue une alarme pour l’ensemble de la société, car il engage non seulement l’avenir de la jeunesse estudiantine, mais aussi la crédibilité du pays face aux standards internationaux de production et de transmission des connaissances.

Le doctorat n’est pas un artifice honorifique (comme par exemple le cas d’Honoris causa), ni une distinction que l’on octroie pour flatter un ego ou sanctifier une carrière professionnelle. Il s’agit du point culminant d’un processus éducatif exigeant qui ne se contente pas d’attester une compétence ou une expérience, mais qui valide une capacité de recherche, une contribution à la science universelle et une aptitude à ouvrir des voies nouvelles dans un champ disciplinaire donné. En prétendant substituer cette rigueur par la reconnaissance des acquis et de l’expérience, non seulement on piétine le socle épistémologique sur lequel repose l’université, mais participe à une dangereuse banalisation du savoir. La loi de 2019, en prohibant explicitement ces pratiques, avait pour but de sanctuariser le domaine académique et de préserver la valeur des titres universitaires, tout en évitant leur marchandisation. Or, ce que l’on observe, c’est une entreprise de déviation : les acquis professionnels, certes respectables et utiles, se voient travestis en équivalents de recherche doctorale et les diplômes deviennent des objets de transaction où l’expérience de terrain se substitue frauduleusement à l’innovation scientifique.

Cette situation constitue une insulte manifeste à l’intelligence collective et à l’histoire de l’université comme institution millénaire, vouée à la quête désintéressée du vrai. L’université, depuis sa naissance médiévale en Europe, s’est distinguée par un pacte implicite entre professeurs et étudiants : celui de former non seulement des praticiens, mais surtout des penseurs capables d’interroger le monde et de contribuer à la civilisation par leurs écrits et découvertes. Permettre aujourd’hui qu’une entité vienne effacer cette distinction, en réduisant l’effort de recherche à une simple reconnaissance administrative de l’expérience, revient à dépouiller l’université de son essence. Haïti, qui lutte déjà pour redonner vigueur à son système éducatif, ne peut se permettre une telle dérive qui fragilise encore plus sa réputation académique et prive sa jeunesse de modèles de rigueur et de mérite.

Si l’expérience constitue un trésor de savoir empirique, elle ne saurait, en elle-même, suffire à produire un savoir théorique universalisable, transmissible et critiquable, qui est la véritable finalité du doctorat. Le doctorat exige une posture réflexive, un engagement envers la communauté scientifique, un dialogue critique avec les pairs et une contribution qui dépasse l’individu pour enrichir l’humanité. C’est pourquoi les universités du monde entier veillent à maintenir un processus de sélection sévère, des comités de lecture, des soutenances publiques et des évaluations collectives. Les soi-disant institutions d’enseignement supérieur qui pullulent dans tous les coins et recoins du pays, en annulant ces étapes fondamentales, trahissent non seulement la jeunesse haïtienne, mais insulte aussi la mémoire de tous ceux qui, dans les universités du monde, se consacrent corps et âme à la recherche.

Ce constat d’une dérive illégale et immorale met en lumière la responsabilité de nos autorités, appelées à agir fermement pour protéger l’intégrité académique. L’article publié par Métronome a eu le mérite d’exposer cette situation scandaleuse, mais il appartient désormais à l’État de prévenir une extension de la banalisation du savoir dans notre société déjà décriée à l’extérieur par la faiblesse, pour ne pas dire, la non-validation dans certains cas de nos diplômes scolaires et académiques. Un pays qui aspire à se reconstruire sur les bases solides de l’éducation et de la formation doit éviter toute complaisance dans ce domaine, ce qui équivaudrait à un suicide collectif, car c’est l’éducation supérieure qui produit les élites aptes à guider la société vers le progrès. En laissant proliférer des grades de doctorat au rabais, on ouvre la porte à une caste de pseudo-intellectuels, armés de titres vides de substance, mais avides de reconnaissance et d’influence. Comme on le pratique dans les cas du doctorat Honoris causa où carrément et sans aucune gêne, les détenteurs qui ne connaissent même pas ce que veut dire une distinction d’Honoris causa, s’attribuent le titre de Docteur. Quelle indécence !

L’enjeu n’est donc pas seulement académique, il est profondément éthique et politique. Car derrière la délivrance non conforme de doctorat se joue la confiance même dans les institutions et dans la possibilité d’une ascension sociale basée sur le mérite. Haïti, en s’abandonnant à la tolérance de telles pratiques, enverrait au monde un message de déchéance académique : celui d’un pays où l’on peut acheter le prestige de l’intelligence sans en avoir franchi les épreuves. À l’heure où l’éducation est reconnue comme le levier principal du développement, l’abdication de l’État dans ce domaine signerait un affaiblissement irrémédiable de son autorité morale et intellectuelle.

Mais plus profondément encore, il s’agit d’un affront au savoir comme tel. Car le savoir ne se réduit pas à une marchandise que l’on peut échanger sur un fonds transactionnel. Il est, comme le rappelait Bachelard, une construction lente, rectifiée, parfois douloureuse, qui exige une discipline intérieure. C’est pourquoi le doctorat est universellement respecté : il atteste non seulement une compétence scientifique, mais aussi une endurance spirituelle et une honnêteté intellectuelle. L’usurpation de ce titre au moyen d’artifices administratifs est donc un sacrilège intellectuel. Elle sape les fondements de la pensée critique et favorise une culture du simulacre, où le paraître l’emporte sur l’être, où l’ostentation l’emporte sur la vérité.

Il appartient donc aux autorités, mais aussi aux intellectuels haïtiens, aux enseignants, aux chercheurs, de se dresser contre toutes formes d’imposture. Le combat pour l’université est un combat pour la dignité du savoir. Laisser se généraliser la distribution de grades académiques factices, c’est légitimer le mensonge comme mode d’ascension sociale. C’est affaiblir la confiance des étudiants qui, dans des conditions parfois précaires, s’efforcent honnêtement d’accomplir leurs recherches. C’est compromettre les alliances internationales, car les universités étrangères, conscientes de ces dérives, refuseront d’accorder de la crédibilité aux diplômes délivrés en Haïti. Ce qui est en jeu, c’est la survie même de l’idée d’université dans notre pays.

Enfin, il faut dénoncer un autre détournement fréquent du prestige académique, celui du doctorat HONORIS CAUSA. Cette distinction, censée honorer une personnalité ayant rendu des services exceptionnels à une communauté ou ayant marqué son époque par une œuvre remarquable, n’a jamais été un diplôme universitaire au sens strict. Elle n’autorise pas son détenteur à se présenter comme docteur au sens académique du terme et encore moins à se prévaloir d’un titre de Ph.D ou de Ed.D. Or, de plus en plus, certains usent et abusent de ce privilège honorifique pour se faire passer pour de véritables docteurs. Cette usurpation, tout aussi grave que la vente illégale de tout grade académique dont le doctorat, contribue à brouiller les repères et à nourrir une culture de la confusion et de l’imposture. Il est urgent de rappeler, avec force, que le doctorat honoris causa n’est pas un diplôme de recherche, mais un hommage symbolique. Son détournement participe à la même logique de banalisation du savoir que les faux doctorats et doit donc être dénoncé avec la même vigueur.

Dr Serge Philippe Pierre (Ph.D.)

Installations de l’OFNAC attaquées à Kenscoff : l’institution rassure

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L’Office national de l’aviation civile (OFNAC) a condamné avec fermeté les actes de sabotage perpétrés contre ses installations de communication situées dans la commune de Kenscoff. Malgré les menaces d’incendie proférées par des individus armés, l’institution assure que le trafic aérien national n’a subi qu’une perturbation mineure.

Dans un communiqué publié ce samedi 23 août, la direction générale de l’OFNAC a tenu à rassurer les passagers et usagers : « Des mesures d’atténuation ont été immédiatement mises en œuvre afin de garantir la continuité et la sécurité des opérations aériennes sur l’ensemble du territoire. »

Tout en confirmant que des dispositions techniques sont déjà engagées pour un rétablissement optimal des services affectés, l’OFNAC affirme que la sécurité du transport aérien reste pleinement assurée.

Mais sur le terrain, des images circulant sur les réseaux sociaux montrent un chef de gang menaçant d’incendier la base de Kenscoff si aucun contact n’était établi avec lui. Dans une seconde vidéo, on le voit couper le générateur et entamer des décâblages, annonçant son passage à l’acte. Ce qui ressemble à un exercice de pression directe sur l’État, afin d’obtenir une reconnaissance ou un dialogue.

Cette réalité contraste avec le discours officiel. La sortie de l’OFNAC, bien qu’apaisante, laisse planer un doute : l’État ne paraît pas en mesure d’empêcher ces agressions contre des infrastructures stratégiques, ni de montrer des avancées pour éviter de nouvelles pertes.

Dans un pays où les routes interdépartementales sont bloquées par les gangs, obligeant les citoyens ou responsables au niveau du gouvernement à se déplacer en hélicoptère ou en avion, cette attaque rappelle combien la crise haïtienne reste loin d’être résolue. 

Refonder les Collectivités Territoriales en Haïti : Une urgence nationale

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Depuis la Constitution de 1987, Haïti a voulu mettre en place un système de collectivités territoriales capable de rapprocher l’État des citoyens, de promouvoir la démocratie locale et de stimuler le développement des territoires. La loi prévoyait trois niveaux : les sections communales, les communes et les départements, chacun doté d’instances délibératives et exécutives. L’objectif était clair : donner aux populations locales le pouvoir de gérer leurs affaires, tout en garantissant la participation populaire et l’autonomie locale.

Une mission constitutionnelle restée largement théorique
Dans la réalité, cette mission n’a jamais été accomplie. Les sections communales, qui devraient être le socle de la démocratie locale, fonctionnent souvent sans moyens, sans bureaux et sans budget propre. Les communes, dirigées par des mairies incapables de mobiliser les ressources nécessaires, ne peuvent pas assurer les services essentiels tels que l’état civil, la gestion des déchets ou l’entretien des routes. Les départements, eux, n’ont jamais vu l’installation de véritables conseils élus et restent dominés par des délégués nommés par le pouvoir central.

Les collectivités territoriales existent sur le papier, mais leur autonomie est quasi nulle, leur rôle symbolique et leur fonctionnement dépend entièrement du pouvoir central. Ce déséquilibre centraliste empêche toute planification cohérente et bride le développement local.

Des ressources théoriques mais insuffisantes et mal gérées
La Constitution et la loi ont prévu des ressources pour financer les collectivités : impôts fonciers, patentes commerciales, taxes de marchés publics et autres droits locaux. De plus, un Fonds de Gestion et de Développement des Collectivités Territoriales a été créé pour alimenter les budgets locaux. Cependant, ces mécanismes restent inefficaces. Les taxes locales sont rarement perçues correctement, les fonds sont centralisés et redistribués de manière irrégulière, et la population ne paie souvent pas faute de services visibles. Les collectivités survivent ainsi dans une dépendance totale et une incapacité structurelle à exercer leurs missions.

Des élus non formés et abandonnés
Une autre faiblesse majeure réside dans les compétences des élus. La majorité des CASEC, ASEC, maires et délégués n’ont reçu aucune formation en administration publique, fiscalité, planification territoriale ou gouvernance. Leur légitimité repose sur la popularité ou les liens politiques, non sur la compétence. Privés de formation et de suivi technique, ils improvisent la gestion locale, souvent dans l’inefficacité et le désordre, ce qui entraîne une mauvaise utilisation des ressources et un sentiment d’abandon chez la population.

Le rôle manqué des partis politiques
Les partis politiques devaient être les piliers de l’encadrement des élus locaux. Ils devaient former les militants, préparer des programmes cohérents et produire une élite politique capable de gérer les collectivités. En Haïti, c’est le contraire qui s’est produit. Les partis utilisent les collectivités comme instruments électoraux, privilégient la loyauté au détriment de la compétence et ne disposent souvent d’aucune structure locale. Cette situation a créé un système où les élus sont dépendants du parti et non au service des populations.

La prolifération de partis sans base populaire
Le problème est renforcé par la multiplication de partis légalisés qui n’ont ni membres actifs ni implantation réelle sur le territoire. Beaucoup de ces partis n’existent que sur papier et représentent une infime minorité de citoyens. Cette fragmentation affaiblit la démocratie, divise la société et laisse les collectivités locales sans relais politique crédible. Elle contribue également à la centralisation excessive et à la désillusion des citoyens vis-à-vis de la politique officielle.

Le cercle vicieux
Le manque de moyens, l’incompétence des élus, l’absence de formation et l’utilisation des collectivités comme instruments politiques créent un cercle vicieux. Les collectivités sont inefficaces, la population perd confiance, et le pouvoir central continue de contrôler l’ensemble du système. Les élus locaux sont isolés, non encadrés et incapables de jouer leur rôle.

Une politique de refondation urgente
Pour briser ce cercle, il est impératif d’adopter une politique de décentralisation réelle et citoyenne. Les collectivités doivent disposer de ressources financières autonomes, grâce à une fiscalité locale modernisée et transparente. Les élus doivent recevoir une formation obligatoire et continue à travers une École nationale de gouvernance territoriale, afin d’acquérir les compétences techniques et administratives nécessaires. Les partis politiques doivent être réformés pour exiger un minimum de membres, une implantation territoriale et un programme de développement clair, garantissant un encadrement réel des élus.

Vers une collectivité efficace et responsable
Seule une telle approche permettra aux collectivités territoriales de jouer leur rôle véritable : moteur de développement local, relais de la démocratie et fondement d’un État moderne et équilibré. La refondation des collectivités n’est pas un luxe, c’est une urgence nationale pour Haïti et pour la dignité de nos citoyens.
Port-au-Prince, 22 août 2025

Joseph Georges Duperval
Coordonnateur Général
BATON JENÈS LA

La négligence et l’irresponsabilité doivent être,ipso facto, payantes

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En matière politique comme en matière de guerre, toute négligence, aussi petite qu’elle soit, de la part de quiconque, se paie au comptant. Car, rappelons-le, cet adage attribué à Benjamin Franklin, cet homme politique, considéré comme l’un des pères fondateurs des Etats-Unis, illustre bien cela : « faute d’un clou, le fer fut perdu ; faute d’un fer, le cheval fut perdu ;faute d’un cheval, le cavalier fut perdu ; faute d’un cavalier, la bataille fut perdue ; faute d’une bataille, le royaume fut perdu ».Ce qui revient à dire que dans une chaîne de responsabilité, n’importe quel maillon défaillant ou dysfonctionnel peut entrainer un effet domino irréversible sur tout un système établi.Pour cela, à quel que niveau que ce soit, la responsabilité doit être toujours rigoureuse. Ainsi, suite au drame irresponsable survenu le lundi 18 août de l’année en cours, devant les locaux du MENFP à Delmas 83, certaines personnes devaient être, ipso facto, sanctionnées en payant la conséquence de leur inconséquence.

Le protocole d’accord entre l’ENS et le MENFP
Il n’est pas inutile de rappeler que c’est depuis le mercredi 22 mai de l’année 2013, qu’un protocole d’accord pour la refondation du système éducatif a été signé entre le titulaire du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), et un membre du conseil  de Direction de l’École Normale Supérieure (ENS), suivant lequel, la liste de tous les étudiants finissants des sept filières d’étude de cette institution de formation des maitres pour le troisième cycle de l’enseignement fondamental et le niveau secondaire,  doit être acheminée vers ledit Ministère pour les suites nécessaires à leur intégration dans le système éducatif [haïtien] pour lequel ils sont censés formés aux frais de l’État. Une démarche qui visait àcombler les besoins relatifs au personnel d’enseignants formés dans le système.

Ensuite ces jeunes professionnels fraichement certifiés sont repartis dans divers établissements scolaires publiques pour effectuer un stage de formation dite de probation dans leur domaine respectif sur une période d’un an et de recevoir leur lettre de nomination et d’affection suivant la réception d’un rapport de stage rédigé à cet effet et conformément aux règles de l’administration publiques en vigueur. Ainsi donc, la nomination et l’affectation des jeunes normaliens et normaliennes deviennent juste l’aboutissement des formalités administratives les plus normales. Suivant ces mécanismes, il y a moyen de connaitre à l’avance, approximativement, combien de nouveau normaliens et normaliennes qui seront insérés chaque année dans le système et même, sur une plus large échelle, on peut dire que l’effectif qui sera intégré en 2035, par exemple, peut être prévu dès aujourd’hui. Étant donné que chaque année l’ENS accueille un effectif stable dans chaque discipline, ce qui fait que les certifiés sont plus ou moins quantifiables a priori.

Conséquences de l’irrespect des engagements pris par l’État
Néanmoins, en dépit de toute cette mise en place, chaque promotion sortante, chaque année se voit dans l’obligation de « faire la guerre » pour décrocher leur « fameuse » lettre de nomination qui fait d’eux fonctionnaires à temps plein ou à temps partiel suivant le cas. C’est ainsi que le vendredi 2 octobre 2020, Grégory Saint-Hilaire, un étudiant finissant, de 29 ans, a été assassiné par un agent de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN) dans l’enceinte même de l’École Normale Supérieure où il exprimait, en compagnie de ses camarades, son « ras-le-bol » en organisant u mouvement de protestation  exigeant la nomination des étudiants finissants de l’ENS dans la fonction publique conformément audit protocole signé en mai 2013 entre le Ministère de l’Éducation Nationale et de la formation Professionnelle et l’École Normale Supérieure. Il s’agissait d’une perte énorme qui est la conséquence d’irresponsabilité des dirigeants de l’État en général, notamment du MENFP qui n’a de cesse de fuir son engagement. Le meurtre du potentiel bachelier, Wanderson ZAMY, s’inscrit dans le cadre de cette velléité du marronnage de responsabilité et de déni d’engagement de la part dudit Ministère.

La mort de Wanderson ZAMY n’aurait pas lieu…
Si les autorités du Ministère étaient sérieuses et inspiraient assez de confiance, ce drame n’aurait pas lieu, car les étudiantsstagiaires n’auraient pas besoin d’aller organiser de sit-in à cet endroit et, cet agent de sécurité « sensible à la gâchette » n’aurait pas eu de prétexte pour dégainer son fusil non plus. Par ailleurs, même si les stagiaires, par souci de vigilance, auraient été trouvé à cet endroit en train d’exiger la réception de leur lettre de nomination, des autorités responsables et conséquentes les auraient dû recevoir à leur bureau pour leur expliquer l’état d’avancement de leur dossier. Malheureusement, les dirigeants de l’Etat considèrent leur bureau comme un « sanctuaire » privé qui n’est accessible qu’à une quantité infime de privilégiés, tandis qu’ils sont censés être là pour recevoir les citoyens et les servir. Pourtant ils choisissent plutôt de marronner en faisant du dilatoire au lieu d’assumer leur pleine responsabilité. De ce fait, cet homicide est, bien évidemment, la conséquence de l’inconséquence des « autorités » du MENFP. Comment expliquer la nécessité de tirer à hauteur d’homme sur une dizaine (ou deux, trois) stagiaires paisibles réclamant, tout bonnement, leur intégration ? En quoi étaient-ils menaçants pour les agents de sécurités qui s’accordaient de tirer à bout portant sur eux ? S’agit-il d’un acte prémédité à l’égard des stagiaires, cet acte qui a, malencontreusement, coûté la vie au jeune Wanderson Zamy ? De toute façon, on admettra que si les quelques stagiaires avaient pu rencontrer le Ministre, ce dernier n’aurait pas l’occasion malheureuse de rencontrer les parents de Wanderson.

Ne s’agit-il pas des conséquences de la mauvaise foi des dirigeants ?
Dans un communiqué pour la presse publié le lendemain du meurtre, le bureau de communication du Ministère dit condamner sans réserve cet acte odieux perpétré sur le jeune Wanderson ZAMY, à l’occasion d’un sit-in organisé par une dizaine d’enseignants-stagiaires devant les locaux du bureau central dudit ministère. Si pour seulement une dizaine de stagiaires, on est obligé de se servir de son arme pour les réprimer et si c’était un millier de professeurs qui s’amassaient devant ces locaux, comment réagiraient-ils ? Dans les mêmes veines, le communiqué a souligné que le Ministre en question, Monsieur Augustin ANTOINE après avoir rencontré dans la matinée du 19 août les parents de la victime, entend présenterpubliquement ses sincères sympathies à la famille […], nous ne pensons pas que c’était le plus important à faire, pour manifester sa bonne foi, il vaudrait mieux de remettre, sur le champ, cet agent qui a dégainé son arme, à la police. Parce que cela s’est passé au su et au vu de tout le monde. De plus, la cour du ministère est couverte de caméras de surveillance qui peuvent leur permettre de voir précisément celui qui a tiré et dans quelle circonstance il avait tiré. Au moins, en agissant ainsi, on n’aurait pas besoin d’enclencher une enquête qui risque de se poursuivre à jamais pour un homicide aussi spectaculaire et irresponsable.  
La note de presse du MENFP a pris fin en rappelant la nécessité pour les partenaires sociaux de continuer à utiliser les mécanismes institutionnels devant faciliter les échanges tout en aidant plus rapidement à trouver de bonnes solutions dans l’intérêt de l’école. Je me demande, perplexe, quelles solutions rapides/efficaces ont été trouvées pour [dans l’intérêt de] l’école suite aux échanges qui ont été engagés en décembre de l’année 2024 ? N’est-ce pas au contraire, de tels échanges ont provoqué le lancement d’une grève générale illimitée dans les écoles publiques, depuis janvier 2025 à ce jour ?
 
Le réflexe de la banalisation de la vie des citoyens paisibles des couches populaires
Il est un fait qu’en Haïti, la vie des pauvres gens ne valent rien aux yeux de l’État. Il n’est pas superflu de rappeler que ce n’est pas la première fois qu’on a enregistré de mort devant le bureau central de ce Ministère, car sous le règne du Ministre Joël Desrosiers JEAN-PIERRE, un agent  du  Corps d’Intervention pour le Maintien d’Ordre (CIMO), sous l’ordre d’un responsable de la sécurité du Ministre, a fusillé à bout portant , le Professeur de Mathématiques, Jean Filbert LOUIS, d’une bonbonne de gaz lacrymogène à la tête, le 17 octobre 2010 devant les locaux du MENFP à la rue Audain ; ce syndicaliste, membre de l’Union Nationale des Normaliens et Normaliennes d’Haïti (UNNOH), manifestait paisiblement pour exiger à l’État de meilleures conditions de travail  pour les enseignants et surtout de prendre des dispositions nécessaires pour libérer les espaces d’établissements scolaires occupés, à l’époque, par les rescapés du séisme du douze janvier 2010.
En définitive, autant que je me rappelle, trois cadres ont au moins été tués alors qu’ils exprimaient des revendications justes et légitimes auprès de ce ministère en moins de de deux décennies. Cela suffit. Il faut que cela cesse et que le MENFP change son fusil d’épaule. Pour cela, il faut qu’il y ait un leadership d’État cohérent et responsable au ministère. Il faut que justice soit rendue au parents de Wanderson Zamy !
 
Jean Willy BELFLEUR,
  Normalien Supérieur,
  Enseignant-chercheur,
 Pédagogue & Auteur