Par Jean Wesley Pierre
Depuis le 28 février 2026, la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran provoque une onde de choc mondiale. Après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, les frappes de représailles iraniennes ont visé plusieurs pays, plongeant la région dans un chaos aux conséquences imprévisibles.
Une escalade aux ramifications multiples
Ce conflit, qui devait initialement durer « quelques jours » selon des responsables américains, s’étend désormais sur « quatre à cinq semaines » comme l’a reconnu le président américain Donald Trump. L’Iran a frappé directement ou indirectement quinze pays, dont Israël, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, la Jordanie, l’Irak, Oman, la Syrie, Chypre — où la base britannique d’Akrotiri a été touchée —, ainsi que des installations françaises (Camp de la Paix aux Émirats) et italiennes (base de l’OTAN au Koweït).
Le bilan humain est déjà lourd, plus 555 morts et 700 blessés en Iran selon le Croissant-Rouge, une trentaine au Liban après l’entrée en guerre du Hezbollah, et des pertes américaines confirmées au Koweït.
Répercussions économiques
Les prix du pétrole ont flambé de 13 %, dépassant les 80 dollars le baril, tandis que la navigation dans le détroit d’Ormuz par lequel transite 20 % de la consommation mondiale est paralysée.
Quand l’ONU appel à la désescalade
Face à cette situation qualifiée de « grave menace pour la paix et la sécurité internationales », le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Il a rappelé que l’article 2 de la Charte des Nations unies interdit « la menace ou l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État ».
Guterres a lancé un triple appel :
- la cessation immédiate des hostilités,
- le retour à la table des négociations,
- et la protection des civils conformément au droit international humanitaire.
Le secrétaire général de l’ONU a déploré que l’opportunité diplomatique offerte par les négociations indirectes entre l’Iran et les États-Unis, avec la médiation de l’Oman, ait été « gaspillée ».
Mais l’ONU peut-elle réellement apaiser les tensions ? Le Conseil de sécurité reste profondément divisé. La Russie et la Chine condamnent fermement l’agression américano-israélienne, tandis que les pays occidentaux soutiennent leurs alliés. L’institution onusienne, bien que légitime, semble impuissante face à des belligérants déterminés à poursuivre leur escalade.
La position russo-chinoise : un contrepoids diplomatique
La Chine et la Russie ont rapidement réagi, dénonçant des actions « inacceptables ». Wang Yi, ministre des affaires étrangères de la république populaire de Chine, chef de la diplomatie chinoise, a déclaré :
« Il est inacceptable que les États-Unis et Israël lancent des frappes contre l’Iran pendant les négociations entre Téhéran et Washington. Il est également inacceptable qu’ils tuent de manière flagrante le dirigeant d’un État souverain et incitent à un changement de gouvernement ».
Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov, Wang Yi a exposé la position commune des deux puissances :
- cessation immédiate des opérations militaires,
- retour rapide au dialogue et aux négociations,
- et opposition commune aux actions unilatérales.
Lavrov a jugé que les frappes « ont gravement compromis la stabilité au Moyen-Orient » et a affirmé que la Russie partage la position chinoise.
La Russie et la Chine disposent de leviers d’influence :
▪︎ leur siège permanent au Conseil de sécurité,
▪︎ leurs relations avec l’Iran,
▪︎ et leur capacité à mobiliser des plateformes comme l’Organisation de coopération de Shanghai.
Mais peuvent-elles réellement faire plier Washington et Tel-Aviv ? Rien n’est moins sûr, tant la détermination américaine semble forte.
Les belligérants peuvent-ils accepter des concessions ?
Du côté américain, le président Donald Trump a prévenu que « la grande vague n’a pas encore déferlé » et n’exclut pas d’envoyer des troupes au sol « si nécessaire ». Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a assuré que l’intervention ne serait pas « éternelle », mais a refusé de donner une ligne du temps.
L’Iran, par la voix d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran, exclut toute négociation :
« Les espoirs démesurés de Trump ont entraîné toute la région dans une guerre inutile. »
Le guide suprême par intérim, l’ayatollah Alireza Arafi, incarne la continuité du régime dans la résistance.
Israël, qui a mobilisé 100 000 réservistes, a prévenu qu’il « frappera tous les chefs terroristes ».
Le Hezbollah est entré en guerre, ouvrant un front libanais. La Jordanie, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats — tous pris pour cible — durcissent leur ton.
Dans ce contexte, les concessions semblent impossibles à court terme. La logique de vengeance et l’honneur national des protagonistes rendent toute issue diplomatique immédiate hautement improbable.
Un monde au bord du gouffre, le Moyen-Orient à feu et à sang
Le Moyen-Orient est aujourd’hui au bord d’une guerre régionale généralisée dont personne ne peut prédire l’issue.
L’ONU appelle à la raison, mais sa voix peine à porter face au fracas des armes. Le monde retient son souffle, espérant que la sagesse l’emportera sur la tentation de l’abîme.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


