PORT-AU-PRINCE.— La nomination de Vladimir Paraison au poste de directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) suscite un mélange d’espoirs et d’inquiétudes au sein des organisations de défense des droits humains. Ces organisations appellent le nouveau Commandant en chef à engager des réformes en profondeur.
Dans un contexte où l’institution policière traverse une crise profonde, minée par des allégations de corruption, des soupçons de collusion avec des groupes armés et un déficit de confiance publique, certains organismes de droits de l’homme restent très prudents, alors que d’autres sont clairs : Paraison doit marquer son temps par des actions pour redonner à l’institution sa confiance et son autorité au sein de la population.
Des attentes fortes en matière de gouvernance policière
Plusieurs structures, dont le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et la Fondation Je Klere (FJKL), estiment que la première mission de Vladimir Paraison doit être de rétablir la discipline et l’intégrité au sein de la PNH. Pour elles, la population attend une police qui protège et non qui intimide. La réorganisation des unités spécialisées, la lutte contre l’infiltration de la police par des intérêts criminels et la transparence dans les promotions et affectations figurent parmi les priorités identifiées.
Parallèlement, l’Ordre des Défenseurs des Droits Humains à fait part de ses réserves. Me Darbensky Gilbert, directeur exécutif de l’ ORDEDH dit croire que cette nomination a nécessité un check back ground sur l’intéressé, compte tenu ses antécédents avec la justice haïtienne.
Le défi sécuritaire immédiat
Dans un contexte marqué par la montée en puissance des gangs armés et l’extension de leur contrôle territorial, les défenseurs des droits humains insistent sur la nécessité d’une stratégie claire de sécurisation des zones vulnérables, accompagnée d’un meilleur appui logistique aux commissariats. Toutefois, ils avertissent: «la réponse ne doit pas être uniquement répressive. Un travail de proximité, de prévention et de dialogue communautaire est indispensable pour reconstruire la confiance», a soutenu Alex Carlas, responsable de l’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP).
«EN plus, il faut dépolitiser la police pour obtenir plus d’efficacité», a renchéri Gilbert de l’ORDEDH, soulignant que souvent la stratégie de police est compromise par des considérations politiques.
La question sensible du vetting
Le vetting, processus d’évaluation approfondie des agents pour identifier et écarter ceux impliqués dans des violations graves ou des actes de corruption, est considéré par les la Ligue Haïtienne de Défense des Droits de l’Homme comme un chantier prioritaire.
La LHDDH recommande:
• Un audit exhaustif des effectifs, avec la participation d’organisations indépendantes et d’experts internationaux.
• La protection des lanceurs d’alerte afin de favoriser la dénonciation des abus internes.
• Des sanctions effectives contre les agents impliqués dans des exactions documentées.
Selon Jemps Méralus, «Sans vetting crédible et transparent, toute réforme restera cosmétique. On ne peut bâtir une police républicaine sur des bases corrompues et compromettantes».
Une réforme qui nécessitera soutien politique et courage
Les observateurs rappellent que le succès de Vladimir Paraison dépendra non seulement de sa capacité à impulser des réformes, mais aussi du soutien réel de ses autorités de nomination, souvent accusées d’interférer dans les affaires internes de la PNH.
Les droits humains ne doivent pas être sacrifiés au nom de la stabilité, insistent-ils, soulignant que lutter contre l’impunité au sein même de la police est un passage obligé pour restaurer l’ordre et la confiance.
Jean Mapou