Yves Lafortune
Il est huit heures du soir. Je marche, perdu dans les arbres de Noël qui scintillent sur les rues de Floride, dans le nickel froid des limousines qui glissent comme des mirages sur l’asphalte. La nostalgie me serre la gorge.
Un « Joyeux Noël » du Bossa Combo me revient soudain, comme une brise chaude qui aurait traversé l’océan. Entonnons ensemble ce chœur de Noël, c’est la fête de notre libérateur, la fête d’un pays qui chante même quand tout brûle autour.
Mais ici, les patates n’ont pas le même goût. Ici, je crève un peu à longueur de jour, et je meurs silencieusement à longueur de nuit, en façade pleine de lumière, en dedans plein de pays.
Port-au-Prince,
tu me hantes. Tu reviens dans chaque lampe de rue, dans chaque souffle de vent, dans chaque musique qui ressemble de loin à la nôtre.
Et au milieu de cette Floride trop brillante, c’est encore ton ombre qui marche avec moi.
Port au Prince, tonnè boule m!
Yves Lafortune, Miami


