Par Pierre Josué Agénor Cadet
Deux cent vingt-deux ans après la bataille de Vertières (18 novembre 1803), événement matriciel de l’indépendance haïtienne, et plus d’un demi-siècle après la première et unique participation du pays à la Coupe du monde (13 juin – 7 juillet 1974), la sélection nationale masculine, communément appelée les Grenadiers, a obtenu, ce mardi 18 novembre, sa qualification pour la Coupe du monde de la FIFA 2026 en s’imposant 2-0 face au Nicaragua. Cette performance sportive se charge d’une forte portée symbolique, en ce qu’elle mobilise une mémoire collective profondément ancrée dans l’imaginaire patriotique haïtien.
Dans un contexte national marqué par une insécurité généralisée, exacerbée par la prolifération des groupes armés et par l’effritement progressif des institutions publiques, la sélection a été contrainte de disputer l’ensemble de ses rencontres sur terrain neutre ou à l’étranger. Malgré ces contraintes logistiques et psychologiques, les joueurs dirigés par l’entraîneur Sébastien Migné ont démontré une résilience remarquable : trois victoires, deux matchs nuls et un seul revers 3-0 concédé face au Honduras, témoignent d’un processus de construction collective fondé sur la discipline, la cohésion et la continuité dans l’effort.
Au-delà du strict registre sportif, cette qualification peut être appréhendée comme un indicateur de capacité nationale de résilience. L’épisode renvoie à des précédents historiques, notamment les expériences d’unité observées à l’Arcahaie au Camp Gérard et à Vertièred où la convergence des volontés individuelles avait permis la réalisation d’objectifs d’intérêt général. La réactivation de ces références historiques ne relève pas du hasard. Elle participe d’un processus de réappropriation de la mémoire nationale dans un moment où Haïti, confrontée à de multiples crises multidimensionnelles, peine à produire des horizons collectifs de sens.
Ainsi, la victoire des Grenadiers ne constitue pas seulement une performance sportive ou footballistique, elle représente un espace symbolique à partir duquel peut s’opérer une réflexion renouvelée sur les notions de cohésion, de responsabilité collective et de projet national. Si l’on peut espérer que cet événement suscite une prise de conscience civique, il invite également les acteurs politiques, institutionnels et sociaux qui ont contribué, directement ou indirectement, à la déstabilisation du pays, à réévaluer leur rôle dans l’édification ou l’obstruction du bien commun ou public.
En somme, cette qualification apparaît comme une illustration contemporaine de la capacité d’Haïti à transformer l’adversité en énergie mobilisatrice. Elle rappelle que, même dans la tourmente, demeure la possibilité d’un sursaut national.
Honneur et gloire à nos Grenadiers.
Pierre Josué Agénor Cadet


