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CPT : marchandages, dollars et « menaces étrangères » au cœur de la transition

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Les coulisses du Conseil présidentiel de transition (CPT) ressemblent de plus en plus à un théâtre d’ombres où se mêlent dès le début tractations politiques, argent sale et pressions internationales. Le 30 avril 2024, l’élection du Premier ministre a offert un spectacle digne d’un scénario politique haïtien : rebondissements, scandales et volte-face spectaculaire.

Au départ, le nom de Paul Antoine Bien-Aimé (ancien ministre de l’éducation nationale et ancien titulaire du ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales) circulait comme le favori incontestable pour diriger la Primature. Mais un accord discret (un deal) entre Edgard Leblanc Fils, candidat au poste de coordonnateur du CPT, et Jean-Charles Moïse, chef du parti Pitit Dessalines, bouleversa la donne. Résultat : Fritz Bélizaire fut élu Premier ministre et Leblanc coordonnateur du Conseil présidentiel de transition , grâce à une majorité absolue (négociée) de 4 voix sur 7.

 » C’était une mascarade, une manœuvre dolosive « , confia, amer, un conseiller ayant voté contre. Quelques minutes plus tard, les trois opposants annonçaient l’annulation pure et simple du scrutin.

Face à ce chaos, le CPT adopta une résolution exceptionnelle ou à l’haitienne tout court: désormais, une majorité qualifiée de 5 voix sur 7 serait requise pour toute décision majeure. Par ailleurs, une présidence tournante fut instaurée à la tête du Conseil, censée augmenter le nombre de bénéficiaires du gâteau et rendre plus fragile le CPT.

D’après plusieurs témoignages, un grand homme d’affaires, resté dans l’ombre, aurait offert à chaque conseiller favorable 500 000 dollars américains pour s’assurer de l’élection d’Alix Didier Fils-Aimé.  » L’offre était trop belle pour certains « , confie un proche du dossier. La victoire de Fils-Aimé semblait acquise, et les préparatifs pour sa proclamation officielle avaient déjà commencé.

C’est alors qu’un coup de fil inattendu changea le cours des événements. Selon des sources concordantes, un individu se présentant comme un haut fonctionnaire du département d’État américain menaça directement les membres du CPT :  » Si vous choisissez Fils-Aimé, attendez-vous à de lourdes sanctions « . On ne saurait douter que les membres du CPT tombent dans le piège des faux blancs.

Pris de panique, les conseillers plièrent. On a senti le poids de l’ingérence, c’était clair , souffle l’un d’eux, sous couvert d’anonymat.

Le lendemain, contre toute attente, Garry Conille fut élu Premier ministre à l’unanimité. L’arrêté fut publié dans la foulée. À New York, Conille annonçait sa démission de son poste de directeur de l’UNICEF (pour l’Amérique latine et les Caraïbes ) pour regagner Port-au-Prince et assumer ses nouvelles fonctions politiques.
Croyant Conille acquis à la cause des américains, les membres du CPT le laissèrent constituer son gouvernement sans contrainte. Il put même s’approprier tous les ministères régaliens.
Le renvoi de Conille découla de la mise au jour de ce stratagème par les membres du CPT et de l’impératif qui s’ensuivit de procéder sans délai à son remplacement par Fils-Aimé, dans le cadre de reddition de comptes.

Cet épisode, entre marchandages, corruption et pressions extérieures, met en lumière la fragilité des institutions de transition en Haïti. Le CPT, censé incarner la stabilité et le renouveau démocratique, apparaît au contraire comme un terrain miné, livré aux influences contradictoires.

 » Ce qui s’est passé est un miroir de nos faiblesses : absence de consensus, corruption endémique et vulnérabilité face aux ingérences étrangères , analyse un politologue haïtien.

(Extrait du 35e livre de Pierre Josué Agénor Cadet, Histoire politique d’Haïti de 1804 à 2025 ou Mémoire d’un État capturé, à paraître très bientôt)

Pierre Josué Agénor Cadet

La joie éphémère de Peres

Ah, quel spectacle ! La 7ème journée de la Liga Santander a vu l’Atletico Madrid infliger une véritable correction au Real Madrid, s’imposant sur le score de 5-2. Un match qui restera gravé dans les annales comme un chef-d’œuvre de la joie colchoneros et une nouvelle source d’amertume pour Florentino Pérez.

Le scénario du match a commencé par une pointe d’optimisme pour les Merengues. Florentino devait probablement jubiler dans sa loge, persuadé que son équipe allait enfin mettre fin à leur série de désillusions. En effet, avec un but précoce qui a fait pencher la balance à 2-1 en faveur du Réal, le président du club avait sans doute commencé à envisager une célébration royale. Mais ah, la joie fut aussi éphémère qu’un coup d’éclair!

L’Atletico, insaisissable,infatigable dans cette partie, a alors décidé de rappeler à ses rivaux que dans le derby, ce sont eux les rois de la capitale. Ils ont tapé du poing sur la table et ont commencé à faire trembler les filets. Un coup franc magistral de Julian Alvarez et une action collective d’école ont permis aux Colchoneros de rétablir l’égalité, et d’un coup, la fête de Florentino s’est transformée en triste veillée.

Mais ce n’était que le début. Les Merengues ont vu le cauchemar se matérialiser en seconde période : un enchaînement de buts qui a mis à mal la défense, montrant qu’elle était aussi solide qu’un château de cartes. Les attaquants de l’Atletico, tels des artistes, ont dansé autour des défenseurs, transformant leur stade en leur propre galerie d’art. Chacun de leurs buts était comme une petite piqûre pour le président : « Regardez comme nous faisons notre œuvre sur votre pelouse ! »

Finalement, le score s’est clos sur cette magnifique note de 5-2. Le visage d’un Florentino qui a dû rapidement ravaler sa joie initiale pour affronter une réalité bien plus amère se lit comme un roman graphique d’ironie : une victoire bien trop fugace, et une démonstration qui rappelle à tous que le derby, c’est avant tout une question d’orgueil. Le Réal est rentré dans l’histoire, mais pas de la manière qu’il espérait… et l’Atletico a, encore une fois, prouvé qu’il était les véritables dragons du derby madrilène.

Selon ce qui est rapporté, à un certain moment, Florentino Pérez a dû appeler au secours auprès du corps arbitral !😄😃😀😄

Eddy Noël

10 Millions de Gourdes Détournés au MJSAC, selon l’ULCC

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L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a publié un rapport d’enquête accablant sur l’utilisation des dix (10) millions de gourdes alloués par le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) au Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) pour les activités commémoratives de la bataille de Vertières, le 18 novembre 2024.

L’enquête a mis en lumière un système de détournement de fonds impliquant de hauts responsables, dont la ministre en fonction, Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius, le comptable en chef Ludner Vogel Desforges et le chef de sécurité de la ministre, Jean Vilaire Maître.

Selon le rapport, un chèque de dix millions de gourdes avait été émis par le MEF au profit du MJSAC. Cependant, les enquêteurs ont découvert que cet argent avait transité par un compte privé, ouvert au nom du comptable en chef Ludner Vogel Desforges, en violation des règles de la comptabilité publique.

Cette manœuvre a permis de soustraire les fonds au contrôle de l’État et de les utiliser de manière irrégulière.

Sur les dix millions alloués, l’ULCC indique que 7,66 millions de gourdes ont été retirés en espèces et remis au chef de sécurité de la ministre, Jean Vilaire Maître, sans pièces justificatives valides.

Des échanges WhatsApp entre les responsables, authentifiés par un juge de paix, confirment que les fonds étaient distribués sur instruction directe de la ministre, sans lien avec l’organisation des festivités de Vertières.

Le rapport relève également que plusieurs paiements effectués à des tiers n’étaient pas appuyés par des factures ou contrats. Certaines sommes ont servi à couvrir des frais sans rapport avec l’événement commémoratif, notamment la participation d’un sportif haïtien à une compétition internationale.

Les entreprises bénéficiaires n’avaient pas leurs patentes à jour, rendant les paiements encore plus irréguliers.

L’ULCC désigne directement :
Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius pour détournement de biens publics, abus de fonction et association de malfaiteurs ;
Ludner Vogel Desforges pour tentative de détournement et complicité ;
Jean Vilaire Maître pour complicité et réception illégale de fonds publics.

Le rapport recommande :
Un audit complet sur la gestion du MJSAC par la Cour Supérieure des Comptes ;
Des sanctions administratives immédiates contre Desforges et Maître ;
Des poursuites judiciaires contre les trois responsables pour détournement de fonds et corruption, conformément à la loi du 12 mars 2014 sur la prévention et la répression de la corruption.

Pour l’ULCC, cette affaire illustre « un exemple probant de détournement de biens publics », où les ressources destinées à commémorer un moment clé de l’histoire nationale ont été utilisées à des fins personnelles.

Le dossier est désormais entre les mains de la justice haïtienne, qui devra déterminer les suites pénales à donner à cette affaire.

Mardoché D’Août

Ce qu’il faut comprendre aussi dans Le théâtre diplomatique et économique de l’ONU!

Chaque mois de septembre, New York devient la capitale politique du monde. L’Assemblée générale des Nations Unies réunit chefs d’État, diplomates et ministres venus délivrer leurs messages au reste de la planète. Mais au-delà du rituel diplomatique et de ses discours, il existe un autre spectacle, discret et pourtant tout aussi révélateur : celui de l’économie qui gravite autour de cette grand-messe multilatérale.

Une mécanique logistique colossale

Environ 140 pays participent chaque année à la session. Chacun mobilise en moyenne une délégation de 10 à 20 personnes, logées et nourries à New York pendant près de huit jours. Ce séjour n’est pas anodin : les dépenses journalières oscillent entre 1 000 et 5 000 dollars par personne, selon le standing choisi et les contraintes de protocole.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
• Par individu : un coût global de 8 000 à 40 000 dollars pour la semaine.
• Par délégation : entre 160 000 et 800 000 dollars.
• À l’échelle des 140 pays : une dépense agrégée comprise entre 22,4 millions et 112 millions de dollars injectés en quelques jours dans l’économie locale.

Les retombées invisibles mais réelles

Derrière les prises de parole solennelles, New York vit au rythme de ce « tourisme diplomatique ». Les grands hôtels de Manhattan affichent complet, les restaurants de standing se remplissent, les sociétés de transport privé multiplient les courses, et les entreprises de sécurité voient leurs contrats exploser. L’Assemblée générale agit ainsi comme une mini-industrie saisonnière, un « Davos diplomatique » qui ne dit pas son nom.

Entre symbolique politique et flux économique

L’événement illustre la nature hybride de la diplomatie contemporaine : théâtre politique où se joue la mise en scène des nations, mais aussi phénomène économique aux retombées substantielles pour la ville hôte. Loin d’être anecdotique, cette dimension chiffrée rappelle que la politique internationale s’incarne aussi dans des logistiques, des hôtels, des factures et des contrats, révélant l’interdépendance profonde entre diplomatie mondiale et économie urbaine.

Haïti et l’enjeu des infrastructures touristiques

Pour Haïti, ce constat devrait résonner comme une urgence. Comment espérer accueillir des sommets régionaux de la CARICOM, de l’OEA ou même des conférences culturelles internationales sans infrastructures capables de loger, nourrir et sécuriser des centaines de participants ?

New York profite de l’Assemblée générale parce qu’elle dispose d’un parc hôtelier de qualité, de centres de conférence ultramodernes, d’un réseau de transport fiable et d’une offre culturelle attractive. À l’inverse, Port-au-Prince, Cap-Haïtien ou Jacmel peinent à recevoir des délégations de taille moyenne faute de structures adaptées.

Investir dans le tourisme d’affaires et dans des infrastructures modernes ne serait pas un luxe, mais une stratégie. Cela signifierait transformer chaque rencontre internationale, chaque festival culturel, chaque conférence régionale en levier de croissance et en vitrine diplomatique.

Exemple concret : un sommet régional en Haïti

Imaginons qu’Haïti accueille un sommet de 500 délégués internationaux pendant 5 jours :
• Dépenses par personne : 1 500 à 3 000 dollars (hôtel, repas, transport, activités).
• Total par délégué : 500 × 1 500 $ = 750 000 $ (minimum) à 500 × 3 000 $ = 1 500 000 $ (maximum).
• Ajoutons les prestataires locaux (sécurité, traiteurs, logistique) : environ +20 % de retombées indirectes, soit 150 000 à 300 000 $ supplémentaires.

Résultat : en cinq jours seulement, un sommet diplomatique pourrait générer entre 900 000 et 1,8 million de dollars pour l’économie locale.

Voilà pourquoi investir dans des hôtels modernes, des centres de conférence et des services touristiques adaptés n’est pas une dépense vaine : c’est un pari sur l’avenir. Haïti ne doit pas seulement rêver de diplomatie, il doit se doter des moyens matériels de l’accueillir, afin de transformer chaque visite officielle en opportunité économique durable.

Yves Lafortune

Le gouvernement haïtien adopte un budget rectificatif à la fin de l’exercice fiscal

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Face à une économie haïtienne marquée par une inflation persistante et une insécurité grandissante, le gouvernement haïtien a adopté un budget rectificatif pour l’exercice 2024-2025. Le montant total de cette nouvelle enveloppe budgétaire est de 317,7 milliards de gourdes. Elle vise principalement à soutenir les familles vulnérables et à faciliter la rentrée scolaire, prévue dans un climat particulièrement tendu.

Par rapport au budget initial, ce nouvel ajustement représente une baisse de 1,8 %, soit une réduction de 5,75 milliards de gourdes. Selon les autorités, cette diminution s’accompagne d’une réorientation stratégique des crédits vers les secteurs jugés prioritaires pour la fin de l’exercice budgétaire.

Suite à l’adoption de ce budget, l’Etat compte supporter 200 000 parents d’élèves, réaliser des travaux rapides dans les écoles et la distribuer de kits scolaires comprenant sacs, uniformes et fournitures.

Selon les autorités gouvernementales, la sécurité, l’éducation et le soutien social ont été placés au cœur des priorités de l’État Haïtien. «Ce choix reflète la volonté des dirigeants de répondre à l’urgence sécuritaire tout en garantissant l’accès à l’école pour des milliers d’enfants et un appui minimum aux foyers les plus touchés par la crise».

Gedeon Delva

Quand la lutte anticorruption se heurte aux accusations : La lettre de Me Jean-Henry Céant ravive le débat sur l’ULCC

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Par Jean Wesley Pierre

La lutte contre la corruption en Haïti, enjeu vital pour l’avenir du pays, connaît un nouvel épisode de controverse. Dans une lettre ouverte datée du 24 septembre 2025 et adressée au bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Jean-Henry Céant, notaire et membre du Barreau, dénonce avec virulence la décision du Conseil de l’Ordre d’honorer Me Jacques Hans Joseph, directeur général de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC).

Cette distinction, présentée comme une reconnaissance pour « sa contribution à l’élévation des valeurs de la profession d’avocat », est qualifiée par Céant de « faux pas » entaché d’« hypocrisie » et de « manœuvres intéressées ».

Quand la récompense divise

Le 17 septembre dernier, le Barreau de Port-au-Prince a remis une plaque d’honneur à Me Jacques Hans Joseph, saluant son engagement professionnel et sa contribution à la défense de l’éthique. Mais pour Me Céant, cette reconnaissance revient à « célébrer un maître-chanteur ».

Dans sa lettre, l’ancien Premier ministre n’hésite pas à accuser le patron de l’ULCC d’avoir usé de son pouvoir pour exercer du chantage et manipuler des dossiers de corruption. Il affirme même avoir été personnellement victime de représailles après avoir refusé des sollicitations qu’il qualifie de suspectes.

Me Céant rappelle qu’en août 2021, il avait déjà adressé une plainte publique au Conseil de l’Ordre, dénonçant les méthodes de l’ULCC et la conduite de son directeur. À l’époque, aucune suite n’avait été donnée. « Ni le Conseil de l’Ordre, ni l’intéressé n’ont jugé utile de répondre ou de me poursuivre en diffamation », écrit-il, estimant que le Barreau a préféré « la complaisance » au débat de fond.

Créée pour enquêter sur les cas de corruption et protéger les finances publiques, l’ULCC est aujourd’hui au centre d’un paradoxe. D’un côté, elle multiplie les initiatives publiques contre la corruption : Ce vendredi 5 septembre, Hans Joseph, via l’ULCC organisait une foire baptisée « Je Dénonce », invitant les jeunes à pointer du doigt les corrompus et à s’engager pour la transparence.

Pour de nombreux observateurs et militants anticorruption, le directeur de l’ULCC incarne une figure de rigueur et de courage. Ses partisans saluent ses enquêtes sensibles, ses prises de position publiques et sa capacité à défier des intérêts puissants.

Mais d’un autre côté, l’institution est régulièrement accusée d’agir avec excès, de sélectionner ses dossiers en fonction de considérations politiques, et même de procéder à des arrestations en dehors des cadres stricts de la puissance publique.

Dans sa lettre, Me Céant dénonce des « dossiers tissés au fil du chantage », des rapports « scandaleux » et une justice instrumentalisée. Il reproche au Barreau de n’avoir jamais organisé un débat sur « les limites et les pouvoirs de l’ULCC », alors que la population reste avide d’informations claires sur le rôle exact de l’institution.

Au-delà des accusations personnelles, cette controverse illustre une tension plus profonde dans la société haïtienne : comment concilier la nécessité d’une lutte anticorruption avec le respect des droits fondamentaux et de l’État de droit ?

La lettre de Me Céant soulève des questions essentielles. Peut-on, au nom de la transparence, justifier des pratiques perçues comme arbitraires ? L’ULCC doit-elle se doter de garde-fous juridiques plus stricts ? Et surtout, comment garantir que les enquêtes ne deviennent pas des instruments de règlements de comptes et chantage?

Les critiques de Hans Joseph rappellent que l’ULCC n’a jamais publié de rapport sur certaines affaires sensibles, comme le controversé contrat Dermalog pour la production des cartes d’identification nationale.

D’autres s’interrogent sur les liens professionnels passés du directeur, notamment via le cabinet EXPERTUS, qui aurait défendu des personnalités citées dans l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse.

En honorant Hans Joseph, le Barreau de Port-au-Prince s’expose à une accusation de double standard. Me Céant fustige une institution qui « se prive de rigueur » et « hyper trophie le palmarès » d’un homme contesté.

Pour le Barreau, il s’agit peut-être de saluer un confrère engagé dans la lutte contre un fléau endémique. Mais ce choix soulève inévitablement la question de la prudence : fallait-il distinguer une personnalité qui concentre autant de critiques sans ouvrir un débat contradictoire ?

Dans un pays où la corruption gangrène les institutions et mine la confiance publique, la figure de Jacques Hans Joseph cristallise deux visions opposées : celle du croisé anticorruption et celle du fonctionnaire à la méthode brutale.

La lettre de Me Jean-Henry Céant, en rappelant ses accusations restées sans suite, agit comme un rappel des failles d’un système où la justice, la politique et la morale s’entremêlent.

Elle pose surtout une question urgente : la lutte contre la corruption peut-elle se gagner si ses propres champions ne sont pas eux-mêmes soumis à un examen transparent et équitable ?

Alors que l’ULCC poursuit ses campagnes publiques et ses enquêtes, cette polémique pourrait forcer le Barreau et les autorités à clarifier leurs positions. Faute de réponse, le risque est grand que le débat sur la corruption se transforme, une fois de plus, en affrontement de personnes plutôt qu’en réforme de fond.

Dans le tumulte haïtien, où la corruption reste l’un des principaux freins au développement, la figure de Jacques Hans Joseph symbolise à la fois l’espoir d’un sursaut et les dérives possibles d’une lutte mal encadrée. La lettre de Me Céant n’est pas seulement une charge contre un homme ; c’est un appel à repenser la gouvernance et l’éthique des institutions censées protéger la République.

Affaire Gamall Augustin: son avocat évoque un vice de procédure et dépose une requête en habeas corpus

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PORT-AU-PRINCE.— L’arrestation de Gamall Jules Augustin, ancien directeur général de la Télévision nationale d’Haïti (TNH), continue de défrayer la chronique et de susciter des débats sur la légalité des procédures judiciaires en Haïti. Son avocat, Me Mario Delcy, a annoncé avoir introduit un recours en habeas corpus afin de contester la détention de son client.

En effet, selon l’avocat, l’interpellation de M. Augustin le 23 septembre dernier par des enquêteurs de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) ne repose sur aucun fondement légal. «L’ULCC n’a pas compétence pour procéder à des arrestations. Sa mission est d’enquêter et de soumettre ses rapports aux autorités judiciaires compétentes», a soutenu Me Delcy.

«Plusieurs juristes et organisations de la société civile abondent dans le même sens», poursuit l’homme de loi, estimant que cette arrestation illustre une dérive institutionnelle et un empiètement de l’ULCC sur les prérogatives du parquet et de la police judiciaire.

*Le dossier déjà transféré au cabinet d’instruction*

Après l’interpellation, le dossier a été confié au Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, le juge Bernard Saint-Vil, qui l’a transmis au cabinet d’instruction. Le juge Étienne Mercier a été désigné pour mener l’enquête.

L’ancien patron de la TNH est accusé de détournement de biens publics, abus de fonction et prise illégale d’intérêt. Des chefs d’accusation lourds qui nécessitent, selon plusieurs observateurs, une instruction rigoureuse et impartiale.

*Une procédure controversée qui semble fragiliser le dossier*

Si les accusations portées contre Gamall Augustin sont graves, c’est bien la légalité du processus ayant conduit à son arrestation qui se trouve désormais au cœur des débats. La procédure, contestée par la défense, pourrait fragiliser le dossier si les juges venaient à conclure que les droits fondamentaux de l’accusé n’ont pas été respectés.

Cette affaire met en lumière les tensions récurrentes entre institutions haïtiennes, mais aussi les fragilités de l’appareil judiciaire. Elle alimente un vif débat dans l’opinion publique sur la lutte contre la corruption, la séparation des pouvoirs et le respect des garanties procédurales.

Jean Mapou

L’élite la plus répugnante selon Brian Dean Curran : la nausée continue!

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À Fritz Gérald Calixte, MPA, Av. !

Le 9 juillet 2003, l’ambassadeur Brian Dean Curran a craché la vérité au visage de l’élite haïtienne : la crise n’était pas seulement politique, ni seulement économique elle était morale. Dans un pays à genoux, il osa nommer l’innommable : The Most Repugnant Elite. Une élite qui dévore, qui pourrit, qui applaudit dès qu’un étranger la flagelle, comme si la gifle du maître valait bénédiction.

Que fit cette élite ? Elle se redressa dans ses fauteuils dorés, sourit, battit des mains. Le blanc avait parlé. Le sermon était prononcé. Amen. On n’avait rien compris. On n’avait rien appris.

Vingt-deux ans plus tard, le spectacle est encore plus obscène. Deux responsables des grandes banques sanctionnés. Des magnats des médias cités, indexés. Des hommes d’affaires, hier encensés, aujourd’hui confondus avec les mêmes bandits qu’ils ont financés, armés, nourris. Les parrains sont devenus les enfants de leurs propres monstres. Et le pays continue de se vautrer dans ce théâtre macabre où corrupteurs et criminels partagent la même loge VIP.

Disons-le : cette élite n’est pas seulement répugnante, elle est pestilentielle. Elle ne gouverne pas, elle contamine. Elle n’investit pas, elle vampirise. Elle n’élève pas, elle étrangle. Voilà pourquoi nous avons la nausée : pas la nausée passagère d’un lendemain de fête, mais une nausée chronique, nationale, une infection qui perdure depuis ce jour où Curran a mis des mots sur notre putréfaction.

Creuser du fond ? Oui car il n’y a plus de surface. Tout est effondré. Si nous ne descendons pas dans la boue pour retrouver une pierre, une seule, où poser nos pas, nous continuerons à danser dans ce marécage avec des vautours déguisés en capitaines d’industrie.

Il est temps d’arracher le masque des « honorables ». Dire que la banque qui blanchit mérite le même enfer que le gang qui tue. Affirmer que l’homme d’affaires complice mérite la même geôle que le kidnappeur qu’il a financé. L’élite célébrée dans les cocktails n’est que l’autre face de la pègre qui règne dans les rues.

Curran avait raison. Mais son évangile n’a pas trouvé d’apôtres. Aujourd’hui, peut-être, il nous revient d’être les hérétiques qui crient, qui brûlent, qui refusent la complicité. Car à force de nausée, il faudra bien vomir ce monde pourri, ou mourir étouffés par sa puanteur.

J’aime Haïti de toutes mes forces, et je sais ce que je pourrais faire pour mon pays. Enfin !

Le spectacle au pays est d’une tristesse absolue. Arrestations d’hommes d’affaires voleurs, menteurs et souvent ce n’est que parce que « le blanc » a agi. L’éternel est grand : le blanc a parlé, le blanc agit et la justice nationale, comme par habitude, s’éveille tard.

On arrête l’ancien directeur de la TNH pour malversations ; on rappelle sa belle sortie sur une chaîne guyanaise. On a ri, puis on a oublié. Et pourtant il fut renouvelé au détriment des jeunes hommes et des jeunes femmes bien formés de l’administration publique. Il a dirigé la TNH, ma TNH, la Télévision nationale d’Haïti, pendant douze ans. Imaginez un instant ce que cette mandature rose a fait au pays par ses choix !

Au bord du gouffre, il est bon de garder toujours une pierre au fond de la main, assez lourde pour bâtir, assez vive pour briser les chaînes.

Anyway, Demain, qui semblait si proche, est plus loin que je pensais !

« Moun yo kase ponyèt nou, yo pran afè nou, yale ! » Azor!

Yves Lafortune
Fort Lauderdale, le 25 septembre 2025

L’élite la plus répugnante selon Brian Dean Curran : la nausée continue!

À Fritz Gérald Calixte, MPA, Av. !

Le 9 juillet 2003, l’ambassadeur Brian Dean Curran a craché la vérité au visage de l’élite haïtienne : la crise n’était pas seulement politique, ni seulement économique elle était morale. Dans un pays à genoux, il osa nommer l’innommable : The Most Repugnant Elite. Une élite qui dévore, qui pourrit, qui applaudit dès qu’un étranger la flagelle, comme si la gifle du maître valait bénédiction.

Que fit cette élite ? Elle se redressa dans ses fauteuils dorés, sourit, battit des mains. Le blanc avait parlé. Le sermon était prononcé. Amen. On n’avait rien compris. On n’avait rien appris.

Vingt-deux ans plus tard, le spectacle est encore plus obscène. Deux responsables des grandes banques sanctionnés. Des magnats des médias cités, indexés. Des hommes d’affaires, hier encensés, aujourd’hui confondus avec les mêmes bandits qu’ils ont financés, armés, nourris. Les parrains sont devenus les enfants de leurs propres monstres. Et le pays continue de se vautrer dans ce théâtre macabre où corrupteurs et criminels partagent la même loge VIP.

Disons-le : cette élite n’est pas seulement répugnante, elle est pestilentielle. Elle ne gouverne pas, elle contamine. Elle n’investit pas, elle vampirise. Elle n’élève pas, elle étrangle. Voilà pourquoi nous avons la nausée : pas la nausée passagère d’un lendemain de fête, mais une nausée chronique, nationale, une infection qui perdure depuis ce jour où Curran a mis des mots sur notre putréfaction.

Creuser du fond ? Oui car il n’y a plus de surface. Tout est effondré. Si nous ne descendons pas dans la boue pour retrouver une pierre, une seule, où poser nos pas, nous continuerons à danser dans ce marécage avec des vautours déguisés en capitaines d’industrie.

Il est temps d’arracher le masque des « honorables ». Dire que la banque qui blanchit mérite le même enfer que le gang qui tue. Affirmer que l’homme d’affaires complice mérite la même geôle que le kidnappeur qu’il a financé. L’élite célébrée dans les cocktails n’est que l’autre face de la pègre qui règne dans les rues.

Curran avait raison. Mais son évangile n’a pas trouvé d’apôtres. Aujourd’hui, peut-être, il nous revient d’être les hérétiques qui crient, qui brûlent, qui refusent la complicité. Car à force de nausée, il faudra bien vomir ce monde pourri, ou mourir étouffés par sa puanteur.

J’aime Haïti de toutes mes forces, et je sais ce que je pourrais faire pour mon pays. Enfin !

Le spectacle au pays est d’une tristesse absolue. Arrestations d’hommes d’affaires voleurs, menteurs et souvent ce n’est que parce que « le blanc » a agi. L’éternel est grand : le blanc a parlé, le blanc agit et la justice nationale, comme par habitude, s’éveille tard.

On arrête l’ancien directeur de la TNH pour malversations ; on rappelle sa belle sortie sur une chaîne guyanaise. On a ri, puis on a oublié. Et pourtant il fut renouvelé au détriment des jeunes hommes et des jeunes femmes bien formés de l’administration publique. Il a dirigé la TNH, ma TNH, la Télévision nationale d’Haïti, pendant douze ans. Imaginez un instant ce que cette mandature rose a fait au pays par ses choix !

Au bord du gouffre, il est bon de garder toujours une pierre au fond de la main, assez lourde pour bâtir, assez vive pour briser les chaînes.

Anyway, Demain, qui semblait si proche, est plus loin que je pensais !

« Moun yo kase ponyèt nou, yo pran afè nou, yale ! » Azor!

Yves Lafortune
Fort Lauderdale, le 25 septembre 2025

Haïti : des rues du centre-ville de Port-au-Prince revoient les visages des autorités

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Longtemps désertées en raison de l’insécurité, des zones emblématiques comme le Champ-de-Mars ont retrouvé, ce jeudi 25 septembre 2025, la présence des plus hautes autorités du pays. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accompagné du conseiller-président Leslie Voltaire, a foulé le centre-ville de la capitale pour constater l’avancée des opérations de reconquête menées par l’État contre les groupes armés.

Selon la Primature, cette visite s’inscrit dans le cadre d’une vaste offensive visant à restaurer l’ordre et à rendre aux citoyens leurs espaces publics. Depuis plusieurs semaines, la Police nationale d’Haïti (PNH), appuyée par diverses institutions étatiques, mène des actions coordonnées pour reprendre les quartiers longtemps occupés par les gangs. Plus de 2 500 m³ de déchets et 500 carcasses de véhicules ont déjà été retirés, tandis que des travaux de réhabilitation sont en cours afin de rendre les routes praticables et de remettre en état les infrastructures essentielles.

Au cœur du Champ-de-Mars, le Palais national illustre la fragilité de la situation. Symbole de l’État haïtien, cet édifice, où le Conseil Présidentiel devrait normalement siéger, demeure déserté depuis plus d’un an après avoir subi plusieurs attaques armées. Seule la vigilance des agents affectés à sa protection empêche encore qu’il ne tombe aux mains des malfrats. Tout autour, de nombreux bâtiments publics ou stratégiques partagent le même sort : l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, plus grand centre hospitalier du pays, le Pénitencier national, des marchés, des stations de transport, des entreprises privées et même des ministères restent abandonnés, victimes d’une insécurité persistante.

Déterminé à permettre un retour à la vie normale, le gouvernement affirme que la capitale ne sera pas abandonnée. « L’État est debout. Ensemble, nous reprendrons Port-au-Prince et rendrons à chaque citoyen le droit de vivre en paix et dans la dignité », a déclaré le Premier ministre, promettant que les opérations se poursuivront jusqu’à la restauration complète de la sécurité.

Cette présence au cœur de la ville, autrefois impraticable, envoie un signal fort à la population : malgré les menaces, l’État entend reprendre chaque rue, chaque place, et redonner au centre de Port-au-Prince son rôle de moteur de la vie nationale.

Est-ce une initiative qui permettra d’organiser des élections ? Les forces de l’ordre mettront-elles des stratégies pour la consolidation des espaces repris?

La rédaction