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Haiti: La Force de Repression des gangs remplace la MMAS: une étape décisive

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Par Gesly Sinvilier

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, mardi, la résolution 2793 (2025) qui marque un tournant dans la réponse internationale à la crise sécuritaire en Haïti. Ce texte, présenté par les États-Unis et le Panama, transforme la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en une Force de répression des gangs (FRG), dotée d’un mandat plus offensif.

Adoptée par 12 voix pour, aucune contre et 3 abstentions (Chine, Russie et Pakistan), la résolution prévoit un mandat initial de 12 mois et un effectif maximal autorisé de 5 550 personnes, dont 5 500 militaires et policiers et 50 civils.

La nouvelle force sera chargée de mener des opérations ciblées pour neutraliser les gangs, protéger les infrastructures stratégiques, soutenir la Police nationale haïtienne (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAd’H), garantir des conditions sécuritaires pour des élections libres et faciliter un accès humanitaire sans entrave. Un Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (UNSOH) viendra en renfort pour coordonner l’assistance internationale et appuyer le BINUH ainsi que les institutions haïtiennes.

Positions contrastées au sein du Conseil et au-delà

L’adoption du texte a suscité des réactions diverses parmi les membres du Conseil et les partenaires internationaux. Les États-Unis, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, ont salué « la fin de l’impunité pour ceux qui cherchent à déstabiliser Haïti ».

Washington a promis un déploiement rapide en coordination avec le Groupe Permanent des Partenaires, félicitant au passage le Kenya et les pays ayant participé à la MMAS. Pour les Américains, la FRG marque une étape décisive, car elle s’appuie sur une approche internationale partagée, soutenue par l’UNSOH, et dotée de ressources accrues pour jeter les bases d’une stabilité à long terme.

Le Panama, co-auteur de la résolution, a souligné que « le peuple haïtien ne pouvait plus attendre », insistant sur le caractère urgent de l’action internationale. Selon son représentant, la résolution vise à rétablir la sécurité, relancer l’économie et ouvrir la voie à des élections crédibles, un message de solidarité adressé directement à la population haïtienne.

À l’opposé, la Chine, qui s’est abstenue, a dénoncé une décision « précipitée » et « dangereuse », pointant les ambiguïtés du texte sur les règles d’engagement et le risque de « lutter contre la violence par la violence » sans s’attaquer aux causes profondes : la circulation d’armes, le vide institutionnel et les liens entre gangs et élites économiques.

Pékin a rappelé que les précédentes interventions de l’ONU en Haïti ont souvent laissé un ressentiment durable, mettant en garde contre la répétition d’un cycle d’échecs. La Russie, également abstentionniste, a tenu un discours similaire, parlant d’« aventure mal conçue » et appelant à une solution reposant avant tout sur le rétablissement de l’État haïtien, le retour à l’ordre constitutionnel et le développement socioéconomique.

Pour Moscou, la véritable réponse passe par les Haïtiens eux-mêmes et non par une dépendance accrue aux forces extérieures. Le Pakistan, enfin, a justifié son abstention par l’absence de garanties claires sur le financement et les règles d’engagement, estimant qu’il en allait directement de la vie des civils haïtiens. Islamabad a averti contre le risque de reproduire l’expérience de la MMAS, minée par des promesses financières non tenues.

Tournant décisif pour Haïti

Du côté des alliés, la résolution a reçu un soutien marqué. La France a recentré le débat en soulignant que « libérer Haïti des gangs est une demande directe du peuple haïtien ». Le Royaume-Uni a salué le texte comme un signal clair de l’engagement du Conseil.

La Slovénie a qualifié la FRG de « jalon important » pour rétablir la paix, tandis que la République de Corée a insisté sur le fait que cette mission reflétait les aspirations des Haïtiens et des partenaires régionaux. Le Guyana, au nom des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), a estimé que le texte, bien qu’imparfait, constitue une base constructive et a exhorté la communauté internationale à renforcer son soutien.

Enfin, la CARICOM, par la voix de la Barbade, a insisté sur la nécessité d’un financement « durable et prévisible », condition essentielle pour garantir l’efficacité de la FRG et ouvrir la voie à une reconstruction politique et économique.

Dans son intervention, le représentant d’Haïti a qualifié l’adoption de la résolution de « tournant décisif » dans la lutte contre les gangs. Il a affirmé que la FRG permettra de « neutraliser les organisations criminelles, sécuriser les infrastructures vitales et rétablir l’autorité de l’État sur tout le territoire ». Remerciant les États membres déjà engagés à fournir troupes et ressources, il a souligné que ce vote « donne de l’espoir non seulement aux Haïtiens du pays mais aussi à ceux de la diaspora qui rêvent de rentrer une fois la sécurité rétablie ».

Une étape cruciale mais semée d’incertitudes

Si la résolution 2793 (2025) a été présentée comme une avancée majeure, elle révèle aussi les fractures au sein du Conseil de sécurité sur la manière d’aborder la crise haïtienne. D’un côté, Washington et ses alliés mettent en avant la nécessité d’une action militaire robuste et coordonnée ; de l’autre, Pékin, Moscou et Islamabad insistent sur les risques d’une solution imposée de l’extérieur, sans financement clair ni stratégie politique durable.

Entre espoirs et scepticismes, une certitude demeure : pour un peuple épuisé par la violence et l’instabilité, le succès ou l’échec de cette nouvelle mission pèsera lourdement sur l’avenir d’Haïti.

Yanick Lahens sélectionnée pour le Grand Prix du Roman 2025; un bel éclat dans la nuit lourde!

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Il arrive que, dans le vacarme des épreuves et le poids des jours, une nouvelle inattendue surgisse comme une braise vive. La sélection de Yanick Lahens pour le Grand Prix du Roman 2025, avec Passagères de nuit, en plus de sa nomination au Prix Goncourt, en est une.

Ce n’est pas seulement une reconnaissance littéraire : c’est une brèche ouverte dans la grisaille, un souffle qui traverse nos fatigues collectives. La littérature, avec sa puissance d’évocation, nous restitue un territoire de clarté où l’imaginaire sert de refuge et de tremplin. Dans un pays traversé par la tourmente, chaque geste de lumière, aussi ténu soit-il, devient signe de résistance et de fierté.

Et moi, citoyen haïtien et ancien étudiant de Madame Lahens à l’Ecole Normale Supérieure, je suis tellement fier et je dis : merci Yanick, merci pour Haïti.

Cette distinction n’appartient pas qu’à Yanick Lahens, elle rejaillit sur une communauté entière, sur une mémoire dispersée mais toujours vibrante. Elle nous rappelle que, même exilées ou entravées, nos voix persistent à franchir les frontières, à s’ériger contre l’effacement. Dans l’ombre des temps, Passagères de nuit devient étendard d’espérance.

Yves Lafortune,
Brickell City, le 2 Octobre 2025

Haïti: Vers la décentralisation du service de casier judiciaire, des agents de la SDPJ ont été formés

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PORT-AU-PRINCE.— La Police nationale d’Haïti (PNH) a clôturé ce mercredi un séminaire de deux jours organisé au profit de dix agents du service départemental de la police judiciaire (SDPJ). Cette initiative s’inscrit dans le cadre du processus de décentralisation du service de casier judiciaire, jusqu’ici concentré exclusivement à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) à Port-au-Prince.

La cérémonie de clôture, tenue en présence de cadres policiers et d’agents bénéficiaires, a été marquée par des propos officiels du responsable de la DCPJ Marc Justin et du commandant en chef de la PNH André Jonas Vladimir Paraison.

Le responsable de la DCPJ, a salué les efforts déployés pour rapprocher ce service essentiel de la population. Il a rappelé que la centralisation du casier judiciaire à la DCPJ représentait une contrainte majeure pour les citoyens vivant en dehors de la capitale, et que la décentralisation contribuera à améliorer l’accessibilité et l’efficacité administrative.

De son côté, le Directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, a souligné l’importance stratégique de cette réforme. Selon lui, l’extension du service de casier judiciaire vers d’autres structures décentralisées de la DCPJ s’inscrit dans la vision d’une police plus proche de la population et davantage axée sur la modernisation de ses services. «Cette démarche participe au renforcement institutionnel de la PNH et à la lutte contre l’impunité», a-t-il déclaré, en mettant en avant la nécessité d’une police transparente et efficace.

Les dix agents formés au cours de ce séminaire sont désormais appelés à jouer un rôle clé dans la mise en œuvre de cette décentralisation. Ils devront assurer la gestion locale du service dans différents départements du pays, en veillant à la fiabilité et à la célérité du traitement des demandes de casier judiciaire.

Cette réforme est bien accueillie par plusieurs observateurs. Pour le directeur exécutif de la LHDDH, Jemps Méralus c’est une étape importante dans la volonté du nouveau DG de la PNH de désengorger les services centraux, tout en renforçant l’autorité de la PNH à travers le territoire.

Jean Mapou

Haïti–Rentrée scolaire 2025: entre aggravation du choc sécuritaire et réponses insuffisantes de l’État

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Cet article s’appuie sur des rapports d’organisations internationales (UNICEF, Education Cluster, IOM), des données publiques (Banque mondiale, UNESCO), des communiqués officiels du Ministère de l’Éducation nationale (MENFP) et des témoignages recueillis à Port-au-Prince, Carrefour et dans l’Artibonite.

PORT-AU-PRINCE. — À l’approche de la rentrée académique 2025-2026, l’éducation en Haïti reflète une crise nationale multiforme: violences armées persistantes, déplacements massifs de population, effondrement des services publics et pauvreté galopante. Entre annonces officielles et réalités du terrain, le décalage se creuse, compromettant l’accès à l’école pour des centaines de milliers d’enfants.

En effet, les chiffres disponibles dressent un constat alarmant. Selon l’UNICEF, 284 écoles ont été détruites en 2024 à la suite d’attaques ou d’incendies. Mais la dégradation la plus frappante réside dans le nombre d’écoles fermées: de quelques centaines en 2023, elles sont passées à 959 établissements fermés début 2025, puis à plus de 1 600 au milieu de l’année, selon les mises à jour de l’Education Cluster.

Chaque fermeture prive des dizaines, parfois des centaines d’élèves de leur droit à l’éducation. Les déplacements internes, signalés par l’OIM, accentuent la pression sur les rares écoles encore ouvertes, surtout dans les zones rurales.

Une rentrée scolaire presqu’inabordable pour de nombreux parents

Les ménages haïtiens font face à une double peine: flambée des prix et absence de soutien suffisant de l’État. Le coût d’un kit scolaire de base (sac, cahiers, uniforme, chaussures) a fortement augmenté par rapport aux années précédentes.

«Je n’ai pas les 20 000 gourdes pour la rentrée. Les ONG donnent parfois des cahiers, mais ce n’est pas suffisant», confie, madame Mirat, une mère rencontrée à Carrefour.

Cette pression financière entraîne déjà des abandons scolaires et met en danger la scolarité d’une génération entière. Les ONG alertent sur un risque massif de décrochage en 2025. Et d’ailleurs le ministre de l’Éducation nationale, Antoine Augustin avait récemment évoqué l’effondrement de l’école en Haïti.

Des écoles transformées en abris, difficile retour à la normale

Depuis 2023, de nombreuses écoles servent de refuge pour les déplacés internes. Dans l’Ouest et l’Artibonite, plusieurs établissements nécessitent encore un nettoyage, une réhabilitation et une sécurisation avant de rouvrir.

«Nous avons nettoyé trois salles qui servaient d’abri; les tables sont cassées et il n’y a plus de latrines propres. Comment accueillir 120 élèves dans ces conditions? », témoigne un directeur d’école publique au centre-ville de Port-au-Prince, sous couvert d’anonymat.

Des mesures insuffisantes du gouvernement, et un impact limité

Le MENFP a annoncé en septembre un ensemble de mesures: distribution de kits scolaires, relance des cantines, promotion automatique au premier cycle fondamental, réhabilitation d’écoles.

Si ces annonces rappellent celles des rentrées passées, leur mise en œuvre reste incertaine. Plusieurs personnes interrogées affirment n’avoir reçu aucune aide tangible à la veille de la rentrée.

Le coordinateur de PROCADEM, une ONG évoluant à Delmas, estime: «les mesures ministérielles sont un bon signal, mais tant que la sécurité n’est pas garantie et que la distribution reste centralisée, beaucoup d’écoles n’en verront pas la couleur».

Une véritable épreuve pour l’État haïtien

La rentrée scolaire 2025 dépasse la simple dimension logistique. Elle devient un baromètre de la capacité du pays à garantir un droit fondamental en temps de crise.

Les données comparatives avec les années précédentes montrent une dégradation continue; davantage d’écoles fermées, plus d’enfants déplacés, un soutien public et international affaibli. Les mesures gouvernementales, bien que nécessaires, apparaissent insuffisantes sans un renforcement de la sécurité, une décentralisation effective de l’aide et un appui psychosocial massif. À défaut, pour des dizaines de milliers d’élèves, cette rentrée pourrait être le signe d’un espoir manqué, et d’un avenir encore plus compromis.

Jean Mapou

Coup d’œil sur la Résolution transformant la MMSS en une force internationale de répression des gangs en Haïti

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NEW-YORK.— Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté ce mardi une résolution majeure visant à transformer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en une Force de répression des gangs (FRG) en Haïti, avec un mandat initial d’une durée de douze mois. Que dit cette nouvelle résolution? Saura-t-elle lutter contre les gangs?

En effet, le texte, élaboré par les États-Unis et le Panama, vise à répondre à l’aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire dans le pays. Il autorise les États Membres à procéder à la transition de la MMAS à la Force de répression des gangs, en étroite coopération et coordination avec le Gouvernement d’Haïti.

L’objectif affiché est de permettre à la FRG de mener «des opérations antigang ciblées et fondées sur le renseignement afin de neutraliser, d’isoler et de dissuader les gangs qui continuent de menacer la population civile, de porter atteinte aux droits humains et d’affaiblir les institutions haïtiennes», évoque le texte de la résolution.

Le Conseil souligne que ces opérations devront se dérouler «dans le strict respect du droit international, y compris le droit international des droits humains, et dans le plein respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’indépendance politique et de l’unité d’Haïti».

Protection des civils et des groupes vulnérables, une mission renforcée

La protection des civils, et particulièrement des enfants, constitue un volet central de la résolution. Le texte indique que la FRG doit «prendre pleinement en compte, dans tous les aspects de son mandat… la question transversale que constitue la protection de l’enfance et des autres groupes vulnérables».

Le Conseil exprime une inquiétude particulière face à l’implication d’enfants dans les activités criminelles: «les gangs comptent parmi leurs membres une proportion importante d’enfants, conséquence d’efforts systématiques de recrutement reposant notamment sur la coercition et la force», soutient le document.

La résolution prévoit un soutien à la Police nationale d’Haïti (PNH), aux Forces armées d’Haïti et aux institutions nationales pour assurer «des conditions de sécurité propices à la tenue d’élections libres et équitables» et garantir un accès sécurisé à l’aide humanitaire.

Soutien logistique et coordination internationale

Pour appuyer la FRG, le Conseil de sécurité demande la création du Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH), chargé de fournir un soutien logistique et opérationnel complet. Selon le texte, ce bureau devra assurer «la fourniture de rations, de carburant et d’eau, l’hébergement et toutes les infrastructures nécessaires, y compris la base principale de la FRG et toutes les bases avancées, le soutien médical, la mobilité du personnel et de l’équipement, y compris le transport terrestre, l’aviation et la relève des contingents».

Le document souligne également la coopération avec l’Organisation des États américains (OEA): «un soutien technique à l’OEA sera donc fourni pour lui permettre d’avoir un ensemble de mesures d’appui ciblé à la PNH lors d’opérations conjointes avec la FRG».

Encadrement des opérations et responsabilité

Le Conseil insiste sur la responsabilité et la transparence des États membres participant à la FRG. «Les États Membres doivent appliquer les normes les plus élevées de transparence, de déontologie et de discipline à leurs contingents affectés à la FRG», prévoit la résolution, accentuant sur la mise en place d’un mécanisme de contrôle visant à prévenir les violations des droits humains et les atteintes à ces droits, en particulier l’exploitation et les atteintes sexuelles.

En outre, la résolution rappelle que toutes les mesures prises doivent respecter la souveraineté d’Haïti et le droit international. «La FRG peut adopter des mesures temporaires d’urgence de portée limitée, assorties de délais, proportionnelles et compatibles avec les objectifs» a énoncé le paragraphe 1 afin de soutenir la PNH dans le maintien de l’ordre public.

Le mécanisme de suivi et d’évaluation

La résolution prévoit un suivi rigoureux des opérations et des progrès réalisés. Le Représentant spécial de la FRG devra définir «une stratégie et des paramètres permettant de mesurer le succès de la mission, ainsi que des objectifs concrets assortis d’échéances et de critères de référence».

De plus, le Conseil demande au Secrétaire général de lui rendre compte régulièrement de l’application de la résolution et de l’efficacité du fonds d’affectation spéciale des Nations Unies destiné à financer la FRG.

Une réponse à la crise multiforme

Cette résolution s’inscrit dans le contexte d’une situation sécuritaire et humanitaire en Haïti jugée menaçante pour la paix et la sécurité internationales et la stabilité dans la région. «La violence des gangs, les activités criminelles, les déplacements massifs de civils, les violations des droits humains et les atteintes à ces droits, le recrutement et l’utilisation d’enfants, la violence sexuelle, la crise humanitaire et la crise alimentaire et nutritionnelle aiguë, a souligné le Conseil de sécurité notant la gravité de la situation.

En adoptant ce texte, le Conseil affirme sa volonté d’accompagner Haïti dans la lutte contre les gangs et de soutenir ses institutions de sécurité, tout en respectant la souveraineté nationale et les droits humains. Comme le souligne la résolution, le Conseil «décide de rester saisi de la question», témoignant de son engagement à suivre de près l’évolution de la situation dans le pays.

Mais cette résolution n’est pas une grande première dans le cadre de s agissements de la communauté internationale dans la crise haïtienne. Elle ne sera pas certainement la dernière, cependant le pays est arrivé à un tournant où les haïtiens devraient pouvoir identifier ses vrais amis et choisir entre la coopération et la manipulation de la communauté internationale.

Jean Mapou

Loi de finances 2025-2026 : Entre discours gouvernemental et réalités du pays

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 30 septembre 2025. — Réuni ce mardi 30 septembre 2025, à la Primature, le Conseil de Gouvernement, présidé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, a examiné le projet de loi de finances pour l’exercice 2025-2026. Le communiqué officiel insiste sur le respect des « Priorités Nationales », de la « Bonne Gouvernance » et des « Engagements de l’État en matière de développement durable et de justice sociale ».

Derrière ce langage institutionnel, se pose toutefois la question de la crédibilité budgétaire dans un contexte de crise multiforme. Depuis plusieurs années, Haïti fait face à une contraction économique, à une inflation persistante dépassant régulièrement les 40 %. Selon la BRH, l’inflation a atteint un record de 49,30 % en janvier 2023; en octobre 2022 avec 47,2 %, et atteint les 31,1 % en août 2025 ), et à une érosion des recettes fiscales, largement fragilisées par l’insécurité, la paralysie de secteurs productifs et l’économie informelle.

Les promesses réitérées de « justice sociale » contrastent avec la réalité quotidienne :

  1. des écoles publiques démunies incapables d’assurer une rentrée scolaire décente,
  2. un secteur de santé au bord de l’effondrement,
  3. des collectivités locales sans moyens,
  4. et une population appauvrie par la flambée des prix.

La loi de finances, censée traduire en chiffres les priorités de l’État, est trop souvent perçue comme un exercice technique déconnecté des urgences sociales, de la réalité populaire. Plusieurs observateurs soulignent par ailleurs le retard dans la préparation budgétaire, l’absence de consultation citoyenne et la dépendance quasi chronique vis-à-vis des appuis extérieurs.

Alors que le gouvernement parle de développement durable, la réalité reste dominée par une économie de survie, où les investissements publics demeurent rares et où la majorité des dépenses sert à couvrir les frais de fonctionnement d’un État lourdement centralisé.

Le projet de loi de finances 2025 – 2026 sera prochainement soumis aux instances compétentes pour adoption. Mais pour de nombreux citoyens, le véritable enjeu n’est pas la forme du budget, mais sa capacité à répondre concrètement aux urgences : sécurité, éducation, emploi et services sociaux de base.

En somme, ce Conseil de Gouvernement met en lumière l’écart persistant entre le discours officiel, chargé de termes comme « priorités nationales » ou « justice sociale », et une réalité nationale marquée par la précarité et la désillusion.

Les rapports de l’ULCC mis en cause, après leur publication: Hans Ludwig Joseph, maître chanteur ?

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Par Jean Wesley Pierre

Les rapports de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), publiés le 26 septembre, sonnent comme une détonation dans un pays déjà ébranlé par l’effondrement économique, l’insécurité et la désagrégation des institutions.

Sur le plan juridique, chaque dossier pourrait déboucher sur des poursuites pour détournement de biens publics (article 5.4), abus de fonction (article 5.1) ou faux en écritures publiques (article 107 du Code pénal), infractions passibles de peines de prison et de lourdes amendes.

Cependant la publication de ces rapports, avant toute action judiciaire, alimente un débat public. Des personnalités comme Henry Beaucejour y voient une atteinte à la présomption d’innocence, un risque de politisation et une manière de détourner l’attention du combat judiciaire vers le scandale médiatique.

Pour l’ancien candidat à la présidence, maître Samuel Madistin, l’ULCC ne lutte pas réellement contre la corruption et devrait être fermée pour être réorganisée. Il qualifie l’institution de « marionnette du pouvoir ».

L’ancien candidat à la présidence, maître Samuel Madistin reproche à l’ULCC d’avoir produit un rapport favorable à l’ancien sénateur Rony Célestin, permettant à ce dernier de se défendre au Canada dans le cadre de l’acquisition d’une villa de 4,25 millions de dollars, malgré des soupçons d’enrichissement illicite.

Pour Me Madistin, les agissements de l’ULCC est perçu comme étant de l’exagération et abus de pouvoir, puisque ladite institution, de son organigramme, est en réalité responsable des poursuites d’enquêtes de corruption, de surcroît, après avoir terminé le rapport administratif, il doit obligatoirement être acheminer au parquet pour les suites judiciaires.

L’(ULCC) unité de lutte contre la corruption, en rendant ses enquêtes publiques, tente d’exercer une pression populaire sur des institutions judiciaires réputées inertes. Mais elle s’expose en retour à des accusations d’instrumentalisation politique, d’autant que certains acteurs dont l’ancien Premier ministre Jean Henry Céant, accusé lui aussi de détournement, dans une lettre ouverte, laisse paraître que le directeur de l’ULCC se livre à des pratiques de chantage, de favoritisme. L’ancien premier ministre décrit le directeur général de l’ULCC, Hans Ludwig Joseph comme un « maître chanteur ».

Opinion partagée par Me Guerby Blaise met en doute la légitimité des rapports l’ULCC, suite aux accusations de Jean Henry Céant. Le Docteur en Droit pénal et Politique criminelle a certainement ses arguments.

En Haïti, rares sont les enquêtes de l’ULCC qui se traduisent par des condamnations. Lenteurs judiciaires et pressions politiques qui transforment souvent les rapports en armes de règlement de comptes plutôt qu’en outils de justice.

Le travail de l’institution constitue une part de vérité. S’il reste lettre morte, il confirmera que l’État haïtien fonctionne comme une oligarchie où les certaines personnes pillent sans crainte. S’il débouche sur des poursuites effectives, il ouvrira une brèche dans le mur de l’impunité et redonnera un minimum de crédibilité à la justice.

Haïti: L’Exécutif salue la transformation, par l’ONU, de la MMSS en une force internationale de répression des gangs

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PORT-AU-PRINCE.— Le gouvernement haïtien a exprimé sa satisfaction à la suite de l’adoption, ce mardi, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, d’une résolution approuvant la transformation de la Mission multinationale de soutien à la Sécurité (MMSS) en une force internationale renforcée. Cette nouvelle mission, qui pourrait mobiliser jusqu’à 5 500 policiers et militaires, a pour objectif prioritaire de lutter contre les gangs armés et de rétablir la sécurité publique en Haïti.

Dans une déclaration officielle, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a qualifié cette décision d’avancée majeure dans le partenariat entre Haïti et la communauté internationale. Il a souligné qu’elle constitue une preuve de solidarité constante des partenaires envers le peuple haïtien, confronté depuis plusieurs années à une insécurité généralisée qui fragilise les institutions, paralyse l’économie et exacerbe la crise humanitaire.

Des propos de reconnaissance articulés et ciblés

Le communiqué officiel du gouvernement a adressé des remerciements particuliers à plusieurs acteurs ayant joué un rôle décisif dans l’adoption de cette résolution. Les États-Unis sont cités pour leur rôle moteur dans la conception de l’initiative, tandis que le Panama est salué pour sa coopération active. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres ainsi que l’ensemble des membres du Conseil de sécurité ont également été remerciés pour leur appui constant.

Le gouvernement haïtien a par ailleurs exprimé sa reconnaissance envers le Kenya, la Communauté des Caraïbes (CARICOM), l’Organisation des États américains (OEA), ainsi que le Standing Group (composé du Salvador, du Guatemala, du Panama, de la Jamaïque et des Bahamas) pour leur engagement. Le communiqué note aussi l’importance de l’abstention de la Russie et de la Chine, qui a permis l’adoption du texte sans veto.

Cette nouvelle mission internationale sera dotée d’un bureau de soutien

La nouvelle force internationale ne sera pas déployée seule. Elle sera accompagnée d’un Bureau de soutien de l’ONU chargé de garantir la coordination, la logistique et l’efficacité des opérations sur le terrain. Selon les autorités haïtiennes, cette configuration constitue un levier stratégique indispensable pour contenir la violence des gangs, sécuriser les zones urbaines et protéger la population civile.

Si le gouvernement haïtien a réaffirmé sa volonté de coopérer pleinement avec cette mission, il a tenu à préciser que ce partenariat doit se faire dans le respect de la souveraineté nationale. «L’objectif ultime reste la restauration de la confiance dans les institutions de l’État et la construction d’un avenir plus stable et prospère pour le pays», a insisté le Premier ministre.

Une étape décisive, mais les défis restent de taille

L’adoption de cette nouvelle mission est perçue comme une étape décisive dans les efforts de stabilisation d’Haïti. Toutefois, les observateurs soulignent que son efficacité dépendra de plusieurs facteurs: la rapidité du déploiement, la capacité de coordination avec la Police nationale d’Haïti (PNH), ainsi que l’accompagnement d’un plan global de renforcement institutionnel et de développement socio-économique.

Dans un contexte où les gangs armés contrôlent encore une grande partie de la capitale et de plusieurs axes stratégiques, la réussite de cette mission internationale reste un enjeu vital pour la survie de l’État haïtien et la sécurité de sa population.

Jean Mapou

Fusillade au Champs-de-Mars: plusieurs blessés signalés parmi les civils non armés

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PORT-AU-PRINCE.— Une fusillade a éclaté ce mardi à proximité de la base de l’Unité Départementale de Maintien de l’Ordre (UDMO), au Champs-de-Mars, cœur de la capitale. Selon plusieurs témoins, des individus lourdement armés, présentés comme affiliés à la coalition criminelle Viv Ansanm, ont ouvert le feu en direction d’une patrouille policière circulant sur la rue Capois.

La scène, particulièrement violente, a plongé la zone dans un climat de panique. Des dizaines de passants, surpris par les rafales, ont tenté de se mettre à l’abri dans les commerces et édifices avoisinants.

Encore des victimes parmi les civils innocents

Parmi les blessés figurent deux femmes: une marchande de jus et une citoyenne muette, toutes deux atteintes de plusieurs projectiles. Elles ont été rapidement transportées vers un centre hospitalier de la capitale pour recevoir des soins d’urgence. Leur état de santé n’était pas encore communiqué en fin de journée.

D’autres personnes auraient également été touchées ou victimes de traumatisme lors de la débandade provoquée par l’attaque, selon les premiers témoignages recueillis sur place.

Le centre-ville n’est définitivement pas sûr

L’incident survient dans un contexte marqué par une recrudescence des violences armées dans la capitale et ses environs. Les affrontements entre forces de l’ordre et groupes criminels se multiplient depuis plusieurs mois, notamment dans les zones stratégiques de Port-au-Prince.

Le Champs-de-Mars, espace public autrefois hautement symbolique, est régulièrement le théâtre de tensions entre la police et des groupes armés qui tentent d’affirmer leur présence à proximité des institutions publiques.

Au moment de la rédaction de cet article, aucune communication officielle de la Police nationale d’Haïti (PNH) n’avait encore été diffusée concernant le bilan précis de cette fusillade ni sur les mesures envisagées pour sécuriser le périmètre.

L’événement relance les inquiétudes des riverains et des commerçants de la zone, confrontés à une insécurité croissante qui perturbe leur quotidien.

Jean Mapou

Enquête contre l’ancien directeur du FNE Jean Ronald JOSEPH : Entre accusations de corruption et luttes politiques

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Une enquête ouverte par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) visant Jean Ronald Joseph, ancien Directeur du Fonds National pour l’Éducation (FNE), suscite de vives polémiques au sein de la classe politique haïtienne.

Selon plusieurs sources, cette procédure aurait été initiée sous l’impulsion du Ministre de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, Monsieur Nesmy Manigat, qui reprocherait à l’ex DG considéré comme étant un proche de l’ancien Premier Ministre Ariel Henry de lui avoir fait de l’ombre dans la gestion des affaires éducatives.

En effet, ce qui devrait relever d’une enquête administrative normale est perçu par l’opinion publique comme un affrontement politique. Dans la foulée, Hans Ludwig Joseph, Directeur de l’ULCC, est accusé d’instrumentaliser l’affaire à cause de ses ambitions personnelles. L’homme, qui serait déjà en quête d’une candidature présidentielle dans le camp des jovenélistes, verrait en Jean Ronald Joseph un concurrent direct à neutraliser.

L’affaire prend une tournure plus complexe encore avec les alliances politiques qui se dessinent en arrière-plan. Le titulaire de l`ULCC se serait rapproché des personnalités telles que : Sterline Civil qui avait brigué le poste pendant sept mois après la fin du mandat de M. Joseph, Guichard Doré et Eddy Désir, tous reconnus comme des adversaires déclarés de l’ancien Premier Ministre Ariel Henry.

Selon certaines sources, cette alliance poursuivrait deux objectifs : D’une part, produire coûte que coûte un rapport défavorable contre M. Jean Ronald Joseph, perçu comme un protégé d’Ariel Henry ; et d’autre part, l’écarter de la scène politique avant les prochaines élections.

C’est dans ce contexte que plusieurs documents internes relatifs à l’enquête ont fuité dans les médias. Parmi eux figurent notamment le certificat médical fourni par M. Jean Ronald Joseph pour cause de santé dans le cadre de sa demande d’audition ainsi que des informations sensibles concernant des montants alloués à certains projets de linstitution quil dirigeait. Lesquelles divulgations renforcent la thèse selon laquelle l’affaire dépasserait le seul cadre d’une enquête administrative pour s’inscrire dans une stratégie de déstabilisation politique.

À la croisée de l’administratif et du politique, ce dossier met en lumière les fragilités institutionnelles du pays et la difficulté à distinguer la lutte contre la corruption des rivalités de pouvoir. Reste à savoir si l’enquête de l’ULCC aboutira à des conclusions solides et crédibles ou si elle s’enlisera dans des accusations croisées.

Par : Jérôme François
Mardi 30 Septembre 2025