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Hamas prêt à libérer les otages israéliens sous conditions liées au plan de paix de Trump

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Dans un communiqué publié vendredi 3 octobre 2025, le Hamas a annoncé être disposé à libérer l’ensemble des otages israéliens, vivants comme morts, afin de mettre un terme à la guerre à Gaza. Mais le mouvement islamiste conditionne ce geste à un retrait total des forces israéliennes de l’enclave et à la mise en place d’un accord global de paix basé sur la proposition de l’ancien président américain Donald Trump.

Le Hamas affirme sa volonté « d’entamer immédiatement des négociations par l’intermédiaire de médiateurs » pour discuter des modalités de l’accord. Le groupe armé s’est également dit prêt à confier l’administration de Gaza à une autorité indépendante de technocrates palestiniens, sur la base d’un consensus national et avec l’appui du monde arabe et islamique.

Un plan de paix controversé

L’initiative de Donald Trump, reprise dans ce contexte, prévoit la fin des hostilités, la libération des prisonniers palestiniens, l’augmentation de l’aide humanitaire à Gaza et le rejet du déplacement forcé des Palestiniens. Elle inclut aussi l’exigence israélienne du désarmement du Hamas, un point crucial que la déclaration du mouvement n’a pas abordé.

« Sur la base de la déclaration que vient de publier le Hamas, je crois qu’ils sont prêts pour une paix durable », a réagi Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. L’ex-président a qualifié ce vendredi de « journée très spéciale, peut-être sans précédent », en remerciant des pays médiateurs comme le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie pour leur rôle dans le processus.

Israël reste prudent

De son côté, l’armée israélienne a affirmé que la libération des otages n’interviendrait que lorsque « les conditions sur le terrain seront réunies », c’est-à-dire après un retrait partiel de ses forces aux lignes prévues dans le plan de paix. Israël poursuit actuellement son offensive dans la bande de Gaza, en s’approchant notamment de la ville de Gaza.

Vendredi, on estimait à 48 le nombre d’otages encore détenus dans l’enclave, dont une vingtaine seraient vivants. Parmi eux figurent deux Américains : Itay Chen, 19 ans, et Omer Neutra, 21 ans.

Deux ans après l’attaque du Hamas

Cette annonce survient à l’approche du deuxième anniversaire de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cours de laquelle environ 1 200 Israéliens, civils et militaires, avaient été tués et plus de 250 pris en otages. Depuis, deux cessez-le-feu temporaires ont permis des échanges de prisonniers et de captifs, mais les combats n’ont jamais cessé.

Alors que le conflit entre dans sa troisième année, l’éventualité d’un accord global suscite à la fois espoirs et scepticisme. Le Hamas assure vouloir « contribuer de manière responsable » à un cadre national palestinien unifié, tandis que Donald Trump promet que « tout le monde sera traité équitablement ».

La rédaction
Avec Presse internationale

Haïti-OPH: Un projet de décret pour sortir des oubliettes par la modernisation des services postaux

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PORT-AU-PRINCE.— L’Office des Postes d’Haïti (OPH) s’apprête à engager une profonde réforme de son fonctionnement. Une enquête de Ayibo Post a révélé l’existence d’un projet de décret, récemment soumis par la direction de l’institution, qui vise à réorganiser ses structures et à l’adapter aux transformations rapides lbouleversant le secteur postal à l’échelle mondiale.

Fragilisé par la montée en puissance des services privés de messagerie, l’essor du commerce en ligne et la domination des technologies numériques, l’OPH voit son rôle traditionnel remis en question. Ce projet de décret se veut une réponse stratégique à ces bouleversements. Il propose une refonte organisationnelle destinée à renforcer les moyens de l’institution et à la rendre plus compétitive dans un marché de plus en plus ouvert.

Nouvelles attributions et ouverture aux partenariats

Le texte prévoit notamment une redéfinition des compétences au sein de l’OPH. La direction commerciale et celle des opérations postales se verront confier la mission de développer et gérer les normes de l’International Postal System (IPS.POST), afin d’assurer l’interopérabilité avec les réseaux étrangers.

En outre, l’OPH sera chargé de promouvoir le service de transfert d’argent via le système financier international (IFS) et d’assurer la gestion du programme de franchise. Le projet encourage également la diversification de l’offre de services postaux et l’établissement de partenariats stratégiques avec d’autres opérateurs du marché.

Maintien du service universel et des monopoles régaliens

Tout en s’ouvrant à de nouvelles activités, l’OPH conserve sa mission fondamentale: celle de garantir un service postal universel, conformément aux principes de l’Union postale universelle (UPU). Cette mission est considérée comme essentielle à la cohésion sociale et territoriale.

Le projet de décret maintient par ailleurs certains monopoles « régaliens » au profit de l’Office, tels que l’émission des timbres et l’acheminement du courrier entre institutions étatiques. Ces privilèges, souligne le document, justifient le rôle central que l’État continue d’attribuer à l’OPH dans un secteur en pleine libéralisation.

Une réforme stratégique

Avec ce projet, l’Office des Postes d’Haïti cherche à concilier deux impératifs: assurer la continuité d’un service public universel et relever le défi de la compétitivité dans un environnement dominé par l’innovation.

Cette réorganisation, présentée comme une étape décisive, apparaît cruciale pour renforcer la résilience de l’OPH et lui permettre de se repositionner durablement dans l’économie numérique et logistique contemporaine.

Jean Mapou

Haïti élue au Comité exécutif de l’Organisation panaméricaine de la santé

PORT-AU-PRINCE.— Haïti a franchi une nouvelle étape diplomatique et institutionnelle en matière de santé publique. À l’occasion du 62ᵉ Conseil directeur de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le pays a été élu membre du Comité exécutif de l’institution, un organe stratégique composé de neuf États membres élus pour un mandat de trois ans.

Cette élection place Haïti aux côtés de huit autres pays de la région, avec la mission d’orienter les grandes décisions de l’OPS, bras régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Comité exécutif joue un rôle essentiel en approuvant les ordres du jour des réunions, en examinant et en recommandant les programmes et budgets, et en conseillant la Conférence et le Conseil sur les questions relatives aux politiques sanitaires.

Une motivation internationale pour le renforcement du pays

Il s’agit d’une reconnaissance importante pour Haïti, déjà élue, il y a quelques mois au Conseil exécutif de l’OMS à Genève, où le pays est représenté par le Dr Bertrand Sinal. Ce double positionnement au niveau mondial et régional confère au pays une voix renforcée dans l’élaboration et la gouvernance des politiques de santé internationales.

Selon les statuts, le Comité exécutif de l’OPS agit comme un groupe de travail de la Conférence ou du Conseil, et se réunit deux fois par an. Il dispose également d’un sous-comité permanent chargé des questions de programme, de budget et d’administration. Ses fonctions incluent notamment d’autoriser le Directeur du Bureau à convoquer les réunions du Conseil, approuver l’ordre du jour provisoire des réunions, et examiner le programme et le budget proposés, avec recommandations.

Vers un rôle accru en matière de santé mondiale

Outre cette élection, Haïti a également été proposé au comité permanent de la prévention, de la préparation et de l’intervention en cas d’urgence sanitaire de l’OMS, une instance spécialisée créée pour renforcer la réponse internationale aux crises sanitaires.

Cette présence accrue au sein des instances décisionnelles de l’OPS et de l’OMS offre à Haïti une opportunité unique de défendre ses priorités nationales en matière de santé publique, notamment la résilience des systèmes de soins, la préparation aux épidémies et l’amélioration de l’accès aux services de base, tout en participant activement aux grandes orientations de la coopération internationale en santé.

Un enjeu de gouvernance sanitaire

Pour les autorités haïtiennes, cette élection revêt une dimension stratégique. Elle intervient dans un contexte de fragilité des infrastructures sanitaires du pays, marqué par la récurrence des crises épidémiologiques et humanitaires.

La représentation d’Haïti dans ces instances pourrait faciliter l’accès à un soutien technique et financier renforcé, tout en consolidant le poids diplomatique du pays sur la scène internationale. Cette élection, plaçant Haïti au premier plan des réflexions en matière de santé publique au niveau mondial est un signal fort d’un regain d’espoir pour un peuple qui se consume à petit feu.

Jean Mapou

Quand les Dominicains se tournèrent vers Haïti : Boyer et l’unification de l’île

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Les historiens s’accordent à reconnaître que l’Espagne, par le traité de Bâle du 22 juillet 1795, céda à la France la partie orientale de l’île de Saint-Domingue. Dès lors, l’ensemble de l’ancienne Ayiti passa sous domination française. Lorsque les esclaves insurgés remportèrent la victoire sur les colons, l’indépendance proclamée préliminairement à Fort-Liberté le 19 novembre 1803 et solennellement aux Gonaïvesle le 1er janvier 1804 concerna l’île entière, occupée à l’ouest par les Haïtiens et à l’est par les anciens colons espagnols, devenus dominicains.

Les documents officiels de l’époque n’établissaient d’ailleurs aucune distinction entre les deux parties de l’île (française et espagnole depuis le traité de Ryswick du 20 septembre 1697). Au 1er janvier 1804, l’île paraissait donc totalement haïtienne. Au moment de la capitulation du Cap en 1803, Rochambeau avait pensé passer à l’est pour continuer la lutte. Ce projet ne put être réalisé par suite du siège du Cap par les troupes indigènes. Mais, Jean- Louis Ferrand, commandant de Santiago, par un stratagème, prenait le commandement de Santo-Domingo des mains de Kerverseau. Malgré l’indépendance de la colonie, Ferrand et ses 1500 hommes de l’expédition Leclerc adoptent une politique de force vis à vis du jeune État. Toutefois, l’échec de la campagne de l’est entreprise par Dessalines en février 1805, permit à cette partie d’échapper durablement à l’autorité haïtienne.

L’Est dans les tourmentes internationales

Entre 1807 et 1810, la partie orientale participa au vaste mouvement de résistance latino-américain contre l’occupation napoléonienne de l’Espagne. Elle se plaça un temps sous la protection britannique avant de retomber dans l’anarchie politique. En 1815, le Congrès de Vienne restitua officiellement ce territoire à l’Espagne.

Durant cette période, le roi Henri Christophe maintint une influence indirecte sur l’est. En 1810, il soutint les insurgés contre Ferrand, et Serapio Reynoso occupa Santiago un temps en son nom. Certains patriotes espagnols sollicitèrent même une annexion à son royaume du Nord, mais Christophe, préoccupé par la division de l’ouest, se limita à leur fournir armes et appuis en 1811.

La République éphémère de l’est

En 1821, José Núñez de Cáceres (1772-1846), écrivain et homme d’État dominicain, proclama l’indépendance de l’est sous le nom d’Haïti Espagnol (première indépendance de la République dominicaine avant l’ annexion de 1822) . Cette initiative déclarée le 30 novembre 1821, soutenue par une minorité, suscita plusieurs projets concurrents : rattachement à la Colombie de Bolívar ou rapprochement avec Haïti. Dans les provinces frontalières, notamment la Vega et le Cibao qui arborèrdnt dans leurs à leurs frontons le drapeau bleu et rouge d’Haïti , le sentiment pro-haïtien dominait.

Parallèlement, la France nourrissait encore l’espoir de reconquérir son ancienne colonie de Saint-Domingue, comme l’attestent la mission de 1814, celle de 1816, et l’article 18 du traité de Paris de 1815 qui considérait Haïti comme toujours coloniale. Cette menace accentua la nécessité d’unité pour les dirigeants haïtiens.

L’appel aux Haïtiens et la décision de Boyer

Le président Jean-Pierre Boyer perçut clairement les risques que représentait la division de l’île : rivalités internes entre Dominicains, incursions anglaises et ambitions françaises. Le 25 décembre 1821, il écrivit au Sénat haïtien :

 » N’oublions pas que nous occupons une île dont toute sa population soit une et indivisible et sous une même direction pour fournir à son indépendance des garanties indispensables à son maintien »

Ainsi, bien que les historiens dominicains contemporains minimisent l’appel lancé aux Haïtiens, le témoignage de Jean Price-Mars reste sans équivoque :

 » Évidement, il y eut appel quoi qu’en dise les Dominicains aujourd’hui. Mais non seulement il n’y a pas eu que cela, il résulte des autres données du problème que si cet appel n’avait pas été lancé, Boyer n’eut été obligé d’intervenir dans les affaires dominicaines, étant donné que la réunion de tout le territoire sous l’ administration haïtienne, à ce moment là, répondait à une nécessité absolue : la sécurité et la liberté de la Nation haïtienne « .

L’unification de 1822

En février 1822, Boyer franchit la frontière avec 12 000 soldats. Une aile, commandée par lui-même, avança vers Santo Domingo par San Juan et Azua, tandis que l’autre, sous le commandement du général Guy Joseph Bonnet, progressa par Dajabón et Santiago. L’armée haïtienne atteignit rapidement la capitale où elle fut accueillie au son des cloches et des canons.

Núñez de Cáceres prononça un discours soulignant les différences linguistiques, sociales, ethniques et religieuses entre les deux peuples, avant le geste de remettre symboliquement les clefs de la ville à Boyer. Ce dernier déclina l’hommage en ces termes :

 » C n’est pas la force des armes qui m’a amené ici, mais la volonté des habitants qui m’ont librement appelé pour les garantir des droits et des privilèges dont ils n’ont jamais joui. ».

Les limites de l’union

Toutefois, l’enthousiasme initial céda rapidement la place aux tensions. Les maladresses administratives, la nomination de responsables peu formés et l’inflexibilité du général Bonnet irritèrent les Dominicains. Malgré son remplacement en 1831 par le général Bernard Philippe Alexis Carrié, les efforts de fusion restèrent vains.

Mal gouvernée par Boyer et négligée après sa chute, la partie orientale rejeta progressivement l’union haïtienne. Le 27 février 1844, elle proclama son indépendance sous le nom de République dominicaine, cette fois-ci durablement.

Pierre Josué Agénor Cadet

Le Cap-Haïtien : refuge fragile, mémoire tremblante!

À Ralph Thomassaint pour son dernier cri, et à tous les Haïtiens, particulièrement ceux qui vivent au Cap en ce moment.

Au Professeur Hervé St Preux, spécialiste en risques et désastres, qui, malgré lui, vit en dehors du pays.

À Denise Poulard, Doctorante en Politique publique, avec qui mes discussions autour du statehood et du state building ne finissent jamais.

    La fragilité du Cap-Haïtien demeure une blessure ouverte dans l’histoire d’Haïti. Déjà en janvier 2018, l’attention avait été attirée sur cette ville par Hervé St Preux, membre de l’Institut de Politiques Publiques, qui mettait en garde contre la menace d’un séisme imminent. Un puits s’était retrouvé sec, à une période où il devait être alimenté en eau, signe que les plaques tectoniques bougeaient. Les experts conclurent que le danger était réel, mais cette alerte, comme souvent, se perdit dans le brouhaha des urgences nationales. On avait l’impression qu’aucune conscience ne se formait véritablement, comme si le Cap, cité de lumière et de mémoire, devait affronter seule sa vulnérabilité.

     L’histoire rappelle pourtant combien cette ville fut longtemps perçue comme un refuge. Après l’indépendance, de nombreuses familles de Port-au-Prince, fuyant les luttes politiques, les incendies et l’instabilité chronique de la capitale, vinrent s’y installer. Le Cap offrait alors une structure urbaine plus solide, des institutions éducatives et religieuses reconnues, et une vie culturelle foisonnante (Madiou, 1847/1848). Mais ce havre fut brutalement ébranlé le 7 mai 1842, lorsqu’un tremblement de terre ravagea la ville et ses environs. En quelques secondes, des milliers de vies furent perdues, des bâtiments prestigieux anéantis, et l’illusion de sécurité balayée. Cette catastrophe ne détruisit pas seulement une cité prospère, mais aussi l’espoir de reconstruction de tant de familles qui y avaient cherché un abri (Dubois, 2004).

        Depuis, le Cap-Haïtien porte cette mémoire tellurique, mêlant grandeur et fragilité. La catastrophe de 1842 résonne encore, non seulement dans les récits historiques, mais aussi dans la conscience collective des habitants. Comme l’écrit Schuller (2016), chaque désastre en Haïti est aussi une répétition de traumatismes anciens, où la vulnérabilité structurelle se double de l’oubli institutionnel.

       Aujourd’hui, les signes d’alerte persistent : mouvements sismiques, études scientifiques, appels des chercheurs. Mais la ville, jadis refuge et lieu de renaissance pour les Port-au-Princiens, demeure sans véritable politique de prévention. Dans ce paradoxe tragique, Haïti révèle une constante : ses villes, tour à tour havres et tombeaux, concentrent à la fois l’espérance de stabilité et la certitude de la vulnérabilité. Ainsi, sous le ciel clair du Nord, le Cap-Haïtien reste suspendu entre mémoire et menace, comme une étoile fragile qui brille à la lisière de la nuit.

         Jusqu’à quand, pourtant, laisserons-nous cette étoile s’éteindre faute d’action ? Les autorités ont le devoir d’agir, non pas après la catastrophe, mais avant qu’elle ne survienne, pour que l’histoire du Cap ne soit plus écrite dans la douleur et l’oubli.

Yves Lafortune,

Fort Lauderdale, le 3 octobre 2025

La classe moyenne haïtienne serait réduite à 2 % de la population aujourd’hui, « faute de modernité ».

Par Jean Venel Casséus

Lors de l’ouverture du forum de la Banque de la République d’Haïti (BRH) consacré à la digitalisation des paiements et à l’équité de genre, ce 3 octobre 2025, le ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Metellus, a dressé un constat glaçant : en quinze ans, la classe moyenne haïtienne serait passée de 7 % à 2 % de la population. Selon ses critères, font partie de cette catégorie ceux dont les revenus mensuels oscillent entre 400 et 4 000 dollars américains. Autrement dit, moins d’un haïtien sur cinquante disposerait aujourd’hui de ressources lui permettant de se projeter dans l’avenir avec un minimum de sécurité économique.

La classe moyenne, dans toute société, est le socle de stabilité et le moteur de consommation. Elle porte l’investissement dans l’éducation, soutient l’activité culturelle et nourrit l’innovation. En Haïti, sa contraction n’est pas une donnée froide : elle révèle une désagrégation du tissu social. L’ascension sociale devient rare, et la pauvreté tend à engloutir les espaces intermédiaires. Cette érosion alimente l’exode, fragilise l’État et mine la confiance collective.

Pour Alfred Metellus, ce déclin est lié à l’archaïsme de l’économie nationale, encore dominée par l’informel, une faible productivité, une dépendance quasi exclusive aux importations et une finance qui profite essentiellement aux grands groupes établis. Tant que l’économie restera figée dans ces logiques, les inégalités continueront de se creuser : une minorité accapare les circuits formels tandis que la majorité survit dans des activités de subsistance.

Le ministre a souligné que la modernisation ne peut se faire sans la volonté manifeste voire la complicité des acteurs privés, particulièrement des banques. Le mot est fort : complicité. Il suggère que le secteur financier, au lieu de se cantonner dans une logique de rente et d’exclusion, devrait assumer un rôle de partenaire stratégique. La digitalisation des paiements, par exemple, n’a de sens que si elle ouvre un accès réel aux services bancaires pour des millions de citoyens aujourd’hui exclus.

Réduire l’inégalité ne revient pas uniquement à redistribuer. C’est d’abord transformer les règles du jeu : moderniser les infrastructures, encourager l’innovation, diversifier la production locale, élargir l’accès au crédit. L’État doit poser un cadre clair et stable, mais les banques, les entreprises et les investisseurs doivent accepter de prendre part à une dynamique qui dépasse le profit immédiat. La fracture sociale en Haïti est aussi une fracture de responsabilité : celle des élites économiques face à une population laissée pour compte.

Derrière les chiffres annoncés par Metellus se profile une question politique : quel projet de société les haïtiens veulent-ils ? Une société où 2 % vivraient « dans la moyenne » pendant que 98 % survivent ? Ou une société qui accepterait d’ouvrir ses circuits économiques pour créer une véritable base de prospérité partagée ? L’inégalité n’est pas une fatalité. Elle est le produit de choix. Et c’est ce que rappelle, avec force mais aussi avec inquiétude, le constat du ministre.


03 octobre 2025

Haïti face à la mission de l’ONU : défis, enjeux et perspectives

L’arrivée des troupes de l’ONU en Haïti intervient dans un contexte de violence endémique et d’instabilité politique. La mission internationale, composée de plus de 5 500 militaires, policiers et civils, bénéficie d’un mandat élargi pour neutraliser les gangs, sécuriser les zones sensibles et soutenir la préparation des élections nationales. Cependant, la situation sur le terrain reste complexe, marquée par des alliances informelles entre certains secteurs du pouvoir et les groupes armés, et par une défiance profonde de la population envers l’État.

Le mandat et les objectifs de la mission
La force internationale a pour objectif principal de restaurer l’ordre et de permettre un environnement sécurisé pour le déroulement des activités économiques et politiques. Elle dispose du droit d’arrêter les membres des gangs et d’utiliser la force lorsque nécessaire, une capacité que les missions précédentes ne possédaient pas toujours. Son indépendance vis-à-vis des autorités locales est pensée pour garantir une action efficace, sans entraves politiques directes. La mission vise également à stabiliser le pays en amont des élections, récemment accélérées par le gouvernement, afin de renforcer la légitimité de l’État et d’éviter de prolonger la crise politique.

Les gangs et leur influence sur le terrain
Les gangs haïtiens continuent de contrôler une grande partie de Port-au-Prince ainsi que certaines zones rurales stratégiques. Des groupes comme les 400 Mawozo, le G9 et le G-Pep imposent leur loi à travers des rackets, des enlèvements et des violences ciblées, parfois coordonnées avec des réseaux mafieux ou des acteurs économiques corrompus. Cette situation crée un climat où la population perçoit l’État comme complice, alimentant un sentiment d’injustice et de défiance. Les gangs utilisent également le chaos pour asseoir leur influence sociale, se positionnant comme des protecteurs locaux et profitant des alliances politiques pour renforcer leur emprise.

Le gouvernement et les élections accélérées
Le Premier ministre et le gouvernement haïtien cherchent à accélérer les élections pour consolider leur pouvoir et légitimer leur action face à l’opinion publique et à la communauté internationale. Cette précipitation pose des questions sur la capacité réelle du pays à organiser des scrutins libres et équitables dans un contexte d’insécurité et de fragmentation politique. Si les élections se déroulent sans une stabilisation préalable, elles risquent d’être contestées, ce qui pourrait accentuer les tensions et compromettre la crédibilité des institutions.

Hypothèses et scénarios possibles
Dans un scénario optimiste, l’ONU réussirait à sécuriser les secteurs clés de la capitale et à réduire l’influence des gangs, tout en collaborant avec un gouvernement volontaire de coopération. Cela permettrait de créer un climat stable pour des élections crédibles et de restaurer progressivement la confiance de la population dans l’État.

Un scénario intermédiaire suppose que la mission parvienne à des succès ponctuels, mais que certaines zones restent sous contrôle des gangs ou de secteurs mafieux liés au pouvoir. Les élections accélérées pourraient alors provoquer des tensions avec l’ONU, et la perception d’un gouvernement complice pourrait limiter l’impact de l’action internationale.

Dans un scénario pessimiste, la collusion entre le pouvoir et les gangs se confirme, et certaines factions locales s’opposent activement à la mission. Les opérations de l’ONU pourraient alors se heurter à des résistances, des embuscades ou des manipulations politiques, rendant toute stabilisation durable difficile. L’accélération des élections dans ce contexte risquerait d’être fortement contestée par la population et la communauté internationale, aggravant la crise politique et sécuritaire.

Perspectives et enjeux pour l’avenir
La réussite de la mission dépend de plusieurs facteurs. La capacité de l’ONU à neutraliser efficacement les gangs tout en limitant les pertes civiles sera déterminante. La volonté du gouvernement haïtien de rompre avec les pratiques de collusion et de coopérer pleinement avec la mission conditionnera la crédibilité et l’efficacité de l’action internationale. La gestion transparente des élections et l’implication de la société civile et des observateurs internationaux seront essentielles pour restaurer la confiance. Enfin, le soutien continu de la communauté internationale en termes de financement, de logistique et de coordination politique demeure un élément clé pour la stabilité future.

Si ces conditions sont réunies, la mission pourrait marquer le début d’une stabilisation durable, offrant au pays une opportunité de refondation institutionnelle et de relance économique. À l’inverse, toute manipulation politique ou obstruction par des acteurs corrompus pourrait transformer la mission en un succès partiel, renforçant la défiance de la population et consolidant l’influence des gangs sur le pays.
Port-au-Prince, 3 octobre 2025

Joseph Georges DUPERVAL
Coordonnateur Général
BATON JENÈS LA

De quelle douleur est Sweetest Girl (Dollar Bill) de Wyclef Jean

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Par Jean Venel Casséus

Par cet article j’aimerais inviter le compositeur à créer une version blues sinon soul de Sweetest Girl (Dollar Bill). C’est plus qu’une invitation, c’est une nécessité. Car derrière la pulsation urbaine et le groove qui fait vibrer les corps, cette chanson porte une douleur qui appelle une autre couleur musicale, une interprétation dépouillée, nue, capable de révéler les cicatrices qu’elle dissimule.

Dès qu’on l’entend, le morceau séduit par son rythme, par cette alliance entre hip-hop et reggae qui fit son succès en 2007. Pourtant, les paroles racontent un drame. Elles déroulent l’histoire d’une jeune femme autrefois lumineuse que les paroles désignent par « She used to be the sweetest girl ». Elle se retrouve prise dans la loi implacable de l’argent. Elle danse, elle s’épuise, elle invente des issues précaires pour « payer ses factures ». Sa vie avance dans une tension permanente entre dignité et nécessité. Le refrain, obsédant, rappelle cette prison : « Dollar, dollar bill y’all ». L’argent n’est plus un moyen, il est devenu la fin de toute chose.

Wyclef, Akon et Lil Wayne ne décrivent pas une destinée isolée mais révèlent une condition sociale. Derrière ce personnage se devinent des milliers de vies contraintes par la pauvreté, marquées par la précarité, prises dans les filets d’un capitalisme qui transforme la dignité en marchandise. Le vers de Lil Wayne enfonce le clou : « They got they mind on they money, money on they mind ». Tout tourne autour de l’argent, jusqu’à l’épuisement des rêves.

L’arrière-plan de cette chanson convoque aussi une mémoire musicale. En reprenant la formule du Wu-Tang Clan, « Cash rules everything around me », Wyclef Jean et ses complices inscrivent leur récit dans une filiation qui dépasse le destin d’une seule femme. Le Wu-Tang avait déjà érigé cette phrase en manifeste dans les années 1990, révélant l’emprise universelle de l’argent sur les quartiers, les corps et les imaginaires. Avec Sweetest Girl, cette sentence est reprise comme une vérité générationnelle : l’économie gouverne, les affects suivent, et la douleur s’écrit sur un rythme destiné aux clubs.

Ce qui me frappe, c’est la manière dont Sweetest Girl juxtapose une esthétique festive à un récit tragique. Comme si la musique populaire contemporaine ne pouvait dire la vérité qu’en la dissimulant derrière la danse. La musique donne l’illusion de la légèreté, mais c’est une élégie qu’elle porte. La mélodie attire les corps, mais les paroles décrivent une blessure. Nous dansons sur une tragédie, comme si l’industrie musicale ne pouvait dire la vérité qu’en l’habillant de groove. Cette chanson est une parabole du capitalisme, ce système qui altère les affects, qui transforme la douceur en amertume, le désir en dette, la tendresse en survie.

Voilà pourquoi cette œuvre appelle une version blues ou soul, à mon humble avis. Le blues, parce qu’il dit la plainte nue et donne une chair sonore à la douleur. La soul, parce qu’elle restituerait à cette histoire la profondeur humaine que le rythme masque. Ce morceau, revisité ainsi, cesserait d’être une danse et deviendrait un cri.

02 octobre 2025

Jean Henry Céant clarifie son rôle dans l’affaire ONA–RBI

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-prince, 2 octobre 2025 – Lors de son intervention à l’émission « Micro Vérité », Me Jean Henry Céant, notaire retraité, a apporté des précisions concernant l’investissement de l’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA) dans la société RBI liée à Dr Réginald Boulos, sur instruction du président de l’époque, Jovenel Moïse.

Selon l’ancien premier ministre, Jean Henry Céant, l’affaire remonte à un accord intervenu entre le chef de l’État et l’homme d’affaires autour d’un projet immobilier destiné aux cadres de l’administration publique à Thomassin 39.

Le montage prévoyait une participation de l’ONA à hauteur de 22 % des actions de la société RBI, en échange d’un financement de 65 millions de gourdes.

Le notaire explique avoir été sollicité par l’ONA pour authentifier et exécuter la transaction. Dans ce cadre :

  1. L’ONA devait obtenir 22 % d’actions dans la société RBI, matérialisées par un certificat d’action.
  2. L’ONA bénéficiait d’une exclusivité : tout prêt hypothécaire lié au projet devait passer par l’institution.
  3. L’ONA siégeait au conseil d’administration de la société partenaire.
  4. L’ONA percevrait des dividendes en priorité, avant tout autre actionnaire.

Céant précise que la Banque de la République d’Haïti (BRH) avait effectivement décaissé les fonds, lesquels ont, ensuite, été remis à RBI, la société dont le Dr Réginald Boulos est le Président-directeur général, via son étude notariale, dans le strict respect des instructions officielles.

Un rôle d’exécutant

Face aux critiques qui ont circulé après la mort du président Jovenel Moïse, Céant insiste : son rôle fut exclusivement celui d’un notaire instrumentant c’est-à-dire chargé d’exécuter une opération, définie par les parties, sans pouvoir de décision sur les choix financiers ou politiques sous-jacents.

Une affaire toujours sensible

Si les précisions de Céant replacent son intervention dans le cadre légal de sa profession, le dossier reste symbolique d’un mode de gouvernance controversé sous Jovenel Moïse :

  1. usage récurrent des ressources publiques à travers l’ONA,
  2. choix d’investissements orientés vers de grands groupes privés,
  3. et tensions récurrentes entre institutions de contrôle et acteurs politiques.

En livrant ces détails, Me Céant cherche avant tout à dissiper l’ambiguïté sur son rôle personnel. Mais l’affaire ONA–RBI reste un révélateur des rapports complexes entre pouvoir politique, secteur privé et institutions publiques en Haïti, à un moment où la question de la transparence et de la bonne gouvernance demeure centrale.

Haïti/Sécurité : deux mois de Vladimir Paraison à la tête de la PNH sous le feu des critiques

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Près de deux mois après la nomination de Vladimir Paraison à la Direction générale de la Police nationale d’Haïti (PNH), son bilan divise et suscite de vives inquiétudes. Deux structures, Rescapés pour l’Avenir (REA) et Mouvement pour la Sauvegarde de la Démocratie (MSD) ne tardent pas à critiquer sa gestion.

Dans une note politique conjointe rendue publique ce jeudi 2 octobre 2025, ces organisations dressent un constat sévère de la gestion de Paraison, évoquant une « purge institutionnelle » et une « paralysie sécuritaire » dans un contexte marqué par la montée continue de l’insécurité.

Selon le document signé par Me Tarly Guirand, coordonnateur exécutif du REA, et M. Lickel Pierre, président du MSD, le nouveau directeur général de la PNH a procédé à une série de remplacements ciblés au sommet de l’institution. Plusieurs hauts gradés expérimentés auraient ainsi été écartés au profit d’individus réputés proches de l’ancien président Michel Martelly. Cette pratique, dénoncent les deux organisations, fragilise la chaîne de commandement et remet en cause la neutralité républicaine de la police.

Sur le plan opérationnel, la note relève l’absence de résultats tangibles face aux groupes armés. Aucune opération d’envergure n’a été menée dans les principaux foyers de violence que sont Cité Soleil, Martissant, Croix-des-Bouquets, Bel-Air ou encore Torcel. Les interventions ponctuelles organisées par la PNH se sont soldées par un lourd bilan, avec plus d’une dizaine de policiers assassinés ou blessés et plusieurs blindés incendiés.

La situation est aggravée par une coordination jugée inexistante entre la PNH, les Forces armées d’Haïti, la Mission multinationale de sécurité et les mercenaires engagés par le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé. L’absence de synergie entre ces différentes entités laisse les zones critiques livrées aux gangs et alimente le sentiment d’abandon de la population.

Dans ce climat de méfiance, la population s’interroge sur la réelle capacité du nouveau directeur général à redresser la barre. Le Conseil présidentiel de transition, qui lui avait investi en fonction attendait des résultats concrets avant le 30 septembre, pourrait rester sur sa faim en raison de l’absence d’une stratégie claire et visible.

Les promesses d’opérations renforcées n’ont pas été suivies d’actions concrètes, et aucun plan de redéploiement des unités, d’utilisation de nouvelles technologies ou de protection accrue des policiers n’a été annoncé.

Face à ce qu’ils qualifient de dérive autoritaire et clientéliste, le REA et le MSD réclament la mise en place immédiate d’un plan stratégique national contre les groupes armés, la restauration d’une chaîne de commandement basée sur la compétence et l’intégrité, ainsi qu’une transparence totale sur les engagements de la Mission multinationale et des mercenaires étrangers. « La République est en péril. La sécurité des citoyens ne peut attendre », préviennent les deux organisations, qui exhortent les autorités à agir avec responsabilité, courage et impartialité.

La rédaction