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Haïti : fin du mandat de la MMAS, incertitudes autour de la nouvelle force internationale

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Par Jean Wesley Pierre

« Je ne sais pas pourquoi ils sont venus. Ils n’ont rien changé. Leur présence n’a rien amélioré », déclare un habitant de Fort-National qui a tout perdu. Ce 2 octobre 2025 a marqué la fin officielle du mandat de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Haïti. Lancée avec l’appui du Conseil de sécurité de l’ONU et conduite par le Kenya, cette mission, censée appuyer la Police nationale haïtienne (PNH) dans la lutte contre les gangs, n’aura pas réussi à inverser la spirale de violence qui ronge le pays.

Alors que la communauté internationale prépare une nouvelle force “plus robuste” pour prendre le relais, les réactions se multiplient : entre espoir, scepticisme et inquiétudes quant à la souveraineté nationale.

Un pays au bord du gouffre : le cri d’alarme de l’OPC à Genève

Invité à la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme à Genève, le Protecteur du citoyen, Jean Wilner Morin, a dressé un constat glaçant. “Un million deux cents mille personnes vivent dans une extrême promiscuité dans les camps de déplacés, des milliers d’enfants ne vont plus à l’école, des hôpitaux et des églises ont été incendiés par des bandits”, a-t-il dénoncé.

Aux côtés du directeur général Jude Jean-Pierre, il a alerté sur le risque d’une catastrophe humanitaire majeure, tout en appelant à une solidarité internationale “effective” face à un État dépassé et des institutions exsangues.

Mais derrière l’appel humanitaire se cache une interrogation plus profonde : que reste-t-il de la capacité de l’État haïtien à garantir la sécurité et la dignité de son peuple ?

« L’État ne veut pas ou ne peut pas résoudre le problème de l’insécurité », déclare le Co-directeur du Collectif Défenseurs Plus, Antonal Mortimé.

Pour cet défenseur des droits humains, l’échec de la MMAS n’est pas une surprise. Selon lui, la mission n’a jamais disposé des moyens financiers ni opérationnels pour agir efficacement. « MMAS la se te yon misyon volontè, kote chak peyi te gen dwa bay kòb si yo vle. Gen ki pwomèt, men yo pa bay. Nou pa t wè yo nan lari a, pandan bandi yo ap elaji teritwa yo », déplore-t-il.

Le militant met en cause la faillite de la gouvernance et le manque de volonté politique : « Les autorités soit ne veulent pas, soit ne peuvent pas combattre l’insécurité. S’il y avait de la sécurité, nous aurions déjà organisé des élections. Haïti vit une crise de gouvernance, une crise morale et une instabilité institutionnelle sans précédent. »

Selon Me Mortimé, le retrait de la MMAS ne fait que révéler l’ampleur du vide : un pays sans Parlement, une présidence contestée, et une police nationale infiltrée et sous-dotée. “Gen twòp mainmise sou lapolis,” avertit-il, évoquant des liens présumés entre des membres du gouvernement et des chefs de gangs.

Une nouvelle force “robuste” : renfort ou renoncement ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2793, autorisant le déploiement d’une force multinationale plus robuste, avec un commandement conjoint militaire et policier. Des pays comme le Kenya, les États-Unis, le Canada, le Panama, la Jamaïque, le Salvador et Trinité-et-Tobago y participeront.

Mais pour Mortimé, cette nouvelle mission soulève des questions cruciales : « Chaque fois que l’ONU autorise le déploiement d’une force dans un pays, c’est le signe qu’il existe une crise de société, une crise de l’État. Cette mission signifie que l’État a démissionné. »

Il craint que la venue de cette force n’entraîne une nouvelle perte de souveraineté : « En matière de souveraineté, l’État haïtien risque de perdre le contrôle sur ce qui se passe dans le pays. »

Toutefois, il reconnaît la nécessité d’une réponse sécuritaire face à des gangs qui contrôlent désormais près de trois départements du pays. Depuis le départ de la MINUSTAH et surtout après l’assassinat du président Jovenel Moïse, “bandi yo mande anraje,” souligne-t-il.

Souveraineté et reddition de comptes : un équilibre fragile

Mortimé appelle à la vigilance citoyenne et à la mise en place de mécanismes de contrôle clairs pour éviter les abus : « Il faut qu’il existe un mécanisme de plainte accessible à tout le monde. Il faut que la presse, l’OPC et les universités puissent observer ce qui se passe. C’est seulement ainsi que nous pourrons éviter les actes abusifs, les dommages collatéraux et les victimes innocentes. »

Ces garde-fous, selon lui, sont indispensables pour garantir que cette mission ne répète pas les erreurs du passé notamment celles de la MINUSTAH, accusée de graves violations des droits humains et de propagation du choléra.

Le dilemme haïtien : aide internationale ou réhabilitation nationale ?

La fin de la MMAS et la préparation d’une nouvelle mission relancent un débat existentiel : Haïti peut-elle encore assumer sa propre sécurité ?
Entre la peur d’une tutelle internationale et la réalité d’un État défaillant, le pays se trouve dans un paradoxe douloureux.

Jean Wilner Morin, le Protecteur du citoyen plaide pour une coopération internationale renforcée, tandis que Mortimé met en garde contre la dépendance. Les deux hommes, pourtant sur des registres différents, partagent le même diagnostic : sans un sursaut politique et moral, aucune force étrangère, aussi robuste soit-elle, ne pourra extirper Haïti de la spirale de la violence.

« Faire face aux bandits, combattre les gangs c’est d’abord la responsabilité des institutions haïtiennes », conclut Mortimé. « Si nous ne revenons pas à la normalité démocratique, nous continuerons à vivre dans la même spirale de violence. »

Une nouvelle mission, mais pas de nouveau contrat social

La question fondamentale reste donc entière : peut-on pacifier un pays sans refonder son État ? Peut-on parler de sécurité durable sans une réforme profonde dans la justice haïtienne ? Le cycle des missions onusiennes et autres missions approuvé, de la MINUSTAH à la MMAS, et bientôt à une nouvelle force internationale illustre les limites d’une approche strictement sécuritaire.

Ce dont Haïti a aujourd’hui besoin, c’est moins d’une “force robuste” que d’une volonté politique authentique, d’une justice crédible, et d’un État légitime capable de protéger ses citoyens sans déléguer sa souveraineté.

Car tant que les racines de la crise politiques, institutionnelles et morales resteront intactes, la paix, comme la démocratie, demeurera une promesse sans lendemain.

ACFEL attire l’attention de autorités sur la situation des parents à l’occasion de la réouverture des classes

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Suivant le calendrier scolaire publié par le ministère de l’éducation nationale, la réouverture des classes était fixée au 1er octobre pour la nouvelle année académique 2025-2026. Trois jours après, de nombreux enfants ne pouvaient pas reprendre le chemin de leurs établissements scolaires. Comme cause, la situation socioéconomique des parents.

Dans une interview accordée à notre rédaction, la coordinatrice de l’association culturelle des femmes en lutte, Costarica Louis a attiré l’attention des autorités sur la précarité des mères haïtiennes pour l’année académique 2025-2026.

Mme Louis souligne que la majorité des parents membres de l’association n’ont pas les moyens pour envoyer leurs enfants à l’école. La plupart d’entr’eux n’ont pas encore retiré le carnet de l’année dernière dans les directions d’école voire acheter des fournitures scolaires pour le retour de leurs enfants en salle de classe.

« Ceux qui sont dans les camps de déplacés sont dépourvus de tout. Comme femmes nous sollicitons des supports tous les jours; malheureusement nous sommes pas en mesure de les aider ».

En ce sens, considérant que l’éducation est un droit, l’ACFEL exige des autorités un accompagnement en faveur de ces parents en particulier les femmes pour qu’ils puissent en mesure d’envoyer les enfants à l’école.

« Nous demandons de l’aide en faveur de ces nombreuses femmes en difficulté économique », a déclaré Mme Louis tout indexant le premier ministre Alix Didier Fils Aimé et le président du conseil présidentiel de transition Laurent Saint Syr.

Elle encourage qu’une commission interministérielle soit mise sur pied afin de mieux coordonner les actions du gouvernement.

Gedeon Delva

Haïti et l’OPS/OMS scellent une nouvelle stratégie pour la santé : un pas décisif ou un pari fragile ?

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Par Jean Wesley Pierre

Dans un contexte marqué par une crise multidimensionnelle sans précédent, Haïti tente de renforcer les fondations de son système de santé. Ce mercredi 1er octobre 2025, au siège de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) à Washington D.C., le ministre haïtien de la Santé publique, Dr Bertrand Sinal, et le directeur de l’OPS/OMS, Dr Jarbas Barbosa, ont signé la toute première Stratégie de coopération nationale (CCS) 2026–2028.

Cet accord inédit s’inscrit dans une volonté affichée de garantir à chacun le droit à la santé, malgré les turbulences politiques, sécuritaires et économiques qui fragilisent le pays.

Trois priorités pour une santé plus équitable

La stratégie adoptée repose sur trois axes principaux :

  1. Renforcer les capacités nationales de santé afin de garantir un accès universel et équitable à des soins de qualité.
  2. Accélérer la prévention et la prise en charge des grands problèmes de santé publique, notamment les maladies transmissibles, chroniques et émergentes.
  3. Améliorer la préparation et la réponse aux urgences sanitaires, grâce à une approche dite NEXUS qui relie aide humanitaire, développement et consolidation de la paix.

Selon le ministre de la santé publique et de la population, le Dr Bertrand Sinal, cette feuille de route représente une étape décisive :« En dépit des crises multiples que traverse notre pays, le Gouvernement reste pleinement engagé à protéger la santé de notre peuple qui restera une priorité nationale. Elle est au cœur de la dignité, de la stabilité et du développement d’Haïti », a-t-il affirmé.

Une ambition légitime mais des obstacles persistants

Au-delà des discours et des signatures, l’initiative soulève de nombreuses interrogations. Les hôpitaux publics haïtiens souffrent depuis des années d’un manque chronique de ressources, d’un exode massif du personnel médical, et d’une dépendance quasi totale à l’aide internationale. Dans certains départements, les structures de soins fonctionnent au ralenti, voire sont fermées, tandis que les urgences sanitaires comme le choléra, dengue, traumatismes liés aux violences armées continuent de s’accumuler.

De plus, la réussite de cette stratégie dépendra étroitement de la stabilité politique et de la sécurité nationale. Comment assurer la mise en œuvre d’un tel programme alors que plusieurs zones du pays échappent encore au contrôle de l’État, et que la population peine à accéder aux centres de santé les plus élémentaires ?

Un partenariat à consolider

L’OPS/OMS, en choisissant de s’engager plus fermement aux côtés d’Haïti, envoie néanmoins un signal fort : celui de ne pas abandonner la nation la plus fragile de la région dans sa quête pour un système de santé digne de ce nom. La stratégie a été élaborée de façon participative, impliquant non seulement les autorités mais aussi la société civile et les partenaires techniques et financiers.

Il reste toutefois à voir si cet engagement sera accompagné de ressources suffisantes pour transformer les ambitions en réalités tangibles. Car si l’accord reflète une volonté politique et symbolique, il devra se traduire par des actions concrètes : réhabilitation d’infrastructures, amélioration des conditions de travail du personnel médical, distribution régulière de médicaments et mise en place de mécanismes de financement durable.

Espoir et scepticisme

Cette signature marque indéniablement une étape historique dans les relations entre Haïti et l’OPS/OMS. Mais elle ne saurait occulter la dure réalité : sans une refonte profonde et une stabilité minimale, les promesses risquent de rester lettre morte.

En somme, la Stratégie de coopération nationale 2026–2028 apparaît comme un pari audacieux : celui d’oser croire que la santé peut encore être érigée en pilier du redressement d’Haïti. Mais ce pari, pour être gagné, nécessitera bien plus que des signatures : il demandera une volonté politique constante, une mobilisation collective et surtout, des résultats concrets visibles par la population.

Fin de l’exercice fiscal : quel bilan face aux perspectives annoncées ?

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Alors que l’exercice fiscal s’achève, l’heure est au bilan pour le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF). Au-delà des chiffres présentés et des annonces officielles, se pose une question centrale : dans quelle mesure les perspectives de relance économique, de stabilisation budgétaire et de réformes structurelles ont-elles été traduites en actions concrètes ?

Le MEF avait placé cet exercice sous le signe de la rigueur et de la modernisation de la gestion publique. Parmi les priorités annoncées figuraient l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de la collecte des recettes douanières, la lutte contre la fraude et la contrebande, ainsi que le financement de programmes sociaux et d’infrastructures. L’objectif était double : renforcer les capacités de l’État et donner des signaux de confiance aux investisseurs et aux partenaires internationaux.

Pourtant, comme le souligne l’économiste Enomy Germain, la réalité du terrain montre des résultats bien en deçà des ambitions. La planification budgétaire a été instable, avec trois décrets adoptés au cours du même exercice, dont une révision finale à une semaine de la clôture, fragilisant la crédibilité des choix publics. L’exécution budgétaire est restée insuffisante : seulement 56,4 % des dépenses prévues ont été engagées, et le taux d’exécution des investissements publics n’a atteint que 25,4 %. Ce déficit d’action traduit un manque de vision stratégique et une incapacité à réorienter l’investissement vers des régions moins affectées par l’insécurité, limitant ainsi l’impact sur le développement territorial.

Sur le plan macroéconomique, les indicateurs confirment le décrochage : une contraction du PIB de 3,1 %, une inflation à 31,1 %, un chômage persistant et près de 50 % de la population confrontée à l’insécurité alimentaire. La balance commerciale, déficitaire et en détérioration, illustre les difficultés d’un secteur extérieur affecté par la baisse des exportations et la hausse des importations. Même le secteur bancaire, malgré une rentabilité apparente, montre ses limites : la compression des coûts masque la faiblesse du produit bancaire et la restriction potentielle de l’offre de crédit, freinant la relance économique réelle.

Certes, des progrès ont été enregistrés dans la digitalisation de certains services, la mobilisation de ressources internes et la mise en place de cadres de concertation avec les bailleurs. Mais les contraintes structurelles demeurent fortes : économie largement informelle, pression fiscale faible, administration vulnérable à la corruption et instabilité politique permanente.

À l’issue de cet exercice, le pays se retrouve donc face à une équation délicate. Le prochain budget devra non seulement traduire une vision stratégique claire, mais aussi envoyer des signaux plus crédibles et concrets pour restaurer la confiance. Comme le rappelle Enomy Germain, aucune reprise durable n’est envisageable sans la restauration préalable de la sécurité et un redéploiement efficace de l’investissement.

En définitive, la fin de l’exercice fiscal ne se résume pas à une série de statistiques, mais à une interrogation fondamentale : comment transformer des ambitions économiques et financières en leviers réels de développement, capables d’impacter positivement le quotidien de la population et de sortir l’économie haïtienne de son décrochage prolongé ?

Sean Combs dit P-Diddy condamné à plus de 4 ans de prison après avoir reconnu une conduite « malsaine »

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L’ex-magnat du hip-hop Sean Combs, autrefois au sommet de l’industrie musicale, a été condamné vendredi 3 octobre 2025 à 50 mois de prison pour des délits liés à la prostitution. Une décision marquante qui vient sceller une chute spectaculaire et envoie, selon le juge, « un message clair aux agresseurs et aux victimes ».

Le juge fédéral Arun Subramanian, en prononçant la sentence, a insisté sur la nécessité d’une peine lourde : « L’exploitation et la violence contre les femmes sont sanctionnées par une véritable responsabilité », a-t-il déclaré devant un tribunal de Manhattan.

Les faits reprochés

Combs a été reconnu coupable de deux chefs d’accusation de transport à des fins de prostitution, liés à des voyages organisés pour des rencontres sexuelles entre ses compagnes et des escorts masculins. Des pratiques qualifiées de « freak-offs » ou de « hôtel nights ». Deux de ses anciennes compagnes, dont la chanteuse Cassie Ventura, ont témoigné d’expériences vécues comme des viols lors de ces rencontres.

Acquitté des charges les plus graves — notamment trafic sexuel et complot de racket —, il n’a pas échappé à une peine ferme. Le gouvernement avait réclamé plus de 11 ans de prison, tandis que la défense plaidait pour une peine n’excédant pas 14 mois.

Les excuses de Combs

Absent de la barre durant son procès, Sean Combs a pris la parole vendredi pour demander la clémence du tribunal. « Ma conduite a été dégoûtante, honteuse et malade. Je suis sincèrement désolé », a-t-il affirmé d’une voix tremblante lors d’une plaidoirie de 12 minutes.

Le juge lui a toutefois infligé, en plus de l’incarcération, une amende de 500 000 $, le montant maximum prévu par la loi.

Une audience chargée d’émotion

L’audience s’est déroulée dans une atmosphère lourde, marquée par les témoignages de ses six enfants, venus plaider en faveur de leur père. « S’il vous plaît, Votre Honneur, donnez à notre famille la chance de guérir ensemble », a supplié sa fille D’Lila Combs en larmes. La défense a également diffusé une vidéo de 11 minutes vantant l’image philanthropique et inspirante du rappeur.

Mais pour l’accusation, Sean Combs demeure « un agresseur de longue date », exploitant les femmes pour satisfaire ses désirs. La procureure Christy Slavik a dénoncé son « absence de remords », soulignant qu’il prévoyait déjà des engagements publics après l’audience, comme si la clémence lui était acquise.

Une chute brutale

Autrefois icône mondiale, fondateur de labels et de marques à succès, Sean Combs est désormais un symbole de déchéance. Sa condamnation intervient après une année déjà passée en détention depuis son arrestation en septembre 2024. Avec les réductions de peine possibles, il pourrait rester derrière les barreaux jusqu’en 2028.

L’avocat de Cassie Ventura, Douglas Wigdor, a salué la sentence comme une reconnaissance de la gravité des faits : « Bien que rien ne puisse effacer le traumatisme causé, cette décision rend justice aux victimes. »

La redaction
Avec New York Times

Haïti : plus de 16 000 morts dans les violences depuis 2022, selon l’ONU

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Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a alerté jeudi 2 octobre devant le Conseil des droits de l’homme à Genève sur l’ampleur des violences en Haïti, où plus de 16 000 personnes ont été tuées depuis 2022 et la moitié de la population nécessite une aide humanitaire.

Un bilan glaçant. Depuis 2022, plus de 16 000 personnes ont été tuées dans des violences armées en Haïti, selon les données rendues publiques jeudi 2 octobre par l’ONU. Lors de son intervention à Genève, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dressé un tableau alarmant de la situation humanitaire et sécuritaire dans le pays. « La moitié de la population, soit 6 millions de personnes, dont 3,3 millions d’enfants, a besoin d’aide humanitaire », a-t-il déclaré.

Haïti, considérée comme la nation la plus pauvre du continent américain, est asphyxiée par l’emprise croissante des gangs, accusés de meurtres, de viols et d’enlèvements. L’ONU avait déjà signalé en juin qu’un nombre record de 1,3 million de personnes avaient été déplacées à l’intérieur du pays à cause des violences. Rien que pour le premier semestre 2025, plus de 3 000 personnes ont trouvé la mort dans ces affrontements.

Face à cette spirale, la communauté internationale avait mis en place en 2023 la Mission multinationale de sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, pour soutenir une police nationale débordée. Mais la mission peine à produire des résultats concrets : ses effectifs plafonnent à un millier d’agents sur les 2 500 prévus, et ses ressources financières et matérielles restent limitées.

Volker Türk a mis en garde contre l’escalade de la violence, impliquant à la fois les gangs, les forces de sécurité et la population civile. Il a notamment dénoncé l’usage croissant de drones explosifs par le gouvernement dans des opérations antigang à Port-au-Prince. Selon lui, ces frappes ont causé la mort d’au moins 559 personnes, dont 11 enfants, à la mi-septembre, et « la plupart sont probablement illégales ».

Le Haut-Commissaire a également relevé que 174 personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs avaient été exécutées sommairement cette année par des unités spécialisées de la police. À cela s’ajoutent plus de 500 exécutions extrajudiciaires perpétrées par des groupes d’autodéfense et des foules constituées spontanément, souvent avec le soutien présumé de policiers.

Face à ce cycle de représailles et de violences, l’ONU exhorte les autorités haïtiennes et leurs partenaires internationaux à replacer le respect des droits humains au centre de toute stratégie de rétablissement de la sécurité.

La rédaction

Hamas prêt à libérer les otages israéliens sous conditions liées au plan de paix de Trump

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Dans un communiqué publié vendredi 3 octobre 2025, le Hamas a annoncé être disposé à libérer l’ensemble des otages israéliens, vivants comme morts, afin de mettre un terme à la guerre à Gaza. Mais le mouvement islamiste conditionne ce geste à un retrait total des forces israéliennes de l’enclave et à la mise en place d’un accord global de paix basé sur la proposition de l’ancien président américain Donald Trump.

Le Hamas affirme sa volonté « d’entamer immédiatement des négociations par l’intermédiaire de médiateurs » pour discuter des modalités de l’accord. Le groupe armé s’est également dit prêt à confier l’administration de Gaza à une autorité indépendante de technocrates palestiniens, sur la base d’un consensus national et avec l’appui du monde arabe et islamique.

Un plan de paix controversé

L’initiative de Donald Trump, reprise dans ce contexte, prévoit la fin des hostilités, la libération des prisonniers palestiniens, l’augmentation de l’aide humanitaire à Gaza et le rejet du déplacement forcé des Palestiniens. Elle inclut aussi l’exigence israélienne du désarmement du Hamas, un point crucial que la déclaration du mouvement n’a pas abordé.

« Sur la base de la déclaration que vient de publier le Hamas, je crois qu’ils sont prêts pour une paix durable », a réagi Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. L’ex-président a qualifié ce vendredi de « journée très spéciale, peut-être sans précédent », en remerciant des pays médiateurs comme le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie pour leur rôle dans le processus.

Israël reste prudent

De son côté, l’armée israélienne a affirmé que la libération des otages n’interviendrait que lorsque « les conditions sur le terrain seront réunies », c’est-à-dire après un retrait partiel de ses forces aux lignes prévues dans le plan de paix. Israël poursuit actuellement son offensive dans la bande de Gaza, en s’approchant notamment de la ville de Gaza.

Vendredi, on estimait à 48 le nombre d’otages encore détenus dans l’enclave, dont une vingtaine seraient vivants. Parmi eux figurent deux Américains : Itay Chen, 19 ans, et Omer Neutra, 21 ans.

Deux ans après l’attaque du Hamas

Cette annonce survient à l’approche du deuxième anniversaire de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cours de laquelle environ 1 200 Israéliens, civils et militaires, avaient été tués et plus de 250 pris en otages. Depuis, deux cessez-le-feu temporaires ont permis des échanges de prisonniers et de captifs, mais les combats n’ont jamais cessé.

Alors que le conflit entre dans sa troisième année, l’éventualité d’un accord global suscite à la fois espoirs et scepticisme. Le Hamas assure vouloir « contribuer de manière responsable » à un cadre national palestinien unifié, tandis que Donald Trump promet que « tout le monde sera traité équitablement ».

La rédaction
Avec Presse internationale

Haïti-OPH: Un projet de décret pour sortir des oubliettes par la modernisation des services postaux

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PORT-AU-PRINCE.— L’Office des Postes d’Haïti (OPH) s’apprête à engager une profonde réforme de son fonctionnement. Une enquête de Ayibo Post a révélé l’existence d’un projet de décret, récemment soumis par la direction de l’institution, qui vise à réorganiser ses structures et à l’adapter aux transformations rapides lbouleversant le secteur postal à l’échelle mondiale.

Fragilisé par la montée en puissance des services privés de messagerie, l’essor du commerce en ligne et la domination des technologies numériques, l’OPH voit son rôle traditionnel remis en question. Ce projet de décret se veut une réponse stratégique à ces bouleversements. Il propose une refonte organisationnelle destinée à renforcer les moyens de l’institution et à la rendre plus compétitive dans un marché de plus en plus ouvert.

Nouvelles attributions et ouverture aux partenariats

Le texte prévoit notamment une redéfinition des compétences au sein de l’OPH. La direction commerciale et celle des opérations postales se verront confier la mission de développer et gérer les normes de l’International Postal System (IPS.POST), afin d’assurer l’interopérabilité avec les réseaux étrangers.

En outre, l’OPH sera chargé de promouvoir le service de transfert d’argent via le système financier international (IFS) et d’assurer la gestion du programme de franchise. Le projet encourage également la diversification de l’offre de services postaux et l’établissement de partenariats stratégiques avec d’autres opérateurs du marché.

Maintien du service universel et des monopoles régaliens

Tout en s’ouvrant à de nouvelles activités, l’OPH conserve sa mission fondamentale: celle de garantir un service postal universel, conformément aux principes de l’Union postale universelle (UPU). Cette mission est considérée comme essentielle à la cohésion sociale et territoriale.

Le projet de décret maintient par ailleurs certains monopoles « régaliens » au profit de l’Office, tels que l’émission des timbres et l’acheminement du courrier entre institutions étatiques. Ces privilèges, souligne le document, justifient le rôle central que l’État continue d’attribuer à l’OPH dans un secteur en pleine libéralisation.

Une réforme stratégique

Avec ce projet, l’Office des Postes d’Haïti cherche à concilier deux impératifs: assurer la continuité d’un service public universel et relever le défi de la compétitivité dans un environnement dominé par l’innovation.

Cette réorganisation, présentée comme une étape décisive, apparaît cruciale pour renforcer la résilience de l’OPH et lui permettre de se repositionner durablement dans l’économie numérique et logistique contemporaine.

Jean Mapou

Haïti élue au Comité exécutif de l’Organisation panaméricaine de la santé

PORT-AU-PRINCE.— Haïti a franchi une nouvelle étape diplomatique et institutionnelle en matière de santé publique. À l’occasion du 62ᵉ Conseil directeur de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le pays a été élu membre du Comité exécutif de l’institution, un organe stratégique composé de neuf États membres élus pour un mandat de trois ans.

Cette élection place Haïti aux côtés de huit autres pays de la région, avec la mission d’orienter les grandes décisions de l’OPS, bras régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Comité exécutif joue un rôle essentiel en approuvant les ordres du jour des réunions, en examinant et en recommandant les programmes et budgets, et en conseillant la Conférence et le Conseil sur les questions relatives aux politiques sanitaires.

Une motivation internationale pour le renforcement du pays

Il s’agit d’une reconnaissance importante pour Haïti, déjà élue, il y a quelques mois au Conseil exécutif de l’OMS à Genève, où le pays est représenté par le Dr Bertrand Sinal. Ce double positionnement au niveau mondial et régional confère au pays une voix renforcée dans l’élaboration et la gouvernance des politiques de santé internationales.

Selon les statuts, le Comité exécutif de l’OPS agit comme un groupe de travail de la Conférence ou du Conseil, et se réunit deux fois par an. Il dispose également d’un sous-comité permanent chargé des questions de programme, de budget et d’administration. Ses fonctions incluent notamment d’autoriser le Directeur du Bureau à convoquer les réunions du Conseil, approuver l’ordre du jour provisoire des réunions, et examiner le programme et le budget proposés, avec recommandations.

Vers un rôle accru en matière de santé mondiale

Outre cette élection, Haïti a également été proposé au comité permanent de la prévention, de la préparation et de l’intervention en cas d’urgence sanitaire de l’OMS, une instance spécialisée créée pour renforcer la réponse internationale aux crises sanitaires.

Cette présence accrue au sein des instances décisionnelles de l’OPS et de l’OMS offre à Haïti une opportunité unique de défendre ses priorités nationales en matière de santé publique, notamment la résilience des systèmes de soins, la préparation aux épidémies et l’amélioration de l’accès aux services de base, tout en participant activement aux grandes orientations de la coopération internationale en santé.

Un enjeu de gouvernance sanitaire

Pour les autorités haïtiennes, cette élection revêt une dimension stratégique. Elle intervient dans un contexte de fragilité des infrastructures sanitaires du pays, marqué par la récurrence des crises épidémiologiques et humanitaires.

La représentation d’Haïti dans ces instances pourrait faciliter l’accès à un soutien technique et financier renforcé, tout en consolidant le poids diplomatique du pays sur la scène internationale. Cette élection, plaçant Haïti au premier plan des réflexions en matière de santé publique au niveau mondial est un signal fort d’un regain d’espoir pour un peuple qui se consume à petit feu.

Jean Mapou

Quand les Dominicains se tournèrent vers Haïti : Boyer et l’unification de l’île

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Les historiens s’accordent à reconnaître que l’Espagne, par le traité de Bâle du 22 juillet 1795, céda à la France la partie orientale de l’île de Saint-Domingue. Dès lors, l’ensemble de l’ancienne Ayiti passa sous domination française. Lorsque les esclaves insurgés remportèrent la victoire sur les colons, l’indépendance proclamée préliminairement à Fort-Liberté le 19 novembre 1803 et solennellement aux Gonaïvesle le 1er janvier 1804 concerna l’île entière, occupée à l’ouest par les Haïtiens et à l’est par les anciens colons espagnols, devenus dominicains.

Les documents officiels de l’époque n’établissaient d’ailleurs aucune distinction entre les deux parties de l’île (française et espagnole depuis le traité de Ryswick du 20 septembre 1697). Au 1er janvier 1804, l’île paraissait donc totalement haïtienne. Au moment de la capitulation du Cap en 1803, Rochambeau avait pensé passer à l’est pour continuer la lutte. Ce projet ne put être réalisé par suite du siège du Cap par les troupes indigènes. Mais, Jean- Louis Ferrand, commandant de Santiago, par un stratagème, prenait le commandement de Santo-Domingo des mains de Kerverseau. Malgré l’indépendance de la colonie, Ferrand et ses 1500 hommes de l’expédition Leclerc adoptent une politique de force vis à vis du jeune État. Toutefois, l’échec de la campagne de l’est entreprise par Dessalines en février 1805, permit à cette partie d’échapper durablement à l’autorité haïtienne.

L’Est dans les tourmentes internationales

Entre 1807 et 1810, la partie orientale participa au vaste mouvement de résistance latino-américain contre l’occupation napoléonienne de l’Espagne. Elle se plaça un temps sous la protection britannique avant de retomber dans l’anarchie politique. En 1815, le Congrès de Vienne restitua officiellement ce territoire à l’Espagne.

Durant cette période, le roi Henri Christophe maintint une influence indirecte sur l’est. En 1810, il soutint les insurgés contre Ferrand, et Serapio Reynoso occupa Santiago un temps en son nom. Certains patriotes espagnols sollicitèrent même une annexion à son royaume du Nord, mais Christophe, préoccupé par la division de l’ouest, se limita à leur fournir armes et appuis en 1811.

La République éphémère de l’est

En 1821, José Núñez de Cáceres (1772-1846), écrivain et homme d’État dominicain, proclama l’indépendance de l’est sous le nom d’Haïti Espagnol (première indépendance de la République dominicaine avant l’ annexion de 1822) . Cette initiative déclarée le 30 novembre 1821, soutenue par une minorité, suscita plusieurs projets concurrents : rattachement à la Colombie de Bolívar ou rapprochement avec Haïti. Dans les provinces frontalières, notamment la Vega et le Cibao qui arborèrdnt dans leurs à leurs frontons le drapeau bleu et rouge d’Haïti , le sentiment pro-haïtien dominait.

Parallèlement, la France nourrissait encore l’espoir de reconquérir son ancienne colonie de Saint-Domingue, comme l’attestent la mission de 1814, celle de 1816, et l’article 18 du traité de Paris de 1815 qui considérait Haïti comme toujours coloniale. Cette menace accentua la nécessité d’unité pour les dirigeants haïtiens.

L’appel aux Haïtiens et la décision de Boyer

Le président Jean-Pierre Boyer perçut clairement les risques que représentait la division de l’île : rivalités internes entre Dominicains, incursions anglaises et ambitions françaises. Le 25 décembre 1821, il écrivit au Sénat haïtien :

 » N’oublions pas que nous occupons une île dont toute sa population soit une et indivisible et sous une même direction pour fournir à son indépendance des garanties indispensables à son maintien »

Ainsi, bien que les historiens dominicains contemporains minimisent l’appel lancé aux Haïtiens, le témoignage de Jean Price-Mars reste sans équivoque :

 » Évidement, il y eut appel quoi qu’en dise les Dominicains aujourd’hui. Mais non seulement il n’y a pas eu que cela, il résulte des autres données du problème que si cet appel n’avait pas été lancé, Boyer n’eut été obligé d’intervenir dans les affaires dominicaines, étant donné que la réunion de tout le territoire sous l’ administration haïtienne, à ce moment là, répondait à une nécessité absolue : la sécurité et la liberté de la Nation haïtienne « .

L’unification de 1822

En février 1822, Boyer franchit la frontière avec 12 000 soldats. Une aile, commandée par lui-même, avança vers Santo Domingo par San Juan et Azua, tandis que l’autre, sous le commandement du général Guy Joseph Bonnet, progressa par Dajabón et Santiago. L’armée haïtienne atteignit rapidement la capitale où elle fut accueillie au son des cloches et des canons.

Núñez de Cáceres prononça un discours soulignant les différences linguistiques, sociales, ethniques et religieuses entre les deux peuples, avant le geste de remettre symboliquement les clefs de la ville à Boyer. Ce dernier déclina l’hommage en ces termes :

 » C n’est pas la force des armes qui m’a amené ici, mais la volonté des habitants qui m’ont librement appelé pour les garantir des droits et des privilèges dont ils n’ont jamais joui. ».

Les limites de l’union

Toutefois, l’enthousiasme initial céda rapidement la place aux tensions. Les maladresses administratives, la nomination de responsables peu formés et l’inflexibilité du général Bonnet irritèrent les Dominicains. Malgré son remplacement en 1831 par le général Bernard Philippe Alexis Carrié, les efforts de fusion restèrent vains.

Mal gouvernée par Boyer et négligée après sa chute, la partie orientale rejeta progressivement l’union haïtienne. Le 27 février 1844, elle proclama son indépendance sous le nom de République dominicaine, cette fois-ci durablement.

Pierre Josué Agénor Cadet