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Haïti : la BRH mise sur la digitalisation et l’équité de genre pour relancer l’inclusion financière

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince – Dimanche 5 octobre 2025 — Dans un contexte économique fragile et socialement polarisé, la Banque de la République d’Haïti (BRH) s’impose une mission de reconstruction économique par l’innovation. Après avoir misé sur l’éducation financière ces dernières années, l’institution monétaire oriente désormais ses priorités vers la digitalisation des paiements et l’équité de genre, deux leviers stratégiques pour stimuler l’inclusion financière et renforcer la résilience du système économique haïtien.

Les 2 et 4 octobre derniers, la BRH, en partenariat avec le ministère de l’Économie et des Finances, le ministère à la Condition féminine et la Banque interaméricaine de développement (BID), a tenu deux journées de réflexion sur le thème :

« Soutenir des synergies d’action et de partenariat pour stimuler l’innovation, l’équité de genre et l’accès au financement pour des opportunités durables. »

Une vision de modernisation économique post-crise

Dans son allocution d’ouverture, le gouverneur Ronald Gabriel a replacé cette activité dans une perspective claire : celle d’une refondation du modèle économique haïtien par la technologie, la coopération et l’équité.

« Nous voulons ouvrir une nouvelle ère économique fondée sur la résilience, l’innovation et l’accès équitable aux opportunités », a-t-il déclaré.

Ce positionnement est crucial : dans un pays où plus de 60 % de la population reste exclue du système bancaire, la digitalisation et l’éducation financière représentent une porte d’entrée vers la formalisation de l’économie, la transparence des flux et la confiance institutionnelle.

La démarche de la BRH traduit ainsi une volonté d’État de régulation et de modernisation dans un contexte de désordre monétaire et de contraction du crédit productif.

Trois projets structurants pour transformer l’écosystème financier

Ces journées ont permis de dévoiler trois chantiers majeurs capables de transformer le système financier haïtien à moyen terme :

  1. Le diagnostic de l’écosystème Fintech en Haïti, mené par la Banque mondiale, offre une première cartographie complète des prestataires numériques et des obstacles à l’expansion des paiements digitaux.

Ce rapport sert de base à la régulation des opérateurs, à la sécurité des transactions et à l’identification des niches d’innovation.

  1. La digitalisation des paiements dans le secteur informel, qui représente environ 35 % du PIB national, vise à réduire la dépendance du pays aux paiements en espèces. La phase pilote, prévue à Pétion-Ville, aux Cayes et au Cap-Haïtien, ambitionne de relier progressivement les petits commerçants, artisans et MPME à un système de paiement interopérable et sécurisé.
  2. Le programme Booster PME III, conçu pour renforcer l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises, cible la création d’emplois et la croissance inclusive. L’enjeu est de convertir le potentiel entrepreneurial haïtien en véritable moteur de développement durable.

Le ministre Alfred Fred Metellus insiste sur une digitalisation inclusive des paiements et l’émergence d’une classe moyenne

Lors de son intervention au Forum, le ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Metellus, a mis l’accent sur les réformes en cours pour moderniser la fiscalité et digitaliser les paiements publics.

Le capital humain au cœur de la transformation numérique

Consciente que la digitalisation ne peut se faire sans compétences, la BRH investit dans la formation d’un capital humain qualifié.

Le gouverneur Ronald Gabriel a insisté sur la nécessité de créer une masse critique de professionnels capables d’accompagner cette mutation technologique :

« Nous formons des experts dans l’audit informatique, la cybersécurité, l’analyse de données et l’intelligence artificielle. »

Cette orientation vers la technologie appliquée à la finance (FinTech) répond à une double urgence : sécuriser les flux financiers et préparer la jeunesse à l’économie numérique mondiale, tout en favorisant l’émergence d’un écosystème local d’innovation.

L’équité de genre : un pilier de la stabilité économique

L’un des aspects les plus novateurs de cette initiative est l’intégration explicite de l’équité de genre comme levier d’inclusion financière.

En Haïti, les femmes représentent plus de 52 % de la population, mais leur accès au crédit et à la propriété reste limité.

En créant un fonds pour l’intelligence artificielle et l’inclusion des femmes, la BRH place les Haïtiennes au centre du redressement économique. Ce dispositif permettra de financer des start-ups dirigées par des femmes dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, du tourisme et de la finance, tout en favorisant la collecte et l’analyse de données genrées.

Cette approche multidimensionnelle répond à une logique économique mesurable : selon la Banque mondiale, l’égalité économique des genres pourrait augmenter le PIB haïtien de plus de 10 % sur la prochaine décennie.

Un tournant stratégique pour la politique monétaire haïtienne

En engageant la digitalisation et l’équité dans son agenda institutionnel, la BRH dépasse le rôle traditionnel d’une banque centrale. Elle devient actrice de la transformation économique, catalyseur de confiance et vecteur d’innovation sociale.

La digitalisation des paiements contribue à :

▪︎ réduire la circulation de liquidités non traçables ;

▪︎ limiter les risques de corruption et de blanchiment ;

▪︎ améliorer la collecte de données macroéconomiques ;

▪︎et accroître l’efficacité des politiques publiques.

Sur le plan politique, cette initiative renforce la crédibilité institutionnelle de la BRH et repositionne la gouvernance économique haïtienne dans une logique de transparence et de développement inclusif.

Vers une économie plus stable et plus juste

Au-delà de la technique, la stratégie de la BRH est une réponse systémique à la crise de confiance qui mine l’économie haïtienne. Elle traduit une compréhension fine des enjeux de notre temps : aucune économie moderne ne peut prospérer sans inclusion, sans numérique et sans justice sociale.

Dans un pays souvent décrit comme « en marge de la mondialisation », la BRH tente de tracer une voie nationale vers la stabilité économique, la transformation numérique et la justice financière.

Si cette vision parvient à s’ancrer dans les faits, Haïti pourrait amorcer l’un de ses plus importants virages économiques depuis la réforme monétaire des années 1990.

Séville humilie le FC Barcelone : une déroute symptomatique d’un mal plus profond

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Par Jean Wesley Pierre

Le FC Barcelone a sombré ce dimanche 5 octobre 2025 au Ramón Sánchez-Pizjuán, s’inclinant lourdement 4-1 face au FC Séville, une défaite aussi inquiétante que révélatrice. Malgré un but de Marcus Rashford, élu Homme du match, les Catalans ont affiché une fébrilité rare, un manque de rigueur tactique et une incapacité chronique à réagir collectivement.

Un naufrage collectif en première période

Dès les premières minutes, les hommes d’Hansi Flick ont paru dépassés. En retard dans les duels, mal positionnés et désorganisés face au pressing andalou, ils ont concédé des espaces béants exploités sans pitié par une équipe sévillane inspirée.

« Nous avons très mal joué en première période », a reconnu Flick en conférence de presse. « Ce n’est pas un problème de système, mais d’erreurs individuelles et collectives. »

Le constat est partagé par Pedri, lucide après la rencontre :

« L’équipe a été mauvaise. Je crois que nous n’avons jamais aussi mal joué auparavant. Il faut être honnêtes avec nous-mêmes. »

Sans intensité défensive, ni liant dans la construction, le Barça a offert à Séville une première mi-temps d’une facilité déconcertante. La défense, menée par Ronald Araujo, auteur d’une faute stupide qui conduit à un penalty et Pau Cubarsi, s’est montrée fébrile, confuse dans la relance et souvent battue dans les duels.

Rashford, seul rayon de lumière dans la tempête

Malgré la débâcle, Marcus Rashford a tenté de sauver l’honneur. Auteur du seul but catalan, l’attaquant anglais a une nouvelle fois été décisif, confirmant sa montée en puissance sous le maillot blaugrana avec 9 contributions (buts/passes) sur ses huit derniers matchs toutes compétitions confondues.

Mais ce soir-là, sa performance n’aura été qu’un éclair isolé dans une nuit d’erreurs. Blessé en fin de match, Rashford quitte la pelouse avec le visage grave, conscient du désastre collectif.

Un penalty controversé et un Flick à bout de nerfs

Le tournant du match survient sur un penalty accordé à Séville après un contact entre Araujo et Isak Romero, décision vivement contestée par les Barcelonais.

Flick, furieux sur la ligne de touche, a dû être calmé par le quatrième arbitre. Même l’ancien arbitre Mateu Lahoz a jugé la sanction « étrange » :

« Ce n’est pas un penalty. C’était une collision normale entre deux joueurs. »

Mais au-delà de cette controverse, le problème du Barça est ailleurs : un manque de lucidité, d’intensité et de mental.

Des signaux alarmants avant la trêve

Après la défaite face au PSG en Ligue des champions, cette humiliation en Liga confirme les fragilités d’une équipe en perte de repères. Deux revers consécutifs, une place de leader envolée au profit du Real Madrid, et un vestiaire visiblement touché moralement.

Le journaliste haïtien Ralph Ganthier analyse avec justesse :

« Le Barça d’Hansi Flick a trois grands défauts : il entre trop lentement dans les matchs, il ne gère pas les transitions, et il refuse le match nul. Tant qu’ils n’auront pas corrigé ça, ces désastres se répéteront. »

Flick, de son côté, appelle au calme et à la patience :

« Certains joueurs vont revenir. Nous devons apprendre et réagir. Nous jouons pour un club fantastique et pour des fans exigeants. »

Séville retrouve la flamme, Barcelone perd la tête

Pour Séville, cette victoire a un goût de renaissance. Il s’agit de leur première victoire en Liga face au Barça depuis 2015, et elle propulse le club andalou à la 4e place, à seulement trois points du podium.

« C’est l’une des nuits les plus heureuses de ma vie », confie José Ángel Carmona, auteur d’un match plein d’énergie et de justesse.

Le contraste est saisissant : Séville a joué avec intensité, puissance et détermination, quand Barcelone a semblé épuisé, sans plan B, ni leaders capables d’inverser la tendance.

Une alerte rouge pour Hansi Flick

Ce revers dépasse le simple accident : il expose des failles structurelles dans le projet de Flick. Le Barça se cherche encore entre principes de jeu hésitants, manque de profondeur de banc et absence de hiérarchie claire.

L’émotion semble parfois l’emporter sur la logique dans ses choix de titulaires, notamment avec Araujo, Olmo ou Lewandowski, de plus en plus contestés.

À l’approche de la trêve, le club catalan doit se remettre en question. Plus que le score, c’est l’attitude et la perte de confiance qui inquiètent.

Barcelone n’a pas seulement perdu un match à Séville.
Il a perdu son aplomb, sa rigueur, et pour un soir au moins son identité de jeu.

L’Ivoirienne Nicole Flora Boni Kouassi nommée nouvelle coordonnatrice résidente de l’ONU en Haïti

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PORT-AU-PRINCE.— Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a annoncé la nomination de Mme Nicole Flora Boni Kouassi, ressortissante de la Côte d’Ivoire, au poste de Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général pour le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), ainsi que de Coordonnatrice résidente et Coordonnatrice humanitaire des Nations Unies dans le pays.

Elle succède à la diplomate suédoise Ingeborg Ulrika Ulfsdotter Richardson, saluée par M. Guterres pour son dévouement, son leadership et son engagement indéfectible envers les valeurs et les objectifs des Nations Unies.

Avec plus de vingt-deux ans d’expérience au sein du système onusien, Mme Boni Kouassi est appelée à apporter à sa nouvelle fonction une expertise solide dans les domaines du développement durable, de la consolidation de la paix, de la sécurité et de l’action humanitaire.

Avant sa nomination en Haïti, elle occupait, depuis 2022, le poste de représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Niger. Entre 2019 et 2022, elle avait exercé les fonctions de représentante résidente du PNUD au Burundi, tout en assurant, en 2021, le rôle de coordonnatrice résidente et humanitaire par intérim.

Auparavant, Mme Boni Kouassi a occupé plusieurs postes stratégiques, notamment représentante résidente adjointe du PNUD à Djibouti et au Niger, ainsi que spécialiste principale de la cohérence des Nations Unies au siège de l’organisation, à New York.

Médecin de formation, Mme Boni Kouassi est titulaire d’un doctorat en médecine obtenu à l’Université Félix Houphouët-Boigny (anciennement Université de Cocody) à Abidjan, ainsi que d’une maîtrise en santé publique de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, dans le Maryland, aux États-Unis.

En plus de sa langue maternelle, le baoulé, elle maîtrise couramment le français et l’anglais, des atouts majeurs pour conduire le dialogue entre les partenaires nationaux et internationaux en Haïti.

La prise de fonction de Mme Boni Kouassi intervient à un moment charnière pour Haïti, confrontée à une grave crise politique, sécuritaire et humanitaire. Les Nations Unies espèrent que sa solide expérience multisectorielle et son engagement en faveur du développement humain permettront de renforcer la coopération entre le BINUH, le gouvernement haïtien et la société civile.

Dans ce contexte, la nouvelle coordonnatrice aura la lourde tâche de favoriser un climat propice à la stabilité et à la relance institutionnelle, du coup réorienter l’approche onusienne en Haït.

Son arrivée est perçue comme un geste de confiance et de continuité dans la coopération entre l’ONU et Haïti, à un moment où la communauté internationale multiplie les initiatives pour aider le pays à retrouver le chemin de la gouvernance démocratique et du développement durable, et presse les dirigeants à prendre la voie de l’organisation des élections.

Jean Mapou

Le jeune Woodjery Dupré renouvelle son engagement à supporter l’éducation des jeunes

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Se faisant appeler « L’homme Sosyal de Petion Ville, cette année encore, Woodjery Dupré maintient son engagement en faveur de l’éducation et l’émergence de la jeunesse.
En effet, dans l’objectif de faciliter certains élèves de reprendre le chemin de l’école, le jeune Woodjery Dupré a permis à une vingtaine de jeunes filles de pouvoir payer la couture de leurs uniformes.

Dans une intervention accordée à notre rédaction, il a déclaré que ce geste traduit son engagement à supporter l’éducation et la jeunesse haïtienne.

«Je l’avais dit déjà, et je le répète: je continuerai à faire « du social», ce support témoigne de mon engagement envers les jeunes», a-t-il précisé. Je vais continuer à m’aligner aux côtés d’eux», a-t-il poursuivi.

Les bénéficiaires, de leur côté, ont salué l’initiative et felicité Dupré pour ce geste qu’ils jugent «significatif». Les parents étaient très heureux. «Je suis très fier du fait que les jeunes et leurs parents qui se réjouissent de ce don», a dit M Dupré.

Le jeune leader de jeunesse a rappelé que l’éducation est un droit et, l’école est c’est l’avenir du pays. Il souligne que chaque enfant instruit en Haïti est un pays vers le développement.

Il a reafifirmé sa détermination à continuer à lutter pour l’accès à l’éducation pour tous. «C’est ma mission, je n’abandonnerai jamais», a conclu Dupré, entouré d’une parterre d’enfants.

Gedeon Delva

L’ambassadeur américain Henry T. Wooster exhorte le CPT à tenir ses engagements d’organiser les élections

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PORT-AU-PRINCE.— L’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Henry T. Wooster, a lancé un appel pressant au Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et au gouvernement haïtien pour qu’ils accélèrent les démarches menant à l’organisation d’élections libres, crédibles et inclusives dans le pays.

De retour de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations unies, tenue à New York, le diplomate américain a diffusé, ce samedi 4 octobre, une vidéo sur les réseaux sociaux invitant les autorités haïtiennes à présenter un plan précis assorti d’un calendrier pour les élections et la transition politique. Selon lui, «le moment est venu pour Haïti de tracer sa propre voie de sortie de crise», insistant sur le fait que «l’impasse politique actuelle est au cœur de la crise sécuritaire qui mine le pays et déstabilise la région».

Wooster a réaffirmé l’appui de Washington au gouvernement haïtien, notamment dans le domaine de la sécurité, qu’il considère comme une condition indispensable à la tenue d’un scrutin démocratique. «Les postes ne sont pas à vie», a-t-a-t-il toutefois, rappelé. Une déclaration perçue comme un avertissement direct aux responsables actuels du pouvoir de transition.

Cette mise en garde s’inscrit dans la continuité des déclarations récentes du chargé d’affaires américain à New York, qui avait souligné en septembre que «les postes de Premier ministre et de conseillers présidentiels ne sont pas des emplois permanents». Il avait également insisté sur la nécessité de ne pas détourner le débat politique des urgences nationales, rappelant que la sécurité demeure l’enjeu principal pour Haïti.

À quatre mois de l’expiration du mandat du Conseil Présidentiel de Transition, les pressions internationales se multiplient pour obtenir des progrès tangibles. Malgré les promesses du gouvernement et les multiples engagements pris devant les partenaires étrangers, la dégradation du climat sécuritaire continue de compromettre toute perspective électorale.

Les gangs armés contrôlent toujours de vastes zones de la capitale et de plusieurs départements, rendant difficile toute planification logistique d’un scrutin national. Dans ce contexte, les appels répétés de la communauté internationale prennent une dimension de plus en plus urgente.

Le message de l’ambassadeur Wooster sonne ainsi comme un rappel à l’ordre et un signal d’impatience de la part de Washington et de ses partenaires. Pour eux, le retour à la légitimité démocratique représente la seule voie durable pour sortir Haïti de la crise politique, sécuritaire et institutionnelle qu’elle traverse depuis plusieurs années.

«Haïti doit choisir son avenir par les urnes», a résumé M. Wooster, en invitant le CPT à assumer pleinement ses responsabilités historiques.

Jean Mapou

Être mariée n’est pas un plan, voire des plans Q.

Par Jean Venel Casséus

Dans un monde qui confond liberté et dispersion, le mariage n’est plus perçu comme un cadre de croissance, mais comme une entrave ou un calcul. Pourtant, il n’a de sens qu’entre deux êtres déjà constitués : intellectuellement, économiquement et spirituellement. Être mariée n’est pas un “plan” : c’est un lieu de construction.

À chacun sa vie, à chacun sa vision du monde. Mais il y a des illusions qu’il faut briser. Le mariage, aujourd’hui, est souvent présenté comme un “plan A” ou un “plan B” dans la course à la réussite personnelle, une étape à cocher avant la trentaine, une validation sociale à afficher. On s’y engage non par conviction, mais par réflexe culturel, ou pire : pour satisfaire l’attente des autres. Pourtant, le mariage n’est pas un plan, c’est une architecture du sens. Il ne s’improvise pas. Il exige des fondations : une conscience, une stabilité, une vision du monde. Ce n’est ni un refuge ni une fuite. C’est un lieu d’élaboration de soi à travers l’autre.

Depuis quelques décennies, un discours s’est imposé : celui qui fait du mariage un symbole de soumission, une relique patriarcale. Certains le peignent comme la dernière prison que les femmes doivent fuir pour être libres. Mais cette lecture est paresseuse. Elle confond le mariage institutionnel, parfois dévoyé par la domination masculine, avec le mariage existentiel, celui qui unit deux libertés conscientes et égales. Le féminisme véritable ne consiste pas à fuir le mariage, mais à le redéfinir. À prouver que l’union n’annule pas l’indépendance, qu’aimer ne signifie pas renoncer à soi. L’émancipation ne réside pas dans le refus du lien, mais dans la maîtrise de ses conditions. La femme libre n’est pas celle qui rejette le mariage, c’est celle qui y entre par choix, non par contrainte, celle qui apporte un contenu, un métier, une pensée, une force. Le mariage cesse alors d’être une cage pour devenir un espace de co-création.

Notre époque prêche la liberté comme une religion. Mais trop souvent, cette liberté n’est qu’une solitude déguisée. Voir Amandine. Celle que chante Emeline Michel : « Amandine est au bout du bar. À son bec, une cigarette. Elle attend qu’un ange ou un mec, lui gratte son allumette. Oh, Amandine vient là tous les soirs, pour la danse et pour l’ambiance; pour les bons prix, la transe et puis l’espoir. Elle a son boulot, Elle a son auto, Elle a tout c’qu’il faut mais elle est toute seule ». On célèbre la femme “indépendante” comme une héroïne moderne, tout en la condamnant à porter seule le poids du monde : son travail, sa sécurité, ses émotions, son avenir. Cette autonomie totale, glorifiée par les réseaux sociaux, finit par ressembler à une fatigue existentielle. Car la vie ne se construit pas dans le rejet de l’autre, mais dans la relation. La vraie liberté n’est pas de se soustraire au lien, mais de le choisir avec lucidité. Le mariage, quand il est fondé sur la maturité, n’oppose pas liberté et engagement : il les réconcilie. Deux êtres accomplis ne s’emprisonnent pas, ils se fortifient mutuellement. L’amour n’est pas une chaîne, c’est une alliance. Et toute alliance suppose deux forces autonomes, non deux dépendances qui s’agrippent.

Être marié, c’est admettre que la vie ne se suffit pas d’expériences successives. C’est choisir la continuité dans un siècle de ruptures. C’est accepter que la maturité consiste à construire au lieu de consommer, à persévérer au lieu de recommencer. Le mariage ne s’oppose pas à la liberté, il la discipline. Il lui donne une forme, un horizon, une éthique. Et dans ce monde d’instantanéité, il est peut-être la dernière école de patience. L’autre eut à dire « … souviens toi, Je t’aime aujourd’hui, Ne l’oublie jamais quoi qu’il arrive… la vie à deux n’est pas toujours facile… Il nous faudra bien du talent… pour vivre ensemble ». On peut être féministe et croire à la valeur du foyer, non comme soumission domestique, mais comme cellule de civilisation. C’est dans le couple stable, fondé sur le respect réciproque, que s’apprennent la justice, la parole tenue, la responsabilité partagée.

On entend souvent dire : “Le mariage, c’est pour les faibles”, “Les hommes ne supportent pas les femmes fortes”, “On n’a plus besoin d’un homme pour exister”. Ces phrases, nées de blessures réelles, se sont transformées en slogans, puis en prisons mentales. Le problème n’est pas l’homme ni la femme, c’est l’immaturité des deux. Le mariage échoue non parce qu’il est une institution obsolète, mais parce qu’on y entre sans préparation. On se marie sans contenu, sans vision, sans compréhension du temps. On confond romantisme et construction, passion et stabilité. Ce n’est pas le mariage qui détruit les individus, c’est l’absence de contenu qui détruit le mariage.

On ne devrait pas se marier pour combler un vide, mais pour prolonger une plénitude. Le mariage n’a de sens que si chacun arrive déjà chargé de sa propre richesse intérieure : de ses idées, de son métier, de ses convictions. La beauté physique ne remplace pas la pensée. La séduction n’a pas de valeur sans stabilité. Le mariage, pour durer, doit unir deux visions, pas deux apparences. À trente ans, dans un cadre normal, on devrait être prêt à l’union, non parce qu’il faut “faire sa vie”, mais parce qu’on a déjà compris la vie. Le mariage devient alors un lieu de croissance partagée, un laboratoire de transmission. C’est là que se forgent les citoyens du futur, les enfants équilibrés, les héritages durables.

Il faut redonner au mot “mariage” sa dignité perdue. Non pas comme idéal religieux ou administratif, mais comme forme supérieure du lien humain. Dans un monde liquide où tout glisse, il demeure le dernier espace de solidité. Se marier, c’est dire à l’autre : je ne t’aime pas pour me compléter, mais pour continuer à devenir. C’est un pacte d’évolution, non d’asservissement. Un serment d’avenir, non une nostalgie des traditions. Le mariage n’est pas un piège pour les femmes fortes, ni une récompense pour les dociles. C’est un cadre de symétrie entre deux forces conscientes. C’est la rencontre du féminin et du masculin dans leur pleine maturité, celle où le désir cesse d’être fuite pour devenir promesse.

Être mariée n’est pas des plans Q. C’est un acte de conscience. Un engagement entre deux êtres pleins d’eux-mêmes et prêts à bâtir ensemble quelque chose qui les dépasse. Ce n’est pas une fin, mais une forme. Et dans une époque qui se dissout dans les apparences et la vitesse, cette forme reste peut-être la dernière promesse de stabilité humaine.


04 octobre 2025
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Des kits scolaires distribués par la Primature aux enfants des policiers tombés en service

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Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rencontré, ce 4 octobre 2025, les familles des policiers morts dans l’exercice de leurs fonctions. Au cours de cette cérémonie, des kits scolaires ont été remis aux enfants des défunts, en signe de reconnaissance et de solidarité nationale.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est rendu, ce samedi 4 octobre, à la Direction générale de la Police nationale d’Haïti (PNH) pour honorer la mémoire des policiers tombés en service et rencontrer leurs familles. Une initiative empreinte d’émotion et de solidarité, visant à témoigner la gratitude de l’État envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour la sécurité du pays.

Lors de la cérémonie, la Primature a distribué des kits scolaires aux enfants des policiers disparus. Un geste que le Chef du gouvernement a présenté comme un « symbole de reconnaissance et d’amour de la Nation envers ses héros ».

Dans son allocution, Alix Didier Fils-Aimé a salué le courage et le sens du devoir des agents de la PNH, tout en réaffirmant la volonté du gouvernement de rester aux côtés de leurs familles. Il a également rappelé la détermination de son équipe à rétablir l’ordre et la sécurité sur tout le territoire national et à conduire le pays vers des élections libres, honnêtes et démocratiques.

Cependant, au-delà de l’émotion suscitée par cet événement, des voix s’élèvent au sein même de la Police nationale. Des agents dénoncent leurs conditions de travail précaires et réclament de meilleures considérations. Certains membres de la 34e promotion affirment n’avoir jamais perçu leurs salaires depuis leur graduation — plusieurs d’entre eux seraient même décédés sans avoir reçu le moindre paiement.

Recevoir un kit scolaire, certes, mais qu’en est-il du suivi réel des enfants de ces policiers disparus ? Leur scolarité sera-t-elle assurée jusqu’à la fin de leurs études ? Autant de questions qui restent, pour l’instant, sans réponse.

Pour certains observateurs, cette initiative de la Primature relève davantage d’un geste symbolique ou d’un « show médiatique » que d’une politique durable de soutien aux familles des policiers tombés. Ils soulignent que sans un engagement concret et continu, ces actions risquent de rester sans effet à long terme.

Sicot Saxely

La Convention de Vienne impose-t-elle une durée pour le personnel diplomatique ?

Par Pierre Josué Agénor Cadet

À la suite de la décision du gouvernement américain d’exiger le départ immédiat de plusieurs diplomates haïtiens en poste depuis plus de dix ans aux États-Unis, certains de mes étudiants en relations internationales au Centre d’Études Diplomatiques et Internationales (CEDI) m’ont posé une question pertinente relative à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et au principe de rotation du personnel diplomatique.

Selon une note publiée récemment, le gouvernement américain, dans une lettre adressée au ministère haïtien des Affaires étrangères, aurait reproché à l’État haïtien de ne pas respecter le principe de rotation prévu par la Convention de Vienne. En conséquence, Washington aurait exigé le départ immédiat de plusieurs diplomates haïtiens accrédités aux États-Unis, sous peine d’être déclarés personae non gratae.

Épurer la diplomatie haïtienne, gangrenée par le clientélisme politique, le népotisme et l’incompétence, constitue effectivement une urgence nationale, surtout lorsque de jeunes diplômés en relations internationales demeurent au chômage. Toutefois, cette décision du gouvernement américain met surtout en lumière la faiblesse structurelle de la diplomatie haïtienne, souvent décriée pour ses pratiques de corruption, d’inefficacité et de manque de professionnalisme.

Analyse de la Convention de Vienne

Après une relecture attentive du texte intégral de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, signée le 18 avril 1961 et entrée en vigueur le 24 avril 1964, il apparaît que le principe de rotation du personnel diplomatique n’est pas explicitement énoncé dans le document. Cependant, il découle implicitement de plusieurs dispositions fondamentales relatives à la nomination, à la fonction et à la cessation des fonctions des agents diplomatiques.

Le principe de rotation repose sur le fait que les agents diplomatiques sont nommés par l’État d’envoi et accrédités auprès de l’État de résidence pour une durée non permanente. Ces agents n’ont donc aucun droit acquis à occuper un poste particulier : leur présence dépend exclusivement de la volonté de l’État accréditant.

Conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, l’État accréditant doit obtenir l’agrément de l’État accréditaire avant la nomination d’un diplomate. Cette procédure suppose que la désignation d’un représentant peut varier selon les besoins politiques, diplomatiques ou administratifs de l’État d’envoi.

Par ailleurs, la Convention prévoit plusieurs cas de cessation de fonctions. Les fonctions d’un agent diplomatique prennent fin notamment lorsque l’État accréditant notifie à l’État accréditaire la fin de sa mission, ou lorsque l’État de résidence refuse de continuer à le reconnaître comme membre de la mission. Selon l’article 9 de la Convention, « l’État accréditaire peut, à tout moment et sans avoir à motiver sa décision, notifier que tel membre de la mission n’est plus acceptable ».
Cette disposition consacre la souplesse et la mobilité inhérentes à la carrière diplomatique, et, par extension, renforce l’importance du principe de rotation.

Importance du principe de rotation

Une diplomatie moderne et efficace repose nécessairement sur la rotation périodique du personnel. Ce principe permet d’éviter la routine et l’usure professionnelle, de maintenir la vigilance, la motivation et l’efficacité des agents diplomatiques. Il garantit également la loyauté envers l’État d’envoi : en changeant régulièrement de poste, le diplomate limite le risque de tisser des liens trop étroits avec le pays hôte, susceptibles de compromettre sa neutralité.

La rotation contribue aussi à la formation d’un corps diplomatique compétent et polyvalent, capable de s’adapter à divers contextes politiques, économiques et culturels. Elle permet, enfin, d’assurer une représentation plus dynamique et plus cohérente avec les orientations changeantes de la politique étrangère de l’État.

La Convention de Vienne de 1961 n’impose aucune durée fixe pour l’affectation des diplomates. Chaque État demeure libre d’établir ses propres règles en la matière. Toutefois, en pratique, la durée moyenne d’une mission diplomatique varie généralement entre trois et cinq ans. Les ministères des Affaires étrangères appliquent ce principe de rotation dans le cadre de la gestion des carrières diplomatiques, afin d’assurer la compétence, la mobilité et la loyauté de leurs représentants à l’étranger.

Pierre Josué Agénor Cadet
Professeur d’introduction à la science politique et d’histoire moderne et contemporaine à
Université

L’OCNH rappelle aux Etats leur engagements de prévenir et sanctionner la violence

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Le jeudi 2 octobre 2025 c’était la journée internationale de la non-violence. En cette occasion l’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti ( OCNH) a rappelé les États leurs engagements internationaux en mettant en place des mesures nécessaires pour prévenir et sanctionner toute forme de violence portant atteinte à la dignité humaine.

Dans un communiqué, l’OCNH a lancé un message aux Etats pour les rappeler l’importance de la lutte contre la violence les exhortant à « prendre des mesures concrètes prévenant et sanctionnant toute forme de violence portant atteinte à la dignité humaine, en promouvant une culture de la non-violence à travers l’éducation, la sensibilisation et des politiques publiques inclusives, en particulier à l’égard des jeunes et des populations vulnérables, et en renforçant la coopération internationale afin de bâtir un monde fondé sur la paix, la justice et l’État de droit. »

D’un autre côté, l’organisme de défense de droits humains en a profité pour dénoncer les violences perpétrées par les gangs en Haïti affectant notamment les personnes ayant subi des déplacements forcés. « La persistance des violences physiques, structurelles ou symboliques reste un obstacle majeur à l’exercice effectif des droits humains», a-il écrit .

La journée internationale de la non-violence est célébrée chaque 2 octobre, jour anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi, leader du mouvement pour l’indépendance de l’Inde et pionnier de la philosophie et de la stratégie de la non-violence. Journée désignée par l’assemblée générale des Nations Unies en vertu de la résolution du 15 juin 2007 (A/RES/61/271).

Haïti : Pressions internationales, inertie politique et illusions de transition

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Par Jean Wesley Pierre

À quatre mois de la fin théorique de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) se retrouve au cœur d’une tempête politique et diplomatique. Sous la pression croissante de la communauté internationale, l’institution censée instaurer la sécurité, remettre Haïti sur les rails démocratiques semble aujourd’hui à bout de souffle, prisonnière de ses contradictions internes, de son opacité et d’une incapacité à poser les jalons d’un véritable retour à l’ordre constitutionnel dans le pays.

Une mise en garde claire de Washington

Dans une vidéo diffusée ce samedi, Henry T. Wooster, chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, a lancé un message sans ambiguïté aux autorités de transition. Il appelle le ( CPT ) conseil présidentiel de transition à assumer pleinement ses responsabilités en présentant un plan politique clair, cohérent et assorti d’un calendrier électoral précis.

Cette déclaration n’a rien d’anodin. Elle marque un changement de ton dans la diplomatie américaine, jusque-là prudente vis-à-vis d’un pouvoir qu’elle avait contribué à légitimer. Après dix-huit ( 18 ) mois d’exercice, le ( CPT ) conseil présidentiel de transition n’a toujours pas franchi les étapes clés d’une transition ordonnée : ni loi électorale, ni réforme crédible des institutions.

Pour Washington, le temps presse. Et cette impatience reflète aussi celle des autres partenaires internationaux, notamment le Canada et la CARICOM, qui redoutent qu’Haïti s’enfonce davantage dans une crise sans horizon politique.

La transition en panne de cap

L’incapacité du CPT à formuler une vision politique claire sape la légitimité déjà fragile de la transition. Loin d’incarner le renouveau démocratique promis, le Conseil présidentiel apparaît comme une coalition d’intérêts divergents, où les luttes de position, les calculs électoraux précoces et les rivalités internes paralysent toute initiative structurante.

À quatre mois de la fin de son mandat, aucune feuille de route consensuelle n’a été adoptée. Le vide politique persiste, et la défiance populaire s’accroît.

Dans ces conditions, les pressions de Washington et des bailleurs pourraient bien devenir un catalyseur de rupture : soit le ( CPT ) conseil présidentiel de transition amorce enfin un tournant décisif vers la restauration de la légitimité démocratique, soit il sombrera dans l’oubli, laissant derrière lui un pays encore plus affaibli.

Entre cynisme et espoir

Haïti n’a plus le luxe du temps ni celui de l’improvisation. La transition actuelle ne peut se contenter de discours diplomatiques ou de gestes symboliques. Ce dont le pays a, urgemment, besoin, c’est d’un leadership visionnaire, honnête, intègre et responsable, capable d’articuler une stratégie nationale pour la sécurité, la justice et la gouvernance.

Sans cela, les pressions internationales resteront vaines, et la transition actuelle s’achèvera comme tant d’autres : dans le désenchantement, la méfiance et la continuité du chaos.