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Haïti: Champ de Mars, entre vouloir d’un retour à la normale et regain de tension

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PORT-AU-PRINCE, 9 octobre 2025 — Alors que le gouvernement haïtien multiplie les efforts pour redonner vie au Champ de Mars, le cœur symbolique de Port-au-Prince, la capitale reste sous tension. En début de semaine, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est rendu sur les lieux dans le cadre des préparatifs pour un retour progressif à la vie normale, tandis que ce jeudi, le Conseil des ministres s’est tenu au Palais national, en plein centre de la ville.

Mais au même moment, des attaques armées du groupe “Viv Ansanm” ont été signalées dans plusieurs quartiers avoisinants, et même à quelques mètres des lieux, rappelant la fragilité du processus de stabilisation.

La visite du Premier ministre: un signal fort

Lundi, profitant de la réouverture de l’année judiciaire, le chef du gouvernement, accompagné du maire de Port-au-Prince et de responsables de la Police nationale d’Haïti (PNH), a inspecté plusieurs zones du Champ de Mars. Cette visite visait à constater l’état d’abandon du site et à donner le coup d’envoi des travaux de réhabilitation.

«Le Champ de Mars doit redevenir un lieu de mémoire, de culture et de rassemblement national», a déclaré le Premier ministre Fils-Aimé. «Nous faisons un pas concret vers la reconquête de notre espace public», aa-t-il poursuivi.

Un Conseil des ministres sous haute tension

Trois jours plus tard, le Conseil des ministres s’est exceptionnellement tenu au Palais national, en plein cœur du Champ de Mars.

Ce choix symbolique visait à marquer la continuité de l’État au cœur de la capitale, mais aussi à affirmer la souveraineté institutionnelle dans une zone longtemps considérée comme hors de contrôle.

«Tenir le Conseil au Palais national, c’est dire au pays que l’État ne reculera pas», a confié une source proche de la Primature.

La désillusion de l’attaque de Viv Ansanm: triste réalité du terrain

Cependant, cette démonstration d’autorité a été assombrie par une série d’attaques simultanées revendiquées par le groupe armé “Viv Ansanm”, notamment dans les quartiers de Bel-Air, Bicentenaire et les secteurs avoisinants le Champs-de-Mars.

Le chef de cette bande criminelle, a d’ailleurs, fait publier un message sur les réseaux sociaux, fanfaronnant qu’il n’avait encore autoriser aucun retour dans l’aire du Champs-de-Mars.

Notons que les échanges de tirs ont semé la panique non loin du périmètre gouvernemental, obligeant les forces de sécurité à renforcer le dispositif autour du Palais national et du Champ de Mars.

Entre reconstruction et défi sécuritaire

Malgré ces incidents, les autorités laissent croire que les préparatifs pour un retour à la normale au Champ de Mars se poursuivent selon le calendrier établi, avec pour objectif une réouverture partielle avant la fin de l’année.

Le pari pour le gouvernement sera de transformer cette zone en modèle de réaménagement urbain sécurisé, alliant infrastructures rénovées, activités culturelles et présence policière permanente.

Il faut donc souligner que restaurer le Champ de Mars, c’est restaurer l’âme de Port-au-Prince, mais sans sécurité durable, ce rêve restera un grand mirage.

Jean Mapou

Haïti célèbre la Journée mondiale de la Poste sous le signe du service public et de la résilience

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PORT-AU-PRINCE.— Comme chaque année, Haïti s’associe à la communauté internationale pour célébrer, ce 9 octobre, la Journée mondiale de la Poste, instituée en 1874 lors de la création de l’Union Postale Universelle (UPU). Pour l’édition 2025, le thème retenu, «Post for People: Service local, portée mondiale», met l’accent sur la contribution des services postaux à la cohésion sociale, à la communication et au développement économique, tout en soulignant leur proximité avec les citoyens.

En Haïti, cette journée prend une signification particulière dans un contexte marqué par l’insécurité et les difficultés économiques. Malgré ces obstacles, l’Office des Postes d’Haïti (OPH) continue de se battre pour maintenir la continuité du service public et préserver la mission de l’État dans le domaine postal.

L’institution a marqué cette journée par une messe d’action de grâce à l’église Altagrace, en raison des conditions défavorables à de grandes festivités.bInterrogé par la rédaction, le Directeur général de l’OPH, Carel Alexandre, a indiqué que le moment n’est pas à la fête, mais à offrir un service de qualité à la population.

Alexandre réaffirme la détermination de son équipe à rétablir les services postaux dans les zones abandonnées, moderniser les infrastructures et rendre les bureaux plus accessibles.

Le responsable a également évoqué la volonté de l’Office d’étendre ses services à travers de nouvelles offres de transferts d’argent via les Services Financiers Alternatifs (SFA), dans le but de diversifier les activités de l’institution.

Coïncidant avec cette journée symbolique, une réunion de travail s’est tenue, ce jeudi, à la Primature entre le Premier ministre et le Directeur général de l’OPH. Elle a porté sur le projet de texte du décret réorganisant l’Office des Postes d’Haïti, amendé en novembre 2024.

Cette séance d’analyse vise à finaliser le document en vue de sa publication prochaine dans le journal officiel “Le Moniteur”, marquant une étape importante dans la modernisation du cadre légal de l’Office.

Au-delà des réformes institutionnelles, cette célébration rappelle le rôle vital de la poste dans la communication, le commerce électronique et la transformation numérique du pays.

En unissant service local et portée mondiale, le secteur postal demeure, selon le thème de l’année, au service des personnes, garant de proximité, de confiance et de résilience même dans les contextes les plus fragiles.

Jean Mapou

Haïti–Finances publiques: plus de 36 milliards de gourdes mobilisés pour le Programme d’Investissement Public 2024-2025

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PORT-AU-PRINCE.— Le Programme d’Investissement Public (PIP) rectificatif d’avril 2025, géré par le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), comprend 231 projets financés à partir des fonds du Trésor Public pour une enveloppe globale de 36,02 milliards de gourdes. C’est ce qu’indique le dernier rapport de suivi du MPCE couvrant la période du 1er octobre 2024 au 19 septembre 2025.

Le rapport révèle que le MPCE a reçu 204 Fiches d’Identité et d’Opération de Projet (FIOP) au cours de la période considérée. Toutefois, plus de 70% de ces dossiers ont dû être retournés aux institutions soumissionnaires afin de corriger des irrégularités détectées lors de la première analyse.

Par ailleurs, 77 dossiers de demande de décaissement incomplets ont été traités sans donner lieu à une requête de fonds ni à une autorisation de paiement. Des accusés de réception ont été envoyés aux institutions concernées pour les inviter à compléter leurs documents, notamment ceux liés à la reddition de comptes.

188 projets validés, près de 32 milliards de gourdes mobilisées

À l’issue de ce processus rigoureux, 188 FIOP ont été validées, et 173 d’entre elles transmises au Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) pour soutenir des requêtes de fonds ou autorisations de paiement au profit de 162 projets.

Cette étape a permis la mobilisation d’une enveloppe budgétaire de 31,98 milliards de gourdes, soit près de 89% du montant total prévu dans le cadre du PIP rectificatif.

Un processus exigeant et interinstitutionnel

Le MPCE rappelle que la transmission des FIOP au MEF ne constitue qu’une phase du processus de décaissement, qui nécessite la soumission d’une série de documents administratifs et financiers complémentaires. Parmi ceux-ci figurent :

les contrats approuvés par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA),

les plans de passation de marchés validés par la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP),

ainsi que des factures, proformas et pièces justificatives.

Le ministère souligne que la réussite du processus de décaissement repose sur la coopération étroite entre les ministères sectoriels, le MPCE et le MEF, notamment en matière de soumission rapide des documents techniques et de reddition de comptes.

En effet, le rapport du MPCE met en avant une meilleure discipline administrative dans la gestion du PIP et appelle les institutions publiques à renforcer leurs capacités internes pour garantir la transparence et l’efficacité de l’exécution des dépenses d’investissement.

Jean Mapou

Saison des Nobel 2025 : la science, la littérature… et la paix en attente

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince — 9 Octobre 2025 — C’est une semaine où le monde semble, pour un instant, respirer autrement.

Chaque jour, une annonce tombe depuis Stockholm ou Oslo, et l’humanité se souvient qu’elle sait encore célébrer ce qu’elle a de meilleur : la connaissance, la création, et ce rêve obstiné qu’on appelle la paix.

Des laboratoires à la planète : Quand la science répare le monde

Lundi, le Prix Nobel de médecine a ouvert la danse, récompensant deux chercheurs américains et un Japonais pour leurs découvertes sur les mécanismes de l’immunité, une avancée qui pourrait redéfinir la lutte contre certaines maladies chroniques.

Mardi, place au Nobel de physique, attribué à trois experts de la mécanique quantique, dont un Français, pour avoir défriché les territoires invisibles de la matière et du temps.

Mercredi, c’est la chimie qui a parlé au nom du climat. Le Japonais Susumu Kitagawa, le Britannique Richard Robson et le Jordano-Américain Omar M. Yaghi ont été honorés pour leurs recherches sur les structures métallo-organiques des architectures moléculaires capables de purifier l’eau, de capturer le CO₂, ou de transformer l’air du désert en source d’humidité.

Dans un monde asphyxié par la pollution, leur travail redonne souffle à la science et à la planète.

La littérature entre vision et vertige

Jeudi, c’est la littérature qui a pris le relais. Le prix Nobel a été attribué à l’écrivain hongrois László Krasznahorkai, pour une œuvre qualifiée de « fascinante et visionnaire ». Son écriture, dense et hypnotique, explore le chaos du monde moderne avec une lucidité presque mystique.

Dans une Europe fragmentée, ce choix réaffirme le rôle de la littérature comme refuge et comme miroir.

« Je suis heureux, calme et très nerveux », a confié Krasznahorkai à la radio suédoise, comme s’il pressentait que le silence, désormais, pèserait plus lourd que les mots.

Le Nobel de la paix : l’attente du monde

Et maintenant, le dernier acte.
Vendredi 10 octobre, à Oslo, sera révélé le Prix Nobel de la paix 2025.
Parmi les 338 candidats, dont 244 personnalités et 94 organisations, un seul nom viendra s’ajouter à la lignée de Narges Mohammadi, Martin Luther King, Mandela ou le Dalaï-Lama.

Cette année, les enjeux sont immenses. Le monde est traversé par la guerre, la haine et la désinformation. Mais aussi par une incroyable énergie citoyenne, portée par des femmes et des hommes qui refusent de céder à la fatalité.

Des héros de terrain face aux puissants

En tête des favoris, les Cellules d’intervention d’urgence (ERR), un réseau de bénévoles soudanais qui, dans l’ombre de la guerre, distribuent nourriture, soins et espoir à des millions de civils pris au piège.

Leur travail, invisible et vital, est une leçon d’humanité.
Autre nom cité :

▪︎ Volodymyr Zelensky, président ukrainien, devenu symbole de résistance face à l’invasion russe. Mais son image, désormais associée à une guerre interminable, divise autant qu’elle inspire.

▪︎ La Cour pénale internationale (CPI) figure également parmi les possibles lauréats. Malgré les sanctions américaines et les retraits successifs de plusieurs États africains, la CPI continue de poursuivre crimes de guerre et crimes contre l’humanité, au risque de s’attirer les foudres des puissants. Un Nobel à la CPI serait un message : la justice internationale reste un pilier fragile, mais indispensable.

▪︎ Il y a aussi Reporters sans frontières (RSF), en mémoire des journalistes tués à Gaza et ailleurs plus de 210 morts en deux ans, pour que la vérité ne meure pas.

▪︎ Et Mahrang Baloch, militante pakistanaise emprisonnée pour avoir dénoncé les disparitions forcées de la minorité baloutche. Chirurgienne, trentenaire, révoltée, elle incarne cette génération de femmes qui soignent les corps mais refusent de se taire devant l’injustice.

Les ombres et les symboles

▪︎ Certains évoquent aussi la veuve du dissident russe Alexeï Navalny, Ioulia Navalny, qui poursuit le combat contre le régime de Poutine, ou encore Standing Together, une organisation israélo-palestinienne qui milite pour la coexistence dans un climat d’hostilité.
Des voix venues du Sud, du terrain, de la douleur là où la paix se construit sans caméras ni discours.

▪︎ Et puis, il y a Donald Trump.
Le président américain, qui se proclame « candidat naturel » au Nobel de la paix, continue de vanter ses médiations géopolitiques.
Mais difficile de concilier ses menaces d’annexion du Groenland, ses coupes d’aide à l’Afrique et ses politiques migratoires avec la vision d’Alfred Nobel : « la fraternité entre les nations ».

Un Nobel pour Trump ? Peu probable, mais symptomatique d’un temps où la communication a souvent remplacé la conviction.

Un message plus qu’un prix

Au-delà des pronostics, une chose est sûre : le Nobel de la paix 2025 ne sera pas seulement une récompense, mais un message.

Un rappel que la paix ne naît pas des bombes ni des traités, mais des gestes silencieux, des choix courageux, des solidarités qui défient la peur. Dans un monde saturé d’égoïsmes, ce prix vient redire, année après année, que la paix n’est pas un rêve naïf c’est un devoir lucide.

Transition politique : le CPT multiplie les rencontres, mais vers quelle issue ?

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Par Jean Wesley Pierre

À quatre mois de la fin théorique de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) tente de renouer le dialogue politique. Entre appels au sursaut national, critiques virulentes et pressions internationales, les perspectives d’une sortie de crise restent floues.

Un dialogue sous tension à quatre mois du 7 février

À l’approche du 7 février 2026, date prévue pour la fin de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) réactive le dialogue politique. Ces derniers jours, le Conseil a multiplié les consultations avec les principales forces politiques du pays, espérant dégager un consensus minimal autour des thèmes cruciaux de la sécurité, des élections, de la Constitution et de la gouvernabilité.

Le 1er octobre 2025, le parti Les Engagés pour le Développement (EDE) a rencontré le CPT, suivi le 7 octobre par une délégation du 21 Décembre, coalition politique autrefois alliée de l’ancien Premier ministre Ariel Henry.

Mais alors que le Conseil présente ces échanges comme un signe d’ouverture et de responsabilité nationale, la méfiance domine du côté des acteurs politiques du pays.

EDE : Une participation critique, un constat d’échec

Dans un communiqué daté du 1er octobre 2025, le parti EDE explique avoir répondu à l’invitation du CPT « par esprit de responsabilité républicaine ». Le document, empreint d’un ton à la fois institutionnel et accusateur, dresse un bilan sévère des 19 mois de gouvernance du Conseil, qualifié de « catastrophique ».

« EDE déplore que le CPT ait attendu moins de cinq mois avant l’échéance prévue pour la fin de cette transition […] pour entamer un dialogue avec les forces politiques haïtiennes », peut-on lire dans le communiqué.

Le parti exprime de forts doutes quant à la sincérité et à l’efficacité de cette initiative, qu’il juge « trop tardive ».

Tout en réaffirmant son attachement à la tenue de scrutins crédibles, honnêtes et démocratiques, EDE insiste sur le fait que ces élections ne sauraient être organisées que par une gouvernance sérieuse, responsable et digne de confiance.

Le 21 Décembre : l’heure de la rupture

Quelques jours plus tard, le 7 octobre 2025, le CPT recevait une délégation du 21 Décembre. « Une délégation du 21 Déc a rencontré ce Mardi 7 Oct le CPT », affirme maître André Michel, dit « Avoka Pèp la » sur son compte X.

« Nous avons discuté de Sécurité, élections, Constitution et de la nécessité d’une entente pour assurer la Gouvernabilité du Pays et établir un calendrier crédible pour les élections. » nous fait savoir maître André Michel.

Son représentant le plus visible, Me André Michel, n’a pas mâché ses mots : « Le CPT a échoué. Ann sove pwosesis la », a-t-il déclaré sur le réseau X, avant d’ajouter à l’émission Le Rendez-vous avec Volcy Assad :

« On n’aura jamais plus un Conseil présidentiel, tel que constitué aujourd’hui. »

Pressions internationales : Washington veut des élections

Ces discussions se tiennent sous le regard insistant des États-Unis et de la communauté internationale, qui réclament un calendrier électoral concret.

L’ambassadeur américain Henry T. Wooster a exhorté le CPT à présenter « un plan précis et assorti d’un calendrier pour les élections et la transition politique ».

Le diplomate a rappelé que « les postes de Premier ministre et de conseillers présidentiels ne sont pas des emplois à vie », soulignant que la sécurité reste la priorité absolue.

À moins d’un consensus national inédit, la transition actuelle semble condamnée à s’achever sans livrer de résultats concrets. Tout indique que le pays se dirige vers une nouvelle phase transitoire, marquée par les mêmes incertitudes, les mêmes fractures et la même absence d’autorité effective.

La plateforme Équilibriste salue la démarche du CPT de dialoguer avec les secteurs de la vie nationale

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À quatre mois de la fin de sa mission, le conseil présidentiel de transition entame des initiatives visant à engager un dialogue avec des différents acteurs de la vie nationale. Dans une note publiée le jeudi 8 octobre 2025, la plateforme politique équilibriste, acteur de la scène politique, dit prend acte de cette démarche qu’elle juge louable.

La Plateforme Équilibriste prend acte des initiatives du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) visant à engager un dialogue avec les différents secteurs de la vie nationale.

Elle salue cette démarche patriotique et inclusive, indispensable pour créer un climat propice à l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques, peut-on lire dans la note.

La plateforme dit croire fermement que dans ce carrefour où se trouve le pays, l’heure n’est pas à la division mais plutôt au consensus.

«À cette étape critique de notre histoire, le dialogue demeure la voie la plus sûre vers un retour à l’ordre constitutionnel et à la stabilité durable», a conclu la note.

Gedeon Delva

L’UNICEF s’indigne face à la situation de plus 680 000 enfants déplacés en Haïti

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À travers un rapport rendu public le mercredi 8 octobre, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a signalé le déplacement de près de 680 000 enfants à travers le pays à cause de la violence des gangs.

Selon le Fonds, ce chiffre représente une hausse de 60 % depuis mars 2024, atteignant un niveau de déplacement « jamais enregistré dans l’histoire récente du pays ».

L’agence onusienne se dit inquiète de l’augmentation des violences sexuelles, du recrutement forcé au sein de groupes armés, et de la désintégration des structures familiales et sociales autour des jeunes.

Des obstacles considérables à l’apprentissage

Dans les hébergements et les sites pour personnes déplacées surpeuplés, les enfants n’ont accès ni à des manuels, ni à des supports pédagogiques, ni à des enseignants qualifiés. Beaucoup d’adolescentes abandonnent complètement leur scolarité pour des raisons de sécurité, parce qu’elles doivent s’occuper de leurs proches ou à cause de l’absence de produits d’hygiène menstruelle.

La santé et la nutrition des enfants menacées à long terme

Dans beaucoup de sites pour personnes déplacées et de zones contrôlées par les groupes armés, les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement se sont effondrées. Plus de 1 million d’enfants n’ont pas régulièrement accès à de l’eau salubre; ce qui accroît le risque de maladies transmises par l’eau.

Face à cette situation accablante, l’organisation appelle à une mobilisation urgente des autorités haïtiennes, ainsi que de la communauté internationale. Objectif : protéger les enfants, restaurer la sécurité et garantir un accès minimal à l’aide humanitaire pour les familles déplacées.

L’UNICEF appelle la communauté internationale à faire des enfants en Haïti une priorité, à agir avec l’empressement qu’exige cette crise, et en y mettant les moyens nécessaires. Les outils et les ressources permettant d’aider Haïti à sortir de cette crise existent. «Il est temps d’en faire usage pour chaque enfant.

«Si aucune mesure ferme n’est prise, l’avenir de toute une génération est en péril», craint le Fonds.

Gedeon Delva

Le rôle de la jeunesse dans une situation de crise sociopolitique et diplomatique

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Dans les moments les plus critiques de l’histoire d’un peuple, c’est souvent la jeunesse qui incarne la boussole morale, le souffle de renouveau, et la matrice d’un avenir à refonder. Face à l’effondrement de nos institutions, à l’ingérence internationale normalisée, à une insécurité endémique et à l’inconstitutionnalité des régimes de fait, la jeunesse haïtienne ne peut ni rester spectatrice ni otage silencieuse de la fatalité. Elle doit devenir la conscience agissante de la nation.

La crise actuelle n’est pas seulement politique ; elle est anthropologique, axiologique, structurelle. Elle interpelle notre rapport à la souveraineté, à la légitimité, à l’État et au droit. Dans ce chaos organisé, notre jeunesse doit refuser la résignation. Elle doit s’élever à la hauteur des exigences historiques, non comme simple force de contestation, mais comme force constituante, dépositaire de la volonté populaire.

Nous lançons un appel solennel à la mobilisation nationale et internationale. Contre l’ingérence systémique qui infantilise notre diplomatie. Contre l’insécurité qui désintègre notre tissu social. Contre l’inconstitutionnalité chronique qui détruit le pacte républicain.

La jeunesse ne demande pas des faveurs, elle réclame justice, vision et équité. Elle ne quémande pas un rôle, elle s’arroge son droit de participer à la refondation démocratique.

Il est temps que s’ouvre un nouveau chapitre de notre histoire, écrit par les mains lucides, compétentes et patriotiques de notre génération. Parce qu’une démocratie sans jeunesse est un cadavre politique. Et qu’un État sans avenir est une fiction bureaucratique.

Jean Rodlet Jean Baptiste
Citoyen engagé, voix de la relève républicaine

Objectif Mondial 2026 : Haïti y croit

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Le rêve reprend forme. Cinquante et un ans après sa première et unique participation à la Coupe du Monde, Haïti se retrouve dans le dernier carré des qualifications de la zone CONCACAF, déterminée à décrocher son billet pour la grande fête du football mondial. Pour un peuple qui respire et souffre au rythme de sa sélection, cette campagne éliminatoire est bien plus qu’une aventure sportive c’est une histoire d’espoir et de renaissance.

La dernière fois qu’Haïti avait atteint un tel niveau de compétition remonte à plusieurs décennies. En 1974, sous l’impulsion du légendaire Emmanuel Sanon, les Grenadiers avaient écrit la plus belle page du football haïtien en se qualifiant pour la Coupe du Monde en Allemagne. Depuis, le pays a connu des générations de talents, mais jamais une telle proximité avec un nouveau rêve mondial.
Aujourd’hui, les portes du destin s’entrouvrent à nouveau.

L’édition 2026 marquera un tournant dans l’histoire du football : pour la première fois, 48 équipes participeront au Mondial. Dans la zone CONCACAF, le Mexique, les États-Unis et le Canada sont déjà qualifiés d’office en tant que pays hôtes. Les places restantes se joueront entre les autres nations de la région et Haïti compte bien s’inviter à la fête.

Après deux sorties, Haïti a tenu tête à deux grandes nations du football régional : le Honduras et le Costa Rica.
Deux matchs nuls, deux points, et surtout, un vent d’espoir après une solide performance face aux Costariciens, un adversaire longtemps considéré comme intouchable.
Dans ce groupe C, Haïti occupe actuellement la troisième place, et tout reste à jouer.

Ce soir, à 8PM (heure locale), les Grenadiers affronteront le Nicaragua, au stade Estadio Nacional de Managua, pour le compte de la troisième journée.
Un match crucial, mais aussi symbolique : Haïti garde un excellent bilan face aux Nicaraguayens, avec 5 victoires, 2 nuls et une seule défaite en 8 confrontations.
Seule ombre au tableau : cette défaite 3-0, justement à Managua, en 2017. Un souvenir amer que les Grenadiers voudront effacer ce soir.

Haïti peut compter sur une équipe expérimentée, renforcée par des joueurs qui évoluent dans les plus grands championnats européens :
Jean-Ricner Bellegarde (Wolverhampton, Premier League anglaise),
Hannes Delcroix (Burnley, Angleterre),
Carlesn Arcus et Josué Casimir (Ligue 1, France).

Autour d’eux, un groupe soudé, talentueux et ambitieux, guidé par un entraîneur qui connaît la saveur du Mondial : Sébastien Migné, ancien assistant de Rigobert Song avec le Cameroun lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar.

Sous la houlette de Madame Monique André, la comité de normalisation fait tout pour soutenir la sélection, souvent « avec les moyens du bord ».
Dans un pays où les crises se succèdent, ces efforts symbolisent la résilience et la foi d’un peuple qui refuse d’abandonner.

Et parce qu’en Haïti, le football est bien plus qu’un sport c’est un symbole d’unité et de dignité nationale une qualification pour la Coupe du Monde serait une bouffée d’air, un sourire collectif pour un peuple qui en a tant besoin.

Ce soir, à Managua, ce n’est pas seulement un match que les Grenadiers joueront.
C’est une page d’histoire qu’ils tenteront d’écrire, pour eux, pour leur pays, pour tous ceux qui continuent d’espérer malgré la douleur.

Car plus qu’un objectif, le Mondial est un rêve de nation.
Et aujourd’hui, plus que jamais…
Haïti y croit !

Mardoché D’Août

Le Ministère de l’Économie et des Finances n’est pas un guichet politique

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Par Jean Venel Casséus

Gare à ceux qui voudraient faire aux Finances Publiques et à l’Économie Nationale ce qu’ils ont déjà fait à la diplomatie haïtienne : la transformer en poubelle politique. Ce cri se veut citoyen, mais aussi intellectuel, conceptuel et même didactique.

En Haïti, le ministère de l’Économie et des Finances est perçu comme le Saint Graal du pouvoir technocratique. On y voit la clé des coffres, la signature qui libère les paiements, la porte d’entrée vers les marchés publics et les privilèges administratifs. Mais l’argent, pris isolément, n’est pas la richesse : il n’en est que la circulation. Derrière le prestige du « ministre des Finances » se cache l’oubli de la grande responsabilité du « ministre de l’Économie », celui qui, silencieusement, doit penser la production, la création de valeur et l’organisation du travail.

Les Finances Publiques ne sont qu’un instrument, un langage comptable à travers lequel l’État traduit sa vision économique. Elles gèrent ce qui existe déjà : les recettes, les dépenses, les soldes, les dettes. L’Économie, elle, est l’art de faire exister ce qui n’existe pas encore. Les finances observent et corrigent ; l’économie crée et prévoit. Les premières reposent sur la rigueur des chiffres, la seconde sur la puissance des idées. Sans économie, les finances tournent à vide ; sans finances, l’économie reste un projet sans moyens.

C’est dans la jonction de ces deux dimensions que se joue la véritable souveraineté d’un État. Le ministère de l’Économie et des Finances devrait être l’espace où la rigueur du calcul rencontre la vision de la nation. Mais en Haïti, cette jonction est négligeable. Pire encore, depuis quelques années, certains politiques et nantis manifestent la volonté de réduire la pensée économique à la gestion budgétaire, la stratégie à la signature, transformant le ministre en caissier politique, prisonnier des urgences, au lieu d’en faire un stratège de la transformation, capable de gérer le présent en architecture du futur.

Cette réduction du rôle ministériel à une fonction de trésorier politique traduit une crise plus profonde : celle de la pensée économique d’État. L’argent est devenu un instrument de pouvoir, non de planification. Les dépenses servent des clientèles, rarement une politique de développement. On célèbre la capacité à décaisser, non celle à structurer. Le ministre est jugé sur sa rapidité à signer, non sur sa capacité à penser. Pourtant, la fonction exige autre chose : une intelligence du réel, une compréhension systémique du travail, de la production, du commerce et de l’investissement.

Un bon ministre des Finances est un économiste d’État : un esprit capable de relier la comptabilité publique à la vision du développement. Ce poste n’est pas un poste d’exécution ni de militantisme ; c’est une position de pensée. Celui qui y siège doit comprendre que chaque budget est une philosophie : qu’on finance une école ou une route, une subvention ou une importation, on choisit le type de société que l’on bâtit. Les chiffres, dans ce contexte, ne sont pas neutres : ils dessinent les valeurs d’un pays.

Le drame haïtien réside dans cette fascination pour la caisse et ce désintérêt pour le moteur. Les hommes politiques et les nantis se disputent les postes liés aux finances publiques, non parce qu’ils veulent planifier la croissance, mais parce qu’ils veulent maîtriser les flux. Et le pays va mal. Mon pays va très mal.


08 octobre 2025