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Le prix Nobel d’économie 2025 récompense les travaux fondateurs sur le rôle du progrès technologique dans le développement économique

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Par Thomas Lalime
Le Nouvelliste Haiti, 20 oct. 2025

Le prix Nobel d’économie 2025, officiellement appelé Prix de la Banque de Suède en sciences économiques, a été attribué le lundi 13 octobre 2025 à Joel Mokyr, Philippe Aghion et Peter Howitt pour leurs travaux sur la croissance économique fondée sur l’innovation technologique.

La moitié du prix revient à Joel Mokyr, économiste américano-israélien né aux Pays-Bas (79 ans), professeur à l’université Northwestern aux États-Unis. Il est récompensé pour avoir mis en lumière les conditions historiques et institutionnelles favorisant une croissance durable grâce au progrès technologique. Ses recherches, à la croisée de l’histoire économique et de la théorie de la croissance, ont montré comment des facteurs culturels, scientifiques et institutionnels tels que la valorisation du savoir, la diffusion des idées et la liberté d’expérimenter ont préparé le terrain aux grandes révolutions industrielles. En retraçant le rôle des institutions dans la formation d’un climat propice à l’innovation, Mokyr a contribué à expliquer pourquoi certaines sociétés ont connu un développement économique soutenu alors que d’autres sont restées à la traîne.

L’autre moitié du prix est partagée entre Philippe Aghion, économiste français (69 ans), et Peter Howitt, économiste canadien (79 ans), pour leur théorie de la croissance par la destruction créatrice : un processus où les innovations remplacent les anciennes technologies, stimulant ainsi le progrès économique tout en rendant obsolètes les produits précédents. Leur modèle, aujourd’hui au cœur de la théorie dite de la croissance endogène, met en évidence le rôle central de la recherche, de la concurrence et de l’esprit d’entreprise dans le développement économique. Aghion et Howitt montrent que la prospérité d’une nation dépend de sa capacité à encourager l’expérimentation et à s’adapter au changement. Leur approche éclaire aussi les politiques publiques nécessaires pour soutenir l’innovation, notamment l’investissement dans l’éducation, la protection des droits de propriété intellectuelle et la mise en place d’institutions capables de favoriser une concurrence dynamique sans freiner la créativité.

Le comité Nobel a souligné que ces travaux rappellent l’importance de ne pas considérer le progrès technologique comme acquis, mais de préserver les conditions propices à l’innovation, comme une société ouverte au changement. Il a insisté sur le fait que la croissance économique repose sur un équilibre fragile entre créativité, éducation et institutions solides. Une société qui néglige ces fondements risque de voir s’essouffler sa dynamique d’innovation et de perdre en compétitivité. Selon les membres du Comité, les recherches des lauréats constituent un appel à la vigilance et à l’action. Puisque, dans un monde en mutation rapide, seule une économie capable d’encourager la recherche, la prise de risque et la diffusion du savoir pourra maintenir une croissance durable et inclusive.

Une invitation à investir dans une éducation de qualité

Dans sa réaction, Philippe Aghion a appelé les pays européens à renforcer leur capacité d’innovation afin de ne pas laisser les États-Unis et la Chine dominer les technologies de pointe. Selon lui, l’Europe souffre d’un retard technologique dû à l’absence de politiques et d’institutions adaptées pour soutenir les innovations de rupture. Il a souligné la nécessité pour les États européens de miser davantage sur la recherche fondamentale, de stimuler l’investissement privé dans les secteurs innovants et de favoriser une culture de la prise de risque. Aghion a également plaidé pour une meilleure coordination des politiques industrielles à l’échelle du continent, afin de créer un environnement propice à l’émergence de champions technologiques capables de rivaliser avec les géants américains et asiatiques. Pour lui, seule une Europe qui investit dans la connaissance et la créativité pourra retrouver une trajectoire de croissance soutenue et inclusive.

C’est le deuxième Prix Nobel d’économie qui récompense les travaux sur l’importance du progrès technologique sur la croissance et le développement économiques. Robert Solow, Prix Nobel d’économie en 1987, avait été le premier à montrer que le véritable moteur de la croissance économique réside dans le progrès technologique, au-delà de l’accumulation de capital ou de travail. Philippe Aghion intégrait le MIT comme professeur assistant en 1987 quand Robert Solow, qui enseignait au MIT durant 50 ans, gagnait le Prix Nobel d’économie. Il avoue avoir bénéficié du soutien de Robert Solow dans le développement de son modèle.

Les recherches de Mokyr, Aghion et Howitt vont plus loin que celles de Solow en expliquant comment l’innovation se diffuse, comment elle transforme les structures économiques et comment les institutions et politiques publiques peuvent encourager ou freiner ce processus. Leur travail met en lumière le rôle de la destruction créatrice, de l’éducation et de la concurrence dans le maintien d’une croissance soutenue, offrant ainsi un cadre moderne pour comprendre les écarts de développement entre les pays.

Aghion et Howitt : l’innovation, clé du développement économique

Dans leur ouvrage académique de référence intitulé L’Économie de la croissance (traduit de l’anglais par Wilfrid Koch, professeur de sciences économique à l’Université du Québec à Montréal) et dans leurs différentes publications scientifiques, Philippe Aghion et Peter Howitt renversent la vision traditionnelle de la prospérité. Leur message résonne particulièrement dans les économies en quête de transformation. Pendant des décennies, la croissance économique a été essentiellement expliquée par l’accumulation de capital, de travail et de ressources naturelles. Une approche mécanique, souvent déconnectée des réalités contemporaines.

Philippe Aghion et Peter Howitt proposent une lecture beaucoup plus approfondie qui stipule que la vraie richesse d’un pays se construit à travers l’innovation, la connaissance et la capacité d’adaptation. Ils défendent la théorie de la croissance endogène, selon laquelle le développement ne dépend pas seulement de facteur exogène, mais surtout des choix faits à l’intérieur même d’une société : éducation, recherche, institutions, entrepreneuriat. L’innovation devient le moteur central du progrès économique, un processus qui alimente la productivité, crée des emplois et transforme les structures économiques.

Philippe Aghion et Peter Howitt reprennent le concept de destruction créatrice cher à Joseph Schumpeter. Celui-ci est un économiste et professeur en science politique autrichien, naturalisé américain, connu pour ses théories sur les fluctuations économiques, la destruction créatrice et l’innovation. Aghion et Howitt se basent sur la théorie schumpetérienne pour expliquer que chaque innovation, en apportant du neuf, remplace ce qui est dépassé. Ce cycle de création et de disparition, parfois douloureux, est pourtant essentiel à la vitalité d’une économie. Là où certains voient la fin d’industries anciennes, Aghion et Howitt voient le début d’une ère nouvelle, celle de la modernisation et de l’opportunité.

Mais l’innovation technologique ne tombe pas du ciel. Elle exige des institutions solides, un système éducatif performant et des politiques publiques cohérentes. Sans cadre propice, la créativité reste étouffée. Pour Aghion et Howitt, un pays doit garantir la sécurité juridique, encourager la concurrence, protéger la propriété intellectuelle et financer la recherche. Ce sont ces leviers qui transforment l’énergie créative en croissance réelle. Sur ce point, ils complètent les travaux de Robert Solow qui considérait le progrès technologique comme un facteur exogène, comme tombé du ciel. En identifiant les principaux facteurs qui déterminent le progrès technologique, Mokyr, Aghion et Howitt ont conçu de vrais modèles de développement endogène.

Quelles leçons pour Haïti ?

La réflexion des lauréats du Prix Nobel d’économie 2025 dépasse les frontières des pays industrialisés. Pour des pays en développement comme Haïti, confrontées à la stagnation économique et à la fuite des talents, leurs travaux offrent des pistes concrètes : investir dans le savoir, encourager les entrepreneurs, valoriser la recherche locale et moderniser les institutions. L’innovation, rappellent Aghion et Howitt, n’est pas un luxe réservé aux puissances technologiques, mais une nécessité pour bâtir une économie résiliente et inclusive.

Évidemment, on ne s’attend pas nécessairement à ce qu’Haïti devienne immédiatement un centre d’innovation technologique ou qu’elle attire les toutes dernières avancées en intelligence artificielle, biotechnologie ou énergie renouvelable. Le véritable enjeu pour le pays n’est pas de copier les leaders mondiaux, mais de renforcer sa capacité d’adaptation face aux changements rapides de l’économie mondiale. Cela signifie développer les compétences locales, investir dans l’éducation, former une main-d’œuvre capable d’assimiler et d’appliquer de nouvelles méthodes, et construire des institutions suffisamment flexibles pour soutenir les initiatives économiques émergentes.

En d’autres termes, Haïti doit être capable de tirer parti des technologies disponibles, même modestes, et de les intégrer efficacement dans ses secteurs clés : agriculture, services, santé ou infrastructures. Une telle approche permettrait au pays de réagir plus rapidement aux innovations importées, de stimuler la productivité et de réduire sa dépendance technologique. Construire cette capacité d’adaptation, c’est préparer le terrain pour que l’innovation, même indirecte, devienne un moteur réel de croissance durable et de résilience économique.

En plaçant la science, la créativité et la formation au cœur du développement, Philippe Aghion et Peter Howitt signent un plaidoyer pour une croissance plus humaine, plus ouverte et plus durable. Même si souvent le progrès technologique profite davantage aux plus capables. Leur message sonne comme un appel à l’action: « Le progrès n’est jamais acquis. Il se cultive, s’encourage et se protège.» Dans un monde où les inégalités se creusent et où les défis économiques se multiplient, les lauréats du Prix Nobel d’économie 2025 rappellent que la véritable richesse d’une nation ne réside pas seulement dans ce qu’elle possède, mais dans ce qu’elle est capable d’inventer.

2025 : Toute une annee de festivités

Un demi-siècle de foi et de service : hommage au Révérend Edvert Joseph à New York

Spring Valley, New York – L’année 2025 restera gravée dans la mémoire de la communauté haïtienne de Spring Valley, marquant un événement historique : les 50 ans de ministère du Révérend Pasteur Edvert Joseph, figure emblématique du milieu ecclésial et éducatif. Pour rendre hommage à ce demi-siècle de service pastoral, spirituel et communautaire, une série d’activités commémoratives a été organisée tout au long de l’année, culminant avec trois jours de festivités exceptionnelles du 29 au 31 août 2025.

Une ouverture empreinte de foi et de gratitude

Les célébrations ont débuté le vendredi 29 août par un service d’action de grâces tenu au local de la Première Église Chrétienne de Timothée à Spring Valley. Animée par la Sœur Francette Obel Noel, cette soirée solennelle a vibré au rythme de louanges inspirantes, interprétées par un praise team composé de Sœur Marie France A. Pierre, Sœur Martine C. Narcisse, Sœur Betsy Winnie J. Toon, Sœur Chantal Obel, Sœur Edvica J. Morbeth et Sœur Benita Jacques.

Le Dr Joël Lorquet a également pris part à la soirée, apportant une animation dynamique et des prestations musicales appréciées par l’assistance. Chargée d’émotion, cette première soirée a permis aux fidèles, amis et proches de témoigner de la grandeur du parcours pastoral du Révérend Joseph. Plusieurs intervenants ont souligné son rôle de mentor, professeur et coach spirituel, rappelant son influence profonde sur la vie de nombreuses familles et jeunes leaders.

^Un gala prestigieux en hommage à un parcours d’exception*

Le lendemain, samedi 30 août 2025, un gala de reconnaissance s’est tenu au prestigieux Terrace on the Hudson, à Haverstraw (New York). Dans un décor élégant et une ambiance de célébration, l’assistance est venue en grand nombre pour honorer le Révérend Joseph.

Co-animée par le Dr Joël Lorquet et le Pasteur Karl Castel, la soirée a été marquée par un programme de qualité et de grandes prestations artistiques. Les artistes Marcel Victor, son épouse Guerda B. Victor ainsi que Guirmy Jean Baptiste ont ému le public par leurs performances musicales.

Un documentaire retraçant les 50 années de ministère du Révérend Joseph a également été projeté, rappelant ses réalisations pastorales, son œuvre éducative et son engagement envers la communauté haïtienne de la diaspora. L’innovation a aussi été au rendez-vous avec la diffusion d’une chanson produite par le Pasteur Karl Castel, réalisée avec le support d’outils d’intelligence artificielle.

Au cours de cette soirée d’hommage, plusieurs distinctions ont été décernées au Révérend Joseph par le Rockland County, l’ancienne mairesse Noramie Jasmin, French Speaking Baptist Church, Guirmy Jean Baptiste et sa famille

Clôture spirituelle au Tabernacle de la Grâce

Les festivités se sont conclues le dimanche 31 août 2025 par un service de remerciements au Tabernacle de la Grâce, l’église dirigée par le Révérend Edvert Joseph. Ce dernier rassemblement a permis de réunir une fois de plus les invités des deux premiers jours pour célébrer avec ferveur l’œuvre accomplie au cours des cinq dernières décennies.

Une célébration mémorable

Ces trois jours d’activités ont rencontré un grand succès, rassemblant amis, fidèles, autorités locales et personnalités du milieu religieux autour d’un même message : célébrer un ministère marqué par la foi, la discipline, la vision et le service à autrui.

Des remerciements spéciaux ont été adressés à tous les organisateurs, participants, artistes et institutions ayant contribué à cette célébration mémorable. Les nombreux témoignages recueillis ainsi que les moments forts projetés ont témoigné de l’impact pérenne du Révérend Edvert Joseph dans la communauté.

Joël Lorquet, Ph.D.

Retard du programme HOPE/HELP : un choc pour l’industrie haïtienne

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 20 octobre 2025 — La fin du programme Haitian Hemispheric Opportunity Through Partnership for Encouragement (HOPE) et de la loi Haiti Economic Lift Program (HELP), arrivée à échéance fin septembre 2025 sans renouvellement par le Congrès américain, menace un secteur clé de l’économie haïtienne. Ces lois, votées en 2005 et 2010, permettaient à Haïti d’exporter des vêtements vers les États-Unis sans droits de douane. Elles représentent près de 90 % des exportations nationales.

En 2018, l’industrie manufacturière textile haïtienne employait environ 62 000 personnes. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 26 000 en raison de la détérioration de la sécurité et de la fermeture d’au moins quinze manufactures. Sans le renouvellement de la loi HOPE/HELP, plus de 20 000 emplois supplémentaires pourraient disparaître, aggravant la situation économique du pays.

Des conséquences, pas seulement pour l’économie haïtienne

Les avantages de ces lois s’étendaient aussi à la République Dominicaine, où les usines de Barahona, Bonao, Guerra et Santiago produisent les tissus et les fils envoyés en Haïti pour la confection de vêtements destinés à l’exportation.

L’optimisme prudent de Fernando Capellán

L’homme d’affaires dominicain Fernando Capellán, président de la Compagnie de Développement Industriel (CODEVI), a confirmé l’expiration du programme HOPE/HELP. À la tête d’une zone franche mixte située entre Ouanaminthe et Dajabón, où travaillent près de 18 000 Haïtiens, Capellán s’est dit optimiste quant à un renouvellement de la législation dans les 90 prochains jours.

« Je suis toujours optimiste, parfois prudemment optimiste, mais je suis convaincu que les amis d’Haïti au Congrès et au sein de l’administration Trump travailleront d’arrache-pied pour prolonger de 10 ans la législation », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que la Maison Blanche soutient le renouvellement de la loi, car ce programme « impacte non seulement les États-Unis, mais aussi leur chaîne d’approvisionnement ».

Le gouvernement haïtien tire la sonnette d’alarme

Le ministre haïtien du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, a déclaré que « la situation dans ce secteur reste alarmante ».

Selon lui, les chefs d’entreprise du textile attendent un signal du Congrès américain concernant le renouvellement du programme.

« Si cette loi n’est pas renouvelée, cette situation pourrait entraîner la fermeture de nombreuses entreprises du secteur de la sous-traitance, l’un des piliers de l’économie haïtienne », a-t-il averti.

Le ministre a rappelé que les désaccords entre républicains et démocrates au Congrès américain ont retardé l’approbation du budget fédéral, bloquant toute décision concernant la loi HOPE/HELP. L’administration Trump devrait se prononcer sur ce renouvellement avant le 19 décembre 2025.

« L’avenir du secteur de l’externalisation en Haïti dépend en grande partie de ce renouvellement. Nous sommes optimistes, mais le temps presse », a-t-il conclu.

Entre incertitude et espoir

L’économiste Pierre-Marie Boisson estime pour sa part que la fin de la loi HOPE/HELP « n’est pas la fin », mais une période d’incertitude pour l’industrie textile. Il souligne que la question ne se limite pas au simple renouvellement de la loi, mais exige une approche plus globale.

« Le premier volet de cette approche consiste à convaincre les autorités américaines que, si elles acceptent de prolonger cette loi, il y aura un regain dans l’industrie textile », a-t-il déclaré.

Une économie sous pression

Le non-renouvellement du programme HOPE/HELP risque de fragiliser davantage une économie déjà en crise. Le secteur textile, principal pourvoyeur d’emplois formels et de devises, se retrouve dans l’attente d’une décision du Congrès américain. Entre prudence et espoir, les acteurs économiques haïtiens redoutent un effondrement du dernier pilier industriel du pays si la loi n’est pas reconduite dans les délais annoncés.

De l’Anse-à-Galets à Montréal, un parcours du combattant

Quitter l’île de la Gonâve pour se rendre à Port-au-Prince est devenu, depuis quelque temps, pour les habitants de ce territoire de l’Ouest, un parcours aussi périlleux que celui qui menait autrefois vers l’Amérique du Nord en quelques heures.

Les efforts et l’énergie nécessaires pour y parvenir relèvent désormais du parcours du combattant : chaque mètre parcouru est une succession d’épreuves rappelant la douleur d’une traversée incertaine. Le trajet, de l’Anse-à-Galets en passant par Pointe-à-Raquette, puis par Miragoâne et les Cayes pour enfin rejoindre le Cap, a duré quatre jours avant de pouvoir embarquer pour Miami — un voyage lent et précautionneux, dicté par l’insécurité qui gangrène le pays.

Le lendemain, j’ai pris un vol de Miami vers le Canada, première étape d’un périple qui m’a conduit à Montréal. Ce pays est devenu ma seconde patrie depuis plus d’un quart de siècle — un lieu que j’ai appris à aimer et à honorer de tout cœur, par mes paroles comme par ma plume.

Nous devons une profonde reconnaissance à des nations comme le Canada, les États-Unis, la France, les pays européens et ceux d’Amérique latine, qui ont accueilli des milliers d’Haïtiens. Grâce à leur hospitalité, beaucoup ont pu accomplir ce qu’ils n’auraient jamais pu réaliser dans leur propre pays. Les transformations sociales et économiques liées à l’immigration ont permis à nombre d’Haïtiens issus de familles modestes d’accéder aux meilleures universités nord-américaines et européennes. Loin d’être uniquement une perte, l’émigration a aussi engendré des forces nouvelles.

La globalisation économique, qui nous pousse à rechercher des opportunités sous d’autres cieux, renforce l’interdépendance entre les nations, rapproche les individus et semble mettre l’accent sur le sentiment d’une communauté mondiale œuvrant pour la promotion des droits humains. Ce point d’union est le socle sur lequel se construit peu à peu une communauté humaine fraternelle et solidaire.

L’accueil des Canadiens sur leur territoire influence de manière positive le destin d’Haïti. Ce pays exemplaire, paisible, nous l’aimons profondément. Je garde un souvenir précieux de mes professeurs — Daniel Turp, Jacques-Yvan Morin, Pierre Robert, François Crépeau, pour ne citer que ceux-là — ces grands Québécois, ces Canadiens, architectes de la Révolution tranquille au Québec, qui ont grandement contribué à ma formation.

Le Canada, comme Haïti, sont deux pays auxquels je dois tout.

Un drame collectif
Haïti a aujourd’hui besoin d’une véritable mobilisation et d’une politique d’intégration capables de permettre à sa diaspora de mettre son savoir-faire au service du développement national. Le sentiment patriotique de l’Haïtien demeure intact, qu’il vive au pays ou ailleurs. La mondialisation n’a pas érodé cet attachement profond à la patrie.

Ce récit, qui témoigne de notre drame collectif et de la menace qui pèse sur notre survie, n’est pas seulement le mien. Chacun pourrait en livrer une version, selon ce qu’il a vécu en ce moment crucial de notre histoire commune.

Aujourd’hui, la nation semble engloutie dans un désespoir sans fond. Pourtant, la souffrance que nous traversons peut devenir une étape vers la délivrance. « Nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » Cette phrase d’Alfred de Musset, extraite de La Nuit d’octobre, pourrait s’appliquer à une nation entière : elle rappelle que l’épreuve révèle la vérité de l’être et pousse à l’introspection.

Voyager devrait être un acte de plaisir, une anticipation de l’aventure dans la perspective d’un retour, non une fuite devant ses responsabilités. Je l’ai toujours écrit : une véritable élite est trop occupée à résoudre les problèmes de son pays pour chercher refuge ailleurs. Dans les circonstances actuelles, quitter Haïti se fait le cœur lourd, à un moment où la population haïtienne, à bout de tout, aspire à une transformation profonde du pays et veut retrouver de nouvelles raisons de croire et d’espérer.

Les élites corrompues qui gouvernent mettent à l’épreuve notre détermination et notre espérance. Pourtant, malgré le confort que l’étranger peut offrir, une question demeure : à quoi sert de réussir loin de chez soi si l’on abandonne sa patrie et son peuple à la détresse ?

Cette interrogation m’oblige à choisir entre Haïti et moi-même, entre la Gonâve et moi-même. Et je choisis Haïti. Philosophiquement, choisir, c’est penser ; ne pas choisir, c’est encore choisir, car l’indifférence est déjà un acte de conscience.

Il faut un leadership éclairé
L’élite haïtienne, poussée à l’exil par les crises internes du pays, vit souvent un départ forcé qui s’apparente à une déportation silencieuse. Elle doit pourtant concevoir un plan de reconstruction nationale. La société se délite, l’insécurité s’étend, et l’indépendance proclamée par nos pères fondateurs il y a plus de deux siècles vacille. Il faut une vision claire, enracinée dans les idéaux de nos ancêtres, portée par des hommes et des femmes capables de relever la patrie de Dessalines.

Comme beaucoup d’Haïtiens, j’ai connu le pire. Deux de mes maisons ont été confisquées par des gangs criminels. Celle où j’habitais, à Marin, dans la Plaine, est désormais sous leur contrôle. Pour les milliers de familles prisonnières de la violence, mon cœur saigne.

La diaspora haïtienne, composée d’hommes et de femmes formés dans les plus grandes universités du monde, passionnés de savoir et de technologies, est la sève nourricière d’Haïti. Jacques Stephen Alexis, dans une lettre adressée au docteur François Duvalier depuis l’exil, rappelait cette vérité : aucune plante ne peut porter de fruits sans la sève de sa terre natale. La continuité des communautés et la transmission des valeurs ne peuvent être assurées que par une élite enracinée et responsable.

La guérison d’Haïti exige d’affronter la réalité avec lucidité plutôt que de la fuir. Deux impératifs s’imposent : résister à l’adversité et accepter la situation telle qu’elle est, aussi douloureuse soit-elle. Dans l’histoire de l’humanité comme dans celle d’Haïti, des figures émergent toujours quand les fondations vacillent.

Les paroles du prophète Néhémie et celles de Jacques Roumain peuvent, en ces temps sombres, nous inspirer à entreprendre des actions fortes et concertées en vue de la reconstruction nationale. Pour y parvenir, il nous faut un leadership désintéressé, animé par l’espérance, la foi et le sens de l’organisation, afin de transformer la vie en Haïti — notamment celle des communautés rurales et urbaines les plus vulnérables, qui en ressentent l’urgence vitale.

Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel à l’université d’État d’Haïti.
Université du Québec à Montréal
Montréal, le 19 octobre 2025.
Tél : 44073580
Email : sonet.saintlouis@gmail.com

Perspectives électorales et gouvernance politique en Haïti : une transition incertaine face au défi sécuritaire

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Plus de quatre ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti demeure plongée dans une transition politique sans véritable cap. Le pays, privé d’institutions élues depuis janvier 2023, vit sous un régime d’exception marqué par l’absence d’un Parlement, d’élus locaux et d’une présidence légitime. Dans ce contexte de vide institutionnel et de crise sécuritaire, la question des élections et de la gouvernance de la transition reste au cœur du débat national et international.

Une transition politique toujours en quête de légitimité

Le Conseil présidentiel de transition (CPT), mis en place en 2024 pour succéder au Premier ministre Ariel Henry, peine toujours à convaincre, quelques mois avant l’échéance de son mandat. Bien que celui-ci ait été clair : restaurer la sécurité, rétablir la confiance et conduire le pays vers des élections crédibles.

Les divisions internes, les intérêts politiques divergents et la méfiance de la population ont grandement fragilisé cette structure collégiale. Beaucoup d’Haïtiens perçoivent la transition comme un arrangement politique plutôt qu’un réel processus de refondation nationale.

Des élections promises, mais incertaines

Officiellement, le Conseil présidentiel a exprimé sa volonté d’organiser des élections générales en 2026, sous la base de potentielles conditions sécuritaires minimales réunies. Un calendrier électoral devait être annoncé afin de mettre en branle la machine électorale haïtienne.

Cependant, les réalités du terrain rendent cette perspective fragile : une partie du territoire demeure sous le contrôle de gangs armés, les institutions électorales ne sont pas encore totalement reconstituées, et la logistique d’un scrutin national semble aujourd’hui presque irréalisable.

L’insécurité généralisée, avec des milliers de déplacés internes et des routes coupées, empêche toute activité politique normale. Dans plusieurs villes du pays, l’État est pratiquement absent, ce qui compromet l’enracinement d’un processus électoral inclusif et transparent.

La sécurité, condition préalable à toute gouvernance stable

Le lien entre gouvernance et sécurité est aujourd’hui plus évident que jamais. Sans un minimum de stabilité, aucune élection ne peut se tenir dans la transparence ni garantir la participation de la population.

Les récentes offensives des gangs à Port-au-Prince et dans l’Artibonite montrent que les efforts sécuritaires du gouvernement et de la police nationale restent limités. Le renforcement de la Police nationale d’Haïti (PNH), la réorganisation des Forces armées d’Haïti (FAd’H) et la coopération internationale sont donc des préalables indispensables.

Mais au-delà de la réponse militaire, c’est toute une stratégie de gouvernance territoriale qu’il faut repenser : redonner aux institutions locales les moyens d’agir, recréer la confiance entre les autorités et les citoyens, et engager un dialogue politique sincère sur l’avenir du pays.

Une transition à la croisée des chemins

Haïti se trouve à un moment charnière. Soit la transition parvient à poser les bases d’un processus électoral crédible et inclusif, soit le pays risque de replonger dans une instabilité encore plus profonde.

Le défi n’est pas seulement d’organiser des élections, mais d’en garantir la crédibilité, la participation citoyenne et la sécurité. Sans cela, le futur gouvernement issu des urnes risque de souffrir de la même crise de légitimité que ses prédécesseurs.

La communauté internationale observe, mais c’est avant tout aux acteurs haïtiens – politiques, économiques et sociaux – de trouver les ressorts d’une reconstruction démocratique durable. Entre promesses électorales et urgence sécuritaire, Haïti joue une partie décisive de son avenir.

Haïti: Une salle de conférence en hommage à l’Empereur

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PORT-AU-PRINCE.— À l’occasion du 219e anniversaire de l’assassinat de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, le parti politique Les Engagés pour le Développement (EDE) a inauguré, vendredi, une salle de conférence baptisée au nom du Père fondateur de la nation haïtienne. L’événement, hautement symbolique, s’inscrit dans une démarche de valorisation de la mémoire historique et de réaffirmation du patriotisme.

La cérémonie s’est tenue en présence de plusieurs cadres du parti, de sympathisants et de personnalités du monde politique et culturel. Diffusée sur diverses plateformes d’information, et plusieurs pages d’actualités sur Facebook et YouTube, elle a suscité de nombreux commentaires saluant l’initiative.

Selon les responsables d’EDE, le choix de Jean-Jacques Dessalines pour donner son nom à cette salle de conférence traduit la volonté du parti de s’inspirer des idéaux de justice, de dignité et de développement que portait l’Empereur.

«Dessalines incarne la force, la vision et l’esprit d’indépendance. Lui rendre hommage, c’est affirmer notre engagement envers la souveraineté nationale et le progrès collectif», a déclaré un membre du directoire d’EDE lors de la cérémonie.

Cette inauguration s’inscrit dans un contexte national de commémoration, marqué par plusieurs activités officielles et citoyennes à travers le pays, dont une cérémonie solennelle organisée par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT).

En choisissant cette date du 17 octobre, jour du martyre de Dessalines en 1806, le parti EDE cherche à se positionner autour des valeurs patriotiques et du devoir de mémoire, tout en cherchant à inscrire son action politique dans la continuité du projet fondateur de la nation haïtienne.

Jean Mapou

Haïti–Culture: Le Salon du Livre et des Arts du Grand Nord, un carrefour de création et de mémoire

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CAP-HAÏTIEN.— Initié par l’Observatoire Patrimoine, le Salon du Livre et des Arts du Grand Nord d’Haïti (SLAGNH) s’impose comme l’un des événements culturels les plus inspirants du pays. Ancré dans la vaste région du Grand Nord, ce rendez-vous annuel se veut à la fois un espace de dialogue, de transmission et de célébration du patrimoine littéraire et artistique haïtien.

Conçu comme un pont entre les générations, les territoires et les disciplines, le Salon réunit écrivains, artistes, penseurs et créateurs venus d’Haïti et d’ailleurs autour d’une même ambition: mettre la culture au cœur du développement local et du rayonnement national.

Un espace d’échanges et de découvertes

Le Salon du Livre et des Arts du Grand Nord est avant tout un lieu de rencontre entre les mots et les images, entre la pensée et la création. Il met en lumière les voix du terroir, tout en ouvrant une fenêtre sur d’autres horizons culturels.

«C’est une invitation à célébrer la lecture, les arts, la pensée critique et l’imaginaire haïtien dans toute sa diversité», souligne Iléus Papillon, officier de communication du salon du livre et des Arts.

À travers conférences, expositions, tables rondes, performances artistiques et séances de dédicace, le Salon offre au public une expérience unique où les “gardiens de lumière”, écrivains, artistes, penseurs partagent leur vision du monde, leur engagement et leur art.

Un ancrage territorial fort: le Grand Nord en lumière

Bien qu’il prenne racine dans le Grand Nord d’Haïti, le Salon s’ouvre à tous les horizons. Il accueille des créateurs venus d’Haïti, de la diaspora et d’ailleurs, tout en valorisant les talents locaux: écrivains, peintres, conteurs, artisans qui font vivre la richesse culturelle de la région.

Cet ancrage territorial s’accompagne d’une volonté de décentralisation culturelle, permettant aux communes du Nord de devenir à tour de rôle des pôles d’expression et de rayonnement artistique.

Les Thèmes et itinéraires du Salon

Chaque édition du SLAGNH s’articule autour d’un thème fédérateur, symbole d’une réflexion sur la culture, la mémoire et la citoyenneté :

  1. 2024 – Cap-Haïtien : «Cap sur les voix du Grand Nord»
  2. 2025 – Port-Margot : «Ce pays qui nous appelle»
  3. 2026 – Port-Margot (Commune invitée: Limbé): « Mete liv nan de men m»
  4. 2027 – Plaine du Nord (Commune invitée: Acul-du-Nord): En plein dans le livre»

Ces thèmes traduisent la volonté des organisateurs de connecter la littérature aux réalités sociales, éducatives et identitaires du pays, tout en rendant hommage aux lieux symboliques du Grand Nord.

Une vision durable pour la culture haïtienne

Au-delà d’un simple événement littéraire, le Salon du Livre et des Arts du Grand Nord se positionne comme un instrument de transmission et d’émancipation culturelle. Il vise à former de nouveaux lecteurs, stimuler la création locale et renforcer le dialogue entre les arts et la société.

«Le Salon met le livre et la pensée au centre de la vie communautaire, parce que c’est là que commence toute reconstruction durable», rappelle Papillon.

En plaçant la lecture, l’art et la réflexion au cœur de l’action culturelle, le Salon du Livre et des Arts du Grand Nord d’Haïti devient un véritable laboratoire de mémoire et d’avenir.

Il incarne l’espoir d’une Haïti créative, fière de son héritage, ouverte au monde et tournée vers la transmission. Il propose un modèle de grandeur et de dignité face à l’Haïti d’aujourd’hui.

Jean Mapou

La loi HOPE n’est pas reconduite, et si l’on repense au développement autrement !

À Thomas Lalime et Enomy Germain qui croient encore aussi !

(Depuis quelque temps, le narratif semble porter sur la fin de la loi HOPE comme si c’était la fin du monde.) Pourtant, il existe aujourd’hui de nouveaux paradigmes pour penser autrement le développement. Ces lignes s’inscrivent dans une perspective d’un faire autrement (Touraine, 2007).

  1. La fin de la loi HOPE : un signal d’alarme pour l’économie haïtienne

Adoptée en 2006 par le Congrès américain, la loi HOPE (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement) visait à stimuler les exportations haïtiennes vers les États-Unis, notamment dans le secteur textile. En offrant des exonérations de droits de douane, elle visait à créer des emplois, attirer les investissements étrangers et soutenir la croissance économique en Haïti (Eugène, 2018). Son prolongement, la loi HELP (Haiti Economic Lift Program), étendit ces avantages afin de consolider le secteur manufacturier haïtien. Cependant, en 2025, ces mesures préférentielles n’ont pas été renouvelées par le Congrès américain, mettant en péril près de 90 % des exportations haïtiennes vers les États-Unis et des dizaines de milliers d’emplois (Haïti Libre, 2025).

La non-reconduction de la loi HOPE marque un tournant pour Haïti. Cette loi, bien qu’essentielle au maintien de l’industrie textile, reposait sur une dépendance structurelle à des décisions extérieures. En d’autres termes, le modèle de développement haïtien, fortement adossé à des mécanismes d’aide ou à des préférences commerciales, demeure vulnérable aux évolutions politiques internationales (Better Work Haiti, 2024). Cette dépendance révèle les limites d’un modèle économique extraverti qui peine à créer une base productive nationale durable.

  1. Le développement endogène : une alternative nécessaire !

Dans un contexte mondial instable, marqué par les guerres commerciales, les crises climatiques et la redéfinition des chaînes de valeur, il devient impératif pour Haïti de se tourner vers un modèle de développement endogène. Ce paradigme repose sur la mobilisation des ressources internes : capital humain, innovation locale, institutions efficaces et marchés régionaux (Romer, 1990). La théorie de la croissance endogène soutient que la prospérité durable résulte d’investissements dans le savoir, la technologie et la productivité interne, plutôt que d’aides externes volatiles.

         Pour Haïti, cela implique de renforcer l’éducation technique, de valoriser l’agriculture, de développer les PME et de créer des pôles de compétences locaux. Le développement endogène ne signifie pas l’isolement, mais une meilleure maîtrise des leviers internes avant toute ouverture commerciale. Il s’agit de produire localement pour consommer et d’exporter avec valeur ajoutée, tout en construisant un tissu économique résilient.
  1. Que faire après la loi HOPE ?

La disparition de HOPE doit être perçue comme une occasion de réinventer la politique économique nationale. D’abord, Haïti doit diversifier son économie au-delà du textile en stimulant les secteurs agricoles et culturels, ainsi que l’artisanat et les industries légères. Ensuite, il est essentiel de consolider les institutions économiques et de favoriser la transparence pour attirer les investissements locaux. La diaspora, acteur clé du financement national, doit être mobilisée au sein de cette stratégie au moyen d’incitations fiscales et des projets de codéveloppement (Casimir, 2020). Enfin, la diplomatie économique haïtienne doit s’orienter vers des partenariats régionaux, notamment dans la Caraïbe et en Amérique latine, afin de créer de nouveaux débouchés.

Conclusion

La non-reconduction de la loi HOPE n’est pas la fin d’un cycle, mais le début d’un nouveau paradigme. Haïti doit rompre avec une dépendance structurelle aux mécanismes d’aide extérieure et investir dans son propre potentiel. Miser sur le développement endogène, c’est croire en la capacité du pays à produire, innover et se régénérer par lui-même. L’avenir d’Haïti dépend moins des préférences tarifaires étrangères que de la volonté nationale de bâtir une économie inclusive, résiliente et autonome.

Références

  • Better Work Haiti. (2024). Rapport sur l’impact de la loi HOPE. https://betterwork.org/haiti
  • Casimir, J. (2020). La culture opprimée. Port-au-Prince : C3 Éditions.
  • Eugène, W. (2018). Les préférences commerciales unilatérales et les économies fragiles. Université du Québec à Montréal.
  • HaïtiLibre. (2025, septembre). Loi HOPE/HELP : inquiétude dans le secteur textile. https://www.haitilibre.com
  • Romer, P. (1990). Endogenous Technological Change. Journal of Political Economy, 98(5), 71–102.
  • Touraine, A. (2007). Penser autrement. Fayard ed.

Yves Lafortune, Fort Lauderdale, le 19 octobre 2025

Le Louvre dévalisé : sept minutes pour dépouiller un pan de l’histoire de France

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Par Jean Wesley Pierre

Le musée du Louvre, à Paris, a été victime d’un braquage spectaculaire ce dimanche 19 octobre 2025, entre 9h30 et 9h40, soit une demi-heure après son ouverture. Selon la ministre de la Culture, Rachida Dati, plusieurs malfaiteurs ont réussi à s’introduire dans la galerie d’Apollon, célèbre salle du premier étage de l’aile Denon où sont exposés les joyaux de la Couronne française.

D’après le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, neuf bijoux d’une valeur patrimoniale inestimable ont été dérobés. L’un d’eux, la couronne de l’impératrice Eugénie, a été retrouvé brisé à l’extérieur du musée.

Depuis un camion stationné quai François-Mitterrand, quatre hommes casqués et vêtus de gilets jaunes ont déposé des cônes de chantier et déployé un monte-meubles de déménagement qui leur a permis d’accéder directement à une fenêtre de la galerie, qu’ils ont fracturée. Armés d’une disqueuse, ils ont découpé deux vitrines, celle des bijoux du Second Empire (1852–1870) et celle des joyaux des souverains (1800–1852). Ils ont ensuite pris la fuite sur des scooters, abandonnant une couverture, des gants, un gilet jaune et des radios portatives. L’opération a duré sept minutes.

Dans la vitrine des bijoux du Second Empire, les voleurs ont emporté quatre ornements de l’impératrice Eugénie : sa couronne, son diadème serti de perles et de diamants, son Grand nœud de corsage orné de diamants, et sa broche-pendentif en diamants. Seule sa broche d’épaule en perles et diamants a été épargnée.

Dans la vitrine des joyaux des souverains (1800–1852), les cambrioleurs ont volé le collier et les boucles d’oreilles de l’impératrice Marie-Louise, ainsi que le diadème, le collier et une boucle d’oreille de la parure de saphirs et diamants de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense. Les autres pièces exposées, dont les pendants d’oreilles de Joséphine de Beauharnais et les bijoux de la duchesse d’Angoulême, n’ont pas été dérobées.

Les voleurs n’ont pas forcé la troisième vitrine contenant les joyaux de la Couronne de France de 1530 à 1789, où se trouve notamment le diamant « Le Régent », de 140,64 carats.

Une enquête pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs a été confiée à la Brigade de répression du banditisme (BRB), avec le soutien de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC).

Selon une source citée par le journaliste Didier Rykner sur LCI, la porte-fenêtre empruntée par les voleurs présentait un problème d’alarme depuis plusieurs mois, souvent désactivée à cause de déclenchements intempestifs. Le ministère de la Culture a cependant affirmé que l’alarme avait bien fonctionné.

Ce braquage intervient dans un contexte de multiples vols récents dans les musées français : porcelaines dérobées au musée Adrien Dubouché de Limoges, spécimens d’or volés au Muséum national d’histoire naturelle, et tabatières du XVIIIe siècle subtilisées au musée Cognacq-Jay en 2024.

Le musée du Louvre a annoncé sur son compte X :

« Le musée du Louvre restera fermé aujourd’hui pour raisons exceptionnelles. »

Ce nouveau braquage, qui rappelle les vols spectaculaires de ces derniers mois, relance le débat sur la sécurité des musées français. Malgré la vigilance des autorités et les promesses de renforcement, la disparition de ces joyaux impériaux souligne la fragilité d’un patrimoine que l’on croyait protégé au cœur même du musée le plus célèbre du monde.

Hommage à Maître Nestor Calixte

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

 » Enseigner, c’ est déposer dans les âmes les semences de l’éternité »

La nouvelle d’un départ

Grande fut ma surprise, et plus encore mon émotion, lorsque je reçus, via WhatsApp, le message de mon ancienne camarade de classe du Collège Notre-Dame de Lourdes, Ronyde Bélizaire Imbert, compagne d’études de la sixième à la première, m’annonçant le départ pour l’au-delà de Maître Nestor Calixte, notre éminent professeur de littérature.La nouvelle m’a profondément bouleversé. Elle marquait la disparition d’un éducateur d’exception, d’un esprit éclairé, d’un homme qui fut pour nous bien plus qu’un simple enseignant.

Une figure emblématique du Nord-Ouest

Qui, dans le département du Nord-Ouest en général, et à Port-de-Paix en particulier, ne connaissait pas Maître Nestor Calixte ?

Figure emblématique du savoir et de la sagesse, avocat brillant, pédagogue accompli, amoureux des lettres et des mots, il fut pour plusieurs générations un phare intellectuel et moral.

Sa voix, empreinte d’autorité et de bienveillance, résonne encore dans la mémoire de ceux qui, comme moi, eurent le privilège d’être ses élèves en classes de seconde et de rhétorique.
C’est lui qui m’ouvrit les portes des grands écrivains, me donnant le goût du beau style, de la pensée juste et de l’expression noble.

Plus qu’un professeur : un guide et un père spirituel

Mais Maître Nestor Calixte n’était pas seulement un enseignant. Il fut un guide, un conseiller, un père spirituel, un bâtisseur d’âmes et de consciences.
À travers ses cours de littérature, il nous transmit une véritable philosophie de vie : le respect de soi et des autres, la dignité, la rigueur intellectuelle, la méthode, le courage et la foi dans la valeur de l’effort. Sa parole était une leçon, son attitude une école, sa vie un témoignage.

Appartenant à cette noble génération de professeurs désormais en voie d’extinction, il incarnait la passion du métier, le sens du devoir et l’amour de la jeunesse. Pour lui, enseigner n’était pas un emploi, mais un sacerdoce, une mission au service de l’esprit et de la nation.

L’homme, le patriote, l’exemple

Homme de culture et patriote sincère, Maître Nestor portait Haïti dans son cœur avec ferveur et conviction.
Malgré les épreuves de la vie, il n’avait jamais cessé de croire à la grandeur de l’éducation, ni à la capacité des jeunes à changer le destin de leur pays.
Sa passion pour le savoir s’accompagnait d’un profond sens du travail bien fait, d’une exigence de clarté et d’une recherche constante de la perfection dans les choses de l’intelligence.

L’homme humble

En rédigeant ce texte, Alix Lalane, un de mes condisciples au CNDL, m’a appelé pour me mettre aussi au courant du décès et me faire un rappel pour le moins singulier,mais profondément inspirant. À Port-de- Paix, le commissaire du gouvernement, Maître Nestor, mène une double vie que peu oserait imaginer: avant et après ses heures de bureau au parquet, il est chauffeur de tap-tap sur la ligne Port- de-Paix/Saint- Louis du Nord. Ce contraste, loin d’être une contradiction, révèle une humilité rare et une grandeur d’âme remarquable.

Ses anciens élèves se souviennent encore d’une de ses phrases devenues presque légendaires:  » Je préfère marcher à pied pour venir dispenser les cours, car à bord de mon véhicule, on ne peut pas voir combien je suis élégant ». Une déclaration qui dit tout: la simplicité, le sens de l’humour, mais aussi la noblesse d’un homme qui ne se mesure pas à la hauteur de son titre, mais à la profondeur de son humanité.

Le retour au berceau natal

Affaibli par le poids des années, Maître Nestor avait rejoint depuis quelque temps les siens en terre étrangère. Sentant approcher la fin du voyage, il formula le vœu de revenir à Port-de-Paix, sa ville natale, ce coin de terre qu’il chérissait plus que tout. Et c’est là, fidèle à son attachement profond à ses origines, qu’il rendit paisiblement son dernier souffle, le jeudi 16 octobre, vers deux heures de l’après-midi, accomplissant ainsi son ultime souhait : mourir là où tout avait commencé.

Adieu et MERCI, Maître Nestor Calixte

Merci pour la lumière que tu as allumée dans nos esprits, pour la noblesse de ton exemple, pour ta générosité et ton dévouement.Tu resteras à jamais dans la mémoire de tes élèves comme l’un de ces maîtres dont on ne se remet jamais d’avoir croisé le chemin.

Que la terre de Port-de-Paix te soit douce et légère, Maître Nestor !
Ton nom demeurera inscrit dans la grande mémoire de l’éducation haïtienne.

Pierre Josué Agénor Cadet

N.B.
Me Francklin Nestor Calixte fut Professeur de litterature Française au Lycée Tertullien Guilbeaud et au Collège Notre Dame de Lourdes de Port-de-Paix, Commissaire du Gouvernement près le Parquet de Port-de-Paix pendant plusieurs décennies, Delegué departemental du Nord’ouest, president de la croix Rouge de Port-de-Paix, Juge d’instruction près le Tribunal de premiére Instance de Port-au-Prince, Avocat au Barreau de Port-de-Paix et ex-Batonnier de l’ordre des Avocats de Port-de-Paix.