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De la transition subie à la transition construite : repenser le changement constitutionnel en Haïti

(À propos du document du professeur Wilson Laleau : « Transitions politiques et changement de la Constitution – Nous avons tout faux »)

Depuis près de quarante ans, Haïti évolue dans un état d’exception permanent. Chaque crise annonce une transition, chaque transition promet une refondation, et chaque refondation, inévitablement, ramène au point de départ. Cette circularité politique a transformé la transition en régime et l’instabilité en normalité. Pourtant, cette répétition n’est pas le fruit d’un hasard historique, mais d’une méthode – ou plutôt, d’une absence de méthode.

C’est précisément cette faille que met en lumière le texte du professeur Wilson Laleau, Transitions politiques et changement de la Constitution : nous avons tout faux (2025). L’auteur y propose une lecture à la fois historique, institutionnelle et pragmatique du blocage politique haïtien. Il avance une hypothèse audacieuse : le problème d’Haïti ne réside pas dans la nature de ses constitutions, mais dans la manière dont elles sont conçues, adoptées et appliquées. Autrement dit, le mal est procédural avant d’être textuel.

  1. De la répétition des crises à la crise de la répétition

Depuis 1986, la succession de gouvernements provisoires, de chartes transitoires et de promesses constitutionnelles a produit un modèle politique singulier : celui d’une transition perpétuelle. Ce phénomène, déjà identifié par Pierre-Raymond Dumas comme une “transition devenue régime en soi”, traduit la difficulté de l’État haïtien à passer du provisoire au permanent.

Le professeur Laleau revisite cette dynamique en s’appuyant sur des travaux majeurs de la science politique contemporaine — Robert Fatton (Haiti’s Predatory Republic, 2002), Michel-Rolph Trouillot, Douglass North, Barry Weingast, Acemoglu et Robinson — pour montrer que la répétition des crises est le produit d’un cercle vicieux associant faiblesse institutionnelle, hypercentralisation, capture oligarchique et dépendance externe.

Selon cette grille d’analyse, les transitions haïtiennes échouent parce qu’elles se contentent d’une reconstruction juridique sans transformation institutionnelle. L’État se redéfinit par la loi, mais ne se réinvente pas par la pratique. Les constitutions se succèdent, mais les structures de gouvernance — partis, collectivités, administration publique, justice, contrôle citoyen — demeurent embryonnaires ou instrumentalisées.

  1. Le piège du formalisme constitutionnel

La critique que formule Wilson Laleau rejoint les constats de North et Weingast (1989) : les institutions politiques ne produisent de stabilité que lorsqu’elles reposent sur un équilibre crédible entre acteurs, fondé sur la confiance et la contrainte mutuelle. En Haïti, chaque Constitution a échoué non par son contenu, mais par l’absence de légitimité de son environnement politique.

Ainsi, la Constitution de 1987 — la plus durable de l’histoire nationale — portait les germes d’un État décentralisé et pluraliste, mais sans que soient créés les organes destinés à la faire vivre (Cour constitutionnelle, Conseil électoral permanent, fonction publique méritocratique, collectivités autonomes). La façade républicaine a été maintenue, mais la charpente institutionnelle est demeurée fragile.

Ce formalisme constitutionnel a produit un paradoxe : plus la norme est proclamée, moins elle est appliquée. Le professeur Laleau observe que le débat haïtien se polarise entre les tenants de l’application stricte de la Constitution de 1987 et ceux qui appellent à une refonte totale, sans que soit interrogée la question essentielle : dans quel contexte institutionnel et social une Constitution peut-elle exister ?

  1. Pour un processus constitutionnel expérimental : la transition construite

Face à cette impasse, l’auteur propose une innovation conceptuelle : la transition construite.
Il s’agit de transformer la transition — généralement subie — en un processus d’apprentissage collectif, conçu comme un laboratoire constitutionnel.

Ce laboratoire se déroulerait sur une période limitée (cinq ans) et comprendrait trois phases successives :

  1. La stabilisation politique, avec la désignation d’un président custode et la formation d’un gouvernement de coalition élargi, garant de la neutralité institutionnelle et de la continuité de l’État.
  2. L’expérimentation institutionnelle, fondée sur la mise en place de gouverneurs départementaux, d’assemblées de maires et de comités citoyens de suivi, afin de tester les mécanismes de décentralisation et de reddition de comptes.
  3. La conférence nationale constitutionnelle, chargée de rédiger une Constitution définitive à partir des leçons tirées de cette expérimentation, en intégrant les ajustements nécessaires issus de l’observation empirique.

Cette démarche s’inspire du pragmatisme institutionnaliste (Evans, 1995 ; Acemoglu et Robinson, 2012), selon lequel la stabilité politique se construit par l’expérimentation, l’évaluation et l’apprentissage, plutôt que par la seule promulgation de normes. Monsieur Laleau invite ainsi à rompre avec le réflexe de la rupture – propre aux transitions subies – pour instaurer une méthode d’apprentissage politique fondée sur la participation et l’évaluation continue.

  1. Le lien indissociable entre refondation politique et mutation économique

L’un des apports les plus significatifs du texte du professeur Laleau est de replacer la question constitutionnelle dans une perspective économique. L’auteur établit un lien direct entre structure institutionnelle et structure productive : un État prédateur génère une économie de rente ; un État coopératif engendre une économie solidaire.

S’inspirant de la tradition du développement institutionnaliste (Evans, North, World Bank 2023), il plaide pour une transition économique parallèle à la transition politique : passer d’un État prédateur à un capitalisme coopératif, fondé sur les communes, les coopératives départementales et la mobilisation de la diaspora.

Cette proposition réhabilite la dimension territoriale du développement, longtemps marginalisée par la centralisation port-au-princienne. En plaçant les communes au cœur de la production et de la décision, elle vise à créer une base économique et sociale pour la gouvernance locale, condition indispensable à la légitimité politique.

  1. De la méthode à la maturité politique

Ce que propose le professeur Laleau, au fond, n’est pas un modèle constitutionnel, mais une méthode de refondation.

Dans une société où la précipitation institutionnelle a souvent tenu lieu de vision, il suggère de réapprendre à gouverner le temps politique. La transition ne serait plus un intervalle d’attente, mais un moment d’expérimentation, de mémoire et de construction.

Cette approche rejoint les analyses d’Elinor Ostrom (1990) sur la gouvernance collective : les institutions durables sont celles qui permettent la co-construction de règles, l’auto-organisation et la responsabilité partagée. De la même manière, la “transition construite” selon Wilson Laleau repose sur trois principes méthodologiques :

• l’apprentissage (mesurer et ajuster),
• la participation (associer les acteurs sociaux et territoriaux),
• l’évaluation (institutionnaliser le contrôle citoyen et la redevabilité).

C’est cette méthode, et non un texte en soi, qui pourrait fonder la légitimité de la prochaine Constitution.

  1. Une contribution méthodologique à la pensée politique haïtienne

Le texte de Wilson Laleau se distingue par sa clarté conceptuelle et son refus du fatalisme historique. Là où d’autres diagnostics s’arrêtent au constat d’un État capturé ou d’une société civile désorganisée, il propose un cadre opérationnel pour sortir du provisoire.

Il ne s’agit plus de proclamer la fin de la transition, mais de l’instituer comme un espace de maturation politique. La véritable rupture n’est pas celle du texte, mais celle du processus : substituer à la transition subie une transition construite, encadrée, documentée, collective.

Enfin: apprendre à gouverner nos transitions, pour gouverner notre destin

En définitive, Transitions politiques et changement de la Constitution – nous avons tout faux propose une leçon de méthode et une pédagogie du changement. Dans un pays où l’urgence sert souvent d’alibi à l’improvisation, cette réflexion invite à ralentir pour mieux construire, à planifier pour mieux durer.

Haïti ne sortira pas de la transition par une nouvelle Constitution, mais par l’apprentissage institutionnel qu’elle se donnera les moyens de conduire. Passer de la transition subie à la transition construite, c’est accepter que la stabilité ne se décrète pas : elle s’apprend, se pratique, se mesure.

En cela, l’essai du professeur Wilson Laleau s’inscrit dans la tradition des penseurs pragmatiques du politique. Il ne décrit pas seulement une impasse : il trace une voie.
Et cette voie, en Haïti comme ailleurs, commence par une conviction simple — mais révolutionnaire : pour refonder la République, il faut d’abord refonder la manière de la construire.

Emmanuel Jean François

Transferts d’argent: plus de 140 000 bénéficiaires ciblés par le programme d’assistance du Gouvernement

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Lors de la 26ᵉ édition des Mardis de la Nation, tenue à la Primature, le Gouvernement a présenté l’état d’avancement de son programme d’assistance sociale. Selon les autorités, trois catégories de bénéficiaires — parents, ménages vulnérables et ouvriers — sont concernées par ces transferts monétaires.

La 26ᵉ édition des Mardis de la Nation s’est déroulée ce mardi 21 octobre 2025 à la Primature autour du thème de l’assistance sociale du Gouvernement. Selon les informations communiquées par la Primature, cette initiative s’inscrit dans le cadre du Programme d’accompagnement social mis en œuvre sous la direction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Ayant lubre trubune à cette édition, le Directeur général du Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES), M. Serge Gabriel Colin, a présenté les dernières données relatives à l’exécution du programme, qui cible trois catégories de bénéficiaires : les parents, les ménages vulnérables et les ouvriers.

Selon M. Colin, dans le cadre du soutien aux parents, plus de 50 000 bénéficiaires inscrits sur le Système d’Information de Gestion des Élèves (SIGE) du MENFP reçoivent actuellement une aide financière destinée à la rentrée scolaire. Les transferts sont effectués via MonCash et NatCash.

Toujours selon le FAES dans une note relayée par la Primature , environ 55 000 ménages vulnérables, identifiés à partir du Système d’Information du Ministère des Affaires Sociales (SIMAS), recevront chacun une allocation de 15 000 gourdes. Les versements doivent débuter le mercredi 22 octobre 2025 à travers les plateformes MonCash et NatCash.

S’agissant des ouvriers, 35 000 travailleurs bénéficieront également d’un appui financier de 15 000 gourdes, directement versé sur leurs comptes bancaires à partir du lundi 27 octobre, selon les précisions des responsables.

Ces actions, toujours d’après les autorités gouvernementales, visent à soutenir les groupes les plus vulnérables et à accompagner les familles dans la scolarisation des enfants pour l’année académique 2025–2026.

Par ailleurs, des observateurs voient des programmes de prise en charge éphémère optant plutôt pour des initiatives durables afin de lutter contre cette précarité tout en permettant aux gens d’être autonome financièrement. Et pour cela, il croit que le rétablissement de la sécurité est la clé.

La rédaction

Haïti: Timoun 2000 ou la génération de l’apostasie et de l’insouciance

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Par Jean Mapou

Il est venu le temps de parler sans fard à cette génération née autour des années 2000; génération connectée, bruyante, souvent brillante mais profondément perdue dans le labyrinthe des illusions modernes. Une génération qui danse au bord du gouffre, inconsciente du poids de l’histoire qu’elle piétine, insouciante de l’héritage spirituel et moral qu’elle dilapide.

Cette génération, que nous pourrions appeler celle de l’apostasie cultuelle, de la naïveté et de l’insolence sociale, incarne à la fois la promesse d’un nouveau départ et la faillite d’une société qui n’a su transmettre ni repères, ni sacré, ni discipline.

L’apostasie cultuelle ou la rupture avec la transcendance et le subliminal

Autrefois, le culte, qu’il soit vodou, chrétien, ou simplement ancestral, constituait un lien sacré entre l’homme haïtien et le mystère de la vie. Il unissait les générations, donnait sens à la souffrance et orientait les consciences. Aujourd’hui, ce lien est brisé.

La génération 2000, éduquée dans la mondialisation numérique, a troqué la foi contre les “tendances”, la spiritualité contre le paraître, le sacré contre la dérision. Elle ne croit plus en rien, sauf en elle-même, et encore, d’une manière superficielle et instable.

Les temples sont devenus des scènes de spectacle, les pasteurs des influenceurs, et les prêtres vodou des figurants folkloriques. On ne cherche plus à communier, mais à se distinguer sur les plateformes internet. C’est là le signe d’une apostasie silencieuse: la perte du sens du divin, du mystère, de la transcendance et de mounité*

La naïveté sociale: l’ère du simulacre

La naïveté de cette génération n’est pas celle de l’ignorance, mais celle de la distraction. Les jeunes nés après 2000 croient comprendre le monde parce qu’ils le regardent à travers les écrans. Ils se pensent informés, alors qu’ils ne sont que conditionnés par le flux permanent des images, des slogans et des émotions. Ils s’y perdent en voulant s’affirmer autrement que leurs ainés.

Ils rêvent d’un “ailleurs” qui les fascine et les dévore, méprisant leur propre sol comme un fardeau. Leur patriotisme est digital, leur colère éphémère, leur mémoire courte.

Ils confondent liberté et désinvolture, réussite et visibilité. Pendant ce temps, les puissants continuent de manipuler un pays vidé de ses repères, pendant que les jeunes s’abandonnent à la manipulation ou l’instrumentalisation, à la facilité de la dérision et de la moquerie.

L’insolence sociale: le triomphe du désenchantement

Haïti est désormais un théâtre où s’affrontent la misère et la vanité. Les plus jeunes, livrés à eux-mêmes, revendiquent une liberté sans responsabilité, un droit sans devoir, critiquant sans comprendre le sens même de la critique.

Ils dénoncent la corruption, mais trichent aux examens; ils réclament la justice, mais idolâtrent ceux qui exhibent la richesse volée; ils veulent le changement, mais refusent la rigueur.

Cette insolence n’est pas celle de la révolte; elle serait alors noble, mais celle du vide. Une insolence sociale nourrie par le désenchantement, l’absence de transmission, et la décadence des modèles. Les héros sont morts, les mentors ont fui, et les institutions morales se sont effondrées. Plus de mains ouvertes, encore moins tendues.

Chronique d’un héritage maléfique

La génération 2000 n’est pas seule coupable: elle est aussi victime d’un héritage maudit. Celui d’un pays qui a trahi ses promesses, qui a préféré l’anathème à la réforme, la dépendance à la dignité. L’importation à la production nationale, les armes formation des cadres et le carnage au bien-être de ses citoyens.

Un pays où l’on a tué le rêve collectif, où les mots “nation”, “respect” et “solidarité” ne signifient plus rien. L’enfant du millénaire grandit donc dans un monde sans repères, héritant du chaos comme d’une tradition.

La nécessité d’un sursaut moral et spirituel

Pourtant, tout n’est pas perdu. Cette génération, si elle le veut, peut devenir celle du réveil.

Elle porte en elle la force du renouveau, la créativité, l’accès au savoir, et une conscience mondiale sans précédent. Mais pour cela, elle devra réapprendre à croire, comprendre, et servir. Croire en quelque chose de plus grand qu’elle. Comprendre les blessures du passé pour ne plus les répéter. Servir, non pas pour plaire, mais pour construire.

A cette génération, qu’on a appelée avec condescendance, Timoun 2000

Vous êtes les enfants d’un pays en ruine, mais vous pouvez être les bâtisseurs d’une civilisation nouvelle. Vous avez la jeunesse, l’innocence et le sens de l’innovation. Profitez-en pour marquer votre temps et laisser un héritage différent mais meilleur à votre postérité.

Refusez l’amnésie et la frivolité. Cherchez la vérité au-delà des apparences. Et surtout, ne méprisez pas l’héritage de ceux qui, dans la douleur et le sang, vous ont ouvert le chemin de la liberté.

L’histoire d’Haïti n’est pas finie. Elle attend encore sa génération rédemptrice.

Jean Mapou

La découverte de l’Amérique: un mythe à déconstruire

Dans son trente-cinquième ouvrage à paraître au début de 2026, Histoire politique d’Haïti de 1804 à 2025 ou Mémoire d’un État capturé, l’historien et professeur Pierre Josué Agénor Cadet démontre le mythe de la « découverte » de l’Amérique, symbole d’une histoire écrite par les vainqueurs. Il appelle à réhabiliter la mémoire des peuples autochtones, premiers dépossédés du nouveau monde.

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Environ 533 ans après le débarquement de Christophe Colomb en Amérique, la question de la découverte de l’Amérique suscite encore des débats, des controverses et des polémiques. L’Amérique, au lieu d’être une  » terre neuve » , la mer, quant à elle, fut son moyen d’accès. Mais, selon de nombreux historiens, Colomb n’a pas découvert un continent dont les habitants connaissaient déjà l’existence avant. Mais le problème est le suivant : qui a découvert l’Amérique ?

Traditionnellement, sur les bancs de l’école et dans beaucoup d’ouvrages d’histoire, on apprend que c’est un fils d’un tisserand génois, du nom de Christophe Colomb (1450 ou 1451 – 1506), qui a découvert l’Amérique en 1492. Mais de nombreux historiens et d’autres chercheurs contestent cette version.

Selon certains érudits , le Chinois Zheng He (1371-1433) a découvert l’Amérique avant Christophe Colomb. Ils ont trouvé l’appui de certains experts en océanographie et en sous-marin tels que Gavin Menzies, un ex-commandant subaquatique.

Alexandre Dubé, dans « Franchement, qui a découvert l’Amérique en premier ? » , en référence à la question  » Franchement, qui a découvert l’Amérique en premier ? » de Thomas Guenole, avance que des peuples asiatiques auraient exploré l’Amérique depuis près de 40 000 ans avant notre ère. D’autres auteurs signalent des pêcheurs japonais, basques, portugais, ou irlandais. Christophe Colomb (1492), Giovanni Gaboto (1497-98), Amerigo Vespucci (1499), Pedro Alvares Cabral (1500), Re-Vespucci (1501), Re-Colomb (1502), Fernand de Magellan (1519-1521/22), Hernán Cortés (1515-1524), Verrazzano Giovanni (1524), Jacques Cartier (1534), Francisco Pizarro (1535)… Du point de vue strictement européen, les découvertes se situent aux XVe et XVIe siècles.

Un document du XVe siècle, une carte trouvée par les Vikings de Vinland, au sud du Groenland, qui s’étend de la Russie à l’Atlantique, prouvé que les Normands y auraient débarqué en Amérique du Nord 500 ans avant Christophe Colombie. S’ajoute un autre cas : il s’agit d’une carte chinoise s’intégrant à un débat scientifique.

« Plusieurs universitaires estiment que cette carte est non seulement authentique, mais qu’elle est aussi la première représentation cartographique connue de l’Amérique du Nord et du Sud . Pour établir l’histoire de la conquête, la question n’est pas de savoir  » qui a découvert l’Amérique » , mais plutôt  » dans quelles conditions et pourquoi » . Gavin Menzies, ancien officier de marine et auteur britannique, affirme dans son livre 1421, l’année où la Chine a découvert l’Amérique (publié en 1965), qu’il alimente par de nombreuses preuves issues de scientifiques décrivant les contours de l’Europe, de la Scandinavie, de l’Afrique du Nord, de l’Asie et de l’Extrême-Orient, tous des territoires connus dès le XVe siècle.

Pour savoir si ces écrits sont réels, les Vikings qui sont les premiers découvreurs de l’Amérique démontrent que les technologies actuelles réservent cette découverte comme l’événement le plus retentissant de la civilisation.
Ainsi, il semble évident de constater que Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique.

Références bibliographiques

  1. Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique, Paul-Éric Blanrue
  2. Re :  » Franchement, qui a découvert l’Amérique en premier *?, Thomas Guenole
  3. Franchement, qui a découvert l’Amérique en premier ?, Alexandre Dubé
  4. La statue romaine qui nous rattache à l’Amérique, Jocelyn Rochat
  5. La découverte de l’Amérique, Marianne Mahn-Lot, Paris, Flammarion, 1970 6 . Les Conquistadors: La découverte et la conquête de l’Amérique latine, Jean Descola, Tallandier, 2020

Pierre Josué Agénor Cadet

De nouveaux magistrats certifiés d’autres non-certifiés par le CSPJ

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Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (#CSPJ) a procédé à la délibération des certificats aux magistrats le vendredi 25 Septembre 2025. Sur 112 dossiers transmis par la Commission Technique de la Certification (CTC) aux fins de certification, 73 ont été certifiés, 12 ne les ont pas été pour divers motifs dont absence d’intégrité professionnelle et incompétence.

Parmi les magistrats certifiés on note: le Magistrat Vanel Achat, Suppléant Juge au Tribunal de Paix de Saint Louis du Sud ; Joseph Wilsert Aimé, Juge titulaire au Tribunal de Paix d’Arniquet ; Bernadin Alcindor, Juge de Siège au Tribunal de Première Instance des Côteaux; Jorel Alténor, Suppléant Juge au Tribunal de Paix de Saint-Marc ; René Georges Antoine, Juge titulaire au Tribunal de Paix de Bahon ; Roulio Azor, Suppléant Juge au Tribunal de Paix des Abricots ; Ignace Bazelais, Juge titulaire au Tribunal de Paix d’Aquin, entre autres.

Dans la liste des non- certifiés figurent: le magistrat Frito Aristil, Juge et Juge d’Instruction au Tribunal de Première Instance du Cap-Haïtien ; Jean Mary Evens Bellabé, Suppléant Juge au Tribunal de Paix de Camp-Perrin ; Marc-Arthur Bien-Aimé, Juge du Siège au Tribunal de Première Instance des Gonaïves; Romain CALIXTE, Suppléant Juge au Tribunal de Paix de Limbé Motifs: ; Lubedet DORSAINVIL, Juge de Siège au Tribunal de Première Instance des Gonaïves ; Bellande DUMERZIER, Juge et Juge d’Instruction au Tribunal de Première Instance de Petit-Goâve.
; François FINEY, Doyen au Tribunal de Première Instance de Jérémie, professionnelle; Josias JEAN BAPTISTE, Suppléant Juge au Tribunal de Paix de la Plaine du Nord , ; Giordani JOSEPH, Juge titulaire au Tribunal de Paix de Ferrier Magistrat Henderson JOSEPH, Suppléant Juge au Tribunal de Paix d’Aquin, Elima OBEÏ, Juge de Siège au Tribunal de Première Instance du Cap-Haïtien; Et le Magistrat Délicio VERNEVIL, Suppléant Juge au Tribunal de Paix de Vialet.

Incompétence et absence d’intégrité professionnelle, sont les motifs avancés par le conseil supérieur du pouvoir judiciaire contre ces magistrats.

Notons la plus haute instance n’a pas pu statuer sur 27 dossier. Les noms de ces magistrats n’ont pas été mentionnés dans ce procès-verbal de délibération des opérations de certification.

Gedeon Delva

Blocage de nomination des magistrats formés à l’EMA: Me Sanon Moïse dénonce l’attitude du CSPJ

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En 2019 le conseil supérieur du pouvoir judiciaire a lancé un processus pour recruter des magistrats pour intégrer le système judiciaire haïtien, en particulier la justice de paix dans le grand sud et le grand Nord. Depuis l’aboutissement de la phase d’inscription à l’achèvement de la formation d’une soixantaine de magistrats, le processus de leur nomination est bloqué.

Lors d’une interview exclusive accordée à notre rédaction, l’un des participants ayant franchi toutes les étapes exigées par le conseil, Me Sanon Moïse, a dénoncé l’attitude du CSPJ dans le cadre de ce dossier.

Selon lui, le conseil ne manifeste aucune volonté pour faire aboutir le dossier. Car dit-il, d’autres personnes référées par des hommes politiques sont déjà nommées, à lorsque eux qui ont suivi toutes les exigences et obligations ont vu leurs dossiers
encore en souffrance.

Me Moïse souligne, pour être éligible, il a fallu avoir au moins 5 ans d’expérience dans l’exercice de la profession d’avocat. Les hommes de lois concernés ont rempli cette formalité et ont suivi une formation, sous la direction du CSPJ, pendant plus d’un mois à l’école la magistrature. Depuis lors, ces avocats, detenteurs à présent d’un certificat livré par l’école de la magistrature, leur accordant le titre de magistrat, attendent encore leur nomination.

« Nous avons entrepris plusieurs démarches au près du CSPJ, nous avons écrit le ministère de la justice. Jusqu’à date les dossiers sont encore enfermés dans les tiroirs », a fait savoir Moïse.

Il invite alors le CSPJ, les autorités de l’exécutif à prioriser la compétence et à accélérer le processus de nomination de ces magistrats aux fins de remplir les postes vacants dans les différents tribunaux de paix du pays.

L’ANAGH dénonce des actes de barbarie que mènent des policiers à l’encontre des greffiers

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Dans certaines juridictions du pays les violons ne semblent jamais accordés entre des agents de la police nationale d’Haïti avec les greffiers ou encore les commis parquet. Dans une note rendue publique le lundi 20 octobre 2025, l’association nationale des greffiers d’Haïti élève énergiquement contre la chasse à l’homme que mènent certains agents de la police à l’encontre des greffiers, commis du parquet et huissiers dans diverses juridictions du pays.

«L’Association Nationale des Greffiers d’Haïti (ANAGH) élève une protestation énergique et solennelle contre la chasse à l’homme que mènent certains agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH) à l’encontre des Greffiers, Commis de Parquet et Huissiers, pourtant officiers ministériels et publics assermentés, piliers indispensables du système judiciaire haïtien», peut-on lire dans la note.

Des exemples de cas flagrants

Un cas perpétré à Jérémie le 9 Juillet contre l’huissier Jean Lenis Sénéa par une policière «sans aucun motif»; le commis du parquet Garlin Hilaire a été bastonné par un policier entre le 6 et 7 septembre 2025 à Dame Marie malgré la présentation de son badge. Deux autres cas sont mentionnés, l’un à Léogane le 16 septembre contre le greffier Ivanel Jules et un autre au Tribunal de Paix de Delmas contre le greffier Paplito Louiceus.

Selon l’ANAGH, ces agressions répétées témoignent d’une dérive institutionnelle alarmante, où la force armée prétend se substituer à la loi et au respect dû aux symboles de la République.

L’Association rappelle que cette année même, des policiers avaient déjà fait irruption dans une chambre d’instruction pour arracher un inculpé auditionné par un juge, et qu’en 2024, d’autres agents avaient menacé de mort le Commissaire du Gouvernement du Cap-Haïtien, Me Charles Édouard Durant. Ces précédents, conjugués aux récents événements, confirment l’existence d’un climat d’impunité et de mépris total pour l’autorité judiciaire.

Attaquer les greffiers c’est attaquer la justice elle-même

Les Greffiers, Commis de Parquet et Huissiers sont des acteurs essentiels de la justice, garants de la régularité des procédures, de la mémoire des décisions judiciaires et du bon fonctionnement des tribunaux. Les brutaliser, c’est attaquer la justice elle-même.

Recommandations et avertissement

Face à ces actes, l’association nationale des greffiers haïtiens
exige du Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti, de l’Inspection Générale de la PNH, et du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, l’ouverture immédiate d’enquêtes administratives et judiciaires contre les policiers fautifs, afin qu’ils soient poursuivis et sanctionnés selon la loi. Il invite le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) à se prononcer publiquement sur ces atteintes graves à la dignité et à la sécurité du personnel judiciaire.

Elle avertit solennellement que si aucune mesure concrète n’est prise dans un délai raisonnable, les Greffiers, Commis de Parquet et Huissiers des juridictions concernées refuseront de recevoir tout accusé, prévenu ou détenu conduit par un policier issu des commissariats impliqués dans ces exactions.

«La justice haïtienne ne peut et ne doit pas fonctionner sous la terreur », précise l’ANAGH qui appelle à un sursaut national pour la protection de ceux qui servent la loi, et réaffirme sa détermination à défendre, jusqu’au bout, l’honneur, la sécurité et la respectabilité de la robe judiciaire.

Gedeon Delva

Comment finir avec la transition : Wilson Laleau esquisse des propositions de sortie du boucle infernal

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Haïti demeure piégée dans un cycle interminable de transitions et de crises constitutionnelles. Wilson Laleau propose une méthode graduelle et expérimentalement encadrée : une transition conçue comme laboratoire constitutionnel, associée à une reformulation économique centrée sur le capitalisme coopératif et la décentralisation. Objectif : sortir durablement de la spirale prédatrice et reconstruire l’État à partir des territoires et des acteurs locaux.

Ses propositions qui requièrent un scrutage approfondi sont consignées dans un document de 24 pages publié ce 15 octobre 2025 qui intitule: Transitions politiques et changement de la Constitution : nous avons tout faux. Comment sortir durablement des transitions politiques en Haïti ?

Un diagnostic sévère : la transition comme piège récurrent

Pour Wilson Laleau qui est ancien vice recteur aux affaires académiques de l’Université d’État d’Haiti, les transitions haïtiennes échouent moins à cause des textes que par absence de préparation, d’expérimentation et de légitimité politique. « Une nouvelle Constitution ne peut rien sans un environnement politique viable et sans mécanismes de contrôle réels », soutient-il.
Autrement dit, la transition ne doit plus être une rupture improvisée, mais un processus d’apprentissage institutionnel.

Son diagnostic met en lumière trois fragilités structurelles :

La centralisation excessive, qui favorise la capture oligarchique et la dépendance extérieure ;

La faiblesse des partis et de la société civile, trop dispersés pour peser dans les décisions publiques ;

L’État prédateur, lié à une oligarchie qui bloque toute réforme redistributive.

Ces facteurs combinés expliquent, selon lui, l’instabilité chronique du pays et la difficulté à établir un cadre constitutionnel durable.

Une transition comme laboratoire politique

L’économiste Laleau plaide pour une constitution transitoire de cinq ans, conçue comme un espace d’expérimentation démocratique.
Son modèle repose sur trois phases :

  1. Stabilisation – un président « custode » non polarisant et un gouvernement de coalition chargés d’assurer le retour à un minimum de stabilité institutionnelle.
  2. Expérimentation – mise en place de gouverneurs départementaux, d’assemblées de maires et d’un comité de suivi pour tester la gouvernance décentralisée.
  3. Conférence nationale constitutionnelle – élaboration d’une Constitution définitive fondée sur les leçons de la période expérimentale.

Ce processus, selon Laleau, permettrait de transformer la transition en apprentissage collectif, et non en simple réécriture constitutionnelle.

Une mutation économique à la clé

La réforme politique s’accompagne d’une refondation économique. Laleau comme ancien ministre des finances sous le gouvernement de Michel Martelly prône un capitalisme coopératif, fondé sur la participation locale, la diaspora et les coopératives départementales. Ce modèle vise à rompre avec la logique d’un État prédateur pour bâtir une économie solidaire, capable de produire des biens publics et de réduire les inégalités.

Les coopératives y jouent un rôle pivot : elles articulent participation citoyenne et développement économique. Inspiré d’expériences comme Mondragon (Espagne) ou Desjardins (Canada), ce modèle entend offrir un contrepoids à l’oligarchie traditionnelle et renforcer les bases de la démocratie économique.

Les garde-fous institutionnels

Pour éviter la capture du système, Laleau, ancien étudiant et professeur au CTPEA insiste sur :
la transparence, la reddition de comptes et le renforcement des institutions existantes ;
la décentralisation coordonnée, appuyée par des gouverneurs départementaux et des assemblées locales dotés de contre-pouvoirs ;
l’éducation et la justice sociale comme priorités, avec un financement accru des cantines scolaires et la reconnaissance effective des droits socioéconomiques (éducation, santé, travail).

Une approche théorique intégrée

L’analyse s’appuie sur la littérature des transitions démocratiques (Fatton, Dumas, Sprague) pour défendre l’idée d’une transition comme processus d’apprentissage institutionnel. Ce cadre théorique offre à Haïti une grille d’interprétation originale : apprendre à gouverner avant de prétendre refonder.

Le modèle coopératif apparaît ici comme un instrument de stabilisation, capable de soutenir la démocratie locale et de renforcer la cohésion nationale.

Limites et interrogations

Si la proposition séduit par sa cohérence, plusieurs zones grises demeurent selon certains observateurs consultés mais pas dérangeants:

L’efficacité d’un président custode reste hypothétique, faute de mécanismes concrets pour éviter blocages et dérives.
La décentralisation suppose des ressources financières et une coordination robuste entre les échelons locaux et centraux.
Le passage du politique à l’économique – entre laboratoire constitutionnel et économie coopérative – nécessiterait une forte adhésion sociale et des garde-fous précis.

Enjeux à surveiller

L’approche de Wilson Laleau, ancien ministre du commerce et de l’industrie en Haïti soulève plusieurs défis :

Faisabilité politique : peut-on bâtir une coalition stable dans un contexte de fragmentation ?

Ancrage territorial : quelles régions serviraient de pôles pilotes pour tester cette gouvernance expérimentale ?

Financement et reddition de comptes : comment garantir l’intégrité du processus ?

Évaluation : quels indicateurs permettront de mesurer le succès de la transition (stabilité, services publics, inclusion sociale) ?

Une vision pragmatique pour sortir du piège

En somme, Wilson Laleau esquisse une sortie réfléchie du cycle de transitions : une méthode graduelle, fondée sur la décentralisation, la coopération économique et la participation citoyenne.
Sa proposition refuse l’improvisation et appelle à reconstruire l’État par l’expérience et la transparence.
Reste à savoir si les acteurs politiques haïtiens accepteront d’entrer dans ce laboratoire collectif, où la transition ne serait plus une fuite en avant, mais le début d’une reconstruction durable.

Wideberlin Sénexant

Le prix Nobel d’économie 2025 récompense les travaux fondateurs sur le rôle du progrès technologique dans le développement économique

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Par Thomas Lalime
Le Nouvelliste Haiti, 20 oct. 2025

Le prix Nobel d’économie 2025, officiellement appelé Prix de la Banque de Suède en sciences économiques, a été attribué le lundi 13 octobre 2025 à Joel Mokyr, Philippe Aghion et Peter Howitt pour leurs travaux sur la croissance économique fondée sur l’innovation technologique.

La moitié du prix revient à Joel Mokyr, économiste américano-israélien né aux Pays-Bas (79 ans), professeur à l’université Northwestern aux États-Unis. Il est récompensé pour avoir mis en lumière les conditions historiques et institutionnelles favorisant une croissance durable grâce au progrès technologique. Ses recherches, à la croisée de l’histoire économique et de la théorie de la croissance, ont montré comment des facteurs culturels, scientifiques et institutionnels tels que la valorisation du savoir, la diffusion des idées et la liberté d’expérimenter ont préparé le terrain aux grandes révolutions industrielles. En retraçant le rôle des institutions dans la formation d’un climat propice à l’innovation, Mokyr a contribué à expliquer pourquoi certaines sociétés ont connu un développement économique soutenu alors que d’autres sont restées à la traîne.

L’autre moitié du prix est partagée entre Philippe Aghion, économiste français (69 ans), et Peter Howitt, économiste canadien (79 ans), pour leur théorie de la croissance par la destruction créatrice : un processus où les innovations remplacent les anciennes technologies, stimulant ainsi le progrès économique tout en rendant obsolètes les produits précédents. Leur modèle, aujourd’hui au cœur de la théorie dite de la croissance endogène, met en évidence le rôle central de la recherche, de la concurrence et de l’esprit d’entreprise dans le développement économique. Aghion et Howitt montrent que la prospérité d’une nation dépend de sa capacité à encourager l’expérimentation et à s’adapter au changement. Leur approche éclaire aussi les politiques publiques nécessaires pour soutenir l’innovation, notamment l’investissement dans l’éducation, la protection des droits de propriété intellectuelle et la mise en place d’institutions capables de favoriser une concurrence dynamique sans freiner la créativité.

Le comité Nobel a souligné que ces travaux rappellent l’importance de ne pas considérer le progrès technologique comme acquis, mais de préserver les conditions propices à l’innovation, comme une société ouverte au changement. Il a insisté sur le fait que la croissance économique repose sur un équilibre fragile entre créativité, éducation et institutions solides. Une société qui néglige ces fondements risque de voir s’essouffler sa dynamique d’innovation et de perdre en compétitivité. Selon les membres du Comité, les recherches des lauréats constituent un appel à la vigilance et à l’action. Puisque, dans un monde en mutation rapide, seule une économie capable d’encourager la recherche, la prise de risque et la diffusion du savoir pourra maintenir une croissance durable et inclusive.

Une invitation à investir dans une éducation de qualité

Dans sa réaction, Philippe Aghion a appelé les pays européens à renforcer leur capacité d’innovation afin de ne pas laisser les États-Unis et la Chine dominer les technologies de pointe. Selon lui, l’Europe souffre d’un retard technologique dû à l’absence de politiques et d’institutions adaptées pour soutenir les innovations de rupture. Il a souligné la nécessité pour les États européens de miser davantage sur la recherche fondamentale, de stimuler l’investissement privé dans les secteurs innovants et de favoriser une culture de la prise de risque. Aghion a également plaidé pour une meilleure coordination des politiques industrielles à l’échelle du continent, afin de créer un environnement propice à l’émergence de champions technologiques capables de rivaliser avec les géants américains et asiatiques. Pour lui, seule une Europe qui investit dans la connaissance et la créativité pourra retrouver une trajectoire de croissance soutenue et inclusive.

C’est le deuxième Prix Nobel d’économie qui récompense les travaux sur l’importance du progrès technologique sur la croissance et le développement économiques. Robert Solow, Prix Nobel d’économie en 1987, avait été le premier à montrer que le véritable moteur de la croissance économique réside dans le progrès technologique, au-delà de l’accumulation de capital ou de travail. Philippe Aghion intégrait le MIT comme professeur assistant en 1987 quand Robert Solow, qui enseignait au MIT durant 50 ans, gagnait le Prix Nobel d’économie. Il avoue avoir bénéficié du soutien de Robert Solow dans le développement de son modèle.

Les recherches de Mokyr, Aghion et Howitt vont plus loin que celles de Solow en expliquant comment l’innovation se diffuse, comment elle transforme les structures économiques et comment les institutions et politiques publiques peuvent encourager ou freiner ce processus. Leur travail met en lumière le rôle de la destruction créatrice, de l’éducation et de la concurrence dans le maintien d’une croissance soutenue, offrant ainsi un cadre moderne pour comprendre les écarts de développement entre les pays.

Aghion et Howitt : l’innovation, clé du développement économique

Dans leur ouvrage académique de référence intitulé L’Économie de la croissance (traduit de l’anglais par Wilfrid Koch, professeur de sciences économique à l’Université du Québec à Montréal) et dans leurs différentes publications scientifiques, Philippe Aghion et Peter Howitt renversent la vision traditionnelle de la prospérité. Leur message résonne particulièrement dans les économies en quête de transformation. Pendant des décennies, la croissance économique a été essentiellement expliquée par l’accumulation de capital, de travail et de ressources naturelles. Une approche mécanique, souvent déconnectée des réalités contemporaines.

Philippe Aghion et Peter Howitt proposent une lecture beaucoup plus approfondie qui stipule que la vraie richesse d’un pays se construit à travers l’innovation, la connaissance et la capacité d’adaptation. Ils défendent la théorie de la croissance endogène, selon laquelle le développement ne dépend pas seulement de facteur exogène, mais surtout des choix faits à l’intérieur même d’une société : éducation, recherche, institutions, entrepreneuriat. L’innovation devient le moteur central du progrès économique, un processus qui alimente la productivité, crée des emplois et transforme les structures économiques.

Philippe Aghion et Peter Howitt reprennent le concept de destruction créatrice cher à Joseph Schumpeter. Celui-ci est un économiste et professeur en science politique autrichien, naturalisé américain, connu pour ses théories sur les fluctuations économiques, la destruction créatrice et l’innovation. Aghion et Howitt se basent sur la théorie schumpetérienne pour expliquer que chaque innovation, en apportant du neuf, remplace ce qui est dépassé. Ce cycle de création et de disparition, parfois douloureux, est pourtant essentiel à la vitalité d’une économie. Là où certains voient la fin d’industries anciennes, Aghion et Howitt voient le début d’une ère nouvelle, celle de la modernisation et de l’opportunité.

Mais l’innovation technologique ne tombe pas du ciel. Elle exige des institutions solides, un système éducatif performant et des politiques publiques cohérentes. Sans cadre propice, la créativité reste étouffée. Pour Aghion et Howitt, un pays doit garantir la sécurité juridique, encourager la concurrence, protéger la propriété intellectuelle et financer la recherche. Ce sont ces leviers qui transforment l’énergie créative en croissance réelle. Sur ce point, ils complètent les travaux de Robert Solow qui considérait le progrès technologique comme un facteur exogène, comme tombé du ciel. En identifiant les principaux facteurs qui déterminent le progrès technologique, Mokyr, Aghion et Howitt ont conçu de vrais modèles de développement endogène.

Quelles leçons pour Haïti ?

La réflexion des lauréats du Prix Nobel d’économie 2025 dépasse les frontières des pays industrialisés. Pour des pays en développement comme Haïti, confrontées à la stagnation économique et à la fuite des talents, leurs travaux offrent des pistes concrètes : investir dans le savoir, encourager les entrepreneurs, valoriser la recherche locale et moderniser les institutions. L’innovation, rappellent Aghion et Howitt, n’est pas un luxe réservé aux puissances technologiques, mais une nécessité pour bâtir une économie résiliente et inclusive.

Évidemment, on ne s’attend pas nécessairement à ce qu’Haïti devienne immédiatement un centre d’innovation technologique ou qu’elle attire les toutes dernières avancées en intelligence artificielle, biotechnologie ou énergie renouvelable. Le véritable enjeu pour le pays n’est pas de copier les leaders mondiaux, mais de renforcer sa capacité d’adaptation face aux changements rapides de l’économie mondiale. Cela signifie développer les compétences locales, investir dans l’éducation, former une main-d’œuvre capable d’assimiler et d’appliquer de nouvelles méthodes, et construire des institutions suffisamment flexibles pour soutenir les initiatives économiques émergentes.

En d’autres termes, Haïti doit être capable de tirer parti des technologies disponibles, même modestes, et de les intégrer efficacement dans ses secteurs clés : agriculture, services, santé ou infrastructures. Une telle approche permettrait au pays de réagir plus rapidement aux innovations importées, de stimuler la productivité et de réduire sa dépendance technologique. Construire cette capacité d’adaptation, c’est préparer le terrain pour que l’innovation, même indirecte, devienne un moteur réel de croissance durable et de résilience économique.

En plaçant la science, la créativité et la formation au cœur du développement, Philippe Aghion et Peter Howitt signent un plaidoyer pour une croissance plus humaine, plus ouverte et plus durable. Même si souvent le progrès technologique profite davantage aux plus capables. Leur message sonne comme un appel à l’action: « Le progrès n’est jamais acquis. Il se cultive, s’encourage et se protège.» Dans un monde où les inégalités se creusent et où les défis économiques se multiplient, les lauréats du Prix Nobel d’économie 2025 rappellent que la véritable richesse d’une nation ne réside pas seulement dans ce qu’elle possède, mais dans ce qu’elle est capable d’inventer.

2025 : Toute une annee de festivités

Un demi-siècle de foi et de service : hommage au Révérend Edvert Joseph à New York

Spring Valley, New York – L’année 2025 restera gravée dans la mémoire de la communauté haïtienne de Spring Valley, marquant un événement historique : les 50 ans de ministère du Révérend Pasteur Edvert Joseph, figure emblématique du milieu ecclésial et éducatif. Pour rendre hommage à ce demi-siècle de service pastoral, spirituel et communautaire, une série d’activités commémoratives a été organisée tout au long de l’année, culminant avec trois jours de festivités exceptionnelles du 29 au 31 août 2025.

Une ouverture empreinte de foi et de gratitude

Les célébrations ont débuté le vendredi 29 août par un service d’action de grâces tenu au local de la Première Église Chrétienne de Timothée à Spring Valley. Animée par la Sœur Francette Obel Noel, cette soirée solennelle a vibré au rythme de louanges inspirantes, interprétées par un praise team composé de Sœur Marie France A. Pierre, Sœur Martine C. Narcisse, Sœur Betsy Winnie J. Toon, Sœur Chantal Obel, Sœur Edvica J. Morbeth et Sœur Benita Jacques.

Le Dr Joël Lorquet a également pris part à la soirée, apportant une animation dynamique et des prestations musicales appréciées par l’assistance. Chargée d’émotion, cette première soirée a permis aux fidèles, amis et proches de témoigner de la grandeur du parcours pastoral du Révérend Joseph. Plusieurs intervenants ont souligné son rôle de mentor, professeur et coach spirituel, rappelant son influence profonde sur la vie de nombreuses familles et jeunes leaders.

^Un gala prestigieux en hommage à un parcours d’exception*

Le lendemain, samedi 30 août 2025, un gala de reconnaissance s’est tenu au prestigieux Terrace on the Hudson, à Haverstraw (New York). Dans un décor élégant et une ambiance de célébration, l’assistance est venue en grand nombre pour honorer le Révérend Joseph.

Co-animée par le Dr Joël Lorquet et le Pasteur Karl Castel, la soirée a été marquée par un programme de qualité et de grandes prestations artistiques. Les artistes Marcel Victor, son épouse Guerda B. Victor ainsi que Guirmy Jean Baptiste ont ému le public par leurs performances musicales.

Un documentaire retraçant les 50 années de ministère du Révérend Joseph a également été projeté, rappelant ses réalisations pastorales, son œuvre éducative et son engagement envers la communauté haïtienne de la diaspora. L’innovation a aussi été au rendez-vous avec la diffusion d’une chanson produite par le Pasteur Karl Castel, réalisée avec le support d’outils d’intelligence artificielle.

Au cours de cette soirée d’hommage, plusieurs distinctions ont été décernées au Révérend Joseph par le Rockland County, l’ancienne mairesse Noramie Jasmin, French Speaking Baptist Church, Guirmy Jean Baptiste et sa famille

Clôture spirituelle au Tabernacle de la Grâce

Les festivités se sont conclues le dimanche 31 août 2025 par un service de remerciements au Tabernacle de la Grâce, l’église dirigée par le Révérend Edvert Joseph. Ce dernier rassemblement a permis de réunir une fois de plus les invités des deux premiers jours pour célébrer avec ferveur l’œuvre accomplie au cours des cinq dernières décennies.

Une célébration mémorable

Ces trois jours d’activités ont rencontré un grand succès, rassemblant amis, fidèles, autorités locales et personnalités du milieu religieux autour d’un même message : célébrer un ministère marqué par la foi, la discipline, la vision et le service à autrui.

Des remerciements spéciaux ont été adressés à tous les organisateurs, participants, artistes et institutions ayant contribué à cette célébration mémorable. Les nombreux témoignages recueillis ainsi que les moments forts projetés ont témoigné de l’impact pérenne du Révérend Edvert Joseph dans la communauté.

Joël Lorquet, Ph.D.