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Mise au point des anciens membres du Comité de Pilotage de la Conférence nationale

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Par Gesly Sinvilier

Dans un communiqué publié ce lundi, les anciens membres du Comité de Pilotage de la Conférence nationale ont tenu à clarifier leur rôle et leurs responsabilités dans le cadre du processus constitutionnel haïtien.
Ils affirment d’emblée soutenir toute initiative visant à renforcer la transparence dans la gestion des fonds publics, mais rappellent qu’ils n’étaient en aucun cas responsables des dépenses de l’État.

Selon le décret du 17 juillet 2024, précisent-ils, la gestion financière ne relevait pas de leurs attributions. Les fonds alloués aux activités du Comité étaient administrés par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), conformément aux procédures en vigueur et sous la supervision du gouvernement.

Les anciens membres soulignent également avoir remis tous les rapports de travail relatifs à la question constitutionnelle, précisant que le projet de Constitution a déjà été déposé. Ils insistent sur le fait que leur mandat ne prévoyait pas l’organisation d’un référendum, une responsabilité qui ne leur revenait donc pas.

Tout en réaffirmant leur respect pour les différentes opinions exprimées autour du projet constitutionnel, ils appellent à ne pas minimiser les efforts collectifs des nombreuses personnalités et organisations ayant contribué à ce vaste processus de réforme.

Enfin, le communiqué rappelle que le travail se poursuit à travers deux chantiers parallèles : la mise en œuvre d’un nouveau projet de société et la réforme institutionnelle et légale, présentés comme essentiels à la refondation de l’État haïtien.

L’ouragan Melissa atteint la catégorie 5: Haïti et la Jamaïque sous la menace d’inondations dévastatrices

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PORT-AU-PRINCE.— L’ouragan Melissa a franchi un cap critique ce lundi : désormais classé en catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, le phénomène météorologique atteint le niveau maximal d’intensité, avec des vents soutenus de 260 km/h et une pression centrale de 917 millibars, selon le Centre national des ouragans (NHC) basé à Miami.

L’agence prévient que des conditions d’ouragan majeures et une onde de tempête potentiellement destructrice sont attendues sur la Jamaïque dès la soirée de lundi, avant de toucher Haïti et la République dominicaine dans les 48 heures suivantes.

«Des conditions d’ouragan et une onde de tempête destructrice sont attendues sur la Jamaïque dès ce lundi soir, avant de toucher Haïti et la République dominicaine dans les 48 heures», indique le dernier bulletin du NHC.

Pluies diluviennes et glissements de terrain redoutés

Le principal danger réside désormais dans la lenteur du déplacement de Melissa, qui avance à seulement 6 km/h. Cette progression ralentie favorise l’accumulation de précipitations et augmente le risque d’inondations prolongées ainsi que de glissements de terrain.

Les prévisions font état de plus d’un mètre de pluie localement sur la Jamaïque et l’île d’Hispaniola, partagée entre Haïti et la République dominicaine.

«Les habitants des zones exposées devront se préparer à rester confinés plusieurs jours, dans les régions susceptibles d’être isolées par la montée des eaux», a averti Jamie Rhome, directeur adjoint du NHC.

Premier bilan humain et dégâts matériels

Avant même d’atteindre la catégorie 5, Melissa, alors classée en catégorie 4, avait déjà fait un mort et cinq blessés en Haïti et une en République dominicaine. Un adolescent est toujours porté disparu, selon les services de secours.

Dans le Sud-Est d’Haïti, plusieurs quartiers côtiers sont inondés et des routes sont coupées.

L’œil de l’ouragan devrait passer près ou au-dessus de la Jamaïque dans la nuit de lundi à mardi, avant de poursuivre sa trajectoire vers le sud-est de Cuba mardi soir, puis les Bahamas mercredi.

En Haïti, où les infrastructures sont fragilisées et les capacités de secours limitées, les autorités locales, la Protection civile et les ONG redoutent une crise humanitaire majeure, notamment dans les départements du Sud, des Nippes et de l’Ouest.

«Des inondations catastrophiques sont désormais inévitables si Melissa conserve sa trajectoire actuelle», avertit le NHC, appelant à évacuer immédiatement les zones côtières exposées.

Jean Mapou

Haïti: le Conseil National de la Jeunesse Chrétienne dénonce les attaques contre Louis Gérald Gilles

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PORT-AU-PRINCE.— Dans un climat politique tendu et marqué par la méfiance, le Conseil National de la Jeunesse Chrétienne d’Haïti (CONJH) a condamné, ce vendredi, ce qu’il qualifie de «série d’attaques coordonnées» contre Louis Gérald Gilles, Conseiller-Président et membre influent du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). L’organisation religieuse et civique y voit une tentative de déstabilisation politique susceptible d’aggraver la crise nationale.

Dans une note rendue publique, le CONJH dit observer avec inquiétude la multiplication des attaques verbales et des campagnes de dénigrement visant le Dr Gilles. Ces offensives, selon le Conseil, ne seraient pas le fruit de simples divergences politiques, mais plutôt d’une stratégie de dénigrement alimentée par la frustration et la peur du changement.

Un climat politique jugé malsain

Pour le regroupement chrétien, ces manœuvres visent à fragiliser un dirigeant jugé trop proche des intérêts du peuple haïtien et à détourner l’attention des véritables urgences nationales. Le CONJH met en garde contre un climat malsain qui pourrait conduire à des dérives graves et compromettre les efforts de stabilisation entrepris par le Conseil Présidentiel de Transition.

«Haïti n’a pas besoin de nouveaux martyrs, mais d’hommes lucides, debout et responsables», souligne la note, appelant les autorités, les acteurs politiques et les citoyens à faire preuve de discernement et de responsabilité.

Appel à l’éthique et au respect des institutions

L’organisation chrétienne exhorte les responsables publics et les partis à replacer le débat politique sur le terrain de l’éthique et du respect des institutions. «Les attaques personnelles ne sauraient remplacer le dialogue démocratique», insiste le communiqué, dénonçant les risques d’instrumentalisation politique dans un contexte de transition prolongée.

Le CONJH rappelle, en effet, qu’Haïti n’a pas organisé d’élections depuis près de dix ans, une situation qui mine la légitimité de ses institutions. «La transition ne peut être une vocation, elle doit avoir une fin», affirme le document, plaidant pour le lancement rapide du processus électoral afin de rendre au peuple haïtien son droit de choisir librement ses dirigeants.

Dans la dernière partie de sa note, le CONJH interpelle le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) sur la nécessité urgente de rétablir la sécurité publique et l’autorité de l’État. «Il ne peut y avoir de démocratie sans sécurité, ni d’État sans autorité», conclut le texte, appelant à un sursaut collectif pour préserver les institutions républicaines et favoriser le retour à l’ordre constitutionnel.

Jean Mapou

La protection civile présente le bilan des dégâts causés par l’ouragan Mélissa

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Lors d’une conférence de presse donnée ce lundi 27 octobre 2025, le Directeur général de la Protection civile, Emmanuel Pierre, a présenté le bilan des dégâts causés par les effets indirects de l’ouragan Melissa. Trois personnes ont été tuées et seize autres blessées. Selon M. Pierre, 450 maisons ont été inondées, dont dix gravement endommagées. Plusieurs routes ont été endommagées et un pont s’est effondré à Sainte-Suzanne, dans le département du Nord-Est.

Par ailleurs, le responsable de la Direction de la protection civile (DPC) a annoncé toute une série de mesures visant à accompagner la population vivant dans les régions les plus exposées aux risques d’inondation et de glissements de terrain. Environ 350 abris provisoires ont été aménagés dans le Grand Sud, où 900 familles du Sud, de la Grand’Anse et des Nippes, qui ne se sentaient pas en sécurité chez elles, ont déjà trouvé refuge dans des abris.

M Pierre qui a précisé que l’alerte rouge est toujours maintenue dans le Grand Sud. Elle pourrait être étendue à d’autres régions du pays, notamment l’Ouest et le Nord-Ouest.

Notons que l’ouragan Melissa a atteint la catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, avec des vents pouvant souffler jusqu’à 260 km/h. Il se trouve à environ 230 km au sud-ouest de Kingston (Jamaïque) et à 530 km au sud-ouest de Guantánamo (Cuba).

Melissa s’accompagne de vents violents et de fortes averses orageuses susceptibles de provoquer, entre autres, des inondations et des glissements de terrain.

La direction nationale du livre lance la journée du livre en créole

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«Men nan men pou pwomosyon literati kreyòl», c’est autour de ce thème que la direction nationale du livre a lancé ce vendredi 24 octobre 2025 la journée nationale du livre en créole. Cette activité, selon les organisateurs, vise à promouvoir la langue et la littérature créole.

Plusieurs activités ont été réalisées pour marquer cette journée. Vente signature, conférences débats, expositions, remise de plaque, sont entre autres, certaines des activités réalisées au cours du lancement.
Quatre membres de l’Académie créole haïtien en l’occurrence Marie Rodny Laurent, Jean Pauris Jean-Baptiste, Jean Grégory Calixte et Christophe Philippe Charles ont offert au public présent un échange fructueux autour de l’importance de la langue créole et son rôle dans la vie du peuple haïtien.

Le coordonnateur de l’initiative, Marc Exavier et le directeur général da la DNL Ernst Saint Louis ont souligné l’importance capitale de cette démarche pour la culture haïtienne, la langue créole et la littérature créole. Les deux hommes de lettres encouragent les écrivains, les auteurs à accorder une place spéciale dans leurs écrits au créole.

De son coté, le présidente de l’Académie créole haïtien a salué l’initiative qu’elle juge louable et signifative. Rogéda Dorcé Dorcil a également felicité les institutions organisatrices de la journée pour le choix du thème. Le numéro 1 de l’Académie estime que le créole nous unit et nous rapproche les uns aux autres. « Le créole, véritable outil de développement pour toute la République», a-t-il conclu.

Par la même occasion, plusieurs maisons d’éditions telles que édition chouchoune, édition cérébrale, édition C3, communication plus Édition Caraïbes, éditions Kopivit, Édition Université Caraïbes entre autres… en ont profité pour exposer des ouvrages écrits en créole.

Le bureau haïtien du droit d’auteur était également de la partie. Il a offert un service d’enregistrement gratuit à tous les écrivains qui n’ont pas encore eu la chance d’enregistrer leurs œuvres.

Gedeon Delva

Le Ref-Haiti plaide pour la protection des femmes et des enfants durant le passage de l’ouragan Melissa

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Dans une note publiée ce lundi 27 octobre 2025, le Refuge des Femmes d’Haiti dresse un tableau accablant de la situation des femmes et des enfants, notamment ceux qui sont dans les camps.

.Cette structure de défense des droits des femmes souligne que 64 000 personnes déplacés internes actuellement sont répartis dans des camps précaires à travers le Sud, la Grand’Anse et l’Ouest. Parmi eux 60 % sont des femmes et des filles, dont 18 000 enfants âgés de moins de 12 ans et plus de 8 000 mères allaitantes et femmes enceintes vivent sans accès à un abri sûr ni à un suivi médical minimal.

Dans certains camps, les femmes sont exposées à des agressions sexuelles en raison du manque d’éclairage et de présence policière. La faim, la peur et la promiscuité fragilisent encore davantage les familles.

Face à cette réalité préoccupante, le Refuge des Femmes d’Haïti (Ref-Haïti) exhorte le gouvernement à adopter immédiatement les mesures suivantes :
•Activation renforcée du Plan national de gestion des risques et désastres (PNGRD) dans les zones en vigilance rouge, avec une priorité donnée aux sites de déplacés; Mise en place de centres d’hébergement d’urgence sûrs et accessibles pour les femmes et enfants, dotés de kits d’hygiène, de vivres, d’eau potable et d’un appui psychosocial minimal; Mobilisation rapide de la Direction de la Protection Civile (DPC) en coordination avec les mairies et les organisations locales, pour le relogement temporaire des familles situées dans les zones à risque immédiat,
Mettre en place des brigades sanitaires mixtes pour la prévention des maladies et la distribution d’eau potable entre autres.

L’organisation féminine pense si aucune mesure immédiate n’est adoptée jusqu’à 15 000 personnes pourraient se retrouver totalement isolées dans les zones inondables dans le Sud et la Grand’Anse ;

  • Plus de 2 000 abris temporaires risquent de s’effondrer sous la pression des pluies et du vent ;
  • Les hôpitaux locaux, déjà surchargés, ne pourront pas absorber l’afflux de blessés ou de femmes enceintes en détresse.

Il faut souligner que Melissa a franchi l’échelle d’un ouragan majeur de catégorie 5, avec des vents de 260 km/h. Selon @NHC_Atlantic, les vents destructeurs, les ondes de tempête et les inondations catastrophiques s’aggraveront en Jamaïque au cours de la journée de lundi.

Puis, des crues soudaines et des glissements de terrain sont attendus dans le sud-ouest d’Haïti et dans certaines parties du sud de la République dominicaine jusqu’au milieu de la semaine.

Gedeon Delva

Haïti: Eventuel retour intégral du personnel de l’ONU d’ici la fin de l’année

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Après deux ans de fonctionnement limité pour cause d’insécurité, l’Organisation des Nations unies s’apprête à redéployer l’ensemble de ses effectifs en Haïti d’ici décembre. Une décision stratégique, alors que la crise haïtienne atteint un point critique.

PORT-AU-PRINCE.— L’ONU compte rétablir une présence complète dans la capitale haïtienne avant la fin de l’année. L’annonce a été faite par Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti, au terme d’une mission d’évaluation dans le pays. Ce redéploiement marque un tournant majeur pour une institution qui, depuis 2023, avait réduit ses effectifs au strict minimum face à la montée des violences.

«Nous devons être sur le terrain pour remplir notre mandat», a affirmé M. Ruiz Massieu depuis New York.
Selon le diplomate mexicain, 75% du personnel onusien devrait être de retour à Port-au-Prince dès le début du mois de novembre, avant un redéploiement complet d’ici décembre. Cette décision a été rendue possible grâce à des accords d’évacuation sécurisée conclus avec la République dominicaine et à la mise à disposition d’hélicoptères de transport.

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), chargé de soutenir la stabilité politique et la protection des droits humains, ne comptait plus que dix-sept personnels internationaux sur le terrain à l’arrivée de M. Ruiz Massieu, en août dernier. L’objectif est désormais clair: remobiliser les équipes pour accompagner le pays dans une période de transition particulièrement fragile.

Une transition politique à haut risque

Sur le plan institutionnel, Haïti reste suspendue à une transition incertaine. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, aucun scrutin n’a été organisé. Le Conseil présidentiel de transition (CPT), installé en 2024, doit conduire le pays vers des élections générales d’ici le 7 février 2026, date prévue pour le transfert du pouvoir à des dirigeants élus.

Mais les signes concrets de préparation électorale se font toujours attendre. «Si les conditions ne permettent pas la tenue d’élections avant le 7 février, il faudra trouver un arrangement pour éviter un vide politique», avertit le représentant onusien, qui appelle à une responsabilité collective face à ce qu’il qualifie de compte à rebours enclenché.

Un nouveau bureau d’appui pour encadrer la lutte contre les gangs

Alors que plus de 80% de Port-au-Prince et plusieurs régions du pays sont sous contrôle de groupes armés, l’ONU prépare la création du Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH). Cette nouvelle structure viendra épauler la Force de répression des gangs (FRG), une mission multinationale forte de 5 550 hommes approuvée fin septembre par le Conseil de sécurité.

Le BANUH devrait être pleinement opérationnel d’ici le 31 mars 2026, avant le déploiement complet de la FRG prévu pour les mois suivants. Son rôle consistera à assurer la coordination logistique, technique et financière de la mission internationale, tout en soutenant les efforts du gouvernement haïtien.

Entre impératifs sécuritaires et respect des droits humains

Interrogé sur l’usage controversé de drones explosifs par les forces haïtiennes lors d’opérations récentes, M. Ruiz Massieu a rappelé la nécessité du respect du droit international humanitaire.

«Nous avons conseillé les autorités sur les risques d’atteintes à la population civile. Les forces de sécurité doivent respecter les normes internationales des droits humains», a-t-il insisté.

Plusieurs organisations locales ont rapporté des victimes civiles, dont des enfants, lors d’assauts menés contre des gangs à Port-au-Prince. L’ONU plaide pour un renforcement de la formation et de la supervision des unités haïtiennes afin d’éviter les erreurs du passé.

Restaurer la crédibilité d’une présence contestée

Pour l’organisation, ce retour intégral à Port-au-Prince dépasse la simple logistique : il s’agit d’un geste politique fort, destiné à restaurer la crédibilité d’une présence onusienne souvent perçue avec méfiance.

«Ce n’est pas un acte de bravoure, mais une obligation», tranche M. Ruiz Massieu. «Nous devons tout faire pour aider les Haïtiens à éviter un vide politique et à retrouver le chemin d’un État de droit», a-t-il conclu.

Jean Mapou

ENTRE DEVOIR DE MÉMOIRE ET DÉFIS DU MOMENT

Celui qui méprise son passé ou qui ignore l’histoire de son pays est comme un arbre sans racines, que le vent peut renverser facilement à tout moment. Devenu un individualiste écervelé et un chasseur aveuglé de pouvoir à des fins de jouissance personnelle, l’Haïtien en général et les élites haïtiennes dominantes en particulier poussent l’incivisme jusqu’à l’indécence. Durant ces derniers temps, cet incivisme a pris une ampleur démesurée, qu’il tend à devenir la cause même de la faillite et de l’indigence d’Haïti. N’est-ce pas vrai que nos forts sont abandonnés et voués au dépérissement, au lieu d’en être des espaces sanctuaires à des fins éducatives et touristiques, que des dates charnières et des héros de notre histoire sont profanés, que la montée de notre drapeau passe aujourd’hui inaperçue ? N’est-il pas vrai qu’ils sont nombreux ceux et celles qui ne connaissent pas notre hymne national, qui piétinent les lois et nos valeurs pour pratiquer la corruption, qui vendent leur âme pour faire fleurir l’importation contre la production nationale ? N’a-t-on pas vu que la plupart des entreprises publiques sont prises en otage ou que d’autres se transforment en succursale pour recevoir des produits importés qu’elles produisaient elles-mêmes ? Ils sont devenus peu nombreux les Haïtiens qui habitent vraiment Haïti. La réalité des 3 dernières années ne montre-t-elle pas que bon nombre de ceux qui sont encore là n’attendent que le prochain avion ou bateau pour s’embarquer avec tout ce que le pays leur a donné, le laissant en guenilles sans remord ni regret.

Dans cette descente aux enfers, peut-on arguer que l’occupation a fini par consommer l’esprit de 1804, et notamment par sécher dans nos veines les grands idéaux de Dessalines. Beaucoup de faits portent à croire que nous avons perdu nos repères ou qu’ils sont brouillés. L’Haïtien d’aujourd’hui connaît mal son histoire ou ignore une bonne partie de ce qu’il aurait dû chaque jour remémorer dans sa tête et répéter dans sa bouche comme une prière quotidienne. L’école au sens large ne répond pas à son devoir ni d’éducation civique ni de mémoire. Alors, au lieu de faire de la déclaration malheureuse d’Etzer Emile un psychodrame, dans une démarche punitive et déshonorante à des fins électoralistes, il faut plutôt la placer dans le cadre d’une problématique globale qui traverse la société haïtienne, qu’il convient d’expier et de corriger pour rompre avec le système qui a conduit le pays au bord du précipice.

Haïti semble vivre actuellement un moment charnière invitant, comme l’a dit Alice Canabate, « à des quêtes ou reconquêtes de sens et d’actions », et faisant en sorte qu’au milieu de tout, en différents lieux par différents acteurs, il y a un nom qui résonne : Dessalines. Au lieu de polémiquer pour des raisons plus partisanes qu’objectives, les historiens ont pour responsabilité professionnelle et éthique de nettoyer l’histoire de ses couches poussiéreuses, en vue de faire briller la vraie vérité autour de cet homme, tout en le replaçant dans le contexte et les impératifs de son temps, voire tout en reconnaissant et en admettant que comme tout humain il a lui aussi ses propres faiblesses. Les professionnels de l’éducation, tout comme ceux des organisations, des centres d’étude et de recherche en sciences sociales, ont à leur tour pour rôle de prendre les voies et moyens pour éduquer le peuple. Ce sont là certaines des articulations sociales à mettre en place pour redonner à la société le sens de l’histoire et de la liberté, tout en nous donnant des outils efficaces et durables pour faire face à nos propres défis pour un nouveau mode social historique.

Le consensus est fait sur Jean-Jacques Dessalines en tant que glorieux guerrier et immortel Fondateur de l’indépendance d’Haïti. N’est-ce pas Stéphen Mesmin Alexis qui eut à dire : « Jamais une nation n’a contracté une dette aussi lourde envers un homme que celle due par la République d’Haïti à Jean-Jacques Dessalines ». Mais, ils sont peu nombreux ceux qui voient en outre en lui une icône de la liberté universelle, et très peu encore sont ceux qui reconnaissent qu’il mérite d’être élevé sur la montagne comme un dieu : Legba Dessalines Le Grand, ainsi que les Romains après avoir défait Romulus le placèrent au ciel, parce qu’il avait été le fondateur de Rome. Faisons de notre histoire un grand livre de leçons apprises et un phare qui guide notre équipage dans les ténèbres de la nuit pour parvenir à bon port.

Abner Septembre
Sosyete Lakou Dessalines
@ Vallue, 26 Octobre 2025

Jovenel Moïse : le président incompris et trahi

Par Pierre Josué Agénor CADET

Il est des hommes dont la destinée semble écrite dans le tumulte. Jovenel Moïse fut de ceux-là. Combattu dès l’annonce de sa candidature, rejeté par les laideurs d’une politique sans grandeur, il passa deux longues années à convaincre un peuple lassé d’espérances déçues. Ses détracteurs, armés de préjugés et d’intérêts obscurs, s’acharnaient à le salir, à le réduire au silence avant même qu’il ne parle. Et pourtant, malgré la tempête, il accéda démocratiquement à la présidence, croyant encore qu’il était possible de servir Haïti autrement.

À peine investi, il fut happé par les crises : sociales, politiques, économiques, institutionnelles. Tout semblait conspirer contre lui. Les questions d’intérêts, de classe et d’origine dominaient les débats plus que les idées ou le projet collectif. La tension montait chaque fois qu’il prenait une décision qui dérangeait l’ordre établi, chaque fois qu’il tendait la main aux déshérités. Car en Haïti, toucher aux privilèges revient souvent à signer son propre arrêt de mort.

Et la mort brutale par un crapuleux assassinat , en effet, l’attendait.
Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un commando de vingt-huit hommes, composé de vingt-six mercenaires colombiens et de deux Américains d’origine haïtienne, pénétra dans sa résidence privée pour exécuter un crime abominable, planifié avec une froideur méticuleuse. Le président Moïse tomba sous les balles après avoir été symboliquement assassiné depuis longtemps dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les salons où l’on trafique la politique comme on trafique la conscience.

Quelques 48 heures avant sa fin tragique, il avait signé un arrêté accordant pleine et entière décharge aux anciens premiers ministres ayant servi la République entre 1991 et 2017. Ce geste d’équité et de respect institutionnel fut peut-être son dernier acte de réconciliation nationale. Mais dans un pays où la vertu dérange plus que la corruption, cet acte devint pour certains la preuve d’un affront. Son assassinat survint quelques mois après le coup d’État avorté de Petit-Bois et deux semaines à peine après sa visite en Turquie. Hasard du calendrier ou implacable mécanique du destin ?

Jovenel Moïse n’était pas un saint. Aucun homme de pouvoir ne l’est. Il portait ses failles comme tout être humain, mais aussi une foi inébranlable dans la possibilité d’un autre Haïti. Ce qui le distinguait, c’était cette obstination à vouloir bousculer un système figé depuis 1806, cet acharnement à vouloir redonner une voix aux paysans, une dignité aux oubliés, une espérance à ceux qu’on n’écoute jamais.

Mais son nationalisme dérangeait. Son indépendance effrayait. Ses idées de réforme économique, de souveraineté énergétique, de modernisation de l’État, de référendum constitutionnel, heurtaient des intérêts puissants tant nationaux qu’ étrangers. Et tandis qu’il tentait de desserrer les chaînes d’un système de presse aspirante (peze souse ), il fut encerclé, isolé, puis trahi.

Ses adversaires d’hier sont aujourd’hui les héritiers d’un pays en cendres. Les mêmes qui l’ont calomnié reconnaissent désormais, parfois du bout des lèvres, qu’il avait raison sur l’essentiel. Haïti récolte aujourd’hui les fruits amers de son élimination : l’instabilité généralisée,la spirale des gangs, le chaos, le désespoir. Ceux qui ont applaudi sa chute pleurent maintenant le vide qu’il a laissé.

Jovenel Moïse a été livré à ses centempteurs par les siens. Ceux qui devaient assurer sa protection se sont tus ou détournés. Il a payé le prix du courage, celui de la parole libre, celui du refus de se soumettre aux puissances de l’ombre. Il a voulu affronter les mafias de la drogue, les réseaux de corruption, les trafiquants d’influence, les oligarques corrompus, les parasites d’un État affaibli. Il en est abattu lâchement et sauvagement.

Mais les idées ne meurent pas avec les hommes. L’histoire, patiente et implacable, finit toujours par rendre justice. Elle retiendra que Jovenel Moïse, malgré ses erreurs, fut un président incompris et trahi, animé d’un amour sincère pour le pays de Jean-Jacques Dessalines. Un homme presque seul contre tous, qui croyait encore à la possibilité du progrès, à la dignité du travail, à la souveraineté du peuple haïtien.

Et tandis que la première République noire du nouveau monde erre aujourd’hui dans le brouillard, sa voix résonne encore, comme un reproche et une promesse :
 » Haïti mérite mieux que la peur. Haïti mérite de vivre ».

Pierre Josué Agénor Cadet

Honneur au Dr Michel Philippe Lerebours qui vient de nous quitter

Nous pourrons profiter de ses écrits notamment sur l’histoire de l’art et des efforts de structuration des institutions comme l »Ecole Nationale des Arts (ENARTS) qui a remplacé l’Académie des Beaux Arts,le Musée du Panthéon National et Institut Haïtien d’Etudes et de Recherches Africaines .Il a laissé un long palmarès qui ne saurait être percé par le grand public.

Mais on doit se souvenir du Dr Michel Philippe Lerebours à travers le buste du célèbre peintre haïtien Hector Hyppolite érigé en l’année 2008 à Port-au-Prince à l’Angle de l’Avenue Lamartinière et Rue Alix Roy (Place Téléco).Le Dr Michel Philippe Lerebours a été l’un des grands artisans de la promotion d’une statue en mémoire du peintre Hector Hyppolite qui pourrait être considéré comme le pionnier d’une peinture subversive.

En effet,nous retenons la présence du vodou dans ses tableaux durant la campagne anti superstitieuse des années 1940.Il avait aussi osé représenté le corps nu de femmes et évoqué des plaisirs sexuels dans une période de pleine piété.Hector Hyppolite,une simple personne, médecin »Fèy », qui n’a fait pas de grandes études-qu’on dit même « analphabète »- a été réhaussé par le Dr Michel Philippe Lerebours.

Nous devons saluer la mémoire vivante du Dr Lerebours incarnée dans son sens de modestie qu’il a manifesté dans l’idée de dédier le buste d’Hector Hyppolite qui est dans la lignée de toutes celles et de tous ceux qui ont peint l’âme haïtienne à travers l’Art.

Hommages au Dr Lerebours,ancien Doyen de l’Institut Haïtien d’Études et Recherches Africaines (UEH).

Hancy Pierre. (HP)