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Renforcement de la coopération contre le trafic d’armes entre Haïti et États-Unis : entre responsabilités partagées et enjeux sécuritaires

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 9 novembre 2025 – Le constat est aussi troublant qu’incontournable : une grande partie des armes qui alimentent les groupes armés en Haïti provient du territoire américain. C’est le Chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry T. Wooster, qui l’a confirmé dans une récente intervention médiatique, tout en annonçant la saisie, rien que pour l’année 2025, de plus de 23 000 armes, assorties de munitions, d’argent liquide et de drogues destinées à Haïti.

Cette déclaration, bien que présentée comme un signe de coopération et de vigilance de la part de Washington, relance un débat plus large : celui de la responsabilité des États-Unis dans la crise sécuritaire haïtienne et de la nécessité d’une réponse bilatérale cohérente et durable.

Les enquêtes des services américains et haïtiens convergent : les armes illégales qui circulent dans les quartiers populaires et dans les mains des gangs proviennent, pour la plupart, des États du sud des États-Unis, notamment de Floride, où la législation sur les armes à feu demeure particulièrement permissive. Ces armes sont ensuite dissimulées dans des conteneurs commerciaux à destination de Port-au-Prince, souvent sous couvert de dons humanitaires, d’effets personnels ou de marchandises anodines.

Cette filière clandestine prospère sur les failles du système douanier haïtien et la corruption qui gangrène les ports du pays. Les saisies, bien que plus fréquentes depuis 2022, ne représentent qu’une infime portion du trafic réel. L’un des défis majeurs reste la traçabilité des cargaisons, souvent opérées par des réseaux de la diaspora haïtienne et des intermédiaires bien connectés.

Face aux critiques répétées des organisations haïtiennes et internationales, les États-Unis semblent vouloir démontrer un engagement renouvelé. Selon Henry Wooster, six trafiquants d’armes et leurs complices ont été arrêtés ou condamnés cette année dans le cadre d’enquêtes liées à Haïti.

« Comme de nombreux Haïtiens le soulignent, les armes qui arrivent illicitement depuis les États-Unis déstabilisent le pays. Les États-Unis œuvrent pour mettre fin à ce flux », a déclaré le diplomate.

Ces propos traduisent un changement de ton diplomatique, reconnaissant explicitement la responsabilité américaine dans la prolifération d’armes dans le pays. Cependant, pour beaucoup d’observateurs, les annonces demeurent symboliques tant que les mécanismes de contrôle internes aux États-Unis ne sont pas profondément révisés.

Haïti, dont les institutions sécuritaires et judiciaires sont affaiblies, ne dispose ni des moyens techniques ni du pouvoir de dissuasion pour contrer efficacement le trafic. La Police nationale d’Haïti (PNH), accompagnée des forces armées d’Haiti multiplie les opérations contre les gangs, mais elle reste sous-équipée, souvent face à des groupes lourdement armés avec des fusils d’assaut, des M4, des AK-47 et des pistolets semi-automatiques d’origine américaine.

Dans ce contexte, la coopération avec Washington est vitale, mais elle ne saurait masquer les asymétries structurelles : d’un côté, une superpuissance industrielle capable de légiférer et d’intervenir ; de l’autre, un État fragilisé, dépendant des initiatives extérieures pour sa propre sécurité.

Certains analystes estiment que les États-Unis devraient aller au-delà des saisies et adopter des mesures structurelles :

  1. renforcement du contrôle des exportations vers les Caraïbes ;
  2. sanctions contre les expéditeurs complices ;
  3. appui technologique à la douane haïtienne pour détecter les cargaisons suspectes ;
  4. coopération judiciaire renforcée pour identifier les bénéficiaires finaux en Haïti.

Il y a une dimension paradoxale dans la posture américaine. Tandis que Washington finance des programmes de stabilisation et forme les unités d’élite de la (PNH) Police nationale haïtienne, une partie des armes qui déstabilisent le pays traverse ses propres ports.

Cette contradiction alimente un sentiment d’hypocrisie diplomatique parmi les observateurs haïtiens, pour qui la crise sécuritaire du pays est aussi le résultat d’une économie mondiale de la violence, dont Haïti ne serait qu’un maillon vulnérable.

Au-delà des chiffres et des discours, la lutte contre le trafic d’armes vers Haïti exige une responsabilité partagée. Les États-Unis doivent s’attaquer à la racine du problème : le commerce légal et illégal d’armes sur leur sol.

Les autorités haïtiennes doivent renforcer le contrôle portuaire, sanctionner la corruption et améliorer la coordination entre la douane, la police et la justice.

Enfin, la communauté internationale doit reconnaître que la sécurité d’Haïti n’est pas une affaire interne, mais une question régionale liée aux flux transfrontaliers et aux intérêts économiques sous-jacents.

La déclaration d’Henry Wooster sonne comme une reconnaissance officielle d’un échec collectif.
Tant que les armes continueront à franchir les frontières maritimes pour inonder les bidonvilles de Port-au-Prince, les opérations de police resteront des palliatifs, non des solutions.

La bataille contre le trafic d’armes n’est pas seulement une question de saisies, mais une remise en question profonde des complicités, des intérêts et des silences qui entretiennent la spirale de la violence en Haïti.

Haïti–Sécurité: La PNH reprend le contrôle du pont de Tabarre et rétablit la circulation à Carrefour Marassa

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TABARRE, Haïti.— La Police Nationale d’Haïti (PNH) a annoncé une offensive les 7 et 8 novembre en réponse à une menace des gangs «400 Mawozo» et «Chen Mechan» dans la zone de Tabarre. L’intervention, conduite par la Direction Départementale de l’Ouest 2 (DDO-2), a permis de reprendre le contrôle du Carrefour Marassa et du pont de Tabarre, un point stratégique qui avait été sous pression des groupes armés ces derniers jours.

Selon les informations communiquées par la Direction de Communication de la Police (DICOP), l’opération a donné lieu à de violents affrontements. Au moins trois individus présentés comme membres de gangs ont été abattus, plusieurs autres ont été blessés, et un véhicule utilisé par les assaillants a été saisi.

Des tirs sporadiques et explosions ont été signalés dans les zones environnantes, alors que les groupes armés tentaient d’opérer des diversions pour détourner l’attention des forces de l’ordre vers d’autres secteurs. Malgré ces manœuvres, la PNH affirme que la situation est désormais sous contrôle.

La circulation a pu être rétablie sur le pont de Tabarre, un axe vital pour les déplacements entre plusieurs communes de la région métropolitaine.

Dans son communiqué, la Police Nationale d’Haïti réitère son engagement à protéger la population et à écarter toute menace. Elle appelle également les habitants à faire preuve de vigilance et à éviter la zone pendant les opérations de sécurisation en cours.

Cette nouvelle offensive s’inscrit dans un contexte de lutte intensifiée contre les groupes armés qui continuent d’imposer leur loi sur plusieurs territoires, perturbant la libre circulation, la sécurité publique et les activités économiques.

Il est à noter que, depuis plusieurs semaines, des rumeurs persistantes avaient fait croire que les terroristes visaient d’attaquer une nouvelle fois la base CBIM, située à Clercine. Ce commissariat a déjà fait l’objet de multiples assauts des bandits qui ont tenté en vain d’en prendre le contrôle.

Il faut souligner également que les bandes ont pillé des maisons dans la zone de Sainte Hélène, située non loin du quartier Butte Boyer et le pont de Tabarre. Ils ont également emporté tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Tard dans l’après-midi du dimanche 9 novembre, les riverains entendaient encore des détonation d’armés automatiques.

Jean Mapou

MIRAGWÀN

Miragwàn, se ou ki nan mwen,
lè lanmè pale ak letan.
Lè van pase tankou yon fanm,
nan tout riyèl ki pote vwa w.
Mwen te pè lajounen, mwen te pè doulè,
jiskaske zye w tounen limyè chimen m.
Ou se rivaj mwen, lafwa mwen,
se ou sèl ki anndan m.

Miragwàn, vil mwen, lanmou mwen,
ou chanje lavi m, ou louvri vizyon m.
Ou kraze mi, geri chagren,
ou banm lajwa ak anvi viv
ou bay solèy wout pou l pase.
Miragwàn… Miragwàn.

Anba tout pye mango, van tanmen dòmi,
kite lonbraj ou glise sou bòdmè.
Batiman yo reve lòtbò dlo,
mwen menm, se vizaj ou m reve.
Ata lapli ki kanpe lwen,
Chante non ou gòj deplaye.
Lannuit mwen bèl lè w site nom m,
rele m nan non m san aksan grav.

Miragwàn, vil mwen, lanmou mwen,
ou chanje lavi m, ou louvri vizyon m.
Ou kraze mi, geri chagren,
ou banm lajwa ak anvi viv
ou bay solèy wout pou l pase.
Miragwàn… Miragwàn.

Si m tonbe, kenbe m,
si m pè, pale avè m.
Lè syèl mwen vin twò lou,
kache anba lanmou w.
Paske lè kè w kòmanse bat,
lavi tounen gran ri nan mwen.

Miragwàn, vil mwen, lanmou mwen,
ou chanje lavi m, ou louvri vizyon m.
Ou kraze mi, geri chagren,
ou banm lajwa ak anvi viv
ou bay solèy wout pou l pase.
Miragwàn… Miragwàn.

Miragwàn… Miragwàn…
Fè m kwè lanmou ka dire
menm lòtbò kot solèy kouche.
menm pi lwen kot limyè kache.


Pawòl: Jean Venel Casseus
Konsèp Mizikal : Jean Venel Casseus
Pwodiksyon: Masters Media 509
Album : PA GEN MIZIK PASE PEYI M

Vers le premier vol international vers l’aéroport Antoine-Simon des Cayes: un soulagement pour le Grand Sud

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LES CAYES, Haïti.— L’aéroport international Antoine-Simon accueillera son premier vol passager ce lundi 10 novembre, une annonce qui suscite un vif enthousiasme dans le Grand Sud. Dans un contexte où les routes vers Port-au-Prince, notamment à Gressier et Mariani, sont paralysées par l’insécurité, cette nouvelle liaison aérienne apparaît comme une alternative vitale.

Pour Charlot Murat, coordonnateur de l’Éveil Grand Sud, cette reprise représente bien plus qu’un simple vol. «Il devient presque impossible de voyager par voie terrestre. Cette ouverture va faciliter les échanges, les déplacements pour les soins, les études, et même le retour de certains membres de la diaspora», explique-t-il.

L’accès routier limité a paralysé l’économie régionale: circulation des marchandises entravée, familles isolées, tourisme en recul. Charlot Murat souligne que l’aéroport doit être modernisé pour fonctionner pleinement comme un véritable hub international.

Il appelle les autorités à sécuriser et renforcer les infrastructures de transport : «Les habitants sont prêts à investir et à contribuer. L’État doit maintenant créer les conditions pour la reprise économique et la mobilité».

Jean Mapou

Haïti–France : deux siècles après, la rançon de l’indépendance hante encore l’histoire

Deux cents ans après le diktat de Charles X, Haïti attend toujours justice et réparation pour la rançon de 1825, qui a hypothéqué son avenir et brisé son essor économique.

Par Pierre Josué Agénor CADET

En juillet 1825, dix-neuf navires de guerre français, armés de plus de cinq cents canons, accostèrent dans les eaux haïtiennes. À leur bord, le général Baron de Mackau, envoyé du roi Charles X, portait une ordonnance exigeant du président de l’époque, Jean-Pierre Boyer, le paiement de cent cinquante millions de francs-or à la France.
Sous la menace des canons, Haïti dut accepter ce tribut exorbitant censé  » dédommager  » les anciens colons ou bourreaux français pour la perte de leurs esclaves et plantations.

Ainsi, vingt et un ans après la glorieuse conquête de l’indépendance de 1804, le premier État noir du monde libre se voyait contraint de payer le prix de sa liberté conquise au prix de la bravoure, de la détermination et du sang. Cette extorsion, véritable crime économique et politique, allait ruiner durablement la jeune République, freiner son développement et hypothéquer son avenir.

Deux siècles d’injustice

Deux cents ans plus tard, la plaie reste ouverte. En juillet dernier, à l’occasion du bicentenaire de cette ordonnance inique, plusieurs voix haïtiennes et étrangères se sont élevées pour réclamer à la France réparation et restitution.
Ce mouvement s’inscrit dans la continuité de l’initiative courageuse et nationaliste de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, qui, le 7 avril 2003, lors de la commémoration du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture au Musée du Panthéon National ((MUPANAH), avait solennellement exigé le remboursement de la rançon de 1825.

Une mémoire revisitée

Face à cette montée de la conscience historique, le président français Emmanuel Macron a annoncé la création d’une commission publique chargée d’examiner la nature et la portée des relations franco-haïtiennes.
De son côté, le Conseil présidentiel de transition (CPT) a mis sur pied une commission mixte franco-haïtienne, coprésidée par l’historienne haïtienne Gusti-Klara Gaillard Pouchet (mon ancienne professeure à l’INAGHEI en Relations internationales) et par l’historien français Yves Saint-Geours.

Cette commission a pour mission d’évaluer les conséquences économiques, sociales et politiques de la rançon imposée à Haïti en 1825 et de proposer des pistes de réparation. Un Comité national haïtien pour la réflexion sur la rançon (CNHRR), rattaché au Rectorat de l’Université d’État d’Haïti (UEH), a également été créé pour accompagner ses travaux.

Mais depuis la publication de l’arrêté de création, le silence s’est installé. La machine semble grippée.
Manque de financement ? Absence de volonté politique ? Ou simple oubli administratif ?
Les interrogations demeurent, et avec elles, la crainte que ce noble chantier ne sombre dans l’indifférence.

Un frémissement du côté français

Le 5 juin dernier, l’Assemblée nationale française a adopté une résolution reconnaissant officiellement l’injustice historique infligée à Haïti et invitant le gouvernement français à envisager des mesures concrètes de réparation.
Ce geste, salué par plusieurs observateurs, marque une avancée morale. Mais Haïti attend davantage qu’un simple symbole : le peuple haïtien réclame un acte de justice véritable.

Pour que mémoire rime avec responsabilité

Les universitaires et chercheurs haïtiens impliqués dans ces démarches ne manquent ni de compétence ni de patriotisme. Leur inactivité apparente témoigne sans doute des contraintes structurelles qui paralysent tant d’initiatives nationales.
Mais deux siècles après l’extorsion de 1825, il est temps que la mémoire se transforme en responsabilité, et que la justice historique trouve enfin sa traduction politique.

La rançon imposée à Haïti n’a pas seulement vidé ses caisses, elle a aussi sacrifié son avenir, affaibli son État et enchaîné sa souveraineté.

Aujourd’hui, plus que jamais, il est temps que la France et Haïti rouvrent ensemble les pages de cette dette morale, non pour diviser, mais pour réparer.

Pierre Josué Agénor CADET
Professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université

CHARLEMAGNE PÉRALTE : L’HOMME QUI REFUSA L’HUMILIATION

Hommage à un héros tombé pour la dignité nationale haïtienne

Par Evans Paul

Octobre demeure un mois chargé de symboles et de douleurs dans la mémoire nationale d’Haïti. C’est au cours de ce mois, à travers des années et des circonstances différentes, que plusieurs de nos plus illustres héros ont tragiquement disparu, souvent trahis, mais jamais vaincus : Jean-Jacques Dessalines, le Fondateur ; Henry Christophe, le Bâtisseur ; François Capois, dit Capois-La-Mort, le héros de Vertières ; et Charlemagne Péralte, le Résistant face à l’occupation étrangère.

Né en 1886, Charlemagne Masséna Péralte incarne la continuité du combat pour la souveraineté d’Haïti. Officier de l’armée nationale, il refusa catégoriquement de se soumettre aux injonctions de l’occupant nord-américain à partir de 1915.

En patriote lucide et convaincu, il comprit que l’honneur d’un peuple se défend par le courage et choisit la voie la plus noble : celle de la résistance, de la dignité et du sacrifice.

Sous son commandement, des milliers de paysans, les Cacos, se levèrent dans le Nord et le Plateau Central pour défendre le sol de Dessalines. Leur lutte ne visait pas seulement à repousser l’occupant, mais aussi à réveiller la conscience nationale. Péralte fit de la résistance un symbole : celui d’une liberté qui ne meurt pas, même sous la contrainte.

Mais la trahison, comme souvent dans l’histoire des peuples, s’invita dans cette épopée. Dans la nuit du 31 octobre 1919, à Grande-Rivière-du-Nord, l’un de ses lieutenants, Jean-Baptiste Conzé, le livra à l’ennemi. Capturé et assassiné, Charlemagne Péralte n’avait que 33 ans. Son corps, exposé publiquement par les forces d’occupation, rappela tragiquement celui de Dutty Boukman, pendu et exhibé un siècle plus tôt, au même endroit, au Cap-Haïtien par les troupes coloniales françaises. Ces deux scènes d’horreur, séparées par le temps, portent pourtant le même message : on peut tuer l’homme, mais jamais l’idéal de liberté qu’il incarne.

Ainsi, malgré la mort, Charlemagne Péralte devint un monument vivant de la résistance haïtienne. Son image crucifiée sur une porte, censée inspirer la peur, fit de lui un martyr et un immortel de la souveraineté nationale.

Plus d’un siècle après son assassinat, Charlemagne Péralte demeure le visage de l’orgueil haïtien. Il est ce cri silencieux qui rappelle à chaque génération que la liberté a un prix et que l’amour de la patrie exige courage, fidélité et détermination.

En ce mois d’octobre, mois de mémoire et de recueillement, Haïti doit se souvenir :
• que la trahison détruit,
• que la dignité élève,
• et que l’exemple de Péralte continue d’éclairer la route de notre renaissance nationale.

Centre ABC – ATIZAN BON CHANJMAN

Evans Paul

MÉMOIRES ET PROPOSITION AUX PETIT-GOÂVIENS/NES

Petit-Goâve a une superficie de 388 km2. C’est une commune du département de l’ouest, située à environ 68 km au sud-ouest de Port-au-Prince. Sa population actuelle est estimée à 200 201 habitants, dont plus de 71 % vivant en ville. Coincée entre le littoral et les montagnes, dont elle est séparée par un filet de plaine, la ville est l’une des plus anciennes du pays. Elle s’appela Goâve selon les Amérindiens, qui signifie baie. Puis, les Espagnols la nommèrent Aguava à la fin du XVIe siècle. Après le traité de Ryswick (1697), les Français divisèrent la ville en deux : Grand-Goâve et Petit-Goâve. Située sur la trajectoire des cyclones et des tempêtes, la commune et en particulier ses montagnes sont souvent touchées par les phénomènes météorologiques extrêmes.

Dans la nuit du 28 au 29 Octobre 2025, lors du passage de l’ouragan Mélissa, le débordement de La Digue a provoqué des inondations dans les zones de « Dèyè et Devan Gabion », de Borne Soldat, de Chemin neuf, de Nan Ananas, rendant la circulation sur la route nationale numéro 2 (RN2) impraticable, du pont jusqu’au sous-commissariat de la PNH. Le bilan provisoire dressé par la Protection civile de Petit-Goâve au 1e novembre 2025 est très lourd : 25 morts dont 10 enfants, 7 personnes portées disparues, 12 blessés, 132 maisons détruites et 789 maisons inondées, 815 familles sinistrées, 3 écoles et 5 églises endommagées,etc. Il y a de plus dans ces zones plusieurs entreprises affectées et plusieurs véhicules enfouis dans l’eau et la boue.

Au niveau de la communauté de Fon Fabre, à l’est et non loin du pont La Digue, la rivière Provence qui était déviée de son cours naturel a de son côté dévasté les cultures, des deux côtés de la RN2. Dans les mornes, ce sont surtout les jardins et les bétails qui sont sévèrement affectés, tandis que les terres (glissement de terrain, éboulement) et quelques maisons ont aussi fait les frais. Lors d’une rencontre avec les paysans, le 3 novembre en cours, ils ont laissé entendre qu’ils n’auront de quoi à manger que pour deux semaines et, après, ce sera la famine. Cela en dit long sur le niveau de fragilité de leur production aux aléas naturels, sur leur propre vulnérabilité et sur la perte de leur pouvoir de résilience.

  1. Pourquoi une telle tragédie ?
    Population de la cité soulouquoise, je ne suis pas un politicien. Je n’ai ni le verbe, ni la plume, ni le charisme pour vous soumettre au charme de mon discours. Mais, j’ai une conscience citoyenne très poussée, un engagement communautaire, une capacité technique et une expérience pratique qui ne sont pas à démontrer. C’est en référence à cela que je viens m’adresser à vous, en toute franchise et sincérité. J’ai entendu les cris de douleur des familles victimes, qui résonnent avec fracas comme un tonnerre dans un ciel très sombre, déchiré par des éclairs intempestifs. J’ai écouté et lu les frustrations des uns et les récriminations des autres, ainsi que les prescriptions de certaines personnes, comme si Mélissa était le principal responsable des pertes en vies humaines et des dégâts matériels majeurs enregistrés. J’ai également entendu certaines attentes, cachant mal cependant l’impatience des vautours et des charognards qui ont déjà commencé à manœuvrer sur le terrain.

Je suis moi-même allé sur place. J’ai vu, observé, discuté avec des riverains et essayé de décrypter avec recul, sachant qu’auparavant (le 14 juillet 2025) la Sosyete Lakou Dessalines a écrit à quatre ministères pour attirer leur attention sur les risques et les inviter à agir, tout en rendant ensuite publique la teneur de la lettre. Les 25 aout et 02 septembre 2025, ladite institution a réalisé deux visites d’exploration avec une dizaine de personnes, consistant respectivement à remonter le lit de la rivière La Digue, du pont aux deux gorges, en piémont de Bourdeau, et à partir des mornes pour redescendre vers le lit de la rivière La Digue jusqu’au pont, dans le but de bien saisir sa dynamique à partir des caractéristiques du territoire, de bien analyser tant les facteurs humains et les enjeux que les risques et menaces qu’elle fait peser sur la ville.

La Sosyete Lakou Dessalines a ensuite produit un document pointant 3 actions majeures à mener :
1) la restauration de l’écosystème des micro-bassins versants de La Digue et l’amélioration du cadre de vie de leurs habitants ;
2) le curage du lit de la rivière et le gabionnage associé à une ceinture végétale sur un périmètre raisonnable pour offrir le maximum de protection et pour éliminer les failles constatées ; et
3) la construction du pont lui-même.

  1. Aux enjeux forts des notions fortes
    Je compatis à la douleur des familles victimes, sachant que rien ne pourra compenser les pertes en vies humaines comme, par exemple, cette mère inconsolable qui a perdu 3 enfants. Mais, en dépit de ce moment de commotion, on ne peut faire l’économie de demander qui ou quel système a tué l’empereur ?

Si le changement climatique peut être mis en cause et si Mélissa en est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, force est aussi de reconnaître que le facteur anthropique en est lui-même le baril de poudres. C’est ce qu’on peut appeler : « Chercher la vie, détruire la vie ». C’est le melting-pot du milieu rural dans la ville, faisant de Petit-Goâve l’une des communes les plus urbanisées du pays (71 % de sa population). Il s’agit bien de gens en quête de progrès ou d’évolution. Fuyant les privations de toutes sortes de leur milieu, ils viennent s’entasser dans un bidonville, pendant que la raison d’État et son autorité en sont totalement absentes. Jusqu’ici aucun responsable n’a jeté l’éponge ou n’est renvoyé pour cause de négligence1.

Ça donne froid au dos d’entendre certains dire que si on leur donne du bois et de la tôle, ils vont reconstruire leur abri au même endroit. Mais, c’est également rassurant quand une minorité préfère s’installer ailleurs ou se retirer dans ses zones d’origine. C’est ce qu’a révélé une enquête menée, les 3 et 4 novembre 2025, par la Sosyete Lakou Dessalines sur un échantillon de 164 familles sinistrées, soit 20 % sur les 815 familles. Cette enquête a aussi montré que les trois besoins urgents sont d’ordre alimentaire (31 %), énergétique (27 %) et vestimentaire (22%).

Connaissant l’impact du traumatisme sur la santé mentale et, donc, sur le comportemental, il est opportun de penser aussi à un appui psychologique. Sachant en outre qu’à chaque difficulté, il y a toujours des opportunités, il est important de changer de perspective pour pouvoir en tirer parti. Mélissa devrait être le prétexte et l’occasion pour lever la barre et penser tant à un changement réel pour la commune en général qu’à un saut qualitatif pour la ville en particulier. C’est là l’une des causes que les Petit-Goâviens, d’ici et d’ailleurs, devraient s’employer à porter, à promouvoir et à défendre collectivement et de manière organisée, tout en mutualisant leurs forces pour être aussi des agents en première ligne de cette reconstruction.

1 Rappelons que Mélissa était annoncée et précédée par 4 jours de pluie dans les montagnes, dont le sol était déjà saturé avant les pluies torrentielles de l’ouragan. Connaissant en outre le monstre que peut être La Digue quand elle est en forte crue (vu qu’une pareille tragédie et peut être pire a déjà été vécue en 1994) et les maillons faibles existant dans les berges de protection, une évacuation volontaire ou forcée aurait dû se faire. Mais, ce n’était pas le cas.

  1. Proposition d’actions à prendre
    Voici quelques pistes, que nous pouvons enrichir et finaliser ensemble, pour ensuite en faire notre cheval de bataille sur les 25 prochaines années. Sachant qu’il est impossible à un gouvernement ou deux de tout réaliser, laissons alors à ce gouvernement en fin de règne les actions d’urgence, en vue de satisfaire les besoins pressants et de préserver la dignité tant des défunts que des 815 familles sinistrées :
    Un train d’actions d’urgence
    D’une part, certaines actions d’urgence à mener :
     Accompagnement des familles pour donner des funérailles dignes aux défunts, tout en observant un
    moment d’arrêt de travail symbolique de 60 minutes ;
     Fermeture de la brèche avec des gabions et fouille avec des pelles mécaniques, afin que les eaux reprennent leur cours habituel et de protéger les zones en aval inondées (les deux brèches entourant l’Hôtel Marco, qui débouchent sur la route nationale # 2 et nan Ananas) ;
     Relocalisation temporaire des familles victimes (à courte échéance et selon des modalités précises et justes, utilisant familles d’accueil et d’autres endroits appropriés : cas de force majeure et raison d’État obligent) ;
     Fourniture d’eau potable (seau avec filtre à eau, fontaines provisoires), points de lavage des mains et installation de toilettes mobiles (pour minimiser les risques de propagation du choléra et autres) ;
     Fourniture de kits (alimentaires, de cuisine, sanitaires, hygiéniques, scolaires, énergétiques) ;
     Des vêtements (achat de tissus et mobiliser des artisans contractualisés pour confectionner des vêtements faisant ainsi circuler l’argent au niveau local), chaussures et couvertures ;
     Travaux à haute intensité de main-d’œuvre (en termes de nettoyage/déblayage pour récupérer certains biens enfouis dans les décombres), pour recapitaliser les familles délocalisées et leur permettre de mener des
    activités lucratives pour se prendre en charge ;
     Accompagnement de la population dans la réfection des pièces importantes disparues,
     Autres éléments particuliers basiques (appui psychologique, matériaux de construction pour des familles ayant un autre endroit en sécurité où aller, campagne médiatique de sensibilisation, etc.)

Connaissant les dérives habituelles attachées aux opérations d’urgence, l’État doit en effet s’organiser pour bien exercer son leadership, en se positionnant comme régulateur, protecteur et facilitateur. Il lui revient d’orienter les opérateurs de différents horizons présents, en fonction des besoins identifiés par zone, tout en maintenant avec eux un contact étroit de suivi et en leur apportant l’accompagnement nécessaire pour qu’ils jouent leur rôle avec efficacité et pour qu’ils contribuent effectivement à amortir rapidement l’impact de Mélissa sur la population.

Un package d’actions durables pour la renaissance.D’autre part, sur le plan structurel, ma proposition se décline en trois temps : court, moyen et long terme. Elle s’accroche au message très puissant véhiculé par Mélissa : la nature invite Hayti à prendre le grand virage spirituel pour un renouveau matériel qualitatif. La première chose est de sortir de la logique de pansement, pour répondre au rendez-vous de l’histoire, en prenant le taureau par les cornes. Ce virage comporte alors des exigences d’ordre psychique (mental et comportemental), sociologique (culturel, identitaire et social), économique (investissement dans la production, mettre les gens au travail), écologique (réhabilitation et protection des écosystèmes et de la biodiversité) et climatique (adaptation et atténuation).

Autrement dit, les dégâts de Mélissa à Petit-Goâve doit être l’opportunité à saisir pour construire une ville moderne modèle, dans une vision de renaissance. Comment y parvenir ? Étant détenteur du monopole de la violence légitime, l’État doit non seulement exercer efficacement et justement son pouvoir régalien, mais aussi être à la fois un planificateur territorial avisé, un investisseur et un catalyseur d’investissement agissant comme incitateur, accompagnateur, protecteur et redistributeur de la richesse créée pour tamiser l’injustice sociale et territoriale. L’État a donc besoin de promouvoir d’abord un développement endogène (ayant pour point d’appui les atouts et potentiels locaux), avec une main de fer dans un gant de velours, pour faire ensuite de la démocratie un art de vivre dans la propreté, la dignité et la postérité pour tous.

Voici alors 12 pistes d’actions conséquentes et structurelles à mener :

  1. Le zoning et un plan d’urbanisme pour anticiper et accompagner l’extension de la ville, tout en établissant un système de codification/numérotation des maisons, ainsi qu’un système d’information sur les risques ;
  2. La restauration et la protection des écosystèmes des bassins versants de La Digue (12e et 11e sections) par des actions aptes à modifier la morphologie du territoire et la végétation pour augmenter le taux d’infiltration d’eau, réduire le taux de ruissèlement ; l’amélioration de la qualité de vie de leurs habitants et leur accès aux infrastructures socioéconomiques et à des services de proximité, tout en appuyant le grand projet de territoire appelé « Les Jardins Lakou Dessalines », un site de pèlerinage mémoriel et d’écotourisme, à grand impact sur l’entreprenariat comme tremplin et moteur de création de richesses, d’emplois et de revenus au niveau tant local que communal, voire régional et national ;
  3. Le curage du lit de la rivière et le gabionnage des berges secondé par une ceinture végétale protectrice sur
    une largeur et une profondeur offrant le maximum de résistance, des deux côtés de la rivière ;
  4. La construction du pont avec une élévation et longueur suffisantes ;
  5. La construction de logements sociaux, de 3 à 4 étages, pour accueillir les familles victimes, incluant place publique et services publics de qualité notamment en termes d’école, d’hôpital, de tribunal de paix, d’eau, d’électricité, de transport, de gestion des déchets, etc., alors que la zone affectée sera transformée en une grande ferme coopérative de production agricole et agroalimentaire avec la participation des victimes, tout en en faisant un lieu de promenade et de souvenirs ;
  6. La réhabilitation moderne du port, en étendant son emprise à côté, dans un but de génération de richesses pour financer les infrastructures de rénovation urbaine et rurale, tout en transformant la zone périphérique en un vrai centre-ville (Downtown), avec son ancienne vocation économique et financière ;
  7. La construction d’un centre sportif et culturel, englobant le site du parc Anglade et de l’ancien Lycée Faustin Soulouque (réhabilitation moderne du terrain, construction d’un gymnasium et d’un parking) ;
  8. La réhabilitation de l’Hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve pour en faire un hôpital de référence à grande capacité d’accueil et d’offre de services de qualité tant pour la commune que pour le Grand Sud ;
  9. La délocalisation du marché pour étendre la place publique et construire un vrai Hôtel de ville, tout en récupérant l’endroit où était l’Hôtel de l’Empereur pour y installer une bibliothèque municipale, un tiers- lieu technologique, un musée, une salle de spectacle et de cinéma, un observatoire. Il s’agit aussi de trouver un endroit approprié pour relocaliser le marché public ;
  10. La réhabilitation des rues et des ouvrages de drainage, plus le verdissement des rues de la ville, ainsi que celle des pistes rurales, notamment : Tapion – Vallue ; Béatrice-Palmes avec débouché sur Côte-de-Fer ; Vialet / Delate / Fort Gary ; Trouchouchou / Cocoyer Beach, qui sont des zones de production agricole et de grands attraits touristiques.
  11. La réhabilitation et la dynamisation du littoral, tout en mettant en valeur les plus belles plages ;
  12. La structuration de la fiscalité communale pour un maximum de recouvrement pour le financement du plan de rénovation de la commune.

En conclusion
L’aube d’une nouvelle bataille pour le changement pointe à l’horizon. Filles et fils de Petit-Goâve, d’ici et d’ailleurs, du milieu urbain et du milieu rural, réveillons-nous et debout avec conscience et conviction pour ce long voyage. Mais, soyons sur nos gardes pour que les vautours et les charognards ne continuent pas à être, dans ces circonstances, l’arme blanche qui saigne Hayti et la sangsue noire qui l’affaiblit, ni ne continuent à nous traiter en « restavèk » qui ne méritent que les miettes.

C’est Mark Twain qui a dit : « Quand les riches volent les pauvres, on appelle ça les affaires. Quand les pauvres se défendent, on appelle ça de la violence ». Alors, cherchons avec intelligence et trouvons avec audace nos héros pour nous accompagner dans l’exercice de notre droit de légitime défense.

Ce qu’il nous reste à faire est de tirer des leçons, de mettre en place et de lancer le grand Konbit de la cité soulouquoise ; c’est-à-dire nous organiser, éduquer massivement et agir ensemble pour bâtir et récolter, après la tempête, une meilleure qualité de vie pour tous. C’est possible !

Abner Septembre
Sosyete Lakou Dessalines Vallue

Laurent Saint-Cyr : le grand voyageur du Conseil présidentiel

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Par Pierre Josué Agénor CADET

Dans cette Haïti autrefois surnommée la Perle des Antilles et devenue, hélas, la peine des Antilles, la scène politique ressemble désormais à un théâtre d’ombres où les acteurs semblent jouer sans texte ni conscience. Depuis le 25 avril 2024 (conformément l’accord du 3 avril 2024), neuf visages se partagent le pouvoir : huit hommes et une femme (sept avec droit de vote et deux observateurs). Leur mission : rétablir la sécurité, organiser un référendum constitutionnel et des élections générales pour sortir le pays de plus de quatre années d’illégalité et d’instabilité.

Mais sous ce vernis institutionnel, la réalité se révèle tout autre. Le Conseil présidentiel de transition (CPT), censé incarner la responsabilité collective, s’est vite transformé en un laboratoire d’inefficacité et de gaspillage. En moins de deux ans , le poste de coordonnateur est devenu une véritable chaise musicale : Edgar Leblanc Fils, Leslie Voltaire, Fritz Alphonse Jean, puis Laurent Saint-Cyr s’y sont succédé sans qu’aucun ne parvienne à redresser la barre du navire à la dérive.

Pendant que la population s’enlise dans la peur et la misère, le CPT s’enfonce dans la routine des scandales. La corruption, vieille compagne de l’État depuis 1804, n’a jamais été aussi florissante. Elle s’étale au grand jour, sans gêne, sans frein, sans honte.

Et dans ce tableau déjà sombre, un nom revient avec insistance : Laurent Saint-Cyr, représentant du secteur des affaires. Non pas pour des réformes audacieuses ni des initiatives courageuses, mais pour ses incessants voyages à l’étranger, toujours aux frais d’un État en ruine.

Jamais un responsable public haïtien n’aura autant pris l’avion, souvent flanqué de délégations imposantes. Selon plusieurs sources, il aurait passé près de la moitié de son mandat hors du territoire national. Une performance inédite, presque insolente, dans un pays où chaque gourde dépensée devrait servir à sauver une vie ou construire ou reconstruire une école.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que Laurent Saint-Cyr vivait déjà aux États-Unis comme étudiant au moment même qu’il endossait ce rôle de conseiller présidentiel. Autrement dit, il continuait à mener une existence à mi-chemin entre campus et Villa d’accueil, entre études et voyages pour venir participer rarement aux différents conseils des ministres, pendant que le pays s’effondre dans l’indifférence.

Mais ce scandale permanent ne semble troubler ni ses collègues du Conseil ni ceux qui l’y ont placé. Le silence de nos élites devient ainsi la complice la plus fidèle du désastre national.

Et pourtant, Haïti n’est pas un corps sans âme. Elle est la mère de notre liberté, blessée mais pas morte. Un jour viendra où tous ceux et toutes celles qui l’ont trahie devront rendre compte, non comme les farces judiciaires des procès de consolidation ou des Timbres, mais devant le tribunal implacable de l’Histoire et de la mémoire des peuples.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti : Sept blindés remis aux Forces Armées pour renforcer la sécurité nationale

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Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Conseiller-Président Leslie Voltaire ont remis samedi 8 novembre 2025 sept véhicules blindés aux Forces Armées d’Haïti, marquant un pas concret dans la modernisation de l’institution militaire et le renforcement de la sécurité sur le territoire national.

Dans une cérémonie officielle organisée à la Primature, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accompagné du Conseiller-Président Leslie Voltaire, a remis sept véhicules blindés aux Forces Armées d’Haïti (FAd’H).

Selon une note de la Primature, cette initiative s’inscrit dans le cadre de la politique de renforcement institutionnel et sécuritaire mise en œuvre par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le Gouvernement. Elle constitue la première phase d’une commande totale de dix-sept blindés, destinés à améliorer les capacités opérationnelles des FAd’H sur l’ensemble du pays.

La cérémonie a réuni plusieurs hautes autorités civiles et militaires, notamment le ministre de la Défense, Me Jean-Michel Moïse, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Dr Patrick Pélissier, et le Major général Jonas Jean, commandant en chef adjoint des FAd’H.

Dans son allocution, le ministre de la Défense a remercié le CPT et le Gouvernement pour leur appui constant dans le processus d’acquisition de ces équipements. Pour sa part, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a souligné la volonté de son administration de moderniser et de remobiliser l’armée haïtienne afin qu’elle puisse pleinement remplir sa mission constitutionnelle : défendre le pays, protéger les citoyens et préserver les valeurs républicaines.

« La reconstruction d’une armée forte, disciplinée et républicaine constitue un axe stratégique du redressement national », a déclaré le Premier ministre, réaffirmant l’importance d’une institution militaire capable de soutenir la sécurité et la souveraineté de la nation.

Avec cette remise de blindés, le Gouvernement réaffirme son engagement à renforcer la sécurité nationale et à moderniser les Forces Armées d’Haïti, dans un contexte où la stabilité et la protection des citoyens restent des priorités majeures pour le pays.

La rédaction

FNE et UNICEF : un partenariat renouvelé pour sauver l’avenir éducatif d’Haïti

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le 7 novembre 2025. — Dans un contexte haïtien marqué par la déscolarisation massive, la précarité des infrastructures scolaires et les multiples crises qui ravagent le système éducatif, le Fonds National de l’Éducation (FNE) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) ont décidé de renouveler leur engagement commun pour soutenir les enfants haïtiens.

Le Directeur général du FNE, M. Elysé Colagène, et Mme Adriana Valcarce, responsable en éducation au sein de l’UNICEF, se sont rencontrés ce jeudi dans les locaux de l’agence onusienne. L’idée principale est de définir une stratégie conjointe de renforcement du soutien éducatif haïtien, particulièrement en faveur de la petite enfance et des zones défavorisées.

Selon les données disponibles, en 2018, environ 500 000 enfants âgés de 6 à 12 ans n’étaient pas scolarisés en Haïti. Dans la tranche d’âge 5-15 ans, un million d’enfants n’avaient pas l’accès à l’éducation. En janvier 2024, le nombre de familles déplacées était passé de 200 000 en novembre 2023 à environ 314 000 et, parmi les personnes déplacées, 172 000 étaient des enfants.

De nombreuses écoles servent d’abris provisoires pour les familles déplacées, alors que d’autres établissements scolaires ont été séquestrés et pillés par les gangs armés. Par conséquent, les élèves et les jeunes déplacés sont privés de leur droit à la scolarisation et à la formation, les personnels éducatifs (directeurs d’école, enseignants, cadres administratifs, professeurs d’universités…) abandonnent leurs quartiers résidentiels à cause des menaces des gangs, et ceux et celles qui en ont les moyens, même très modestes, se dirigent vers un pays étranger, notamment les États-Unis et le Mexique.

Dans ce paysage sombre, le partenariat entre le FNE et l’UNICEF apparaît comme une bouffée d’oxygène, mais aussi comme une mise à l’épreuve de la gouvernance publique.

Les deux institutions se sont accordées sur la nécessité de mieux gérer les subventions et d’optimiser les ressources disponibles pour garantir la scolarisation du plus grand nombre d’enfants possible. Cette approche, si elle est suivie d’actions concrètes, pourrait contribuer à restaurer une certaine confiance dans la capacité de l’État haïtien à remplir son rôle social fondamental : offrir une éducation gratuite et de qualité.

L’un des points centraux de la rencontre fut la promotion du développement de la petite enfance, un maillon essentiel du système éducatif haïtien, mais trop souvent marginalisé dans les politiques publiques haïtiennes.

Comme l’a rappelé Mme Valcarce, « un enfant bien nourri, bien stimulé et bien accompagné dans ses premières années de vie a beaucoup plus de chances de réussir à l’école ».

Le FNE, pour sa part, s’est engagé à intégrer davantage de programmes de soutien à la petite enfance dans ses plans d’action, en collaboration avec les partenaires techniques et financiers. Il s’agit d’un virage stratégique, susceptible de renforcer la base même du développement humain à long terme.

Cependant, cette volonté politique et institutionnelle se heurte à des réalités complexes : l’instabilité politique, l’insécurité galopante, la corruption et le manque de coordination entre acteurs éducatifs. Les promesses répétées de renforcement du secteur se sont souvent noyées dans la bureaucratie et les limites structurelles de l’État.

Le défi pour le FNE et l’UNICEF est donc de transformer cette nouvelle entente en actions mesurables, capables d’avoir un impact réel sur le terrain : construction d’écoles sûres, formation des enseignants, dotation en matériel didactique, soutien psychosocial aux enfants déplacés, et mécanismes transparents de financement.

Au-delà de l’aspect institutionnel, la question éducative est une question de souveraineté nationale. Une génération sans éducation est une génération privée d’avenir, et donc une nation affaiblie.

Le renouvellement du partenariat entre le FNE et l’UNICEF, s’il est bien exécuté, peut marquer une étape importante vers la reconstruction d’un système éducatif inclusif et résilient. Mais cela exige de la transparence, de la planification et une réelle volonté politique de placer l’enfant au centre des priorités nationales.

Le dialogue entre M. Elysé Colagène et Mme Adriana Valcarce dépasse la simple formalité institutionnelle. Il incarne une tentative de redonner espoir à une génération en péril, celle qui doit reconstruire un pays aujourd’hui fracturé.

En effet, il reste à voir si cet engagement, renouvelé sur le papier, se traduira par des actes concrets dans les écoles, les communautés et les vies des enfants haïtiens.