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Vertières : quand Napoléon reconnut sa plus grande défaite

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Le 18 novembre 1803, sur les hauteurs de Vertières, la machine militaire napoléonienne subit l’une des plus éclatantes défaites de son histoire. L’expédition Leclerc, envoyée pour rétablir l’esclavage à Saint-Domingue et briser l’ordre politique instauré par Toussaint Louverture, s’effondra face à la détermination de l’armée indigène dirigée par Jean-Jacques Dessalines.

Après la déportation de Toussaint et la politique de répression menée par le général Leclerc ( fusillades, exécutions, terreur) , les anciens comme les nouveaux libres se rassemblent autour de Dessalines, Pétion et des chefs marrons. La recomposition des forces indigènes, confirmée à l’Arcahaie par l’adoption du bicolore bleu et rouge, donne naissance à une armée unifiée, prête à rompre définitivement avec la domination française.

À la mi-novembre 1803, plus de vingt mille soldats sont regroupés autour de Dessalines près du Cap. Leur objectif : s’emparer des positions stratégiques de Vertières, Bréda, Champin et Pierre-Michel. L’assaut du 18 novembre, lancé sous des pluies battantes et sous un feu nourri de l’artillerie française, voit émerger une figure légendaire : Capois-la-Mort. À cheval, puis à pied après que sa monture a été fauchée, il entraîne ses hommes d’un cri resté célèbre :  » En avant ! ».
Sa bravoure et sa détermination forcent même l’admiration de la garde d’honneur française.

Au fil des heures, les positions françaises tombent les unes après les autres. Rochambeau, acculé, finit par abandonner le fort, livré aux flammes. Le lendemain, son adjoint Duverrier signe la reddition du Cap. La défaite est totale.

Le 29 novembre 1803, l’indépendance est proclamée à Fort-Dauphin avant d’être confirmée le 1ᵉʳ janvier 1804 aux Gonaïves avec la naissance de la République d’Ayiti.

Des années plus tard, Napoléon lui-même reconnaîtra l’étendue de son erreur. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, le 10 janvier 1817, il écrira :
 » L’affaire de Saint-Domingue a été une grande sottise de ma part… la plus grande faute que j’aie commise en administration ».
Vertières reste ainsi, plus de deux siècles après, dans la mémoire universelle, un modèle de résistance et l’un des plus grands triomphes d’un peuple en lutte pour sa liberté.

Pierre Josué Agénor Cadet

Vers une journée gâchée: la Police nationale en mode mobilisation

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Plusieurs écoles ont annoncé la fermeture de leurs portes ce lundi 17 novembre 2025, en raison des menaces ouvertes proférées par les chefs de gangs criminels de la coalition Viv Ansanm.

Les responsables d’établissements scolaires de la capitale, dans des communiqués adressés aux parents, demandent à ces derniers de garder les enfants à la maison par crainte d’éventuelles attaques.
Selon eux, ces mesures visent à protéger les élèves, les parents et le personnel de leurs écoles respectives.

Certains directeurs ont décidé d’assurer les cours en ligne pour la journée de lundi, tandis que la reprise en présentiel est prévue pour mercredi 19 novembre à 7 h AM.

La PNH se mobilise

Face aux menaces publiques proférées sur les réseaux sociaux par « Barbecue » et « Krisla », la Direction générale de la Police nationale d’Haïti mobilise ses troupes. Jonas Vladimir Paraison, en commandant en chef, convoque l’ensemble du personnel policier dans le cadre d’une opération d’envergure.

« Les Directeurs Centraux, Départementaux et Chefs de Service sont avisés qu’à partir du dimanche 16 novembre 2025 et jusqu’à nouvel ordre, tous les congés et permissions sont reportés, voire annulés, dans le but d’assurer la sécurité optimale de la population et de répondre à toutes éventualités », ordonne Paraison.

Le Directeur général dit attacher la plus grande importance à l’exécution de ces dispositions. Les Directeurs Centraux, Directeurs Départementaux et Chefs de Service seront personnellement tenus responsables de leur application.

« Vous communiquerez en temps utile au Directeur Central de la Police Administrative (DCPA) l’effectif réel mobilisé », précise la note de la PNH.

Cet ordre du Directeur général est authentifié par Belson Soljour, Inspecteur général, chef de cabinet.

Killy Johao

Les lauréats nationaux des examens d’État honorés, une célébration de l’intelligence

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 15 novembre 2025 —L’État haïtien a rendu hommage, ce vendredi 14 novembre 2025, aux lauréates et lauréats nationaux des examens d’État pour l’année académique 2024-2025, à travers une cérémonie marquée par une présence diplomatique. Cet événement an mis en lumière l’importance accordée à l’excellence académique dans un contexte national difficile.

Une fête de l’intelligence et du mérite

Les huit lauréats honorés cette année sont : Thalantina Rozier, Frédéric-Léonel François, Leguirne Brévil, Robinho Julien, Mélissa Samedi, Christina Laguerre, Jephté Pierre et Christelle Angerville.

La lauréate des lauréats, Thalantina Rozier, a honoré ses enseignants pour leur accompagnement dans son parcours. Pour elle « Ce moment n’est pas un aboutissement mais un point de départ. Une invitation à poursuivre ce chemin d’effort, d’intégrité et d’engagement ».

Fils-Aimé: La place centrale de l’éducation

Lors de la cérémonie, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a honoré les huit lauréats nationaux de l’année académique 2024-2025, saluant des « jeunes talents, modèles d’excellence et d’effort scolaire ».

Il a également réitéré l’engagement de son administration à soutenir la jeunesse scolaire : « L’éducation n’est pas une dépense, mais l’investissement le plus précieux pour l’avenir de notre pays. »

Aux côtés du Conseiller-président Smith Augustin, du ministre de l’éducation nationale, Antoine Augustin, il a rappelé que cette initiative répond à la volonté du gouvernement de « reconnaître, soutenir et promouvoir l’excellence académique en Haïti » et de réaffirmer « le rôle central de l’éducation dans le développement national ».

Le Premier ministre Fils-Aimé, soulignant l’« importance de l’excellence académique », a salué les élèves dont les performances traduisent, selon lui, « la rigueur, la détermination et la capacité d’innovation de la jeunesse haïtienne ».

Il a réaffirmé l’engagement de l’État à consolider une culture du mérite fondée sur « le travail, l’intégrité et l’ambition de servir la Nation ».

Smith Augustin : un budget national orienté vers l’éducation

Le Conseiller Présidentiel Smith Augustin a vanté la rigueur des lauréats et les a exhortés à « rester des modèles pour la jeunesse ». Il a souligné que leur réussite marque « le début d’une longue série de victoires dans leur vie ».

Il a également annoncé que, malgré les difficultés, l’éducation constitue la grande priorité budgétaire de l’État :

Allouant la plus grande part des crédits budgétaires de la loi de finance 2025-2026 à l’éducation, soit 16 % du montant total qui représente plus de 54 milliards de Gourdes, il a, toutefois, rappelé la nécessité d’un effort collectif pour « niveler par le haut le taux moyen de réussite aux examens d’État ».

Pedrica Saint Jean : promouvoir l’égalité et le leadership féminin

La ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes, Pedrica Saint Jean, a, elle aussi, rendu hommage aux lauréats, félicitant des jeunes dont la réussite « n’est pas seulement la vôtre ! Elle est celle de vos familles, de vos enseignantes et enseignants, de vos communautés, et de toute la nation ».

Elle a insisté sur les efforts consentis par les filles, dans un pays où la déperdition scolaire touche particulièrement les adolescentes : « Ces jeunes filles dont la réussite illumine notre avenir collectif […] Votre présence ici est la preuve vivante que les efforts entrepris pour promouvoir le maintien des filles à l’école portent leurs fruits. »

La ministre a également fait référence à l’Objectif de Développement durable n°4, rappelant qu’« une nation ne peut prospérer sans un accès équitable à une éducation de qualité ». Elle a conclu en appelant les lauréats à poursuivre leur parcours « avec dignité, confiance, et avec
ambition ».

Bourses, primes et récompenses aux lauréats

Le ministre de l’Education nationale a salué la persévérance et le triomphe des lauréats. « Cette cérémonie n’est pas seulement une fête de l’intelligence mais l’expression de l’effort et du mérite. Votre exploit symbolise l’image de la jeunesse haïtienne qui a tant souffert », a affirmé Antoine Augustin.

Le ministre de l’Éducation, Antoine Augustin, a confirmé l’octroi de bourses d’études offertes par l’Ambassade de Taïwan aux
lauréats.

Ils ont également reçu des prix variés, dont des livres, un ordinateur portable, un certificat honorifique, un chèque variant entre 150 000 et 500 000 gourdes.

Une jeunesse célébrée comme fer de lance du changement

À travers ces différents hommages, l’État haïtien affirme vouloir bâtir un système éducatif « performant, inclusif et résolument tourné vers l’avenir », convaincu que les lauréats d’aujourd’hui constituent « la force vive qui fera progresser le pays vers plus d’équité, de savoir et de stabilité ».

Dans leurs interventions respectives, les autorités ont souligné le rôle de cette nouvelle génération, appelée à contribuer à un État « plus fort, plus juste », et à devenir les femmes et les hommes capables de « transformer leur pays ».

Les huit lauréats ont reçu chacun des récompenses de plusieurs institutions dont Sunrise, MEF, AAN, AGD, BNC, BRH, FNE, Comme Il Faut, UNIBANK, SOGEBANK, TCL.

À l’issue de la cérémonie, la ministre à la condition féminine, Pedrika Saint Jean, a remis à chaque lauréat-e une tablette destinée à soutenir leurs travaux académiques.

Haïti, un pays sans capitale : Peut-on reconstruire Port-au-Prince ?

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Depuis plusieurs années, la capitale haïtienne s’enfonce dans un chaos sans précédent. Jadis centre névralgique de l’administration publique, de la vie économique, politique et culturelle, la ville est aujourd’hui en grande partie livrée aux groupes armés, aux ruines, à l’insalubrité et à l’abandon complet de l’État.

Dans ce contexte de déliquescence extrême, Haïti est devenue,!de fait, un pays sans capitale fonctionnelle, soulevant des interrogations fondamentales sur l’articulation du pouvoir, la capacité de l’État à se réorganiser, et la possibilité réelle – ou non – de reconstruire Port-au-Prince.

Port-au-Prince : une capitale déchue

Port-au-Prince a toujours concentré l’essentiel du pouvoir haïtien. Cette centralisation a fait d’elle le cœur battant du pays, mais aussi sa principale fragilité. L’explosion démographique incontrôlée, l’urbanisation anarchique, la pauvreté endémique, les catastrophes naturelles (notamment le séisme de 2010), et plus récemment, l’emprise grandissante des gangs, ont progressivement transformé la ville en un espace hors-contrôle.

Aujourd’hui, plusieurs quartiers sont totalement sous le joug de groupes armés. Des institutions publiques ont été délocalisées ou sont paralysées. De nombreux ministères fonctionnent depuis dans des bâtiments de fortune ou ont déplacé leurs services vers d’autres communes comme Delmas ou Pétion-Ville. Le Palais national, emblème du pouvoir républicain, n’existe plus que comme un terrain vague entouré de grilles rouillées, où les agents de la garde présidentielle se battent encore pour préserver le symbolisme de ce patrimoine. L’administration publique est désarticulée, la mobilité urbaine est quasi impossible, et les citoyens vivent dans la peur constante.

Un État sans capitale : quels risques, quelles alternatives ?

Un pays sans capitale opérationnelle est un État affaibli dans son essence. La centralisation du pouvoir dans une ville devenue inaccessible constitue un défi logistique, politique et symbolique majeur.

Une refonte complète de l’organisation territoriale haïtienne devient indispensable. Il ne s’agit plus seulement de réhabiliter Port-au-Prince, mais de repenser l’implantation du pouvoir, la planification urbaine, les flux économiques et les grands pôles de services publics.

Reconstruire Port-au-Prince : un rêve ou un objectif atteignable ?

Reconstruire Port-au-Prince ne peut être envisagé sans affronter trois grands défis : la sécurité, l’urbanisme et la volonté politique. En effet, aucun projet de reconstruction n’est viable sans la restauration de l’ordre public. Cela suppose une réforme profonde des forces de sécurité, une lutte sérieuse contre les gangs, et un appui international coordonné et durable. La récupération des territoires urbains occupés est une condition sine qua non.

Rebâtir Port-au-Prince doit aller au-delà du simple remplacement des bâtiments détruits. Il s’agit de repenser entièrement la ville : infrastructures, transport, espaces verts, zones résidentielles, gestion des déchets, prévention des risques naturels. Ce travail nécessite un plan directeur urbain moderne et inclusif, appuyé par des experts nationaux et internationaux.

Enfin, le destin de Port-au-Prince est aussi une question de volonté politique. Trop souvent, les initiatives ont été sabotées par la corruption, l’incompétence ou les intérêts partisans. Il faudra une vision claire, un leadership déterminé et une concertation nationale pour mener à bien un projet d’une telle envergure.

Reconstruire Port-au-Prince, mais à quel prix ?

Reconstruire Port-au-Prince – ou réorganiser l’État autour de nouveaux pôles – représente un coût énorme, à la fois financier, humain et politique. Mais ne rien faire aurait un coût encore plus élevé : l’enlisement dans l’anarchie, la désintégration de l’État et l’effondrement total du tissu social.

Les investissements nécessaires ne peuvent venir uniquement de l’extérieur. Ils devront être appuyés par une mobilisation nationale, une réforme de la fiscalité, la transparence dans la gestion des fonds publics, et la responsabilisation des élus.

Haïti traverse une phase critique de son histoire, marquée par l’effondrement symbolique et fonctionnel de sa capitale. Cette réalité oblige à un examen lucide : Port-au-Prince peut-il redevenir le cœur d’un État moderne, ou faut-il imaginer une autre organisation du pouvoir ? Dans les deux cas, l’heure est à la refondation. C’est un chantier gigantesque, mais porteur d’espoir si les acteurs politiques, la société civile et les partenaires internationaux acceptent de s’engager résolument dans une nouvelle vision pour Haïti.

Par Gesly Sinvilier

Nous réclamons un processus électoral équitable !

Comme annoncé, les relais locaux du « gouvernement global » ont transmis au régime de facto un projet de décret électoral ainsi qu’un calendrier pour organiser prochainement des élections et permettre aux citoyens de choisir leurs dirigeants.

Mais comment accorder crédit à un tel processus lorsque cinq membres du Conseil présidentiel de transition ont eux-mêmes des dossiers en cours pour corruption et détournement de fonds publics ?

Comment également comprendre les pressions exercées par les autorités américaines pour imposer des élections sous la conduite de dirigeants profondément discrédités, alors que deux des plus grands départements du pays — l’Ouest et l’Artibonite — regroupant le plus grand nombre d’électeurs, sont aujourd’hui contrôlés par les gangs ? À quoi joue réellement l’international ?

Comment prétendre élire un président en excluant de fait une large partie du corps électoral ? Et comment ce chef de l’État, issu d’un scrutin amputé, pourrait-il gouverner au nom de la République sans mandat véritablement national ?

Peut-on enfin cautionner des élections qui offriraient aux corrompus occupant l’administration publique, ainsi qu’aux acteurs du crime organisé, l’occasion de préparer leur maintien ou leur retour au pouvoir à travers un processus verrouillé d’avance, ne favorisant que les candidats issus de leur clan mafieux ?

Où est le principe d’équité ?
Une compétition électorale ouverte et saine est celle qui offre à tous les partis et candidats des chances réellement égales. Or, lorsqu’une entité politique occupant le sommet de l’État entre en compétition avec des formations demeurées en dehors du cercle gouvernemental, le principe d’équité est d’emblée compromis et ne peut conduire qu’à une débâcle électorale. Par souci de justice et d’équité, aucun membre du CPT — ni leurs partis — ne devrait être autorisé à participer aux prochaines élections si celles-ci devaient se tenir à la date annoncée.
Un pouvoir fondé sur le favoritisme, le clientélisme et le népotisme, qui détourne le sens du service public, ne saurait garantir la confiance du citoyen dans un processus démocratique crédible.

Un scrutin est avant tout une médiation honnête entre les citoyens et le pouvoir. La légitimité des élus ne peut venir que de la sanction populaire exprimée par le suffrage universel, exercice par lequel le peuple affirme librement sa souveraineté. Cette légitimité ne peut être obtenue ni par la corruption, ni par la violence.

Le projet de décret électoral et le calendrier diffusés par le CEP ne sont que des opérations de diversion visant, au fond, à permettre au régime de facto de franchir l’échéance du 7 février 2026. Il s’agit d’une stratégie vaine, d’un jeu cynique mené par des forces obscures pour prolonger l’instabilité en Haïti. Cette manœuvre ne doit pas passer. Ceux qui aujourd’hui exercent le pouvoir sur la base de la corruption, du détournement et du pillage des ressources de l’État ne sauraient s’y maintenir. Ils doivent tous partir.

La neutralité des autorités publiques est une condition essentielle pour garantir l’équité d’un processus électoral. Or chaque conseiller présidentiel représente un secteur politique, tout comme chaque membre du gouvernement dont dépend la nomination du CEP. Dès lors, le processus apparaît vicié dès son origine, et sa crédibilité sérieusement compromise.

Les États-Unis doivent se monter cohérents !
Tout en réaffirmant ma confiance dans la démocratie libérale — dont les États-Unis demeurent l’un des principaux défenseurs — j’appelle ces derniers à se montrer cohérents avec les principes qu’ils promeuvent : égalité des droits, égalité politique et respect des normes démocratiques. Ces valeurs constituent le cœur de leur devoir moral et ne sauraient être sacrifiées à des considérations conjoncturelles.
Au regard de la situation actuelle, il est impératif de mettre en place, avant le 7 février 2026, une nouvelle gouvernance capable de rétablir la confiance citoyenne dans le processus électoral. Une telle transition est indispensable pour permettre un retour rapide à la normalité institutionnelle et à l’État de droit, à travers des élections véritablement libres, équitables et inclusives.

C’est à cette exigence que je me consacre en appelant chacun à assumer sa responsabilité. Il est temps de faire converger les volontés individuelles vers une même cause patriotique : définir ensemble une solution viable, en l’absence de réponse légale ou institutionnelle face à la crise actuelle. La réussite dépendra entièrement de notre capacité collective à vouloir et à décider, avec sérieux, cohérence et réalisme, la voie qui permettra enfin de sortir du désastre qui dure.

L’heure n’est plus au mutisme contemplatif, à l’évasion politique ni au refus obstiné de regarder la réalité en face. Le pays se désintègre sous nos yeux. Dans un tel moment, se taire ou se retirer revient à laisser le champ libre aux forces de la corruption, de la violence et de l’oppression. Chaque citoyen doit assumer sa part de responsabilité. La mienne, je l’ai toujours prise — et je la prends encore aujourd’hui.

Une classe politique et intellectuelle digne de ce nom ne se laisse pas dicter sa conduite par les injonctions impérialistes ni par l’agitation extérieure. Elle s’ancre dans une réflexion lucide, exigeante et profondément patriotique pour déterminer ce qui est juste, bon et nécessaire pour la nation.

Nous devons dire clairement non au projet d’éclatement de la République d’Haïti et lui opposer un refus patriotique ferme, responsable et sans équivoque.

Citoyennes, citoyens, où que vous soyez, ne fuyez pas l’espace politique ! Votre retrait ne ferait que renforcer ceux qui prospèrent sur la destruction de la nation. Le désengagement est leur plus grand allié.

Engagez-vous !

Engagez-vous pour défendre ce qui reste de notre dignité nationale !

Engagez-vous pour reconstruire un État au service du bien commun !

Engagez-vous pour que la justice, la liberté et l’égalité cessent d’être des mots creux et redeviennent des réalités vécues !

Haïti survivra si, et seulement si, ses fils et ses filles décident enfin de relever la tête, de s’unir et d’agir. L’histoire ne pardonne pas l’indifférence : elle célèbre toujours ceux qui ont choisi le courage.

Le moment est venu. Prenons ensemble la voie de la responsabilité et du patriotisme !

Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie de la recherche juridique à la faculté de droit et des sciences économiques de l’université d’État d’Haïti
Université du Québec à Montréal
Email : sonet.saintlouis@gmail.com

UNESCO : 80 ans d’engagement pour la paix, la mémoire et le développement dans le monde

Par Jean Wesley Pierre

16 novembre 1945 – 16 novembre 2025, le monde célèbre aujourd’hui les 80 ans de l’UNESCO. Le géant de la promotion de l’éducation, de la culture, de la science et de la communication pour ses 80 ans, offre l’occasion de revenir sur son rôle central dans le monde.

L’UNESCO, créée le 16 novembre 1945 dans un monde meurtri par la Seconde Guerre mondiale. Dès sa fondation, l’institution est chargée d’une mission essentielle : établir la paix dans l’esprit des hommes et des femmes grâce à l’éducation, la science et la culture. Huit décennies plus tard, cette ambition demeure intacte, tandis que de nouvelles formes de violence, de haine et de fragmentation sociale rappellent la nécessité de renforcer ce travail au niveau mondial.

Dans le cadre des commémorations, une attention particulière a été portée au devoir de mémoire, notamment à travers les événements consacrés à la transmission de l’histoire des génocides.

Avec la disparition progressive des rescapés, les institutions comme l’UNESCO s’organisent pour que la connaissance et la conscience des tragédies du XXᵉ siècle restent vivantes. La mobilisation d’historiens, d’artistes et de chercheurs s’inscrit dans cette volonté d’assurer la continuité d’un témoignage humain qui ne peut plus reposer uniquement sur les survivants.

Cette responsabilité s’est concrétisée par la participation active de jeunes générations aux échanges, projections et rencontres organisés dans plusieurs pays. L’objectif est clair : faire de l’école et des espaces éducatifs les premières lignes de défense contre l’ignorance et les discours de haine. De nombreux enseignants bénéficient désormais d’outils de formation produits ou soutenus par l’UNESCO, permettant d’aborder avec rigueur historique et sensibilité humaine les sujets liés aux totalitarismes, aux génocides et au racisme.

La lutte contre le négationnisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination constitue aujourd’hui un pilier du travail de l’institution. Dans un contexte où la désinformation est la norme, la fausse information circule à grande vitesse, l’UNESCO renforce son action à travers la production de ressources pédagogiques, la formation des éducateurs, et la mise en place d’initiatives destinées à promouvoir l’esprit critique. L’objectif est d’empêcher que les tragédies du passé ne s’effacent ou ne se déforment, car la mémoire demeure un fondement indispensable à la paix.

En Afrique, et particulièrement en République Démocratique du Congo, les commémorations ont rappelé les multiples chantiers sur lesquels l’UNESCO intervient pour accompagner les transformations sociales.

Les discussions autour de la gouvernance, de la paix et des droits humains ont mis en lumière les défis auxquels les sociétés africaines sont confrontées, mais aussi la volonté des jeunes, des femmes et des communautés locales de participer activement à la construction d’un avenir plus juste et inclusif.

L’institution appuie ces dynamiques à travers des programmes qui touchent à l’éducation, à la culture, à la science et au dialogue social.

La mise en valeur des actions de terrain, notamment à travers des expositions et des rencontres, a montré l’importance d’un accompagnement continu dans des contextes parfois instables. Qu’il s’agisse de renforcer les capacités des autorités locales, de promouvoir la participation citoyenne ou de valoriser le patrimoine culturel, l’UNESCO se positionne comme un partenaire essentiel dans la consolidation de la paix et la promotion du développement durable.

Ces engagements réaffirment son rôle au sein de l’équipe pays des Nations Unies et la complémentarité de ses interventions avec celles d’autres agences.

En Haïti, où la crise multidimensionnelle met à rude épreuve les institutions et la cohésion sociale, le travail de l’UNESCO prend une signification particulière. L’organisation soutient les efforts de reconstruction du système éducatif, dans un contexte où les écoles et les enseignants sont confrontés à des défis sécuritaires et économiques majeurs. Elle accompagne également des projets visant à préserver le patrimoine culturel haïtien, menacé par l’insécurité et par la dégradation générale de l’environnement institutionnel.

La protection de la liberté de la presse et le soutien aux médias indépendants font également partie des priorités de l’UNESCO en Haïti. Dans un pays où la désinformation se mêle aux rumeurs et où les journalistes travaillent souvent dans des conditions difficiles, l’institution renforce les capacités des acteurs de l’information et encourage les initiatives visant à promouvoir une communication responsable et constructive. Comme dans le reste du monde, elle cherche à renforcer l’accès au savoir et à la culture comme leviers de résilience.

À travers ces différents engagements, l’UNESCO rappelle que la paix ne se limite pas à l’absence de conflits. Elle repose sur la connaissance, la mémoire, la justice et la participation citoyenne. À l’heure où les sociétés font face à des crises à la fois politiques, climatiques et culturelles, l’institution confirme que les valeurs ayant guidé sa création demeurent profondément actuelles. En renouvelant ses partenariats et en intensifiant ses interventions, elle continue d’accomplir la mission qui lui a été confiée il y a 80 ans : contribuer à un monde où la dignité humaine, le savoir et la solidarité constituent les fondements d’une paix durable.

Viv Ansanm, Pitié!

Pitié pour tous ceux qui meurent de faim,
pour ces mains tendues qui ne rencontrent
que le vent et la poussière.

Pitié pour les mères qui serrent
un silence plus lourd qu’un tombeau,
et pour les enfants qui dorment
qu’avec des rêves troués.

Pitié pour les vieux qui ont compté
leurs jours sur des cailloux,
et qui n’ont plus rien à donner
que le souffle fragile d’un dernier espoir.

Pitié pour ceux qui marchent
d’un pays à l’autre,
cherchant un pain, un regard,
une minute d’humanité.

Pitié pour ma terre elle-même,
épuisée de porter nos indifférences
comme des pierres dans sa gorge.

Et pitié pour nous,
si riches de tout
mais si pauvres de nous.

Jean Venel Casséus

Un calendrier électoral sous pression : entre violence armée et exigences internationales

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, Dimanche 16 novembre 2025 — Le Conseil électoral provisoire (CEP) a transmis à l’Exécutif le calendrier qui fixe le premier tour des élections présidentielles et législatives au 30 août 2026, des résultats préliminaires au 8 septembre, des résultats définitifs du premier tour au 3 octobre, un second tour le 6 décembre 2026 accompagné des élections locales, et la publication finale des résultats pour janvier 2027. Un calendrier que le (CEP) conseil électoral provisoire conditionne explicitement à l’amélioration des conditions sécuritaires.

La juxtaposition de ce calendrier et de l’alerte répétée autour de la sécurité cristallise l’essentiel du débat : le (CEP) conseil électoral provisoire affirme être techniquement prêt dans la plupart des départements mais pose comme préalable non négociable la restauration de la libre circulation, le retour des déplacés et l’absence d’hommes armés dans les quartiers concernés. Autant de conditions qui, dans l’état actuel du pays, relèvent moins d’un plan logistique que d’une recomposition du lien de souveraineté sur le territoire.

La journaliste Jacqueline
Charles, correspondant de Miami Herald pour la Caraïbe, pose une question centrale lorsqu’elle demande : « Haitian authorities are under pressure to give a calendar for elections. But what does this mean as far as the electoral law and the state of Bandi legal Haiti finds itself in? Will we have a repeat of 2016? » Cette formulation n’est pas rhétorique : elle place d’emblée le débat sur deux registres imbriqués ; la légalité électorale et la réalité du contrôle territorial et signe la crainte d’un scénario où des élections organisées sans prérequis de sécurité ne feraient que reproduire les dysfonctionnements de 2016.

L’intervention diplomatique, ici incarnée par la position publique attribuée à l’ambassadeur américain, Wooster « L’avenir d’Haïti appartient aux Haïtiens eux-mêmes… Nous attendons avec impatience un calendrier à la fois ambitieux et réaliste… » montre la tension entre soutien et conditionnalité : Washington salue l’initiative mais la relie immédiatement à la réalisation d’un cadre sûr. Autrement dit, l’appui international devient un facteur de pression pour accélérer le calendrier, tout en rendant sa concrétisation tributaire d’objectifs qu’il contribue lui-même à définir.

Le dossier révèle aussi une fracture interne visible entre le (CEP) conseil électoral provisoire et l’exécutif : là où l’institution électorale propose un horizon d’un an, l’Exécutif aurait préféré une fenêtre de six mois. Ce désaccord n’est pas une querelle de calendrier mais un signal politique : il traduit des visions divergentes sur le tempo de la transition, sur l’évaluation du risque et sur la capacité à mettre en place des conditions minimales. Le choix d’un calendrier long ou court fixe le niveau d’exigence opérationnelle et le degré de risque politique que chaque acteur est prêt à endosser.

Les appels d’acteurs domestiques par exemple l’affirmation d’André Michel, dit AVOKA PÈP LA, selon laquelle il faut « 1) un accord politique pour diriger le pays … 2) la mise en place d’un niveau de sécurité acceptable » soulignent que la tenue formelle d’un scrutin ne suffira pas : sans pacte politique crédible et sans rétablissement effectif du contrôle des axes et des infrastructures (routes nationales, aéroport), les élections risquent d’être l’ornement d’une transition sans substance. La menace n’est pas seulement que les votes soient perturbés, mais que le résultat lui-même perde toute légitimité.

La critique de Frantz Duval, patron du Nouvelliste et de Magik 9, qui compare la présente transition à des précédentes certaines utiles, d’autres « ratées » ramène le débat à l’histoire des transitions haïtiennes : la capacité d’un gouvernement intérimaire à produire des textes et à organiser des scrutins a varié, et il existe un risque réel que le projet électoral actuel satisfasse davantage des injonctions extérieures que les aspirations populaires, notamment si le projet de décret électoral n’aborde pas les lacunes constitutionnelles ni les dérives liées à l’insécurité.

Cette lecture appelle à juger non seulement la date mais la qualité du processus et la volonté de l’exécutif de donner un vrai sens étatique à l’opération.

La question posée par Jacqueline Charles « Will this time be any different? » appelle une réponse politique plus qu’un pronostic technique : rien dans les éléments transmis n’assure automatiquement que l’on évitera la répétition de 2016. Ce qui pourrait effectivement différencier ce cycle, c’est la mise en œuvre simultanée d’un accord politique large, d’un plan de sécurité opérationnel et d’une feuille de route crédible pour assister le retour des déplacés et la réouverture des axes stratégiques ; en l’absence de ces trois chantiers indissociables, l’élection, même tenue « dans les délais », risquerait d’être une victoire formelle dépourvue de légitimité réelle.

Enfin, l’addition des pressions internationales, médiatiques et internes fait du calendrier du (CEP), conseil électoral provisoire, un test : il met à l’épreuve la capacité des autorités à transformer des dates en conditions. Si le (CPT) conseil électoral provisoire et l’exécutif s’engagent à résoudre les préalables sécuritaires et à intégrer les demandes politiques légitimes, l’échéance du 30 août 2026 peut devenir un levier pour la reconstruction institutionnelle. Sans cela, elle restera un marqueur chronologique susceptible d’ouvrir une nouvelle phase d’illégitimité et d’instabilité.

Vertières : quand Napoléon reconnut sa plus grande défaite

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

Le 18 novembre 1803, sur les hauteurs de Vertières, la machine militaire napoléonienne subit l’une des plus éclatantes défaites de son histoire. L’expédition Leclerc, envoyée pour rétablir l’esclavage à Saint-Domingue et briser l’ordre politique instauré par Toussaint Louverture, s’effondra face à la détermination de l’armée indigène dirigée par Jean-Jacques Dessalines.

Après la déportation de Toussaint et la politique de répression menée par le général Leclerc ( fusillades, exécutions, terreur) , les anciens comme les nouveaux libres se rassemblent autour de Dessalines, Pétion et des chefs marrons. La recomposition des forces indigènes, confirmée à l’Arcahaie par l’adoption du bicolore bleu et rouge, donne naissance à une armée unifiée, prête à rompre définitivement avec la domination française.

À la mi-novembre 1803, plus de vingt mille soldats sont regroupés autour de Dessalines près du Cap. Leur objectif : s’emparer des positions stratégiques de Vertières, Bréda, Champin et Pierre-Michel. L’assaut du 18 novembre, lancé sous des pluies battantes et sous un feu nourri de l’artillerie française, voit émerger une figure légendaire : Capois-la-Mort. À cheval, puis à pied après que sa monture a été fauchée, il entraîne ses hommes d’un cri resté célèbre :  » En avant ! ».
Sa bravoure et sa détermination forcent même l’admiration de la garde d’honneur française.

Au fil des heures, les positions françaises tombent les unes après les autres. Rochambeau, acculé, finit par abandonner le fort, livré aux flammes. Le lendemain, son adjoint Duverrier signe la reddition du Cap. La défaite est totale.

Le 29 novembre 1803, l’indépendance est proclamée à Fort-Dauphin avant d’être confirmée le 1ᵉʳ janvier 1804 aux Gonaïves avec la naissance de la République d’Ayiti.

Des années plus tard, Napoléon lui-même reconnaîtra l’étendue de son erreur. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, le 10 janvier 1817, il écrira :
 » L’affaire de Saint-Domingue a été une grande sottise de ma part… la plus grande faute que j’aie commise en administration ».

Vertières reste ainsi, plus de deux siècles après, dans la mémoire universelle, un modèle de résistance et l’un des plus grands triomphes d’un peuple en lutte pour sa liberté.

Pierre Josué Agénor Cadet

Funérailles collectives à Petit-Goâve : 18 vies fauchées par Mélissa dont 10 enfants portées en terre

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Le samedi 15 novembre 2025, 18 des 27 victimes du cyclone Mélissa à Petit-Goâve, dont dix enfants, ont été inhumées sur la Place d’Armes. Une journée marquée par le recueillement, la douleur et un profond élan de solidarité face à l’ampleur de la tragédie.

Cris, larmes et colère se mêlaient sur les visages. La Place d’Armes de Petit-Goâve s’est transformée en un vaste espace de deuil. Dix enfants figuraient parmi les victimes emportées par les inondations provoquées par le débordement brutal de la rivière La Digue lors du passage du cyclone Mélissa, dans la nuit du 29 octobre 2025.

Proches et habitants de la commune ont afflué autour des cercueils alignés. La scène était chargée d’émotion : visages ravagés par la tristesse, sanglots étouffés, étreintes pour tenir debout. Certaines familles ont perdu plusieurs proches, dont Patricia ainsi connue et plusieurs personnes demeurent portées disparues.

Le cyclone Mélissa a frappé durement les quartiers de La Digue et de Borne-Soldat. À seulement Petit-Goâve, 27 personnes ont perdu la vie, tandis que le bilan national dépasse désormais quarante morts et une vingtaine de disparus, selon la Protection civile.

Les inondations ont laissé derrière elles un paysage de désolation : maisons effondrées, rues ensevelies sous la boue et familles encore sans abri des semaines après le drame. Pour de nombreux habitants, le manque d’entretien des berges de la rivière a aggravé l’ampleur de la catastrophe.

Malgré la douleur, la cérémonie a mis en lumière une forte solidarité. Jeunes bénévoles, organisations locales et simples citoyens se sont mobilisés pour accompagner les familles endeuillées. Au-delà du deuil, la communauté a rappelé l’urgence de mieux se préparer face aux événements climatiques de plus en plus meurtriers.

Selon plusieurs remarques recueillies sur place, aucune haute autorité de Port-au-Prince n’a été remarquée à la cérémonie, un constat qui a alimenté frustration et incompréhension.

Derrière les larmes, une question brûlante agite désormais les débats : qui porte la responsabilité de ces décès, alors que des travaux de prévention étaient réclamés depuis longtemps sur la rivière La Digue ? Les habitants s’interrogent : y aura-t-il des enquêtes, des poursuites, des comptes à rendre pour que les responsables répondent de leurs négligences ?

La rédaction