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Vertières : la déroute impériale qui changea l’histoire du monde

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Au moment même où Port-au-Prince tremble sous les drones kamikazes et où les familles cherchent refuge loin des balles, Haïti s’apprête malgré tout à célébrer Vertières

Pierre Josué Agénor Cadet

Au moment même où Port-au-Prince tremble sous les drones kamikazes et où les familles cherchent refuge loin des balles, Haïti s’apprête malgré tout à célébrer Vertières. En ce 18 novembre, fête nationale, une question brûle : nos héros ont-ils offert leur vie pour que leurs descendants fuient leur propre terre en 2025 ? Le professeur Pierre Josué Agénor Cadet, en ravivant l’épopée de Vertières, rappelle la force indestructible de ce peuple qui, jadis, brisa l’une des armées les plus redoutées du monde. À l’heure où l’insécurité tente d’étouffer l’espoir, revisiter Vertières, c’est raviver la braise de notre orgueil, se souvenir de ce que nous avons déjà vaincu — et de ce que nous pouvons encore relever. Bonne fête nationale à celles et ceux qui tiennent, qui résistent, qui espèrent.

La campagne militaire que Napoléon Bonaparte lança en 1802 pour rétablir l’esclavage à Saint-Domingue et dans l’ensemble des colonies françaises demeure l’un des épisodes les plus décisifs et les plus dramatiques de l’histoire atlantique. L’expédition Leclerc , vaste coalition européenne envoyée pour renverser l’ordre social et politique mis en place par Toussaint Louverture, se solda par une débâcle retentissante face à la détermination de l’armée indigène. La bataille de Vertières, le 18 novembre 1803, en fut l’apogée et consacra la première et plus grande défaite militaire de Napoléon.

Un projet napoléonien : restaurer l’esclavage et abattre le jacobinisme noir

Lorsque Bonaparte accède au pouvoir, un objectif l’obsède : rétablir l’ordre colonial d’avant 1789. Il veut effacer la Constitution de 1801 proclamée par Toussaint Louverture, écraser ce qu’il appelle  » la sans-culotterie noire » du pouvoir central, et remettre Saint-Domingue sous souveraineté directe de la France.

L’expédition confiée à son beau-frère Charles-Victor-Emmanuel Leclerc est chargée de neutraliser les chefs indigènes, de briser la résistance populaire et de rétablir l’esclavage sous une forme à peine masquée.

Après la déportation de Toussaint Louverture en juin 1802, ainsi que celles d’André Rigaud et de Jean-Louis Villatte, Leclerc ordonne un désarmement général de la population. Cette décision provoque une méfiance généralisée et rallume la braise de la résistance.

Les foyers de révolte se structurent autour de chefs marrons tels que Sans-Souci, Macaya et Sylla dans le Nord, et Larose, Cangé ou Lamout Dérance dans le Sud.
Face à cette insurrection croissante, Leclerc recourt à la terreur : fusillades, noyades, pendaisons, massacres. Les officiers indigènes eux-mêmes ne sont pas épargnés. Le supplice infligé au général Maurepas, exécuté sous les yeux de sa famille, marque durablement les esprits et alimente la déflagration patriotique.

La recomposition des forces indigènes et l’unification sous Dessalines

L’embrasement général contraint les anciens libres comme les nouveaux libres à se rallier massivement autour de Jean-Jacques Dessalines et d’Alexandre Pétion. Trois moments fondateurs marquent la recomposition de l’armée indigène :

  1. La réunion de Petite-Rivière de l’Artibonite : définition de la stratégie pour les provinces du Sud et de l’Ouest.
  2. Le congrès de l’Arcahaie : adoption et confirmation du drapeau bicolore bleu et rouge.
    1. La réunion du Camp-Gérard près des Cayes : appel de Dessalines à l’unité absolue et à l’effacement des divisions du passé pour affronter la domination française.

Les préparatifs de l’assaut final

Le 1er novembre 1803, Dessalines passe en revue aux Gonaïves plusieurs corps de troupes qui prennent aussitôt la route du Carrefour Limbé. Il les rejoint quelques jours plus tard avec trois escadrons de cavalerie. Les pluies retardent l’avancée mais, le 15 novembre, toute l’armée indigène, plus de vingt mille hommes, se rassemble à l’habitation Lenormand de Mézy.

Les principaux généraux, dont Christophe, Vernet, Gabart, Clerveaux et Capois, y reçoivent leurs instructions. La cavalerie est confiée à Charlotin Marcadieu ; l’artillerie, à Zénon et Lavelanet.
Les points stratégiques à prendre sont clairement identifiés : Vertières, Bréda, Champin et Pierre-Michel, ce dernier dominant l’ensemble du paysage.

Dans la nuit du 17 au 18 novembre, Dessalines fait installer, à 200 toises de Bréda, une batterie composée d’une pièce de 4, d’une pièce de 8 et d’un obusier. À l’aube, la riposte française venue de Pierre-Michel et de Bréda se heurte à la précision des tirs indigènes.
L’assaut du 18 novembre : Capois-la-Mort entre dans la légende
L’habitation Charrier, position clé, devient l’objectif prioritaire. Pour l’atteindre, l’avant-garde confiée à Capois doit affronter la mousqueterie de Vertières et l’artillerie française déployée sur les hauteurs. Rochambeau, alerté, quitte précipitamment le Cap avec sa garde d’honneur et déploie une pièce de 16 dans la savane Champin.

L’assaut est lancé. Les pertes indigènes sont lourdes. Vertières résiste. Puis survient l’une des scènes les plus célèbres de l’histoire militaire d’Haïti :
   » Le cheval de Capois est fauché par un boulet. Capois roule au sol ». 
Il se relève aussitôt, sabre au clair, et crie :
 » En avant ! En avant ! » 

Ses soldats le suivent dans un élan irrésistible.
De l’autre côté, la garde d’honneur française applaudit :
 »Bravo ! Bravo ! » 
Un hussard traverse les lignes et lance ce message :
 » Le capitaine-général Rochambeau envoie son admiration à l’officier général qui vient de se couvrir de tant de gloire ».

Mais la guerre reprend aussitôt, plus violente encore.
Charrier tombe. Les canons indigènes réduisent au silence la pièce de 16. Bréda et Pierre-Michel cessent presque complètement le feu. Vertières finit par céder. La 7ᵉ demi-brigade en prend possession.
La défaite française est consommée.

La reddition française : Duverrier signe l’acte du 19 novembre
Le lendemain, 19 novembre 1803, Duverrier (ou Duveyrier), l’adjudant de Rochambeau, signe l’acte de reddition du Cap.
Rochambeau offre un cheval somptueusement caparaçonné au général Capois-la-Mort en hommage à son courage. Le 29 novembre, les derniers contingents français abandonnent le Nord.

Le même jour, l’indépendance est proclamée à Fort-Dauphin, avant d’être solennellement confirmée le 1ᵉʳ janvier 1804 sur la place d’armes des Gonaïves, donnant naissance à la République d’Ayiti.

Napoléon : une erreur irréparable

Pour Napoléon Bonaparte, Saint-Domingue fut non seulement un échec militaire, mais une catastrophe stratégique qui scella le destin de l’empire colonial français. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, le 10 janvier 1817, il reconnaît sans détour :
   « L’affaire de Saint-Domingue à été une grande sottise de ma part… 
C’est la plus grande faute que j’aie commise en administration ».

Cette vérité s’impose d’elle-même. Le 14 août 1791 marque le point de départ d’un enchaînement d’événements décisif : le 22 août 1791, le 29 août 1793, puis le 18 mai 1803 conduisant directement au 18 novembre 1803 et,enfin au 1er janvier 1804. Une conquête de liberté inachevée dont l’écho s’est propagé bien au-delà d’Haiti, influençant profondément les luttes en Amérique latine.

La bataille de Vertières marque l’effondrement du projet impérial de Napoléon dans les Amériques Elle demeure, plus de deux siècles après, la preuve éclatante qu’un peuple déterminé à être libre peut triompher de la machine répressive la plus redoutable de son temps. Elle n’est donc pas seulement une page glorieuse de notre passé , mais encore un tournant universel, un rappel que la volonté d’un peuple peut transformer à jamais le cours de l’histoire.

Bibliographie

  1. Ardouin, Beaubrun, Études sur l’Histoire d’Haïti.
    1. Blanchet, Paul, Vocation à la résistance.
      1. Dalencourt, François, Biographie du Général François Capois.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti au XXIᵉ siècle : La refondation constitutionnelle comme devoir historique et acte de Renaissance nationale.-

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Réponse à Me Josué Pierre-Louis, auteur de “Ce que je sais de la Constitution haïtienne de 1987” et à l’article du journal Le National.

Article écrit par Hugette Hérard, publié le 15 novembre 2025.

Par Yvon Bonhomme
Stoïcien – Chercheur engagé – Expert en gouvernance publique, leadership politique et développement institutionnel – Président-Fondateur du Parti Patriyòt Rasanble pou Sove Lakay (PARASOL) – Ancien Directeur Général du MHAVE – Auteur du projet national Renaissance – Leave No One Behind.

I. Introduction — Le débat sur l’âme institutionnelle d’Haïti.-

Dans son dernier ouvrage, Ce que je sais de la Constitution haïtienne de 1987, Me Josué Pierre-Louis, juriste éminent et ancien Garde des Sceaux, affirme qu’Haïti ne souffre pas d’un problème constitutionnel, mais d’une crise d’identité politique.

II. Une époque nouvelle : le XXIᵉ siècle appelle Haïti à son rendez-vous constitutionnel.-

À l’heure où le monde se transforme à un rythme sans précédent — bouleversements géopolitiques, révolution numérique, mobilité mondiale, montée des économies émergentes, défis environnementaux, sécurité transfrontalière — une vérité s’impose : aucune nation ne traverse le XXIᵉ siècle avec un État conçu pour le XXᵉ.

Une Constitution n’est pas un simple texte ; c’est le socle vivant d’une nation. C’est la charpente juridique, philosophique et morale qui structure la gouvernance, garantit les droits, organise les pouvoirs et exprime l’identité politique d’un peuple.

Haïti, nation belle, riche, brillante, mère de la dignité noire dans l’histoire du monde, ne peut continuer à affronter les défis contemporains avec des institutions paralysées. Il faut une refondation. Pas une retouche. Une renaissance constitutionnelle.

III. Qu’est-ce qu’une Constitution ? Fondements juridiques, philosophiques et internationaux.-

1. La Constitution : norme suprême et pacte fondateur

Selon Hans Kelsen, la Constitution est la norme fondamentale, le sommet de la pyramide juridique.

Selon Sieyès, elle est l’expression du pouvoir constituant originaire, celui du peuple souverain.

Selon Madison, elle organise le pouvoir pour prévenir les abus et garantir la liberté.

Une Constitution moderne n’est pas qu’un ensemble d’articles ; c’est un projet national, un contrat moral entre les générations.

2. Dans la hiérarchie des normes

Elle détermine :

– l’architecture de l’État,
– l’équilibre des pouvoirs,
– l’organisation territoriale,
– la protection des libertés fondamentales.

Chaque loi, chaque décret, chaque décision publique doit y être conforme.

3. Révision ou refonte ?
Les constitutions se révisent quand elles sont perfectibles.

Elles se refondent quand elles ne fonctionnent plus.

La doctrine constitutionnelle (Troper, Burdeau, Schmitt) parle alors d’ épuisement constitutionnel :

lorsqu’un texte ne peut plus corriger les crises qu’il génère, il doit être remplacé.

4. Un enjeu international majeur

Dans le monde contemporain :

– stabilité institutionnelle = attractivité économique ;

– sécurité juridique = confiance des investisseurs ;

– prévisibilité constitutionnelle = respect international.

Une Constitution moderne est un badge de crédibilité dans la communauté internationale.

IV. Haïti : une nation magnifique freinée par un cadre institutionnel dépassé.-

Haïti possède une richesse humaine incomparable : un

– une jeunesse créative,
– une diaspora dynamique,
– une culture vibrante,
– une identité forte,
– une histoire unique.

Le pays peut devenir un carrefour caribéen, agricole, touristique, numérique et culturel.

Mais sans architecture institutionnelle stable, aucune transformation n’est possible.

Le XXIᵉ siècle est déjà en marche.

Le temps constitutionnel d’Haïti accuse deux générations de retard.

V. La Constitution de 1987 : un texte historique, mais épuisé :

1. Un texte né dans la méfiance

La Constitution de 1987 fut adoptée pour empêcher tout retour à l’autoritarisme. Elle a rempli ce rôle.

Mais elle a aussi produit son inverse : dilution de l’autorité de l’État, émiettement institutionnel sans cohérence.

2. Ses failles structurelles :

–Hyper-parlementarisme instable,

– Exécutif affaibli,

– Multiplication des institutions sans coordination,

– Absence de mécanismes modernes (numérique, diaspora, intégration économique, sécurité contemporaine),

– Système électoral permanent et paralysant,

– Manque d’outils pour gérer les crises institutionnelles.

3. Résultat : trente-six ans d’instabilité.

Depuis 1987 :

– gouvernements éphémères,

– crises électorales répétées,

– administrations sans continuité,

– perte de confiance citoyenne,

– paralysie du développement.

Ce n’est pas un problème d’hommes.
C’est un problème de système.

VI. Les données qui condamnent le modèle actuel.-

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 35 ans, Haïti a perdu plus de 200 milliards de dollars en potentiel de développement et en mauvaise gouvernance.

Selon le PNUD, la Banque mondiale et le Groupe d’experts du PARASOL :

– Plus de 36% de la population vit en pauvreté extrême ;

– Haïti est classé 168ᵉ sur 180 pays pour la corruption ;

– Seulement environ 35% des ménages ont accès à l’électricité ;

1 million de personnes âgées vivent sans pension ni couverture sociale ;

– Environ 200 000 enfants errent dans les rues ;

– Plus de 61% des paysans survivent sans protection économique ;

– L’économie informelle représente 80%, contre 20% pour le secteur formel ;

– L’État dispose d’un budget inférieur à 3 milliards USD, dont il peine à mobiliser 40% ;

– Sur 3 millions de jeunes aptes à l’enseignement supérieur, seulement 1,3% y accèdent ;

– Parmi ceux qui obtiennent un diplôme, plus de 80% rêvent de l’exil, faute d’opportunités ;

30% du PIB national provient de la diaspora, pourtant exclue d’une politique de recrutement et d’intégration ;

– Haïti se classe 137ᵉ sur 139 pays pour sa capacité d’adaptation à la révolution numérique mondiale ;

Le pays fonctionne toujours sous un décret de 1979 relatif au CONATEL, sans législation moderne pour la numérisation et la cybersécurité.

Ces chiffres ne condamnent pas le peuple haïtien, mais un modèle institutionnel épuisé, incapable d’organiser l’effort collectif et de canaliser le génie national vers le progrès.

VII. Réponse à Me Josué Pierre-Louis et à l’article de Hugette Hérard.-

Me Pierre-Louis affirme qu’Haïti ne souffre pas d’un problème constitutionnel, mais d’une crise d’identité politique.

Une thèse brillante dans la forme, mais incomplète dans le fond.

L’identité politique s’incarne dans un cadre constitutionnel vivant, qui donne à la nation sa direction, sa cohésion et sa continuité.

Refuser de refonder la Constitution au nom d’une identité à retrouver, c’est confondre le symptôme et la cause.

Haïti cherche la structure institutionnelle capable de révéler et protéger son identité, tout en intégrant pleinement sa diaspora.

VIII. Pourquoi une nouvelle Constitution est indispensable — maintenant

Mettre fin à l’instabilité institutionnelle : clarté, stabilité, responsabilité, cohérence des pouvoirs.

Moderniser l’État haïtien : gouvernance numérique, États territorialisés forts, justice modernisée, statut clair pour la diaspora, institutions économiques solides.

Protéger la souveraineté nationale : un État faible n’est pas souverain ; une Constitution moderne est un bouclier politique et diplomatique.

Éviter les risques du statu quo : fragmentation, paralysie, fuite des talents, impossibilité de bâtir la paix durable.

IX. La proposition de PARASOL : doctrine et République Renaissante

  1. La Droite Dessalinienne

Doctrine haïtienne : souveraineté réelle, discipline républicaine, justice sociale, protection des vulnérables, autorité de l’État, dignité nationale, économie productive, responsabilité citoyenne.

2. Le programme Renaissance – Leave No One Behind:

– Vision de 1500 pages,

– Deuxième République ou République Renaissante,

– Inspiré par Jean-Jacques Dessalines : force, justice, unité, dignité, inclusion, puissance

  1. Une vision structurée et moderne :

– Transformation économique,

– Réforme constitutionnelle,

– Réorganisation territoriale,

– Renaissance culturelle,

– Inclusion de la diaspora,

– Innovation technologique,

– Gouvernance sécuritaire.

X. La nouvelle Constitution : pierre angulaire de la République

Elle doit :

– assurer la stabilité,

– consolider les pouvoirs,

– moderniser la gouvernance,

– créer un État efficace,

– protéger les droits,

– intégrer la diaspora,

– préparer Haïti pour les 100 prochaines années.

XI. Conclusion : Haïti mérite une architecture à la hauteur de sa beauté.-

Haïti est belle, grande, digne.

Elle ne peut entrer dans le XXIᵉ siècle avec une Constitution conçue pour éviter le passé plutôt que construire l’avenir.

Refonder la Constitution n’est pas trahir 1987, c’est accomplir l’histoire, prolonger Dessalines et offrir à nos enfants un État qui fonctionne enfin.

PARASOL, par la Droite Dessalinienne et la vision Renaissance – Leave No One Behind, se présente comme l’architecte du renouveau national.

Le moment est venu.

Le peuple doit reprendre la parole constituante.

Haïti doit écrire sa Deuxième République, la République Renaissante

Yvon Bonhomme
Stoïcien – Chercheur engagé – Expert en gouvernance publique, leadership politique et développement institutionnel – Président-Fondateur du Parti Patriyòt Rasanble pou Sove Lakay (PARASOL) – Ancien Directeur Général du MHAVE – Auteur du projet national Renaissance – Leave No One Behind.

parasolhaitipol@gmail.com

Vertières 2025 : Jocelerme Privert appelle à l’urgence de rétablir la légitimité constitutionnelle.

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Dans une note publiée ce 17 novembre, l’ancien président Jocelerme Privert dresse un constat alarmant de la situation du pays et appelle à restaurer paix, sécurité et stabilité.

À l’occasion du 222e anniversaire de la bataille de Vertières, soit 18 novembre, Jocelerme Privert a rappelé que cette date est « au cœur de notre identité nationale » et demeure « une source d’inspiration dans notre quête de paix, de stabilité, de justice et de progrès ».

Revenant sur sa transition en 2016, il affirme avoir servi la République dans un contexte « marqué par le risque du chaos ». Malgré « l’hostilité et l’incompréhension » de certains acteurs politiques, il a mené sa mission « avec détermination ».

Neuf ans plus tard, l’ex président constate, avec amertume, « la persistance des mêmes défaillances » et un pays frappé par « l’insécurité généralisée », « la pauvreté dégradante » et « l’incertitude du lendemain ». Il observe une capitale « sous la menace des gangs » et un aéroport international abandonné « depuis plus d’une année ».

Il désigne comme fléaux « la corruption, la contrebande, les trafics d’armes, de stupéfiants et d’organes humains », appelant à une lutte « rigoureuse et impartiale » contre l’impunité.

L’ancien président souligne l’urgence de rétablir la légitimité constitutionnelle : Haïti « aura vécu six ans sans Parlement fonctionnel » en janvier 2026. Il estime indispensables des élections « crédibles, transparentes et honnêtes » pour doter le pays de dirigeants « intègres et expérimentés ».

Enfin, il invite la population à renouer avec l’esprit de Vertières : « L’Histoire nous appelle à redevenir ce peuple debout et indomptable. Que chacun d’entre nous choisisse la République. »

Ce message survient à un moment où un calendrier et un décret électoral sont en circulation. Toutefois, les doutes émergent quant aux véritables objectifs prévus qui peuvent être difficiles à atteindre en raison de la dégradation de la situation sécuritaire.

La rédaction

L’Accord Karibe dénonce l’incapacité du pouvoir à assurer ses responsabilités régaliennes

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Une structure politique attaque le dysfonctionnement des établissements scolaires ce lundi 17 novembre 2025. Cette paralysie est considérée comme preuve de l’incapacité sécuritaire de l’État et de l’impossibilité d’organiser des élections en Haïti, de l’avis de ce groupe.

L’Accord KARIBE dit constater, avec une profonde désolation et une vive indignation, la fermeture des établissements scolaires dans les quatre départements du pays ce lundi 17 novembre2025.

Cette paralysie générale, provoquée par un ultimatum circulant sur les réseaux sociaux et par la peur omniprésente imposée par les groupes armés, constitue selon les signataires de l’Accord Karibe, une preuve irréfutable que l’État haïtien n’a plus la capacité d’assurer la sécurité des enfants, des enseignants et des familles.

« Lorsque les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école;
les directeurs des établissements ne peuvent pas ouvrir leurs portes; lorsque l’État, le CPT, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé et la Police nationale d’Haïti sont incapables d’assurer le fonctionnement normal des écoles, il est illusoire de prétendre organiser des élections dans un pays où même les salles de classe ne peuvent être sécurisées.

Écoles fermées, urnes impossibles

Un État qui est incapable de garantir la sécurité des écoles de la République ne peut, en aucun cas, garantir la sécurité des bureaux de vote. Un gouvernement qui laisse les gangs dicter la loi ne peut exiger du peuple d’aller voter au risque de sa vie. Un Conseil Présidentiel de Transition « discrédité » et un CEP « contesté » ne peuvent prétendre lancer aucune machine électorale crédible.

L’Accord KARIBE dénonce avec la plus grande fermeté, l’échec total du CPT, l’irresponsabilité du gouvernement, son incapacité à affronter les gangs, ses manœuvres politiques visant à se maintenir au pouvoir au-delà du 7 février 2026.

Cette gestion jugée chaotique et complice a livré le pays aux groupes armés qui terrorisent les écoles, les quartiers et les institutions. « Aucune élection ne peut être organisée dans ces conditions », affirme Abel Loreston et son équipe.

L’Accord KARIBE rappelle que toute tentative d’imposer des élections dans un contexte de terreur et d’effondrement institutionnel n’aura aucune légitimité démocratique. Pour le moment, la priorité nationale est la sécurité, la stabilisation et la reconstruction institutionnelle. Abel Loreston se dit contre toute manipulation électorale au profit d’un régime illégitime.

Face à cet état de faillite totale, l’Accord KARIBE appelle le peuple haïtien, les organisations sociales, les secteurs professionnels et la diaspora à se mobiliser, à rejeter « toute mascarade électorale, à exiger le départ immédiat du CPT et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ».

Déjà il veut se préparer à poser les bases d’une véritable transition nationale, loin de la corruption, de l’impuissance et du contrôle des gangs.

Kalixy Pierre

Honneur à Boulo Valcourt !

Ce 17 novembre rappelle les huit ans de la mort de Boulo Valcourt, un mapou oublié dans le bouillonnement de notre société et de cette crise interminable qui nous engloutit….

Ce texte est un hommage de LionelEdouardPhotographiesociale à ce monument de la musique haïtienne.

bonne lecture !

Honneur à Boulo Valcourt !

Il valait le coup d’entendre la voix de Boulo Valcourt rebondir sur les notes de sa guitare, compagne fidèle de ses heures de grande gloire. Un délice qui ne porte aucune ride foncée par le temps. Si aujourd’hui « Kè nou fè nou mal », devant son départ qui obscurcit un peu plus l’horizon artistique et surtout musical du pays, dans ce contexte marqué par le bricolage de son — pour ne pas dire musique quelconque — et la facilité élevée au rang d’art, c’est surtout parce que nous cherchons vainement au milieu des tumultes et de l’ambiance cacophonique de cette terre de rythme, de danse et de couleur, une hypothétique relève qui nous ferait revivre les épopées musicales de jadis, au sein de laquelle Boulo aura été un acteur prépondérant. Nostalgique, oui nous le sommes !

« Lapèsonn » dirait sans doute bon vent à Boulo, à défaut de faire « ti van pou li », tant il aura contribué dans son style particulier, à faire grandir son art. Jeune, à la fin des années 80 et début 90, je m’ennuyais devant la télé, alors que les parents se focalisaient sur les moments rétro, dans l’obscurité festive d’un samedi soir sur la chaîne de service public. Il fallait donc que je grandisse pour comprendre cette musique qui berce, qui suggère des moments d’évasion intense et rare. Cet héritage vivant qui a traversé le temps, rend donc éternelle cette voix qui résonne et qui cartonne même au cœur d’un silence qui exprime l’infini à travers le langage d’une âme qui continue de rechercher sa lumière et de goûter à la liberté absolue qu’offre la musique.

Boulo Valcourt aura, en bon « Kֳòk gagè », fait preuve de courage pour s’offrir jusqu’au bout à la délectation des mélomanes, malgré les assauts continuent de ce mal-être qui l’a conduit sur les bords du Styx. Alors Boulo, « Ou ale » et nous te pleurons, mais ces larmes qui dévalent nos joues s’assècheront, car « Nap mete gason sou nou » en nous remémorant de ces moments de félicité que tu as offerts avec les Caribbean sextet. Nous gardons chacun en nous, une partie de toi, « Nou kenbe w la ». Dommage ! On ne pourra pas t’accompagner durant ta traversée. « Vin Avèm », restera donc un vœu inaccompli, mais ne sera jamais une fausse note dans ce récital qui t’a élevé au rang d’icône et d’esthète musical accompli.

Boulot Valcourt a construit l’histoire, et s’est largement sorti du lot. Il a fait de sa voix une marque, un passe-droit inconditionné dans l’univers musical haïtien. La richesse sonore offerte aux générations futures s’apparente au don du feu fait aux hommes par les dieux de l’Olympe. Sa profondeur offre à l’esprit humain un terrain de recherche inégalé, la possibilité de créer de nouveaux sons et d’exprimer les mouvements de notre société dans un langage universellement accepté. La musique de Boulo a eu cette vertu unificatrice qui fait défaut à nombre de secteurs de la vie nationale. Il a su ravir les élites tout comme les amants des musiques populaires. « Ou ale » est une illustration de ces moments de communion qui ont estompé les velléités des mélomanes « élitaires » de chasser les « populaires » et vis et versa…

Mais Boulot ne s’en ira jamais, car sa voix résonne à l’intérieur de chacun de nous et même les « lapèsonn » seraient mal inspirés de dire un dernier « babay » en guise d’adieu à celui qui aura été un trait d’union entre les générations au cœur même d’une musique diversifiée qui reflète dans une fidélité presque absolue le panorama social d’une Haïti plus que jamais bouleversée.

Honneur à Boulo Valcourt !

LEPS le MAGnifik

New Look à Symphony Hall : Quand le konpa touche les étoiles

A mon pays qui vit une terrible saison d’anomie!

Hier soir, dans la majestueuse enceinte du Boston Symphony Hall, cette cathédrale acoustique inaugurée en 1900 et façonnée par les plus grands orchestres du monde, un souffle nouveau a traversé les allées de velours, portant jusqu’au cœur de la salle une brise chaude venue des nuits haïtiennes, là où le konpa, soudain, a trouvé un nouvel écho, un autre palier, un tournant décisif dans son odyssée sonore.

La scène, d’ordinaire réservée aux symphonies et aux concertos, s’est ouverte telle une offrande à Arly Larivière et à son orchestre. Et soudain, les archets, les cuivres, les percussions, ceux du Hall, ceux des rêves, ceux du cœur, ont semblé se lever pour laisser passer une musique qui n’avait jamais résonné ici avec une telle intensité : le konpa direct, ce fils d’Haïti, né des pulsations du tambour et des murmures d’un peuple qui danse même sous la pluie.

Je n’étais pas dans la salle, non. J’étais « loin mais si proche », suspendu au fil de la technologie, témoin d’un enchantement qui a rompu les distances. Tout au long de ma vie, j’ai caressé le rêve d’assister à un concert de Tropicana d’Haïti, de Septentrional, de célébrer de mes propres pas ces orchestres qui ont façonné nos imaginaires. Jusqu’à hier, je restais sous ma soif, comme un assoiffé qui tourne autour de la fontaine sans jamais pouvoir y tremper les lèvres.

Mais hier soir, quelque chose s’est ouvert. Hier soir, New Look a renversé la frontière entre absence et présence. Hier soir, j’ai vécu, depuis mon écran, l’une des plus grandes célébrations du konpa moderne, comme si j’avais été assis au premier balcon, le cœur accordé au rythme du maestro.

New Look on fire. C’est l’expression juste, brève, incandescente. Le groupe brûlait, mais d’un feu maîtrisé, sculpté, tenu dans la main comme un diamant rouge. Chaque musicien semblait animé d’une ferveur intérieure, jouant non seulement avec précision, mais avec cette flamme rare que l’on ne peut enseigner. Les notes ne s’enchaînaient pas : elles se libéraient, s’élançaient, prenaient possession des murs centenaires du Symphony Hall.

Et puis, il y avait Arly Larivière.
Arly le capitaine, Arly le sculpteur de mélodie, Arly la rivière qui coule avec douceur mais qui, par moments, déborde d’une puissance qui arrache des cris au public. Avec une maestria assumée, il a dirigé la soirée comme un chef dirige une armée lumineuse. La salle entière, ces centaines et milliers de voix, s’est levée, a chanté avec lui, a répondu à chaque note comme on répond à un appel d’âme.

On avait l’impression que, pour la première fois, le konpa entrait dans un temple où on ne l’attendait pas. Et pourtant, il y brillait comme s’il en avait toujours été l’hôte. C’était le choc des mondes, mais sans heurts : plutôt une fusion poétique, comme si le Symphony Hall avait secrètement espéré, depuis un siècle, entendre ce rythme chaloupé qui porte la mémoire d’un peuple et la promesse de son avenir.

Oui, hier soir, le konpa a pris un autre tournant. Il s’est affiné sans se renier, il s’est élevé sans perdre sa terre, il a montré qu’il pouvait habiter les plus grandes salles du monde sans rien céder de son identité. C’était un moment d’histoire, un moment de fierté, un moment de revendication culturelle aussi. Car porter le konpa dans un espace comme celui-là, c’est dire au monde : nous avons notre place, notre son, notre génie.

Alors, merci Arly. Merci New Look.
Merci pour cette offrande, pour cette montée en gamme qui honore la musique haïtienne dans toute sa splendeur. Et surtout, bon 70e anniversaire au konpa direct. Que la rivière continue de couler, de charmer, d’ouvrir des portes que l’on croyait scellées. Hier soir, à Boston, une nouvelle page a été écrite : elle est dorée, vibrante, indélébile.

Et pourtant, au-delà de la joie, une pensée n’a cessé de me traverser : celle de la saison des Templiers haïtiens. Ces femmes et ces hommes de vision, capables si nous croyons en eux, si nous bâtissons avec eux , d’ériger chez nous des cathédrales de son, des salles dignes d’accueillir la beauté qui jaillit de nos artistes, de nos orchestres, de nos rêves.

Car enfin, il ne peut y avoir de développement culturel sans infrastructures culturelles (Malraux 1960) (1). Comment rêver de rayonnement si nous ne construisons pas les lieux où ce rêve pourra prendre forme ? Hier soir, j’ai compris que le génie est là. Il ne manque plus que les temples modernes capables de le porter.

Hier soir, au Boston Symphony Hall, New Look a touché les étoiles. Il reste maintenant à Haïti de bâtir les cieux où nos artistes pourront, un jour, jouer chez eux avec la même grandeur.

(1) André Malraux, Ministre de la Culture du General de Gaule 1959/1969)

Yves Lafortune, Packland, le 17 Novembre 2025

Haïti à un Pas du Rêve : les Grenadiers la Coupe du Monde du Bout des Doigts

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On n’a jamais été aussi près depuis 52 ans.Demain, 18 novembre, Haïti jouera l’un des matchs les plus importants de son histoire récente. Une date déjà lourde de symboles dans la mémoire nationale, et qui pourrait devenir le point de départ d’un nouveau chapitre pour le football haïtien. Depuis 1974, le pays n’a plus remis les pieds en Coupe du monde. Pourtant, cette fois, la qualification n’a jamais paru aussi accessible.

Malheureusement, ce moment qui aurait pu devenir une fête nationale se jouera loin du pays, à cause de l’insécurité. On peut facilement imaginer l’ambiance explosive du Stade Sylvio Cator, les chants, les drapeaux, la marée rouge et bleue poussant les Grenadiers vers un nouvel exploit. Mais la réalité impose un match à l’extérieur : une douleur dans le cœur des supporters, mais pas une barrière pour les joueurs.

Haïti se trouve dans le groupe C, l’un des plus serrés de cette phase éliminatoire.
Voici le classement avant la dernière journée :

  1. Honduras – 8 points / +3
  2. Haïti – 8 points / +1
  3. Costa Rica – 6 points
  4. Nicaragua – éliminé

Les trois premières équipes peuvent encore décrocher un ticket pour la Coupe du monde. Haïti affronte le Nicaragua, l’adversaire le plus accessible, une équipe déjà éliminée et qui n’a plus rien à jouer à part l’honneur. Sur le papier, c’est l’occasion idéale pour les Grenadiers. Mais la qualification ne dépend pas seulement d’Haïti.

Pendant qu’Haïti se battra pour la victoire, un autre duel décidera du destin du groupe : Costa Rica vs Honduras. Si ce dernier gagne, Haïti devra absolument gagner et espérer une différence de buts suffisante. S’il fait match nul, une victoire d’Haïti pourrait la propulser à la première place. Si Costa Rica gagne, tout se jouera à la différence de buts entre Costa Rica et Haïti.Autrement dit : Haïti a de réelles chances, mais rien n’est garanti. Tout se joue demain, minute après minute, but après but.

L’équipe montre une belle progression depuis le début de la campagne. Les Grenadiers ont prouvé qu’ils savent répondre présents dans les grands rendez-vous. Le Nicaragua n’a plus d’objectif sportif, ce qui avantage Haïti mentalement. Le groupe, équilibré et solidaire, semble déterminé à écrire l’histoire. Ce qui est certain : Haïti joue son match le plus important depuis des décennies.

Dans un groupe aussi serré, Haïti a peut-être l’une de ses meilleures chances d’aller au Mondial depuis 52 ans. Le scénario existe, les chiffres l’autorisent, les joueurs y croient, et le pays retient son souffle.

Ce 18 novembre pourrait devenir un jour sacré pour les Grenadiers.
Tout est encore possible.
L’histoire est à une victoire… et à un résultat favorable à San José.

Demain, ce n’est pas seulement un match :
c’est une nation qui espère, un peuple qui croit, et un rêve de 52 ans qui frappe à la porte.

Grenadier à l’assaut !

Mardoché D’Août

Sécurité: Le Commandant en Chef, pour plus de proximité avec les unités spécialisées

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Par Gesly Sinvilier

Dans un contexte sécuritaire encore fragile, marqué par la persistance des violences armées et l’expansion de groupes criminels, le Commandant en Chef de la Police Nationale d’Haïti (PNH),
André Jonas Vladimir Paraison, a effectué plusieurs visites stratégiques auprès des unités spécialisées. Les 15 et 16 novembre 2025, il s’est rendu successivement à la base du Corps des Brigades d’Intervention Motorisée (CBIM), du CIMO, puis de l’Unité Tactique Anti-Gang (UTAG).

Ces déplacements témoignent d’une volonté affirmée du Haut Commandement de renforcer le moral des troupes, d’évaluer leurs conditions de travail et de valoriser les missions essentielles qu’elles mènent dans le cadre de la lutte contre l’insécurité.

Le CBIM, une unité adaptée au combat urbain

Le samedi 15 novembre 2025, le Commandant en Chef de la PNH, accompagné de l’Inspecteur Général Jacques Joël Orival, Directeur Central de la Police Administrative (DCPA), a entamé sa tournée par une visite à la base du CBIM.

Initialement conçu comme une brigade motorisée spécialement entraînée pour intervenir dans des zones escarpées ou difficiles d’accès, le CBIM s’est transformé au fil des années en une force incontournable du combat urbain. L’unité est particulièrement active dans des zones à haute densité, comme Tabarre, où elle tient tête aux groupes terroristes lors d’opérations d’envergure.

Accueilli chaleureusement par les responsables de l’unité, M. Paraison s’est entretenu avec les agents sur leurs défis quotidiens, leurs missions et les conditions dans lesquelles ils opèrent. Il a salué leur professionnalisme, leur discipline et leur rôle stratégique dans la sécurisation des axes routiers et des zones à risque.

« Votre engagement et votre rigueur constituent un pilier essentiel du dispositif sécuritaire de la PNH. Vous faites honneur à l’institution. », a-t-il souligné.

Le CIMO, au cœur du maintien de l’ordre

Dans la continuité de cette première étape, la délégation du Haut Commandement s’est rendue à la base du CIMO, unité d’élite spécialisée dans le maintien de l’ordre public, particulièrement lors des manifestations, des rassemblements de masse ou des opérations à haut risque.

Le Commandant en Chef a pu échanger directement avec les agents sur leurs conditions de travail, leurs contraintes opérationnelles et leur rôle dans un contexte national très tendu.
Il a salué leur engagement quotidien, soulignant que leur capacité à gérer les situations les plus délicates contribue de manière cruciale à la stabilité du pays.

« Je suis venu vous témoigner toute ma considération. Vous êtes au cœur de l’action, et votre travail mérite respect et reconnaissance. », a affirmé M. Paraison.

Cette visite s’inscrit dans une démarche de reconnaissance institutionnelle et de soutien moral à une unité qui, depuis plusieurs années, fait face à une pression opérationnelle intense.

À l’UTAG, un message fort à la population et aux groupes armés

Le dimanche 16 novembre 2025, le Commandant en Chef a conclu sa tournée en se rendant à la base de l’Unité Tactique Anti-Gang (UTAG), située sur la Route de Frères à Pétion-Ville. L’UTAG, en première ligne dans la lutte contre les gangs, constitue l’une des unités les plus exposées de la PNH. Le Commandant en Chef a profité de cette visite pour encourager les agents, saluer leur courage et prendre connaissance des réalités opérationnelles auxquelles ils font face au quotidien.

S’adressant aux policiers mais aussi à la nation, il a lancé un message clair : « La PNH est mobilisée jour et nuit sur tout le territoire pour garantir la sécurité de tous. Quel que soit l’individu qui tenterait de troubler l’ordre public, il aura la Police en face. »

Ce message, ferme et sans ambiguïté, vise à rassurer la population tout en rappelant aux groupes armés que la PNH reste déterminée à reprendre le contrôle du territoire et à rétablir l’ordre public.

Une stratégie de proximité pour renforcer la cohésion interne

Ces trois visites successives illustrent une volonté ferme du Haut Commandement de maintenir une cohésion interne solide, d’écouter les besoins des unités en première ligne et de valoriser leurs efforts dans un contexte particulièrement éprouvant.

Elles témoignent également d’une stratégie de proximité visant à réaffirmer l’engagement institutionnel, à renforcer le moral des troupes et à rappeler à la population que la PNH demeure active et déterminée malgré les défis considérables.

À travers cette tournée, le Commandant Paraison réaffirme une vision axée sur la discipline, la bravoure et la résilience, indispensables pour restaurer un climat de sécurité et de confiance à l’échelle nationale.

Mobilisation générale à la PNH : la police veut donner une réponse face aux menaces des bandes armées

Par Jean Wesley Pierre

La Police nationale d’Haïti (PNH) a déclenché, le 16 novembre 2025, une mesure exceptionnelle : LA MOBILISATION GÉNÉRALE DE TOUT SON PERSONNEL. Dans une note interne circulant au sein de l’institution, la Direction générale de la Police Nationale haïtienne annonce la suspension immédiate de tous les congés et permissions, “jusqu’à nouvel ordre”. Une décision rare, qui souligne la gravité du contexte sécuritaire dans la capitale et dans plusieurs départements.

Un signal fort d’un État sous pression

Cette mobilisation totale signifie que tous les policiers des unités spécialisées aux commissariats de base doivent rester disponibles pour des opérations continues. Selon une source administrative, la PNH estime faire face à une conjonction de menaces élevées, notamment des représailles annoncées par de puissants groupes armés, à la suite des opérations récentes menées dans la région de la Croix-des-Bouquets.

Barbecue promet d’occuper les rues

Quelques heures avant la note interne, Jimmy Chérizier, alias Barbecue, ancien policier devenu chef de gang criminel, a diffusé un message menaçant dans lequel il promet que sa coalition armée reprendra les rues de Port-au-Prince. Il présente cette initiative comme une “riposte” aux opérations policières ciblant les terroristes de sa coalition et affirme aussi vouloir “punir” les autorités pour ce qu’il décrit comme des “provocations”.

Des représailles annoncées après l’opération contre 400 Mawozo

La déclaration Barbecue intervient quelques jours après une offensive de la PNH dans le fief du gang 400 Mawozo, dirigé par Lanmò 100 Jou, figure parmi les plus redoutées du paysage criminel haïtien. L’opération, selon plusieurs témoins, a provoqué des affrontements intenses et des déplacements de population dans la zone de Ganthier et de Croix-des-Bouquets.

La PNH cherche à éviter une flambée de violence simultanée

La mobilisation générale décidée par la Direction générale de la police nationale haïtienne traduit une volonté d’éviter une perte de contrôle simultanée sur plusieurs fronts. En effet, la multiplication des attaques coordonnées ou des opérations de représailles pourrait rapidement débord­er les capacités habituelles de la police.

Les unités spécialisées SWAT, UTAG, BIM et BOID devraient être déployées massivement dans les zones stratégiques, tandis que les commissariats seront renforcés pour éviter les assauts souvent utilisés comme démonstration de force par les groupes armés.

Un test critique pour la PNH

Cette mobilisation est aussi un test institutionnel : elle mettra en lumière la capacité réelle de la (PNH) Police Nationale Haïtienne à répondre à une menace multi-fronts, tout en assurant la protection civile dans un contexte de ressources limitées, de fatigue opérationnelle chronique et de manque d’équipements spécialisés.
Les policiers, déjà éprouvés par des mois d’affrontements continus, pourraient être soumis à une pression encore plus forte.

Dans l’immédiat, Haïti retient son souffle, consciente que les prochains jours seront déterminants pour la sécurité nationale et pour l’avenir de Port-au-Prince.

𝐉𝐨𝐮𝐫𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞𝐥𝐬 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞

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Par Jean Venel Casséus

En Haïti, l’univers du compas possède cette étrange vertu de produire, presque spontanément, une espèce hybride qu’on appelle « journaliste culturel », mais qui, dans les faits, n’a pour seule compétence que de tenir un micro. Heureusement, par souci d’honnêteté sémantique, on les appelle souvent « animateurs ». Le mot sauve la dignité de la langue et de l’espace médiatique : il décrit quelqu’un qui parle fort, qui comble le vide, qui meuble le temps, mais qui ne fournit ni analyse, ni profondeur, ni rigueur. L’animateur, dans le contexte haïtien, à quelques exceptions près, anime : il ne pense pas. Il occupe l’espace ; il n’éclaire rien. La pauvreté conceptuelle est un style, son style, et l’absence de culture se maquille sous une omniprésence bruyante d’anecdotes et de commérages : Ritchi se yon bèl maestro, byen kanpe ; Entèl se pi bèl fanm nan HMI a ; entèl se yon basis bon flannè…

Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler ce qu’est, et surtout ce que devrait être, le journalisme culturel. Ce n’est ni le bavardage autour de l’actualité musicale, ni la distribution d’opinions épidermiques, ni la complicité promotionnelle avec des artistes en quête d’audience. Le journalisme culturel n’est pas un relais de marketing. Le journalisme culturel est un travail d’interprétation. C’est l’art difficile de replacer une œuvre dans l’histoire de l’art : de ses formes, de ses influences, de ses ruptures… C’est lire une chanson comme un texte, écouter un album comme un geste esthétique, comprendre une performance comme une proposition d’imaginaire. Le journaliste culturel est un médiateur : il établit un pont entre l’œuvre et la société, entre la création et l’intelligence collective. Le journaliste culturel n’est pas un analyste de données de popularité. Au contraire, souvent, il doit savoir garder une distance critique face aux effets de mode.

Triste est de constater que l’espace culturel haïtien, saturé par le compas-business, produit une confusion volontaire : il confond culture avec visibilité, analyse avec présence, connaissance avec familiarité. Être tous les soirs dans un studio radio, tutoyer des musiciens, connaître leurs surnoms, leurs frictions internes, leurs déplacements d’agenda ne constitue pas un savoir. Cela relève de la circulation de potins, pas d’une pensée sur la culture. Ce que beaucoup appellent « journalisme culturel » est en réalité une extension de la promotion musicale, un prolongement du bruit de scène. Souvent, on se félicite d’avoir posé une question impertinente, pourtant strictement liée au domaine privé, alors que la vraie impertinence du journaliste culturel consiste à questionner le sens des œuvres, pas les humeurs des artistes.

Le vrai journaliste culturel est un lecteur, un historien spontané, un archéologue de formes. Il connaît Léon Dimanche et Kassav, mais aussi Depestre, Fignolé, Latour, Fanon, aussi bien que Tiga, Mangonès, Séjourné, André Pierre, Van Gogh… Il voit comment une musique traduit un monde, une époque, une tension sociale ; comment elle s’inscrit dans une école, un mouvement ou une dynamique artistique. Il sait que la culture n’est pas un divertissement : c’est un langage. Et ce langage a ses codes, ses structures, ses fractures. Le journaliste culturel est celui qui, face à un morceau, pose la bonne question : qu’est-ce que cette œuvre dit de nous que nous ne savions pas encore ?

Dans le compas, la plupart ne posent jamais cette question. Ils parlent de tout, sauf de sens. Ils commentent la forme sans interroger la profondeur. Ils occupent l’espace culturel sans culture, comme des gardiens sans clés. D’où cette impression persistante que le compas tourne en rond : la critique n’existe pas, l’analyse est absente, la mémoire est ignorée. Au fond, ce ne sont pas des journalistes : ce sont des amplificateurs du non-sens. Ils répètent ce que l’industrie produit. Ils accompagnent la surface sans jamais toucher la substance.

Et pourtant, c’est précisément la substance qui fonde la culture. Sans elle, il ne reste qu’un bruit, un flux, une conversation infiniment pauvre entre des artistes en quête de capital symbolique et des animateurs en quête de pertinence. Dans ce vide, la culture ne circule pas ; elle se dissout.

Résultat : une production artistique haïtienne riche se retrouve prisonnière d’un commentaire pauvre. Le public consomme sans disposer d’outils pour comprendre. Les artistes créent sans bénéficier d’un regard capable d’analyser leur apport. La société traverse des mutations esthétiques profondes mais n’en tire aucune intelligence collective.

Le problème n’est pas que lexical. Il est structurel. Haïti a besoin de créateurs (d’artistes), mais aussi de lecteurs de créateurs.