dimanche, mars 15, 2026
3.5 C
Londres
Accueil Blog Page 63

L’État face aux gangs : discours fermes, demande de clarté autour de Croix-des-Bouquets

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 18 novembre 2025 —Dans un climat de menaces, de violations de la loi et de démonstrations publiques de violence de la part des gangs, plusieurs responsables rappellent que les bandits ne peuvent en aucun cas être plus forts que l’État. Les autorités appellent la population à ne pas céder à la pression ni à l’intimidation, estimant que les opérations en cours démontrent une reprise d’initiative des forces de l’ordre.

Crise sécuritaire et critiques sur le manque de volonté politique

Pour l’ancien ministre de la Justice, Lucmane Delile, le problème est la suivante : les dirigeants ont une forte connexion avec les gangs armés. Il a aussi déclaré, ce lundi 17 novembre 2025, sur les ondes de la radio télévision Caraïbes lors du journal créole PREMYE OKAZYON, n’avoir aucun lien avec les gangs et ne pas les défendre.

Il insiste pour dire que ces groupes ne disposent pas d’une réelle puissance, mais qu’ils profitent surtout d’un manque de volonté et d’engagement de la part de certains responsables, de certains dirigeants pour les combattre. Selon lui, si les gangs ne sont pas neutralisés, ils finiront par imposer leur loi au peuple, conséquence d’une tolérance prolongée.

Position ferme de la Direction Générale de la Police

Le directeur général a.i. de la Police nationale, Vladimir Paraison, a réaffirmé que la police interviendra « par n’importe quel moyen » atteindra les bandits. Cette position traduit une volonté d’amplifier les opérations et de renforcer la réponse sécuritaire, alors que la PNH cherche à reprendre le contrôle des zones stratégiques.

Coopération entre institutions et renforcement de la présence policière

La (PNH) Police Nationale Haïtienne souligne agir en collaboration avec les autorités locales, la population, les Forces Armées d’Haïti et des partenaires internationaux. L’objectif déclaré est de permettre aux citoyens, à la population de vaquer à leurs occupations et de restaurer un climat de paix, de calme dans les zones affectées par les groupes armés.

Opérations simultanées dans plusieurs zones sensibles

Des interventions ont eu lieu dans plusieurs localités, notamment Duval, Croix-des-Bouquets, Carrefour Marassa et Simon Pelé a déclaré le directeur adjoint de la direction de communication de la Police Nationale Haïtienne, Michel Ange Louis Jeune. Ces actions visent à affaiblir les réseaux criminels en multipliant les fronts. La police indique également qu’elle reste vigilante afin d’empêcher que les violences enregistrées dans certains départements ne se propagent ailleurs dans le pays.

Bilan : neutralisation et saisies dans les rangs des gangs

Le bilan communiqué, selon le rappel de Michel Ange Louis Jeune, fait état de sept morts parmi les bandits, d’une grande quantité de munitions saisies et de la récupération de plusieurs armes, dont un fusil BARETT. La police confirme également que le membre du gang 400 Mawozo surnommé Ti Lyon a été mortellement blessé dans une intervention.

Stratégie de consolidation des espaces repris

Les autorités insistent sur l’importance de ne pas abandonner les zones libérées après les opérations. La stratégie de la (PNH) Police Nationale Haïtienne repose sur l’intensification des actions combinée à la consolidation des territoires repris, approche qui nécessite une implication active de la population et une coordination avec les autorités locales.

La controverse de Croix-des-Bouquets et l’affaire liée à l’usine d’André Apaid

Michel Ange Louis Jeune, intervenant sur les ondes de Radio Télé Caraïbes, occupe un rôle clé dans l’interprétation publique des événements survenus à Croix-des-Bouquets. Revenant sur les opérations menées dans cette zone sensible, il détaille les actions entreprises par la police pour déloger les gangs et sécuriser les espaces stratégiques. Son discours vise à rassurer la population en affirmant que la (PNH) Police Nationale Haïtienne reste présente, vigilante et déterminée à empêcher la propagation de la violence dans d’autres régions.

Une coïncidence selon la police

La diffusion de vidéos montrant des bandits manipulant du cannabis et d’autres substances addictives, après avoir déclaré que c’est la propriété de l’homme d’affaire, dans l’espace où se trouve l’usine de l’entrepreneur André Apaid a provoqué des interrogations au sein de la population. Certains y ont vu la preuve que les opérations policières visaient principalement à protéger les intérêts économiques d’un acteur privé plutôt que les besoins du peuple. Confronté à cette perception, Michel Ange Louis Jeune apporte une mise au point : selon lui, les « circonstances ont coïncidé », impliquant que la reprise de cette zone par la police ne résultait pas d’une volonté de protéger un individu, mais d’une nécessité sécuritaire.

Engagement de la DCPJ : une enquête pour dissiper les soupçons

Toujours selon les propos rapportés de Michel Ange Louis Jeune, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) n’est pas indifférente aux interrogations du public. Il assure que la police mènera son travail « afin que lumière soit faite » sur les activités observées dans l’espace autour de l’usine. Cette précision vise à répondre à un climat de suspicion et à réaffirmer l’engagement de la PNH envers la transparence, surtout dans un contexte où l’opinion publique est sensible aux accusations de favoritisme.

Contacté par la rédaction de Le Relief Inter, l’homme d’affaires concerné a simplement indiqué qu’il fallait encore attendre avant qu’il ne rende publiques les informations qu’il détient. Cette réserve contribue à maintenir certaines zones d’ombre, mais suggère qu’il pourrait fournir des explications ultérieurement.

Une lutte multidimensionnelle contre les gangs

L’ensemble des déclarations met en évidence que la lutte contre les gangs dépasse les seules opérations armées. Elle implique un travail constant de communication, de coordination institutionnelle et de restauration de la confiance entre les forces de l’ordre et la population.

La population, un acteur indispensable

Les autorités rappellent que la participation active des citoyens et leur coopération avec les institutions locales sont essentielles pour consolider les territoires repris. Sans ce soutien, les opérations risquent de ne pas produire les effets durables annoncés.

Un défi de sécurité, mais aussi de crédibilité

La gestion des polémiques, comme celle liée à Croix-des-Bouquets, montre que la PNH doit non seulement gagner la bataille sécuritaire, mais également la bataille de la perception publique. Les explications apportées par Michel Ange Louis Jeune s’inscrivent précisément dans cette dynamique : éviter que des soupçons infondés ne compromettent l’adhésion de la population aux efforts policiers.

Un nouveau contingent des marines américaines arrivée en Haïti

0

Suite à l’attaque armée perpétrée à la fin de la semaine dernière par des gangs contre l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, un nouveau contingent de marines est arrivé en Haïti. Objectif renforcer la sécurité de la mission diplomatique américaine.

C’est l’ambassade qui en a fait l’annonce à travers un tweet le lundi 17 novembre 2025. Ce déploiement a eu lieu en coordination avec le gouvernement haïtien et sous la demande de l’ambassade, peut-on lire dans la publication. Selon les États-Unis, il permet « d’assurer la continuité de son appui à la Police nationale d’Haïti et à la Force de lutte contre le crime organisé, et de soutenir leurs efforts courageux » .

Par ailleurs, les États-Unis réaffirment « leur engagement total en faveur de la sécurité d’Haïti ».

L’arrivée de ces nouveaux marines survient dans un contexte préoccupant où les bandits de Viv Ansanm ont lancé une mise en garde à la population :« Restez chez vous », a déclaré le porte parole de la bande criminelle, Barbecue.

Vertières 2025: La plateforme Équilibriste honore la mémoire des Héros de l’indépendance

0

Ce mardi 18 novembre 2025 ramène les 222 ème anniversaire de la bataille de Vertières, laquelle a ouvert la voie à la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1804. En cette occasion rappelant le sacrifice et la bravoure des pères fondateurs de la nation haïtienne, la plateforme politique Équilibriste, attachée à la vision et aux idéaux des ancêtres, en a profité pour honorer les Héros de Vertières.

En effet, bougies en main, T-shirt blanc, de nombreux membres de cette structure politique, jeunes et sympathisants ont marché à travers plusieurs rues de la ville du Cap-haïtien pour rechercher de la lumière auprès de nos ancêtres et également les vénérer pour l’énorme sacrifice qu’ils ont consenti pour rendre définitivement libres les esclaves et fonder du coup la nation haïtienne.

Cette initiative, selon les membres du directoire de la plateforme, vise à envoyer un autre signal auprès de tous les Haïtiens, en particulier ceux de certains secteurs qui ne cessent de souiller la mémoire de nos ancêtres

«Ak vizyon zansèt Nou yo , nou dwe ka fè yon lòt Ayiti pou tout moun ka viv alèz» a-t-on lu dans une banderole que portaient les participants.

À la fin, une gerbe de fleurs a été déposée aux pieds des Heros de l’Indépendance par le Coordonnateur Départemental , Monsieur Jignoré Fortunat .

Enfin, par ce geste la plateforme équilibriste invite la population à renouer avec l’esprit de Vertières: « Restez debout et indomptable comme peuple ».

Haïti célèbre les 222e anniversaires de Vertière à un moment où les tissus la société haïtienne sont déchirés. Les luttes intestines se multiplient et l’Etat devient de plus en plus affaibli, face au climat de violence et de querelles politiques qui secoue le pays.

Gedeon Delva

Haïti de Retour au Mondial : 52 Ans Après, les Grenadiers Reconquièrent le Rêve

0

52 ans d’attente. 52 ans d’espoirs. 52 ans de douleur, de passion et de résistance. Ce soir, Haïti a écrit l’une des plus belles pages de son histoire sportive. Dans un match décisif, joué loin du pays à cause de l’insécurité, les Grenadiers ont trouvé la force, la discipline et le cœur pour aller chercher ce que toute une nation rêvait : la qualification pour la Coupe du monde 2026.

Haïti s’est imposée 2-0 face au Nicaragua, grâce à deux réalisations de grande classe : Louicius Deedson, dès la 9e minute, a lancé le pays sur orbite. Ruben Providence, dans le temps additionnel de la première période (45+1), libéré définitivement tout un peuple. Deux buts, deux symboles, deux héros pour un soir… et pour l’histoire.

Pendant que les Grenadiers faisaient leur travail avec sérieux et détermination, l’autre match du groupe Costa Rica vs Honduras a offert à Haïti le scénario idéal : un 0-0 qui fige les deux adversaires et ouvre la route du Mondial.

Le classement final est clair :
Haïti termine en tête. Haïti est qualifiée. Haïti est de retour.

Ironie cruelle mais victoire magnifique :
Ce match, qui aurait dû être une fête géante à Port-au-Prince, a dû être joué à l’extérieur. On peut seulement imaginer l’ambiance du Stade Sylvio Cator si la qualification s’était obtenue chez nous.

Pourtant, même loin du pays, les Grenadiers ont porté le drapeau comme si toute la nation était dans les tribunes. Ils ont joué avec maturité, contrôlé leur adversaire, imposé leur rythme, et montré que cette génération n’a pas peur de marcher dans les traces de 1974.

La dernière fois qu’Haïti avait atteint une Coupe du monde, c’était en 1974, avec une équipe devenue mythique. Aujourd’hui, une nouvelle génération s’ajoute à cette légende.

Une génération qui a grandi dans la lutte. Une génération qui a affronté des obstacles bien au-delà du terrain. Une génération qui prouve que, malgré tout, Haïti reste debout et peut encore rêver grand.

Ce soir, dans les rues de Port-au-Prince, du Cap-Haïtien, de Jérémie, de Jacmel, à Montréal, Miami, Paris, Santiago… la diaspora et le pays entier sont en fête.

Partout, les mêmes cris, les mêmes larmes, les mêmes chants :
Ce n’est pas seulement une victoire sportive.
C’est un moment d’unité nationale.
Un rappel que même dans les heures les plus sombres, Haïti a encore la force d’offrir de la lumière.

La Coupe du monde 2026 aura un parfum particulier pour tous les Haïtiens.
Ce ne sera pas seulement une participation : ce sera un retour.
Un message envoyé au monde : Haïti existe, Haïti résiste, Haïti brille.

Les Grenadiers ont ouvert la porte.
Le rêve commence maintenant.

Haïti est qualifiée pour la Coupe du monde.

L’histoire continue.

Mardoché D’Août

222 ans de fierté… et pourtant tant d’inertie.

0

Depuis Vertières, le 18 novembre 1803, notre peuple s’est levé d’une seule voix, d’un seul cœur, d’une seule âme, pour affirmer la dignité de la race noire et la liberté des opprimés. Mais aujourd’hui, alors que nous célébrons cet héritage glorieux, Haïti s’égare à un carrefour dangereux.

Le pays a besoin d’un nouvel élan, de l’unité de 1803.
Le pays a besoin de la réincarnation du grand Capois-La-Mort.
Le pays a besoin d’un complot positif, sans faux-semblants, sans « bouch patnè, kè advèsè », pour un véritable dialogue national autour de la paix, de la sécurité et du développement.

Ce dont nous n’avons plus besoin, ce sont de traités déguisés, financés par des puissances qui nourrissent l’instabilité pour mieux dominer. Haïti ne peut plus être le terrain de jeu de forces qui s’enrichissent sur ses plaies ouvertes.

L’heure n’est pas au jugement, mais à la lucidité.
Ce message est un cri de conscience, un appel au ressaisissement collectif. Que cesse le sang de nos frères et sœurs, que renaissent la dignité, l’ordre et l’espérance.

Aux fils et filles authentiques de ce pays, d’ici ou d’ailleurs :
Rassemblons-nous, dans la vérité, la responsabilité et l’amour du bien commun.

Pour qu’Haïti vive. Pour que Vertières ne soit pas qu’un souvenir, mais un chemin.

Jean Rodlet Jean Baptiste, leader engagé.

Vertières : la déroute impériale qui changea l’histoire du monde

0

Au moment même où Port-au-Prince tremble sous les drones kamikazes et où les familles cherchent refuge loin des balles, Haïti s’apprête malgré tout à célébrer Vertières

Pierre Josué Agénor Cadet

Au moment même où Port-au-Prince tremble sous les drones kamikazes et où les familles cherchent refuge loin des balles, Haïti s’apprête malgré tout à célébrer Vertières. En ce 18 novembre, fête nationale, une question brûle : nos héros ont-ils offert leur vie pour que leurs descendants fuient leur propre terre en 2025 ? Le professeur Pierre Josué Agénor Cadet, en ravivant l’épopée de Vertières, rappelle la force indestructible de ce peuple qui, jadis, brisa l’une des armées les plus redoutées du monde. À l’heure où l’insécurité tente d’étouffer l’espoir, revisiter Vertières, c’est raviver la braise de notre orgueil, se souvenir de ce que nous avons déjà vaincu — et de ce que nous pouvons encore relever. Bonne fête nationale à celles et ceux qui tiennent, qui résistent, qui espèrent.

La campagne militaire que Napoléon Bonaparte lança en 1802 pour rétablir l’esclavage à Saint-Domingue et dans l’ensemble des colonies françaises demeure l’un des épisodes les plus décisifs et les plus dramatiques de l’histoire atlantique. L’expédition Leclerc , vaste coalition européenne envoyée pour renverser l’ordre social et politique mis en place par Toussaint Louverture, se solda par une débâcle retentissante face à la détermination de l’armée indigène. La bataille de Vertières, le 18 novembre 1803, en fut l’apogée et consacra la première et plus grande défaite militaire de Napoléon.

Un projet napoléonien : restaurer l’esclavage et abattre le jacobinisme noir

Lorsque Bonaparte accède au pouvoir, un objectif l’obsède : rétablir l’ordre colonial d’avant 1789. Il veut effacer la Constitution de 1801 proclamée par Toussaint Louverture, écraser ce qu’il appelle  » la sans-culotterie noire » du pouvoir central, et remettre Saint-Domingue sous souveraineté directe de la France.

L’expédition confiée à son beau-frère Charles-Victor-Emmanuel Leclerc est chargée de neutraliser les chefs indigènes, de briser la résistance populaire et de rétablir l’esclavage sous une forme à peine masquée.

Après la déportation de Toussaint Louverture en juin 1802, ainsi que celles d’André Rigaud et de Jean-Louis Villatte, Leclerc ordonne un désarmement général de la population. Cette décision provoque une méfiance généralisée et rallume la braise de la résistance.

Les foyers de révolte se structurent autour de chefs marrons tels que Sans-Souci, Macaya et Sylla dans le Nord, et Larose, Cangé ou Lamout Dérance dans le Sud.
Face à cette insurrection croissante, Leclerc recourt à la terreur : fusillades, noyades, pendaisons, massacres. Les officiers indigènes eux-mêmes ne sont pas épargnés. Le supplice infligé au général Maurepas, exécuté sous les yeux de sa famille, marque durablement les esprits et alimente la déflagration patriotique.

La recomposition des forces indigènes et l’unification sous Dessalines

L’embrasement général contraint les anciens libres comme les nouveaux libres à se rallier massivement autour de Jean-Jacques Dessalines et d’Alexandre Pétion. Trois moments fondateurs marquent la recomposition de l’armée indigène :

  1. La réunion de Petite-Rivière de l’Artibonite : définition de la stratégie pour les provinces du Sud et de l’Ouest.
  2. Le congrès de l’Arcahaie : adoption et confirmation du drapeau bicolore bleu et rouge.
    1. La réunion du Camp-Gérard près des Cayes : appel de Dessalines à l’unité absolue et à l’effacement des divisions du passé pour affronter la domination française.

Les préparatifs de l’assaut final

Le 1er novembre 1803, Dessalines passe en revue aux Gonaïves plusieurs corps de troupes qui prennent aussitôt la route du Carrefour Limbé. Il les rejoint quelques jours plus tard avec trois escadrons de cavalerie. Les pluies retardent l’avancée mais, le 15 novembre, toute l’armée indigène, plus de vingt mille hommes, se rassemble à l’habitation Lenormand de Mézy.

Les principaux généraux, dont Christophe, Vernet, Gabart, Clerveaux et Capois, y reçoivent leurs instructions. La cavalerie est confiée à Charlotin Marcadieu ; l’artillerie, à Zénon et Lavelanet.
Les points stratégiques à prendre sont clairement identifiés : Vertières, Bréda, Champin et Pierre-Michel, ce dernier dominant l’ensemble du paysage.

Dans la nuit du 17 au 18 novembre, Dessalines fait installer, à 200 toises de Bréda, une batterie composée d’une pièce de 4, d’une pièce de 8 et d’un obusier. À l’aube, la riposte française venue de Pierre-Michel et de Bréda se heurte à la précision des tirs indigènes.
L’assaut du 18 novembre : Capois-la-Mort entre dans la légende
L’habitation Charrier, position clé, devient l’objectif prioritaire. Pour l’atteindre, l’avant-garde confiée à Capois doit affronter la mousqueterie de Vertières et l’artillerie française déployée sur les hauteurs. Rochambeau, alerté, quitte précipitamment le Cap avec sa garde d’honneur et déploie une pièce de 16 dans la savane Champin.

L’assaut est lancé. Les pertes indigènes sont lourdes. Vertières résiste. Puis survient l’une des scènes les plus célèbres de l’histoire militaire d’Haïti :
   » Le cheval de Capois est fauché par un boulet. Capois roule au sol ». 
Il se relève aussitôt, sabre au clair, et crie :
 » En avant ! En avant ! » 

Ses soldats le suivent dans un élan irrésistible.
De l’autre côté, la garde d’honneur française applaudit :
 »Bravo ! Bravo ! » 
Un hussard traverse les lignes et lance ce message :
 » Le capitaine-général Rochambeau envoie son admiration à l’officier général qui vient de se couvrir de tant de gloire ».

Mais la guerre reprend aussitôt, plus violente encore.
Charrier tombe. Les canons indigènes réduisent au silence la pièce de 16. Bréda et Pierre-Michel cessent presque complètement le feu. Vertières finit par céder. La 7ᵉ demi-brigade en prend possession.
La défaite française est consommée.

La reddition française : Duverrier signe l’acte du 19 novembre
Le lendemain, 19 novembre 1803, Duverrier (ou Duveyrier), l’adjudant de Rochambeau, signe l’acte de reddition du Cap.
Rochambeau offre un cheval somptueusement caparaçonné au général Capois-la-Mort en hommage à son courage. Le 29 novembre, les derniers contingents français abandonnent le Nord.

Le même jour, l’indépendance est proclamée à Fort-Dauphin, avant d’être solennellement confirmée le 1ᵉʳ janvier 1804 sur la place d’armes des Gonaïves, donnant naissance à la République d’Ayiti.

Napoléon : une erreur irréparable

Pour Napoléon Bonaparte, Saint-Domingue fut non seulement un échec militaire, mais une catastrophe stratégique qui scella le destin de l’empire colonial français. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, le 10 janvier 1817, il reconnaît sans détour :
   « L’affaire de Saint-Domingue à été une grande sottise de ma part… 
C’est la plus grande faute que j’aie commise en administration ».

Cette vérité s’impose d’elle-même. Le 14 août 1791 marque le point de départ d’un enchaînement d’événements décisif : le 22 août 1791, le 29 août 1793, puis le 18 mai 1803 conduisant directement au 18 novembre 1803 et,enfin au 1er janvier 1804. Une conquête de liberté inachevée dont l’écho s’est propagé bien au-delà d’Haiti, influençant profondément les luttes en Amérique latine.

La bataille de Vertières marque l’effondrement du projet impérial de Napoléon dans les Amériques Elle demeure, plus de deux siècles après, la preuve éclatante qu’un peuple déterminé à être libre peut triompher de la machine répressive la plus redoutable de son temps. Elle n’est donc pas seulement une page glorieuse de notre passé , mais encore un tournant universel, un rappel que la volonté d’un peuple peut transformer à jamais le cours de l’histoire.

Bibliographie

  1. Ardouin, Beaubrun, Études sur l’Histoire d’Haïti.
    1. Blanchet, Paul, Vocation à la résistance.
      1. Dalencourt, François, Biographie du Général François Capois.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti au XXIᵉ siècle : La refondation constitutionnelle comme devoir historique et acte de Renaissance nationale.-

0

Réponse à Me Josué Pierre-Louis, auteur de “Ce que je sais de la Constitution haïtienne de 1987” et à l’article du journal Le National.

Article écrit par Hugette Hérard, publié le 15 novembre 2025.

Par Yvon Bonhomme
Stoïcien – Chercheur engagé – Expert en gouvernance publique, leadership politique et développement institutionnel – Président-Fondateur du Parti Patriyòt Rasanble pou Sove Lakay (PARASOL) – Ancien Directeur Général du MHAVE – Auteur du projet national Renaissance – Leave No One Behind.

I. Introduction — Le débat sur l’âme institutionnelle d’Haïti.-

Dans son dernier ouvrage, Ce que je sais de la Constitution haïtienne de 1987, Me Josué Pierre-Louis, juriste éminent et ancien Garde des Sceaux, affirme qu’Haïti ne souffre pas d’un problème constitutionnel, mais d’une crise d’identité politique.

II. Une époque nouvelle : le XXIᵉ siècle appelle Haïti à son rendez-vous constitutionnel.-

À l’heure où le monde se transforme à un rythme sans précédent — bouleversements géopolitiques, révolution numérique, mobilité mondiale, montée des économies émergentes, défis environnementaux, sécurité transfrontalière — une vérité s’impose : aucune nation ne traverse le XXIᵉ siècle avec un État conçu pour le XXᵉ.

Une Constitution n’est pas un simple texte ; c’est le socle vivant d’une nation. C’est la charpente juridique, philosophique et morale qui structure la gouvernance, garantit les droits, organise les pouvoirs et exprime l’identité politique d’un peuple.

Haïti, nation belle, riche, brillante, mère de la dignité noire dans l’histoire du monde, ne peut continuer à affronter les défis contemporains avec des institutions paralysées. Il faut une refondation. Pas une retouche. Une renaissance constitutionnelle.

III. Qu’est-ce qu’une Constitution ? Fondements juridiques, philosophiques et internationaux.-

1. La Constitution : norme suprême et pacte fondateur

Selon Hans Kelsen, la Constitution est la norme fondamentale, le sommet de la pyramide juridique.

Selon Sieyès, elle est l’expression du pouvoir constituant originaire, celui du peuple souverain.

Selon Madison, elle organise le pouvoir pour prévenir les abus et garantir la liberté.

Une Constitution moderne n’est pas qu’un ensemble d’articles ; c’est un projet national, un contrat moral entre les générations.

2. Dans la hiérarchie des normes

Elle détermine :

– l’architecture de l’État,
– l’équilibre des pouvoirs,
– l’organisation territoriale,
– la protection des libertés fondamentales.

Chaque loi, chaque décret, chaque décision publique doit y être conforme.

3. Révision ou refonte ?
Les constitutions se révisent quand elles sont perfectibles.

Elles se refondent quand elles ne fonctionnent plus.

La doctrine constitutionnelle (Troper, Burdeau, Schmitt) parle alors d’ épuisement constitutionnel :

lorsqu’un texte ne peut plus corriger les crises qu’il génère, il doit être remplacé.

4. Un enjeu international majeur

Dans le monde contemporain :

– stabilité institutionnelle = attractivité économique ;

– sécurité juridique = confiance des investisseurs ;

– prévisibilité constitutionnelle = respect international.

Une Constitution moderne est un badge de crédibilité dans la communauté internationale.

IV. Haïti : une nation magnifique freinée par un cadre institutionnel dépassé.-

Haïti possède une richesse humaine incomparable : un

– une jeunesse créative,
– une diaspora dynamique,
– une culture vibrante,
– une identité forte,
– une histoire unique.

Le pays peut devenir un carrefour caribéen, agricole, touristique, numérique et culturel.

Mais sans architecture institutionnelle stable, aucune transformation n’est possible.

Le XXIᵉ siècle est déjà en marche.

Le temps constitutionnel d’Haïti accuse deux générations de retard.

V. La Constitution de 1987 : un texte historique, mais épuisé :

1. Un texte né dans la méfiance

La Constitution de 1987 fut adoptée pour empêcher tout retour à l’autoritarisme. Elle a rempli ce rôle.

Mais elle a aussi produit son inverse : dilution de l’autorité de l’État, émiettement institutionnel sans cohérence.

2. Ses failles structurelles :

–Hyper-parlementarisme instable,

– Exécutif affaibli,

– Multiplication des institutions sans coordination,

– Absence de mécanismes modernes (numérique, diaspora, intégration économique, sécurité contemporaine),

– Système électoral permanent et paralysant,

– Manque d’outils pour gérer les crises institutionnelles.

3. Résultat : trente-six ans d’instabilité.

Depuis 1987 :

– gouvernements éphémères,

– crises électorales répétées,

– administrations sans continuité,

– perte de confiance citoyenne,

– paralysie du développement.

Ce n’est pas un problème d’hommes.
C’est un problème de système.

VI. Les données qui condamnent le modèle actuel.-

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 35 ans, Haïti a perdu plus de 200 milliards de dollars en potentiel de développement et en mauvaise gouvernance.

Selon le PNUD, la Banque mondiale et le Groupe d’experts du PARASOL :

– Plus de 36% de la population vit en pauvreté extrême ;

– Haïti est classé 168ᵉ sur 180 pays pour la corruption ;

– Seulement environ 35% des ménages ont accès à l’électricité ;

1 million de personnes âgées vivent sans pension ni couverture sociale ;

– Environ 200 000 enfants errent dans les rues ;

– Plus de 61% des paysans survivent sans protection économique ;

– L’économie informelle représente 80%, contre 20% pour le secteur formel ;

– L’État dispose d’un budget inférieur à 3 milliards USD, dont il peine à mobiliser 40% ;

– Sur 3 millions de jeunes aptes à l’enseignement supérieur, seulement 1,3% y accèdent ;

– Parmi ceux qui obtiennent un diplôme, plus de 80% rêvent de l’exil, faute d’opportunités ;

30% du PIB national provient de la diaspora, pourtant exclue d’une politique de recrutement et d’intégration ;

– Haïti se classe 137ᵉ sur 139 pays pour sa capacité d’adaptation à la révolution numérique mondiale ;

Le pays fonctionne toujours sous un décret de 1979 relatif au CONATEL, sans législation moderne pour la numérisation et la cybersécurité.

Ces chiffres ne condamnent pas le peuple haïtien, mais un modèle institutionnel épuisé, incapable d’organiser l’effort collectif et de canaliser le génie national vers le progrès.

VII. Réponse à Me Josué Pierre-Louis et à l’article de Hugette Hérard.-

Me Pierre-Louis affirme qu’Haïti ne souffre pas d’un problème constitutionnel, mais d’une crise d’identité politique.

Une thèse brillante dans la forme, mais incomplète dans le fond.

L’identité politique s’incarne dans un cadre constitutionnel vivant, qui donne à la nation sa direction, sa cohésion et sa continuité.

Refuser de refonder la Constitution au nom d’une identité à retrouver, c’est confondre le symptôme et la cause.

Haïti cherche la structure institutionnelle capable de révéler et protéger son identité, tout en intégrant pleinement sa diaspora.

VIII. Pourquoi une nouvelle Constitution est indispensable — maintenant

Mettre fin à l’instabilité institutionnelle : clarté, stabilité, responsabilité, cohérence des pouvoirs.

Moderniser l’État haïtien : gouvernance numérique, États territorialisés forts, justice modernisée, statut clair pour la diaspora, institutions économiques solides.

Protéger la souveraineté nationale : un État faible n’est pas souverain ; une Constitution moderne est un bouclier politique et diplomatique.

Éviter les risques du statu quo : fragmentation, paralysie, fuite des talents, impossibilité de bâtir la paix durable.

IX. La proposition de PARASOL : doctrine et République Renaissante

  1. La Droite Dessalinienne

Doctrine haïtienne : souveraineté réelle, discipline républicaine, justice sociale, protection des vulnérables, autorité de l’État, dignité nationale, économie productive, responsabilité citoyenne.

2. Le programme Renaissance – Leave No One Behind:

– Vision de 1500 pages,

– Deuxième République ou République Renaissante,

– Inspiré par Jean-Jacques Dessalines : force, justice, unité, dignité, inclusion, puissance

  1. Une vision structurée et moderne :

– Transformation économique,

– Réforme constitutionnelle,

– Réorganisation territoriale,

– Renaissance culturelle,

– Inclusion de la diaspora,

– Innovation technologique,

– Gouvernance sécuritaire.

X. La nouvelle Constitution : pierre angulaire de la République

Elle doit :

– assurer la stabilité,

– consolider les pouvoirs,

– moderniser la gouvernance,

– créer un État efficace,

– protéger les droits,

– intégrer la diaspora,

– préparer Haïti pour les 100 prochaines années.

XI. Conclusion : Haïti mérite une architecture à la hauteur de sa beauté.-

Haïti est belle, grande, digne.

Elle ne peut entrer dans le XXIᵉ siècle avec une Constitution conçue pour éviter le passé plutôt que construire l’avenir.

Refonder la Constitution n’est pas trahir 1987, c’est accomplir l’histoire, prolonger Dessalines et offrir à nos enfants un État qui fonctionne enfin.

PARASOL, par la Droite Dessalinienne et la vision Renaissance – Leave No One Behind, se présente comme l’architecte du renouveau national.

Le moment est venu.

Le peuple doit reprendre la parole constituante.

Haïti doit écrire sa Deuxième République, la République Renaissante

Yvon Bonhomme
Stoïcien – Chercheur engagé – Expert en gouvernance publique, leadership politique et développement institutionnel – Président-Fondateur du Parti Patriyòt Rasanble pou Sove Lakay (PARASOL) – Ancien Directeur Général du MHAVE – Auteur du projet national Renaissance – Leave No One Behind.

parasolhaitipol@gmail.com

Vertières 2025 : Jocelerme Privert appelle à l’urgence de rétablir la légitimité constitutionnelle.

0

Dans une note publiée ce 17 novembre, l’ancien président Jocelerme Privert dresse un constat alarmant de la situation du pays et appelle à restaurer paix, sécurité et stabilité.

À l’occasion du 222e anniversaire de la bataille de Vertières, soit 18 novembre, Jocelerme Privert a rappelé que cette date est « au cœur de notre identité nationale » et demeure « une source d’inspiration dans notre quête de paix, de stabilité, de justice et de progrès ».

Revenant sur sa transition en 2016, il affirme avoir servi la République dans un contexte « marqué par le risque du chaos ». Malgré « l’hostilité et l’incompréhension » de certains acteurs politiques, il a mené sa mission « avec détermination ».

Neuf ans plus tard, l’ex président constate, avec amertume, « la persistance des mêmes défaillances » et un pays frappé par « l’insécurité généralisée », « la pauvreté dégradante » et « l’incertitude du lendemain ». Il observe une capitale « sous la menace des gangs » et un aéroport international abandonné « depuis plus d’une année ».

Il désigne comme fléaux « la corruption, la contrebande, les trafics d’armes, de stupéfiants et d’organes humains », appelant à une lutte « rigoureuse et impartiale » contre l’impunité.

L’ancien président souligne l’urgence de rétablir la légitimité constitutionnelle : Haïti « aura vécu six ans sans Parlement fonctionnel » en janvier 2026. Il estime indispensables des élections « crédibles, transparentes et honnêtes » pour doter le pays de dirigeants « intègres et expérimentés ».

Enfin, il invite la population à renouer avec l’esprit de Vertières : « L’Histoire nous appelle à redevenir ce peuple debout et indomptable. Que chacun d’entre nous choisisse la République. »

Ce message survient à un moment où un calendrier et un décret électoral sont en circulation. Toutefois, les doutes émergent quant aux véritables objectifs prévus qui peuvent être difficiles à atteindre en raison de la dégradation de la situation sécuritaire.

La rédaction

L’Accord Karibe dénonce l’incapacité du pouvoir à assurer ses responsabilités régaliennes

0

Une structure politique attaque le dysfonctionnement des établissements scolaires ce lundi 17 novembre 2025. Cette paralysie est considérée comme preuve de l’incapacité sécuritaire de l’État et de l’impossibilité d’organiser des élections en Haïti, de l’avis de ce groupe.

L’Accord KARIBE dit constater, avec une profonde désolation et une vive indignation, la fermeture des établissements scolaires dans les quatre départements du pays ce lundi 17 novembre2025.

Cette paralysie générale, provoquée par un ultimatum circulant sur les réseaux sociaux et par la peur omniprésente imposée par les groupes armés, constitue selon les signataires de l’Accord Karibe, une preuve irréfutable que l’État haïtien n’a plus la capacité d’assurer la sécurité des enfants, des enseignants et des familles.

« Lorsque les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école;
les directeurs des établissements ne peuvent pas ouvrir leurs portes; lorsque l’État, le CPT, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé et la Police nationale d’Haïti sont incapables d’assurer le fonctionnement normal des écoles, il est illusoire de prétendre organiser des élections dans un pays où même les salles de classe ne peuvent être sécurisées.

Écoles fermées, urnes impossibles

Un État qui est incapable de garantir la sécurité des écoles de la République ne peut, en aucun cas, garantir la sécurité des bureaux de vote. Un gouvernement qui laisse les gangs dicter la loi ne peut exiger du peuple d’aller voter au risque de sa vie. Un Conseil Présidentiel de Transition « discrédité » et un CEP « contesté » ne peuvent prétendre lancer aucune machine électorale crédible.

L’Accord KARIBE dénonce avec la plus grande fermeté, l’échec total du CPT, l’irresponsabilité du gouvernement, son incapacité à affronter les gangs, ses manœuvres politiques visant à se maintenir au pouvoir au-delà du 7 février 2026.

Cette gestion jugée chaotique et complice a livré le pays aux groupes armés qui terrorisent les écoles, les quartiers et les institutions. « Aucune élection ne peut être organisée dans ces conditions », affirme Abel Loreston et son équipe.

L’Accord KARIBE rappelle que toute tentative d’imposer des élections dans un contexte de terreur et d’effondrement institutionnel n’aura aucune légitimité démocratique. Pour le moment, la priorité nationale est la sécurité, la stabilisation et la reconstruction institutionnelle. Abel Loreston se dit contre toute manipulation électorale au profit d’un régime illégitime.

Face à cet état de faillite totale, l’Accord KARIBE appelle le peuple haïtien, les organisations sociales, les secteurs professionnels et la diaspora à se mobiliser, à rejeter « toute mascarade électorale, à exiger le départ immédiat du CPT et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ».

Déjà il veut se préparer à poser les bases d’une véritable transition nationale, loin de la corruption, de l’impuissance et du contrôle des gangs.

Kalixy Pierre

Honneur à Boulo Valcourt !

Ce 17 novembre rappelle les huit ans de la mort de Boulo Valcourt, un mapou oublié dans le bouillonnement de notre société et de cette crise interminable qui nous engloutit….

Ce texte est un hommage de LionelEdouardPhotographiesociale à ce monument de la musique haïtienne.

bonne lecture !

Honneur à Boulo Valcourt !

Il valait le coup d’entendre la voix de Boulo Valcourt rebondir sur les notes de sa guitare, compagne fidèle de ses heures de grande gloire. Un délice qui ne porte aucune ride foncée par le temps. Si aujourd’hui « Kè nou fè nou mal », devant son départ qui obscurcit un peu plus l’horizon artistique et surtout musical du pays, dans ce contexte marqué par le bricolage de son — pour ne pas dire musique quelconque — et la facilité élevée au rang d’art, c’est surtout parce que nous cherchons vainement au milieu des tumultes et de l’ambiance cacophonique de cette terre de rythme, de danse et de couleur, une hypothétique relève qui nous ferait revivre les épopées musicales de jadis, au sein de laquelle Boulo aura été un acteur prépondérant. Nostalgique, oui nous le sommes !

« Lapèsonn » dirait sans doute bon vent à Boulo, à défaut de faire « ti van pou li », tant il aura contribué dans son style particulier, à faire grandir son art. Jeune, à la fin des années 80 et début 90, je m’ennuyais devant la télé, alors que les parents se focalisaient sur les moments rétro, dans l’obscurité festive d’un samedi soir sur la chaîne de service public. Il fallait donc que je grandisse pour comprendre cette musique qui berce, qui suggère des moments d’évasion intense et rare. Cet héritage vivant qui a traversé le temps, rend donc éternelle cette voix qui résonne et qui cartonne même au cœur d’un silence qui exprime l’infini à travers le langage d’une âme qui continue de rechercher sa lumière et de goûter à la liberté absolue qu’offre la musique.

Boulo Valcourt aura, en bon « Kֳòk gagè », fait preuve de courage pour s’offrir jusqu’au bout à la délectation des mélomanes, malgré les assauts continuent de ce mal-être qui l’a conduit sur les bords du Styx. Alors Boulo, « Ou ale » et nous te pleurons, mais ces larmes qui dévalent nos joues s’assècheront, car « Nap mete gason sou nou » en nous remémorant de ces moments de félicité que tu as offerts avec les Caribbean sextet. Nous gardons chacun en nous, une partie de toi, « Nou kenbe w la ». Dommage ! On ne pourra pas t’accompagner durant ta traversée. « Vin Avèm », restera donc un vœu inaccompli, mais ne sera jamais une fausse note dans ce récital qui t’a élevé au rang d’icône et d’esthète musical accompli.

Boulot Valcourt a construit l’histoire, et s’est largement sorti du lot. Il a fait de sa voix une marque, un passe-droit inconditionné dans l’univers musical haïtien. La richesse sonore offerte aux générations futures s’apparente au don du feu fait aux hommes par les dieux de l’Olympe. Sa profondeur offre à l’esprit humain un terrain de recherche inégalé, la possibilité de créer de nouveaux sons et d’exprimer les mouvements de notre société dans un langage universellement accepté. La musique de Boulo a eu cette vertu unificatrice qui fait défaut à nombre de secteurs de la vie nationale. Il a su ravir les élites tout comme les amants des musiques populaires. « Ou ale » est une illustration de ces moments de communion qui ont estompé les velléités des mélomanes « élitaires » de chasser les « populaires » et vis et versa…

Mais Boulot ne s’en ira jamais, car sa voix résonne à l’intérieur de chacun de nous et même les « lapèsonn » seraient mal inspirés de dire un dernier « babay » en guise d’adieu à celui qui aura été un trait d’union entre les générations au cœur même d’une musique diversifiée qui reflète dans une fidélité presque absolue le panorama social d’une Haïti plus que jamais bouleversée.

Honneur à Boulo Valcourt !

LEPS le MAGnifik