dimanche, mars 15, 2026
3.5 C
Londres
Accueil Blog Page 59

Jerry Tardieu reçoit le prix spécial 2025 de la LATFRAN : un hommage à l’engagement citoyen haïtien

Par Jean Wesley Pierre

L’Association France–Amérique Latine–Caraïbes ( LATFRAN ) a décerné, le 21 novembre 2025 à Paris, son prix spécial annuel à Jerry Tardieu, ancien député de Pétion-Ville, présenté dans le communiqué du parti politique EN AVANT comme auteur, entrepreneur et citoyen engagé.

La distinction lui a été remise à la Maison de l’Amérique Latine, lors d’une cérémonie réunissant un public composé majoritairement de personnalités politiques, diplomatiques, culturelles et académiques, ainsi que de membres notoires de la communauté haïtienne.

Un prix qui valorise l’engagement citoyen dans l’espace franco-latino-caribéen

Le prix spécial de la LATFRAN vise chaque année à honorer des figures qui se distinguent par « la force de leur engagement citoyen ou politique » dans leur pays, tout en œuvrant au renforcement de relations jugées mutuellement bénéfiques entre la France, l’Amérique latine et la Caraïbe.

Le communiqué d’EN AVANT met en avant la réputation et l’envergure du comité d’honneur, présidé par Pascal Drouhaud, spécialiste des relations internationales, et composé de personnalités telles que la Prix Nobel de la paix Rigoberta Menchú Tum, ou encore les anciens présidents du Guatemala et de la Colombie, Vinicio Cerezo et Andrés Pastrana.

En rappelant la stature de ces membres, l’association souligne la portée symbolique du prix et la crédibilité de son processus de sélection.

Les motivations du choix : leadership politique, défense des institutions et réflexion constitutionnelle

Selon la présentation faite par le président de la LATFRAN, Pascal Drouhaud, le choix de Jerry Tardieu repose sur « plusieurs années » d’engagement politique décrites comme remarquables.

Le communiqué d’EN AVANT insiste notamment sur :

  1. son leadership autour de thématiques majeures d’intérêt public ;
  2. son engagement en faveur de la restauration de la paix en Haïti ;
  3. sa contribution à la défense et au renforcement des institutions démocratiques ;
  4. et son travail sur la question constitutionnelle.

En mettant l’accent sur ces axes, la LATFRAN présente Tardieu non seulement comme un acteur politique, mais aussi comme une figure de réflexion sur les enjeux institutionnels haïtiens.

Le communiqué d’ « EN AVANT » suggère également que le prix revêt une dimension diplomatique : il serait un « message d’amitié » adressé à la République d’Haïti et à son peuple.

Une acceptation du prix centrée sur la crise haïtienne et la solidarité historique

Dans son intervention, Jerry Tardieu a dédié le prix au peuple haïtien, décrit comme vivant « la plus grave crise de son existence ». Le communiqué rapporte qu’il a mis en avant le soutien de sa famille et rappelé les racines historiques de la solidarité entre Haïti et les nations d’Amérique latine, évoquant les héritages de Dessalines et Pétion.

Ce rappel historique sert de cadre argumentatif : il relie l’hommage reçu à une tradition de coopération hémisphérique dans laquelle Haïti a jadis joué un rôle moteur. En invoquant cette mémoire, Tardieu appelle à une revitalisation de cette solidarité régionale.

Un plaidoyer pour une réhabilitation de la politique

Le discours rapporté adopte un ton critique vis-à-vis de la perception de la politique, marquée par la suspicion et le dédain dans la population, en Haïti comme « dans le monde entier ».

Tardieu présente cette crise de confiance comme un défi global et moral, appelant à « une foi renouvelée en la politique » fondée sur le service public, l’éthique et la recherche d’une société plus juste.

Ce message apparaît comme un point central du communiqué : au-delà de la célébration d’un prix, il exprime une réflexion normative sur le rôle de la politique et la responsabilité citoyenne, en cohérence avec la mission de la LATFRAN de promouvoir l’engagement civique.

Une action présentée comme collective et tournée vers l’avenir

Le communiqué se conclut par une déclaration institutionnelle du mouvement EN AVANT, relayée par son coordonnateur national adjoint, Saint Jean Joseph, et par un slogan appelant au changement collectif en Haïti. Sans détailler de programme spécifique, selon cette conclusion la distinction reçue par Tardieu s’inscrit dans une dynamique plus large d’engagement politique et social.

G20 en Afrique du Sud : une déclaration historique malgré le boycott des États-Unis

Par Jean Wesley Pierre

Le sommet du G20 à Johannesburg, organisé pour la première fois sur le continent africain les 22 et 23 novembre 2025, marque une étape diplomatique majeure : malgré le boycott des États-Unis, les dirigeants ont réussi à adopter une déclaration finale ambitieuse, portée par la présidence sud-africaine.

La déclaration finale met l’Afrique au cœur de l’agenda mondial avec des engagements forts : tripler les énergies renouvelables d’ici 2030, alléger le fardeau de la dette pour les pays les plus pauvres, sécuriser l’accès aux minerais stratégiques et renforcer le multilatéralisme. Le texte réaffirme aussi l’importance du « Compact with Africa » et inscrit la solidarité avec le continent dans une perspective de développement durable.

Dans un geste diplomatique audacieux, Cyril Ramaphosa a choisi de faire adopter la déclaration dès l’ouverture du sommet, en dépit de l’absence américaine, envoyant un signal clair : les priorités du Sud global ne seront pas sacrifiées. Le président sud-africain a salué l’adoption du texte comme une victoire pour la coopération multilatérale, malgré les divisions géopolitiques.

Pari risqué pour le climat

Sur le plan climatique, l’engagement de tripler les énergies renouvelables est particulièrement symbolique, reflétant la volonté des pays en développement de prendre leur destin énergétique en main. Ce pari reste néanmoins ambitieux : il dépendra d’investissements massifs et d’une coordination internationale, notamment face aux réticences persistantes de certaines puissances.

Un soulagement pour les pays pauvres, mais…

Le volet dette pose un autre défi : si la déclaration appelle à la transparence des créanciers et à des réformes du système financier, sa mise en œuvre exigera des concessions drastiques de la part des créanciers publics et privés. Sans participation active des États-Unis, ces réformes risquent de rester des intentions politiques.

Les minerais au cœur du débat

La question des minerais stratégiques lithium, cobalt, terres rares a également été mise en avant, soulignant l’enjeu géoéconomique crucial de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale. Les dirigeants veulent renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement face aux tensions géopolitiques.

Quand le G20 nous parle de PAIX

Sur le plan de la paix, le G20 appelle à une « paix juste et durable » dans plusieurs zones de conflit, y compris l’Ukraine et la Palestine.

Toutefois, la déclaration reste prudente : il n’existe pas d’engagement fermes, et la portée concrète de ces mots dépendra largement des évolutions sur le terrain.

Le fait que la présidence du G20 passe aux États-Unis l’an prochain soulève des questions de continuité : les engagements pris à Johannesburg seront-ils portés concrètement si Washington réoriente le forum selon ses priorités ?

L’impact réel des décisions dépendra de la volonté des puissances à dépasser leur zones d’intérêt strictement national.

Au final, le sommet aura permis à l’Afrique du Sud de redonner du sens au multilatéralisme et de remettre les sujets du Sud global sur le devant de la scène. Mais l’adoption d’un texte ambitieux ne garantit pas sa réalisation : c’est maintenant que le véritable défi commence.

Trump – Mamdani : une trêve inattendue au sommet du pouvoir américain, entre cordialité affichée et tensions persistantes

Par Jean Wesley Pierre

La scène semblait inimaginable il y a encore quelques semaines : après des mois d’attaques verbales, Donald Trump et Zohran Mamdani se sont retrouvés jeudi 20 novembre 2025 à la Maison-Blanche dans une atmosphère étonnamment détendue. Le président américain et le maire élu de New York, pourtant situés aux antipodes idéologiques, ont affiché une volonté commune de coopération sur deux enjeux cruciaux pour la première ville du pays : la criminalité et l’accès au logement.

Mais derrière cette trêve spectaculaire, les divergences demeurent, y compris dans les mots du jeune élu démocrate, qui continue de qualifier le président Trump de « fasciste ».

Une rencontre cordiale, porteuse de promesses locales et d’intérêts réciproques

Face aux caméras, Donald Trump a multiplié les signes d’ouverture. Saluant la « détermination » du maire élu, il a même affirmé que le succès de Mamdani serait « aussi le [ sien ] ». Une formule inattendue de la part d’un président qui, durant la campagne municipale, avait menacé d’envoyer la Garde nationale à New York et de couper les fonds fédéraux si le « communiste » Mamdani l’emportait.

De son côté, le futur maire a souligné avoir apprécié la « capacité du président à mettre de côté les divergences » pour travailler sur des dossiers essentiels : logement, garde d’enfants, accès à la nourriture, services publics. Une manière de replacer leur rencontre dans une logique pragmatique plutôt qu’idéologique.

Pour la ville de New York, les enjeux sont considérables. Mamdani recherche activement des ressources fédérales dans un contexte de flambée des prix immobiliers et de tensions sécuritaires localisées. L’ouverture de Trump constitue donc, pour de nombreux observateurs, un potentiel tournant.

Un rapprochement qui intrigue et divise New York

L’image d’un Trump conciliant a suscité la surprise dans la ville. Des habitants évoquent une scène « étrange », « bizarre », presque « surréaliste » après des semaines d’invectives mutuelles. Les plus prudents rappellent l’instabilité du président : « il peut changer d’avis demain ». D’autres se réjouissent de voir New York peut-être mieux soutenue par Washington : « le gouvernement fédéral contrôle des milliards de dollars, et nous en avons besoin », insiste un habitant octogénaire.

Au sein de la classe politique locale, les réactions sont nuancées. Certains, comme Jumaane Williams, saluent un ton « vraiment surprenant » mais bénéfique pour la ville.

D’autres pointent un rapprochement « un peu trop complice », selon la républicaine Nicole Malliotakis. Les milieux d’affaires y voient quant à eux un « début prometteur » pour la relation entre le maire élu et les dirigeants économiques de la ville.

Un rapprochement interprété comme un calcul politique pour Trump

Si la main tendue du président est accueillie avec soulagement, plusieurs analyses s’interrogent sur ses motivations. Dans un contexte de « mauvaise passe », disent certains, marqué par le tumulte de l’affaire Epstein et des sondages défavorables à moins d’un an des élections de mi-mandat, la cordialité affichée pourrait relever de l’opportunisme politique.

L’ancien maire Bill de Blasio juge que Trump « s’accroche à tout ce qu’il peut » en espérant bénéficier de la victoire éclatante de Mamdani. Un professeur de sciences politiques souligne que le président s’identifie peut-être au « statut d’outsider » du jeune maire élu, malgré leur opposition frontale en matière d’idées.

Mamdani maintient ses critiques : une trêve au sommet, pas un renoncement idéologique

Malgré la détente visible à la Maison-Blanche, Zohran Mamdani n’a pas adouci ses positions. Interrogé sur NBC News pour savoir s’il considérait toujours Trump comme un « fasciste », il a répondu sans hésiter : « Je l’ai dit dans le passé, je le dis aujourd’hui. »
La scène elle-même, dans le Bureau ovale, avait déjà bousculé les codes : Trump, avec sarcasme, l’avait invité à répondre « oui » à cette question délicate. L’échange a souligné autant la tension que la dimension stratégique de cette rencontre.

Le maire élu insiste néanmoins sur la « productivité » de la discussion, centrée sur les préoccupations concrètes de New-Yorkais confrontés à la hausse du coût de la vie. Son message : concilier franchise idéologique et coopération institutionnelle.

Une trêve fragile dans un paysage politique polarisé

Ce rapprochement, aussi spectaculaire qu’improbable, ne semble tenir pour l’instant qu’à la volonté affichée par les deux dirigeants de travailler sur des enjeux communs. La polarisation du champ politique, les antécédents d’hostilité et la persistance de déclarations contradictoires laissent planer l’incertitude.

L’échange cordial offre toutefois une perspective nouvelle : celle d’un président républicain et d’un maire issu de l’aile gauche démocrate prêts, au moins momentanément, à dépasser les lignes idéologiques pour répondre aux besoins de millions d’habitants.

La question demeure : cet épisode marque-t-il le début d’une réelle coopération ou ne constitue-t-il qu’une parenthèse dans un climat politique profondément instable ? Pour l’heure, les deux camps avancent prudemment, conscients que les intérêts politiques, tout autant que les urgences sociales, pèseront sur la suite de cette relation inédite.

Il faut une une mobilisation nationale pour sortir Haïti de la crise, l’appel du Mouvement des Étudiants Finissant et Professionnels

0

PORT-AU-PRINCE.— Dans un contexte de dégradation accélérée de la situation sociopolitique et sécuritaire, le Mouvman Etidyan Finisan ak Pwofesyonèl (MEFP) a rendu publique, une déclaration prenant position sur la crise nationale. L’organisation estudiantine affirme vouloir «lever la voix avec clarté, responsabilité et vision», estimant que les jeunes doivent jouer un rôle central dans la reconstruction du pays.

Dans cette note, le MEFP décrit un pays confronté à «l’un des plus grands chocs historiques de son existence», marqué par l’affaiblissement des institutions, la montée de l’insécurité et l’incertitude croissante quant à l’avenir de la jeunesse. Face à ce tableau, le mouvement refuse de céder au pessimisme et évoque un autre chemin: celui de la conscience, de la mobilisation et des solutions.

Le MEFP affirme représenter une génération qui refuse de rester les bras croisés devant l’effondrement social et institutionnel. «Nou refize gade peyi a ap plonje san nou pa fè yon jès», souligne le mouvement, rappelant que chaque crise peut aussi ouvrir une fenêtre de réflexion et de reconstruction.

«Ayiti pap ret konsa pou tout tan», écrit l’organisation, qui se dit convaincue de la capacité du pays à se relever, à condition de susciter un engagement collectif renouvelé.

Dans sa prise de position, le MEFP formule une série de demandes jugées essentielles pour stabiliser le pays:

  1. Plus de transparence dans les décisions de l’État ;
  2. Le renforcement de la sécurité publique afin de restaurer la confiance ;
  3. La mise en place de programmes solides pour accompagner les jeunes dans l’emploi, l’entrepreneuriat et la formation ;
  4. Un sursaut de responsabilité politique et morale de la part des décideurs ;
  5. L’instauration d’un climat de dialogue capable de ramener la paix sociale.

Pour le mouvement, ces priorités constituent les bases minimales pour sortir de l’impasse actuelle.

Se présentant comme un acteur engagé au service de la jeunesse haïtienne, le MEFP réaffirme sa détermination à défendre les droits des étudiants, à protéger leurs intérêts et à promouvoir une vision nationale axée sur le progrès.

«Ayiti ap bezwen tout pitit li yo. Nou menm, nou la. E nou pap bouje», conclut la note, signée par Woodjery Dupré, coordonnateur général du mouvement.

Jean Mapou

Ukraine : des divergences pour une éventuelle paix, la diplomatie mise à mal

Par Gesly Sinvilier

Un mouvement diplomatique inédit semble s’enclencher autour du plan de paix destiné à mettre fin à la guerre en Ukraine. Ce week-end, les dirigeants européens ont multiplié les consultations après la présentation d’un projet américain, vivement contesté à Bruxelles et dans plusieurs capitales. Si un nouvel élan est reconnu dans les discussions, les positions restent encore fragiles et parfois contradictoires.

L’Union européenne salue une dynamique renouvelée

À l’issue d’une rencontre informelle entre dirigeants européens, le président du Conseil européen, Antonio Costa, a affirmé percevoir « un nouvel élan dans les négociations de paix ». Il a insisté sur la nécessité que les questions touchant directement l’Union – qu’il s’agisse des sanctions, de l’élargissement ou encore des actifs russes gelés – soient traitées avec l’implication totale de tous les protagonistes. De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite prudemment optimiste, estimant qu’une base solide existe désormais pour avancer tout en rappelant que des efforts importants restent à accomplir. Costa a également indiqué avoir échangé avec Volodymyr Zelensky afin d’obtenir son évaluation de la situation, soulignant qu’une position européenne unifiée demeure essentielle pour assurer la cohérence des négociations.

Berlin prévient : pas de paix sans l’accord de l’Europe

Le chancelier allemand Friedrich Merz a insisté sur le fait que tout accord touchant à la sécurité du continent ne pourra voir le jour sans l’approbation de l’Union européenne. Selon lui, les Européens doivent participer à chaque étape du processus, en particulier sur les aspects qui concernent directement leurs intérêts. S’il reconnaît les efforts déployés depuis plusieurs jours pour avancer, Merz se montre toutefois sceptique quant à la possibilité d’une percée décisive cette semaine. Pour Berlin, une condition demeure incontournable : la présence de la Russie à la table des négociations. Sans Moscou, aucun accord réaliste ne pourrait émerger, a-t-il insisté.

Néanmoins, malgré les réserves exprimées par son chancelier, le gouvernement allemand a salué les progrès enregistrés à Genève, où Américains, Ukrainiens et Européens se réunissent pour tenter de modifier le plan américain. Berlin estime positif le fait que les discussions avancent à nouveau et rappelle que, pour l’Union européenne, il est impératif que les intérêts de l’Ukraine soient pleinement pris en compte et que rien ne soit décidé sur les questions européennes sans que l’Europe n’y soit associée. Le gouvernement allemand se dit satisfait de constater que cette condition est désormais respectée.

Washington sous pression, Moscou dans l’attente

Le Kremlin, pour sa part, affirme ne pas avoir reçu de version officielle du projet modifié, tout en reconnaissant que des ajustements ont été apportés. Ces discussions interviennent après l’ultimatum lancé par Donald Trump exigeant que le président ukrainien accepte avant le 27 novembre un plan comprenant plusieurs concessions importantes à Moscou, notamment des cessions territoriales, une réduction significative de l’armée ukrainienne et un renoncement à l’OTAN. Face aux critiques suscitées par ce plan, y compris aux États-Unis et au sein du Parti républicain, Washington insiste pour affirmer que le document est bien de conception américaine, tout en précisant qu’il n’est en aucun cas définitif.

Une contre-proposition européenne désormais consolidée

Les Européens, notamment la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ont soumis une version modifiée du plan américain. Leur document reprend les points initiaux tout en proposant plusieurs révisions destinées à corriger les aspects jugés trop favorables à Moscou. Cette version prévoit notamment un plafond de 800 000 soldats pour les forces armées ukrainiennes en temps de paix, au lieu des 600 000 suggérés par Washington. Elle supprime également toute mention d’une obligation constitutionnelle pour Kiev de renoncer à l’OTAN et prévoit que les futures discussions territoriales se baseront sur la ligne de contact actuelle plutôt que d’entériner des zones comme « de facto russes ». La Première ministre italienne Giorgia Meloni considère, pour sa part, qu’il n’est pas nécessaire de rédiger une contre-proposition totalement nouvelle, jugeant que de nombreux éléments du plan américain peuvent servir de base, à condition de clarifier certains points clés.

Macron, Zelensky, Rubio et Yermak multiplient les consultations

En parallèle des discussions officielles, plusieurs échanges bilatéraux se poursuivent pour tenter d’harmoniser les positions. Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky ont échangé afin de coordonner les efforts européens dans le cadre des négociations. À Genève, le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le chef de cabinet ukrainien Andriy Yermak ont, eux aussi, salué ce qu’ils décrivent comme l’une des réunions les plus productives depuis le lancement de ce processus. De son côté, Donald Trump s’est entretenu avec le Premier ministre britannique Keir Starmer afin de réaffirmer leur volonté de travailler ensemble pour parvenir à une paix durable.

La Turquie relance sa médiation

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé qu’il s’entretiendrait avec Vladimir Poutine pour évoquer les efforts de paix. Il a réaffirmé l’intention de la Turquie de jouer un rôle actif dans la création d’un canal diplomatique crédible et a indiqué qu’il partagerait les résultats de cet échange avec les partenaires européens, américains et ukrainiens.

Un moment décisif, mais un long chemin à parcourir

Entre pressions politiques, divergences internes et exigences contradictoires, la recherche d’un compromis reste extrêmement complexe. Pour la première fois depuis longtemps, cependant, plusieurs acteurs occidentaux reconnaissent l’existence de progrès tangibles. L’Union européenne entend désormais affirmer son rôle central dans ce processus, refusant qu’un accord soit élaboré sans elle.

L’Ukraine attend un cadre solide lui garantissant souveraineté, sécurité et reconnaissance internationale, tandis que la Russie devra décider si elle souhaite ou non participer à la dynamique en cours. De cette décision dépendra largement la capacité de ce nouvel élan diplomatique à se transformer en véritable avancée vers la paix.

Haiti: l’accord du 3 avril et les faux pas d’une transition en déroute

0

Par Pierre Josué Agénor Cadet

La démission forcée du Premier ministre Ariel Henry, retenu à l’extérieur du territoire national dans un contexte d’insécurité et de paralysie institutionnelle, a ouvert une nouvelle séquence politique en Haïti. Dans l’urgence et sous pressions internes et internationales, des représentants issus de six secteurs politiques économiques, sociaux et religieux (accord de Montana, accord du 21 décembre, pitit Dessalines, RED/EDE/Compromis historique /REN/Inter Foi, groupe de la société civile) ont conclu un accord politique visant à instaurer une transition pacifique et ordonnée. Cet accord a donné naissance à un exécutif bicéphale composé d’un Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et d’un gouvernement transitoire.

I. Architecture et ambitions de l’accord du 3 avril 2024

L’accord politique, structuré en 16 sections et 53 articles, fut signé par 23 personnalités politiques représentant six blocs ou six secteurs. Ces signataires ont institué un Conseil Présidentiel de Transition composé de 9 membres : 7 conseillers à voix délibérative et 2 observateurs, chargés d’orienter la transition et de nommer un gouvernement avec pour mission trois priorités majeures: restaurer la sécurité, lancer des réformes constitutionnelles et institutionnelles, organiser des élections générales, crédibles et démocratiques.

Il s’agissait, en somme, de rétablir la fonctionnalité de l’État, de restaurer la confiance citoyenne et de créer les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel.

II. Les défaillances structurelles du CPT au regard de l’accord du 3 avril

Dès son installation officielle, le 24 avril 2024, le CPT a accumulé des manquements significatifs aux prescriptions mêmes de l’accord qui le fonde. Plusieurs dispositions essentielles n’ont pas été respectées, compromettant la légitimité et l’efficacité du processus.

  1. L’adoption de la présidence tournante une violation initiale de l’article 4.1

L’adoption unilatérale d’une présidence tournante, non prévue par l’article 4.1, a introduit une instabilité fonctionnelle, alimentant rivalités internes et blocages décisionnels. Cette entorse initiale a symbolisé le déficit de cohérence et de discipline institutionnelle qui marquera tout le fonctionnement du Conseil.

  1. L’absence d’institutions transitoires prévues par l’accord

Plusieurs structures cardinales n’ont jamais été mises en place, notamment : l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (OCAG) conformément à l’article . 2, le Conseil National de Sécurité ( art. 25 à 27),le Parquet financier national spécialisé ( art. 39) et la Commission Vérité, Justice et Réparation (art.40)
Ces organes étaient pourtant indispensables pour encadrer l’action de l’exécutif, renforcer la lutte contre la corruption, définir une politique sécuritaire cohérente et amorcer un processus de justice transitionnelle.

  1. La tentation électoraliste : une violation de l’article 49

L’article 49 stipule explicitement que les membres du CPT et du gouvernement de transition ne peuvent briguer un mandat aux prochaines élections. Or, certains ministres, notamment du gouvernement CPT/ Conille donnent déjà des signaux d’ambitions électorales, ce qui contrevient non seulement à l’accord, mais également à l’esprit de neutralité éthique qui devrait guider toute transition.

III. L’échec global de la mission transitoire : diagnostic et portée

Selon l’article 12.1 de l’accord du 3 avril 2024, le mandat du CPT, entré officiellement en fonction le 24 avril 2024, prendra fin le 7 février 2026, sans possibilité de prorogation (art. 13). Malgré cette échéance claire, le Conseil a pris l’initiative d’orienter tardivement la transition vers des élections, sans avoir rempli les conditions minimales de sécurité, de gouvernance institutionnelle ou de légitimité sociale.

Aujourd’hui, un consensus se dégage au sein de la société : la population, les secteurs ayant désigné les conseillers, et même plusieurs membres du CPT reconnaissent implicitement ou explicitement que l’organe transitoire a failli à sa mission.

L’incohérence stratégique, l’absence de mécanismes de redevabilité, la personnalisation des fonctions et le décalage profond entre les obligations de l’accord et la pratique quotidienne ont transformé cette transition en un exercice d’impuissance politique.

IV. Une transition en dérive

Les faux pas du CPT , au regard de l’accord du 3 avril 2024, résultent de l’incapacité d’un dispositif politique pourtant ambitieux à se conformer aux normes qu’il s’était lui-même fixées. Plus qu’un simple échec administratif, il s’agit d’un échec conceptuel : le CPT n’a ni consolidé l’État, ni rétabli la sécurité, ni organisé des élection, ni validé ni vulgarisé le projet de nouvelle constitution élaboré par le comité de pilotage qu’il avait lui-même créé, un processus qui a pourtant coûté plusieurs millions de gourdes à l’État.

Au final, l’écart entre la lettre de l’accord et sa mise en œuvre témoigne d’une crise plus profonde : celle de la gouvernabilité en Haïti, où les arrangements politiques nés de compromis fragiles peinent à se transformer en institutions efficaces. Le défi à venir sera non seulement de sécuriser le pays ,mais d’organiser des élections et de reconstruire un cadre institutionnel capable d’éviter la répétition des mêmes impasses.

Pierre Josué Agénor Cadet

Dadou Pasquet : la belle âme de la musique haïtienne, le pouvoir exécutif sympathise

0

Le décès ce 23 novembre 2025 du maestro Dadou Pasquet, géant du konpa et symbole culturel national, bouleverse Haïti. La Primature et la Présidence expriment leur profonde tristesse et saluent un héritage artistique qui continuera d’inspirer des générations.

La nouvelle a frappé Haïti en plein cœur. Le décès du mythique guitariste et compositeur Dadou Pasquet, annoncé par sa famille, a plongé le pays dans un deuil culturel et émotionnel. Figure incontournable du konpa, artisan du son haïtien moderne, musicien respecté et homme profondément humble, Dadou laisse derrière lui une œuvre monumentale et un vide immense. Il a dû supporter courageusement une maladie avant de rendre l’âme.

Dans un communiqué empreint d’émotion, la Primature a rendu hommage à « un pilier indiscutable du patrimoine musical haïtien », saluant un artiste dont la virtuosité et l’élégance ont porté haut les couleurs du pays sur les scènes internationales. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, au nom du Gouvernement, souligne la portée universelle de son art, rappelant que sa guitare a accompagné « les joies, les peines et les souvenirs » de milliers de familles haïtiennes, ici comme dans la diaspora.

La Présidence, par la voix du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), exprime également sa profonde douleur face à cette perte nationale. Elle décrit Dadou Pasquet comme une « icône de la musique haïtienne », un créateur capable d’allier tradition et modernité, et un modèle pour une génération entière de jeunes musiciens. Pour le pouvoir exécutif, son héritage ne se limite pas à sa discographie, mais incarne aussi une leçon de discipline, de dignité et de foi en la culture haïtienne.

Artisan de groupes légendaires, bâtisseur de l’identité musicale contemporaine, époux, père, ami, et symbole de rassemblement, Dadou Pasquet était bien plus qu’un guitariste : il était une mémoire vivante de la nation. Sa disparition bouleverse, mais son œuvre demeure lumineuse, intemporelle, vibrante.

En présentant leurs condoléances à la famille, aux proches, aux mélomanes et à toute la communauté artistique, les autorités appellent à célébrer plutôt qu’à pleurer, à transmettre plutôt qu’à oublier.
Haïti perd un géant.
Alors qu’il part pour l’orient éternel, sa musique, elle, continue — comme un souffle, un repère, une éternité.

La rédaction

Fin de Match : quand le Pouvoir ne Joue Plus

0

23 novembre 2025. La capitale se réveille confuse, épuisée, résignée. Rien de nouveau sous le soleil, depuis un an, plus rien ne choque, plus rien ne mobilise. L’anormal a avalé la norme. Nous avons atteint le stade où même le chaos semble routinier. Ici, les loups ne se cachent plus : ils rôdent à ciel ouvert. Alors, que faut-il croire encore ? Que reste-t-il à voir pour comprendre ?

Pendant que le pays s’enfonce dans l’incertitude, les conflits d’intérêts et les manœuvres politiques dictent la cadence. Le pouvoir se dispute comme un mauvais héritage, sans vision et sans honte. La sélection nationale, elle, offre un sursaut d’orgueil en décrochant sa qualification pour la Coupe du monde. Une bouffée d’air. Une parenthèse. Mais soyons honnêtes : politiquement, cette euphorie sera récupérée, instrumentalisée, avalée par la machine.

Tic tac… Nous sommes dans les temps additionnels et la montre tourne pour le CPT comme pour la Primature. Que faut-il maintenant ? Changer ? Remanier ? Décapiter politiquement ? Tout est envisageable dans les coulisses… mais comme toujours rien n’est réellement faisable. Voilà le vrai drame : un système où l’impossible règne non par incapacité, mais par calcul.

Ce week-end s’annonce lourd, les semaines à venir encore plus. Trop de théâtre, trop de mises en scène et zéro action. Mesdames et messieurs les décideurs : le pays n’a plus besoin de dialogues de coulisses. Il attend enfin un acte un vrai.

La Rédaction

Haïti politique : La tentation du pouvoir et le syndrome d’hubris au sommet de l’État

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Depuis plusieurs semaines, et plus intensément encore ces dernières heures, circule l’information selon laquelle le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé serait sur le point d’être révoqué et remplacé. Cette éventualité surgit à moins de trois mois de la fin du mandat des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), tel que défini dans l’Accord politique pour une transition pacifique et ordonnée, signé le 3 avril 2024 par des organisations et des secteurs qui avaient eux-mêmes désigné leurs représentants.

Une succession ouverte et fébrile

Les prétendants pour remplacer Fils-Aimé sont nombreux : Bernardin Audel, Bélizaire Fritz, Descartes Arnoux, Smith Magny entre autres noms évoqués avec insistance. Chacun dispose d’une petite armée de partisans actifs sur les réseaux sociaux, lançant une véritable campagne de promotion comme si la succession était déjà officiellement ouverte.
Dans cette atmosphère d’effervescence, le premier ministre en fonction est traité par certains comme un chef de gouvernement déjà remercié, tandis que les aspirants, grisés par la perspective du pouvoir, mobilisent leurs soutiens pour se positionner.

Un échec partagé et un pouvoir fragmenté

Il serait illusoire de ne voir dans cette situation qu’un simple conflit de personnes. L’échec d’Alix Didier Fils-Aimé, du CPT dans son ensemble, ainsi que des alliances parfois contre-nature qui ont permis leur installation, apparaît aujourd’hui difficilement contestable.

Mais derrière cet échec collectif se joue aussi une lutte d’influence. Selon des sources fiables proches du CPT, plusieurs conseillers-présidents seraient favorables au départ du premier ministre afin de propulser leur propre  » poulain » à la tête de l’exécutif, un chef de gouvernement susceptible d’assurer leur protection et de couvrir leurs dérives catastrophiques .

Pourtant, jusqu’à ce vendredi 21 novembre à 11h 46 du soir au moment où j’écris cet article , aucune majorité solide ne semblait émerger pour entériner cette décision. La majorité spéciale de 5 conseillers sur 7 inventée ou créée par le CPT, n’a toujours pas été atteinte.

Deux lignes s’affrontent au sein du CPT

Au cœur du CPT, deux tendances se dessinent clairement :

  1. La première, déterminée à nommer un nouveau chef de gouvernement dès la semaine prochaine, estimant que le maintien de Fils-Aimé, considéré comme un traître, fragilise davantage encore la transition.
  2. La seconde, plus prudente, juge qu’à moins de trois mois de la fin de leur mandat, les conseillers ne peuvent se permettre une telle décision sans un nouvel accord politique, cette fois conclu avec des secteurs crédibles et représentatifs de la vie nationale.

Dans ce contexte, des informations persistantes indiquent que le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, qui partagerait le même mentor politique que Fils-Aimé, aurait discrètement repris des consultations avec plusieurs leaders traditionnels et conjoncturels afin de sonder les conditions d’une sortie de crise.

Un pays épuisé par les transitions

Depuis le crapuleux assassinat du président Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Haïti attend péniblement un retour à l’ordre institutionnel et démocratique . Mais la perspective d’une nouvelle transition chaotique, entachée d’arrangements opaques, d’ambitions personnelles démesurées et de luttes intestines pour le contrôle de l’État, risque de plonger le pays dans une crise institutionnelle encore plus profonde.

Haïti, exsangue et fragile, ne peut plus se permettre une “transition de la honte” supplémentaire. L’heure n’est plus aux manœuvres de couloirs, mais à une refondation éthique et politique capable de restaurer la confiance et l’autorité de l’État.

Pierre Josué Agénor Cadet

Assassinat de Jovenel Moïse: le FBI auditionne cinq des Colombiens impliqués dans l’affaire

0

PORT-AU-PRINCE.— L’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse connaît un nouveau tournant. Cinq des dix-sept anciens militaires colombiens incarcérés en Haïti pour leur implication présumée dans l’opération du 7 juillet 2021 ont été transférés cette semaine à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) pour être interrogés par le FBI, ont indiqué leurs avocats.

Selon Me Nathalie Délisca, seul l’un d’entre eux, Edwin Enrique Blanquicet Rodriguez, a été entendu mercredi 19 novembre. Les auditions, réalisées par visioconférence, s’inscrivent dans une coopération judiciaire renforcée entre Washington et Port-au-Prince, visant à éclaircir les zones d’ombre d’un dossier toujours explosif.

Cette initiative fait suite à une demande formulée par plusieurs coaccusés poursuivis aux États-Unis, parmi eux James Solages, Antonio Intriago, Joseph Vincent et Emmanuel Sanon, qui ont sollicité l’appui de la DCPJ pour permettre aux enquêteurs fédéraux d’interroger les détenus colombiens.

Ce nouveau développement intervient un mois après une décision clé de la Cour d’appel de Port-au-Prince, qui a ordonné, le 13 octobre dernier, un approfondissement des investigations, notamment sur les flux financiers transnationaux et les communications entourant l’opération armée.

Plus de quatre ans après les faits, l’affaire Moïse continue de mettre en lumière l’ampleur de ses ramifications internationales, révélant un dossier complexe à l’intersection d’intérêts géopolitiques, de réseaux financiers opaques et de défaillances institutionnelles persistantes.

Jean Mapou