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28 novembre 1980 – 28 novembre 2025 : du bâillon d’hier aux dérives médiatiques d’aujourd’hui

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Quarante-cinq ans après le bâillon du 28 novembre 1980, les traces de cette journée continuent à hanter l’espace public haïtien ou la mémoire nationale . À l’époque, après la visite de l’ambassadeur Andrew Young et la parenthèse humaniste du président Jimmy Carter, un bref souffle de liberté avait permis à la presse de s’affirmer. Mais la défaite aux élections de Carter par le républicain Ronald Reagan et le retour d’un climat international favorable à l’autoritarisme offrirent au régime de Jean-Claude Duvalier l’occasion de resserrer l’étau. Le 28 novembre 1980, la dictature se déchaîne contre journalistes, étudiants, militants politique et intellectuels, brisant d’un coup l’élan démocratique naissant. Aujourd’hui, alors que les médias traditionnels comme numériques s’enfoncent dans la dépendance, l’affairisme et la cacophonie, cette date s’impose comme un miroir brutal : celui d’une conquête démocratique inachevée, parfois dévoyée, souvent trahie.

Contexte et portée du 28 novembre 1980

À la fin des années 1970, Haïti connaît une effervescence politique discrète mais réelle. Une nouvelle génération de journalistes, d’intellectuels et d’étudiants, influencés par les idées de libération, de justice sociale et de droits humains, défie ouvertement la dictature. Des médias comme Radio Haïti Inter, Radio Métropole, Radio Progrès, Radio Lumière, Le Petit Samedi Soir offrent des espaces d’expression relative. Les journalistes Michèle Montas, Anthony Pascal plus connu sous le nom de « Konpè Filo » , Sony Bastien, Liliane Pierre-Paul, Marvel Dandin, Richard Brisson, Marcus Garcia, Elsie Ethéart, Pierre Clitandre, Jean Robert Hérard, Jean L. Dominique, Georges Michel et d’autres dénoncent les abus du régime. La loi agressive parue le 20 octobre 1979 sur la presse provoque une mobilisation qui force le pouvoir à revoir sa copie et à publier, le 15 avril 1980, un nouveau décret-loi jugé plus ou moins acceptable

L’opération de terreur

Le 28 novembre 1980, la réaction du gouvernement de Jean-Claude Duvalier est d’une brutalité spectaculaire. Plus de 150 arrestations arbitraires frappent journalistes, intellectuels, religieux et militants, dont Jean-Jacques Honorat, Nicole Magloire et Lafontant Joseph. Stations fermées, bastonnades, humiliations, tortures, exils forcés : le pouvoir affiche son vrai visage et enterre le mythe du  » jeune président modernisateur » . La peur change de camp. Les milieux urbains éduqués rompent définitivement avec le régime, tandis que la communauté internationale commence à mesurer l’ampleur de la répression. La chute du régime le 7 février1986 1986, portée par une mobilisation populaire, porte l’empreinte de cette journée.

Les héritages politiques 45 ans après

  1. Les germes d’une société civile moderne

Le bâillon ou la rafle de 1980 façonne une génération d’acteurs sociaux qui, après 1986, s’engagent dans les organisations de défense des droits humains, les radios indépendantes, la presse critique et la structuration de la société civile. L’Association des Journalistes Haïtiens (AJH), dont j’ai été membre dès sa création, s’inscrit dans cet héritage.

  1. Une démocratie en pointillés

Si la chute de la dictature ouvre une ère nouvelle, les cicatrices de 1980 nourrissent des dynamiques contradictoires : méfiance entre l’État et la presse, fragilité institutionnelle, fragmentation des forces démocratiques, incapacité à construire une culture pluraliste. De 1986 à 2025, Haïti enchaîne élections contestées ou paralysées, transitions interminables, crises politiques chroniques et effondrement sécuritaire.

1986–2025 : liberté conquise, liberté fragilisée

Après 1986, radios et journaux se multiplient, la parole se libère, l’opinion foissonne. Mais quarante-cinq ans après la rafle de 1980, les menaces changent de forme : plus diffuses, moins spectaculaires, parfois plus corrosives. Les  » marchands de micro » et les  » prostitués de la plume » causent plus de dégâts que les censeurs officiels ; la manipulation subtile se substitue à la répression frontale.

Les dérives de nos médias

  1. Les médias traditionnels : fragilité, dépendance et connivence

Criblés de difficultés financières, beaucoup de médias vivent désormais de publicité politique, de chantage voilé, d’arrangements opaques. L’autocensure règne, la calomnie prospère. Ce ne sont plus les tontons macoutes qui dictent les lignes éditoriales, mais les budgets. Le sensationnalisme l’emporte sur l’enquête, la confrontation sur l’analyse, le potin sur l’information. Des journalistes se transforment en acteurs politiques camouflés, brouillant les frontières entre opinion, propagande et information.

  1. Les médias numériques : vitesse, violence et vacarme

Internet, qui aurait dû consolider la démocratie, produit souvent l’effet inverse. Le vrai devient ce qui circule vite, non ce qui est vérifié. L’indignation permanente remplace la réflexion. Les attaques se déplacent de la rue aux écrans : harcèlement, diffamation, menaces. Tout détenteur d’un téléphone devient analyste, juge, accusateur. Le chaos médiatique dilue la vérité dans un torrent de bruit.

Pourtant, il faut le reconnaître : des médias sérieux, traditionnels ou numériques, continuent à dénoncer corruption, malgouvernance, répression, inégalités, injustices et abus, et maintiennent vivante une presse indépendante et rigoureuse.

Quarante-cinq ans après, le 28 novembre 1980 ne doit pas devenir une simple commémoration poussiéreuse, mais un rappel de ce qu’exige une démocratie véritable. Cette date enseigne qu’un pays peut survivre de la dictature, mais non à la confusion ; qu’il peut résister au silence imposé, mais difficilement au vacarme qui déforme tout. Si nous ne reconstruisons pas un espace public fondé sur la rigueur, l’éthique et l’indépendance, le pays restera prisonnier, non plus de la peur d’hier, mais du brouhaha d’aujourd’hui. Entre le bâillon de 1980 et les dérives médiatiques de 2025, le fil est plus tendu qu’il n’y paraît : celui d’un combat pour la vérité que nous n’avons pas le droit d’abandonner.

Duvalier, à l’ombre de la guerre froide

Quand la politique étrangère n’est pas décorative

Publié en 2014, Duvalier, à l’ombre de la guerre froide de Wien Weibert Arthus écarte d’emblée le prisme binaire pour ou contre qui enveloppe généralement le personnage François Duvalier et fait de l’archive le point d’appui de l’analyse. En choisissant l’angle de la politique extérieure, l’ouvrage installe le débat sur le terrain des preuves. Dépêches d’ambassade, correspondances, procès-verbaux, mémorandums composent une matière qui permet de suivre, presque au jour le jour, la place qu’Haïti occupe, tout particulièrement sur la scène interaméricaine, entre 1957 et 1963.

Le livre part de l’hypothèse que la diplomatie n’est pas un décor, mais l’un des organes vitaux du régime, un espace où se construisent la légitimité, les ressources et les récits. Comme l’écrit Arthus, « Au cours de sa présidence constitutionnelle, Duvalier met sa politique étrangère complètement au service de sa politique intérieure. Tout ce qu’il entreprend vise un seul objectif : conserver le pouvoir de manière réelle et effective. »

Le théâtre international offre à François Duvalier une grammaire de contraintes et d’opportunités. La révolution cubaine reconfigure les peurs, la doctrine de sécurité des États-Unis irrigue l’Organisation des États américains, la France ajuste ses intérêts, la République dominicaine oscille entre rivalité et utilité. Dans ce cadre, Duvalier parle la langue dominante du temps, celle de l’anticommunisme, et convertit l’attention de Washington et des capitales voisines en appuis tangibles, crédits, programmes de coopération, assistance technique, soutiens policiers.

La politique étrangère agit comme un instrument de gouvernement. L’auteur souligne la centralisation personnelle de ce levier : « C’est lui qui définit et conduit sa politique étrangère, en toute indépendance. Il garde les mains libres en toute chose. »

L’ouvrage documente une personnalisation continue du dispositif diplomatique. Les postes rapportent, la décision se concentre au palais. La parole du chef tend à se confondre avec la voix de l’État. Les incidents protocolaires se muent en signaux de souveraineté, les revirements tactiques entretiennent une incertitude utile. Cette centralisation autorise des registres différenciés sans rupture de cohérence : alignement vigilant à Washington, principe de non ingérence à l’Organisation des États américains, registre culturel et francophonie à Paris, usage stratégique de Saint-Domingue comme repoussoir ou point d’appui selon la conjoncture.

Le dossier religieux illustre la même logique. Le bras de fer avec une partie du clergé relève d’une diplomatie de souveraineté qui vise les médiations symboliques. La négociation avec Rome s’inscrit comme un chapitre de politique extérieure dont les effets irriguent la scène interne. La revendication d’un clergé national sert à redessiner l’équilibre entre autorité spirituelle et autorité étatique. La diplomatie vaticane fonctionne ici comme prolongement de la diplomatie d’État.

L’étude suit la circulation des techniques entre extérieur et intérieur. Peur entretenue, chantage discret, fabrication d’ennemis utiles, mise en récit d’une résistance à l’ingérence passent d’un théâtre à l’autre. Promesses d’aide, lignes de crédit, formations, coopérations s’arriment à une économie politique de la fidélisation et du contrôle. Le commentaire relie la salle des cartes aux appareils de coercition et montre comment la scène internationale fournit des moyens, des justifications et des images.

Arthus inscrit cette mécanique dans ce qu’il nomme des « forces profondes » structurantes pour l’action publique, « la question raciale, la culture du pouvoir autoritaire, la lutte entre le catholicisme et le vaudou, le poids de la francophonie, la proximité géographique avec la République dominicaine et les États-Unis. »

Les partenaires apparaissent avec leurs ambivalences. Les États-Unis oscillent entre défense de la stabilité régionale et irritation devant les méthodes employées à Port-au-Prince. L’Organisation des États américains proclame des principes puis compose avec la conjoncture. La France ménage la relation culturelle et protocolaire tout en protégeant ses intérêts. Ce jeu à plusieurs bandes ouvre des interstices que le pouvoir haïtien exploite avec constance. La clé tient à la lecture fine des peurs d’époque et des lignes de fracture entre Est et Ouest.

L’apport de l’ouvrage tient à une inversion du regard. L’État haïtien apparaît comme producteur de politique extérieure et non comme simple objet de pressions. La diplomatie ne masque pas la répression, elle la soutient et l’organise. La trajectoire vers la présidence à vie s’explique par la coercition interne et par l’art d’habiter la carte du monde : parler la langue de la sécurité, se rendre utile à l’architecture régionale, obtenir des ressources, différer la question des droits.

Cette lecture critique se distingue par la tenue empirique et la rigueur d’analyse. Ni posture accusatoire, ni excuse géopolitique, un suivi des pratiques, des séquences et des effets. Elle rappelle qu’une politique étrangère peut structurer un ordre intérieur lorsqu’elle s’appuie sur les peurs dominantes et sur les ambiguïtés d’un système international préoccupé par la discipline hémisphérique. Ainsi s’établit l’idée que, sous Duvalier, la diplomatie n’est pas une fonction protocolaire, elle sert à gouverner, à punir, à financer, à raconter, et occupe la place d’un ministère de la survie avec ses relais officiels et informels, ses scènes d’adresse et ses cibles.

𝐋𝐚𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐬’𝐢𝐧𝐬𝐮𝐫𝐠𝐞 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐨𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐏𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞𝐫 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐞

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𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Les documents récemment révélés, qu’il s’agisse de la lettre officielle du président du CPT ou des échanges diplomatiques transmis aux conseillers, exposent une crise institutionnelle d’une rare intensité. L’ensemble dessine un paysage politique où la transition se trouve prise dans un double étau. D’un côté, des tensions internes autour du Premier ministre. De l’autre, des interventions diplomatiques qui franchissent les limites habituelles du dialogue entre États. Ce croisement de pressions crée une situation qui exige une lecture lucide, dépourvue d’affects partisans.

La lettre de Laurent Saint-Cyr, datée du 26 novembre 2025, se présente comme un appel à la responsabilité nationale. Elle insiste sur la fragilité du contexte, sur l’importance de la collégialité et sur les risques que ferait courir toute entreprise visant à modifier l’équilibre actuel à la tête du gouvernement. Pourtant, ce texte soulève plusieurs interrogations. Le président du CPT cherche à affirmer sa neutralité alors même qu’il signale publiquement son opposition à la perspective de révocation. Il évoque l’intérêt supérieur de la Nation pour appuyer son argumentation, mais cette invocation tend à confondre la défense de la stabilité avec une prise de position qui influe sur un débat interne au Conseil. La ligne entre un rappel institutionnel et une orientation politique s’y brouille, ce qui affaiblit la prétention à incarner un rôle équidistant.

La structure argumentative de la lettre repose sur un registre très solennel. Les notions de sagesse, d’unité et de sens du devoir sont mobilisées pour cadrer la contestation de certains conseillers comme une menace directe pour le pays. Ce choix stylistique donne au texte une dimension morale qui peut occulter le fait que des désaccords internes, même vifs, font partie intégrante d’une transition politique. La dynamique du Conseil ne peut fonctionner sans débats réels et sans la possibilité d’interroger l’action du Premier ministre. Une telle réalité, pourtant essentielle, apparaît en retrait dans la lettre, comme si toute divergence risquait de perturber la cohérence du dispositif institutionnel.

Les messages diplomatiques, quant à eux, introduisent un élément encore plus préoccupant. Des représentants étrangers s’adressent directement aux conseillers, formulent des avertissements et évoquent des mesures telles que la révocation de visas ou l’inscription de responsables haïtiens sur des listes sensibles. Leur tonalité se rapproche de l’instruction plus que de la consultation. Ils qualifient certaines initiatives internes de menace pour leurs relations bilatérales et tentent d’influencer l’issue d’un débat qui relève du seul cadre haïtien. Ce type d’intervention révèle une asymétrie profonde. La diplomatie y adopte une posture de contrôle qui questionne la marge réelle d’autonomie du CPT au moment où se joue une décision majeure.

Ce climat produit une tension structurelle. Le président du CPT revendique une autorité morale pour défendre l’unité, tandis que des ambassades utilisent des leviers de pression pour empêcher une décision interne. Les deux approches invoquent la stabilité du pays, mais elles convergent dans un même mouvement : réduire l’espace de délibération autonome du Conseil. Les diplomates prétendent éviter un effondrement institutionnel, mais leurs méthodes introduisent un risque différent, celui d’un affaiblissement durable de la souveraineté politique. Le président du CPT appelle à la sérénité, mais son texte présente la contestation interne comme une menace quasi existentielle, ce qui relativise la possibilité d’un débat légitime.

L’épisode rappelle que la souveraineté n’est pas une abstraction juridique. Elle se manifeste dans la capacité d’une institution à exercer son jugement sans craindre une sanction extérieure ou une condamnation interne déguisée en impératif moral. Les réactions publiques autour du Premier ministre révèlent que cette capacité reste fragile. Elles montrent également que la transition, pour remplir sa mission, doit garantir un espace où chaque décision peut être examinée, discutée, soutenue ou contestée sans intervention extérieure ou encadrement excessif du discours institutionnel.

Le moment présent impose une exigence particulière : permettre au Conseil de travailler sans être pris au piège d’une double pression. Les débats internes ne doivent pas être assimilés à une menace contre l’État, tandis que les partenaires étrangers ne peuvent se substituer aux mécanismes de décision haïtiens. L’enjeu dépasse la controverse autour du Premier ministre. Il concerne l’autorité réelle des institutions chargées de conduire le pays vers les élections et de restaurer un ordre démocratique capable de résister aux influences qui entourent cette transition.


27 novembre 2025

Haïti: Une formation à l’intention des partis politiques en amont des prochaines élections

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PORT-AU-PRINCE.— Sous le haut patronage de la Présidence et de la Primature, et avec l’appui du Ministère de la Justice, une série d’ateliers de formation destinée aux partis politiques a été lancée cette semaine dans la capitale. L’initiative, pilotée, dans l’Ouest, par le Centre de Promotion de la Démocratie et de l’Éducation Participative (CPDEP), s’inscrit dans un programme national déployé dans les dix départements du pays.

Pendant trois jours, responsables de partis, cadres administratifs et représentants de la société civile ont été réunis pour travailler sur des thématiques essentielles à l’approche d’un processus électoral jugé déterminant pour l’avenir du pays.

Plusieurs formations politiques majeures dont PHTK, Fanmi Lavalas, OPL, AAA, Pitit Dessalines ou encore EDE ont pris part aux sessions.

Les échanges ont porté sur le cadre légal régissant les partis, la participation citoyenne, la gouvernance démocratique, ainsi que la transparence et la responsabilité politique. Les intervenants ont également insisté sur la nécessité d’un dialogue interpartis et d’une formation continue pour garantir des élections crédibles et inclusives.

Un espace de réflexion sur le rôle des partis dans la crise

Les participants ont été invités à examiner les fondements idéologiques de leurs organisations et à réfléchir à leur rôle dans un pays frappé par une crise multidimensionnelle. Un exercice collectif, intitulé «Quel rôle doivent jouer les partis politiques dans la crise que traverse Haïti?», a permis de dégager plusieurs pistes sur la responsabilité de ces structures dans la reconstruction du système démocratique.

Une initiative saluée par les participants

Considérée comme une démarche constructive dans un contexte national instable, cette première série de formations a reçu un accueil favorable.

Pour Amos Piard, dirigeant du parti konbit pou demokrasi, ces ateliers représentent «un espace d’échanges ouverts et de réflexion stratégique sur l’avenir des partis et la transition politique». Il a toutefois rappelé que la participation citoyenne reste un défi majeur en raison de l’insécurité et des déplacements massifs de population.

De son côté, Sheila Pélissier, coordonnatrice genre du parti Ayiti An Aksyon (AAA), a salué une initiative nécessaire: «On ne peut pas envisager d’élections sans des partis structurés. La formation est indispensable, tout comme la participation politique des femmes pour redresser la société haïtienne».

D’autres sessions sont d’ores et déjà planifiées dans les différents départements. Le CPDEP affirme que ce programme vise à contribuer à la refondation d’un système politique crédible, fonctionnel et véritablement tourné vers les besoins de la population.

Jean Mapou

Haïti: Les hommes d’affaires Andy Apaid et Charles-Henri Baker auditionnés par le BLTS

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PORT-AU-PRINCE.— Deux personnalités influentes du secteur privé haïtien, Andy Apaid Junior et Charles-Henri Baker, ont été auditionnées mardi par le Bureau de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants (BLTS), a confirmé la Direction de la Communication de la Police nationale d’Haïti (DICOP). Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une procédure judiciaire en cours, dont les autorités n’ont pour l’instant livré aucun détail substantiel.

Selon les informations disponibles, ces auditions font partie des efforts de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) pour intensifier les enquêtes menées par ses unités spécialisées sur plusieurs dossiers qualifiés de sensibles, notamment en matière de trafic de stupéfiants.

Les autorités n’ont pas précisé les raisons exactes des convocations, ni indiqué si des suites judiciaires immédiates étaient envisagées.

À ce stade, aucune mesure conservatoire ou décision additionnelle n’a été annoncée à l’issue des auditions. La PNH n’a pas non plus indiqué si d’autres personnalités du secteur privé ou politique pourraient être appelées à comparaître dans le cadre de ces investigations.

Des vidéos virales alimentent les spéculations, mais aucune confirmation officielle

Cette évolution intervient alors que circulent sur les réseaux sociaux des vidéos montrant le chef de gang Wilson Joseph, alias «Lanmò san jou», affirmant avoir découvert des substances ressemblant à de la marijuana dans une usine qu’il attribue à Andy Apaid.

Ces allégations, largement relayées en ligne, n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle. Aucune relation n’a été établie par les autorités entre ces contenus viraux et la procédure judiciaire actuellement menée par le BLTS.

Alors que ces accusations deviennent persistantes, elles ne sont pas corroborées. Cependant la convocation des ces magnas du secteur privé par le BLTS intervient suite à la diffusion sur les réseaux sociaux des vidéos montrant un champ de plantes ayant l’apparence de la feuille de cannabis.

Un rebondissement entre Apaid et les hommes armés dans un contexte sécuritaire fragile

Parallèlement Andy Apaid a déjà été visé par des rumeurs et accusations publiques provenant d’acteurs armés, notamment au sujet d’activités présumées liées au trafic illicite. Toutefois, aucune preuve, ni de décision de justice ou conclusion d’enquête n’a été rendue publique jusqu’à présent. Ces affirmations demeurent donc, à ce jour, des déclarations non vérifiées.

Cette double audition intervient dans un climat national tendu, marqué par une recrudescence des violences criminelles et les soupçons d’implication de certains acteurs économiques dans des réseaux illégaux.

Pour la police, il s’agit d’un signal d’une enquête qui se veut «rigoureuse et impartiale», selon la DICOP, avec pour objectif de faire toute la lumière sur les dossiers en cours, alors que le pays tente de lutter contre la criminalité organisée et de restaurer la confiance dans l’État de droit.

Jean Mapou

Haiti: Quand les sanctions américaines et les pressions diplomatiques rythment la crise politique

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mercredi 26 novembre 2025 – La décision des États-Unis de sanctionner Fritz Alphonse Jean, membre du Conseil présidentiel de transition (CPT), a provoqué une onde de choc dans la classe politique haïtienne, ravivant le débat sur l’ingérence étrangère et les luttes de pouvoir internes. Cette mesure, justifiée par Washington par des « liens présumés avec des gangs armés », est perçue par de nombreux acteurs locaux comme une tentative d’influencer la composition du gouvernement et de bloquer le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dont l’incapacité à gouverner est pourtant manifeste selon le conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean.

Une sanction qui divise

Fritz Alphonse Jean, conseiller-président représentant l’Accord de Montana, a fermement rejeté les accusations américaines. « Je réfute catégoriquement l’accusation portée contre ma personne par les autorités américaines de mon implication avec les gangs armés ou d’autres éléments criminels », a-t-il déclaré, exigeant des preuves et affirmant sa détermination à poursuivre la révocation du Premier ministre pour « incompétence et insubordination ».

Cette position a reçu un soutien public de nombreuses personnalités politiques. Claude Joseph, ancien Premier ministre et leader du parti EDE, a exprimé sa solidarité avec le conseiller, dénonçant le « diktat étranger ». « J’ai été le premier à produire des critiques solides et argumentées de son ouvrage. Cependant, je tiens aujourd’hui à saluer son courage », a-t-il déclaré, rappelant avoir lui-même remis un document de trois pages au Chargé d’Affaires américain Henry T. Woster détaillant « l’échec de Didier Fils-Aimé ».

Cependant, l’isolement de Fritz Alphonse Jean lors de sa conférence de presse où seul Lesly Voltaire était présent illustre les fractures au sein du ( CPT ) conseil présidentiel de transition. Les conseillers Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, pourtant signataires de la résolution contre le Premier ministre, ont brillé par leur absence.

Une ingérence perçue comme évidente

Pour de nombreux observateurs, la sanction contre Fritz Alphonse Jean est directement liée à son opposition au Premier ministre soutenu par les ambassades américaine et canadienne. Moïse Jean Charles, leader du parti Pitit Desalin, y voit un « affront à la société haïtienne » et une preuve de l’ingérence étrangère. L’ancien diplomate américain Pierre Antoine Louis abonde dans ce sens, estimant qu’« Haïti est sous tutelle ».

Un sentiment partagé par Roberson Alponse, qui déclarait sur les ondes de la Radio Magik 9 : « On a l’impression que le problème sécuritaire est devenu un prétexte pour que certaines personnes restent au pouvoir. C’est cynique. »

Des partis et regroupements politiques signataires du Consensus politique pour le redressement national qualifient d’« ingérence inacceptable » les messages des ambassadeurs américain et canadien. Révoltés, ces dirigeants pressent les membres du ( CPT ) conseil présidentiel de transition de réparer ce qu’ils considèrent comme une « honte nationale ».

Le silence de la diplomatie haïtienne critiqué

Plus de vingt-quatre heures après la divulgation des messages des diplomates étrangers, la Chancellerie haïtienne demeure silencieuse, suscitant incompréhension et indignation. Pourtant, l’article 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques stipule clairement le « devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures » de l’État accréditaire.

Le titulaire du ( MAE ) Ministère des Affaires Étrangères, Harvel Jean Baptiste, est particulièrement critiqué.

MPour plusieurs observateurs, cette absence de position claire traduit une fragilité diplomatique inquiétante et met en lumière l’incapacité du ministre à défendre la souveraineté de l’État haïtien.

La position contraire du président du CPT

Dans cette crise, Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition, se positionne différemment. Il s’oppose fermement à toute éviction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, estimant que « ces démarches ont installé une inquiétude réelle au sein de l’opinion publique nationale, suscité les préoccupations légitimes de nos partenaires internationaux, et font désormais peser une menace sérieuse sur la stabilité du pays ».

Dans une lettre aux membres du Conseil, il lance un appel « à l’unité, à la sagesse et à la responsabilité nationale », estimant qu’un changement de gouvernement « à près de deux mois du 7 février porterait un coup sévère aux efforts déjà engagés pour rétablir la sécurité ».

Un contexte de fragilité institutionnelle

La crise actuelle met en lumière les tensions persistantes entre la souveraineté nationale et l’influence des partenaires internationaux. Alors que le ( CPT ) conseil présidentiel de transition est censé piloter la transition vers des élections démocratiques, les pressions diplomatiques semblent orienter ses décisions internes.

Le cinéaste Richard Senecal observe amèrement : « La réalité est que les diplomates étrangers préfèrent souvent travailler politiquement avec des sans-gêne, précisément parce qu’ils peuvent leur mettre de la pression facilement et obtenir ce qu’ils veulent. »

Garry Pierre-Paul Charles, dans un réquisitoire violent, accuse le conseiller sanctionné d’être « le véritable fossoyeur de la démocratie », soulignant la polarisation des discours. Pourtant, l’absence de preuves publiques des accusations américaines alimente le scepticisme.

Vers une escalade…?

Alors que Fritz Alphonse Jean affirme ne pas céder aux pressions, la communauté internationale, notamment les États-Unis et le Canada, semble déterminée à maintenir leur ligne. Le département d’État américain affirme : « The Trump Administration stands firmly with the Haitian people who wish to see the end to ongoing violence. »

Un responsable américain avait prévenu : « This is not the time to test U.S. resolve. » Cette détermination contraste avec les appels à la souveraineté nationale de nombreux politiciens haïtiens.

Dans un pays en proie à une crise multidimensionnelle, la légitimité des institutions transitionnelles est plus que jamais en jeu, tiraillée entre attentes populaires et réalité politique internationale, alors que le groupe « Kasasyon Nou Prale » réclame déjà la démission collective des membres du CPT et du gouvernement, estimant que ces révélations « confirment l’effondrement de la légitimité et de la crédibilité du CPT ».

Washington révoque le visa d’un haut fonctionnaire haïtien accusé de soutenir des gangs

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WASHINGTON.— Les États-Unis ont annoncé lundi une nouvelle série de sanctions visant un haut responsable du gouvernement haïtien, accusé d’entretenir des liens avec des groupes criminels et de faire obstacle aux efforts engagés pour combattre les organisations criminelles qui déstabilisent le pays.

Dans un communiqué, le Département d’État a confirmé avoir imposé «des restrictions de visa à un fonctionnaire actuel du gouvernement haïtien pour avoir soutenu des gangs et d’autres organisations criminelles, et pour avoir entravé la lutte du gouvernement haïtien contre les gangs terroristes».

Le nom du haut fonctionnaire sanctionné n’a pas été révélé, par le communiqué, alors que le Conseiller-Président Fritz Alphonse Jean a vu son visas américain révoqué. Tout porté à croire que le haut fonctionnaire sanctionné serait l’un des membre du CPT.

Un signal fort alors que les gangs gagnent encore du terrain

Cette décision intervient dans un contexte où Washington intensifie sa pression sur les acteurs haïtiens soupçonnés de collusion avec les chefs de gangs. En mai 2025, les États-Unis avaient placé deux importantes coalitions armées Viv Ansanm et Gran Grif sur la liste officielle des organisations terroristes étrangères, une première dans l’histoire récente des relations entre les deux pays.

Selon le Département d’État, ces mesures visent à soutenir les efforts de stabilisation et à créer les conditions nécessaires à un retour à l’ordre démocratique. «Les États-Unis restent déterminés à soutenir la stabilité en Haïti et attendent des progrès concrets vers des élections libres et équitables. Le peuple haïtien en a assez de la violence des gangs, de la destruction et des querelles politiques intestines», souligne le communiqué.

Un contexte de tension diplomatique

La révocation du visa d’un haut fonctionnaire haïtien s’inscrit dans une stratégie plus large de Washington visant à isoler et sanctionner toute personnalité politique ou administrative soupçonnée de soutenir les gangs ou de tirer profit du chaos.

Pour plusieurs observateurs, cette mesure pourrait annoncer une série de sanctions supplémentaires dans les semaines à venir, alors que les États-Unis poussent pour une accélération du processus électoral et un renforcement de l’État de droit.

Source: AFP

Jean Mapou

Crise au CPT : Laurent Saint-Cyr appelle à la responsabilité et à la stabilité

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Par Gesly Sinvilier

La tension est montée d’un cran la semaine dernière au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). En coulisses, certains de ses membres ont tenté de renverser le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, plongeant la transition dans une zone d’incertitude politique. Ces manœuvres ont eu des répercussions immédiates sur la scène internationale : le conseiller-président Fritz Alphonse Jean a été sanctionné par les autorités américaines, un geste qui a ajouté une pression considérable sur un Conseil déjà fragilisé.

Face à cette situation explosive, le conseiller-président Laurent Saint-Cyr, actuel coordonnateur du CPT, a choisi une posture de retenue et de hauteur. Dans une lettre adressée à ses collègues, il a lancé un appel solennel à la cohésion, à la prudence et au sens du devoir national. Et son message tient autant du rappel à l’ordre que de la mise en garde.

Prioriser L’intérêt supérieur de la Nation

Dans ce courrier, Saint-Cyr rappelle d’abord un principe fondamental :

« L’intérêt supérieur de la Nation commande que nous dépassions nos divergences et que nos ambitions restent au service du collectif, afin d’avancer ensemble vers les résultats que notre peuple attend. »

Pour lui, l’urgence n’est pas au bouleversement mais à la continuité. Si certains ajustements peuvent être envisagés « dans un souci d’efficacité », il juge inopportun – et dangereux – un « bouleversement majeur de l’équilibre institutionnel » à quelques mois de la fin du mandat du CPT, prévue pour le 7 février 2026. En d’autres termes : provoquer une crise interne maintenant serait irresponsable, voire dangereux.

Préserver la stabilité d’un État déjà ébranlé

Laurent Saint-Cyr insiste sur la nécessité de protéger ce qui demeure de stabilité institutionnelle dans un pays éprouvé par la crise politique, la violence généralisée et la méfiance citoyenne.

« Il m’incombe de veiller à la stabilité et à la continuité de l’État et d’éviter tout choix qui pourrait porter préjudice à notre pays… »

Son positionnement se veut clair : stabilité et rigueur dans la conduite de l’action publique.

À ses yeux, toute initiative qui détourne le CPT de sa responsabilité première qui est de conduire la transition jusqu’à la tenue d’élections crédibles, met en péril l’avenir collectif du conseil. Une déclaration qui sonne comme une revendication d’autorité, mais également comme une mise à distance des ambitions internes qui pourraient faire dérailler la transition.

Un appel à une transition pacifique et ordonnée

Le coordonnateur du CPT plaide pour une transition « pacifique, paisible et ordonnée », loin des querelles internes et des stratégies de pouvoir qui parasitent l’action gouvernementale.

« Haïti mérite un leadership responsable, lucide et courageux, entièrement dévoué à l’intérêt général… »

Dans un contexte de pressions internes et externes, il rappelle que l’ultime objectif du Conseil demeure inchangé : remettre le pays sur la voie constitutionnelle. En se démarquant clairement des tentatives de chamboulement, Laurent Saint-Cyr se place dans une position singulière : celle du responsable qui tente de maintenir le cap malgré les turbulences internes et la pression internationale.

À la veille du 7 février 2026, un moment décisif

À un peu plus de deux mois du terme officiel du mandat du CPT, ce rappel à l’ordre de Saint-Cyr prend des allures d’avertissement. L’heure n’est plus aux luttes d’influence mais à la consolidation d’un parcours institutionnel déjà chaotique. Son message, empreint de gravité, invite ses pairs à refuser toute démarche susceptible d’« éloigner des véritables urgences nationales ».

Dans un contexte où chaque faux pas peut aggraver la crise, l’appel de Laurent Saint-Cyr sonne comme une exhortation ultime : rester concentrés sur la mission première de la transition et éviter de nouvelles secousses institutionnelles qui pourraient mettre Haïti en péril.

Quand l’exemplarité prônée par Montana s’effondre avec la sanction de Fritz Alphonse Jean

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Par la Rédaction

L’Accord de Montana s’est toujours présenté comme l’alternative « morale » et « exemplaire » dans le paysage politique haïtien. Ses promoteurs ont longtemps revendiqué une posture éthique supérieure, se positionnant au-dessus du « système » incarné selon eux par les autres forces traditionnelles. Pourtant, ce lundi, la sanction américaine visant Fritz Alphonse Jean, l’un des visages les plus emblématiques du mouvement – présenté comme un technocrate intègre,  vient brutalement fissurer ce discours d’exemplarité.

La sanction, prononcée pour ses liens présumés avec des groupes armés et pour son rôle dans la déstabilisation du climat sociopolitique, n’est pas un simple incident. Elle constitue un tournant. Elle révèle une réalité longtemps occultée : personne n’est au-dessus de la mêlée, et encore moins ceux qui en faisaient un argument de supériorité politique.

Le fiasco du Collège présidentiel : une idée catastrophe née au sein de Montana

Il faut également rappeler que l’équipe intellectuelle et politique de Montana a été l’architecte du concept du Collège présidentiel: un dispositif institutionnel bancal, irréaliste et voué à l’implosion. Présenté comme une innovation consensuelle, il s’est révélé, très rapidement, un chaos total.

Au lieu d’apporter la stabilité, ce modèle a ouvert la voie à des rivalités internes, à une paralysie politique profonde et à une fragmentation encore plus grande du leadership haïtien. Ce qui devait être un laboratoire démocratique est devenu un symbole d’improvisation et d’irresponsabilité stratégique.

Incarner la pureté politique, humilié par l’un des siens

L’ironie est cinglante. L’équipe Montana a passé des années à se positionner comme un espace « propre », différent, presque sanctifié face aux « corrompus » et aux dérives des autres formations. Cette rhétorique morale, répétée à chaque tribune, vient de se fracasser contre la réalité : leur représentant au CPT est désormais sanctionné pour ses liens avec les gangs et pour sa contribution supposée à la violence qui ravage le pays.

Les promoteurs de Montana se retrouvent aujourd’hui dans la situation même qu’ils dénonçaient chez les autres : celle de devoir expliquer, justifier, relativiser l’indéfendable.

Après le scandale du BNC, le CPT replonge dans la tourmente

Comme si cela ne suffisait pas, cette nouvelle sanction arrive à un moment où le Conseil Présidentiel de Transition était déjà secoué par le scandale du BNC. Ce nouvel épisode place l’institution au cœur d’un débat encore plus grave sur la crédibilité, la moralité et la légitimité de ses membres.

Comment un organe chargé de conduire la transition, redresser la gouvernance et restaurer la confiance publique peut-il fonctionner quand il accumule scandales sur scandales ?
Comment peut-il prétendre orienter le pays vers des élections crédibles alors qu’il ne peut pas garantir la probité de ceux qui le composent ?

Haïti paie encore le prix des illusions

La sanction de Fritz Alphonse Jean n’est pas seulement un événement diplomatique. C’est un révélateur. Elle montre le fossé entre le discours et la pratique, entre les promesses d’exemplarité et la réalité du pouvoir.

Montana n’est pas un îlot de vertu. Le CPT n’est pas un sanctuaire moral. Et Haïti ne peut plus se permettre ces illusions dangereuses qui se brisent au premier test de transparence.

Plus que jamais, le pays a besoin de leadership honnête, cohérent et responsable – pas de nouveaux prophètes politiques qui finissent par tomber dans les mêmes dérives que ceux qu’ils accusaient hier.

Crise aérienne en Haïti : Sunrise Airways et l’OFNAC, l’expression d’une gestion chaotique ?

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, Mardi 25 novembre 2025 – Ce dimanche 23 novembre 2025 a été marqué par la mauvaise gestion d’une crise potentiellement très grave, par des communications officielles contradictoires, jetant le trouble parmi le public et les acteurs du secteur. D’un côté, Sunrise Airways annonce la suspension « immédiate » de tous ses vols vers et depuis Port-au-Prince pour des « raisons strictement sécuritaires ». De l’autre, l’Office National de l’Aviation Civile (OFNAC) affirme que les opérations se poursuivent « normalement », tout en révélant qu’un avion de la compagnie présente un « impact sous forme d’orifice » sur sa structure. Cette divergence radicale dans la communication officielle expose une mauvaise gestion criante de la situation et soulève de sérieuses questions sur la gouvernance de la sécurité aérienne en Haïti.

Le choc des communiqués

La séquence des événements, telle que racontée par les communiqués, est pour le moins déroutante. Sunrise Airways, agissant unilatéralement, a décrété un arrêt total de ses activités à l’aéroport international Toussaint Louverture. La compagnie invoque un motif vague mais alarmant : « la situation sécuritaire actuelle ». Ce terme, sans autre précision, peut tout aussi bien évoquer une menace terroriste, une instabilité politique généralisée ou des risques ciblés sur les infrastructures aéroportuaires.

En prenant une mesure aussi drastique, Sunrise envoie un signal fort : les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour opérer. Cela constitue un désaveu implicite, mais public, de l’incapacité des autorités, du gouvernement, du conseil présidentiel de transition ( CPT), de la Police Nationale Haïtienne et de L’OFNAC à garantir la sûreté des opérations.

Quelques heures plus tard, l’OFNAC, l’autorité censée superviser et réguler le secteur, répond par un communiqué qui semble provenir d’un univers parallèle. Non seulement l’office ne confirme pas la situation décrite par Sunrise, mais il la contredit frontalement en assurant que les vols se poursuivent « normalement ». Pire, c’est dans ce même communiqué que l’OFNAC choisit de divulguer presque incidemment une information capitale : un avion de Sunrise Airways a subi un « impact », une terminologie technique qui pourrait masquer un impact BALISTIQUE ou une défaillance structurelle grave.

Quand il y’a une crise communicationnelle

L’analyse de ces deux textes révèle une gestion de crise défaillante, chaotique à plusieurs niveaux :

  1. L’Absence de Coordination : Le fait que la compagnie et le régulateur n’aient pas aligné leurs messages est une faute majeure. Au lieu d’une communication unique, claire et rassurante émanant des autorités, le public est confronté à deux versions qui s’annulent. Cette incohérence nourrit la confusion, la défiance et la panique. Les passagers de Sunrise se demandent s’ils courent un danger, tandis que ceux des autres compagnies, rassurés par l’OFNAC, pourraient ignorer un risque potentiel.
  2. L’ Opacité des Motifs Réels : Pourquoi Sunrise a-t-elle pris une décision si radicale ? La « situation sécuritaire » évoquée est-elle liée à la découverte de l’« impact » sur son avion ? L’OFNAC, en ne faisant pas le lien explicitement, entretient le flou. Sunrise, de son côté, ne mentionne absolument pas l’incident technique, comme s’il s’agissait de deux crises distinctes. Cette dissociation est peu crédible et laisse supposer que ni l’une ni l’autre des parties ne souhaite révéler l’ampleur réelle du problème.
  3. Une Hiérarchie des Priorités Inquiétante : L’OFNAC semble privilégier la continuité opérationnelle (« les vols se poursuivent normalement ») à une transparence totale. En minimisant la portée de l’incident et en s’empressant de rassurer, l’office prend le risque de sous-estimer une menace. À l’inverse, la réaction de Sunrise, bien que potentiellement justifiée, semble précipitée et manque de transparence sur la nature exacte de la menace, créant un vide informationnel propice aux rumeurs.

Une crise de confiance institutionnelle

Au-delà de l’incident technique ou sécuritaire lui-même, c’est une crise de confiance qui se joue. Le passager haïtien ou international est en droit de se demander : qui croire ? La compagnie qui suspend tout, ou l’autorité de régulation qui affirme que tout va bien ? Cette contradiction publique sape l’autorité de l’OFNAC et jette une ombre sur la crédibilité de Sunrise Airways.

Les deux entités affirment que la sécurité est leur « priorité absolue » ou leur « engagement ». Pourtant, leurs actions communicationnelles respectives démontrent le contraire. Une gestion de crise efficace repose sur la coordination, la transparence et la clarté. Ici, nous avons eu de l’isolement, de l’opacité et de la contradiction.

Alors que les autorités haïtiennes promettent un rapport « dans les meilleurs délais », la première urgence était de restaurer un canal de communication fiable et unique. Le silence radio qui a suivi ces communiqués contradictoires n’est pas moins éloquent que les textes eux-mêmes : il témoigne d’un vide décisionnel et d’une incapacité à gérer une crise de manière cohérente et transparente. La sécurité aérienne ne se négocie pas dans la cacophonie, et c’est précisément cette cacophonie qui, aujourd’hui, représente le plus grand danger.