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VIH/Sida: Haïti réaffirme son objectif d’éliminer l’épidémie à l’horizon de 2030

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PORT-AU-PRINCE.— Le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) a commémoré, ce lundi, la Journée mondiale de lutte contre le Sida lors d’une cérémonie tenue à l’hôtel Montana, sous les thèmes: «Surmonter les perturbations, transformer la riposte au Sida» et «Sida: nou pap fè bak; n ap kontinye batay la».

L’événement s’est déroulé en présence du ministre de la Santé, Dr Sinal Bertrand, du directeur général du MSPP, Dr Gabriel Timothée, du représentant de l’ONUSIDA en Haïti, Dr Christian Mouala, du coordonnateur ad intérim du Système des Nations Unies, Ariel Pino, ainsi que de nombreux partenaires techniques et financiers.

Des progrès significatifs enregistrés, mais encore insuffisants

Selon les données couvrant octobre 2024 à septembre 2025, Haïti compte environ 150 000 personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Parmi elles, 145 648, soit plus de 90%, connaissent leur statut sérologique. Le pays enregistre 1 300 décès liés au Sida et environ 5 800 nouveaux cas sur la période.

Concernant l’accès aux soins:
–79% des personnes diagnostiquées suivent un traitement antirétroviral;
–67% ont bénéficié d’un test périodique de charge virale;
–57%présentent une charge virale indétectable, un élément essentiel pour interrompre la transmission du virus.

Si ces résultats témoignent d’avancées notables, ils restent en deçà des objectifs internationaux du « 90-90-90 » fixés pour 2020.

Un objectif encore en vue: éradiquer le VIH d’ici 2030

Le gouvernement réaffirme son ambition: placer Haïti sur la voie de l’élimination de l’épidémie à l’horizon 2030, avec une étape clé fixée à 2028 dans le cadre du Plan national multisectoriel de lutte contre le VIH/Sida.

«Nous allons poursuivre la bataille, malgré les défis», a insisté le ministre Sinal Bertrand, rappelant que l’insécurité persistante perturbe l’accès aux soins et fragilise les populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants.

Face aux obstacles sécuritaires et logistiques, le MSPP assure maintenir ses efforts, en coordination avec ses partenaires internationaux, pour améliorer la prévention, renforcer les services de prise en charge et protéger les avancées acquises au fil des années.

Jean Mapou

Décret électoral voté: le gouvernement confirme le 30 août 2026 comme date du premier tour

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Adopté à l’unanimité et désormais publié dans Le Moniteur, le Décret électoral fixe le cap : le premier tour des élections se tiendra le 30 août 2026. Le CPT et le gouvernement réaffirment leur engagement envers un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Port-au-Prince, 1er décembre 2025 — Le processus électoral franchit une étape décisive en Haïti. Réuni en séance solennelle ce lundi, le Conseil des ministres, présidé par Laurent Saint Cyr, Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), a adopté à l’unanimité le Projet de Décret électoral. Quelques heures plus tard, ce décret a été officiellement publié dans Le Moniteur, confirmant la volonté du gouvernement de matérialiser sans délai le retour à l’ordre constitutionnel.

En Conseil des ministres ce lundi 1er décembre, le gouvernement a enfin adopté le nouveau décret électoral. Validé par le CPT, ce texte ouvre la voie aux élections que le pays attend depuis trop longtemps. Le CEP dispose désormais de toutes les prérogatives pour publier le calendrier électoral et lancer la convocation des scrutins. Une avancée majeure sur le chemin du rétablissement de l’ordre constitutionnel en Haïti.

Mais un élément a particulièrement retenu l’attention : l’absence remarquée de l’éternel opposant et conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean. Une nouvelle fois, il brille par son absence lorsqu’il s’agit d’approuver des mesures essentielles pour le pays. À noter également que, malgré la promesse d’organiser tous les Conseils des ministres au Palais national, celui-ci s’est finalement tenu à la Villa d’Accueil — une promesse de plus non tenue par les autorités en place.

Acte fort de la publication du décret : la date du premier tour des élections est désormais fixée au 30 août 2026, une annonce qui clarifie la feuille de route de la transition et répond aux attentes pressantes de la population.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accompagné des membres du gouvernement et du CPT, a réaffirmé la détermination de l’exécutif à organiser un processus électoral « transparent, inclusif et sécurisé ». Il a souligné que toutes les ressources de l’État seront mobilisées pour garantir le respect strict de ce calendrier.

Le Décret électoral publié définit avec précision les modalités d’organisation, les mécanismes de contrôle et les délais à respecter, offrant ainsi un cadre clair et légal pour la tenue des scrutins. Sa publication dans Le Moniteur constitue un signal fort adressé à la nation et aux partenaires internationaux : le gouvernement avance de manière résolue vers la restauration de la stabilité institutionnelle.

Clôturant ses travaux, le Conseil des ministres a assuré que la voie des élections est désormais irréversible. Le gouvernement poursuivra sa collaboration avec toutes les institutions concernées afin de garantir la tenue du premier tour le 30 août 2026, étape clé vers un retour effectif à une gouvernance démocratique.

Cependant, un point continue de susciter des interrogations : l’insécurité persistante.
Au regard de l’ampleur des violences armées, des déplacements de population et des dégâts enregistrés dans plusieurs zones, de nombreux citoyens doutent de la capacité réelle de l’État à sécuriser le processus électoral. La réussite du scrutin dépendra étroitement des progrès réalisés en matière de sécurité du territoire, des électeurs et du matériel.

La rédaction

Haïti/Éducation : le préscolaire mis à la loupe à partir des enquêtes

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Le ministère de l’Éducation a présenté, le 1er décembre à Pétion-Ville, les résultats d’une enquête nationale menée dans plus de 300 centres préscolaires. Un travail qui offre un regard neuf sur ce cycle essentiel et servira de guide pour de prochaines orientations éducatives.

Les premières données structurées sur le préscolaire

Le système éducatif haïtien dispose enfin de premiers repères fiables sur l’état du préscolaire. À travers deux journées d’ateliers organisées à Pétion-Ville, le ministère de l’Éducation nationale a partagé les conclusions d’une enquête réalisée cette année dans des centres accueillant les enfants de trois à cinq ans.

Présents à cet atelier, le ministre de l’Éducation, Antoine Augustin; la directrice du préscolaire Dedy Millien Joseph, représentante de l’ UNICEF en Haïti, Geeta Narayan; l’Ambassadeur du royaume d’Espagne en Haïti, Marco Antonio Penin Toledano et tant d’autres.

Cette étude, conduite entre mai et juin 2025, a été effectuée auprès d’un vaste échantillon de structures éducatives à travers le pays, soient 400 centres. Elle porte sur des aspects essentiels comme la qualité des locaux, la disponibilité du matériel pédagogique, la formation du personnel, mais aussi des éléments souvent négligés tels que la nutrition, l’hygiène et les conditions de sécurité.

Selon les responsables du préscolaire, ces données constituent un outil indispensable pour comprendre les réalités de terrain. Elles permettent d’identifier où se trouvent les forces du système, où persistent les manques et quelles sont les priorités pour mieux accompagner les tout-petits.

Au cours des ateliers, les partenaires techniques et financiers ont salué cette démarche. Ils y voient une étape importante vers la mise en place d’une véritable politique nationale pour la petite enfance, un secteur encore trop peu structuré malgré l’intérêt croissant des parents.

L’étude devrait maintenant servir de base à des actions concrètes : harmonisation du cycle préscolaire, appui aux centres les plus vulnérables, renforcement de la formation des éducatrices et amélioration générale des services offerts aux enfants.

Pour le ministère, l’enjeu est clair : investir tôt pour donner aux plus jeunes les meilleures chances de réussir leur parcours scolaire. Avec cette enquête, l’État dispose enfin d’une vision plus précise pour orienter ses décisions et poser les jalons d’une réforme durable.

La rédaction

Le nationalisme des profiteurs, entre le placard et le ressentiment

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Me Sonet Saint-Louis

Le Président Jovenel Moïse a perdu le pouvoir dans la nuit du 7 juillet 2021, à la suite d’un coup d’État qui lui a coûté la vie et dans lequel sont impliqués certains de ses proches collaborateurs ainsi que des opposants politiques.

La classe politique haïtienne qui a pris les rênes du pays après cet assassinat odieux est désormais en passe de cumuler cinq années au pouvoir, soit l’équivalent d’un mandat présidentiel complet. Un pouvoir sans contrôle, dépourvu de mandat populaire, semble être le modèle de gouvernance que ces politiciens sans véritable ancrage imposent depuis ce drame affreux. Le maintien d’un tel régime ne peut qu’affaiblir davantage le pays, son indépendance et sa souveraineté. Il ouvre aussi la voie au pillage des ressources de l’État, transformé en une véritable banque à dévaliser en toute impunité.

C’est cette mauvaise gouvernance, dans laquelle Haïti s’enlise, qui conduit à son effondrement. Avec ce mode de gestion, la mort annoncée du pays était déjà inscrite, et ses ennemis n’ont plus besoin d’agir pour achever sa destruction. La corruption et la médiocrité pratiquées par les élites haïtiennes ont eu raison d’Haïti.

Amertume d’une frange politique

Qu’est-ce qui explique aujourd’hui l’amertume d’une certaine frange politique qui a pourtant longtemps collaboré avec les puissances occidentales pour accéder au pouvoir, au prix de compromissions préjudiciables aux intérêts nationaux ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est le Conseil présidentiel de transition – à travers le conseiller présidentiel, l’économiste Fritz Alphonse Jean – qui ressort le discours nationaliste pour dénoncer le comportement de certains ambassadeurs occidentaux en poste en Haïti dans la gestion des affaires de l’État. Les rapports historiques entre les États-Unis, puissance devenue globale, et Haïti, pays pauvre et fragilisé, ont toujours été marqués par une relation de domination. À mesure que l’effondrement du pays devient total, cette domination prend une forme de brutalité sans précédent. L’élite haïtienne porte la responsabilité de la situation actuelle, car elle s’est rendue elle-même non fréquentable.

Dès 2002, les Américains avaient pourtant lancé une alerte. Lors d’un discours prononcé en présence des principaux représentants de l’élite haïtienne, l’un de leurs anciens ambassadeurs évoquait la possibilité d’une renaissance haïtienne et soulignait le danger qu’il y avait à confier le pouvoir à des trafiquants et à ceux qui avaient contribué à la décomposition du système politique et économique du pays.

On peut certes douter de la sincérité de ce discours, au regard des multiples interventions américaines en Haïti, mais il faut reconnaître que l’avertissement avait été donné. Les États-Unis défendent leurs intérêts, ce qui est normal. La vraie question demeure : où trouver des Haïtiens capables de défendre les intérêts nationaux et de définir un véritable schéma directeur pour le développement du pays ?

Les interventions publiques de Fritz Alphonse Jean sont choquantes, tout comme celles de Moïse Jean-Charles et de Claude Joseph, tous trois géniteurs de ce Conseil présidentiel de transition auquel ils sont restés liés jusqu’au bout. Pensent-ils réellement pouvoir jouer un rôle central dans la gouvernance que la nation espère instaurer le 7 février 2026, après cette période marquée par la décomposition accélérée de l’État et de la société haïtienne ?

Je ne cherche à rabaisser aucun citoyen haïtien. La politique est, certes, notre bien commun. Lorsqu’il s’agit d’Haïti et des questions de développement national, tout le monde est légitime pour en parler, mais tout le monde n’est pas compétent pour en débattre ni pour le planifier.

Qu’est-ce qui confère, en effet, à Moïse Jean-Charles et à Claude Joseph ce droit souverain de décider de l’avenir d’Haïti, après avoir eux-mêmes contribué à des dérives politiques majeures et à des catastrophes nationales ? Dans le cas de Moïse Jean-Charles, est-ce la radicalité stérile de ses prises de position ou son ignorance avérée qui le désigne soudain comme arbitre du destin national ? Et dans celui de Claude Joseph, est-ce son opportunisme politique, entaché de pratiques douteuses et d’un lourd passif, qui lui donnerait la légitimité de tracer la voie du pays ?

La corruption conduit le pays vers la déchéance

En Haïti, lorsqu’on est un citoyen formé, doté d’une intégrité morale que nul ne saurait remettre en doute, on part presque toujours avec un handicap dans cette société.

Un jour, le député Jerry Tardieu posa la question suivante au professeur Leslie Manigat : en tant qu’historien global, héritier de l’enseignement de l’École des Annales, quel est selon vous le fait le plus marquant de l’histoire nationale ? Le professeur répondit spontanément et sans détour : la lutte contre la compétence, la qualité, l’excellence et l’intégrité. Il ajouta : si l’on place au pouvoir un homme certes compétent et éprouvé, mais corrompu, le pays ira encore plus vite vers la déchéance.

Malheureusement, tel est l’état lamentable dans lequel nous pataugeons. Les mêmes têtes corrompues, déchues, dégénérées, viennent, disparaissent puis réapparaissent pour imposer leur modèle de gouvernance fondé sur la médiocrité et la corruption — ces deux piliers autour desquels les élites, de gauche comme de droite, scellent leur consensus.

Qui avait hissé Didier Alix Fils-Aimé au pouvoir ? Ce n’est pas « le blanc » ni un acteur étranger, mais bien la majorité de la classe politique réunie au sein du Conseil présidentiel de transition, qui en a fait le choix. C’est le CPT qui avait décidé de la composition du cabinet ministériel, des nominations dans la diplomatie, du directeur général de la police et du haut commandement des Forces armées. La responsabilité du CPT est donc totale dans la catastrophe que nous vivons. Notre malheur ne provient pas seulement de ce gouvernement totalement improductif, mais aussi de l’instance qui l’a choisi et mis en place.

Le sentiment d’amertume que manifeste aujourd’hui cette équipe au pouvoir est trompeur, tout comme le retour soudain au discours nationaliste. On oublie vite que ce CPT a été installé à la suite d’un coup d’État international dont le docteur Ariel Henry fut la victime, devenu un meuble encombrant après avoir passé trente et un mois au pouvoir sans organiser une seule élection.

Sur quelle règle du droit international reposaient son arrestation puis sa détention sur le territoire étasunien ? Sur un « droit international » fondé sur les règles édictées par les États-Unis, et non sur le droit international classique. C’est à la lumière de ces règles qu’il faut comprendre les sanctions prises contre certains de nos compatriotes, qui ont la responsabilité de défendre leur cause devant un tribunal neutre, indépendant et impartial.

J’espère que les États-Unis et le Canada, pays démocratiques où domine l’État de droit, leur offriront cette possibilité, car le traitement de ces dossiers est essentiel pour la stabilité et la paix sociale en Haïti.

La tragédie haïtienne doit enfin prendre fin

La dignité dans la défense de l’intérêt national doit rester constante. Pour cela, il est indispensable que le pays fasse des choix raisonnables, fondés sur les critères de patriotisme, d’intégrité et de compétence pour désigner ses dirigeants.

En relations internationales — et plus encore dans les relations interétatiques — ce n’est pas toujours la position la plus juste qui triomphe, mais celle du plus fort. Dans le contexte actuel, Haïti ne peut pas être forte, mais elle peut faire preuve d’intelligence en se donnant une marge de manœuvre pour négocier et interagir avec les puissances du moment. La meilleure stratégie consiste à se replier après tant de défaites, afin de mieux nous organiser pour rebondir mieux dans l’histoire.

En attendant ces jours meilleurs, qui ne sont pas hors de portée, il est urgent de se défaire de cette équipe au pouvoir avec laquelle aucun compromis n’est possible. Il est temps de mettre fin à la tragédie haïtienne. Les manœuvres de dernière minute pour prolonger l’effondrement ne sont qu’un feu de paille : ils partiront tous ensemble. Offrons-nous donc, dans la concertation politique, une solution qui, cette fois-ci, fonctionnera.

Car malgré la nuit profonde que traverse la nation, Haïti possède encore les ressources humaines, morales et historiques pour se relever, à condition que ses enfants choisissent enfin la voie de la lucidité et de l’unité.

Heureuses saisons des fêtes. Le combat continue !

Me Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie de la recherche juridique à l’université d’État d’Haïti.

Université du Québec à Montréal
Email : sonet.saintlouis@gmail.com

Référendum constitutionnel annulé : Quand le PNUD exige des comptes

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PORT-AU-PRINCE, 1er décembre 2025 – Dans un geste qui traduit une inquiétude croissante quant à la transparence de la gestion des fonds publics et internationaux en Haïti, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a formellement sommé les autorités de lui fournir un rapport détaillé sur l’utilisation de près d’un million de dollars alloués au référendum constitutionnel, un projet désormais abandonné. Cette demande, adressée directement à la secrétaire générale du Conseil présidentiel de transition (CPT), Marie Elizabeth Régine Joseph Haddad, fixe une date butoir : le 30 novembre 2025.

Un rapport complet sur des fonds « sans suite »

Par une correspondance du 20 novembre et signée par son représentant en Haïti, Xavier Michon, le PNUD exige un « rapport détaillé sur le décaissement de 800 000 dollars américains et de 50 millions de gourdes ». Ces sommes, canalisées via le Volontariat pour le Développement d’Haïti (VDH) de Arnoux Descartes, étaient destinées aux activités préparatoires du référendum.

L’exigence du PNUD intervient alors que le projet, dont la version finale du texte avait été déposée le 28 août dernier, a été interrompu sans explication publique officielle. Le CPT, par la voix de son président Laurent Saint-Cyr lors de l’Assemblée générale des Nations unies, s’est depuis recentré sur le discours électoral, passant sous silence l’avenir de la révision constitutionnelle.

*Quand la crédibilité et gouvernance est enjeu *

Cette demande ne relève pas d’une simple formalité administrative. Pour le PNUD, il s’agit de clarifier l’utilisation de fonds publics et internationaux mobilisés pour un projet qui n’a pas abouti. L’absence persistante de reddition de comptes, selon plusieurs observateurs, constitue une entorse grave aux principes de bonne gouvernance et fragilise la confiance des partenaires internationaux comme celle de la population haïtienne.

La situation met en lumière un déficit criant de transparence et de communication institutionnelle. À ce jour, aucune information officielle n’a été rendue publique sur l’état d’avancement des dépenses engagées avant l’annulation du référendum, ni sur la destination finale des fonds non utilisés.

Dans un contexte légal et politique déjà controversé

Le référendum constitutionnel était contesté dès son lancement par de nombreux juristes et organisations de la société civile. Ces derniers rappellent que la Constitution haïtienne amendée en vigueur interdit expressément toute révision par voie référendaire, réservant ce pouvoir à l’Assemblée nationale. L’abandon du processus, couplé à l’opacité financière actuelle, ne fait que renforcer ces critiques et alimente les soupçons d’improvisation ou de mauvaise gestion.

Une pression accrue sur la transition

L’ultimatum du PNUD place le CPT dans une position délicate. Sa capacité à répondre de manière claire, documentée et dans les délais impartis sera scrutée comme un test de sa volonté de rompre avec les pratiques opaques du passé. L’enjeu est de taille : il concerne la crédibilité des autorités de transition dans la gestion des deniers publics et leur capacité à garantir une utilisation responsable de l’aide internationale, dans un pays en proie à une crise humanitaire et économique aiguë.

Si le rapport n’est pas fourni ou s’il s’avère insuffisant, la relation entre Haïti et ses partenaires financiers internationaux, dont le PNUD est un pilier, pourrait s’en trouver durablement affectée. Cette affire soulève des questions fondamentales sur la reddition de comptes, la planification des projets d’envergure nationale et l’obligation de résultats envers les citoyens et les bailleurs de fonds, surtout lorsque des projets d’une telle importance sont suspendus sans explication claire.

L’impunité en Haïti: Jean Édouard Baussan, un gros bonnet sous les feux des projecteurs

Par Jean Wesley Pierre

Six ans après un rapport accusateur, des figures puissantes défient toujours la justice tandis que les fusils inondent le pays. Pourtant, la DCPJ avait fait son travail.

PORT-AU-PRINCE, Haïti – 1er décembre 2025 – L’image est cauchemardesque et pourtant banale : dans les rues de Port-au-Prince, dans les zones de provinces, des adolescents armés de fusils d’assaut fabriqués aux États-Unis paradent sur les réseaux sociaux. , dans les rues de Port-au-Prince.

Ces armes, elles sont souvent transitées par des ports, des douanes, des circuits financiers et des réseaux d’influence qui semblent fonctionner en toute impunité, malgré les alertes répétées.

Au cœur de ce système obscur, un nom revient avec insistance depuis des années, révélant les liens profonds entre pouvoir économique, trafic d’armes et effondrement de l’État.

2019, Le rapport qui accuse

L’histoire remonte à un document explosif, aujourd’hui presque oublié dans le tumulte de la crise. En 2019, un rapport de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), signé du commissaire Rodrigue Pierre, pointait déjà du doigt l’un des géants de l’élite économique en Haïti, l’homme d’affaires Jean Édouard Baussan. Le document l’accusait d’être au centre d’un réseau de trafic d’armes alimentant les gangs, en complicité avec Dumond Franck Aby Larco.

En effet, ce dernier fut arrêté en décembre 2019 et condamné à quatre ans de prison. Contre Baussan, la ( DCPJ ) direction centrale de la police judiciaire avait requis un mandat d’amener. Mais l’affaire s’est alors heurtée aux plus hauts niveaux du pouvoir de l’époque. Une audition en juin 2023 n’a, jusqu’à présent, donné aucune suite.

Quand le système perdure malgré les preuves accablantes

Aujourd’hui, malgré ce passé judiciaire douteux, Jean Édouard Baussan exerce toujours une influence majeure sur des ports publics, ces artères vitales par où transitent, selon les experts de l’ONU et des ONG, des centaines de conteneurs dont seule une infime partie est inspectée. Il contrôle également UNIBANK.

Plus récemment, en septembre 2025, son nom a été associé à la nomination du directeur général des Douanes, Gérald Remplais. Cette révélation met en lumière un mécanisme pernicieux : l’infiltration des institutions mêmes censées contrôler les frontières et faire respecter l’embargo sur les armes décrété par l’ONU en 2022.

Haïti et l’embargo fantôme sur les armes

C’est bien là le paradoxe tragique. Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU renouvelle son embargo, des rapports détaillés comme celui de la BBC en avril 2025 ou celui d’Amnesty International dès 2006 tracent un itinéraire implacable : les armes partent majoritairement des États-Unis, notamment de Floride, « l’État du lustrage d’armes ». Elles sont achetées par des « prête-noms », dissimulées dans des cargaisons de biens de première nécessité, et expédiées vers Haïti.

Le trafic repose sur une chaîne de défaillances : laxisme des lois sur les armes aux États-Unis, contrôles portuaires quasi inexistants, et corruption endémique au sein des douanes haïtiennes. Comme le résumait un expert à la BBC : « Nous avons le diagnostic, nous connaissons les symptômes, mais nous ne faisons rien pour réellement guérir. »

Haïti, la nation sous le feu des gangs

Les conséquences sont chiffrées en vies humaines. L’ONU estime qu’entre 270 000 et 500 000 armes illégales circulent dans un pays qui n’en fabrique aucune. En 2024, plus de 5 600 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs. Des quartiers entiers sont sous leur coupe, les enlèvements et les violences sexuelles dont personnes n’est épargné qu’il soit femme ou homme, sont systématiques. Des fusils de précision et des armes lourdes, comme le Barrett.50, une arme anti-matériel, apparaissent maintenant dans les saisies, illustrant une escalade meurtrière.

L’impératif de justice vis-à-vis des hommes influents

Face à ce fléau, la justice internationale montre parfois ses muscles. En février 2024, Jocelyn Dor a été condamné aux États-Unis à cinq ans de prison pour avoir exporté des armes au gang 400 Mawozo. Le « roi » du gang, Joly Germine, risque la perpétuité. Ces condamnations sont nécessaires, mais elles ciblent souvent les exécutants, les « acheteurs de paille ».

Le véritable défi réside en Haïti même, celui de briser l’impunité des commanditaires, de ceux qui, protégés par leur fortune et leurs relations, utilisent les infrastructures de l’État pour faire entrer les armes et blanchir l’argent des rançons. Le dossier Baussan, il y a six ans, est devenu le symbole de cette justice entravée.

Une grande et noble bataille pour la survie de l’État

La lutte contre le trafic d’armes n’est pas qu’une affaire de police. C’est une bataille pour la survie de l’État de droit. Elle nécessite de s’attaquer aux trois piliers du trafic :

  1. l’approvisionnement (avec une pression accrue sur les États-Unis),
  2. la corruption aux frontières (avec un nettoyage des douanes et des ports)
  3. et le blanchiment d’argent (avec un contrôle strict du secteur bancaire).

Tant que des figures influentes pourront présumément user de leur pouvoir pour bloquer les enquêtes et contrôler des postes clés, les embargos resteront des vœux pieux. Et les armes continueront d’arriver, une caisse après l’autre, alimentant un cycle de violence qui consume la nation. Le temps n’est plus aux rapports qui dorment dans les tiroirs, mais à l’action judiciaire courageuse et impartiale. La crédibilité future d’Haïti en dépend.

Mort suspecte d’une écolière haïtienne en RD: une pétition internationale exige vérité et justice

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Santo Domingo, RD.— Une mobilisation grandissante réclame des explications sur la mort mystérieuse de Stephora Anne-Mircie Joseph, une élève haïtienne de 11 ans. Elle a été retrouvée sans vie le 14 novembre 2025 dans la piscine d’une résidence à Santiago de Los Caballeros, en République dominicaine.

Alors que les circonstances du drame restent floues, aucune institution dominicaine n’a encore fourni d’information officielle.

Face à ce silence, la Plateforme de promotion des droits des femmes du Nord-Est d’Haïti et l’organisation Fanm Angaje au Canada ont lancé une pétition exigeant vérité, justice et des garanties de protection pour les enfants haïtiens et les familles d’origine afro-haïtienne vivant en République dominicaine.

Le texte dénonce un climat persistant de vulnérabilité et de discriminations visant ces communautés.

«Je veux que justice soit rendue à ma fille», déclare la mère de la victime, Lovelie Joseph, qui demande une enquête transparente et indépendante.

La pétition, largement relayée sur les réseaux sociaux, cherche à maintenir la pression pour que la lumière soit faite sur cette affaire et pour que des mesures de protection soient mises en place afin d’éviter de nouveaux drames.

Jean Mapou

Un « Consensus politique » pour réorienter la transition haïtienne présenté à Delmas

Par Jean Wesley Pierre

PORT-AU-PRINCE, Haïti – Un front politique et civil d’envergure a présenté, ce samedi 29 novembre, le « Consensus politique pour le redressement national et la réorientation de la transition ». La cérémonie officielle, qui a réuni beaucoup de militants à Delmas, marque une tentative de rassemblement pour sortir le pays de l’impasse.

L’initiative, portée par près de 200 partis, groupements politiques et organisations de la société civile, vise à créer une dynamique unitaire. Parmi les membres du comité de pilotage figuraient des figures politiques reconnues telles que l’ancien Premier ministre Claude Joseph, l’ancien ministre du Commerce Jonas Coffy et l’ex-sénateur du Nord, et ancien candidat à la présidence, Moïse Jean-Charles.

Les promoteurs de ce consensus affirment qu’il exprime une volonté collective de dépasser les clivages traditionnels. « Cette initiative exprime la volonté de mettre de côté toutes les divergences politiques entre les signataires afin de parvenir à une transition plus efficace, plus inclusive et réorientée vers des solutions durables », ont-ils déclaré lors de la cérémonie.

Le document se présente comme une feuille de route alternative pour la période de transition, avec un objectif affiché de stabilité et d’efficacité dans la gouvernance.

Une proposition institutionnelle : un exécutif bicéphale

Parmi les propositions phares de ce consensus figure la mise en place d’un exécutif bicéphale, composé d’un Président et d’un nouveau Premier ministre. Cette structure de direction conjointe serait chargée de conduire la prochaine phase de la transition, selon les signataires.

Cette proposition institutionnelle vise à établir un équilibre des pouvoirs et une représentation plus large des sensibilités politiques et de la société civile au plus haut niveau de l’État.

Un contexte critique

La présentation de ce consensus intervient dans un contexte haïtien marqué par une crise multidimensionnelle persistante. L’initiative cherche à apporter une réponse structurelle à l’instabilité politique et à l’urgence sécuritaire que connaît le pays.

La mobilisation observée à Delmas témoigne de l’attente d’une partie de la classe politique et de la société civile pour une nouvelle gouvernance. Reste à savoir si cette initiative parviendra à fédérer au-delà de ses signataires initiaux et à influencer le cours de la transition.

Pont-Sondé sous l’étau des gangs : la population lance un cri d’alarme

Par Jean Wesley Pierre

PONT-SONDÉ, Haïti – le dimanche 30 novembre 2025 — La localité de Pont-Sondé, dans le département de l’Artibonite, est de nouveau sous l’emprise de la terreur. Depuis vendredi soir, des bandits assiègent la zone, provoquant un nouveau mouvement de désespoir parmi les habitants qui se sentent abandonnés par les autorités.

Face à la recrudescence des attaques, la communauté a lancé un SOS désespéré. Les résidents dénoncent l’absence des forces de l’ordre pour les protéger et neutraliser les criminels qui opèrent en toute impunité. « Les habitants se sentent abandonnés et dénoncent l’inaction des autorités policières, accusées de n’avoir pris aucune mesure pour neutraliser les criminels », rapporte un témoin sur place.

Le traumatisme du 4 octobre 2024

Cette nouvelle vague de violence réveille le traumatisme encore vivace du 4 octobre 2024, date à laquelle plus de 70 personnes, dont 10 femmes et 3 nourrissons selon un rapport de Nations Unies, avaient été massacrées à Pont-Sondé lors d’une attaque similaire. Plus d’un an après ce drame, la population constate amèrement que l’insécurité persiste, malgré les promesses des autorités.

Une indignation générale

L’avocat et figure politique bien que décrié, André Michel, par la voix du collectif SDP et des signataires de l’accord du 21 Décembre, dénonce cette violence dans le département de l’Artibonite, il a relayé l’appel au secours des habitants. « Les gangs criminels de Gran Grif ont mis de l’eau dans les yeux de la population de Pont-Sondé hier soir. Nous demandons à la PNH de prendre ses responsabilités. Nous ne sommes pas en dialogue avec les gangs. Pas d’amnistie pour les gangs », a-t-il déclaré sur son compte X, anciennement Twitter.

Alors que la crise sécuritaire s’aggrave de jour en jour, la population de Pont-Sondé, comme beaucoup d’autres à travers le pays, attend toujours que l’État assume son rôle régalien fondamental : protéger la vie et les biens de ses citoyens.

Pierre Raymond Dumas rend hommage à Edmond Paul dans un livre fondateur

Par Jean Wesley Pierre

L’écrivain et homme politique haïtien s’apprête à publier une œuvre de plus de 600 pages visant à réhabiliter la mémoire d’un penseur majeur du 19ème siècle. Un travail de plus de 40 ans de recherches assidues.

PORT-AU-PRINCE, Haïti – Dimanche 30 novembre 2025 — Dans un geste éditorial qui couronne quatre décennies de recherche et de réflexion, Pierre Raymond Dumas, l’éminent écrivain et homme politique haïtien, s’apprête à publier un ouvrage capital consacré à Edmond Paul, figure intellectuelle et politique du 19ème siècle qu’il décrit comme « un Haïtien maltraité dans l’histoire, dans la pensée politique ».

Un projet de longue haleine

Dans un entretien exclusif accordé à « Café Philo » le samedi 29 novembre 2025, l’auteur de « Une police dans la tourmente » et « Fin du militarisme Haïti » a révélé les détails de ce projet exceptionnel. « C’est un livre que j’ai commencé à écrire en même temps que le livre que j’ai écrit sur Frédéric Marcellin, mais pour des raisons personnelles et idéologiques, j’ai laissé le livre dormir (retardé la publication), un livre que j’ai pris 40 ans à écrire », a confié Pierre Raymond Dumas.

L’ouvrage, qui atteint déjà 600 pages selon ses mots, représente le fruit d’un travail acharné. « J’ai pris des années pour faire les fondations du livre », a-t-il souligné, évoquant les difficultés rencontrées pour poser les bases de ce projet ambitieux.

Vulgariser la pensée d’Edmond Paul

L’objectif de Pierre Raymond Dumas est clair : « J’écris ce livre avec une idée fixe, qui est de permettre aux lecteurs haïtiens et étrangers de connaître Edmond Paul, de découvrir Edmond Paul ». L’auteur précise que son approche se veut « sans prétention d’écrire un livre doctoral mais plutôt promotionnel dans l’optique de vulgariser les pensées d’Edmond Paul ».

Cette volonté de rendre accessible la pensée d’Edmond Paul répond à un constat : celui d’un héritage intellectuel injustement négligé. Né à Port-au-Prince le 8 octobre 1837, Alexis Frédéric Edmond Paul était pourtant un penseur fondamental de la jeune nation haïtienne.

Un héritage familial et intellectuel prestigieux

L’ouvrage de Dumas retrace le parcours exceptionnel de cet homme issu d’un milieu privilégié. Fils de Jean Paul, premier maire de Port-au-Prince qui « a failli être président d’Haïti à la place de Soulouque » Edmond Paul a grandi « dans une famille aisée » et a étudié en France avec Michel Chevalier comme camarade.

De retour au pays en 1860, il commence rapidement à influencer le débat public. Son premier ouvrage majeur, « Questions politico-économiques », expose sa vision pour réformer le système éducatif haïtien, qu’il considérait essentiel pour la croissance économique et la cohésion sociale.

Un penseur aux idées modernes

Edmond Paul se révèle être un penseur avant-gardiste, décrit par Pierre Raymond Dumas comme « un adepte du libéralisme parlementaire » et aussi « un adepte du protectionnisme ». Dès 1861, il engage le premier grand débat économique haïtien resté dans les annales, s’opposant au partisan du libre-échange A. Monfleury.

Homme d’action autant que de réflexion, Edmond Paul cofonde le Parti libéral en 1870 avec Jean-Pierre Boyer Bazelais et devient député de Port-au-Prince. Il participe activement à d’importantes réformes monétaires et à l’assainissement des finances de l’État.

La réhabilitation d’une mémoire nationale

À travers ce livre, Pierre Raymond Dumas, ancien ministre de la Culture et de la Communication et ancien directeur général de la Radio Nationale d’Haïti accomplit plus qu’un travail d’historien. Il offre aux Haïtiens et au monde entier l’opportunité de redécouvrir un penseur, un génie dont les idées sur l’industrialisation, l’éducation et la souveraineté économique résonnent étrangement avec les défis contemporains.

La publication prochaine de cet ouvrage promet d’enrichir significativement la compréhension de l’histoire intellectuelle haïtienne et de rendre justice à un homme que Le Moniteur décrivait, à sa mort en 1893, comme « un de ses fils réellement utiles, un de ses hommes politiques tout à fait considérables ».