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Quand le président Jovenel Moïse parlait de “moun li yo”

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Ce jeudi 4 décembre 2025, entre trois et quatre heures de l’après-midi, j’écoutais une émission d’expression publique ou de libre tribune, sur ma station de radio préférée, animée par l’un des journalistes les plus crédibles et honnêtes de la presse haïtienne, Marvel Dandin . Au détour d’un appel, un auditeur, téméraire jusqu’à l’aveuglement, affirma sans sourciller que lorsque le président Jovenel Moïse parlait de “moun li yo”, il désignait ses propres hommes armés, ceux qui imposent aujourd’hui leur loi sur des pans entiers de l’Artibonite, du Centre et de l’Ouest. Une déclaration à l’emporte-pièce, symptomatique d’un mal profond : la falsification volontaire de la parole d’un chef d’État, même lorsqu’il parlait dans la langue la plus claire, la langue commune du peuple haitien.

Il faut rappeler à cet auditeur, et à tous ceux qui répètent la même ineptie, que le président s’était exprimé en créole, sans détour ni ambiguïté. Il parlait de la classe la plus nombreuse et la plus nécessiteuse. Ceux qui prétendent aujourd’hui réécrire ses mots n’ont pas écouté ou n’ont pas compris son discours : ils l’ont déformé pour qu’il corresponde à leurs obsessions politiques. Les faits sont pourtant têtus : “moun li yo” n’était ni un clin d’œil à des malfaiteurs, ni une allusion codée. C’était la manière, simple et directe, d’un président d’identifier une population que les réactionnaires taxent de « gros souliers » qu’il considérait comme la sienne, parce qu’il en était issu.

Ironie tragique : ce ne sont pas les adversaires du président qui ont inventé l’expression qui les obsède aujourd’hui. Ce sont les gangs eux-mêmes qui, depuis aprèsle crapuleux assassinat du president Moïse, nomment leurs alliés, leurs parrains, leurs anciens protecteurs. Le vocabulaire du banditisme a envahi le débat public, au point que certains commentateurs mélangent désormais les codes criminels et le langage politique, incapables de distinguer la rumeur fabriquée de la réalité documentée.

Et que dire de ces “analphabètes sonores” d’une certaine opposition ( pour reprendre une expression qui les résume parfaitement) qui, du matin au soir, déclamaient que le mandat du président Moïse expirait le 7 février 2021, alors que tout élève de niveau fondamental sait qu’un mandat présidentiel de cinq ans débutant le 7 février 2017 se termine inévitablement en 2022 ?
Ces marchands de confusion, qui transformaient l’arithmétique constitutionnelle en outil de propagande, ont préparé le terrain au chaos institutionnel que nous avons connu. Ils ont semé le doute, attisé la discorde, et fourni à leurs alliés de l’ombre une justification politique pour franchir l’irréparable.

Ceux qui se proclamaient “sauveurs”, ceux qui juraient détenir toutes les solutions une fois le président Jovenel n’est plus , sont les mêmes qui ont plongé la nation dans le gouffre.Les complices silencieux ou bruyants de l’assassinat de Jovenel Moïse portent une responsabilité historique : celle d’avoir plongé le pays dans le tumulte qu’ils prétendaient combattre.

Pierre Josué Agénor Cadet

Trafic d’armes en Haïti : Jean Édouard Baussan, NON COUPABLE

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le 4 décembre 2025 — Dans un paysage judiciaire marqué par des lenteurs, des contradictions et un profond manque de confiance du public, l’affaire liée au trafic présumé d’armes de guerre avait, à l’époque, mis en lumière un acteur : Jean Édouard Baussan. Le dossier examiné par le cabinet d’instruction le 1er avril 2020 dévoilait une succession de déclarations, de convocations et de précisions qui interrogeaient autant qu’elles éclairaient les mécanismes de l’enquête.

Une enquête lancée sur la base d’un lien non démontré

Selon un rapport de police publié le 30 décembre 2019, un lien possible aurait existé entre l’inculpé principal, Dumont Franck Aby Larco, et l’homme d’affaires Jean Édouard Baussan. Mais ce lien n’avait été ni détaillé ni documenté. De plus, aucune pièce du dossier initial transmis au magistrat instructeur ne mentionnait Baussan.

Lors de son audition, Aby Larco avait affirmé ne pas connaître Edouard Baussan, disant simplement avoir déjà entendu son nom parmi les associés de la UNIBANK, sans jamais avoir eu de rapports avec lui.

Jean Édouard Baussan, un rôle limité selon ses déclarations

Le magistrat instructeur avait alors convoqué Edouard Baussan, qui s’était présenté non comme un responsable de l’Autorité Portuaire Nationale (APN), mais comme un agent maritime, autorisé à travailler dans l’enceinte du port et à servir d’interface entre l’APN et la douane.

Interrogé sur le navire MV Century, au cœur des soupçons de trafic d’armes, l’homme d’affaires avait décrit son rôle comme strictement technique. Il avait indiqué par écrit qu’il transmettrait la liste complète des bateaux “Century” ayant fait escale à Port-au-Prince, avec les dates, cargaisons, agents responsables et ports d’origine.

Le 29 janvier 2020, son avocat, Me Samuel Madistin, avait effectivement transmis au magistrat instructeur les bill of lading du MV Century, retraçant la cargaison du navire.

Baussan avait nié toute relation avec Aby Larco et rejeté fermement l’idée d’un lien quelconque, allant jusqu’à lancer un défi public à quiconque voudrait démontrer le contraire.

Dumont Franck Aby Larco, le consultant armurier du Palais national

Aby Larco avait déclaré être consultant et armurier au Palais national, précisant que le responsable de sécurité lui avait confié trois armes à feu pour sa protection.

Le rapport de police évoquait également un individu nommé Junior Rouling, décrit comme vendeur de drogues, d’armes et de munitions, présenté comme un associé d’Aby Larco. La police soutenait aussi que le Port Lafito aurait pu servir de point de débarquement pour les armes liées au dossier. Le texte soulignait toutefois que ce port n’appartenait pas à Jean Édouard Baussan.

Le réquisitoire définitif : distinctions importantes

Le réquisitoire définitif du 27 mars 2020 apportait une conclusion notable :
Pour Edouard Baussan et Junior Tibul, alias Junior Routing :
→ Le commissaire du gouvernement estimait qu’aucun indice sérieux ne permettait de les impliquer.
Pour Dumont Franck Aby Larco :
→ Le commissaire avait requis son renvoi devant la juridiction répressive pour trafic d’armes, détention illégale et complicité.
→ Les autres inculpés devaient également être renvoyés pour avoir, selon la conclusion, aidé Aby Larco dans ses actes.

Un dossier symptomatique des défis de la justice haïtienne

Cette affaire illustrait la complexité des enquêtes portant sur le trafic d’armes en Haïti :
manque de documentation initiale, contradictions entre rapports, déclarations divergentes et conclusions nuancées des autorités judiciaires.

Si le nom de Jean Édouard Baussan avait concentré l’attention dès le départ, l’instruction judiciaire avait finalement conclu qu’aucun élément probant ne permettait de l’impliquer dans les faits reprochés à Aby Larco.

Le GARR exige vérité et justice pour Stephora Anne-Mircie Joseph

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Par la Rédaction

Le décès de Stephora Anne-Mircie Joseph, fillette haïtienne de 11 ans, continue de provoquer indignation et incompréhension. Dans un communiqué publié mardi, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) déplore une tragédie « évitable » et réclame une enquête crédible et transparente après sa mort, survenue le 14 novembre lors d’une activité scolaire à Hacienda Las Caballos, en République dominicaine.

Élève brillante et déterminée, Stephora s’était rapidement imposée comme un exemple d’intégration pour les enfants haïtiens vivant en territoire dominicain. Sa famille et ses enseignants décrivent une fillette curieuse, engagée et résiliente, malgré les discriminations qu’elle subissait à l’école. Son parcours témoigne d’un courage admirable dans un environnement où le racisme et les moqueries liés à son origine étaient fréquents.

Pour le GARR, les circonstances du drame restent trop floues. Aucune enquête rigoureuse n’a encore été rendue publique, ce qui constitue selon l’organisation un affront à la vérité et à la mémoire de la victime. L’institution souligne l’absence manifeste de mesures de prévention, l’insuffisance de la surveillance et le manque de vigilance des responsables lors de l’activité. Elle dénonce également la communication tardive et superficielle de l’établissement scolaire, qui, quinze jours après les faits, n’a pas apporté d’explications substantielles, donnant l’impression d’un exercice de façade plutôt que d’une prise de responsabilité.

Au-delà du drame, le GARR rappelle que Stephora évoluait dans un contexte marqué par des discriminations persistantes envers les enfants haïtiens en République dominicaine. Il estime que la double vulnérabilité de ces élèves – à la fois en raison de leur origine et de leur statut migratoire – exige des institutions éducatives une vigilance accrue et un encadrement exemplaire, qui ont manifestement fait défaut dans ce cas.

L’organisation exprime sa solidarité envers la famille Joseph et insiste pour que les autorités dominicaines fassent toute la lumière sur les faits. Pour le GARR, il est inconcevable qu’une activité scolaire censée être sécurisée se transforme en drame, et encore plus inadmissible que les institutions concernées tardent à rendre des comptes. La vérité doit émerger, et les responsabilités être pleinement assumées afin d’éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise.

Le BSEIPH célèbre la journée internationale des personnes handicapées

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La journée internationale des personnes handicapées est célébrée le 3 décembre. Cette année, pour marquer ce jour, le bureau du secrétaire d’État à l’intégration des personnes handicapées a organisé une cérémonie à l’hôtel karibe, à Petion Ville.

Plusieurs personnalités avaient fait le déplacement, parmi lesquelles le conseiller-président Edgar Leblanc Fils, le coordonnateur résident a.i. des Nations unies en Haïti, Mouala Christian, le représentant résident du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), la ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, Pedrica Saint Jean, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Antoine Augustin, ainsi que le ministre des Affaires sociales et du Travail, Georges Wilbert Frank.

Dans son intervention, le secrétaire d’État aux personnes handicapées, Genard Joseph a mis l’accent sur l’importance de cette journée pour cette catégorie de la société. « Il s’agit d’une journée au cours de laquelle l’on fait de la promotion des droits de ceux-là vivant avec un handicap. Génard Joseph a plaidé en faveur de l’inclusion sociale, condition essentielle de l’épanouissement de tous.

De son côté, le ministre Georges Wilbert Frank a lancé un message de sensibilisation à l’ensemble de la population, invitant chaque citoyen considéré comme un « potentiel handicapé » à s’engager dans la défense des droits des personnes vivant avec un handicap.

Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à renforcer l’inclusion dans les institutions publiques et a rappelé que la feuille de route du MAST prévoit l’intégration des personnes handicapées et la protection accrue des enfants vulnérables.

Il faut noter que cette commémoration a coïncidé avec la graduation de 100 étudiants en massothérapie et réhabilitation fonctionnelle.

Grâce au BSEIPH, ils ont suivi trois mois de formation , dans l’objectif d’offrir à des personnes à mobilité réduite des compétences favorisant l’autonomie et la prévention des complications liées au handicap.

Gedeon Delva

Haïti: Une formation pour les partis politique qui révèle autant les progrès que les limites institutionnelles

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PORT-AU-PRINCE.— La clôture d’une serie de formations organisées par le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) sous le haut patronage de la Présidence, marque une nouvelle étape de la stratégie officielle visant à professionnaliser les partis politiques. Plus d’une centaine de représentants, issus de formations déjà régularisées auprès du ministère, ont pris part à ces ateliers qui se veulent un instrument de modernisation du paysage politique haïtien.

Mais derrière cet effort institutionnel, plusieurs enjeux structurels persistent, et interrogent la profondeur réelle de cette démarche.

Le choix du créole pour une participation inclusive: un signal symbolique mais stratégique

Le choix d’organiser les sessions exclusivement en créole n’est pas anodin. Dans un pays où la langue a souvent servi de barrière à l’accès à la vie publique, cet ancrage linguistique traduit une volonté d’inclusivité, au moins sur la forme. Menées par le Centre pour la Promotion de la Démocratie et de l’Éducation Participative, les deux journées précédentes des 22 et 23 novembre avaient pour objectif de simplifier la transmission des outils, de moderniser les pratiques internes et de renforcer les compétences en communication.

Ces formations s’insèrent dans une tournée nationale qui a déjà touché le grand Sud et le Nord, mobilisant des centaines de membres de partis politiques. Le MJSP veut ainsi bâtir une dynamique progressive de renforcement institutionnel, dans un contexte où les structures partisanes restent pour la plupart faibles, éclatées, voire dormantes.

La régularisation des partis: filtre nécessaire ou mécanisme d’exclusion?

Le critère imposé par le MJSP: être un parti régularisé pour participer aux sessions, illustre une volonté affichée de sérieux et de transparence. Toutefois, dans un système politique où la régularisation dépend autant de la capacité administrative que des rapports de force, ce filtre pourrait aussi fonctionner comme une barrière.

Il renforce un paradoxe: l’État cherche à professionnaliser les partis… mais seulement ceux qui ont déjà atteint un certain niveau d’organisation. Peut-être une bonne guerre pour stopper la multiplication des partis politiques dans le pays, sans piétiner les droits citoyen.

La démarche demeure néanmoins cohérente avec la volonté d’assainir l’espace politique et d’établir des standards minimaux pour ceux qui aspirent à jouer un rôle institutionnel.

Un accueil favorable avec une absence notable: la dimension du genre

Si l’initiative a suscité une appréciation globalement positive, elle a aussi révélé une omission majeure: la question du genre.

La représentante du parti Mobilisation Démocratique pour le Relèvement d’Haïti (MDRH), Leger Mc Guffy, l’a souligné en exprimant une position critique sur le quota de 30 % de représentation des femmes, qu’elle accuse de « diminuer » les femmes plutôt que de les promouvoir.

Cette intervention met en lumière un dilemme fondamental: comment construire une modernisation politique qui n’intègre pas d’emblée l’un des enjeux les plus discutés dans les démocraties contemporaines—la participation équitable des femmes?

L’absence du thème dans les modules interpelle, car elle révèle les limites idéologiques de la formation: moderniser l’encadrement technique des partis, oui; remettre en question les rapports de pouvoir internes, beaucoup moins.

Un levier de modernisation… dans un paysage politique qui peine à se restructurer

Pour les organisateurs, cette formation représente un outil essentiel pour corriger les failles structurelles des partis: fragmentation, absence de cadres formés, leadership improvisé, manque de stratégie interne. En théorie, l’objectif est clair: professionnaliser la vie politique et préparer les partis à jouer un rôle stabilisateur dans un pays secoué par l’insécurité, la méfiance citoyenne et l’absence prolongée d’élections.

Mais la modernisation institutionnelle ne peut se limiter à la transmission de modules techniques. Elle doit s’inscrire dans une vision globale:
– de redéfinition du rôle des partis dans la gouvernance ;
– de renforcement de la redevabilité publique ;
– de construction d’un leadership politique aligné sur les besoins sociaux et non seulement sur les échéances électorales.

Cette formation, un pas en avant, mais le chemin demeure long

Cette série de formations marque incontestablement un progrès dans la tentative de moderniser la vie politique haïtienne. Elle introduit des outils, crée un espace de réflexion et ouvre ne serait-ce que modestement, la voie à une meilleure professionnalisation des acteurs partisans.

Mais la modernisation véritable exige davantage: une volonté politique durable, une refonte des pratiques internes, l’intégration de thématiques structurantes comme le genre, l’éthique ou la gouvernance et surtout, un engagement effectif pour restaurer la confiance citoyenne.

En somme, elle illustre un effort nécessaire, mais encore insuffisant, pour transformer un paysage politique qui reste profondément fragile.

Jean Mapou

Haïti à la croisée des chemins : prolongation du CPT ou une nouvelle transition sous la pression internationale

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Par Jean Wesley Pierre

Alors que l’OEA évoque un nouveau gouvernement de transition pour février 2026, le conseiller-président Fritz Jean, sanctionné par les États-Unis, défend une prolongation de son mandat, exposant les tensions entre légitimité interne, urgence sécuritaire et injonctions de la communauté internationale.

Port-au-Prince – le jeudi 4 décembre 2025 — Une bataille de récits et de calendriers se joue actuellement en Haïti, cristallisant les profondes divisions qui paralysent le pays. D’un côté, le secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), Albert Ramdin, en visite dans le pays, a évoqué la mise en place potentielle d’un nouveau gouvernement de transition à partir du 7 février 2026. Cette transition, d’une durée estimée entre six à douze mois, aurait pour mandat impératif de former une structure « efficace » et « crédible » capable de rétablir la sécurité, d’organiser des élections et de gérer l’une des pires crises humanitaires de l’hémisphère.

De l’autre côté, l’actuel pouvoir, incarné par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et son conseiller-président Fritz Alphonse Jean, semble rejeter ce scénario. Dans une déclaration faite ce mercredi 3 décembre, M. Jean a affirmé que si le « mandat » du CPT prenait fin théoriquement le 7 février prochain, sa « mission », elle, pourrait s’étendre sur « 10 à 12 autres mois ».

L’argument avancé est celui de la continuité : seul le CPT en place, malgré son bilan largement critiqué, pourrait, selon lui, créer les conditions de sécurité nécessaires pour aboutir à des élections.

La stratégie de la « mission » contre le « mandat »

Le discours de Fritz Jean opère une distinction sémantique et politique cruciale. En opposant le « mandat » (une durée fixe, institutionnelle) à la « mission » (un objectif à remplir, potentiellement élastique), il tente de justifier une prolongation de facto du pouvoir au-delà de la date butoir. Cette rhétorique n’est pas nouvelle dans l’histoire des transitions haïtiennes, souvent marquées par des gouvernements intérimaires qui s’éternisent, invoquant l’instabilité ou des défis techniques pour repousser les échéances démocratiques.

Cependant, cette position se heurte à plusieurs obstacles majeurs :

  1. La défiance nationale : Le CPT est décrit par de nombreux observateurs comme « totalement dysfonctionnel ». Son incapacité à endiguer la violence des gangs, qui contrôlent une grande partie de la capitale, et à améliorer les conditions de vie désastreuses de la population, a considérablement érodé sa crédibilité.
  2. Les sanctions internationales : Fritz Jean lui-même est sous sanctions américaines pour ses « relations présumées avec les gangs ». Ces mesures, qui visaient à provoquer une remise en question et un renouvellement, semblent pour l’instant avoir eu l’effet inverse : un raidissement. L’annonce d’une possible prolongation apparaît comme un défi lancé à la communauté internationale.
  3. Le plaidoyer de l’OEA : La proposition de M. Ramdin vise explicitement à rompre avec l’actuelle configuration, jugée inefficace, pour installer une équipe nouvelle et « crédible ». Elle reflète la perte de patience de certains partenaires internationaux face à l’immobilisme.

Entre amertume, cynisme et appel à la responsabilité

Les réactions à ces développements sont teintées d’une profonde amertume. L’ancien député Deus Dorenneth a lancé sur les réseaux sociaux : « C’est bien malheureux qu’il faut toujours un Blanc pour fixer les règles… », une critique acerbe de la dépendance persistante d’Haïti vis-à-vis de l’ingérence étrangère, mais qui pointe aussi du doigt la carence de leadership interne.

Un internaute renchérit, évoquant les Pères de la nation : « Dessalines et Christophe doivent se retourner dans leurs tombes. Au demeurant, devons-nous reconnaître que nous [sommes] à la base de ces ingérences. » Ce commentaire souligne un sentiment partagé : la responsabilité première de la classe politique haïtienne dans la création du vide qui invite aux « dictats » extérieurs.

La presse locale, quant à elle, fait preuve d’un cynisme résigné. Un éditorialiste ironise sur les conseillers-présidents qui « s’accrochent au pouvoir, pour le bien de la démocratie, naturellement », et s’interroge sur la « stabilité » qui consiste surtout « à ne surtout rien bousculer, surtout pas les fauteuils occupés ».

Une impasse dangereuse

La situation crée une impasse dangereuse. D’un côté, un pouvoir affaibli, décrié, illégitime mais déterminé à se maintenir, invoquant la souveraineté et les contraintes sécuritaires.

De l’autre, une communauté internationale (ou du moins une partie) poussant à un RESET politique, avec le risque d’être perçue comme imposant sa solution.

Au milieu, la population haïtienne, prise en étau entre la terreur des gangs, la misère économique et un processus politique qui semble perpétuellement la décevoir. La question posée par Orwell, cité dans les débats, résonne fortement : « Si les gens ne savent pas bien écrire, ils ne sauront pas bien penser, et s’ils ne savent pas bien penser, d’autres penseront à leur place. » Elle pourrait être adaptée au contexte haïtien : si un État ne peut assurer ni la sécurité ni les processus démocratiques fondamentaux, d’autres acteurs, nationaux ou internationaux, tenteront de le faire à sa place.

Les prochaines semaines seront décisives. Elles détermineront si Haïti s’engage dans une nouvelle transition, sous pression externe mais avec un mandat clair, ou si elle entre dans une phase de prolongation contestée du régime actuel, avec le risque accru d’une instabilité prolongée et d’une défiance internationale accrue. Le spectre d’une nouvelle période de vide constitutionnel et d’incertitude plane sur un pays qui ne peut plus se le permettre.

Un nouveau chapitre s’ouvre pour la Douane dans le Grand Nord

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Par Jean Valdonel CONSTANT

Cap-Haïtien – L’Administration Générale des Douanes (AGD) a écrit, ce mercredi, une nouvelle page dans son vaste chantier de réformes avec l’installation officielle de Jean-Claude Clerveau comme Superviseur Général des bureaux de Douane du Grand Nord.
La cérémonie, présidée par le Directeur Général Adjoint Ronald Beaufils, a révélé à la fois une vision, une stratégie et un symbole : celui d’un cadre chevronné appelé à piloter l’une des zones les plus sensibles du dispositif douanier national.

Dans un pays confronté à des défis sécuritaires, logistiques et économiques d’une ampleur inédite, la nomination d’un haut responsable expérimenté au Grand Nord n’est pas un simple acte administratif. Elle s’inscrit dans un mouvement de restructuration plus large initié par le Directeur Général Gérald Remplais, déterminé à faire de la Douane une institution moderne, cohérente et opérationnelle.

Une fonction névralgique dans une région hautement stratégique

D’entrée de jeu, le directeur général adjoint a rappelé que le Grand Nord constitue l’un des carrefours les plus critiques pour le commerce légal, mais aussi pour les menaces liées au trafic illicite, à la contrebande et à l’évasion de recettes.

« Le Superviseur Général n’est pas un fonctionnaire comme les autres ; c’est un commandant opérationnel, un veilleur stratégique et un garant de l’uniformité des actions douanières », a souligné M. Beaufils dans son discours

La mission de Jean-Claude Clerveau est vaste et exigeant : assurer la cohésion des pratiques douanières ; renforcer l’assistance opérationnelle aux bureaux locaux ;
harmoniser les procédures ;
superviser l’exécution des réglementations ; garantir la fluidité du commerce légal ; intensifier la lutte contre les trafics illicites et la fraude ; optimiser la mobilisation des recettes de l’État.

Tout en lui renouvelant la confiance de la Direction, Ronald Beaufils a insisté sur la nécessité de travailler avec loyauté, intégrité et exemplarité, trois piliers qu’il a qualifiés d’« incontournables pour tout cadre de cette stature ».

Un discours d’humilité, de vision et de rassemblement

Face à cette charge élevée, Jean-Claude Clerveau a livré un discours profondément institutionnel, teinté d’humilité, de sens stratégique et d’un appel vibrant à l’unité administrative.

D’une voix posée, il a d’abord remercié la direction générale pour la confiance placée en lui, avant de rappeler un principe qu’il considère comme sacré : « L’Administration douanière est une et indivisible. La Douane ne fonctionne ni par clan, ni par faction, mais par discipline, compétence et esprit de service. »

En évoquant son long parcours, il a comparé la Douane à une « famille professionnelle » qui se construit sur la solidarité, le respect de la chaîne de commandement et le sens du devoir collectif.

Pour le Grand Nord, il a fixé trois priorités claires :

  1. Renforcer la mobilisation des recettes, dans un contexte où chaque gourde compte.
  2. Améliorer la coordination régionale entre les différents bureaux et postes frontaliers.
  3. Harmoniser les procédures, afin de faire du Grand Nord un modèle national de bonne gouvernance douanière.

Dans l’un des passages les plus marquants de son intervention, il a déclaré : « Je n’ai ni la prétention ni l’intention d’agir seul. La force d’un superviseur, ce sont ses équipes. »
Il a conclu sur une métaphore marine qui a profondément marqué l’audience : « Lorsque le navire prend l’eau, ce ne sont pas les novices qui descendent dans les cales, mais les marins les plus aguerris. Voilà l’essence de l’esprit douanier. »

Un cadre expérimenté forgé par trois décennies de service

La carrière de Jean-Claude Clerveau, longue de près de trente ans, constitue l’une des ascensions les plus structurées de l’Administration Générale des Douanes. Entré à l’institution le 11 août 1995, il a successivement occupé des postes de commandement, de supervision et de direction tant sur le terrain qu’au siège central.

Sur le plan académique, sa licence en Sciences économiques (UEH) est complétée par des formations techniques en France, notamment à l’École Nationale d’Administration (ENA) de Strasbourg, ainsi que par des stages spécialisés dans des aéroports français en matière de lutte anti-fraude et de contrôle opérationnel.

Un leadership attendu dans une région clé

Le Grand Nord, avec ses ports, ses postes frontaliers et ses axes commerciaux officiels ou détournés, demeure un espace crucial pour la souveraineté économique du pays.
L’arrivée de Jean-Claude Clerveau, réputé pour sa discipline, sa méthode et sa connaissance du terrain, est perçue comme un signal fort : celui d’une Douane qui veut reprendre le contrôle, qui veut imposer l’ordre et l’uniformité,
et qui vise à renforcer son rôle de pilier financier de l’État.

Vers une Douane plus moderne, plus cohérente et plus performante

L’installation de Jean-Claude Clerveau intervient au moment où la douane haïtienne s’engage dans l’une des plus importantes modernisations de son histoire.
Entre pressions sécuritaires, urgences financières et défis logistiques, le Grand Nord représente l’un des terrains les plus complexes mais aussi les plus prometteurs.

Le nouveau Superviseur Général, fort de son expérience et de sa vision, semble déterminé à traduire les orientations de la Direction Générale en résultats concrets.
Sa mission s’annonce exigeante, mais son parcours laisse entrevoir une direction claire : celle d’une douane plus forte, plus unifiée et plus proche des standards internationaux.

Par Jean Valdonel CONSTANT

HAÏTI : DISPARAÎTRE OU RENAÎTRE

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Par E. Ménard

À bras le corps, je prends aujourd’hui les responsabilités qui sont miennes pour dire tout haut ce que la grande majorité pense tout bas.

Disparaître ou Renaître : il n’y a aucun salut pour Haïti sans un grand coup de balai. Trop d’affairistes et d’opportunistes creux aux commandes. Il faudra, pour reprendre l’expression poétique de Carl Bouard, « du blanchi jusqu’aux os. » Les temps de rafistolage sont révolus.
Quarante ans après l’effondrement du régime duvaliérien, trente-huit ans après le drame de la ruelle Vaillant, le progrès social et le développement durable ne sont toujours pas au rendez-vous dans ce pays où la population est en agonie.

Les vendeurs de rêves et d’illusions ont oublié que la démocratie ne se décrète pas ; elle se construit avec des démocrates et non avec les apprentis satrapes qui se reproduisent dans tous les couloirs de décisions. 2026, c’est un cycle qui se ferme pour le meilleur et pour le pire ! Et le bilan est bien maigre…

Notre Haïti Chérie a touché les bas-fonds de l’impensable par la grâce des fossoyeurs au pouvoir. Il est honteux d’être sans honte, dit Saint Augustin, la honte étant une marque d’humanité. Dommage que l’humiliation n’ait jamais touché ni le cœur ni l’esprit des renégats qui ont kidnappé la République. Se démettre volontairement en aménageant un départ ordonné serait un acte de courage du Conseil Présidentiel de Transition.

Mais, les chansons qui nous viennent de la Villa d’Accueil n’indiquent point une prise de conscience citoyenne en ces moments de sécheresse morale et de détresse nationale.
Toutefois, je reconnais à mes compatriotes du CPT, malgré leurs divergences d’intérêts mercantiles, une grande qualité : la solidarité dans le mal. Les pleurs tardives des péliades mourantes qui cherchent la sympathie de leurs victimes, misant sur leur émotion, sont d’un rare cynisme.

C’est pourquoi, j’invite « le faible reste moral » de la société haïtienne de l’intérieur et de la diaspora au RASSEMBLEMENT CITOYEN pour sauver la Patrie du cataclysme politique et social imminent. Devrais-je répéter Jean-Paul Marat qui affirmait lors de la révolution française que « le moment est venu d’organiser momentanément le despotisme de la liberté pour écraser le despotisme des rois. »

Ensemble, Maintenant !

Dr. Emmanuel Ménard

Retrouver la voix perdue : quand la diplomatie haïtienne rappelait au monde la souveraineté des peuples

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

Il fut un temps où la voix diplomatique d’Haïti faisait trembler les certitudes des grandes puissances. Une époque où le pays, sans armée puissante ni fortune, s’imposait par la force morale de ses principes. En 1949, alors que l’Italie, la France et la Grande-Bretagne cherchaient à se partager la Libye comme un territoire vacant, Haïti se dressa seule contre cette entreprise néocoloniale.

À la tribune des Nations Unies, l’ambassadeur haïtien Émile Saint-Lôt incarna cette diplomatie forte, indépendante, nationaliste dans son sens le plus noble. Ne trouvant pas l’appui des autres délégations, il quitta la séance avec un fracas historique, lançant cet avertissement d’une lucidité glaçante :
 » Faites attention à ce que l’un de vous ne soit un jour la Libye d’un autre ».

Cette phrase symbolise une époque où la diplomatie haïtienne n’était pas une diplomatie de complaisance, mais de résistance. Les représentants du pays,avec une conviction puisée dans l’idéal dessalinien, défendaient ardemment la paix, la décolonisation, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la souveraineté et l’égalité Haïti entre les nations. Haïti parlait alors pour elle-même, mais aussi pour ceux qui n’osaient pas encore parler. Elle portait une voix singulière, respectée, parfois dérangeante , mais toujours écoutée parce qu’elle parlait vrai,parce qu’elle parlait juste.

Aujourd’hui, cette voix semble s’être affaiblie, étouffée par une crise institutionnelle profonde, une dépendance accrue envers les acteurs internationaux et un effacement progressif de l’autorité politique. Nos représentants officiels, tiraillés entre influences étrangères, crises internes et pertes de repères, peinent à incarner cettectradition de courage qui fut jadis la marque de fabrique du pays sur la scène internationale. Haïti n’a pas seulement perdu de sa force sur la scène mondiale : elle a, par moments, perdu la maîtrise de son propre discours.
Retrouver la voix perdue, c’est retrouver le courage de dire non aux dictées de l’occident, de prendre des décisions, de proposer solutions propres à nos problèmes, de dénoncer l’ingérence, de défendre des principes clairs. C’est refuser d’être vassalisé et réduit au statut d’observateur passif de son propre destin.

Dans un monde instable où les rapports de force se durcissent, l’exemple de Saint-Lôt résonne comme un appel à un sursaut diplomatique. Haïti doit redevenir cette nation qui, même isolée, ose rappeler que la souveraineté n’est pas négociable et que toutes les nations, grandes ou petites, méritent respect et autodétermination.

Alors que le pays traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire moderne, se souvenir de cette tradition diplomatique n’est pas un exercice d’archives, mais un acte de reconstruction. Retrouver la voix perdue, c’est renouer avec la dignité d’Haïti, avec sa trajectoire historique, avec sa mission sur la scène mondiale.

Pierre Josué Agénor Cadet

Diplomatie: Au moins trois demandes d’extension de statut du corps diplomatique haïtien rejetées pour dépôt tardif

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WASHINGTON.— Au moins trois diplomates haïtiens en poste aux États-Unis se sont vu refuser la prolongation de leur statut par le Département d’État américain. Motif: un dépôt tardif des dossiers administratifs requis pour maintenir leur accréditation. Un incident rare, qui met en lumière les exigences strictes encadrant la présence des représentants étrangers aux États-Unis.

Le Département d’État a appliqué une règle administrative stricte: tout dossier d’extension déposé après la période prescrite est automatiquement rejeté, sans possibilité de dérogation.

Dans la pratique, une demande d’extension permet à une ambassade de solliciter la poursuite de l’accréditation d’un agent dont le mandat arrive à échéance. Cette procédure couvre à la fois les privilèges diplomatiques, la carte du Département d’État, le statut migratoire (A-1 ou A-2), ainsi que les autorisations et avantages associés au poste.

Ce procédure, un dispositif administratif rigoureux et uniformément appliqué

Les autorités américaines imposent des délais stricts afin d’éviter toute interruption de traitement. Les missions étrangères doivent soumettre leurs demandes bien en amont de l’expiration du mandat. En cas de dépôt tardif, le dossier n’est tout simplement pas traité.

Selon une source proche du Ministère des Affaires Étrangères et des Cultes, le Département d’État applique cette règle à toutes les représentations diplomatiques, indépendamment du pays ou du contexte. «Lorsque les documents arrivent hors délai, le processus ne peut pas être poursuivi», indique notre source très expérimentée au MAEC.

Mandats généralement alignés sur une période de cinq ans

Selon les directives publiques américaines, l’accréditation initiale d’un diplomate bilatéral couvre généralement environ cinq années, même si des variations peuvent exister selon les catégories ou les fonctions. Cette durée constitue la référence pour les missions diplomatiques, qui doivent organiser le renouvellement de leurs personnels en conséquence.

Pour les diplomates haïtiens concernés, le dépassement des délais aurait été confirmé par plusieurs sources, menant automatiquement au rejet des demandes.

A quoi doivent s’attendre les diplomates concernés?

Une fois le statut diplomatique expiré sans extension validée, les agents perdent les protections et privilèges associés à leur fonction. Ils doivent alors: soit quitter le territoire américain, soit être réaffectés au sein d’une autre mission officielle d’Haïti présente aux États-Unis.

Les possibilités de réaffectation incluent notamment: la Mission permanente d’Haïti auprès de l’OEA, à Washington; la Mission permanente auprès des Nations unies, à New York.

Ces réaffectations, lorsqu’elles sont possibles, permettent aux diplomates de rester aux États-Unis sous un autre statut officiel, mais elles dépendent de décisions internes à la diplomatie haïtienne.

Un incident révélateur des failles organisationnelles de l’administration haïtienne

Si ce type de refus reste exceptionnel, il met en lumière les vulnérabilités administratives auxquelles fait face la diplomatie haïtienne, déjà confrontée à des contraintes structurelles, à un manque de ressources et à une instabilité institutionnelle persistante.

Ces rejets surviennent alors que les relations diplomatiques entre Haïti et les États-Unis sont cruciales sur les plans sécuritaire, migratoire et humanitaire. Ils rappellent aussi l’importance, pour les missions étrangères, de respecter scrupuleusement les exigences du protocole américain, parmi les plus réglementés au monde.

Jean Mapou