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République dominicaine: Mort tragique de Stephora, un drame scolaire aux résonances diplomatiques

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SANTIAGO, République Dominicaine.— La mort tragique de la jeune écolière haïtienne Stephora Anne-Mircie Joseph, 11 ans, survenue lors d’une sortie scolaire en République dominicaine, dépasse désormais le cadre d’un simple fait divers. Alors que la justice dominicaine a procédé à plusieurs arrestations pour négligence grave, l’affaire met crûment en lumière les profondes tensions politiques, sociales et historiques qui continuent de marquer les relations entre Haïti et son voisin oriental.

En effet, le 14 novembre 2025, Stephora participait à une excursion organisée par le Colegio Leonardo Da Vinci, dans la région de Santiago. Selon les éléments officiels, l’enfant a été retrouvée morte par noyade dans une piscine de l’Hacienda Los Caballos. Les premières investigations ont révélé une série de manquements graves aux normes élémentaires de sécurité: absence de sauveteur, défaut de surveillance adéquate, méconnaissance du niveau de nage des élèves et manque total d’équipements de prévention.

Ces éléments ont conduit le parquet de Santiago à procéder, début décembre, à l’arrestation de quatre responsables de l’établissement scolaire, poursuivies pour homicide involontaire ou négligence grave. Les autorités judiciaires ont requis des mesures coercitives particulièrement lourdes, dont une caution estimée à 50 millions de pesos dominicains pour chacune des personnes inculpées, signe de la gravité accordée au dossier.

Une affaire judiciaire sous haute tension sociale

Au-delà de la procédure pénale, l’affaire Stephora suscite une émotion profonde au sein de la communauté haïtienne en République dominicaine et bien au-delà. Des zones d’ombre persistent, notamment autour de témoignages non encore confirmés publiquement évoquant une interaction violente avec d’autres élèves avant la noyade. Faute de preuves formellement établies à ce stade, la justice dominicaine s’en tient à la thèse de la négligence, tout en poursuivant l’enquête.

Cette prudence judiciaire contraste toutefois avec la méfiance d’une partie de l’opinion haïtienne, qui redoute un traitement inéquitable du dossier, dans un contexte où les Haïtiens en République dominicaine dénoncent régulièrement discriminations, violences et absence de protection institutionnelle.

Un événement révélateur d’une relation bilatérale fragilisée

La mort de Stephora intervient dans un climat diplomatique déjà extrêmement sensible entre Port-au-Prince et Saint-Domingue. Les différends autour de la migration, des expulsions massives de ressortissants haïtiens, de la construction du canal sur la rivière Massacre et des discours nationalistes anti-haïtiens ont durablement tendu les relations entre les deux pays.

Dans ce contexte, chaque affaire impliquant un citoyen haïtien, a fortiori un enfant, prend une dimension politique. Le Conseil présidentiel de transition (CPT) d’Haïti a officiellement demandé une enquête soi-disant diligente, impartiale et transparente, tandis que l’ambassade d’Haïti en République dominicaine affirme suivre de près le dossier et accompagner la famille endeuillée.

De son côté, le président dominicain Luis Abinader a promis que l’enquête se déroulerait sans interférences ni pressions, une déclaration accueillie avec prudence par les organisations de défense des droits humains.

Entre justice, mémoire et responsabilité régionale; au-delà du drame

L’affaire Stephora pose une question plus large: celle de la sécurité et de la dignité des enfants haïtiens scolarisés ou vivant en République dominicaine, dans un pays où les rapports sociaux restent profondément marqués par l’histoire, les préjugés et les crispations identitaires.

Si la justice dominicaine parvient à établir clairement les responsabilités et à sanctionner les fautes commises, ce dossier pourrait constituer un précédent important. À l’inverse, toute perception d’impunité ou d’opacité risquerait d’aggraver encore la fracture entre les deux nations.

Au-delà des frontières, la mort de Stephora rappelle que les relations haïtiano-dominicaines ne se jouent pas uniquement dans les chancelleries ou les discours officiels, mais aussi, et surtout, dans la protection des plus vulnérables. La manière dont ce drame sera traité restera, pour longtemps, un test de crédibilité pour la justice dominicaine et un révélateur douloureux de l’état réel des rapports entre les deux pays.

Jean Mapou

Haïti–Éducation: Le professeur Job Silvert soutient une thèse en créole haïtien, le MENFP salue son audace

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PORT-AU-PRINCE.— Le Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF), institution relevant du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), a exprimé sa fierté à la suite de la soutenance réussie de la thèse du professeur Job Silvert, enseignant d’anglais au CFEF et ancien étudiant de l’institution.

La thèse, rédigée et soutenue intégralement en créole haïtien, est intitulée «Traductologie du créole haïtien comme langue cible: étude sur les fondements théoriques du travail des traducteurs en vue d’une didactique de la traduction du créole haïtien, de 2015 à 2025». Elle a été couronnée de la mention Très bien.

La soutenance s’est déroulée à la Cornerstone Christian University, devant un jury présidé par le docteur Saint Yves Romélus. Cette université fondée en 1999 aux États-Unis est présente dans une quarantaine de pays.

Une recherche exceptionnelle sur le créole haïtien

Dans une note rendue publique, la direction du CFEF, au nom du MENFP, souligne le caractère exceptionnel de cette recherche doctorale, à la fois menée en créole et consacrée au créole haïtien. L’étude analyse en profondeur les pratiques des traductrices et traducteurs et propose des fondements théoriques solides pour le développement de la didactique de la traduction en créole.

Selon le CFEF, ce travail académique constitue une contribution majeure à la valorisation du créole haïtien dans les domaines de la recherche scientifique, l’enseignement supérieur et la traduction spécialisée.

Un parcours académique marqué par l’engagement

La direction de l’institution considère cette thèse comme un symbole de persévérance, de rigueur et d’excellence académique, et une source d’inspiration pour les enseignantes et enseignants, le personnel administratif ainsi que les étudiantes et étudiants.

Job Silvert enseigne les langues étrangères et le créole haïtien depuis 2017. Il est professeur de didactique de l’anglais au CFEF depuis 2021. Il intervient également comme encadrant et membre de jury à la Cornerstone Christian University. Depuis 2023, il est professeur de créole à la Faculté des sciences humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti (UEH) et enseigne la traduction à la Faculté de linguistique appliquée (FLA) de l’UEH.

Cette travail marque une avancée significative pour la reconnaissance scientifique du créole haïtien et pour le renforcement de la recherche linguistique en Haïti.

Jean Mapou

Assassinat de Jovenel Moïse: l’ex-Premier ministre Claude Joseph au cœur d’une nouvelle phase judiciaire

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PORT-AU-PRINCE.— L’enquête sur l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse franchit une nouvelle étape. Ce lundi 8 décembre 2025, l’ex-Premier ministre Claude Joseph a été auditionné par le juge d’instruction Denis Cyprien, récemment désigné pour reprendre le dossier à la suite de l’annulation, par la Cour d’appel de Port-au-Prince, de l’ordonnance rendue par le magistrat Walther Wesser Voltaire.

Cette audition s’inscrit dans une phase jugée déterminante de l’instruction, alors que la justice haïtienne tente de relancer un dossier emblématique, considéré comme l’un des plus sensibles de l’histoire politique récente du pays. L’objectif affiché est de reprendre l’examen des faits afin de reconstituer avec rigueur le déroulement des événements ayant conduit à l’assassinat du chef de l’État, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, dans sa résidence privée à Pèlerin 5.

La convocation de Claude Joseph intervient dans un contexte de reprise progressive des auditions de figures clés du dossier. Quelques jours plus tôt, Joseph Félix Badio, présenté par les autorités judiciaires comme un suspect central, avait déjà été entendu. En procédant à ces auditions successives, le juge Denis Cyprien semble vouloir confronter les différentes versions, identifier d’éventuelles contradictions et établir plus clairement la chaîne de responsabilités entourant ce crime d’État.

Plus de quatre ans après les faits, l’assassinat de Jovenel Moïse continue de susciter une vive attention, tant sur le plan national qu’international. Les lenteurs procédurales, les changements de magistrats instructeurs et les controverses judiciaires ont entretenu un climat de frustration au sein d’une population en quête de vérité et de justice.

Alors que l’instruction se poursuit sous la conduite du nouveau juge, l’opinion publique reste attentive à l’évolution du dossier. Beaucoup espèrent que cette nouvelle phase judiciaire marquera un tournant décisif et permettra, enfin, d’apporter des réponses claires sur l’un des crimes les plus marquants et les plus lourds de conséquences de l’histoire contemporaine d’Haïti.

Jean Mapou

Haiti: Les évêques catholiques se positionnent face à la crise politique

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Les différentes couches de la société haïtienne se montrent préoccupées par crise politique actuelle. Si d’un côté, les leaders et regroupements politiques, ne cessent de proposer des pistes de solutions, les évêques catholiques, eux, ne restent pas silencieux.

À travers leur message de Noël 2025, ils appellent à l’adoption d’un nouveau leadership, notamment politique, pour ramener la paix et ouvrir la voie à des élections crédibles dans le pays.

La Conférence Épiscopale d’Haïti (CEH) affirme que la situation actuelle, marquée par l’incertitude, exige des choix responsables et un engagement réel envers le bien commun.

«Ce renouveau doit se conformer aux principes de la Constitution de 1987, à l’approche de l’échéance du 7 février 2026 marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition», a-t-elle rappelé.

Les hommes de Dieu invitent également les forces vives de la nation à transcender les intérêts personnels. Ils exhortent les responsables politiques, institutions publiques et acteurs sociaux d’adopter une attitude de responsabilité et de respect. Ils estiment que chaque décision peut contribuer soit à apaiser le climat national, soit à raviver les tensions.

En matière électorale, la CEH insiste sur l’urgence d’établir un environnement sécuritaire avant toute consultation populaire. Selon les évêques, la tenue d’élections libres et crédibles dépend d’un climat de sécurité réelle, un préalable et une garantie d’abord par les autorités nationales, avec l’appui de leurs partenaires internationaux.

Tout en confiant le pays à Christ, les prélats soulignent que, malgré un contexte de souffrance généralisée, la lumière de Noël demeure un symbole d’espérance pour un peuple en quête de stabilité. Ils rappellent que la foi chrétienne offre un soutien moral essentiel et invitent les citoyens à demeurer actifs dans la recherche de solutions, citant même l’élan d’unité suscité par la récente qualification de la sélection nationale de football au mondial 2026.

Gedeon Delva

𝐋’𝐞𝐬𝐭𝐡é𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 « 𝐄𝐬𝐩𝐚𝐜𝐞 é𝐦𝐨𝐭𝐢𝐨𝐧 » 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐭𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐦𝐮𝐬𝐢𝐜𝐚𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐖𝐞𝐚𝐭𝐡𝐞𝐫 𝐑𝐞𝐩𝐨𝐫𝐭

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𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

La disparition de la légende André Dadou Pasquet a agi en moi comme un rappel à l’ordre. Il a fallu ce deuil pour que je retourne, avec plus de rigueur, aux sources musicales qui l’avaient nourri, parmi lesquelles le groupe américain « Weather Report », pilier du « Jazz Fusion » des années soixante-dix (70) et quatre-vingt (80). Guidé par une anecdote du maestro Robert Charlot Raymonvil, j’ai passé près d’une semaine à voyager, du matin au soir, à travers les albums du groupe, comme si l’écoute prolongeait la présence de Dadou dans mon espace.

Dadou avait l’art et le génie de revisiter des masterpieces à sa manière sans les travestir. Il leur redonnait souffle. il savait ouvrir au public haïtien un accès direct à des compositions déjà consacrées ailleurs.

Dans le milieu musical haïtien, le titre « Confians » de Magnum Band, que l’on appelle souvent par commodité « Priye », est l’une des plus belles pièces de l’album Tèt Ansanm, publié en 1988. Peu de gens le savent, mais « Confians » est d’abord une composition de « Weather Report ». Elle figure sur l’album « Sportin’ Life », paru en juin 1985, et son auteur est le percussionniste martiniquais Mino Cinelu, précieux membre du groupe à cette époque.

Dadou, fidèle à son génie de passeur, n’a pas repris Confians à l’identique. Il en propose une lecture nouvelle, à la fois fidèle à l’esprit originel et profondément enracinée dans la sensibilité haïtienne. Là où Cinelu et « Weather Report » installent un climat aérien presque méditatif, Dadou introduit une chaleur vocale, une clarté mélodique, une proximité émotionnelle qui rendent l’œuvre immédiatement accessible au public haïtien. La version Magnum Band de « Confians » est une reconfiguration émotionnelle où, par sa guitare, Dadou redessine les espaces sensibles du morceau, accentue certaines tensions, en adoucit d’autres et lui donne une amplitude culturelle différente.

Cette idée d’un espace sensible, émotionnel, qui conduit l’écoute est l’épine dorsale de l’esthétique musicale de Weather Report. Le groupe n’a jamais considéré l’émotion comme un simple effet musical. Elle est un milieu, une dimension, une matière première, une géographie ayant différentes géométries. Elle précède, oriente et structure les composition du groupe de bout en bout. L’espace émotion n’est ni une abstraction vague ni une formule. C’est une architecture sonore, une manière d’habiter la musique au point de la transformer en lieu intérieur.

Dès le premier album paru en 1971, cette conception apparaît clairement. Le morceau « Milky Way » ne propose pas un thème au sens classique du terme. Il propose un état. Wayne Shorter et Joe Zawinul, des membres fondateurs du groupe, y fabriquent un paysage qui fonctionne comme une expérience sensorielle. Zawinul tient un accord silencieux au piano pendant qu’en une fraction de seconde Shorter tape son saxophone à l’intérieur même de la caisse de résonance. L’enregistrement capte l’élan plus que le souffle. Ce procédé crée une impression d’immensité, une sensation de calme cosmique. On n’écoute pas Milky Way, on s’y déplace.

Cette manière de considérer la musique comme un espace plutôt que comme une succession de notes a permis au groupe d’établir une grammaire nouvelle. Le jeu collectif repose sur l’idée que l’improvisation des uns et des autres crée l’ensemble. La ligne d’un instrument circule dans une gravité partagée, en continuité avec les autres. Les solistes sont toujours des parts d’une même respiration qui s’inscrit dans l’ensemble.

L’espace émotion se construit également par une utilisation précise du rythme. Dans « Orange Lady », la pulsation agit comme une ligne d’horizon mouvante. On y perçoit les phases d’un voyage intime qui passe de la mélancolie à un élan plus lumineux avant de revenir à une fragilité douce. La basse de Miroslav Vitous à l’archet, en unisson avec le saxophone de Shorter, crée un tissu sonore d’une grande délicatesse. Plutôt que d’être racontée, la pièce est vécue.

Pour saisir l’ampleur de cette logique, il faut parcourir différentes étapes du groupe. Dans « Nubian Sundance », qui inaugure « Mysterious Traveller » en 1974, l’espace émotion fonctionne comme une montée. La musique progresse par strates successives, avec une énergie collective qui se renforce continuellement. L’auditeur est entraîné dans un mouvement plus vaste que lui, presque physique, où la pulsation crée une dynamique d’élan et de projection. L’espace émotion y est expansif, ouvert, porté vers l’avant.

Dans « Badia », extrait de « Tale Spinnin’ » paru en 1975, l’espace émotion prend une autre forme. Il s’étire cette fois dans une dimension rituelle. Les percussions créent un sol vibrant, les nappes harmoniques ouvrent un horizon large, presque désertique, et le thème s’élève comme une incantation. La pièce semble traversée par une mémoire ancienne, ce qui confirme que l’espace émotion peut aussi se déployer sous la forme d’un paysage culturel imaginaire.

Dans « A Remark You Made », issu de l’album « Heavy Weather » paru en 1977, l’espace émotion se concentre autour d’une ligne mélodique d’une grande retenue. La musique avance comme si elle cherchait un point d’équilibre entre douceur et gravité. Rien n’est spectaculaire, tout est construit pour permettre à une sensation profonde de s’installer avec une grande sobriété.

Dans les années 80, l’espace émotion prend encore d’autres configurations. « Procession », qui ouvre l’album du même nom paru en 1983, installe une atmosphère plus lumineuse. L’émotion circule à travers une progression harmonique qui s’élargit lentement et un travail subtil sur la texture. Le groupe explore une forme de douceur organisée, presque cinématographique, où le mouvement intérieur vient de la variation progressive d’un motif.

« Where the Moon Goes », également issu de « Procession », construit un espace émotion à partir d’une énergie plus directe. La voix de Carl Anderson, les nappes synthétiques de Zawinul et la rythmique dense créent un champ sonore où la tension avance par vagues. L’émotion se présente comme un mouvement ample qui entraîne l’auditeur vers un point de convergence. Cette manière d’aménager l’espace sonore donne au morceau une dimension plus populaire tout en conservant la rigueur architecturale du groupe.

Cette manière d’habiter la musique permet à Weather Report de produire des œuvres qui tiennent dans le temps. Leur force ne repose pas sur un style. Elle repose sur une capacité à créer des espaces émotionnels où l’auditeur peut se situer. Ce sont des pièces qui résistent aux modes et traversent les époques, parce qu’elles touchent à quelque chose de fondamental dans l’être humain, le besoin d’habiter un son comme on habite un paysage intérieur.

Le succès de Magnum Band avec « Confians » montre que cet espace émotion peut circuler d’un univers culturel à l’autre. Ce qui relie la version de Weather Report à celle de Magnum Band est la présence d’un espace intérieur que la musique rend accessible. Car l’espace émotion est une organisation précise des timbres, des silences et des tensions qui permet à l’auditeur de se situer dans la pièce. C’est une architecture du sensible qui donne à la composition une profondeur où l’on peut revenir.

L’ Espace Émotion est rare dans la production musicale d’aujourd’hui, dominée par des logiques industrielles qui privilégient l’efficacité, la répétition et la lisibilité immédiate. Beaucoup de morceaux circulent, peu installent une expérience durable. Weather Report a construit des œuvres qui fonctionnent comme des lieux. Elles possèdent une épaisseur, un relief, un temps propre. Cette capacité à créer un espace émotion réel permet à leurs compositions de durer, de se transmettre et de reprendre sens dans d’autres langues, d’autres villes et d’autres histoires, comme Port au Prince au temps de Dadou Pasquet.

Weather Report, créé en 1970, est resté véritablement actif jusqu’en 1986. Pourtant, l’histoire du groupe ne s’arrête pas à cette période. Son héritage traverse encore les générations qui cherchent dans la musique autre chose qu’une formule. L’influence du groupe continue de planer sur celles et ceux qui accordent de l’importance à la construction d’un espace intérieur, à la recherche d’une densité sonore, à l’exigence d’une œuvre qui invite à vivre une expérience plutôt qu’à consommer un produit.

Pennsylvania, 07 décembre 2025


1) Weather Report, photo 1983

2) 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑒𝑡 𝑒́𝑐𝑟𝑖𝑣𝑎𝑖𝑛. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝑙’𝑒𝑠𝑠𝑎𝑖 « 𝑁𝑒 𝑗𝑜𝑢𝑒 𝑝𝑎𝑠 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙𝑎 𝑚𝑢𝑠𝑖𝑞𝑢𝑒 », 𝑑𝑖𝑠𝑝𝑜𝑛𝑖𝑏𝑙𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝐴𝑚𝑎𝑧𝑜𝑛.

Crime Odieux à Camp-Perrin ( CAYES):Le parti politique Eskwad Demokratik exige une enquête approfondie

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Le parti politique Eskwad Demokratik est profondément choqué et consterné par l’ assassinat odieux de deux jeunes filles dans la commune de Camp-Perrin (Cayes) dans la nuit du 6 au 7 décembre 2025.

Nous adressons nos sincères sympathies aux familles des victimes, et à la communauté affectée par ce crime odieux.

Nous exigeons une enquête approfondie et ceci dans l’immédiat afin d’identifier les auteurs et complices de cet acte crapuleux.

Nous restons solidaires avec la famille et les proches des victimes ,et nous nous engageons à suivre de près l’évolution de cette affaire.

Il est impératif que justice soit rendue.

Pour la Coordination Nationale du parti.

Paul Gérot Jean Baptiste.
Coordonnateur Général

Bijoux Fritzner
Coordonnateur Général Adjoint

Quand Jean Renel Sénatus dénonce les frondeurs politiques

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Dans un contexte national marqué par l’incertitude institutionnelle et l’érosion progressive de la confiance citoyenne envers les acteurs politiques, les déclarations publiques deviennent des indicateurs précieux pour comprendre les rapports de force au sein du pouvoir. L’intervention de l’ancien sénateur et avocat Jean Renel Sénatus s’inscrit précisément dans cette dynamique. Alors que le Conseil présidentiel de transition (CPT) approche de sa date butoir constitutionnelle prévue pour février 2026, l’ancien Sénateur dénonce ouvertement les manœuvres de certains leaders politiques traditionnels cherchant à influencer la configuration de la prochaine étape de la transition.

Jean Renel Sénatus ne mâche pas ses mots . Pour lui, plusieurs figures politiques pourtant représentées au sein même du CPT, tentent actuellement de se repositionner en vue d’une nouvelle transition, après près de deux années marquées par l’absence de résultats significatifs. Ce double jeu, selon lui, mine davantage la crédibilité des institutions déjà fragilisées et entretient la méfiance généralisée de la population.

L’avocat pointe un paradoxe majeur : comment des acteurs qui ont participé à l’échec du processus actuel peuvent-ils simultanément prétendre incarner l’alternative politique ? Cette posture, qu’il semble qualifier d’opportuniste, révèle selon lui une stratégie de survie politique davantage qu’un engagement envers la stabilité institutionnelle et la reconstruction de l’État.

Dans un environnement où les mécanismes constitutionnels sont habituellement contournés, ignorés ou adaptés aux conjonctures du moment, Sénatus pense qu’il faut offrir une voie plus ou moins légitime pour assurer la continuité étatique. À ses yeux, la solution institutionnelle pour remplacer le CPT à l’échéance du 7 février 2026 ne passe pas par des arrangements ou des compromissions politiques comme d’habitude ,mais par la Cour de cassation, seule autorité susceptible d’exercer temporairement les fonctions exécutives en période de vacance de pouvoir.

Ce positionnement politique pose un défi aux acteurs actuels en quête de stratégies pour poursuivre et contrôler la transition . Les trasitions en Haiti sont-elles condamnées à l’échec ou à promouvoir les dérives des partis politiques ?La réponse à cette question déterminera en grande partie la crédibilité et l’orientation du prochain cycle politique.

La sortie publique de Jean Renel Sénatus s’apparente à une mise en garde dans un paysage politique chargé d’ambiguïtés et de rivalités internes. En dénonçant le double jeu de certains leaders, l’avocat met en lumière la nécessité d’une transition fondée sur la légitimité plutôt que sur la manipulation politique. À l’approche du 7 février 2026, l’enjeu central demeure le même : garantir que la prochaine étape de gouvernance s’inscrive enfin dans une logique de stabilité, de cohérence et de respect institutionnel.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti humiliée : quand les puissants piétinent les lois qu’ils imposent aux autres

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

La scène est digne des récits d’un autre siècle : un chargé d’affaires étranger se permet d’envoyer un message WhatsApp aux membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) pour les menacer de sanctions s’ils osent envisager le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Un diplomate qui, loin de son rôle traditionnel de représentant de son pays , ordonne littéralement aux autorités haïtiennes la marche à suivre, comme on donne des directives à des subalternes. S’il fallait une preuve supplémentaire que la souveraineté d’Haïti n’est plus qu’une fiction diplomatique, la voilà. Mais l’indignation serait incomplète si l’on se contentait de pointer du doigt l’arrogance étrangère. Car le véritable drame est ailleurs : nos autorités elles-mêmes offrent leur front au fouet, se laissant humilier, diriger, corriger et rappeler à l’ordre par d’autres. Ne dit-on pas, d’ailleurs, que pour se faire respecter, il faut d’abord se respecter soi-même ?

I. La répétition d’un vieux scénario : Haïti sous tutelle informelle

Depuis 1804, Haïti vit sous le regard suspicieux, parfois hostile, souvent paternaliste des grandes puissances du monde occidental. Ce qui se joue aujourd’hui n’est que la version contemporaine d’un schéma ancien.

En 1825, on dicte à Haïti une rançon de 150 millions de francs-or. En 1915, les Marines débarquent et imposent une Convention et une Constitution . En 1994, en 2004, et à chaque crise majeure, les pays dits « amis d’Haïti » viennent sauvegarder ou renforcer leurs intérêts.

Chaque époque a ses instruments : hier les canonnières, aujourd’hui les messages whatsapp , les sanctions financières et politiques , les communiqués collectifs et la communauté internationale en renfort. Ce qui ne change pas : la mise sous tutelle déguisée d’un pays que l’on traite comme un mineur incapable de décider pour lui-même.

II. Les puissants prêchent la morale, mais foulent leurs propres lois

L’hypocrisie internationale est flagrante. Les mêmes chancelleries qui exigent d’Haïti un strict respect des principes démocratiques n’hésitent pas à contourner ces principes lorsqu’ils veulent imposer un agenda politique. Comment justifier, par exemple qu’un diplomate menace des autorités d’un pays souverain (même lorsqu’elles ne sont ni constitutionnelles ni légitimes) de sanctions personnelles ? qu’un représentant étranger rappelle publiquement des Conseillers présidentiels à l’ordre comme un préfet sermonnant des élus locaux ? qu’un groupe d’ambassades dicte le rythme, le ton et la direction de la transition ?

Le droit international interdit cette ingérence.
Les conventions diplomatiques la réprouvent. La souveraineté nationale la condamne. Mais les puissants foulent aux pieds les lois qu’ils imposent aux autres parce qu’ils savent qu’ici, personne ne leur résiste.

III. Le nœud du problème : une élite politique qui abdique sa dignité

La faute fondamentale n’est pas seulement externe. Haïti est humiliée parce que ceux et celles qui devraient défendre son honneur ont cessé de croire en la valeur de leur pays. Nos dirigeants politiques se comportent trop souvent comme des gouverneurs coloniaux, attendant leur feuille de route de l’étranger, cherchant l’approbation de Washington, Ottawa, Paris pour chaque décision importante.

Cette soumission volontaire offre aux puissances étrangères un pouvoir qu’elles n’oseraient jamais exercer dans un pays doté d’institutions solides , de leaders politiques responsables, de représentants intègres et déterminés. Quand un diplomate étranger s’autorise à donner des ordres, ce n’est pas seulement qu’il est arrogant : c’est qu’il sait que personne en face ne lui dira non. Et c’est là le cœur du problème.

IV. Une crise politique, mais surtout une crise de respect de soi

Haïti n’est pas humiliée par le seul mépris étranger. Elle l’est d’abord par la résignation intérieure, la normalisation de l’ingérence, l’habitude de la dépendance.
Nous sommes devenus un pays où l’on trouve normal qu’un ambassadeur tranche un conflit politique en tant qu’arbitre, qu’un envoyé spécial supporte un Premier ministre, qu’un diplomate fixe les lignes rouges du débat national.

Or l’histoire du monde enseigne une vérité universelle : les nations qui ne défendent pas leur dignité perdent leur voix, leur respect et finalement leur liberté. Et Haïti, jadis phare de liberté pour les peuples opprimés, en est aujourd’hui la démonstration la plus douloureuse.

Haïti est humiliée non seulement parce que les puissants piétinent les lois qu’ils imposent aux autres, mais surtout parce que nos soit-disant dirigeants n’opposent plus la moindre résistance. Cette crise n’appelle pas seulement une réponse politique. Elle exige un sursaut moral. Car tant que nous accepterons d’être traités en vassaux, les autres se comporteront comme des maîtres.

Pierre Josué Agénor Cadet

Douche froide pour les Madrilènes : après un mois sans jouer à la maison, le Real Madrid a tout oublié… même comment gagner !

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Par Jean Wesley Pierre

MADRID – Le retour au Santiago Bernabéu après un mois d’absence devait être une fête. Il s’est transformé en un cauchemar complet pour le Real Madrid, sévèrement battu 2-0 par le Celta Vigo, modeste 15e du classement, ce dimanche 7 décembre 2025. Cette défaite, bien plus qu’un simple revers sportif, dessine le portrait d’une équipe en pleine perte de repères, psychologiquement fragile et collectivement inexistante, creusant un écart inquiétant de quatre points derrière son rival, le FC Barcelone.

Une débâcle tactique et mentale

Dès les premières minutes, le scénario a déraillé. Menés 1-0 dès le début de la deuxième période, après un but somptueux de Williot Swedberg, les Merengues n’ont jamais trouvé la clé pour inquiéter une défense du Celta parfaitement organisée. Comme l’a résumé sans complaisance l’attaquant adverse Borja Iglesias, les Madrilènes ont « abandonné beaucoup trop tôt ». Le match a ensuite viré au fiasco total avec deux expulsions en seconde période : d’abord le latéral gauche Fran Garcia, puis son remplaçant Alvaro Carreras, tous deux coupables de gestes d’énervement désespérés. L’humiliation a été parachevée par un carton rouge donné à Endrick… depuis le banc des remplaçants, symptôme d’une frustration généralisée.

Une déroute historique car le Real n’avait plus perdu par deux buts d’écart au Bernabéu depuis mai 2019 (hors Clásico), et est considéré pour beaucoup chroniqueurs sportifs comme étant le point d’orgue d’une série noire : une seule victoire dans les cinq derniers matches de Liga.

Les statistiques individuelles sont tout aussi accablantes. Vinicius Jr, par exemple, a terminé la rencontre avec 0 but, 0 passe décisive, 0 occasion créée et seulement 25% de précision au tir, une performance fantôme qui résume l’inefficacité de l’attaque.

L’absence criante d’identité sous Xabi Alonso

Au-delà du résultat, c’est le jeu déployé qui alerte. Comme l’analyse si bien le journaliste sportif Ralph Ganthier, « Après 6 mois à la tête de cette équipe, Xabi [Alonso] n’a toujours pas d’équipe type ni d’identité propre ». Le constat est sévère mais reflète une réalité observable sur le terrain : le collectif semble être un amas de talents individuels sans cohérence.

La réussite actuelle du Real Madrid repose presque exclusivement sur les exploits solitaires de Kylian Mbappé, dont la course au titre de meilleur buteur (Pichichi) semble parfois éclipser les besoins de l’équipe. « C’est comme si le Real avait monté un projet pour faire de Mbappé le Pichichi et la Golden Boot », poursuit Ganthier, pointant un déséquilibre potentiel dans les priorités sportives.

La défense, bouleversée, a payé cash cette désorganisation. Pire encore, le Real Madrid a probablement perdu son défenseur central brésilien Éder Militão pour une durée estimée à trois mois, une nouvelle catastrophe dans un secteur déjà fragile.

Les conséquences immédiates pour les Madrilènes

Les conséquences de cette humiliation sont multiples et graves :

  1. Sportivement, le Real (2e) voit Barcelone prendre le large en tête. Pire, si Villarreal gagne son match en retard, il pourrait être relégué à la troisième place, une situation inconcevable en novembre.
  2. Psychologiquement, l’équipe a montré un visage inquiétant de fragilité mentale. Les expulsions consécutives de Garcia et Carreras, ainsi que les nombreux cartons jaunes distribués (Bellingham, Valverde, Rodrygo, l’entraîneur Xabi Alonso lui-même), trahissent un groupe à fleur de peau, incapable de gérer la pression et la frustration.
  3. Stratégiquement, la pression monte d’un cran sur les épaules de Xabi Alonso. L’architecte d’un Bayer Leverkusen brillant semble encore chercher son modèle à Madrid. L’absence d’un jeu identifiable et la dépendance excessive à l’individualité posent la question de sa capacité à construire une équipe équilibrée capable de rivaliser sur tous les fronts.

Des réactions en urgence

Face au Celta Vigo, le Real Madrid n’a pas seulement perdu trois points. Il a perdu son aura, sa solidité à domicile et, surtout, le sentiment de maîtrise qui le caractérise habituelême dans les moments difficiles.

La « douche froide » évoquée par les supporters est en réalité un tsunami qui révèle les fissures d’un projet en construction précaire. Le mot d’ordre du journaliste sportif français, Loguito « L’HUMILIATION EST TOTALE », sonne comme un électrochoc.

La semaine à venir, avant le prochain match de championnat et à l’approche des phases cruciales de Ligue des Champions, sera décisive pour Xabi Alonso. Il doit impérativement redéfinir une identité de jeu, restaurer la solidarité défensive et retrouver le mental des guerriers qui ont fait la grandeur du club. Sinon, cette défaite contre le Celta ne sera pas qu’un accident, mais le symptôme d’une saison qui pourrait très mal tourner.

Garantir l’accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles, un défi institutionnel et humain en Haïti

Par Jean Wesley Pierre

PORT-AU-PRINCE — Dans le cadre des « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes », l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) a organisé, ce vendredi 5 décembre 2025, une table ronde cruciale sur une question épineuse : « Comment garantir l’accès à la justice aux femmes et aux filles victimes de violences sexuelles ? ».

Cette initiative, rassemblant institutions étatiques, partenaires internationaux et société civile, intervient dans un contexte où l’insécurité généralisée exacerbe les violences sexuelles tout en rendant leur dénonciation et leur poursuite judiciaire plus périlleuses que jamais.

Quand le constat est accablant : la justice, un parcours semé d’embûches

Les interventions, notamment celle de la Ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF), Pedrica Saint Jean, ont dressé un tableau sans concession des obstacles systémiques. Les victimes, « particulièrement dans les zones affectées par l’insécurité », font face à une triple peine : le trauma de l’agression, la peur des représailles des agresseurs souvent armés, et un parcours judiciaire décrit comme « encore trop lourd ». Ce dernier point est central. La lourdeur procédurale, les coûts indirects, la méconnaissance des droits, la lenteur des procédures, et parfois la méfiance envers les forces de l’ordre, forment une barrière quasi infranchissable pour la majorité des survivantes.

Dans un environnement où la justice peine à fonctionner pour les crimes les plus visibles, les violences sexuelles, souvent considérées comme une affaire privée et entachées de stigmatisation sociale, restent largement impunies.

Engagements concrets face à l’urgence

Face à cette urgence, les discours ont tenté de dépasser le simple constat pour esquisser des réponses. L’accent a été mis sur des mesures pratiques devant démontrer la volonté politique de l’État. La Ministre Saint Jean a ainsi insisté sur l’application immédiate de la gratuité du certificat médical pour les survivantes, une mesure actée dans un accord tripartite entre le MCFDF, le Ministère de la Santé Publique et celui de la Justice. Ce certificat, pièce maîtresse de toute procédure judiciaire pour violences sexuelles, représentait auparavant une dépense prohibitive pour de nombreuses femmes. Sa gratuité est une première étape essentielle pour faciliter le dépôt de plainte.

Au-delà de cette mesure symbolique, les engagements annoncés visent une réforme plus profonde : renforcer la coordination entre les ministères concernés (santé, justice, affaires féminines), étendre les services d’assistance juridique et psychosociale gratuits, et simplifier les procédures pour les rendre moins traumatisantes pour les victimes. La présence conjointe de l’OPC, garante des droits des citoyens, et du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), représenté par Me Wando St Villier, est significative. Elle suggère une prise de conscience de la nécessité d’agir à tous les niveaux de la chaîne judiciaire, de l’accueil de la plainte à la décision du juge.

Entre mesures d’urgence et nécessité d’une transformation structurelle

Cet atelier révèle la tension permanente dans la lutte contre les violences sexuelles en Haïti. D’un côté, il est impératif de mettre en place des mesures d’urgence et d’accompagnement pour répondre à la détresse immédiate des victimes. La gratuité du certificat médical en est un exemple concret et salutaire. De l’autre, ces mesures resteront limitées si elles ne s’accompagnent pas d’une transformation structurelle du système judiciaire et des mentalités.

Les promesses de « transformation des institutions » et de « culture de tolérance zéro » évoquées par la Ministre pointent vers un défi qui dépasse les mesures d’urgence et appelle à une réforme structurelle profonde. Pour être crédibles, ces engagements doivent nécessairement s’incarner dans des actions concrètes et systémiques. Cela implique la formation systématique de tous les acteurs en contact avec les victimes, policiers, magistrats, personnels de santé afin qu’ils assurent un accueil et un traitement exempts de préjugés et de déni.

Parallèlement, la sécurisation physique des victimes et des témoins constitue un impératif absolu, dans un contexte national où la domination des gangs et une impunité généralisée exposent les survivantes à de graves risques de représailles. Une réforme des lois et des procédures judiciaires est également indispensable pour les rendre plus adaptées, plus rapides et réellement protectrices des droits des survivantes.

Enfin, cette transformation ne peut aboutir sans une campagne de sensibilisation massive, destinée à briser le silence social, à combattre la stigmatisation et à encourager le recours à la justice. C’est seulement à travers cette approche multidimensionnelle, mêlant renforcement institutionnel, protection tangible et changement des mentalités, que l’accès à la justice pourra cesser d’être une promesse pour devenir une réalité.

Quand la volonté affichée se veut être à l’épreuve des réalités du terrain

L’engagement conjoint du MCFDF et de l’OPC est un signal positif. Il reconnaît que l’accès à la justice n’est pas un service accessoire, mais un droit fondamental et un pilier de la lutte contre les violences sexuelles. Toutefois, la crédibilité de cet engagement sera jugée à l’aune de sa traduction sur le terrain. La gratuité du certificat médical sera-t-elle effective dans tous les hôpitaux publics, y compris en province ? Les femmes oseront-elles se rendre au commissariat pour porter plainte, en ayant confiance en leur protection et en l’issue de la procédure ?

Dans un État fragile où la justice est souvent perçue comme lointaine, corrompue ou inefficace, bâtir un chemin crédible vers la justice pour les femmes victimes de violences est l’un des défis les plus ardus. Ces 16 jours d’activisme doivent être le point de départ d’une action persistante et vérifiable, car, comme le rappelle la campagne, l’élimination de la violence nécessite bien plus que 16 jours ; elle exige une réforme profonde, quotidienne et tenace des institutions et de la société.