samedi, mars 14, 2026
2.3 C
Londres
Accueil Blog Page 46

CETTE EXQUISITÉ DE MELCHIE DUMORNAY VAUT DEUX DE ZINEDINE ZIDANE

0

Par Patrice Dumont

D’abord, je ne peux pronostiquer laquelle de ces 16 consœurs ci-dessous, sélectionnées du the Best- joueuse de la FIFA 2025, sera lauréate ce midi à Doha. En revanche, je peux douter que l’une ou l’autre ait dans son CV cette exquisité de but accomplie par Melchie Dumornay contre Manchester United, il y a six jours, le 10, ce pourquoi il faut combiner deux de Zidane : contre la Corogne au regard de la préparation et contre Alavès au regard de la finition.

La liste en ordre alphabétique en compétition pour le The Best de cette année:
Sandy Baltimore (France)
Nathalie Björn (Suède)
Aitana Bonmati (Espagne)
Lucy Bronze (Angleterre)
Mariona Caldentey (Espagne)
Temwa Chawinga (Malawi)
Diani Khadidiatou (France)
Melchie Dumornay (Haïti)
Patri Guijarro (Espagne)
Lindsay Heaps (USA)
Lauren James (Angleterre)
Chloe Kelly (Angleterre)
Ewa Pajor (Pologne)
Claùdia Pina (Espagne)
Alexia Putellas (Espagne)
Leah Williamson (Angleterre)

Ensuite, reconnaissons que les plus grands joueurs tels Pelé, Cruyff, Maradona, Messi et des spécialistes de moins grande envergure, Arjen Robben, Thierry Henry, aujourd’hui Yamal, ont ciselé quelques-uns des plus beaux specimens de cette catégorie de but: frappe enroulée de l’extérieur de la surface de réparation.

Alors, le tout dernier de la petite déesse!?

Donc, Ligue des Championnes Manchester VS Lyonnes. Après une double accélération de plus de 40 mètres, sur le côté gauche de l’attaque lyonnaise, qui l’a amenée jusque sur la ligne de but où l’avait poursuivie et isolée la latérale droite anglaise, la joueuse Jule Brand fut soulagée de trouver un soutien en la personne de Melchie Dumornay vers laquelle elle a adressé une passe en retrait ordinaire. De ce ballon, Mademoiselle Dumornay a construit un but « Placar », comme on dit au Brésil.
Quand Jule Brand, bloquée par la ligne de fond et cintrée par son opposante directe, se retourne pour se remettre dans le jeu, Dumornay courait se placer dans la surface pour reprendre un éventuel centre de sa coéquipière. Elle a vite compris que celle-ci avait besoin d’aide. Sans s’arrêter, elle bifurque à gauche jusqu’à deux mètres de l’angle supérieur de la surface de réparation, évite l’arbitre sur le tracé de son démarquage, photographie l’espace, esquisse un guilleret sautillement, prend la décision de l’action individuelle ultime en six temps, pour chercher le but en totale autonomie:
1- apprivoise la passe de Brand de l’intérieur du pied droit, fixe Jayde Rivière qu’elle réduira au rôle de spectatrice durant quatre secondes
2- se dirige sur sa droite par un contrôle de l’extérieur du même pied droit à la recherche de l’angle de tir
3- râtèle le ballon par la semelle cramponnée de sa chaussure droite vers l’intérieur de son pied gauche 4- le ramène d’une touche sur sa droite
5- de l’extérieur du pied droit, maintient le ballon dans cette direction parallèle à la ligne des 16, 50 mètres
6- aborde ainsi l’intersection gauche de l’arc de cercle (manch malèt la) et de la ligne horizontale de la surface de réparation, pratiquement à 4, 50 mètres de la ligne imaginaire axiale, et à 22 mètres de la lucarne du second poteau qu’elle va viser et atteindre par une enroulée somptueuse.
Le tout, c’est-à-dire le démarquage, les cinq touches ponctuées de feintes, la frappe, s’est accompli en 5 secondes et sur 13 mètres environ. Prouesse technique, coordinnation de félin, divination tactique, puissance et précision en 5 secondes.

Comment définir ce but? Zidanesque. Même s’il faut fondre deux œuvres du maître pour égaler une de la disciple. Revisionnez celui du Français contre le Deportivo de la Coruña, 5 janvier 2002, pour vous en convaincre:
1- réception extérieur droit
2- semelle-râteau gauche
3- intérieur droit
4- extérieur gauche,
5- tir gauche du coup du pied. Différences: Zidane avait reçu son ballon en face du but, l’avait conservé en quatre touches, avait pénétré dans la surface de réparation et avait terminé son chef-d’œuvre par un tir croisé du gauche à mi-hauteur. Ce dernier geste est à la portée de n’importe quel bon footballeur. Pour l’enroulée de Melchie, c’est l’un des derniers chapitres de l’Arithmétique corrigée. La similitude réside dans les touches bilatérales successives et la très rare semelle-râteau. Voyez aussi le but du 5 janvier 2002 contre Alavès: passe profonde de Bob Carlos, sur le côté gauche, Zidane dribble Smertin, pénètre dans la surface et enroule son ballon vers la lucarne opposée.

Dommage que la Coupe du monde ne soit pas mixte. Sébastien Migné aurait eu le bonheur de relever le plat national à la sauce dumornéenne. J’ai vu Gorby au milieu du terrain de Braga contre Nice en Ligue Europa, à défaut de la petite déesse, il peut assister Bellegarde dans la conduite du jeu haïtien. Commençons par nous dire Joyeux Noël.

Patrice Dumont
14 décembre 2025

NB:Une nouvelle vidéo sur ma page YT sera disponible plus tard. Abonnez-vous! -> https://youtu.be/3db9A5f1SlE?si=mmOSGhG9ePL_Untm

𝐇𝐚𝐢̈𝐭𝐢 : 𝐥𝐞 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐛𝐫𝐮𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐜𝐭𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐃𝐮𝐯𝐚𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐜𝐭𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 « 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐜𝐢𝐯𝐢𝐥𝐞 𝐚̀ 𝐥’𝐡𝐚𝐢̈𝐭𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞 »𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

L’expression consacrée de « transition démocratique » appliquée à Haïti depuis 1986 relève moins de l’analyse politique que de l’incantation. Elle suppose un mouvement, une volonté, un horizon normatif vers lequel un système autoritaire se serait progressivement dissous pour laisser place à un ordre démocratique en construction. Or, ce récit ne résiste pas à l’examen rigoureux des faits. Haïti n’a ni connu, ni même véritablement tenté une transition vers la démocratie. Ce qui s’est opéré en 1986 n’est pas une rupture de régime au sens politique du terme, mais un simple déplacement du centre de gravité de la domination, de l’État dictatorial incarné vers une constellation de pouvoirs civils fragmentés, socialement sélectifs et économiquement prédateurs. C’est ce que je désigne comme la « société civile à l’haïtienne », un agencement de groupuscules et de réseaux sectoriels se partageant la domination des secteurs clés de la nation, y compris les fonctions régaliennes, au détriment des institutions étatiques qu’ils contournent, affaiblissent ou neutralisent.

La chute des Duvalier a mis fin à une dictature personnelle, familiale et militaro-administrative, mais elle n’a pas produit de refondation de l’État. Les structures de domination n’ont pas été démantelées ; elles ont été redistribuées. L’autoritarisme a changé de forme sans changer de fonction. À la verticalité brutale du pouvoir duvaliériste a succédé une horizontalité apparente, tout aussi contraignante, dans laquelle la décision politique se disperse entre des acteurs non élus, non responsables devant le suffrage et largement opaques dans leur fonctionnement. L’État cesse alors d’agir comme centre de décision pour fonctionner comme espace de captation.

La « société civile à l’haïtienne » ne se situe pas en marge du pouvoir. Elle en constitue la doublure structurelle. Elle opère selon une politique de substitution : elle n’exerce pas le gouvernement formel, mais investit l’appareil d’État en plaçant des ministres, des directeurs généraux et des hauts fonctionnaires choisis moins pour leur compétence institutionnelle que pour leur loyauté implicite. Ces pions agissent comme des relais de réseaux plus que comme des agents du service public. Leur autonomie demeure conditionnée au respect de consignes informelles. Lorsqu’ils tentent de restaurer une logique institutionnelle, d’exercer pleinement leur autorité ou de rompre avec les arrangements établis, ils sont publiquement désavoués, politiquement isolés ou rapidement écartés.

Ce mode d’opération maintient l’État dans une situation de paralysie chronique. Les institutions subsistent juridiquement, mais sont privées de capacité d’initiative. La responsabilité politique se dissout, car le pouvoir effectif se situe hors des circuits constitutionnels, dans des réseaux qui ne rendent de comptes ni au Parlement, ni aux citoyens, ni à une hiérarchie administrative identifiable. L’échec n’apparaît plus comme un accident de gouvernance, mais comme une donnée structurelle d’un système où les détenteurs visibles du pouvoir n’en maîtrisent pas les leviers, tandis que les détenteurs réels se tiennent hors champ.

L’économie politique de ce dispositif éclaire sa stabilité. Les ressources publiques, déjà limitées, sont prises en étau entre la prédation interne et la dépendance externe. Le Trésor public ne fonctionne plus comme instrument de souveraineté, mais comme variable d’ajustement dans un écosystème dominé par les financements internationaux. Ceux-ci, loin de consolider l’État, contribuent à son contournement. Ils alimentent une gouvernance par projets, par urgences et par dispositifs temporaires, substituant à la planification publique une administration fragmentée, contractualisée et largement externalisée. La « société civile à l’haïtienne » s’y impose comme intermédiaire obligé entre l’argent international et une population maintenue à distance de toute capacité de décision collective.

Dans cette configuration, la question électorale perd sa fonction structurante. Les scrutins ne servent plus à arbitrer des projets de société, mais à entériner des équilibres préalablement négociés. Dans certains cas, et avec la complicité active ou tacite de gouvernements étrangers, la « société civile à l’haïtienne » participe à la délimitation du champ du possible politique, décidant de facto qui peut accéder à la présidence de la République et qui en est exclu. La souveraineté populaire se trouve ainsi encadrée, filtrée et neutralisée au nom de la stabilité, de la sécurité ou de la respectabilité internationale.

Parler de « transition qui n’en finit pas », comme on tend souvent à l’articuler, revient donc à entretenir une fiction analytique. Il ne s’agit pas d’un processus inachevé, mais d’un processus absent. Depuis 1986, Haïti évolue dans un régime d’exception normalisé, où l’illégitimité s’installe comme règle de fonctionnement et l’instabilité comme technique de gouvernement. Les constitutions se succèdent sans produire d’État effectif. Les discours démocratiques prolifèrent tandis que les mécanismes de domination se recomposent et se raffinent. La démocratie circule comme vocabulaire, jamais comme architecture politique.

En définitive, la rupture de 1986 marque moins l’entrée d’Haïti dans un ordre démocratique que l’ouverture d’un cycle de domination plus diffus, plus fragmenté et plus difficile à désigner. La dictature des Duvalier s’exerçait à travers un pouvoir centralisé, dont la violence procédait d’une chaîne de commandement lisible. Celle de la « société civile à l’haïtienne » prospère dans l’ambiguïté, l’irresponsabilité et la dilution morale. Face à des maux devenus systémiques, massifs et cumulatifs, Haïti ne peut plus se satisfaire de formules procédurales ni d’idéaux abstraits. La situation appelle l’émergence d’un pouvoir étatique recentralisé, discipliné et stratège, doté d’une autorité réelle, mais encadrée par une rationalité institutionnelle, une vision moderne de l’administration publique et une finalité claire de reconstruction nationale. Non un retour à l’arbitraire, mais l’affirmation d’un État semi-autoritaire, éclairé et fonctionnel, capable de trancher, d’imposer la règle, de restaurer la souveraineté et de réordonner le champ politique. Aux pathologies profondes, Haïti ne peut opposer que des remèdes de même ampleur.

Pennsylvanie, 17 décembre 2025


𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒, 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑’𝑢𝑛 𝑚𝑎𝑠𝑡𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑠𝑒́𝑐𝑢𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑔𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑔𝑒́𝑜𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́, 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑒́ « 𝐴𝑢 𝑛𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝐷𝑖𝑒𝑢 ».

Hommage à Ernst Louis Pierre (Capi)

Par Pierre Josué Agénor Cadet

La triste et bouleversante nouvelle m’est parvenue ce mardi 16 décembre, d’abord par mes devanciers devenus amis et modèles, le révérend père Ronel Vildor et Lesmarges Valnord, puis par mes condisciples de la sixième à la première au Collège Notre-Dame de Lourdes (CNDL) de Port-de-Paix : Ronyde Bélizaire Imbert et Alix Lalanne. Un peu plus tard, un message de mon camarade Yves Martial, juge à la Cour d’appel des Gonaïves, qui, comme moi, a très tôt commencé à taquiner la muse, me demandait si j’avais des informations sur Ernst Louis Pierre, dit Capi.

Enfin, à travers le texte poignant Adieu Bouboul, un homme et son calcaire, signé de son fidèle ami Jean L. Théagène, et un appel de Jackson Pléteau, Inspecteur général et mon ancien directeur de cabinet au ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, j’ai pu confirmer la terrible nouvelle : mon ancien et éminent professeur, mentor et guide, Ernst Louis Pierre, que ses élèves et ses proches appelaient affectueusement Bouboul, Ti Ernst ou Capi, s’en est allé pour l’au-delà ce mardi matin 16 décembre, à l’hôpital de Diquini.

Ernst Louis Pierre fut tour à tour journaliste vedette à la Radio Voix du Nord-Ouest (4VTS) à Port-de-Paix, professeur de français, de sciences sociales et responsable de discipline au Collège Notre-Dame de Lourdes, directeur de discipline au Petit Collège Saint-Martial, professeur de sciences sociales et de littérature dans de nombreuses institutions scolaires de Port-au-Prince, notamment au Collège de Madame Frank Paul, au Canapé-Vert. Il appartient à cette catégorie rare de professeurs qui ne se contentent pas d’enseigner une matière, mais qui forment des consciences et éveillent des vocations. C’est à son contact que j’ai choisi, avec amour et conviction, le noble métier d’enseignant.

Enseignant d’exception, Ernst Louis Pierre aimait profondément son métier et ses apprenants. Rigoureux sans être rigide, exigeant sans être humiliant, il savait allier discipline et bienveillance. Il croyait au potentiel de chaque élève, même des plus fragiles, et prenait le temps de les relever par la parole juste, le regard encourageant et l’exemple constant. Sa pédagogie reposait sur le respect, l’effort, la curiosité intellectuelle et l’amour de la langue française. Il enseignait non seulement à bien écrire et à bien parler, mais surtout à penser droit, agir juste et rester digne. Pour lui, l’école était un sanctuaire, et l’enseignant, un serviteur de l’esprit.

Il est allé rejoindre son Créateur comme il a vécu toute sa vie : dans la simplicité, la discrétion et la sérénité, la tête haute et l’esprit tranquille. Homme honnête et intègre, il a toujours refusé, malgré de nombreuses sollicitations, de se mêler à la politique telle qu’elle se pratique en Haïti jusqu’à ce jour, préférant rester fidèle à ses valeurs et à sa mission éducative.

Avec le départ d’Ernst Louis Pierre, l’école haïtienne perd un pilier, et plusieurs générations perdent un maître. Mais son héritage demeure vivant dans la mémoire de ses anciens élèves, dans les mots qu’il a semés, dans les vies qu’il a éclairées. Repose en paix, cher Maître. Ta voix s’est tue, mais ton enseignement continue de parler en nous.

Pierre Josué Agénor Cadet

« Lapè Pou Ayiti » dévoile une feuille de route ambitieuse pour 2026 et remet en cause le modèle démocratique post-1986

Par Jean Wesley Pierre

Dans une salle comble, le mouvement « Lapè Pou Ayiti » a présenté ce mardi 16 décembre 2025, date symbolique du 35e anniversaire des premières élections démocratiques en Haïti, un document stratégique d’une ampleur inédite.

Bien plus qu’un simple plan de sortie de crise, ce manifeste propose une refonte radicale de la gouvernance haïtienne, articulée autour d’une méthodologie concrète pour installer un gouvernement de consensus en 2026 et d’une critique frontale du modèle politique en vigueur depuis la chute de la dictature.

Un nouveau projet national

L’événement, présenté comme une conférence de presse, a rapidement pris la forme d’une assemblée politique. La présence d’anciens parlementaires comme Francenet Denius, de représentants des secteurs vodou et des femmes, et de militants d’horizons divers, dont Nicolson « Bab » Pierre, issu de l’opposition radicale « Pitit Desalin » a démontré la volonté du mouvement de constituer une large coalition transversale.

Le cœur de la présentation a été la lecture et l’explication d’un manifeste intitulé « Proposition méthodologique/ultime de sortie de crise pour Haïti ».

Ce document, divisé en deux parties principales, se fixe un horizon clair : la fin de la transition actuelle et l’installation d’un nouvel exécutif consensuel à l’expiration de l’accord du 3 avril 2024, soit en 2026.

Première partie : Un plan sécuritaire détaillé et intégré

Face à l’urgence, la première moitié du document est entièrement consacrée à une stratégie de sécurité opérationnelle. Elle va au-delà des appels généraux au désarmement et propose un enchaînement logique de mesures :

1. Cartographie et neutralisation ciblée : Identification précise des gangs et opérations menées par des unités mixtes (PNH, FAd’H, FRG) par zones prioritaires, avec création de couloirs humanitaires.

2. Désarmement et réinsertion sous conditions : Le document prône un « débat national de sécurité » strictement encadré pour discuter de la réintégration, sous conditions sévères, de jeunes enrôlés de force, tout en excluant toute négociation politique avec les chefs de gangs.

3. Rétablissement physique et social du pays : Le plan détaille la sécurisation des axes routiers, le retour accompagné des déplacés internes avec un volet de dédommagement, et la création d’un Comité national de sécurité pour la coordination.

L’objectif affiché est de créer les conditions minimales de sécurité pour toute démarche politique future, y compris la tenue d’élections.

Deuxième partie : Une méthodologie politique qui fusionne toutes les propositions

La seconde partie est une innovation procédurale. Constatant la prolifération des initiatives concurrentes (Accord du 3 avril, consensus du 21 décembre, Accord-40, etc.), le mouvement « Lapè Pou Ayiti » ne propose pas une énième solution, mais une méthodologie pour les fusionner.

Le mécanisme central est la création d’une commission de médiation de cinq membres, issus de la société civile (religions, presse, droits humains, université, Convention Patriotique), avec l’OEA et la CARICOM comme observateurs.

Sa mission serait de faciliter un dialogue national inclusif pour :

• Discuter et synthétiser toutes les propositions existantes.

• Désigner, par consensus, les figures d’un gouvernement d’union dont la légitimité découlerait de ce processus, et non d’un accord élitiste restreint.

• Élaborer une feuille de route claire jusqu’en 2026.

Un diagnostic radical : la remise en cause de la démocratie électorale importée

L’élément le plus polémique du manifeste est son diagnostic historique et politique. Les discours, notamment celui de Sheilla Martiné, et le texte lui-même, développent une critique systématique du système hérité de 1986. Les arguments clés sont :

1. L’échec économique et social : La démocratie électorale n’a pas produit le développement mais a institutionnalisé une fracture sociale abyssale.

2. Le coût absurde de la ritualisation électorale : Le document cite les 56 millions de dollars dépensés en 2016 pour des élections n’ayant conduit qu’à une paralysie plus grande.

3. La perte de souveraineté : Il dénonce un État « sous tutelle » d’experts étrangers et d’ONG, où la corruption locale sert de bouc émissaire pour masquer une dépendance structurelle.

4. Un appel à un nouveau modèle : Le manifeste appelle à inventer un modèle de gouvernance « adapté aux réalités haïtiennes », plaçant le développement et la souveraineté effective au-dessus du « fétichisme électoral ».

Entre pragmatisme et révolution conceptuelle

La proposition du mouvement « Lapè Pou Ayiti » est à la fois pragmatique dans sa méthode et révolutionnaire dans son ambition. Son plan sécuritaire détaillé répond à une attente immédiate. Sa commission de médiation offre une porte de sortie procédurale à l’impasse actuelle.

Cependant, son succès repose sur des défis majeurs :

1. L’acceptation par les acteurs en place : Les signataires de l’accord du 3 avril 2024 accepteront-ils de voir leur mandat redéfini par un processus plus large ?

2. La réaction des partenaires internationaux : Comment réagiront-ils à un diagnostic qui remet explicitement en cause leur cadre d’action et prône une souveraineté sans concession ?

3. La faisabilité du nouveau modèle : La critique du système est forte, mais les contours du modèle de gouvernance alternatif restent à définir concrètement.

En choisissant la date anniversaire du 16 décembre 1990, le mouvement « Lapè Pou Ayiti » a délibérément placé son initiative sous le signe d’une refondation historique.

Que l’on perçoive son manifeste comme une provocation salutaire ou une utopie irréaliste, il a le mérite de poser, avec une clarté rare, les questions fondamentales sur l’impasse politique, la souveraineté perdue et le coût d’un système à bout de souffle. La conférence de presse de ce mardi 16 décembre n’était peut-être que le premier acte d’un débat bien plus vaste sur l’avenir constitutionnel et politique d’Haïti.

16 décembre 1990 : une occasion historique ratée pour Haïti

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Le 16 décembre 1990 demeure l’une des dates les plus emblématiques de l’histoire politique contemporaine d’Haïti. Pour la première fois depuis 1804 , le peuple haïtien accédait aux urnes dans un climat de relative liberté, d’espoir et de mobilisation massive sans la dictée de l’Occident, sans l’influence de la la bourgeoise, de l’église et de l’institution militaire. L’élection du leader charismatique Jean-Bertrand Aristide, avec plus de 67 % des suffrages exprimés, fut saluée tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger comme une victoire éclatante de la démocratie populaire. Pourtant, trente-quatre ans plus tard, cette date apparaît moins comme l’acte fondateur d’une nouvelle Haïti que comme une occasion historique profondément ratée.

Une victoire populaire sans précédent

Le scrutin du 16 décembre 1990 fut d’abord une rupture. Il marquait la fin apparente de l’ordre politique hérité du 17 octobre 2806 et du duvaliérisme, caractérisé par la violence d’État, l’exclusion sociale et la confiscation du pouvoir par une minorité. Le peuple, longtemps marginalisé, imposait son choix contre les élites traditionnelles, les notables politiques et les candidats soutenus par les puissances économiques et diplomatiques, notamment les États-Unis d’Amérique.

Jean-Bertrand Aristide incarnait alors l’espérance des masses urbaines et rurales, des exclus, des jeunes et des pauvres. Son discours, axé sur la théologie de libération, dénonçant l’injustice sociale, la corruption, le macoutisme, la dépendance économique et l’arrogance des élites, trouvait un écho profond dans une société meurtrie. Le 16 décembre 1990 semblait annoncer une refondation de l’État haïtien sur de nouvelles bases morales, sociales ,économiques et politiques.

L’absence de préparation à l’exercice du pouvoir

Cependant, la victoire électorale ne s’est pas accompagnée d’une réelle préparation à la gouvernance. L’un des grands drames de cette période réside dans la confusion entre légitimité populaire et capacité institutionnelle. Le mouvement qui porta Aristide au pouvoir, aussi puissant fût-il sur le plan symbolique et mobilisateur, ne disposait ni d’un projet socio- politique structuré, ni d’un appareil administratif solide, ni d’une stratégie claire de transformation de l’État.

L’exercice du pouvoir exigeait des compromis, une vision à long terme, une maîtrise des rouages institutionnels et une gestion prudente des rapports de force internes et internationaux. Or, le nouveau pouvoir s’est rapidement retrouvé isolé, confronté à une sorte de clientélisme ,à une administration hostile, à une armée restée intacte dans sa logique putschiste et à une bourgeoisie économique profondément méfiante et anti-nationale.

La radicalisation du discours et la rupture du consensus national

Au lieu de chercher à élargir sa base politique et à construire un consensus minimal autour des grandes réformes nationales, le régime issu du 16 décembre a souvent privilégié un discours de confrontation ou de lutte de classes et de couleur. La rhétorique de la « déchoukaj « , bien qu’expressive d’un ras-le-bol populaire légitime, a contribué à accentuer les clivages sociaux et politiques, alimentant la peur, la méfiance et la résistance des secteurs traditionnels du pouvoir.

Cette radicalisation a fragilisé les institutions déjà faibles et a offert un terrain favorable aux forces anti-démocratiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’État, au lieu d’être consolidé, s’est davantage affaibli, ouvrant la voie au coup d’État militaire du 30 septembre 1991.

L’intervention étrangère et le déficit de souveraineté

Le renversement du pouvoir élu et le retour d’Aristide en 1994 sous escorte militaire étrangère ont définitivement compromis la portée historique du 16 décembre 1990. Ce retour, conditionné par des accords politiques et économiques imposés de l’extérieur, a marqué une nouvelle phase de dépendance et de tutelle internationale.

Ainsi, l’élection censée inaugurer l’ère de la souveraineté populaire s’est paradoxalement soldée par une réduction accrue de l’autonomie politique de l’État haïtien. La démocratie s’est trouvée vidée de sa substance, limitée à des élections sans véritable capacité de transformation structurelle.

Une occasion manquée pour refonder l’État

Le véritable échec du 16 décembre 1990 ne réside pas dans la victoire populaire elle-même, mais dans l’incapacité collective de nos dirigeants, élites, institutions et partenaires internationaux à transformer cet élan en un projet national cohérent. Cette date aurait pu être le point de départ d’une réforme profonde de l’armée, de la justice, de l’administration publique, de l’économie et de l’éducation.

Au lieu de cela, Haïti est entrée dans un cycle de crises répétitives, de transitions interminables, d’élections contestées et de désillusions populaires, dont elle peine encore à sortir.

Le 16 décembre 1990 reste une date fondatrice, mais aussi tragiquement inachevée. Il symbolise à la fois la capacité du peuple haïtien à se mobiliser démocratiquement et l’incapacité de la classe politique à traduire cette volonté en un État fort, juste et souverain. En ce sens, il constitue moins une victoire durable qu’une occasion historique ratée, dont les leçons demeurent essentielles pour toute tentative future de reconstruction nationale.

Pierre Josué Agénor Cadet

Sanctionner les banques Haïtiennes et les entreprises ( cas de la SOGENER): une pratique pas trop courante en Haïti

Dr Eddy N. LABOSSIERE

Dans l’histoire bancaire Haïtienne récente nous avons noté le cas de deux(2) banques qui ont été sanctionnées en 2020, il s’agit de la Unibank et le Capital banque.

Concernant les entreprises anonymes au cours des cinq(5) dernières années, aucun cas de sanction, c’est pourquoi dans cette étude nous nous intéresserons surtout au cas de nos Banques commerciales, et une réflexion sur la faillite de la SOGENER sera faite en conclusion.

Les banques sont sanctionnées par les autorités de régulation nationales ou internationales lorsqu’elles manquent à leurs obligations légales et réglementaires. Ces sanctions visent à punir les infractions, à dissuader d’autres manquements et à maintenir la stabilité et la sécurité du système financier.

I- Autorités de sanction et d’appui.

Plusieurs institutions ou organismes sont habilités à imposer des sanctions aux établissements bancaires:

● Au niveau national ( Haïti): L’autorité de contrôle prudentiel soit la BRH à travers la direction de supervision, dispose d’un pouvoir de sanction disciplinaire à l’encontre des banques sous son contrôle. L’autorité des marchés financiers (AMF) sanctionne les abus de marché, en Haïti avec l’absence d’une Bourse Haïtienne cette autorité n’existe pas dans pratique.

● Au niveau de la Caraïbe: Le Centre régional d’assistance technique des Caraïbes ( CARTAC) est l’un des dix (10) Centres régionaux d’assistance technique (CRAT) du FMI. Le CARTAC aide dans le respect et le renforcement des normes et procédures et la mise en œuvre des politiques macro-économiques saines.

● Une autre structure au niveau international appelée le Gafi ( Groupe d’action Financière) qui santionne les pays pour non respect des principes liés au Blanchiment d’argent et la lutte contre le terrorisme.

● Au niveau international: Des Gouvernements ( comme les États-Unis via l’OFAC) et des organisations internationales ( comme l’ONU, l’OAS) imposent des sanctions économiques et financières qui s’appliquent aux banques opèrant à l’échelle mondiale.

II- Principaux motifs de sanctions.

Les banques s’exposent à des sanctions pour divers manquements, notamment:

● Non-conformité aux réglementations: Le non-respect des règles prudentielles ou des exigences réglementaires générales.

● Lutte contre le branchement d’argent et le financement du terrorisme ( LBC/FT): Ne pas faire preuve de la diligence requise, omettre de déclarer des situations suspectes ou ne pas vérifier l’identité des clients (KYC).

● Violation des sanctions internationales/économiques: Effectuer des transactions avec des individus, des entités ou des pays sous le coup des sanctions ou d’embargos( ex Russie, Iran, Corée du Nord etc.)

● Protection des consommateurs: Manquements aux obligation d’information et de conseil envers les clients.

III- Types de sanctions et conséquences

Les sanctions peuvent être de différentes natures.

● Sanctions pécuniaires: Des amandes très importantes peuvent être imposées ou des pénalités, parfois plusieurs millions ou milliards de gourdes, pour des infractions graves.

● Mesures disciplinaires : Avertissements, blâmes, ou même retrait d’agrément dans les cas extrêmes.

● Restrictions d’activité : Interdiction de certaines opérations ou gel des actifs.

Ces sanctions ont des conséquences significatives pour les banques, allant des pertes financières et atteintes à la réputation à des restrictions opérationnelles sévères, et peuvent également impacter leurs clients par des suspensions de paiements ou des difficultés d’accès aux services financiers.

CONCLUSION

En Haïti on a eu quelques cas de sanction des banques. Mentionnons en deux(2).
En août 2020, la BRH l’autorité de contrôle prudentiel a sanctionné deux (2) banques:
La Unibank et la Capital banque, des amandes très importantes ont été imposées: la Unibank a dû payer une pénalité de 865,4 millions de gourdes

et la Capital banque 4 millions de gourdes.

Ces deux banques ont été sanctionnées principalement pour avoir enfreint les normes et procédures sur les opérations de change.
Depuis 2020 à aujourd’hui, aucune autre banque n’a été sanctionnée, peut-on croire que la BRH par l’intermédiaire de sa direction de la supervision a fait un bon travail en forçant les banques commerciales à respecter les normes prudentielles et les circulaires de la BRH? La question reste ouverte (It’s an open question).

Nous pouvons mentionner deux autres situations. il y a environ trois(3) années, en août 2022, le Gafi( Groupe d’action Financière) avait proféré des menaces contre Haïti, spécifiquement visant le secteur bancaire, à savoir couper les banques Haïtiennes de tout contact avec les banques étrangères en débranchant le code SWIFT par exemple.
Pour éviter cette très lourde sanction les banques Haïtiennes ont accepté d’appliquer la procédure concernant le branchement d’argent et la lutte contre le terrorisme.
Il faut savoir que le Gafi étudie comment l’argent est blanchi et le terrorisme financé, promeut des normes mondiales pour atténuer les risques et évalue si les pays prennent des mesures efficaces pour combattre le branchement d’argent et la lutte contre le terrorisme.

Nous suivons aujourd’hui un autre cas celui de la Sogebank et la Western Union (WU), difficile d’obtenir des informations, puisque les banques Haïtiennes ne fonctionnent pas en toute transparence, mais on constate que le service WU de la sogebank ne fonctionne plus. Est-ce que cette banque a affiché des manquements concernant l’application des procédures sur les origines des fonds ? encore une question ouverte.

En Haïti il y a un vide juridique relatif à la régulation du marché financier et du secteur économique spécifiquement. Par exemple nous n’avons pas de « loi sur la concurrence », nous n’avons pas non plus une loi sur  » les autorités du marché financier » ou le gendarme du marché.

Cette absence d’un environnement légal complet et approprié, fait cruellement défaut et les principales victimes sont et seront les participants au marché dans ses deux versants offre et demande.

Nous avons le cas de la SOGENER qui a fermé ses portes sans dire un mot à ses créanciers Haïtiens détenteurs des obligations de la SOGENER à hauteur de dix millions de dollars Américains (10,000,000 USD), l’existence d’une autorité de régulation dans le champ économique aurait aidé ces pauvres investisseurs de la classe moyenne qui ont investi leur faible avoir ou épargne en achetant des obligations SOGENER à récupérer leur investissement.

La mésaventure de la SOGENER cause des dommages presqu’irréparable au développement du marché financier Haïtien, donc au développement économique d’Haiti. Ainsi, un choc ou une crise de confiance s’installe, les émetteurs d’obligation ou de valeurs mobilières auront beaucoup de difficultés à trouver des acheteurs dans le futur.
Il est plus que temps d’avoir le cadre légal approprié pour empêcher la répétition des cas comme celui de la SOGENER.

Nous sommes tous d’accord pour dire que sans un marché financier complet et bien régulé, il sera impossible à Haïti de se développer car, nos entrepreneurs ou investisseurs ne pourront pas trouver du financement à long terme pour leur besoin d’investissement de long terme.
Rappelons que le financement ou le crédit bancaire aux entreprises est souvent à court terme pour la constitution du fonds de roulement ou les besoins de trésorerie.

« Lapè Pou Ayiti » dévoile une feuille de route ambitieuse pour 2026 et remet en cause le modèle démocratique post-1986

0

Par Jean Wesley Pierre

Dans une salle comble, le mouvement « Lapè Pou Ayiti » a présenté ce mardi 16 décembre 2025, date symbolique du 35e anniversaire des premières élections démocratiques en Haïti, un document stratégique d’une ampleur inédite.

Bien plus qu’un simple plan de sortie de crise, ce manifeste propose une refonte radicale de la gouvernance haïtienne, articulée autour d’une méthodologie concrète pour installer un gouvernement de consensus en 2026 et d’une critique frontale du modèle politique en vigueur depuis la chute de la dictature.

Un nouveau projet national

L’événement, présenté comme une conférence de presse, a rapidement pris la forme d’une assemblée politique. La présence d’anciens parlementaires comme Francenet Denius, de représentants des secteurs vodou et des femmes, et de militants d’horizons divers, dont Nicolson « Bab » Pierre, issu de l’opposition radicale « Pitit Desalin » a démontré la volonté du mouvement de constituer une large coalition transversale.

Le cœur de la présentation a été la lecture et l’explication d’un manifeste intitulé « Proposition méthodologique/ultime de sortie de crise pour Haïti ».

Ce document, divisé en deux parties principales, se fixe un horizon clair : la fin de la transition actuelle et l’installation d’un nouvel exécutif consensuel à l’expiration de l’accord du 3 avril 2024, soit en 2026.

Première partie : Un plan sécuritaire détaillé et intégré

Face à l’urgence, la première moitié du document est entièrement consacrée à une stratégie de sécurité opérationnelle. Elle va au-delà des appels généraux au désarmement et propose un enchaînement logique de mesures :

  1. Cartographie et neutralisation ciblée : Identification précise des gangs et opérations menées par des unités mixtes (PNH, FAd’H, FRG) par zones prioritaires, avec création de couloirs humanitaires.
  2. Désarmement et réinsertion sous conditions : Le document prône un « débat national de sécurité » strictement encadré pour discuter de la réintégration, sous conditions sévères, de jeunes enrôlés de force, tout en excluant toute négociation politique avec les chefs de gangs.
  3. Rétablissement physique et social du pays : Le plan détaille la sécurisation des axes routiers, le retour accompagné des déplacés internes avec un volet de dédommagement, et la création d’un Comité national de sécurité pour la coordination.

L’objectif affiché est de créer les conditions minimales de sécurité pour toute démarche politique future, y compris la tenue d’élections.

Deuxième partie : Une méthodologie politique qui fusionne toutes les propositions

La seconde partie est une innovation procédurale. Constatant la prolifération des initiatives concurrentes (Accord du 3 avril, consensus du 21 décembre, Accord-40, etc.), le mouvement « Lapè Pou Ayiti » ne propose pas une énième solution, mais une méthodologie pour les fusionner.

Le mécanisme central est la création d’une commission de médiation de cinq membres, issus de la société civile (religions, presse, droits humains, université, Convention Patriotique), avec l’OEA et la CARICOM comme observateurs.

Sa mission serait de faciliter un dialogue national inclusif pour :

  • Discuter et synthétiser toutes les propositions existantes.
  • Désigner, par consensus, les figures d’un gouvernement d’union dont la légitimité découlerait de ce processus, et non d’un accord élitiste restreint.
  • Élaborer une feuille de route claire jusqu’en 2026.

Un diagnostic radical : la remise en cause de la démocratie électorale importée

L’élément le plus polémique du manifeste est son diagnostic historique et politique. Les discours, notamment celui de Sheilla Martiné, et le texte lui-même, développent une critique systématique du système hérité de 1986. Les arguments clés sont :

  1. L’échec économique et social : La démocratie électorale n’a pas produit le développement mais a institutionnalisé une fracture sociale abyssale.
  2. Le coût absurde de la ritualisation électorale : Le document cite les 56 millions de dollars dépensés en 2016 pour des élections n’ayant conduit qu’à une paralysie plus grande.
  3. La perte de souveraineté : Il dénonce un État « sous tutelle » d’experts étrangers et d’ONG, où la corruption locale sert de bouc émissaire pour masquer une dépendance structurelle.
  4. Un appel à un nouveau modèle : Le manifeste appelle à inventer un modèle de gouvernance « adapté aux réalités haïtiennes », plaçant le développement et la souveraineté effective au-dessus du « fétichisme électoral ».

Entre pragmatisme et révolution conceptuelle

La proposition du mouvement « Lapè Pou Ayiti » est à la fois pragmatique dans sa méthode et révolutionnaire dans son ambition. Son plan sécuritaire détaillé répond à une attente immédiate. Sa commission de médiation offre une porte de sortie procédurale à l’impasse actuelle.

Cependant, son succès repose sur des défis majeurs :

  1. L’acceptation par les acteurs en place : Les signataires de l’accord du 3 avril 2024 accepteront-ils de voir leur mandat redéfini par un processus plus large ?
  2. La réaction des partenaires internationaux : Comment réagiront-ils à un diagnostic qui remet explicitement en cause leur cadre d’action et prône une souveraineté sans concession ?
  3. La faisabilité du nouveau modèle : La critique du système est forte, mais les contours du modèle de gouvernance alternatif restent à définir concrètement.

En choisissant la date anniversaire du 16 décembre 1990, le mouvement « Lapè Pou Ayiti » a délibérément placé son initiative sous le signe d’une refondation historique.

Que l’on perçoive son manifeste comme une provocation salutaire ou une utopie irréaliste, il a le mérite de poser, avec une clarté rare, les questions fondamentales sur l’impasse politique, la souveraineté perdue et le coût d’un système à bout de souffle. La conférence de presse de ce mardi 16 décembre n’était peut-être que le premier acte d’un débat bien plus vaste sur l’avenir constitutionnel et politique d’Haïti.

Nou pap ka bliye

Se te yon 16 desanm 1990
3 Lane apre KNGP
Makout la
Te fè rigòl san 🩸
Koule nan riyèl Vayan
29 Novanm 1987
Paske dwa pou moun vote selon konviksyon politik yo te kidnape
Paske fizi mitrayèt yo
te pi pwisan
Pase Bilten Vòt yo
Bandi pap kab volè esperans yon pèp
Tankou esperans libète esklav yo
Soufrans yo te rèd jou 29 novanm lan
Men Pèp vanyan
Ki pat deside
« Bay legen nan batay la »
Te rekòmanse
Nan dat 16 desanm 1990
Kote nan moman sa
Li te kwè
Li t ap voye
Granmoun yo
« Ale jwe domino »
29-30 septanm
7 mwa apre
Lame deplòtonnen

35 Lane apre:

Ayiti ap trimen
Ayisyen ap trennen
Bandi tout kalte donnen
Tankou blenblen
Nan Jaden
Enpinite
Ki pwodui ensekirite
Yo soti nan atache
Frap, Ninja
Bandi legal
Sou lòd vrè mèt yo
Transfòme an Viv ansanm
Pou fè nou tout
Mache Opa
Pandan politichen
San karaktè san nen
Ak yon seri entèlektyèl pakoti
Men yo ak bouch yo plen San 🩸
Ap pouse kabwèt Eleksyon
Sou lòd patwon yo
Caricom, OEA, Nasyonzini
Nen yo tout bouche
Poutan move lodè ensekirite ap degaje
Men yo tout kache
Pa gen danje
Ti nèg esklav mantal
Ap manje lajan malere
Moun ki mouri zafè a yo
Nan tranzisyon degaje pa peche
Tout peche padone
Menm si nèg manje jis yo gonfle
Okontrè nèg gen asirans
Anba zèl zwazo bèk fè a
Ki se sèl kòk chante
Nan baskou a.

Ayiti pou Abolotyo yo
Zafè reflechi sou penitans
Se rans, rans
Se san koutcha yo ye
Zafè sibi vre
Se pa vre

Ayiti, pitit ou yo ap trennen vre
Men, gen moun ki panse peyi
Ak yo, solèy la gen pou l leve
Zetwal Libète gen pou klere tout bon.
Lè sa
Ni atache
Ni Frap
Ni Ninja
Ni bandi legal
Ni bandi ak sapat
Ni Viv Ansanm
Tout ap dèyè
4 Miray
Paske se
Lajistis k ap pote laviktwa
Malè avèti pa touye kokobe.

Marcel Poinsard Mondésir
16/12/2025

C’est arrivé aujourd’hui, 16 Décembre!

0

Ephéméride du jour

Devoir de mémoire…
Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.
16 Décembre 1990 : Élections Générales en Haïti
Pour la première fois de son histoire, le peuple haïtien avait pu, au terme d’une longue lutte, choisir ses dirigeants au cours d’élections suivies de près par la communauté internationale. Le mouvement Lavalas qui symbolisait l’espoir d’un peuple en quête de paix et de justice a vu son leader, Jean-Bertrand Aristide, triompher avec 67% des votes, et devenir ainsi le premier président démocratiquement élu d’Haïti.

16 Décembre 1824 : Un incendie ravagea le centre commercial de Port-au-Prince
Cet incendie qui se déclara dans une pharmacie appartenant à un Français alors absent du pays, se propagea rapidement et détruisit plus de 200 maisons servant de magasins et d’entrepôts.

16 Décembre 1888 : Constitution promulguée par le président François Dénys Légitime
Constitution promulguée par le président François Dénys Légitime à l’autorité duquel est soustrait l’état du Nord dirigé par Florvil Hyppolite.

16 Décembre 1960 : Décret changeant le nom de l’Université d’Haïti
Créée par la Loi du 5 Août 1920, le décret du 16 Décembre la rebaptisa Université d’État d’Haiti.

De décembre en décembre

Clarens Renois

Décembre en rature
Noel en pâture
Coup de feu partout
Couvre-feu pour tout

Odeurs de souffre
Trainée de poudre
Pas d’étoiles dans les yeux
Pluie de balles dans les cieux

Ici il neige pas
En abri les enfants ont froid

Décembre en pâture
Rêves en miniature

Des magasins sans décor
Dans les rues que des morts
Pas de cascades lumineuses
Ni de guirlandes joyeuses

Décembre en pâture
Noel en rature

Pas d’étoiles dans les yeux
Partout le couvre-feu
Les Mages ont perdu les présents
L’Orient, l’or et l’encens

Noel désespérance
Des enfants en errance
Pas de fanal éclairé
Ni friandises ni patés

Pas de chorale dans les églises closes
Au-dessus des têtes planent des drones
Ne chantent plus Manno, Mika et Desrose
Pour les enfants c’est Noel morose

Pas de crèches illuminées
Ni de sapins chargés
Pas de réveilon ni de messe à minuit
Ventre creux les enfants dormiront toute la nuit

Rêves en pâture
Noel en miniature

En décembre l’an prochain
Le coeur à la main
Dans les quartiers et les ghettos
Viendront des jours plus beaux

L’an prochain dans toutes les boutiques
Reviendront gateries
Maïs grillé et sucreries
Sur les places danse et musique

Couleurs, sourires toute la saison
Lumière dans toutes les maisons
L’an prochain des sapins se dresseront
Pour les enfants chants et réveillon

NOEL SERA BELLE

En décembre prochain
Y’aura du soleil
La paix à pleine main
Et pluie d’étoiles dans le ciel

NOEL SERA PLUS BELLE