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Accord KARIBE : ultimatum politique et appel à une refondation nationale avant le 7 février 2026

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L’Accord KARIBE clôture l’année 2025 par des ultimatums clairs, publics et non négociables :
le départ immédiat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dont l’échec est total, patent et lourd de conséquences pour la nation.

L’Accord KARIBE dit constater que le CPT et le gouvernement ont failli sur tous les plans : sécuritaire, politique, institutionnel et moral. Cette faillite est aujourd’hui un échec collectif, mais elle engage prioritairement la responsabilité de ceux qui ont confisqué le pouvoir sans résultats, sans vision et sans légitimité populaire.

Face à cet effondrement généralisé de l’État, l’Accord KARIBE lance un appel solennel à toutes les nouvelles structures politiques et accord de se mettre ensemble pour donner une alternative claire articulée par une rupture avec les pratiques du passé.

Pour les dirigeants de l’Accord, cet appel s’adresse à des acteurs nouveaux, porteurs de crédibilité, d’honnêteté, de compétence et de sens de l’État, capables de se rassembler dans un esprit de responsabilité historique.

L’objectif est clair : doter le pays, au plus tard le 7 février 2026, d’un nouveau gouvernement, reposant sur un exécutif bicéphale, légitime, fonctionnel et orienté exclusivement vers l’intérêt supérieur de la nation, la restauration de la sécurité, la reconstruction des institutions et le retour de l’autorité de l’État.

Par ailleurs, l’Accord KARIBE adresse un ultimatum politique sans équivoque aux partis signataires de l’Accord du 3 avril 2024 :
on ne peut être à la fois au pouvoir et dans l’opposition. Toute ambiguïté, toute duplicité ou tout double jeu politique est désormais inacceptable et contraire à l’exigence de clarté et de responsabilité devant le peuple haïtien.

Le CPT et le gouvernement ont échoué. Le temps des faux compromis est révolu.
Haïti a besoin d’une rupture politique réelle, d’un leadership nouveau et d’un projet national fondé sur la souveraineté, la justice et la dignité, estime les dirigeants de cette structure politique notamment Abel Loreston.

𝐏𝐨𝐥𝐞́𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐨𝐮 𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐚𝐧𝐭 : 𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐜𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐦𝐛𝐚𝐬𝐬𝐚𝐝𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐂𝐚𝐧𝐚𝐝𝐚 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐡𝐚𝐢̈𝐭𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Hier, en parcourant les réseaux sociaux, j’ai croisé une valse de publications de médias en ligne insinuant que l’ambassadeur du Canada en Haïti, monsieur André François GIROUX, s’est adressé aux membres du Conseil présidentiel de transition, en tant que doyen du corps diplomatique, à l’occasion de la cérémonie d’échanges de vœux, sur un ton jugé paternaliste, en leur rappelant leur mission ainsi que sa durée. Ces posts m’ont surpris. Au regard du contexte politique actuel et des débats récents relatifs à l’ingérence internationale en Haïti impliquant cet ambassadeur, j’ai pris l’initiative de me procurer le discours dans son intégralité. En voici mon analyse.

Le premier axe à considérer dans ce discours tient à la reconnaissance explicite des avancées institutionnelles portées par le Conseil présidentiel de transition. L’ambassadeur inscrit son propos dans une logique d’évaluation des actes posés au cours de l’année 2025, présentée comme un moment de décisions structurantes. La création des pôles judiciaires spécialisés sur les crimes financiers et les crimes de masse occupe une place importante dans cette évaluation. Elle est abordée comme un tournant dans la capacité de l’État haïtien à se doter d’outils crédibles de lutte contre l’impunité, et comme un signal adressé autant aux citoyens qu’aux réseaux de prédation qui ont longtemps prospéré sur la faiblesse judiciaire. En soulignant l’adoption du décret du 21 avril, le discours confère à cet acte une portée politique claire. La transition y est décrite comme un espace d’action et de choix engageants, et non comme une simple période d’attente.

Cette valorisation du travail du CPT s’accompagne d’une lecture lucide des rapports de force internes. L’évocation d’intérêts puissants opposés à ces réformes introduit une dimension conflictuelle assumée. Elle situe l’action des autorités de transition dans un environnement où toute tentative de réforme judiciaire se heurte à des résistances profondes. Dans le langage diplomatique, cette reconnaissance vaut légitimation. Elle place les autorités face à leurs responsabilités tout en reconnaissant le coût politique de leurs décisions.

La question sécuritaire constitue le deuxième axe structurant du discours. Elle est abordée sous l’angle de la réponse institutionnelle et internationale plutôt que sous celui de l’émotion. L’accent mis sur la résolution du Conseil de sécurité relative à la force de répression des gangs traduit une volonté de marquer une inflexion stratégique. Le texte insiste sur la clarté du mandat, sur les moyens annoncés et sur la mobilisation de partenaires multiples, notamment à travers la conférence du 9 décembre et les engagements de dix-huit entités. Cette mise en perspective vise à démontrer que la crise sécuritaire haïtienne a désormais atteint un niveau de priorité internationale qui appelle une réponse coordonnée et durable.

Dans le même mouvement, le discours pose des conditions politiques précises. L’engagement international est présenté comme indissociable d’un effort accru des autorités haïtiennes dans la montée en puissance des forces de sécurité nationales et dans la lutte contre les trafics d’armes et de drogue. La référence explicite aux douanes signale que l’insécurité ne tient pas uniquement à la violence armée visible, mais aussi aux circuits économiques et logistiques qui l’alimentent. L’affirmation selon laquelle le statu quo n’est pas une option donne au discours une valeur programmatique, signifiant que l’inaction institutionnelle est désormais perçue comme un facteur aggravant de la crise.

Le troisième axe du discours concerne l’horizon politique de la transition, à savoir le processus électoral. La salutation des efforts ayant conduit à la finalisation et à la publication du décret électoral s’inscrit dans une logique de consolidation des acquis. Elle traduit une attente claire de voir la transition déboucher sur un retour à l’ordre constitutionnel. Le rappel du droit souverain du peuple haïtien à choisir librement ses dirigeants est formulé dans un registre mesuré, sans injonction directe ni échéancier imposé. Cette prudence reflète une conscience aiguë des fragilités du contexte sécuritaire et institutionnel dans lequel ce processus doit s’inscrire.

À l’approche de la fin du mandat du CPT, l’appel à la continuité et à la stabilité politique apparaît comme un point de vigilance. Il met en tension la nécessité de préserver les avancées réalisées et l’exigence de légitimité démocratique. Le discours suggère que toute rupture improvisée risquerait de compromettre des acquis encore fragiles, alors même que la mobilisation internationale demeure conditionnée à des résultats concrets et à une trajectoire politique lisible.

Pris dans sa globalité, à mon avis, le discours de André François GIROUX est plus structurant que polémique. Il reconnaît des progrès tangibles, identifie des nœuds critiques persistants et explicite les attentes de la communauté internationale à l’égard des autorités haïtiennes.

18 décembre 2025


𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒, 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑’𝑢𝑛 𝑚𝑎𝑠𝑡𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑠𝑒́𝑐𝑢𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑔𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑔𝑒́𝑜𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́, 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑒́ « 𝐴𝑢 𝑛𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝐷𝑖𝑒𝑢 »

États généraux des Cayes : un plan national pour lever les obstacles à la participation politique des femmes en Haïti

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Réunis du 12 au 14 décembre 2025 aux Cayes, les États généraux sur la participation politique des femmes et les violences électorales initiées par le MCFDF ont débouché sur l’adoption d’un Plan d’action national 2025-2028 et d’une déclaration d’engagement collectif. La ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, Pedrica Saint Jean, en a présenté les principales conclusions lors d’un point de presse ce mercredi.

Organisées du 12 au 14 décembre dernier dans la ville des Cayes, ces assises ont rassemblé des représentantes et représentants des dix départements du pays, des institutions étatiques, des partis politiques, des organisations de la société civile — notamment féminines et féministes —, des membres de la Police nationale d’Haïti, des partenaires internationaux, des étudiants ainsi que des professionnels de la presse.

Un cadre national de concertation inédit

Selon la ministre, ces trois jours de travaux ont constitué « un espace historique de concertation », permettant aux différents secteurs de la vie nationale de croiser leurs analyses et propositions en vue de construire une vision commune d’un processus électoral plus inclusif, plus équitable et plus sécuritaire pour les femmes.

Des obstacles persistants à l’engagement politique féminin

Les débats et ateliers ont mis en lumière les multiples freins à la participation politique des femmes en Haïti, malgré l’existence du quota constitutionnel de 30 %, encore largement inappliqué. Parmi les principaux obstacles identifiés figurent les contraintes juridiques, économiques et socioculturelles, mais aussi l’insécurité généralisée et la persistance des violences électorales.

Ces violences, qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, économiques ou numériques, continuent de dissuader de nombreuses femmes de s’engager dans la vie politique, en l’absence de mécanismes de protection efficaces. Le rôle des partis politiques, l’accès inéquitable au financement et le traitement souvent sexiste de l’information par certains médias ont également été pointés du doigt.

Un plan d’action national et des engagements concrets

À l’issue des travaux, les participantes et participants ont validé un Plan d’action national 2025-2028 sur la participation politique des femmes, ainsi qu’une déclaration d’engagement collectif. Ce cadre stratégique repose sur six axes prioritaires : le renforcement du cadre juridique sensible au genre, la sécurité électorale, la lutte contre les violences, la responsabilisation des partis politiques, le financement inclusif et la promotion de médias non sexistes.

Des recommandations ont été formulées à court, moyen et long termes, incluant des actions de plaidoyer, la mise en place de cellules d’alerte et des réformes structurelles visant à garantir une démocratie plus équilibrée et représentative.

Des mécanismes de suivi pour assurer la mise en œuvre

Afin d’assurer la mise en œuvre effective des engagements, un Comité national de suivi sera mis en place sous la coordination du MCFDF, en collaboration avec notamment le MJSP, la PNH, le CEP, ONU Femmes et des organisations de femmes. Ce comité produira des rapports trimestriels et mettra en place une base de données sur les violences électorales.

Parallèlement, dix comités départementaux assureront le suivi au niveau local, avec des rapports mensuels et une coordination renforcée en cas de crise.

En conclusion, la ministre Pedrica Saint Jean a lancé un appel aux acteurs nationaux, en particulier aux médias, les invitant à continuer d’accompagner la cause des femmes. Elle rappelle qu’Il n’y a pas de démocratie ni d’élections crédibles sans la pleine participation des femmes à tous les niveaux de décision.

La rédaction

États-Unis–Économie: Entre chômage en hausse et inflation persistante, Donald Trump sous la selette

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WASHINGTON.—L’économie américaine envoie des signaux préoccupants à l’approche de la fin de l’année 2025. Selon les données publiées en novembre par le Bureau of Labor Statistics, le taux de chômage a atteint 4,6%, son niveau le plus élevé depuis septembre 2021, marquant un net recul par rapport à la situation observée un an plus tôt, au moment de la réélection de Donald Trump.

Le nombre de demandeurs d’emploi s’élève désormais à 7,8 millions, soit 700 000 de plus qu’en novembre 2024. Cette dégradation du marché du travail intervient après un mois d’octobre sans statistiques officielles, en raison du shutdown de l’administration fédérale, et confirme un essoufflement progressif de la dynamique économique post-pandémie.

Les créations d’emplois restent elles aussi en deçà des attentes. En novembre, seulement 64 000 nouveaux postes ont été recensés, après une perte nette de 105 000 emplois en octobre. Cette contraction s’explique en grande partie par la suppression de près de 160 000 emplois fédéraux, consécutive aux coupes budgétaires engagées par l’administration Trump, sous l’impulsion d’Elon Musk. Hors secteurs de la santé, de l’aide sociale et de la construction, l’activité demeure atone dans la majorité des branches de l’économie.

Cette conjoncture défavorable pèse lourdement sur la popularité du président américain. Selon un sondage Gallup, Donald Trump n’obtient plus que 36 % d’opinions favorables, y compris sur le terrain économique, traditionnellement considéré comme l’un de ses points forts.

Entre la remontée du chômage et une inflation qui continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages, la Maison-Blanche se retrouve confrontée à un mécontentement social croissant. Le coût de la vie s’impose désormais comme un enjeu central et un défi politique majeur pour le président, pris dans un contexte économique de plus en plus contraignant.

Source: lemonde.fr

Jean Mapou

DÉCRET ÉLECTORAL DE 2025 : LES ZONES D’OMBRE D’UN TEXTE FONDATEUR CONTESTABLE

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

Réuni en séance le lundi 1er décembre 2025, le Conseil des ministres, présidé par Laurent Saint-Cyr, coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), a adopté à l’unanimité le décret électoral soumis par le Conseil électoral provisoire (CEP). Le texte a été publié le même jour dans Le Moniteur, Spécial n° 66. À première vue, l’adoption de ce décret pouvait apparaître comme une avancée décisive dans le processus de retour à l’ordre constitutionnel. Pourtant, à la lecture attentive du document, plusieurs incohérences, omissions et dérives interrogent sérieusement sur la sincérité, la transparence et même la légalité de la démarche. Trois dérives ou remarques majeures méritent d’être soulignées.

Première dérive : un décret qui semble ignorer le CEP

Le décret électoral adopté par le CPT, à l’issue d’une séance à laquelle ont pris part quatre conseillers présidentiels disposant de voix délibérative : Smith Augustin, Louis Gérald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Laurent Saint-Cyr ainsi que deux autres membres à voix consultative, Frinel Joseph et Régine Abraham, pose un problème fondamental dès son préambule.

En effet, aucun visa ne mentionne explicitement l’existence, le rôle ou la base juridique du Conseil électoral provisoire (CEP), pourtant institution constitutionnelle chargée de l’organisation des élections. Cette omission est pour le moins troublante. Peut-on raisonnablement adopter un décret électoral sans affirmer clairement la légitimité et la centralité de l’organe électoral qui en est à l’origine ?

S’agit-il d’une simple négligence rédactionnelle ou d’un choix délibéré visant à affaiblir, voire marginaliser, le CEP au profit du CPT ? Dans un contexte de transition déjà marqué par une confusion institutionnelle persistante, une telle omission ne peut être considérée comme anodine.

Deuxième dérive : une modification unilatérale et opaque du texte

Plus préoccupant encore, le décret publié ne correspondrait pas au texte initialement préparé et transmis par le CEP au CPT. Selon des sources concordantes proches du Conseil électoral provisoire, le document aurait été substantiellement modifié sans que le CEP n’en soit informé ni consulté.

Ce n’est qu’au moment de la publication du décret dans Le Moniteur que le CEP aurait découvert l’ampleur des changements apportés à son projet. Une telle pratique constitue une entorse grave aux principes de collaboration institutionnelle et de transparence administrative. Comment garantir la crédibilité du processus électoral si l’organe chargé de l’organiser est tenu à l’écart des décisions structurantes ?

Cette méthode soulève une question essentielle : que cherche-t-on à dissimuler derrière cette opacité ? Modifier un texte électoral sans concertation revient à semer les germes d’une future contestation politique et juridique.

Troisième dérive : une violation manifeste de l’accord du 3 avril 2024

Enfin, le décret électoral de 2025 semble s’éloigner dangereusement de l’esprit et de la lettre de l’accord politique du 3 avril 2024, fondement même de la transition en cours. L’article 49 de cet accord est pourtant sans ambiguïté : les membres du CPT ainsi que ceux du gouvernement de transition ne peuvent briguer de mandat lors des prochaines élections.

Or, dans les faits, plusieurs membres du CPT et des gouvernements successifs, ceux de Garry Conille et d’Alix Didier Fils-Aimé, n’ont pas dissimulé leurs ambitions électorales. Plus grave encore, l’un des conseillers-présidents a récemment évoqué publiquement une éventuelle candidature à la présidence de la République.

Cette situation constitue non seulement une violation flagrante de l’accord du 3 avril, mais aussi une atteinte au principe fondamental de neutralité éthique qui devrait guider toute transition politique. Une transition ne peut être crédible si ses architectes deviennent simultanément des candidats potentiels.

Une transition en fin de mandat, mais lourde de dérives

À vrai dire, ces trois dérives ne sont pas les seules que l’on peut relever dans le décret électoral publié par un CPT dont le mandat arrive à expiration le 7 février 2026. Un CPT qui, durant une large partie de son existence, a semblé évoluer loin de sa mission première : créer les conditions politiques, sécuritaires et institutionnelles d’élections libres, honnêtes et inclusives.

En persistant dans l’opacité, l’improvisation et les arrangements politiques, le pouvoir de transition risque de compromettre l’objectif même qu’il prétend servir. Or, l’histoire politique haïtienne nous enseigne qu’aucun processus électoral vicié à la source ne saurait produire une stabilité durable.

Pierre Josué Agénor Cadet

Tuer le pays et demander pardon après !

Voici l’ignorance en action dont parlait Johann Wolfgang von Goethe !

La chose la plus grave qui puisse arriver à un pays n’est pas seulement la violence visible, ni même l’effondrement brutal de ses institutions. C’est ce que Johann Wolfgang von Goethe (1749–1832) désignait, avec une lucidité presque prophétique, comme l’ignorance en action. Non pas l’ignorance qui doute et apprend, mais celle qui agit avec aplomb, certaine d’elle-même précisément parce qu’elle ignore qu’elle ignore.

Chez Goethe, agir sans comprendre relève d’une faute morale. L’action qui n’est pas précédée par la pensée rompt l’équilibre entre le savoir et la responsabilité. Elle devient un mouvement aveugle, incapable de mesurer ses conséquences, indifférente aux ruines qu’elle laisse derrière elle. Le romantisme goethéen n’exalte pas l’élan inconsidéré, il avertit au contraire contre l’activisme sans conscience.

Dans cette configuration, le pouvoir se vide de sa substance. Il n’est plus un lieu de réflexion, mais une scène. Il ne gouverne plus, il s’agite. Les décisions s’empilent, les annonces se succèdent, les promesses s’alignent, mais aucune vision ne relie l’ensemble. Gouverner devient une performance continue, un théâtre où l’action sert à masquer l’absence de pensée. L’ignorance en action se reconnaît à son obsession de la modernité spectaculaire. Elle adore les symboles creux. Elle s’enivre de signes visibles censés prouver qu’elle avance. Est-ce que vous vous souvenez du temps du BBM et des démonstrations de tablettes, exhibées comme si c’était l’avènement de la modernité ?

La tablette élevée au rang de preuve politique, l’écran brandi comme programme de gouvernement. On ne parlait plus de politiques publiques, mais d’objets. On ne pensait plus l’État, on le montrait. La modernité n’était plus un projet, mais un gadget. La tablette devint alors le fétiche du pouvoir : surface lisse, brillante, silencieuse. Elle donnait l’illusion de la maîtrise tout en dissimulant le vide. Derrière l’écran, aucune réforme structurelle. Sous la vitre, aucune pensée stratégique. Le pays était réduit à une démonstration PowerPoint, et la misère à un problème d’interface. On croyait gouverner parce qu’on faisait défiler des slides.

Ce culte de l’apparence s’inscrit pleinement dans ce que Max Weber appelait l’abandon de l’éthique de la responsabilité. Pour Weber (1919), gouverner exige de répondre des conséquences de ses actes, pas seulement de leurs intentions ni de leur mise en scène. Ici, l’action ne cherchait pas à produire des résultats durables, mais à entretenir l’illusion de l’efficacité. La responsabilité était dissoute dans la communication.

La profondeur du désastre apparaît encore plus nettement à la lumière de Hannah Arendt. Dans sa réflexion sur la banalité du mal (1963), Arendt montre que le danger suprême ne vient pas toujours de la haine ou de la cruauté, mais de l’incapacité à penser. L’action répétée, mécanique, dépourvue de jugement moral, peut engendrer une destruction massive sans jamais se reconnaître comme telle. Appliquée au pouvoir politique, cette idée révèle comment un pays peut être méthodiquement abîmé par des dirigeants convaincus de faire le bien.

Lorsque les conséquences éclatent, institutions fragilisées, pauvreté enracinée, désagrégation du lien social, l’ignorance en action ne s’accuse pas. Elle se réfugie dans le récit. Elle demande pardon après coup, comme si la repentance pouvait réparer ce que l’irresponsabilité a méthodiquement démoli. Le pardon devient un paravent, un geste tardif posé sur des ruines encore fumantes. Mais un pays ne meurt pas parce qu’on l’a haï. Il meurt parce qu’on l’a gouverné sans le comprendre. Parce qu’on a confondu gouverner avec montrer, penser avec cliquer, moderniser avec exhiber. Goethe nous avait avertis : l’ignorance qui agit est plus dangereuse que le mal qui hésite, car elle avance sans conscience d’elle-même, sans limite, sans remords.

Tuer le pays, ce n’est pas toujours le livrer au chaos par la violence. C’est souvent le réduire à un décor, à un écran, à une démonstration. Et demander pardon après, c’est reconnaître trop tard que l’on a pris l’apparence du progrès pour le progrès lui-même pendant que le pays, lui, s’enfonçait dans le réel.

Références:

  • Goethe, J. W. von. (1749–1832). Œuvres diverses — réflexions sur l’action, la connaissance et la responsabilité humaine.
  • Weber, M. (1919). Le savant et le politique.
  • Arendt, H. (1963). Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal.

Yves Lafortune, Ph.D Candidate,
MAP, Avocat

Haïti–Sécurité: Force ciblée et dialogue: la stratégie du double jeu de Crisis Group pour démanteler les gangs

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PORT-AU-PRINCE.— Dans un rapport publié le 15 décembre 2025, intitulé «Démanteler l’alliance meurtrière des gangs d’Haïti», l’International Crisis Group recommande une approche à double levier pour faire face à l’insécurité chronique qui frappe le pays. L’organisation plaide pour une combinaison d’opérations sécuritaires ciblées et d’une ouverture encadrée au dialogue, afin de désarticuler durablement les groupes armés.

Selon Crisis Group, l’usage de la force demeure indispensable pour rétablir un rapport de force favorable à l’État. Toutefois, cette action doit s’accompagner, lorsque les conditions sont réunies, d’un dialogue structuré avec les chefs de gangs et les membres prêts à déposer les armes. Objectif: éviter la reconstitution rapide des réseaux criminels et rompre les cycles de violence.

La protection des civils, en particulier des mineurs enrôlés de force, figure au cœur des recommandations. L’organisation exhorte la Force de répression des gangs (FRG) et les autorités haïtiennes à garantir des voies de sortie sûres, à mettre en place des programmes de réinsertion et à renforcer la coordination avec les partenaires internationaux. Elle préconise également la reconstitution de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CNDDR), dissoute ces dernières années.

Le rapport identifie la coalition criminelle Viv Ansanm comme la principale menace sécuritaire actuelle. Depuis février 2024, cette alliance a multiplié les attaques coordonnées à Port-au-Prince et étendu son emprise à plusieurs régions du pays. Elle compterait entre 12 000 et 20 000 membres, dont environ 3 000 lourdement armés. Autrefois instruments d’intérêts politiques et économiques, les gangs sont devenus des acteurs autonomes, tirant profit d’activités criminelles diversifiées, enlèvements, rackets, trafic de drogue et d’armes.

Le bilan humain est alarmant. Entre janvier et septembre 2025, plus de 4 000 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs, tandis qu’environ 1,4 million d’Haïtiens ont été déplacés. En 2024, le pays a enregistré plus de 5 600 homicides, un record historique.

Face à cette situation, Crisis Group appelle à une inflexion stratégique urgente: frapper les réseaux criminels, protéger les populations et ouvrir, lorsque possible, des canaux de dialogue crédibles, sans renoncer à la justice. Une approche jugée risquée, mais nécessaire pour espérer une sortie durable de la crise sécuritaire.

Jean Mapou

Tensions entre les États-Unis et le Venezuela: l’ONU appelle à l’apaisement après l’annonce d’un blocus pétrolier

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Les tensions entre Washington et Caracas se sont fortement accrues après l’annonce par les États-Unis d’un « blocus total » visant les pétroliers sous sanctions se rendant au Venezuela ou en partant. Face au risque d’escalade, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé mercredi à la retenue et à un apaisement immédiat de la situation, selon l’un de ses portes-paroles.

Cet appel intervient au lendemain d’un entretien téléphonique entre M. Guterres et le président vénézuélien Nicolás Maduro. Dans un communiqué, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères indique que le chef de l’État a dénoncé des déclarations du président américain Donald Trump, jugées inacceptables, selon lesquelles le pétrole, les ressources naturelles et le territoire du Venezuela appartiendraient aux États-Unis. Caracas y voit une menace directe contre sa souveraineté, le droit international et la paix régionale.

Malgré l’annonce du blocus, la compagnie pétrolière nationale PDVSA affirme que les exportations de brut et de produits dérivés se poursuivent normalement et que les pétroliers continuent de naviguer en sécurité. L’annonce américaine a néanmoins provoqué une hausse des prix du pétrole sur les marchés internationaux.

Pour justifier cette mesure, Donald Trump accuse le Venezuela d’utiliser ses revenus pétroliers pour financer le narcotrafic, la traite d’êtres humains et d’autres activités criminelles. Il a également mis en avant le déploiement militaire américain dans les Caraïbes, évoquant un encerclement du pays par la plus grande armada jamais assemblée dans l’histoire de l’Amérique du Sud, tout en maintenant le flou sur une éventuelle intervention terrestre.

Les réactions internationales se multiplient. Le Mexique a appelé l’ONU à prévenir toute effusion de sang et réaffirmé son opposition aux interventions étrangères. La Chine a dénoncé toute forme d’intimidation unilatérale et réaffirmé son soutien à la souveraineté vénézuélienne, tandis que l’Iran a qualifié le blocus de piraterie d’État. Aux États-Unis mêmes, des voix s’élèvent: le député démocrate Joaquin Castro a estimé que le blocus naval constituait un acte de guerre non autorisé par le Congrès.

Dans ce climat de fortes tensions diplomatiques et militaires, l’appel de l’ONU à la désescalade apparaît comme une tentative de prévenir un conflit ouvert aux conséquences régionales et internationales potentiellement graves.

Jean Mapou

Le ministère du commerce veut valoriser les Madan sara

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Le ministre du commerce et de l’industrie a signé, ce mardi 16 décembre, un protocole d’accord avec le le Réseau national des Madan Sara d’Haïti (RANAMSAP). Cet accord, selon les autorités, vise à renforcer le rôle des Madan sara, actrices majeures de l’économie informelle du pays.

La cérémonie officielle a eu lieu dans un hôtel à Pétion-Ville, en présence du ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, ainsi que certains responsables et membres de l’organisation signataire.

Selon les termes du protocole, plusieurs actions sont prévues, notamment la reconnaissance juridique des activités commerciales des Madan Sara, la mise en place de programmes de formation adaptés à leurs besoins, ainsi que l’amélioration de leur accès aux outils administratifs et financiers.

Par cet accord, le MCI s’engage à former les madan Sara «qui jouent un rôle important dans la distribution des denrées agricoles, et formaliser leur activités.

«Cet accord constitue une étape importante dans la valorisation du rôle économique des femmes, tout en contribuant à une meilleure organisation des circuits commerciaux informels du pays», a souligné le ministre James MONAZARD.

Haïti et le Mexique célèbrent 195 ans de relations diplomatiques, scellant une alliance face à la crise

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Par Jean Wesley Pierre

Dans une démonstration de continuité historique, le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé a célébré ce mardi 16 décembre 2025, le 195ᵉ anniversaire des relations diplomatiques avec le Mexique. Cette cérémonie officielle à l’hôtel Montana intervient dans un contexte où la coopération sécuritaire entre les deux nations, qualifiée de « fraternelle », revêt une importance stratégique accrue face à la crise multiforme que traverse Haïti.

Un partenariat historique réaffirmé

L’événement a réuni les plus hautes autorités de l’État haïtien et la représentation diplomatique mexicaine. Outre le Premier ministre Fils-Aimé, y assistaient le Conseiller-Président Leslie Voltaire, le ministre des Affaires étrangères Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, ainsi que l’ambassadeur du Mexique en Haïti, José de Jesús Cisneros Chávez.

Cette célébration s’appuie sur des liens historiques profonds. Dès 1816, le général mexicain Francisco Javier Mina se rendait en Haïti pour solliciter le soutien de la première république noire dans la lutte pour l’indépendance du Mexique. Les relations diplomatiques formelles furent établies le 11 juillet 1929.

  1. 1816 : Soutien haïtien à l’indépendance mexicaine
  2. 11 juillet 1929 : Établissement des relations diplomatiques
  3. 16 décembre 2025 : Célébration du 195e anniversaire

Une coopération multiforme

Les discours officiels ont réaffirmé la volonté de consolider les relations bilatérales dans des secteurs stratégiques comme la santé, l’éducation et l’agriculture. Toutefois, c’est la coopération en matière de défense et de sécurité qui apparaît aujourd’hui comme le pilier le plus tangible de ce partenariat, répondant à une priorité absolue du gouvernement Fils-Aimé.

Depuis la signature d’un accord de coopération militaire en 2018, le Mexique s’est engagé à former et équiper les Forces armées d’Haïti (FAd’H), dont la refondation est une composante clé de la stratégie de lutte contre l’insécurité.

Formation militaire intensive

Un programme de formation de 150 recrues haïtiennes au Mexique est en cours, avec l’objectif d’atteindre un total de 700 soldats formés.

Ce projet est crucial en raison du manque d’infrastructures d’entraînement adéquates en Haïti même. Depuis 2018, le Mexique a ainsi formé 912 personnels militaires haïtiens.

Équipement et renforcement institutionnel

Outre la formation, le Mexique a fourni un don important d’équipements de protection individuelle à l’armée haïtienne. Il a également contribué à la mise en place d’un Centre de commandement, contrôle, communications et renseignement (C3I) à Port-au-Prince, basé sur le modèle mexicain, pour améliorer les capacités opérationnelles de la Police Nationale d’Haïti (PNH).

La grande alliance dans un contexte de crise

Cette coopération renforcée s’inscrit dans un paysage politique et sécuritaire haïtien extrêmement tendu. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, en poste depuis novembre 2024 après une carrière dans les affaires, a fait de la lutte contre l’insécurité et les gangs sa principale priorité. Son gouvernement mène une « guerre » contre ces groupes, avec « aucun répit, aucun jour férié », et s’appuie également sur la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), à laquelle participent des policiers kenyans.

La célébration de cet anniversaire diplomatique dépasse donc le simple cadre protocolaire. Elle sert à mettre en lumière le soutien actif d’un partenaire régional clé à un moment critique. Le Mexique fonde son engagement sur une « longue histoire de solidarité réciproque et fraternelle », rappelant le soutien historique d’Haïti aux luttes d’indépendance en Amérique latine.

Pour le gouvernement haïtien, dirigé par un Premier ministre qui multiplie les rencontres stratégiques tant avec des partenaires régionaux qu’avec des représentants d’organisations internationales comme l’OEA, cette alliance est présentée comme vitale pour les efforts de pacification du pays.

Alors qu’Haïti cherche à la fois à rétablir l’ordre et à poursuivre des réformes institutionnelles, comme en témoignent les récentes consultations sur la révision constitutionnelle ou la digitalisation de services publics, le partenariat avec Mexico apparaît comme un élément structurant de sa stratégie de sortie de crise.

Les 195 ans de relations célébrés ce mardi scellent ainsi une alliance, tournée résolument vers les défis du présent.