samedi, mars 14, 2026
2.9 C
Londres
Accueil Blog Page 43

Haïti: SOS Journalistes alerte sur une tentative de bâillonnement de la presse

0

Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— SOS Journalistes Haïti tire la sonnette d’alarme face à ce qu’elle qualifie de glissement inquiétant du pouvoir de transition vers une dictature de fin de règne. Dans une prise de position rendue publique le 23 décembre 2025, l’organisation condamne un arrêté récemment adopté par le gouvernement de facto, qu’elle juge liberticide et contraire aux principes fondamentaux de la liberté de la presse et d’expression.

Présentées par les autorités comme des mesures d’encadrement et de protection du secteur médiatique, ces dispositions sont perçues par SOS Journalistes comme des instruments de répression politique. Son secrétaire général, Joseph Guyler C. Delva, y voit une résurgence de pratiques héritées des périodes les plus sombres de l’histoire politique haïtienne, évoquant explicitement les méthodes des régimes autoritaires du passé.

L’organisation pointe du doigt le rôle du Conseil présidentiel de transition (CPT), accusé de se comporter comme un Parlement de facto sans légitimité démocratique. Selon SOS Journalistes, loin de servir l’intérêt général, le CPT et le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé agiraient désormais sans foi ni loi, multipliant les décisions coercitives à l’encontre des médias.

Parmi les cas les plus emblématiques figure la suspension arbitraire, pendant huit mois, d’une émission de débat politique sur Radio Mega, décidée par le Conseil national des télécommunications (CONATEL). Une sanction jugée disproportionnée et symptomatique d’un climat d’intimidation croissante envers les journalistes et les organes de presse critiques.

SOS Journalistes Haïti s’inquiète également de la banalisation des poursuites pour injures, diffamation, cyberharcèlement et autres infractions, qui, selon l’organisation, servent de prétexte à une restriction accrue du travail journalistique. Les amendes et sanctions prévues par les autorités s’inscriraient ainsi dans une logique d’obstruction systématique à la liberté d’informer.

Malgré ce contexte tendu, l’organisation se montre convaincue que cette tentative de musellement de la presse est vouée à l’échec. Elle appelle à un dialogue inclusif associant l’ensemble des acteurs du secteur médiatique, notamment les patrons de presse et les médias en ligne, afin de repenser toute réforme du cadre légal.

En parallèle, SOS Journalistes Haïti et l’organisation Journalistes contre la Corruption pour les Droits Humains et la Démocratie (JCDH) annoncent leur intention de renforcer les programmes de formation continue, notamment en matière d’éthique, pour promouvoir un exercice responsable et professionnel de la liberté de la presse en Haïti.

Dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité et la crise institutionnelle, cet affrontement entre les autorités de transition et les organisations de défense des médias souligne une question centrale : celle de la place de la liberté d’expression dans le processus politique en cours.

Jean Mapou/ Le Relief

Personnes déplacées à Port-au-Prince : le CPT et le gouvernement à l’écoute des leaders

0

Par Jean Wesley Pierre

Le Président du Conseil présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, a rencontré ce mardi 23 décembre 2025, à la Primature des représentants de la Commission des leaders des neuf sites de personnes déplacées internes (PDI) de Port-au-Prince, ainsi que des membres de la Commission d’appui et de gestion des restaurants communautaires.

Cette rencontre s’est tenue en présence de plusieurs hauts responsables de l’État, dont le ministre des Affaires sociales et du Travail, Georges Wilbert Franck, le ministre délégué à la Solidarité et aux Affaires humanitaires, Herwil Gaspard, le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, et le directeur général du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES), Serge Gabriel Colin.

À cette occasion, le directeur général du FAES a salué l’implication des leaders communautaires dans l’accompagnement de l’État pour la mise en œuvre de sa politique sociale et humanitaire. Il a mis en avant leur rôle dans la gestion des sites de déplacés et dans l’encadrement des actions de soutien aux populations vulnérables.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a, pour sa part, remercié les leaders communautaires pour leur rôle de relais entre les institutions publiques et les personnes déplacées. Il a également annoncé la prochaine nomination officielle de leaders communautaires, tout en réaffirmant l’engagement du gouvernement à créer des conditions sécuritaires favorables au retour des PDI dans leurs zones d’origine.

En conclusion, le Président du (CPT) conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a insisté sur la synergie entre le Conseil présidentiel de Transition, le gouvernement et la Police nationale d’Haïti dans les efforts visant à restaurer l’autorité de l’État. Il a salué la résilience des populations affectées ainsi que le courage et la détermination des leaders communautaires engagés aux côtés des autorités.

Jean Wesley Pierre /Le Relief

A Solino, l’État est revenu là où il avait déserté, est-il prêt à y rester?

0

PORT-AU-PRINCE.— La visite des autorités haïtiennes à Solino, présentée comme un acte de reconquête de l’autorité publique, soulève autant de questions qu’elle ne prétend apporter de réponses. Derrière la mise en scène officielle du retour de l’État, persiste le malaise d’un pouvoir qui peine encore à démontrer sa capacité à exercer une souveraineté réelle et durable dans les territoires longtemps abandonnés.

Les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, se sont rendus ce samedi dans ce quartier emblématique de Port-au-Prince, dans le cadre du programme gouvernemental «Retour au quartier». Une initiative à haute valeur symbolique, certes, mais dont la portée concrète reste largement sujette à caution. Car si l’État affirme revenir, encore faudrait-il démontrer qu’il en avait conservé les moyens.

Pendant des années, Solino a vécu au rythme de la violence armée, de l’effacement des institutions publiques et de l’abandon des services essentiels. Ce vide a été comblé par des groupes criminels qui ont imposé leur propre ordre, souvent avec une brutalité extrême. Dans ce contexte, la simple présence ponctuelle de hauts responsables, sous forte protection, ne saurait suffire à effacer des années de démission étatique.

Plus troublant encore, les conditions mêmes de cette visite alimentent les soupçons. Comment une telle descente a-t-elle été rendue possible dans un quartier que les ont autorités avaient abandonné au profit de gangs lourdement armés? Dans l’opinion publique, des interrogations persistantes circulent, évoquant d’éventuels arrangements tacites avec le groupe criminel Viv Ansanm, qui, il y a quelques semaines avait lancé un appel au retour.

A quel prix le CPT a-t-il obtenu l’accès sécurisé temporaire à certains axes stratégiques. Des allégations que les autorités n’ont, jusqu’ici, ni clairement dissipées ni étayées par des explications convaincantes.

Face à ces doutes, le discours officiel martèle la fermeté et la volonté de rétablir l’ordre. Pourtant, les annonces restent vagues et les engagements concrets difficiles à identifier. Aucun calendrier précis, aucun plan détaillé de sécurisation durable, ni de réinstallation effective des services publics n’a été clairement communiqué à l’issue de la visite. Le risque est grand de voir cette initiative se réduire à une opération de propagande, destinée davantage à manipuler l’opinion qu’à transformer la réalité du terrain.

Pour les habitants de Solino, la prudence s’impose. L’expérience leur a appris que les promesses de l’État ne sont parfois que du vent, tandis que les représailles des groupes armés, elles, peuvent être immédiates. D’ailleurs une image, devenue virale sur les réseaux sociaux, montre un citoyen se défouler sur le premier ministre.

Le véritable retour de l’État ne se mesurera ni à une marche officielle ni à des images diffusées, mais à la présence continue de la police, à la reprise des services publics, à la protection des civils et à la restauration progressive de la confiance. À Solino, l’État peut affirmer être revenu. Reste à savoir s’il est prêt, cette fois, à y rester.

Jean Mapou / Le Relief

A Solino, l’État est revenu là où il avait déserté, est-il prêt à y rester

0

PORT-AU-PRINCE.— La visite des autorités haïtiennes à Solino, présentée comme un acte de reconquête de l’autorité publique, soulève autant de questions qu’elle ne prétend apporter de réponses. Derrière la mise en scène officielle du retour de l’État, persiste le malaise d’un pouvoir qui peine encore à démontrer sa capacité à exercer une souveraineté réelle et durable dans les territoires longtemps abandonnés.

Les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, se sont rendus ce samedi dans ce quartier emblématique de Port-au-Prince, dans le cadre du programme gouvernemental «Retour au quartier». Une initiative à haute valeur symbolique, certes, mais dont la portée concrète reste largement sujette à caution. Car si l’État affirme revenir, encore faudrait-il démontrer qu’il en avait conservé les moyens.

Pendant des années, Solino a vécu au rythme de la violence armée, de l’effacement des institutions publiques et de l’abandon des services essentiels. Ce vide a été comblé par des groupes criminels qui ont imposé leur propre ordre, souvent avec une brutalité extrême. Dans ce contexte, la simple présence ponctuelle de hauts responsables, sous forte protection, ne saurait suffire à effacer des années de démission étatique.

Plus troublant encore, les conditions mêmes de cette visite alimentent les soupçons. Comment une telle descente a-t-elle été rendue possible dans un quartier que les ont autorités avaient abandonné au profit de gangs lourdement armés? Dans l’opinion publique, des interrogations persistantes circulent, évoquant d’éventuels arrangements tacites avec le groupe criminel Viv Ansanm, qui, il y a quelques semaines avait lancé un appel au retour.

A quel prix le CPT a-t-il obtenu l’accès sécurisé temporaire à certains axes stratégiques. Des allégations que les autorités n’ont, jusqu’ici, ni clairement dissipées ni étayées par des explications convaincantes.

Face à ces doutes, le discours officiel martèle la fermeté et la volonté de rétablir l’ordre. Pourtant, les annonces restent vagues et les engagements concrets difficiles à identifier. Aucun calendrier précis, aucun plan détaillé de sécurisation durable, ni de réinstallation effective des services publics n’a été clairement communiqué à l’issue de la visite. Le risque est grand de voir cette initiative se réduire à une opération de propagande, destinée davantage à manipuler l’opinion qu’à transformer la réalité du terrain.

Pour les habitants de Solino, la prudence s’impose. L’expérience leur a appris que les promesses de l’État ne sont parfois que du vent, tandis que les représailles des groupes armés, elles, peuvent être immédiates. D’ailleurs une image, devenue virale sur les réseaux sociaux, montre un citoyen se défouler sur le premier ministre.

Le véritable retour de l’État ne se mesurera ni à une marche officielle ni à des images diffusées, mais à la présence continue de la police, à la reprise des services publics, à la protection des civils et à la restauration progressive de la confiance. À Solino, l’État peut affirmer être revenu. Reste à savoir s’il est prêt, cette fois, à y rester.

Jean Mapou / Le Relief

NOËL 2025 EN HAÏTI : LE DROIT DE FÊTER SANS EXAGÉRER

Par Evans PAUL

En Haïti, en ce Noël 2025, la question n’est pas de savoir s’il faut fêter ou non.
La vraie question est comment fêter avec conscience, mesure et sens de la responsabilité.

Un peuple éprouvé a aussi droit à la respiration, au relâchement de la tension,
et à une forme d’émancipation morale.
Une jeunesse nombreuse, souvent privée d’un avenir clair, a droit à la joie, au divertissement, à la musique,
au rire qui soulage, à la fête qui, l’espace d’un instant, redonne le goût de vivre.

Fêter n’est pas un crime.
Se réjouir n’est pas une trahison.
Chercher un moment de lumière au cœur de l’obscurité est profondément humain.

Mais la fête, lorsqu’elle devient exagération, perd son sens et peut se transformer en insouciance, en indifférence, voire en provocation face à la souffrance collective.

La philosophie ABC – Agir pour le Bien Commun nous invite à une voie d’équilibre :
le droit de fêter, sans perdre la tête ni le sens.

Fêter, oui —
sans gaspillage ostentatoire,
sans violence,
sans excès destructeurs,
sans oublier celles et ceux qui pleurent,
qui ont faim,
qui ont peur,
qui ont dû fuir vers les provinces ou l’étranger,
celles et ceux qui croupissent dans des camps de misère,
dépossédés de leurs biens,
endeuillés par l’assassinat d’un proche,
ou qui ont tout perdu.

Fêter, oui —
mais sans confondre divertissement et irresponsabilité,
liberté et désordre,
joie et démission civique.

Noël n’est pas une négation de la crise.
Il est une pause consciente,
un moment pour reprendre souffle,
se retrouver, et se rappeler que la vie vaut encore la peine d’être vécue.

Pour notre jeunesse en particulier,
le divertissement doit rester un espace de récréation, non un refuge permanent.
Car un peuple ne se sauve pas uniquement en dansant, mais il ne se sauve pas non plus
en étouffant toute joie.

Le défi d’Haïti, en ce Noël 2025,
est de concilier la joie et la responsabilité,
la fête et la conscience,
la liberté et la quête du bien commun.

C’est cela, fêter sans exagérer :
se réjouir sans se perdre,
respirer sans oublier l’insécurité, la précarité et l’instabilité qui tuent, blessent, violent, volent, terrorisent et déstabilisent la société, célébrer sans abandonner l’essentiel.

Que ce Noël soit un moment de chaleur humaine, de solidarité discrète,
de joie mesurée,
de méditation et surtout de réflexion collective.

Car après la fête,
il faudra encore se lever,
penser, agir, et reconstruire.

Le Centre ABC appelle à une joie responsable, à une liberté consciente,
et à une espérance active.

Evans Paul
Ex Premier Ministre

𝐂𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐃𝐞́𝐧𝐨𝐧𝐜𝐢𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐂𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐏𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

En Haïti, l’un des moyens les plus efficaces d’accéder aux plus hauts niveaux de l’État, qu’il s’agisse de fonctions électives ou de postes de nomination, consiste à accumuler un capital de dénonciations publiques contre ceux qui exercent le pouvoir. La dénonciation fonctionne comme une ressource politique à part entière, un capital symbolique construit par l’exposition répétée des fautes, réelles ou supposées, des gouvernants. Cette pratique n’est ni accidentelle ni récente. Elle traverse au moins les quatre dernières décennies de la vie politique haïtienne et s’est progressivement imposée comme un mode central de légitimation publique.

Entre la critique qui éclaire l’espace public et la dénonciation érigée en méthode de conquête, la différence n’est pas une question d’intensité mais de nature. 𝑫𝒂𝒏𝒔 𝒕𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒆́𝒕𝒆́ 𝒅𝒆́𝒎𝒐𝒄𝒓𝒂𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆, 𝒓𝒆́𝒗𝒆́𝒍𝒆𝒓 𝒅𝒆𝒔 𝒂𝒃𝒖𝒔, 𝒆𝒙𝒆𝒓𝒄𝒆𝒓 𝒖𝒏𝒆 𝒗𝒊𝒈𝒊𝒍𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒄𝒊𝒕𝒐𝒚𝒆𝒏𝒏𝒆 𝒐𝒖 𝒋𝒐𝒖𝒓𝒏𝒂𝒍𝒊𝒔𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆, 𝒊𝒏𝒕𝒆𝒓𝒑𝒆𝒍𝒍𝒆𝒓 𝒍𝒆𝒔 𝒂𝒖𝒕𝒐𝒓𝒊𝒕𝒆́𝒔 𝒓𝒆𝒍𝒆̀𝒗𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒖 𝒇𝒐𝒏𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏𝒏𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒏𝒐𝒓𝒎𝒂𝒍 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝒗𝒊𝒆 𝒑𝒖𝒃𝒍𝒊𝒒𝒖𝒆. 𝑪𝒆𝒔 𝒑𝒓𝒂𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆𝒔 contribuent à limiter l’arbitraire et à nourrir le débat collectif. Elles 𝒅𝒆𝒗𝒊𝒆𝒏𝒏𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒓𝒐𝒃𝒍𝒆́𝒎𝒂𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆𝒔 𝒍𝒐𝒓𝒔𝒒𝒖𝒆 𝒍𝒂 𝒅𝒆́𝒏𝒐𝒏𝒄𝒊𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒄𝒆𝒔𝒔𝒆 𝒅’𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒖𝒏 𝒎𝒐𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒖 𝒅𝒆́𝒃𝒂𝒕 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒔’𝒊𝒏𝒔𝒕𝒂𝒍𝒍𝒆𝒓 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆 𝒔𝒐𝒏 𝒉𝒐𝒓𝒊𝒛𝒐𝒏 𝒑𝒆𝒓𝒎𝒂𝒏𝒆𝒏𝒕. Elle ne vise alors plus à éclairer l’action publique, mais à installer une logique de disqualification systématique et automatique des autorités en place. 𝑳𝒂 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒔𝒆 𝒓𝒆́𝒅𝒖𝒊𝒕 𝒂̀ 𝒖𝒏𝒆 𝒔𝒖𝒄𝒄𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 𝒅’𝒂𝒄𝒄𝒖𝒔𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒐𝒖̀ 𝒕𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒂𝒖𝒕𝒐𝒓𝒊𝒕𝒆́ 𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒓𝒆́𝒔𝒖𝒎𝒆́𝒆 𝒊𝒍𝒍𝒆́𝒈𝒊𝒕𝒊𝒎𝒆 𝒆𝒕 𝒄𝒐𝒓𝒓𝒐𝒎𝒑𝒖𝒆, 𝒊𝒏𝒅𝒆́𝒑𝒆𝒏𝒅𝒂𝒎𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒔𝒆𝒔 𝒄𝒉𝒐𝒊𝒙, 𝒅𝒆 𝒔𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒕𝒓𝒂𝒊𝒏𝒕𝒆𝒔 𝒐𝒖 𝒅𝒆 𝒔𝒆𝒔 𝒓𝒆́𝒔𝒖𝒍𝒕𝒂𝒕𝒔.

Cette dérive s’enracine dans une incapacité persistante à structurer des partis politiques durables, capables de former des cadres, d’élaborer des programmes et de transmettre une culture de gouvernement. Faute de ces médiations, la politique s’est vidée de ses instruments, laissant le ressentiment occuper la place de l’organisation. Le champ politique s’est réordonné autour des postures morales plutôt que des projets structurés. 𝑷𝒂𝒓 𝒄𝒖𝒍𝒕𝒖𝒓𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆, 𝒐𝒏 𝒆𝒏𝒕𝒆𝒏𝒅 𝒖𝒏 𝒂𝒑𝒑𝒓𝒆𝒏𝒕𝒊𝒔𝒔𝒂𝒈𝒆 𝒄𝒐𝒍𝒍𝒆𝒄𝒕𝒊𝒇 𝒅𝒖 𝒑𝒐𝒖𝒗𝒐𝒊𝒓, 𝒇𝒐𝒏𝒅𝒆́ 𝒔𝒖𝒓 𝒍’𝒐𝒓𝒈𝒂𝒏𝒊𝒔𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏, 𝒍𝒂 𝒓𝒆𝒔𝒑𝒐𝒏𝒔𝒂𝒃𝒊𝒍𝒊𝒕𝒆́, 𝒍𝒂 𝒑𝒓𝒐𝒅𝒖𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒋𝒆𝒕𝒔 𝒆𝒕 𝒍𝒂 𝒎𝒂𝒊̂𝒕𝒓𝒊𝒔𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒕𝒓𝒂𝒊𝒏𝒕𝒆𝒔 𝒓𝒆́𝒆𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒅𝒆 𝒍’𝑬́𝒕𝒂𝒕.

La dénonciation systématique a occupé ce vide. Elle autorise l’entrée dans l’arène sans passage par l’épreuve de la compétence, sans apprentissage de la gestion publique, sans confrontation avec la complexité de l’État. Elle confère une reconnaissance immédiate, souvent appuyée sur des solutions sommaires, formulées comme des évidences, alors même que les problèmes relèvent de structures profondes et de temporalités longues.

Ce mécanisme engendre un paradoxe désormais bien installé. Ceux qui aspirent au pouvoir construisent leur crédibilité sur l’échec supposé des gouvernants en place, tout en se tenant à distance de l’épreuve du gouvernement. La dénonciation fonctionne comme un raccourci stratégique, permettant de rester au-dessus de l’État tout en prétendant le diriger. Elle protège de l’erreur, mais aussi de la responsabilité. Contester le pouvoir ne saurait se réduire à une posture d’indignation permanente détachée de toute obligation envers l’intérêt national. L’opposition politique, lorsqu’elle prétend incarner une alternative crédible, engage elle aussi une responsabilité : celle de penser l’État, d’anticiper les effets de la déstabilisation institutionnelle et de mesurer l’impact de ses paroles sur la capacité collective à gouverner. Le dénonciateur qui se dispense de cette exigence transforme la critique en exercice de désengagement politique et contribue, par accumulation, à affaiblir durablement les conditions mêmes de la gouvernabilité.

Cette culture de 𝒍𝒂 𝒅𝒆́𝒏𝒐𝒏𝒄𝒊𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒔𝒚𝒔𝒕𝒆́𝒎𝒂𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆, assimilée à tort à une culture politique, installe un régime d’instabilité permanente. Elle 𝒇𝒓𝒂𝒈𝒊𝒍𝒊𝒔𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒔𝒕𝒊𝒕𝒖𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔, 𝒅𝒆́𝒍𝒆́𝒈𝒊𝒕𝒊𝒎𝒆 𝒍𝒂 𝒇𝒐𝒏𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒑𝒖𝒃𝒍𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒆𝒕 𝒊𝒏𝒔𝒕𝒂𝒍𝒍𝒆 𝒖𝒏𝒆 𝒅𝒆́𝒇𝒊𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒈𝒆́𝒏𝒆́𝒓𝒂𝒍𝒊𝒔𝒆́𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒇𝒊𝒏𝒊𝒕 𝒑𝒂𝒓 𝒓𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒕𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒈𝒐𝒖𝒗𝒆𝒓𝒏𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒊𝒎𝒑𝒐𝒔𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆, 𝒚 𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓𝒊𝒔 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒄𝒆𝒖𝒙 𝒒𝒖𝒊, 𝒉𝒊𝒆𝒓 𝒆𝒏𝒄𝒐𝒓𝒆, 𝒇𝒂𝒊𝒔𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒓𝒐𝒇𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆 𝒅𝒆́𝒏𝒐𝒏𝒄𝒆𝒓. 𝑻𝒐𝒖𝒕 𝒆𝒔𝒕 𝒔𝒄𝒂𝒏𝒅𝒂𝒍𝒆, 𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒆𝒔𝒕 𝒖𝒓𝒈𝒆𝒏𝒄𝒆, 𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒂𝒑𝒑𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒍𝒂 𝒓𝒖𝒑𝒕𝒖𝒓𝒆 𝒊𝒎𝒎𝒆́𝒅𝒊𝒂𝒕𝒆. L’État, constamment délégitimé, peine à se projeter dans le temps long et à consolider ses institutions. La contestation s’installe dans la durée, sans jamais déboucher sur un travail de construction.

19 décembre 2025


𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒, 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑’𝑢𝑛 𝑚𝑎𝑠𝑡𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑠𝑒́𝑐𝑢𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑔𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑔𝑒́𝑜𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́, 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑒́ « 𝐴𝑢 𝑛𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝐷𝑖𝑒𝑢 ».

Haïti vidée de ses enfants: existe-t-il un plan de dépeuplement et de substitution humaine ?

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti, ce joyau de l’océan Atlantique qui scintillait autrefois sous les feux du soleil tropical, Perle des Antilles à la fin du siècle des Lumières, semble aujourd’hui en train de payer au prix fort les exploits historiques de son histoire glorieuse, les séquelles de ses divisions internes et surtout les ravages d’une gouvernance défaillante fondée sur la corruption et la dépendance étrangère. A juste titre, on pourrait lui appliquer les célèbres vers de Mignon : » Connais-tu le pays où fleurissent les cotonniers » Le pays des fruits d’or et des roses vermeilles » Où rayonne et sourit comme un bienfait de Dieu, un éternel printemps sous un ciel toujours bleu »? Sauf qu’ici, les fleurs se fanent et la terre graduellement se vide de ses enfants.

Le drame haïtien s’inscrit dans une longue chaîne de tragédies politiques et historiques: du crapuleux assassinat de l’empereur Jacques 1er, fondateur de la Patrie, à celui du 58e chef d’Etat, Jovenel Moïse; de la rançon infâme de 1825 à l’occupation étasunienne de 1915; du massacre de 1937 à la dictature des Duvalier; de l’exode massif des cerveaux à la destruction méthodique et planifiée de l’économie nationale; de la vassalisation des élites à la domestication des dirigeants, jusqu’à l’émigration forcée d’une jeunesse livrée au désespoir.

Face à cet enchaînement des faits historiques, une question fondamentale s’impose: Haïti est elle victime d’un plan de mise sous tutelle exceptionnelle, voire d’un projet de dépeuplement progressif, avec la complicité de ses propres élites patricides ? Tout semble indiquer l’existence d’une stratégie multiforme, déjà en cours d’ exécution, qui touche simultanément les sphères sécuritaire, politique, économique, sociale et migratoire.

Sur le plan sécuritaire

L’Occident pousse Haiti qui prête le flanc à la critique, de manière aveugle et irresponsable, à démanteler ses forces armées sans lui offrir une alternative institutionnelle viable. Il a ensuite contribué à la mise en place d’une police nationale formée sous sa supervision, mais laissée structurellement faible, sous-équipée et incapable, malgré les efforts de la plupart de ses agents, d’assurer seule l’ordre public. Cette police se trouve en outre confrontée à un système judiciaire partiellement gangrené par la perversion , rendant impossible toute politique durable de sécurité nationale.

Sur le plan politique

Haïti est devenue plus que jamais un État fantoche, privé de toute souveraineté réelle. Sa classe politique, profondément inféodée, gravite autour des chancelleries étrangères qui se proclament « amies d’Haïti ». Ces puissances sont représentées par de véritables proconsuls modernes, qui participent ouvertement et arrogamment à la fabrication comme à la défection de nos dirigeants, imposant des agendas contraires aux intérêts nationaux et favorisant l’application de programmes d’assistanat foncièrement antinationaux.

Sur le plan économique

Depuis la fin des années 1970 et le début des années 80, l’économie haïtienne a été frappée de plein fouet par une succession de décisions destructrices : l’éradication brutale du cheptel porcin dans le cadre de la peste porcine africaine, suivie de la politique d’ajustement structurel imposée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces mesures ont démantelé les bases de la production nationale, accentué la dépendance extérieure et prolongé le pays dans une économie de survie sous perfusion permanente de l’aide internationale.

Sur le plan social

Ravagé par le chômage massif, la misère chronique et une spirale d’insécurité endémique, le pays vit désormais à la merci de programmes internationaux réduits à la distribution d’aliments et de kits hygiéniques, à des campagnes ponctuelles de vaccination et à une médecine curative minimale. Ces interventions, si elles soulagent temporairement la souffrance, ne s’attaquent jamais aux causes structurelles du mal et contribuent à entretenir une population assistée, privée de dignité et de perspectives.

Sur le plan migratoire

La question migratoire révèle peut-être l’aspect le plus troublant de cette situation. Le déplacement des Haïtiens est désormais rigoureusement contrôlé et limité, notamment après les restrictions liées au programme Biden et la fermeture prolongée de services de visas dans certains consulats, dont celui des États-Unis d’Amérique. A cela s’ajoute l’inaction de l’aéroport international Toussaint Louverture de Port- au- Prince, véritable verrou à la mobilité.

Pendant que des milliers de compatriotes ont déjà, avant toutes ces difficultés, fui l’insécurité et la misère, de nombreux étrangers, notamment en provenance d’Asie (Chine, Inde), entrent silencieusement sur le territoire, s’y installent et se font en grande partie naturaliser dans des conditions opaques, à des fins inavouées et potentiellement inavouables. Cette dynamique pose une interrogation dérangeante : assiste-t-on à une politique tacite de remplacement démographique ?

Ce plan, s’il existe, viserait à transformer progressivement Haiti , par la substitution d’un groupement humain plus docile, plus organisé, à ce qui est aujourd’hui perçu comme une » monstruosité ingérable ». Pourtant, le salut d’Haïti réside dans une prise de conscience collective. Un pays, comme le nôtre, ayant contribué de manière aussi décisive à l’histoire de la civilisation moderne, à la liberté des peuples et à l’émancipation humaine ne doit être condamné à disparaître. Haïti ne doit ni périr, ni être remplacée. Elle doit renaître par la lucidité,le courage et l’engagement citoyen de ses dignes filles et fils.

Pierre Josué Agénor Cadet

Responsabiliser la presse: un pas structurant, des réformes encore attendues

0

Par Gesly Sinvilier

Adopté le 18 décembre 2025, le décret encadrant la liberté d’expression, la presse et les communications en ligne marque une étape importante dans la modernisation du cadre juridique haïtien. En réaffirmant le caractère fondamental de la liberté de la presse tout en s’attaquant aux dérives liées à la désinformation, au cyberharcèlement et aux discours haineux, l’Exécutif pose les bases d’un environnement médiatique plus responsable et mieux protégé.

Le texte a le mérite de rappeler, avec force, que la liberté d’expression est garantie par la Constitution et les instruments internationaux ratifiés par Haïti. Il consacre également des garanties spécifiques en faveur des journalistes, reconnus comme des acteurs essentiels du débat public et bénéficiaires d’une protection juridique renforcée dans l’exercice de leur mission. Dans un contexte d’insécurité généralisée et de pressions multiples sur les médias, cette reconnaissance institutionnelle constitue un signal politique fort.

En encadrant les abus de la liberté d’expression — diffamation, fausses nouvelles, cyberharcèlement ou discours haineux — le décret répond à une réalité devenue préoccupante, notamment sur les réseaux sociaux. Il introduit des mécanismes de responsabilité clairs, y compris pour les plateformes numériques, et offre aux victimes des voies de recours rapides, telles que la suppression en référé de contenus manifestement illicites. Cette approche contribue à restaurer un minimum de confiance dans l’espace public et à renforcer la cohésion sociale.

Pour autant, ce progrès normatif ne saurait produire pleinement ses effets sans des réformes institutionnelles plus profondes et plus urgentes. La question de la régulation demeure centrale. Le rôle confié au Conseil national des télécommunications (CONATEL) appelle une réflexion approfondie sur son organisation, son indépendance, ses capacités techniques et sa gouvernance. Sans une autorité de régulation modernisée, crédible et dotée de moyens réels, l’application du décret risque de rester inégale, voire inefficace.

Au-delà du CONATEL, d’autres chantiers apparaissent tout aussi prioritaires : la clarification du statut des médias en ligne, la mise en place de mécanismes transparents d’accréditation et d’autorégulation professionnelle, le renforcement de la formation des journalistes et des magistrats aux enjeux du numérique, ainsi que l’adoption de politiques publiques de lutte contre la désinformation axées sur la prévention et l’éducation aux médias.

Dans un pays confronté à des défis sécuritaires, institutionnels et démocratiques majeurs, le décret du 18 décembre 2025 constitue donc un socle juridique utile et attendu. Il gagnera toutefois à être complété par des réformes structurelles courageuses et concertées, seules à même de garantir un équilibre durable entre la liberté d’expression, la responsabilité des acteurs et la protection effective de l’intérêt général.

Reprise des vols entre Port-au-Prince et des villes de province: un pari pour désenclaver les régions

0

PORT-AU-PRINCE.— La reprise progressive des vols réguliers entre Port-au-Prince et plusieurs villes de province, annoncée par le ministère du Tourisme à compter du 22 décembre 2025, marque une étape stratégique dans la tentative des autorités de rétablir la mobilité nationale et de stimuler la relance économique dans un contexte sécuritaire et logistique encore fragile.

Confirmée par le ministre du Tourisme, John Herrick Dessources, cette décision est le fruit de concertations interinstitutionnelles impliquant le MTPTC, l’OFNAC, l’Autorité aéroportuaire nationale (AAN) et la Police nationale d’Haïti (PNH). Ces échanges ont porté sur l’évaluation des conditions minimales de sécurité, de conformité technique et d’opérationnalité des infrastructures aéroportuaires, éléments indispensables à toute reprise durable du trafic aérien domestique.

Au-delà de sa portée symbolique, la relance des vols intérieurs répond à un impératif économique. En facilitant les déplacements des acteurs économiques, des fonctionnaires et des opérateurs touristiques, le transport aérien redevient un outil de fluidification des échanges entre la capitale et les régions, souvent pénalisées par la dégradation du réseau routier et l’insécurité persistante sur certains axes terrestres.

Sur le plan touristique, cette reprise s’inscrit dans une logique de repositionnement des destinations régionales. L’accessibilité aérienne constitue un facteur déterminant pour le développement de pôles comme Jacmel, Les Cayes ou Jérémie, où le potentiel touristique reste largement sous-exploité faute de connexions fiables et régulières. Pour les autorités, l’amélioration de la connectivité intérieure apparaît ainsi comme un préalable à toute stratégie crédible de relance du secteur.

Intervenant depuis le Convention Center de Jacmel, le ministre Dessources a insisté sur la dimension structurante du transport aérien dans l’aménagement du territoire. Selon lui, la reprise des vols réguliers ne doit pas être perçue comme une mesure ponctuelle, mais comme un levier de désenclavement susceptible de réduire les disparités régionales et de renforcer l’intégration économique nationale.

Cette annonce intervient dans le cadre d’une tournée officielle du ministre du Tourisme dans le Grand Sud, visant à évaluer l’état d’avancement de plusieurs projets touristiques. Si des progrès ont été salués sur certains chantiers, les autorités restent conscientes que la pérennité de cette reprise dépendra étroitement de l’évolution du climat sécuritaire, de la capacité de l’État à garantir la sûreté des infrastructures aéroportuaires et de la coordination durable entre les institutions concernées.

Dans un pays confronté à de multiples contraintes structurelles, la reprise des vols domestiques apparaît ainsi comme un test grandeur nature de la capacité de l’État à conjuguer sécurité, mobilité et développement économique, au service d’une relance territoriale attendue.

Jean Mapou/ Le Relief

𝐏𝐫𝐞𝐬𝐬𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐢𝐛𝐞𝐫𝐭𝐞́ 𝐝’𝐞𝐱𝐩𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 : 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐜𝐫𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐝𝐞́𝐜𝐫𝐞𝐭 𝐝𝐮 𝐂𝐏𝐓 (𝐏𝐚𝐫𝐭 𝟏)

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Le Conseil Présidentiel de Transition et le gouvernement haïtien s’apprêtent à publier dans le journal officiel Le Moniteur ce qu’ils nomment un « décret encadrant l’exercice de la liberté d’expression et portant prévention et répression des délits de diffamation et de presse ». Le besoin d’une telle régulation est évident et urgent, mais si le document est publié tel que j’ai pu le consulter, il sera matière à scandale. Son analyse exige rigueur, méthode et sens des principes. Elle appelle surtout une lecture progressive. Commençons donc par le commencement : le Chapitre 1er, intitulé « Objet et définitions ».

Dès l’article premier, le projet de décret installe une ambiguïté lourde de conséquences. Il prétend encadrer l’exercice de la liberté d’expression tout en organisant la prévention et la répression des délits de presse. Cette formulation place sur un même plan un droit fondamental et les mécanismes destinés à en sanctionner les abus. Or, dans toute démocratie constitutionnelle, la liberté d’expression constitue un principe structurant, non une tolérance administrative. La présenter d’emblée comme un espace à encadrer traduit une philosophie de méfiance qui traverse l’ensemble du texte et en oriente silencieusement l’économie générale.

C’est toutefois dans la définition du journaliste que cette orientation apparaît avec le plus de netteté. En subordonnant l’exercice du journalisme à une activité rémunérée, continue et exercée sur la base d’une licence administrative, le projet de décret confond deux réalités distinctes : le métier de journaliste et le statut de journaliste professionnel. Cette confusion n’est pas anodine. Elle déplace la source de légitimité du journalisme, en la faisant dépendre non plus de la compétence et de l’éthique professionnelle, mais d’une reconnaissance administrative préalable.

Le métier de journaliste est comparable, dans sa nature, à celui de médecin ou d’avocat. Il s’agit d’une activité professionnelle fondée sur des compétences, une formation ou une expérience reconnue, et sur une déontologie propre. Le journalisme constitue un métier intellectuel et social dont la finalité réside dans la recherche, la vérification, l’analyse et la diffusion d’informations d’intérêt public. Sa légitimité ne procède ni d’une nomination ni d’une licence administrative, mais de la qualification, de l’indépendance intellectuelle et de la responsabilité de celui qui l’exerce. L’État peut reconnaître ce métier et en fixer les principes généraux, mais il ne saurait conditionner l’existence du métier à une autorisation administrative sans porter atteinte à la liberté constitutionnelle de la presse.

Le statut de journaliste professionnel, en revanche, renvoie à une modalité particulière d’exercice du métier. Il désigne celui qui pratique le journalisme comme principale activité rémunérée, au regard des déclarations et obligations fiscales, soit au sein d’un organe de presse constitué, soit de manière indépendante, notamment en freelance, selon des normes légales et déontologiques établies. Ce statut peut ouvrir droit à des protections spécifiques ou à des garanties particulières, notamment une carte de presse régulée.

C’est précisément à ce stade qu’aurait dû être introduite la notion d’incompatibilité. Plutôt que d’imposer une licence administrative, une régulation cohérente consisterait à interdire le cumul du métier de journaliste avec certaines fonctions ou activités incompatibles avec l’indépendance éditoriale. L’exercice simultané de responsabilités politiques exécutives, de fonctions judiciaires, de postes de commandement dans les forces de sécurité ou de charges administratives décisionnelles constitue, par nature, un conflit d’intérêts avec le journalisme. Cette approche protège l’intérêt général sans administrer la parole.

La confusion conceptuelle se prolonge et s’aggrave dans les définitions relatives aux médias, aux médias en ligne, aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques. Pris isolément, chacun semble descriptif. Pris ensemble, ils traduisent surtout une approche conceptuelle imprécise, qui empile des termes sans en organiser la logique. Le projet de décret décrit des objets sans expliquer ce qu’ils sont fondamentalement ni comment ils se distinguent les uns des autres.

La définition des médias constitue la première source de confusion. Le projet de décret ne part pas de l’essentiel. Un média est d’abord un dispositif de communication, une structure qui permet la transmission d’un message entre un émetteur et un récepteur. Cette fonction de médiation n’est jamais clairement posée. À la place, la définition mélange supports techniques, institutions et contenus, ce qui rend le concept trop large pour être réellement informatif. Sans ce point de départ fonctionnel, le mot « média » reste un terme vague susceptible de désigner presque tout.

Dans cette continuité, le média en ligne doit être défini avant tout par son support technique. Il désigne tout dispositif de diffusion de contenus accessibles au public dont la mise en circulation repose principalement sur des infrastructures numériques, indépendamment de la nature des contenus publiés ou du statut de leurs auteurs. Le critère déterminant n’est donc ni l’organisation éditoriale ni la finalité journalistique, mais l’usage du réseau numérique comme vecteur principal de transmission. Cette définition permet d’englober des réalités diverses, allant des sites d’information structurés aux espaces de publication non éditorialisés, sans les confondre juridiquement. La qualification d’organe de presse, lorsqu’elle est pertinente, doit être appréciée ultérieurement à partir de critères distincts tenant à l’activité exercée, à la responsabilité de publication et à la déontologie professionnelle. À défaut de cette hiérarchisation, le projet de décret assimile toute diffusion numérique à une activité de presse, avec des conséquences directes sur la liberté d’expression en ligne.

La confusion s’aggrave avec l’usage indistinct des notions de « médias sociaux », de « réseaux sociaux » et, par extension implicite, de ce qu’il conviendrait plus rigoureusement d’appeler des réseaux sociaux numériques. Cette indistinction signale une faiblesse conceptuelle structurelle. Un média, qu’il soit matériel ou numérique, possède en lui-même une vocation sociale intrinsèque : il constitue, par nature, un dispositif de mise en relation, de circulation et de partage de messages dans l’espace public. L’adjonction de l’adjectif « social » au mot média n’apporte donc aucune précision conceptuelle déterminante. L’expression « médias sociaux » relève davantage d’un usage lexical issu du langage courant ou du marketing numérique que d’une catégorie intellectuellement opératoire. Dans un texte de définition, elle introduit une redondance sémantique qui obscurcit la compréhension au lieu de la clarifier.

La notion de « réseaux sociaux » appelle, quant à elle, une distinction plus rigoureuse encore. Le terme ne renvoie pas exclusivement, ni même principalement, à une activité exercée sur Internet. Un réseau social désigne avant tout une réalité humaine et sociologique : un ensemble de relations structurées entre des individus ou des groupes, fondées sur des liens sociaux, culturels, économiques ou symboliques. Ces réseaux existent indépendamment de tout dispositif technique et leur antériorité historique demeure incontestable. Ils constituent une forme fondamentale d’organisation du social, qui précède et dépasse largement les outils numériques contemporains.

Les dispositifs numériques communément qualifiés de « réseaux sociaux » correspondent plus précisément à ce qu’il conviendrait d’appeler des réseaux sociaux numériques. Il s’agit d’environnements techniques qui donnent une forme médiatisée, visible et extensible à des réseaux humains préexistants, ou qui en permettent la reconfiguration par l’outil, sans jamais se confondre avec la réalité sociale des relations qu’ils rendent perceptibles. Le numérique n’y crée pas le réseau ; il en modifie les modalités d’expression, de circulation et de visibilité.

La plateforme numérique, enfin, doit être comprise dans son sens conceptuel de plateforme. Elle n’est ni un contenu, ni un média au sens strict, ni un réseau en soi. Elle constitue une infrastructure. Une plateforme numérique est un environnement technique qui permet l’intermédiation entre des acteurs, des contenus et des usages. Elle fournit les conditions matérielles et logicielles de l’hébergement, de l’organisation, de la mise en relation et de la circulation des informations. Ce qui la définit, ce n’est pas la nature des contenus qui y transitent, mais la fonction d’orchestration des flux et des interactions. La plateforme constitue le support sur lequel peuvent se déployer des médias, y compris des médias sociaux, et au sein duquel peuvent s’inscrire des réseaux sociaux humains.

Dans l’ensemble, ces définitions donnent l’impression d’une modernité lexicale sans véritable clarification conceptuelle. Le projet de décret ne distingue pas clairement entre médiation, production de contenu, diffusion technique et interaction sociale. Cette imprécision affaiblit la compréhension de l’espace médiatique dès le départ et rend toute réflexion ultérieure confuse. Une définition utile doit éclairer.

Ainsi, présenté comme purement introductif, le Chapitre Ier constitue en réalité le socle idéologique du projet de décret. En redéfinissant les catégories de la parole publique sans rigueur conceptuelle et en introduisant la logique de la licence administrative là où devrait prévaloir la liberté professionnelle, le texte modifie silencieusement l’équilibre entre liberté, responsabilité et pouvoir.

18 décembre 2025


𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒, 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑’𝑢𝑛 𝑚𝑎𝑠𝑡𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑠𝑒́𝑐𝑢𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑔𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑔𝑒́𝑜𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́, 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑒́ « 𝐴𝑢 𝑛𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝐷𝑖𝑒𝑢 »