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Un peuple debout… dans sa tombe

Par Francisco Silva

Debout dans un cercueil, le peuple haïtien célèbre les fêtes de fin d’année.
Autour de lui, un cimetière jonché de ses propres ossements rappelle le prix déjà payé.
Cette image illustre une réalité crue : dans un pays où l’insécurité fait rage et où la mort rôde au quotidien, la fête continue.
Malgré la peur, malgré le deuil permanent, les programmes d’ambiance affichent complet.
Une célébration au bord de l’abîme, où l’on danse pour ne pas mourir de désespoir.

Groenland : les militaires danois autorisés à tirer en cas d’attaque, un signal fort dans un contexte géopolitique tendu

Par Jean Wesley Pierre

Groenland, le jeudi 8 janvier 2026 —Les forces armées danoises stationnées au Groenland sont légalement autorisées à ouvrir le feu en cas d’attaque contre le territoire. Selon le quotidien danois Berlingske, les soldats ont pour consigne de riposter immédiatement à toute agression, quel qu’en soit l’auteur, y compris si elle provenait de forces américaines ou russes.

Ce cadre juridique n’est pas nouveau. Il repose sur un décret royal datant de 1952, adopté en pleine guerre froide, qui donne aux forces danoises le droit et le devoir de défendre le Groenland sans attendre d’instructions supplémentaires en cas de menace directe. Ce texte visait à l’origine à pallier l’isolement géographique de l’île et les délais de communication en situation de crise. Il demeure toujours en vigueur aujourd’hui.

Si cette règle existait depuis plusieurs décennies, son rappel public suscite désormais une attention particulière. Il y a encore peu de temps, l’idée de soldats danois ouvrant le feu sur des militaires américains aurait été jugée inconcevable, tant les relations entre Copenhague et Washington étaient considérées comme solides et incontestées. Mais le contexte a changé.

Les déclarations répétées de Donald Trump concernant Groenland, qu’il a déjà évoqué par le passé comme un territoire que les États-Unis pourraient contrôler ou intégrer pour des raisons stratégiques, ont profondément modifié les perceptions. Ce changement de paradigme a ravivé les inquiétudes autour de la souveraineté groenlandaise et de la sécurité dans l’Arctique, une région devenue centrale dans les rivalités entre grandes puissances.

Dans ce climat d’incertitude, les autorités danoises prennent au sérieux tous les scénarios, y compris ceux qui auraient semblé irréalistes auparavant. Selon plusieurs sources, les militaires déployés au Groenland ont déjà été briefés sur les règles d’engagement et sur les hypothèses de crise possibles. Des mesures de préparation défensive seraient en cours, dans les limites des capacités disponibles.

Toutefois, une réalité s’impose : le Danemark ne dispose pas, à lui seul, des moyens militaires nécessaires pour assurer durablement la défense d’un territoire aussi vaste et stratégique que le Groenland face à une puissance majeure.

L’immensité de l’île, ses conditions climatiques extrêmes et son importance géopolitique rendent une défense strictement nationale difficilement soutenable à long terme.

C’est dans ce contexte que la question d’une dissuasion à l’échelle européenne refait surface. La France plaide depuis plusieurs mois pour une initiative militaire européenne visant à renforcer la sécurité du Groenland et, plus largement, la présence européenne dans l’Arctique. Jusqu’à présent, le Danemark s’est montré réservé face à cette proposition, privilégiant une approche nationale et atlantique.

Mais cette position pourrait évoluer. La pression croissante de Washington, combinée aux tensions internationales et aux précédents récents d’interventions controversées, alimente le débat sur la nécessité d’un engagement européen plus fort. Pour de nombreux observateurs, la sécurité du Groenland dépasse désormais le seul cadre danois : elle concerne directement l’Europe, l’OTAN et l’équilibre stratégique dans le Grand Nord.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

Venezuela: 100 morts, le lourd bilan de l’attaque américaine

Par Jean Wesley Pierre

Une opération militaire américaine menée le 3 janvier 2026 au Venezuela et ayant conduit à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores a fait au moins 100 morts, a déclaré le ministre vénézuélien de l’Intérieur, Diosdado Cabello, lors d’une émission télévisée mercredi 7 janvier 2026. Les autorités vénézuéliennes ont également indiqué qu’un nombre « similaire » de personnes avait été blessé lors de l’assaut.

L’attaque américaine sur la capitale vénézuélienne, Caracas, aurait été menée dans le cadre d’une intervention de grande envergure des forces armées des États-Unis visant à neutraliser et capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro, accusé par Washington de narcoterrorisme et de trafic de drogue.

Selon les déclarations officielles vénézuéliennes, Maduro a été légèrement blessé à une jambe et son épouse à la tête et au corps, mais tous deux seraient dans un « état stable ».

Un bilan humain lourd et des funérailles officielles

Les chiffres communiqués par le gouvernement vénézuélien font état d’au moins 100 morts, dont des militaires vénézuéliens et des membres des forces alliées, notamment cubaines, ainsi que des civils. Des images diffusées par les forces armées montrent des funérailles avec honneurs militaires à Caracas, où des cercueils recouverts du drapeau national ont été escortés sous les chants et les pleurs de familles endeuillées.

Cette opération, qui marque une intervention directe sans précédent des États-Unis en Amérique latine depuis des décennies, a suscité de vives réactions nationales et internationales autour du respect de la souveraineté et du droit international.

Dès l’annonce de l’attaque, le secrétaire général des Nations unies a exprimé sa profonde inquiétude, estimant que l’intervention risque de saper des principes fondamentaux du droit international, notamment la prohibition de l’usage de la force sans mandat explicite.

Plusieurs pays alliés de Caracas ont condamné l’opération, dénonçant une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne. Cuba, par exemple, a qualifié l’attaque américaine d’ « agression militaire » et a réaffirmé son soutien à la demande de Caracas pour obtenir des garanties et la preuve de vie des captifs.

De leur côté, des responsables américains ont défendu l’opération comme une initiative destinée à faire respecter la loi et lutter contre le trafic international de stupéfiants, tout en affirmant que l’extraction de Maduro s’inscrivait dans un cadre légal interne propre aux autorités américaines. Toutefois, les critiques dénoncent que l’action n’a pas été mandatée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui soulève des questions sur sa conformité au droit international.

L’intervention américaine survient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Caracas, avec des accusations mutuelles et des décennies de relations conflictuelles. L’impact de cette opération sur la stabilité régionale, les relations diplomatiques et les évolutions futures au Venezuela demeure incertain, tandis que les familles des victimes continuent de faire face à un bilan humain significatif.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

États-Unis : le Sénat freine les ambitions militaires de Trump au Venezuela

Par Jean Wesley Pierre

Dans un rare désaveu de l’administration Trump, le Sénat américain a adopté ce jeudi 8 janvier 2026 une résolution sur les pouvoirs de guerre visant à empêcher le président des États-Unis d’utiliser les forces armées contre le Venezuela sans autorisation préalable du Congrès.

La résolution a été adoptée de justesse par 52 voix contre 47, le seuil requis étant de 51 voix. Tous les sénateurs démocrates ont voté en faveur du texte, rejoints par cinq républicains : Rand Paul, Lisa Murkowski, Todd Young, Susan Collins et Josh Hawley.

Le texte limite la capacité du président à engager ou poursuivre des hostilités militaires au Venezuela sans l’aval explicite du pouvoir législatif, réaffirmant ainsi le rôle constitutionnel du Congrès en matière de déclaration de guerre. Toutefois, la résolution doit encore être examinée par la Chambre des représentants avant d’être transmise à la Maison Blanche.

Même en cas d’adoption finale par le Congrès, son avenir reste incertain. Le Sénat ne dispose pas de la majorité qualifiée des deux tiers nécessaire pour passer outre un éventuel veto présidentiel, et Donald Trump a déjà fait savoir qu’il s’opposerait au texte.

Le sénateur démocrate Tim Kaine, membre de la commission des forces armées, est à l’origine de l’initiative. Il a exigé un vote rapide après l’annonce par Donald Trump d’une offensive militaire américaine de grande envergure au Venezuela, opération qui aurait conduit à l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse. Les deux ont été inculpés aux États-Unis, notamment pour narcoterrorisme et trafic de cocaïne, et ont plaidé non coupable.

Dans un communiqué, Tim Kaine a mis en garde contre une extension incontrôlée de l’usage de la force militaire par l’exécutif, estimant qu’il était « grand temps que le Congrès réaffirme son rôle constitutionnel essentiel en matière de guerre, de paix, de diplomatie et de commerce ».

La Maison Blanche s’oppose fermement à la résolution. Selon une note du Bureau de la gestion et du budget obtenue par ABC News, l’administration considère que les actions de Maduro représentent une menace directe pour les États-Unis et la stabilité de l’hémisphère occidental. Le document précise que, si la résolution parvenait au président, ses conseillers lui recommanderaient d’y opposer son veto.

Donald Trump a vivement critiqué les sénateurs républicains ayant soutenu le texte, estimant que la résolution « entrave l’autodéfense américaine » et porte atteinte à son autorité de commandant en chef. Il a affirmé que les États-Unis n’étaient pas en guerre contre le Venezuela, qualifiant l’intervention de simple opération de maintien de l’ordre, tout en déclarant que Washington « dirigerait » le pays pour une période indéterminée.

Certains républicains favorables à la résolution ont néanmoins souligné qu’ils soutenaient l’opération initiale contre Maduro, tout en refusant toute implication militaire prolongée sans autorisation du Congrès.

Le vote met en lumière les tensions persistantes entre le pouvoir exécutif et le législatif sur la conduite de la politique étrangère et l’usage de la force armée, dans un contexte international déjà marqué par de multiples foyers de crise.

Jean Wesley Pierre /Le Relief

Création de l’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, un tournant stratégique pour l’innovation et la gouvernance académique

Par Jean Wesley Pierre

Le conseiller-président, Emmanuel Vertilaire, a annoncé la publication sur son compte X de l’arrêté instituant l’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (ANESRS) dans le journal Le Moniteur (Spécial No 72 du 30 décembre 2025).

Adoptée en Conseil des ministres le 18 décembre 2025, cette décision marque une étape majeure dans la modernisation et la structuration du système d’enseignement supérieur et de recherche scientifique en Haïti.

Selon le communiqué du conseiller présidentiel Emmanuel Vertilaire, la création de l’ANESRS répond à un objectif stratégique : renforcer la gouvernance, la régulation et l’assurance qualité dans les universités et institutions scientifiques du pays, tout en stimulant la production de connaissances et le transfert de résultats de recherche vers les secteurs productifs et stratégiques de l’économie nationale.

Un cadre institutionnel rénové et structurant

L’arrêté publié énumère les membres nommés pour constituer le Conseil de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, organe dirigeant de l’agence :

  • Docteur Emmanuel dit Hérold TOUSSAINT, Président, choisi par le Pouvoir Exécutif ;
  • Docteur Jean Fenol METELLUS, Vice-Président, désigné par la CORPUHA ;
  • Docteur Jacques ABRAHAM, Haut-Commissaire, nommé par le Ministre de l’Éducation ;
  • Docteur Jean Judson JOSEPH, Secrétaire Général ;
  • Docteur Evens EMMANUEL, membre désigné par les associations de scientifiques ;
  • Docteure Ketty BALTHAZARD-ACCOU, membre désignée par les associations patronales ;
  • Docteur Serge Philippe PIERRE, membre choisi par le Pouvoir Exécutif.

La pluralité des nominations entre représentants de l’État, associations académiques et patronales illustre une volonté de gouvernance inclusive, garantissant que les décisions de l’agence reflètent à la fois les besoins académiques et les enjeux socio-économiques nationaux.

Vers une intégration régionale et internationale

Au-delà de la gouvernance nationale, l’ANESRS aura pour mission de renforcer l’intégration d’Haïti dans les réseaux scientifiques et universitaires régionaux et internationaux, favorisant la coopération transfrontalière, les échanges académiques et la participation à des projets de recherche d’envergure. Ce positionnement est crucial dans un contexte où l’innovation et le savoir scientifique deviennent des facteurs essentiels de compétitivité économique et de développement durable.

Un levier pour la recherche appliquée et le développement économique

L’ANESRS ne se limitera pas à un rôle administratif ou réglementaire. Selon le gouvernement, l’agence est appelée à promouvoir la recherche appliquée, en encourageant la transformation des résultats scientifiques en solutions concrètes pour les secteurs productifs. Cette orientation traduit une approche moderne : considérer l’enseignement supérieur et la recherche non seulement comme des vecteurs de savoir, mais aussi comme des moteurs directs de développement économique et social.

La création de l’ANESRS peut être interprétée comme une réponse stratégique aux profondes mutations technologiques et à l’émergence de l’économie du savoir. Elle témoigne d’une prise de conscience du rôle central de l’innovation dans le développement du pays, en particulier dans un contexte marqué par des défis persistants en matière d’éducation, d’infrastructure et de financement de la recherche.

Cependant, le succès de cette initiative dépendra de plusieurs facteurs : la mise en œuvre effective de la gouvernance, la transparence dans la gestion, la mobilisation des ressources financières et humaines, et la capacité à établir des partenariats internationaux solides. Sans ces conditions, l’ANESRS pourrait rester un cadre administratif ambitieux mais limité dans son impact réel.

La création de l’ANESRS constitue une avancée institutionnelle majeure pour Haïti. Elle offre une opportunité unique de transformer le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, en alignant la production de savoir avec les priorités économiques et sociales du pays. Il s’agit désormais de passer de l’intention stratégique à l’action concrète, afin que l’innovation devienne un levier tangible pour le développement national.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

Trafic de drogue : Quels liens le président Maduro entretient-il avec le Cartel de Los Soles?

Par Gesly Sinvilier

Depuis des années, le Cartel de Los Soles est devenu, au-delà d’un dossier judiciaire, un outil rhétorique utilisé pour justifier des interventions politiques, économiques et, depuis ce 3 janvier, militaires contre le Venezuela. Cette accusation de narcotrafic de haut niveau sert de prétexte commode pour légitimer des pressions extérieures qui visent en réalité d’autres objectifs stratégiques.

Un prétexte pour reprendre le contrôle des ressources vénézuéliennes

L’opération militaire américaine du 3 janvier 2026, qui a abouti à la capture spectaculaire de Nicolás Maduro et de son épouse, dépasse largement le cadre traditionnel d’une simple action judiciaire. Beaucoup d’observateurs, y compris des analystes géopolitiques, dénoncent ouvertement que la lutte contre la drogue a été instrumentalisée pour justifier une action visant à prendre le contrôle des immenses réserves pétrolières du Venezuela et à renforcer l’influence des États-Unis dans la région.

Le président Trump a lui-même laissé entendre que Washington pourrait exploiter et “gérer” le Venezuela temporairement, notamment en mobilisant des compagnies pétrolières américaines pour reconstruire l’infrastructure énergétique du pays, un objectif contraire à la logique d’une simple lutte antidrogue.

La révision subite de l’accusation liée à la drogue

L’un des aspects les plus troublants se trouve dans l’acte d’accusation lui-même. Les charges portées contre Maduro remontaient à 2020 et tournaient autour de la prétendue direction du Cartel de Los Soles. Mais une nouvelle version, déposée après la capture de ce dernier, indique désormais que ce groupe n’est pas un cartel structuré dirigé par Maduro, mais plutôt un ensemble de réseaux corrompus au sein des institutions militaires et politiques.

Cette révision inattendue met en lumière une construction politique plus qu’une base factuelle solide, ce qui renforce l’idée que l’accusation de trafic de drogue a servi avant tout à justifier une intervention. Ainsi, la drogue devient un argument opportun plutôt qu’une réalité prouvée, renforçant les critiques selon lesquelles la narrative judiciaire a été modelée en fonction d’objectifs géopolitiques.

Juan Orlando Hernández : exemple d’une hypocrisie sans détour

Alors que l’administration Trump présente sa politique comme une lutte inflexible contre le narcotrafic, une décision récente a révélé une contradiction flagrante dans cette posture. Trump a accordé une grâce présidentielle totale à l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, qui avait été condamné à 45 ans de prison pour narcotrafic — notamment pour avoir transformé le Honduras en un point névralgique du trafic de cocaïne vers les États-Unis.

Cette décision a scandalisé des experts en lutte antidrogue : elle suggère que la logique de Trump n’est pas la cohérence judiciaire ou la lutte sérieuse contre les réseaux criminels, mais plutôt des calculs politiques et électoraux opportunistes, selon que l’on soit de droite ou de gauche. Cela révèle une hypocrisie politique profonde : sanctionner un dirigeant étranger sur des accusations controversées tout en graciant un allié pourtant condamné, mine la crédibilité des accusations portées contre Maduro.

Trump : un comportement stratégique avant, pendant et après

L’opération qui a conduit à l’arrestation de Maduro ne fut ni fortuite ni isolée. Dans les mois qui ont précédé l’intervention, Trump avait multiplié les pressions sur Caracas : menaces de frappes, blocus naval sur les exportations pétrolières, attaques contre des navires accusés de narcotrafic et déploiement militaire dans les Caraïbes et le Pacifique.

Avant l’enlèvement, la stratégie américaine s’est apparentée à une campagne de pression continue. Au lieu d’utiliser des moyens diplomatiques ou multilatéraux, Washington s’est engagé dans une logique coercitive, martelant l’idée que Maduro serait un “narco-terroriste”.

Pendant l’opération, le caractère militaire et spectaculaire de l’action — avec des frappes aériennes, l’extraction de Maduro vers les États-Unis et l’annonce publique de sa capture — a été présenté comme une démonstration de force. Trump a même déclaré que les États-Unis étaient désormais aux commandes du Venezuela.

Après l’enlèvement, Trump a cherché à contrôler le récit en soulignant la nécessité de lutter contre la drogue, tout en révélant d’autres objectifs : exploitation des ressources, influence géopolitique accrue, et potentiel remodelage de l’ordre régional. Les critiques internes — des figures politiques américaines aux organisations internationales — ont dénoncé une opération qui dépasse largement la simple application de la loi antidrogue.

Un prétexte bien commode

La conjugaison des faits: révision du dossier juridique contre Maduro, grâce à un narcotrafic condamné, discours politique sur la drogue et actions militaires agressives, dévoile une stratégie américaine où la lutte contre les stupéfiants sert de couverture rhétorique à des ambitions géopolitiques. Elle met en lumière des priorités bien plus tournées vers l’accès aux ressources et l’influence que vers la justice ou la sécurité.

En fin de compte, cette hypocrisie ne se limite pas au Cartel de Los Soles : elle s’étend à l’ensemble des stratégies qui se cachent derrière cette narrative qui, loin d’être guidée par la vérité judiciaire, semble répondre à des objectifs politiques et économiques bien plus larges.

Gesly Sinvilier / Le Relief

Haïti: Vers la modernisation du système d’identification; le NINU devient obligatoire pour l’obtention du passeport

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— La Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE) annonce une réforme majeure dans le processus de délivrance des passeports haïtiens: le Numéro d’Identification Nationale Unique (NINU) remplace désormais le Numéro d’Identification Fiscale (NIF) comme référence obligatoire à toutes les étapes de la procédure.

Selon un avis officiel adressé aux Bureaux régionaux et aux Centres de réception et de livraison de documents d’identité (CRLDI), une nouvelle version du logiciel de personnalisation des passeports est désormais opérationnelle sur tout le territoire national. Cette mise à jour marque l’utilisation exclusive du NINU, un identifiant de dix chiffres attribué à chaque citoyen, comme clé centrale du système.

À compter de l’entrée en vigueur de la mesure, toute personne âgée de plus de 18 ans sollicitant un passeport devra impérativement présenter sa Carte d’Identification Nationale. Cette obligation s’applique sans distinction aux demandes de première émission, de renouvellement ou encore aux remplacements de passeports perdus, volés ou arrivés à saturation.

La réforme étend aussi l’exigence du NINU à plusieurs cas particuliers: identification des parents, tuteurs ou mandataires pour les demandes concernant des mineurs, identification du conjoint pour les femmes mariées et renseignement d’une personne à contacter en cas d’urgence.

L’objectif affiché est de renforcer la traçabilité et l’uniformisation des informations enregistrées, dans un contexte où les incohérences documentaires ont longtemps constitué un obstacle administratif.

La DIE rappelle, en effet, aux agents chargés de la saisie des données leur responsabilité directe dans l’exactitude des informations enregistrées. Toute discordance entre les documents présentés et les données introduites dans le système peut entraîner le rejet ou l’invalidation d’un dossier.

Au-delà de l’aspect technique, cette réforme s’inscrit dans une démarche plus large de modernisation du système national d’identification. Le passage du NIF au NINU vise notamment à:
• renforcer la sécurité administrative,
• lutter contre la fraude documentaire,
• faciliter l’intégration des bases de données étatiques,
• moderniser la gestion des documents de voyage.

Cette évolution s’ajoute aux efforts entamés depuis plusieurs années pour moderniser la production de documents officiels en Haïti, améliorer leur fiabilité et aligner le pays sur les standards internationaux en matière de contrôle d’identité.

Jean Mapou / Le Relief

Lancement du portail numérique de la Direction de la Pension Civile : un pas décisif vers la modernisation des services publics

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 6 janvier 2026 — Le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), à travers la Direction de la Pension Civile (DPC), a officiellement lancé, le lundi 22 décembre 2025, le portail numérique de la Pension Civile, lors d’une cérémonie organisée à l’Hôtel Montana. Cette initiative s’inscrit dans les réformes engagées par l’État haïtien en vue de la modernisation des services publics et de l’amélioration de la gestion administrative des retraites.

Ce nouveau portail vise à faciliter l’accès à l’information, à simplifier les démarches administratives liées à la retraite et à offrir aux agents publics des outils numériques adaptés pour une meilleure préparation de cette étape cruciale de leur carrière.

Dans cette dynamique, une journée d’information et d’orientation sur la retraite a été organisée le vendredi 28 novembre aux Cayes, par une délégation du MEF conduite par Mme Ester Musac. Placée sous le thème « Comprendre la retraite : sens, préparation et défis », cette rencontre avait pour objectif de sensibiliser les fonctionnaires aux enjeux liés à la retraite, d’expliquer les procédures administratives et de présenter les dispositifs disponibles pour assurer une transition sereine vers la vie post-professionnelle.

La rencontre a réuni des agents publics issus des départements des Nippes, de la Grande-Anse et du Sud, témoignant de la volonté des autorités d’élargir la portée de cette initiative à l’échelle régionale. Les échanges ont permis aux participants de mieux comprendre les mécanismes du système de retraite et d’anticiper les défis liés à cette nouvelle phase de vie.

La journée s’est conclue par une séance interactive de questions-réponses, offrant aux agents publics l’occasion de poser leurs préoccupations et de bénéficier de conseils pratiques pour une planification plus efficace de leur retraite.

Selon la Direction de la Pension Civile, ces actions s’inscrivent dans un engagement continu visant à informer, guider et accompagner les fonctionnaires tout au long de leur parcours professionnel, tout en contribuant à une meilleure organisation et à une gestion plus efficiente du système de retraite en Haïti.

Le lancement de ce portail numérique marque ainsi une étape majeure dans la transformation digitale de l’administration publique, au service des agents de l’État et du renforcement de la gouvernance publique.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Haïti au cœur des échanges entre Dr Joël Lorquet et le Secrétaire général de l’OEA à Washington

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Reçu en audience privée le mardi 6 janvier 2026 par le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, à Washington, l’écrivain haïtien Joël Lorquet a porté la voix d’Haïti et de sa diaspora. Selon un communiqué, les discussions ont porté sur la crise multidimensionnelle du pays, les responsabilités des acteurs nationaux et internationaux, ainsi que les conditions nécessaires à une sortie durable de l’instabilité.

Une rencontre axée sur la crise haïtienne

Selon le communiqué, la situation générale d’Haïti a été au centre des échanges entre Joël Lorquet et Albert Ramdin. Sous-développement chronique, pauvreté persistante, insécurité généralisée et fragilité institutionnelle ont été analysés comme des facteurs interdépendants qui alimentent la crise actuelle. Les responsabilités des autorités haïtiennes, tout comme celles de la communauté internationale, ont également été évoquées.

Le Secrétaire général de l’OEA a rappelé le rôle historique d’Haïti dans les luttes pour l’indépendance et la décolonisation dans la région, ainsi que la relation ancienne et particulière qui lie le pays à l’organisation depuis 1948. Tout en mettant en avant la créativité, la résilience et le potentiel humain du peuple haïtien, Albert Ramdin s’est interrogé sur les causes profondes des difficultés persistantes du pays après plus de deux siècles d’indépendance.
Leadership, vision et création de richesse

D’après les précisions contenues dans le communiqué, Albert Ramdin estime que le développement repose sur trois piliers essentiels : la mobilisation du peuple pour créer de la richesse, l’existence d’une vision politique claire et stratégique, et un leadership fort, responsable et uni. Il a souligné que l’aide internationale, bien que nécessaire, ne peut être qu’un appui complémentaire et ne saurait se substituer à la responsabilité première des dirigeants et de la société haïtienne.

Le responsable de l’OEA attribue la pauvreté persistante en Haïti à une insuffisante création de richesse, au manque d’emplois durables ainsi qu’aux faiblesses structurelles du système éducatif et de la formation professionnelle.

Sécurité et gouvernance comme priorités

Toujours selon le communiqué, face à la complexité de la crise haïtienne marquée par l’insécurité, les urgences humanitaires et la fragilité institutionnelle Albert Ramdin appelle à une priorisation claire des actions, en plaçant la sécurité au cœur de toute stratégie de stabilisation. Il plaide également pour une gouvernance dirigée par des Haïtiens, la tenue d’élections crédibles et l’engagement actif des élites économiques, politiques et sociales dans le développement du pays.

La diaspora au centre des préoccupations

Le Dr Joël Lorquet a, pour sa part, fait savoir que les Haïtiens, notamment ceux vivant à l’étranger, expriment une profonde lassitude face à la crise actuelle. Selon le communiqué, il a demandé à l’OEA de sensibiliser davantage la communauté internationale afin de mettre fin à une situation qui perdure depuis trop longtemps et d’accélérer le processus de développement d’Haïti.

Réagissant à cette interpellation, Albert Ramdin a indiqué que l’OEA accorde une priorité absolue à Haïti. Il a reconnu la frustration de la diaspora et encouragé un engagement plus concret de celle-ci, tout en appelant les dirigeants haïtiens à reconnaître et à intégrer ce potentiel dans les priorités nationales.

Enfin, selon l’écrivain, un nouveau paradigme doit s’imposer au niveau de la communauté internationale. Il juge inacceptable qu’un pays de la Caraïbe se trouve encore dans une telle situation au XXIᵉ siècle et appelle les Haïtiens à prendre conscience de l’urgence de construire un pays moderne, capable d’offrir des conditions de vie dignes et de freiner l’exode forcé.

La rédaction

Opération « Absolute Resolve » : un lourd bilan humain après le coup de force contre Maduro

Par Jean Wesley Pierre

Caracas / Washington — Quatre jours après l’opération américaine baptisée « Absolute Resolve », menée dans la nuit de vendredi 2 à samedi 3 janvier 2026 à Caracas et ayant abouti à la capture du président vénézuélien, Nicolas Maduro, le bilan humain demeure lourd et encore incertain, en l’absence de chiffres officiels communiqués par les autorités vénézuéliennes.

Selon plusieurs sources concordantes citées par les médias internationaux, entre 70 et 80 personnes auraient été tuées lors des frappes aériennes et des affrontements au sol. Une organisation regroupant des médecins au Venezuela a indiqué à l’AFP un bilan provisoire d’environ 70 morts et 90 blessés, tandis qu’une source militaire anonyme évoque au moins quinze tués confirmés. De son côté, le New York Times fait état de 80 décès, citant une source gouvernementale.

Les autorités vénézuéliennes ont publié un bilan officiel, de 55 morts. Dimanche, le principal hôpital militaire du pays a refusé de fournir des informations, invoquant des consignes de sécurité. Des journalistes de l’AFP se sont rendus dans plusieurs centres hospitaliers de Caracas sans pouvoir accéder aux données médicales. Mais ce mardi elles ont affirmé une soixantaine de victimes.

Pertes vénézuéliennes et cubaines

Le gouvernement cubain a annoncé la mort de 32 ressortissants cubains déployés au Venezuela au moment de l’opération. Selon La Havane, il s’agissait de membres des forces armées ou du ministère de l’Intérieur cubains, présents dans le cadre de la coopération sécuritaire entre les deux pays. Le président cubain Miguel Díaz-Canel a décrété deux jours de deuil national, saluant des soldats tombés « au combat » face aux forces américaines.

Les médias vénézuéliens rapportent par ailleurs la publication, par un journaliste local, d’une liste de 18 militaires vénézuéliens appartenant au cercle de sécurité présidentielle qui auraient été tués lors de l’assaut.

Accusations d’exécutions et zones d’ombre

Le ministre vénézuélien de la Défense, le général Vladimir Padrino, a dénoncé des exécutions « de sang-froid », affirmant que certaines victimes auraient été abattues après la neutralisation des combats. Il accuse également les forces américaines d’avoir touché des zones civiles lors des bombardements préalables à l’assaut terrestre.

Des responsables hospitaliers ont confirmé l’admission ponctuelle de militaires et de civils blessés dans plusieurs établissements publics de la capitale, notamment à l’hôpital Pérez Carreño, dans l’ouest de Caracas, où deux militaires et un civil auraient été soignés. Les hôpitaux militaires, selon des sources médicales, auraient été rapidement saturés.

Aucun mort américain confirmé

Du côté américain, les autorités assurent que aucun soldat américain n’a été tué lors de l’opération. Un hélicoptère aurait été touché par des tirs, sans provoquer de pertes humaines. Washington qualifie l’intervention de succès militaire, soulignant la précision de l’opération et la coordination entre les moyens aériens, terrestres et cybernétiques.

Un bilan encore provisoire

Alors que Nicolas Maduro a été enlevé par les États-Unis, le bilan définitif de l’opération reste provisoire. Les organisations de défense des droits humains appellent à l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin de faire la lumière sur les pertes civiles et les accusations d’exécutions extrajudiciaires.

Sur le plan international, si l’opération est saluée par certains alliés de Washington comme un coup porté à un régime autoritaire, elle suscite également de vives interrogations quant à ses conséquences humanitaires, juridiques et diplomatiques à long terme.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief