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𝟏𝟐 𝐣𝐚𝐧𝐯𝐢𝐞𝐫 : 𝐧𝐢 𝐃𝐢𝐞𝐮 𝐧𝐢 𝐃𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞 𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 Casséus

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Le 12 janvier 2010 marque, dans la mémoire haïtienne, une césure brutale dans le cours ordinaire de l’existence. À Port-au-Prince, dans la région du Grand Sud, la terre a tremblé et, avec elle, les repères les plus intimes. Depuis lors, l’interprétation glisse volontiers vers des registres qui évitent d’affronter la matérialité d’un événement dont l’ampleur déborde les cadres habituels de compréhension. Les survivants auraient été épargnés par la grâce divine ; les disparus auraient payé une dette obscure, scellée par quelque force maligne. Cette lecture, aussi répandue soit-elle, ne tient ni philosophiquement ni moralement.

Avoir traversé le séisme ne confère aucun statut métaphysique particulier. Être encore là, 16 ans plus tard, ne procède ni d’un privilège céleste ni d’une élection occulte. De même, ceux qui ont effectué ce grand voyage ce jour-là n’ont pas été frappés d’une malédiction. La catastrophe n’a obéi à aucune grammaire morale. Elle n’a distingué ni les vertueux des coupables, ni les croyants des sceptiques. Elle a frappé, aveuglément, comme le font les forces naturelles lorsqu’elles rencontrent des sociétés vulnérables, des villes mal construites, des États fragiles.

Dire « c’est la vie » n’excuse rien, mais permet au moins de sortir des impasses théologiques et des explications paresseuses. Le séisme fut un fait, terrible, massif, inscrit dans une réalité géologique et dans une histoire sociale longue. À partir de là commence une autre interrogation, bien plus exigeante, qui ne regarde ni Dieu ni le Diable, mais les femmes et les hommes encore debout. Car si nous sommes toujours en vie aujourd’hui, ce n’est pas pour demeurer figés dans une posture de survivants perpétuels, ni pour cultiver une identité de rescapés comme un capital symbolique.

𝟭𝟲 𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲𝘀 𝗼𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲́. 𝗟𝗲 𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 𝗲𝘀𝘁 𝘀𝘂𝗳𝗳𝗶𝘀𝗮𝗻𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲́𝗽𝗹𝗮𝗰𝗲𝗿 𝗹𝗲 𝗿𝗲𝗴𝗮𝗿𝗱, 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗾𝘂𝗶𝘁𝘁𝗲𝗿 𝗹𝗲 𝗿𝗲𝗴𝗶𝘀𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘀𝗶𝗱𝗲́𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗰𝗲𝗹𝘂𝗶 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗼𝗻𝘀𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁𝗲́. 𝗟𝗮 𝘃𝗲́𝗿𝗶𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗼𝗻𝗰 𝗽𝗹𝘂𝘀 « 𝗽𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗺𝗼𝗶 ? », 𝗺𝗮𝗶𝘀 « 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 ? ». 𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘀𝘂𝗿𝘃𝗶𝘃𝗮𝗻𝘁, 𝗾𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗮 𝗲́𝘁𝗲́, 𝗰𝗲𝘀 𝟭𝟲 𝗱𝗲𝗿𝗻𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀 𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲𝘀, 𝗺𝗼𝗻 𝘂𝘁𝗶𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗺𝗼𝗻 𝗲𝗻𝘃𝗶𝗿𝗼𝗻𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗶𝗺𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘁 ? 𝗣𝗼𝘂𝗿 𝗺𝗼𝗻 𝗽𝗮𝘆𝘀 ? 𝗣𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗺𝗼𝗻𝗱𝗲 ? 𝗤𝘂’𝗮𝗶-𝗷𝗲 𝗮𝗷𝗼𝘂𝘁𝗲́, 𝗻𝗲 𝘀𝗲𝗿𝗮𝗶𝘁-𝗰𝗲 𝗾𝘂’𝗮̀ 𝗽𝗲𝘁𝗶𝘁𝗲 𝗲́𝗰𝗵𝗲𝗹𝗹𝗲, 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝗱𝗲𝗻𝘀𝗶𝘁𝗲́ 𝗵𝘂𝗺𝗮𝗶𝗻𝗲 𝗮𝘂𝘁𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗺𝗼𝗶 ? 𝗔𝗶-𝗷𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗶𝗯𝘂𝗲́ 𝗮̀ 𝗿𝗲́𝗽𝗮𝗿𝗲𝗿, 𝗮̀ 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗺𝗲𝘁𝘁𝗿𝗲, 𝗮̀ 𝗼𝗿𝗴𝗮𝗻𝗶𝘀𝗲𝗿, 𝗮̀ 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲𝗿 ?

Aujourd’hui, il faut avoir le courage de se poser ces questions sans complaisance. Suis-je resté un simple élément du décor, témoin passif d’un drame que je convoque chaque année sans jamais en tirer de conséquences concrètes ? Suis-je devenu un prolongement des malheurs engendrés par le séisme, par l’inaction, par le cynisme, par la reproduction des mêmes désordres ? Ou bien suis-je engagé dans un effort continu de construction d’humanité, même discret, même imparfait, mais réel ?

Le 12 janvier ne saurait être un autel de lamentations éternelles. Il devrait fonctionner comme un miroir, parfois inconfortable, tendu à chaque conscience. Ni Dieu ni le Diable n’y répondent à notre place. Ce sont nos choix, nos silences, nos engagements, notre rapport au bien commun qui donnent un sens, ou non, au fait d’être encore là. Survivre n’a jamais constitué une réponse. Agir, penser, transmettre : voilà ce qui, 16 ans après, mérite examen.


Pennsylvanie, 12 janvier 2026

Supercoupe d’Espagne 2026 : le FC Barcelone conserve son titre face au Real Madrid

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Le FC Barcelone a remporté la Supercoupe d’Espagne en s’imposant 3-2 face au Real Madrid, le 11 janvier 2026 à Djeddah, en Arabie Saoudite. Au terme d’un Clásico spectaculaire et riche en rebondissements, les Catalans conservent leur trophée et portent à seize le nombre de leurs sacres dans la compétition, un record.

Dès le coup d’envoi, Barcelone impose son rythme et s’installe dans le camp madrilène. Les projections rapides de Lamine Yamal et l’activité constante de Raphinha désorganisent la défense du Real, contrainte de reculer. Après plusieurs situations dangereuses, la domination barcelonaise est logiquement récompensée à la 36e minute, lorsque Raphinha ouvre le score d’une frappe croisée, précise et imparable.

Alors que le Barça semblait se diriger vers la pause avec l’avantage, la rencontre bascule dans une fin de première période totalement folle. Dans le temps additionnel, Vinícius Jr égalise pour le Real Madrid à l’issue d’une action individuelle maîtrisée. La réaction catalane est immédiate : quelques instants plus tard, Robert Lewandowski redonne l’avantage aux siens. Mais le Real n’abdique pas et Gonzalo García profite d’un corner mal repoussé pour remettre les deux équipes à égalité. En l’espace de près de 5 minutes, trois buts sont inscrits, offrant un scénario aussi rare qu’inattendu dans un Clásico.

Après la pause, le match gagne en intensité mais perd en espaces.
Les duels se multiplient et les occasions se font plus rares, chaque équipe cherchant à éviter l’erreur fatale. À la 73e minute, Raphinha fait une nouvelle fois la différence. L’ailier brésilien tente sa chance depuis l’extérieur de la surface et, sur une frappe légèrement déviée, trompe le gardien madrilène pour redonner l’avantage au FC Barcelone.

La fin de rencontre est marquée par une forte pression du Real Madrid et par l’expulsion de Frenkie de Jong dans le temps additionnel. Malgré l’infériorité numérique, les Blaugranas font preuve de sang-froid et de discipline pour conserver leur avance jusqu’au coup de sifflet final.

Ce succès confirme l’efficacité du FC Barcelone dans les grands rendez-vous. Sous la direction de Hansi Flick, l’équipe catalane continue d’afficher une remarquable constance dans les finales avec 8 finales déjà gagnées en carrière. L’entraîneur allemand enregistre une nouvelle victoire décisive, renforçant un bilan exceptionnel dans ce type de rencontres et soulignant sa capacité à préparer son groupe pour les moments clés.

Avec ce nouveau trophée, le Barça consolide sa dynamique positive pour la suite de la saison. Leader en Liga et toujours engagé sur les autres tableaux, le club catalan avance avec confiance. Pour le Real Madrid, cette défaite laisse des regrets et pose de nouvelles interrogations, notamment sur l’équilibre défensif et la gestion des temps forts.

Disputé loin de l’Espagne mais chargé d’émotions, ce Clásico rappelle une fois de plus pourquoi la rivalité entre le FC Barcelone et le Real Madrid demeure l’une des plus intenses du football mondial.

La rédaction

Haïti face à l’échéance du 7 février 2026: flou politique, scénarios possibles et pistes de sortie

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— À l’approche du 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’avenir institutionnel d’Haïti demeure incertain. Cette échéance, symbolique dans l’histoire politique du pays, suscite inquiétudes, débats et spéculations quant au mécanisme de gouvernance qui prendra le relais dans un contexte d’insécurité aiguë, d’absence d’élections et de tensions croissantes entre acteurs politiques.

Mis en place en avril 2024 à la suite d’un accord politique soutenu par la CARICOM, le CPT avait pour mission principale de conduire le pays vers des élections générales crédibles. Cependant, l’emprise territoriale des gangs, la crise humanitaire et le manque de moyens logistiques ont rendu impossible l’organisation de scrutins avant l’échéance prévue, selon les autorités électorales et plusieurs observateurs internationaux.

Plusieurs anciens Premiers ministres et responsables politiques ont averti qu’Haïti risque d’entrer dans un vide institutionnel dangereux si aucune solution de remplacement n’est formulée d’ici le 7 février.

Les scénarios à envisager

Scénario 1: Un vide institutionnel aux effets incalculables

Le premier scénario évoqué par de nombreux analystes est celui d’une vacance du pouvoir au terme du mandat du CPT. Sans base constitutionnelle claire ni institution élue pour assurer la continuité, l’État pourrait se retrouver paralysé, aggravant une situation déjà marquée par l’effritement sécuritaire et territorial.

Un tel vide pourrait ouvrir la voie à: des affrontements entre factions politiques, une montée de la légitimité informelle des groupes armés, une intervention diplomatique plus intrusive.

Ce scénario est largement perçu comme le plus risqué par les institutions régionales.

Scénario 2: Prolongation ou restructuration de la transition

Le deuxième scénario le plus discuté est la prolongation du mandat du CPT ou sa transformation en un organe élargi. L’idée serait de maintenir un exécutif de transition capable d’assurer la continuité administrative tout en négociant un nouveau calendrier électoral.

Cette hypothèse est soutenue par plusieurs partis politiques, une partie de la société civile, ainsi que des partenaires internationaux, notamment la CARICOM et l’OEA, soucieux d’éviter un effondrement institutionnel.

Des propositions circulent pour un exécutif bicéphale, un gouvernement de consensus ou une assemblée consultative élargie, permettant d’intégrer davantage d’acteurs et de réduire les accusations d’exclusion politique.

Scénario 3: Report formel des élections et feuille de route

Un troisième scénario consisterait à officialiser le report des élections et à présenter une feuille de route claire assortie d’un calendrier réaliste. Plusieurs responsables électoraux ont reconnu que la tenue d’élections générales avant 2027 pourrait être compromise, en raison notamment des contraintes territoriales imposées par les groupes armés.

Cette approche aurait l’avantage de réduire l’incertitude, mais dépendrait de l’obtention d’un consensus minimal entre les forces politiques engagées.

Scénario 4: Montée des tensions et recomposition par la rue

Un scénario plus sombre mais jugé plausible serait celui d’une crise par la contestation populaire. L’absence de sortie institutionnelle pourrait catalyser les frustrations sociales, accentuées par la flambée des prix, le chômage et la dégradation sécuritaire. Certains secteurs de l’opposition considèrent que la pression de la rue pourrait accélérer la recomposition politique ou provoquer une renégociation de la transition.

Mais là encore personne de l’opposition peut prétendre avoir assez de capacité de nuisance ni de notoriété politique pour exercer son pouvoir de convocation dans les rues… le peuple a montré son ras-le-bol à maintes occasions.

Positions des principaux acteurs

Les acteurs politiques adoptent des approches différentes à l’égard du 7 février.

Le CPT plaide pour une continuité de la transition, estimant qu’un transfert prématuré sans élections serait irresponsable.
Les partis de l’opposition critique dénoncent un blocage organisé et réclament une restructuration profonde du processus transitoire. Certains optent pour un exécutif bicéphale en allant vers la cour de cassation. D’autres pensent qu’on devrait désigner des personnalités jugées crédibles pour modeler une autre transition.

La société civile prône un modèle inclusif, souvent centré sur des mécanismes extra-constitutionnels mais consensuels. Tandis que la communauté internationale insiste sur la stabilité institutionnelle et met en garde contre tout vide politique, tout en encourageant un compromis interne plutôt qu’une solution imposée de l’extérieur.

Une équation encore ouverte

À moins de trois semaines de la date butoir, aucun scénario ne s’impose clairement. Le 7 février 2026 apparaît désormais moins comme une date de transition démocratique que comme un test de résilience nationale.

Quelle que soit l’issue, deux paramètres semblent incontournables: la nécessité d’un minimum de consensus politique et celle d’un début de reconquête territoriale face aux groupes armés, préalable indispensable à toute future élection.

Jean Mapou / Le Relief

Affaire Emmanuel Lundi : violences judiciaires, indignation citoyenne et mise à l’épreuve de l’État de droit au Cap-Haïtien

Par Jean Wesley Pierre

Cap-Haïtien, le dimanche 11 janvier 2026 —L’affaire Emmanuel Lundi s’impose désormais comme l’un des symboles les plus troublants des dérives de l’autorité judiciaire en Haïti. La décision du ministre de la Justice, selon les informations relayé par Radio Télé Scoop, Me Patrick Pélissier, d’ordonner la libération immédiate de la victime marque un tournant, mais ne suffit pas à apaiser l’indignation provoquée par des images d’une brutalité extrême, choquante, largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Emmanuel Lundi, jeune entrepreneur, a été violemment battu et blessé par le commissaire du gouvernement et ses gardes du corps.

Me Éno Zéphirin, assisté de membres de sa sécurité rapprochée et d’agents de la Police nationale d’Haïti. La scène, filmée en plein jour, a suscité une vague de condamnations à travers le pays.

Selon des informations rapportées par Radio Télé Scoop, le commissaire du gouvernement pourrait être révoqué dans les prochaines heures ou dans les prochains jours et traduit en justice pour violation grave des droits humains. À ce stade, ces informations, bien que largement relayées, restent conditionnées à une confirmation officielle des autorités compétentes.

Des images qui contredisent la version officielle

Les vidéos devenues virales contredisent frontalement la version initiale avancée par Me Éno Zéphirin, selon laquelle il aurait été agressé. Les images montrent clairement Emmanuel Lundi demandant au commissaire de ne pas le toucher. Aucun geste de violence de la part de la victime n’est perceptible.

C’est précisément cette demande, pourtant légitime et conforme au droit à l’intégrité physique et à la liberté d’expression, qui semble avoir déclenché la colère du magistrat. La situation dégénère rapidement : bousculades, gifles, mise au sol et coups portés par plusieurs agents, sans qu’aucune situation de flagrant délit ni de légitime défense ne soit établie.

Une opération administrative qui vire à la répression

Les faits se sont déroulés le vendredi 9 janvier 2026, lors d’une opération de démolition d’entreprises jugées non conformes par les autorités départementales du Nord. Emmanuel Lundi protestait contre la destruction de son entreprise, affirmant disposer d’une autorisation délivrée par la mairie.

L’intervention du commissaire du gouvernement, censée encadrer légalement l’opération, s’est transformée en un acte de violence publique, mettant en cause non seulement un individu, mais toute une chaîne de responsabilité institutionnelle.

Une femme présente sur les lieux, qui dénonçait verbalement l’attitude des autorités, aurait également été menacée et intimidée, renforçant le sentiment d’un usage abusif de la force pour réduire toute contestation au silence.

Une condamnation ferme du monde juridique

Face à ces dérives, la réaction de Roberson Georges, jeune avocat au barreau de Port-au-Prince, a retenu l’attention. Dans une déclaration publique largement relayée, il a dénoncé une atteinte grave aux droits humains et à l’État de droit.

« Trop, c’est trop ! La justice ne se rend pas à coups de gifles et de bottes. »

Pour le juriste, également étudiant finissant en gouvernance locale et masterant en sciences politiques et relations internationales, cet acte constitue une violation manifeste des principes fondamentaux du droit, notamment le respect de la dignité humaine et l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Un test décisif pour les institutions

Si la libération d’Emmanuel Lundi représente un premier pas, la suite du dossier sera déterminante. La révocation annoncée par Radio Télé Scoop, si elle se confirme, devra impérativement être suivie de poursuites judiciaires effectives, indépendantes et transparentes. Sans cela, la sanction resterait purement administrative et renforcerait le sentiment d’impunité qui gangrène le système judiciaire haïtien.

Cette affaire pose également des questions fondamentales :
Qui contrôle l’usage de la force par les commissaires du gouvernement ?
Dans quel cadre légal opèrent leurs dispositifs de sécurité ?
Comment garantir que l’autorité judiciaire protège les citoyens au lieu de les brutaliser ?

Au-delà d’un homme, un système en cause

L’affaire Emmanuel Lundi dépasse largement le cadre d’un dérapage individuel. Elle révèle un malaise structurel : la confusion persistante entre autorité publique et pouvoir personnel, où la fonction judiciaire est parfois perçue comme un instrument de coercition plutôt que comme un pilier de la justice.

Dans un pays marqué par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et la défiance citoyenne, ce type de comportement contribue à délégitimer davantage l’État et à fragiliser l’idée même de justice.

L’opinion publique, les organisations de défense des droits humains et le monde juridique attendent désormais des actes forts. Car au-delà des discours, c’est la crédibilité de l’État de droit haïtien qui se joue dans ce dossier.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

Roberson Georges dénonce les dérives du commissaire Éno Zéphirin : « La justice ne se rend pas à coups de gifles et de bottes »

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La bastonnade publique d’un jeune entrepreneur au Cap-Haïtien, attribuée au Commissaire du Gouvernement Me Éno Zéphirin et à des agents de la Police nationale d’Haïti, continue de susciter une vive indignation. Face à ces images devenues virales, Roberson Georges, jeune avocat au barreau de Port-au-Prince dénonce une atteinte grave aux droits humains et à l’État de droit.

Une prise de position ferme d’un jeune militant du droit

Dans une déclaration sans ambiguïté sur sa page Facebook, Roberson Georges condamne avec vigueur les violences exercées contre un citoyen qu’il qualifie de paisible.
« Nous dénonçons avec la plus grande véhémence la brutalité policière exercée contre ce paisible citoyen dans la Cité Christophienne. L’attitude du prétendu Commissaire du Gouvernement Me Éno Zéphirin nous laisse stupéfaits quant à sa manière de gérer cette situation inacceptable. Trop, c’est trop ! Il est temps que justice et dignité humaine reprennent leur place. Que l’État de droit soit une réalité en Haïti ! »

Pour le jeune avocat, fraîchement lauréat du concours d’admission au barreau de Port-au-Prince, ces actes traduisent une dérive grave de l’autorité judiciaire et constituent une violation manifeste des principes fondamentaux du droit, notamment le respect de la dignité humaine et l’interdiction des traitements dégradants.

Déroulement des faits

Les événements se sont produits le vendredi 9 janvier 2026, sur le boulevard de Carénage, au Cap-Haïtien, lors d’une opération de démolition d’entreprises jugées non conformes par les autorités départementales du Nord. Une altercation a éclaté entre le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance du Cap-Haïtien, Me Éno Zéphirin, et un jeune entrepreneur qui protestait contre la destruction de son entreprise, affirmant disposer d’une autorisation délivrée par la mairie.

Selon des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux, le magistrat aurait ordonné l’arrestation du jeune homme après que celui-ci lui a demandé de ne pas le toucher. La situation a rapidement dégénéré : la victime a été bousculée, giflée publiquement, puis plaquée au sol et violemment frappée par des agents de sécurité et des policiers.

Une femme présente sur les lieux, qui dénonçait l’attitude des autorités, a également été menacée et intimidée. Ces scènes ont provoqué une vive indignation au sein de l’opinion publique.

Des appels à sanctions et au respect de l’État de droit
Depuis la diffusion des images, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des sanctions contre le Commissaire Éno Zéphirin, accusé d’abus de pouvoir et de comportement contraire à l’éthique judiciaire.

Pour Roberson Georges, étudiant finissant en gouvernance locale, cette affaire doit servir d’électrochoc.
« Aucun représentant de l’État n’est au-dessus de la loi. La justice ne se rend pas à coups de gifles et de bottes. » nous a lâché le Masterant en sciences politiques et relations internationales dans un interview.

Un dossier qui relance, une fois de plus, le débat sur l’impunité, la gouvernance judiciaire et le respect effectif des droits fondamentaux en Haïti.

La rédaction

Fin du CPT: Jean Henry Céant s’oppose à la médiation proposée par Mgr Pierre-André Dumas

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Par Gesly Sinvilier

Dans une lettre datée du 11 janvier 2026, l’ancien Premier ministre haïtien Jean Henry Céant a vivement réagi à la démarche de Monseigneur Pierre-André Dumas, évêque de l’Anse-à-Veau et de Miragoâne, qui s’est proposé comme médiateur dans la crise politique actuelle.

Se présentant à la fois comme catholique pratiquant et acteur politique, Jean Henry Céant dit avoir été profondément surpris et attristé par cette initiative. Il estime que l’Église catholique, en tant qu’institution spirituelle, doit faire preuve d’une grande prudence lorsqu’elle intervient directement dans des processus politiques sensibles.

Dans sa lettre, l’ancien chef du gouvernement rappelle notamment un épisode survenu le 9 mars 2024, au cours duquel Monseigneur Dumas avait cosigné un document condamnant des personnalités haïtiennes dites « sanctionnées » au niveau international. Selon Jean Henry Céant, cette prise de position a laissé des blessures encore vives au sein de la communauté catholique et remet aujourd’hui en question la neutralité du prélat.

Pour lui, une médiation crédible doit être menée par des acteurs capables de garantir une stricte impartialité. Or, il estime que les positions passées de l’évêque l’exposent au risque d’être perçu comme partie prenante plutôt que comme arbitre neutre. Dans ce contexte, il juge que cette proposition de médiation pourrait aggraver les divisions au lieu de favoriser un apaisement.

Jean Henry Céant appelle ainsi les membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) à rejeter cette initiative, qu’il considère inadaptée à la gravité et à la complexité de la crise actuelle. Il rappelle également que des médiations mal perçues ont déjà contribué, par le passé, à fragiliser la légitimité des institutions de transition.

Tout en affirmant son respect pour la fonction épiscopale, l’ancien Premier ministre invite Monseigneur Dumas à privilégier son rôle de guide spirituel, de pasteur et d’homme de prière. Selon lui, un retrait du champ politique et un retour à une posture de recueillement, d’humilité et de réconciliation seraient plus bénéfiques, tant pour l’Église que pour la société haïtienne.

En conclusion, Jean Henry Céant affirme agir sans animosité, mais par souci de préserver la foi du peuple et la crédibilité des institutions nationales. Il appelle à la sagesse, au discernement et à la responsabilité en ces temps de crise profonde que traverse le pays.

Gesly Sinvilier / Le Relief

I𝐧 𝐆𝐎𝐃 𝐰𝐞 𝐭𝐫𝐮𝐬𝐭 : 𝐆𝐨𝐥𝐝, 𝐎𝐢𝐥, 𝐃𝐫𝐮𝐠

Par Jean Venel Casséus

Depuis 1945, la trajectoire de la puissance américaine obéit à une grammaire simple et répétitive, rarement formulée explicitement mais constamment vérifiable dans les faits. Derrière les proclamations morales et les récits officiels, trois matrices structurent l’interventionnisme des États-Unis : l’Or comme fondement financier, le Pétrole comme nerf géopolitique, la Drogue comme justification sécuritaire et instrument de captation financière indirecte. In God We Trust agit moins comme une devise nationale, voire spirituelle, que comme une liturgie séculière destinée à sanctifier une architecture de puissance impérialiste, tantôt soft, tantôt brutale.

L’Or (Gold) constitue le socle originel. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Washington impose un ordre monétaire international centré sur le dollar, adossé à l’or, garantissant à l’économie américaine un privilège exorbitant, financer son expansion militaire et industrielle par la création monétaire tout en exigeant des autres nations une discipline budgétaire stricte. Toute tentative de reprise de contrôle souverain sur les ressources stratégiques ou les circuits financiers est dès lors perçue comme une menace systémique. L’éviction de dirigeants nationalistes au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine s’inscrit dans cette logique. La souveraineté économique demeure tolérable tant qu’elle ne conteste pas la hiérarchie monétaire mondiale.

Le Pétrole (Oil) prolonge et durcit cette dynamique. Ressource vitale de l’économie industrielle et carburant des armées modernes, il transforme certaines régions du monde en espaces de projection permanente. Le Moyen-Orient, puis l’Afrique du Nord et l’Amérique latine, s’affirment comme des zones où la stabilité politique se trouve subordonnée à l’accessibilité énergétique. Les guerres ouvertes ou indirectes ne visent pas uniquement l’occupation territoriale, mais la maîtrise des flux, pipelines, détroits, routes maritimes, régimes contractuels. L’Irak, l’Iran, la Libye, et plus récemment le Venezuela, donnent à voir cette constante. Dans chacun de ces cas, la rhétorique démocratique accompagne une recomposition forcée des appareils d’État afin de rendre l’exploitation des hydrocarbures compatible avec les intérêts américains et ceux de leurs alliés industriels et financiers.

La Drogue (Drug) constitue le troisième pilier, plus récent, plus opaque, mais tout aussi structurant. À partir des années 1970, la « guerre contre la drogue » se généralise comme cadre idéologique, permettant d’étendre la présence militaire, policière et judiciaire américaine bien au-delà de ses frontières. Officiellement, il s’agit de combattre des réseaux criminels. En pratique, ce paradigme autorise l’ingérence permanente dans des États affaiblis, la militarisation de régions entières et la captation de flux financiers considérables. Les saisies d’avoirs, les amendes extraterritoriales, les confiscations liées au narcotrafic alimentent directement ou indirectement le financement des appareils sécuritaires américains. La drogue acquiert ainsi le statut d’ennemi rentable, elle justifie le budget, légitime la force et produit des ressources financières recyclées dans les infrastructures civiles et militaires.

Ce triptyque (GOD) éclaire la continuité entre guerres classiques, coups d’État, sanctions économiques et opérations judiciaires internationales. Or, pétrole et drogue n’appartiennent pas à des registres séparés, mais à une même économie de la puissance. Le pétrole finance la guerre, la guerre sécurise le pétrole, la drogue justifie l’intervention, l’intervention permet la saisie et la circulation contrôlée des capitaux illicites. Dans cet enchaînement, la morale joue un rôle fonctionnel, elle transforme l’intérêt en mission et la prédation en responsabilité globale.

De 1945 à 2026, cette mécanique n’a pas disparu. Elle s’est raffinée. Les invasions directes cèdent parfois la place aux sanctions, aux tribunaux, aux dispositifs financiers et aux opérations hybrides. Mais la logique demeure inchangée, garantir à la puissance américaine un accès privilégié aux ressources matérielles et symboliques qui soutiennent son hégémonie.

𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒, 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑’𝑢𝑛 𝑚𝑎𝑠𝑡𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑠𝑒́𝑐𝑢𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑔𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑔𝑒́𝑜𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́, 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑒́ « 𝐴𝑢 𝑛𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝐷𝑖𝑒𝑢 »
[1/11, 4:47 PM] Alexis digi: Toc toc

Démonstration de force ou baroud d’honneur d’une puissance en déclin ?

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Par Wilfrid Joseph, politologue, homme politique

L’opération militaire ayant conduit à la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, a pris de court la communauté internationale dans la nuit du 3 au 4 janvier 2026. Menée par la Delta Force, en coordination avec les services de renseignement américains et avec la complicité de certains éléments du contre-espionnage vénézuélien, cette opération démontre, dans un premier temps, la capacité des États-Unis à conduire des missions d’une extrême complexité.

Toutefois, elle révèle également, une fois de plus, que l’impérialisme américain se soucie peu du prétendu respect du droit international et de la Charte des Nations unies, laquelle consacre pourtant des principes fondamentaux tels que l’inviolabilité des frontières, le respect de la souveraineté des États et le non-recours à la force.

Cette opération peut être analysée à la lumière de la doctrine du président américain James Monroe, énoncée devant le Congrès en 1823, ainsi que du corollaire de Roosevelt, qui consacre le principe selon lequel « l’Amérique appartient aux Américains ».
Le Venezuela, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde en termes de gisements, a engagé, dès les années 1970, un processus de nationalisation des compagnies pétrolières. Avec l’avènement du chavisme à la fin des années 1990, cette orientation s’est renforcée : des compagnies américaines telles que Chevron et ExxonMobil ont été progressivement écartées, tandis que les recettes pétrolières ont été mobilisées pour financer des programmes sociaux — construction d’écoles, d’hôpitaux, d’universités et de logements sociaux destinés aux populations les plus démunies.

Cela s’est fait malgré les embargos et sanctions imposés par les États-Unis, dans un contexte où le pétrole représentait près de 90 % des revenus budgétaires du Venezuela, et où les cours mondiaux du pétrole étaient alors à la hausse.
Après la mort de Hugo Chávez en 2013, Nicolás Maduro hérite d’une situation particulièrement précaire, marquée par la chute des prix du pétrole sur le marché mondial, le durcissement des sanctions économiques américaines, ainsi qu’une crise économique et sanitaire profonde au Venezuela.

Les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à une remise en cause multidimensionnelle de leur puissance, que ce soit sur les plans économique, technologique, industriel ou géopolitique. Cette réalité est notamment analysée par l’anthropologue français Emmanuel Todd dans son ouvrage Le Déclin de l’Occident, où il démontre que l’« Empire du Milieu » (la Chine) et l’« Ours » (la Russie) forment désormais des pôles de puissance capables de concurrencer, voire de dépasser, les États-Unis dans plusieurs domaines stratégiques.
Todd souligne en particulier que la Chine et la Russie forment aujourd’hui davantage d’ingénieurs que les États-Unis, ce qui leur confère un avantage structurel décisif dans les secteurs scientifique, industriel et militaire. Il met également en évidence le quasi-monopole chinois sur les terres et métaux rares, devenus indispensables à la fabrication des technologies de pointe et des équipements militaires modernes. Par ailleurs, selon cette analyse, les systèmes d’armement russes se distinguent par leur efficacité, leur robustesse et leur rapport coût-performance, remettant en cause la supériorité militaire occidentale traditionnellement admise.

À cela s’ajoute une présence croissante de la Russie et de la Chine dans ce que Washington considère historiquement comme son “backyard”, notamment en Amérique latine et dans les Caraïbes, une situation perçue comme inacceptable par les États-Unis, au regard de leur doctrine hégémonique régionale héritée de Monroe.

Enfin, la vente du pétrole en yuan chinois, en dehors du circuit du dollar, constitue un tournant majeur : elle fragilise le pétrodollar, pilier central de la puissance financière américaine depuis des décennies. Cette évolution alimente la crainte d’un affaiblissement progressif du dollar, qui demeure l’un des derniers atouts stratégiques majeurs des États-Unis dans le système international
La capture de Nicolás Maduro s’inscrit avant tout dans une démarche des États-Unis visant à maintenir leur hégémonie en Amérique latine, au détriment des influences chinoise et russe. Les déclarations du président Donald Trump à la suite de l’opération viennent d’ailleurs confirmer cette lecture stratégique.

Au-delà des considérations moralisatrices présentant Maduro comme un dictateur — au point que Staline et Hitler pourraient en “remuer dans leurs tombes” — il apparaît surtout comme la victime d’un affront politique majeur : celui d’avoir osé tenir tête à une puissance en déclin, prête à tout pour tenter de réaffirmer sa domination.
Cette démonstration de force américaine intervient dans un contexte où son hégémonie est désormais contrebalancée par deux pôles majeurs de premier ordre sur la scène internationale : l’Empire du Milieu chinois et l’Ours russe, dont l’ascension remet en cause le leadership unipolaire exercé par Washington depuis la fin de la guerre froide.

HAÏTI 2026 : L’HORREUR DU VIDEPar Emmanuel Ménard

2026 que j’appelle « l’année du possible », marquera le cinquième anniversaire de l’assassinat du Président Jovenel Moïse. La République ne compte plus d’élus dans aucun pallier des Pouvoirs d’État. Dans vingt jours ouvrables, le rideau tombera sur le Conseil Présidentiel de Transition au terme d’une douloureuse et catastrophique expérience. Haïti aura gaspillé vingt-deux longs mois et le trésor public a fait les frais d’une gestion les plus onéreuses de l’histoire. Malgré tout, mon sens élevé de l’État et mon profond respect de l’institution présidentielle m’imposent une retenue protocolaire à l’endroit des membres du CPT qui rendent le tablier ; ils ont servi la République et l’histoire les jugera. Bon vent, Madame et Messieurs les CP !

Quarante ans depuis l’effondrement du régime duvalérien le 7 février 1986 et quatre-vingts ans après les « cinq glorieuses », la révolte du 7 au 11 janvier 1946 contre un pouvoir ségrégationniste, les conditions abiotiques de la population n’ont pas changé et la situation globale du pays s’est dégradée. Dans les deux cas, la révolution n’a pas eu lieu. Des aventuriers politiques de droite et de gauche ont toujours dévié les luttes démocratiques populaires.
Aujourd’hui, le miasme politique, économique et sécuritaire laissé par le CPT met davantage en péril l’existence même de la République.
Certains groupes terroristes et certains dirigeants de l’establishment étatico-privé deviennent des alliés objectifs, profitant de l’instabilité permanente et s’enrichissant d’une économie criminelle alimentée par la drogue, la vente d’organes, la traite humaine, la contrebande et le financement international occulte d’organisations révisionnistes et d’intégristes radicaux. Dans l’état actuel de la situation léguée par le CPT, Haïti risque trois catastrophes majeures :

  1. La prise du pouvoir des bandes armées par procuration à travers les urnes.
  2. ⁠Le renouvellement du CPT au pouvoir avec des candidats officiels à tous les niveaux : des collectivités territoriales jusqu’aux présidentielles.
  3. ⁠La mise du pays sous Protectorat International pour menace de la sécurité régionale et des intérêts directs des voisins occidentaux.

Face à ce spectre grimaçant et considérant le volume de propositions émanant de différents secteurs, je réitère ces recommandations déjà faites par le pôle politique Consortium Patriotique :

  1. Organiser une Conférence Politique avec les Pôles organisées pour remplacer le CPT.
  2. ⁠Négocier avec les partenaires internationaux l’accélération de la mise en œuvre des engagements pris pour le renforcement des forces nationales de sécurité et le déploiement de la FRG.
  3. ⁠Élaborer une feuille de route réaliste de la transition pour arriver aux élections.

En attendant, au départ des membres du CPT le 7 février 2026, au nom de la continuité de l’État, à travers le Conseil des Ministres, le gouvernement démissionnaire assurera la liquidation des affaires courantes.
Vu l’urgence, j’appelle tous les acteurs haïtiens au pragmatisme politique et à s’élever avec patriotisme à la hauteur des défis de l’heure.
Salus populi suprema lex esto !

Dr. Emmanuel Ménard
9 Janvier 2026

Enol Zephyrin, Commissaire du Gouvernement du Cap-Haïtien: entre légalité, zèle et excès de pouvoir

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Écrit par :Jean Rodlet Jean Baptiste, citoyen engagé

Le récent épisode d’exécution musclée conduit par le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance du Cap-Haïtien accompagné par le délégué départemental. Contre les installations des entrepreneurs sur le Boulevard soulève de sérieuses interrogations juridiques, institutionnelles et sociales.

  1. De la légalité de l’intervention : rôle du Commissaire du Gouvernement

Selon la loi haïtienne, notamment le Code d’instruction criminelle et la loi du 6 août 1997 sur l’organisation judiciaire, le Commissaire du Gouvernement est l’organe chargé de veiller à la bonne application de la loi au nom de la société. Il est le chef de la poursuite pénale, représentant l’État dans les affaires judiciaires.

Cependant, aucune disposition légale ne lui confère un rôle d’exécutant administratif ou d’agent d’exécution de décisions en matière civile ou urbanistique, encore moins une mission de démolition publique sans jugement préalable et sans concours de l’autorité administrative compétente, en l’occurrence la mairie ou le Ministère des Travaux Publics.

  1. Compétence territoriale : délégué vs commissaire vs mairie.

Le Délégué Départemental, représentant de l’Exécutif dans le département, n’a pas compétence directe pour conduire des démolitions, sauf par délégation légale, sur base d’un plan d’aménagement du territoire et sous décision judiciaire.

De même, les maires, bien que présents, semblent marginalisés, alors que l’article 74 de la loi sur les collectivités territoriales leur confère la responsabilité de la police municipale, de l’aménagement urbain, et de la protection du domaine public local. Leur effacement interroge sur un dysfonctionnement structurel dans la gouvernance locale.

  1. Les droits de la défense et les abus allégués.

Si le jeune entrepreneur ainsi connu brutalisé avait en main une autorisation administrative valide, toute décision de destruction de ses biens aurait dû être précédée par une décision de justice contradictoire ou au minimum, une notification en bonne et due forme suivie d’un délai raisonnable pour se conformer à l’ordonnance.

Quant à l’intervention physique du Commissaire, les témoignages de brutalité (calot, coup de pied, gestes violents) posent un grave problème de dérive autoritaire. Selon l’article 25 de la Constitution haïtienne, nul ne peut être soumis à des traitements inhumains, cruels ou dégradants. De même, la police— seule entité autorisée à interpeller un citoyen dans un cadre légal — était sur place. Le Commissaire, même dans son rôle, n’a aucun droit de battre, malmener ou frapper un citoyen, encore moins s’il ne présente aucun danger.

  1. Sur la responsabilité de l’État et les recours possibles
  • Le citoyen lésé peut introduire un recours en justice pour atteinte à la propriété privée et usage excessif de la force publique.
  • Il peut également saisir l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) et les instances de droits humains nationales et internationales.
  • Il est en droit de réclamer réparation de l’État haïtien pour exécution abusive et sans procédure régulière.
  • Une enquête administrative peut être demandée au Ministre de la Justice sur la conduite du Commissaire.
  1. Hypothèse d’un conflit d’intérêts ou d’un agenda caché ?

La brutalité, le dépassement de fonction et l’absence de coordination avec les autorités locales légitimes suggèrent un possible conflit d’intérêts ou une instrumentalisation politique. L’article 24-2 de la Constitution impose pourtant la transparence, la proportionnalité et la légalité dans toute action de l’État.

Conclusion et appel à l’État central.

Nous saluons la volonté de remettre de l’ordre dans l’aménagement urbain et de protéger l’espace public, mais aucune réforme ne peut justifier la brutalité, l’illégalité ou l’humiliation d’un citoyen. Le gouvernement central doit intervenir pour :

  • clarifier les responsabilités institutionnelles,
  • rappeler à l’ordre ses représentants,
  • et garantir la primauté du droit et le respect de la dignité humaine.

« L’État de droit commence là où s’arrête l’arbitraire. »