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Conseil de la paix: Donald Trump édicte une nouvelle architecture internationale

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Par Gesly Sinvilier

Annoncé et officiellement lancé en janvier 2026 à Davos, le Conseil de la paix (Board of Peace) est une initiative internationale portée par le président américain Donald Trump, présentée comme un nouvel outil de stabilisation des zones de conflit, avec une priorité affichée : la reconstruction et la gouvernance post-conflit de Gaza. Pensé comme un cadre d’action rapide et pragmatique, ce Conseil entend proposer une alternative — ou un complément — aux mécanismes multilatéraux classiques, en particulier ceux de l’ONU, jugés trop complexes.

Selon sa charte fondatrice, le Conseil vise à promouvoir une paix durable, rétablir des structures de gouvernance fonctionnelles, sécuriser les territoires fragiles et favoriser la reconstruction économique et institutionnelle. L’accent est mis sur des solutions politiques encadrées par des acteurs étatiques, avec une forte logique de résultats, plutôt que sur les longues négociations diplomatiques traditionnelles.

La particularité du Conseil réside dans sa structure de gouvernance très centralisée. Donald Trump en est le président et conserve un rôle décisif dans l’orientation stratégique, l’interprétation de la charte et la sélection des membres. Un comité exécutif, composé de responsables politiques et de conseillers internationaux de premier plan, l’assiste dans la conduite des travaux.

L’adhésion au Conseil se fait par invitation, et non sur une base universelle. Parmi les États membres figurent notamment les États-Unis, Israël, plusieurs pays du Golfe, des États d’Europe centrale et orientale, ainsi que certains pays d’Amérique latine et du Caucase. Les États sont représentés à haut niveau et participent aux décisions, avec un système de vote où le président conserve un rôle d’arbitre. Des contributions financières importantes peuvent ouvrir droit à un statut renforcé, voire quasi permanent.

Dès son lancement, le Conseil a suscité de vives réactions. Ses partisans y voient un instrument plus souple et plus efficace pour traiter des crises bloquées depuis des années. Ses détracteurs dénoncent au contraire une initiative personnalisée, politiquement marquée, susceptible de court-circuiter les institutions multilatérales existantes et de créer un club restreint de pays alignés.

Quoi qu’il en soit, le Conseil de la paix s’impose déjà comme un nouvel acteur politique et diplomatique, révélateur d’un moment de recomposition de l’ordre international, où l’efficacité revendiquée entre en tension avec les principes traditionnels du multilatéralisme.

Gesly Sinvilier / Le Relief

𝐏𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢è𝐫𝐞 𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐩𝐮𝐢𝐬 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐜𝐜𝐮𝐩𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝟏𝟗𝟑𝟒, 𝐥𝐞𝐬 𝐄t𝐚𝐭𝐬-𝐔𝐧𝐢𝐬 𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐮 𝐥𝐚 𝐛𝐚𝐭𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐩𝐢𝐧𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐧 𝐇𝐚ï𝐭𝐢

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

« Le Blanc a parlé. » Point. Longtemps, cette formule a fonctionné comme un couperet dans l’espace politique haïtien. Elle condensait un rapport de force hérité de l’occupation américaine de 1915-1934, période au cours de laquelle la souveraineté haïtienne fut formellement suspendue et où la décision ultime se prenait ailleurs. Cette domination ne s’est jamais exercée sans résistance.

Dès les premières années de l’occupation, des formes multiples de contestation ont émergé, insurrections armées, résistance paysanne, mobilisation d’intellectuels, dénonciation dans la presse nationale. Des figures comme Charlemagne Péralte et Benoît Batraville ont incarné une opposition frontale, tandis que juristes, écrivains et journalistes ont livré une bataille politique et morale contre la dépossession en cours. Ces résistances n’ont pas, à elles seules, mis fin à l’occupation, mais elles ont inscrit dans la mémoire collective l’idée que la souveraineté ne s’était jamais rendue.

Le retrait des Marines en 1934 a mis fin à la domination militaire directe, sans pour autant clore le cycle de la dépendance politique et symbolique. L’autorité américaine a cessé d’être exercée par les armes pour se déployer sous des formes plus diffuses, diplomatiques, économiques et narratives. Depuis lors, l’asymétrie n’a plus reposé sur l’occupation, mais sur la capacité de Washington à fixer les limites du dicible, du faisable et du légitime dans la vie politique haïtienne, même pendant les Duvalier.

Après 1934, la souveraineté haïtienne s’est exercée dans un cadre étroit, constamment traversé par des arbitrages extérieurs, des interventions indirectes et une présence continue de la « communauté internationale » comme instance de validation ultime. Cette tutelle informelle s’est installée durablement, non par la seule contrainte, mais par un mécanisme d’acceptation, nourri par l’idée qu’un compromis tacite liait dépendance politique et opportunité individuelle.

Pendant des décennies, ce compromis a reposé sur une contrepartie déterminante, rarement formulée mais largement intériorisée, l’horizon migratoire américain. La possibilité de partir, d’obtenir un visa, de se projeter vers l’Eldorado nord-américain a longtemps constitué une soupape psychologique. Elle rendait supportable l’asymétrie politique, tolérable l’ingérence diplomatique et acceptable le langage de la tutelle. Tant que cette échappatoire existait, la contestation collective demeurait fragmentée, souvent individuelle, rarement structurée comme rapport de force.

Ce ressort s’est brisé avec la fermeture progressive, puis quasi totale, de l’accès migratoire aux États-Unis pour les Haïtiens. Les politiques migratoires américaines, durcies notamment sous l’administration Trump et prolongées dans leurs effets, ont mis fin à cet horizon. Le visa est devenu inaccessible, l’exil une impasse, le rêve américain une fiction épuisée. Ce qui disparaît alors, c’est une possibilité de départ qui soutenait la rationalité psychologique de la patience sociale et du consentement silencieux.

C’est dans ce contexte de rupture symbolique et psychologique que survient l’épisode politique actuel. Face aux pressions explicites de certains partenaires internationaux, notamment américains, pour empêcher le limogeage du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le groupe majoritaire du Conseil présidentiel de transition (CPT) maintient sa position et revendique la conduite intégrale de la procédure. Ce refus de céder constitue un point de cristallisation inédit, non par son contenu institutionnel seul, mais par la réaction qu’il suscite dans l’espace public.

Privée de toute contrepartie symbolique et confrontée à une pression extérieure désormais visible, l’opinion publique haïtienne change de posture. Elle cesse d’être spectatrice résignée pour devenir actrice du rapport de force. 𝐋’𝐚𝐝𝐡𝐞́𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐠𝐫𝐨𝐮𝐩𝐞 𝐦𝐚𝐣𝐨𝐫𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐂𝐏𝐓 𝐬’𝐢𝐧𝐬𝐜𝐫𝐢𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐫𝐮𝐩𝐭𝐮𝐫𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐩𝐨𝐬𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐚𝐠𝐞́𝐞, 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞́𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞 𝐚𝐮 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭, 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐚̀ 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐱𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐦𝐚𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞́. Dans l’espace public, le CPT est moins jugé sur son efficacité immédiate que sur sa capacité à ne pas céder à l’injonction extérieure.

Dans ce nouveau cadre, 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐯𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐬, 𝐢𝐧𝐬𝐮𝐥𝐭𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐩𝐞𝐢𝐧𝐞 𝐯𝐨𝐢𝐥𝐞́𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐦𝐞𝐧𝐚𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐞𝐬 𝐞́𝐦𝐚𝐧𝐚𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐚𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐢𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐞𝐟𝐟𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞-𝐩𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐢𝐟. 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐢𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐥’𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐢𝐛𝐥𝐞́𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐧𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞𝐧𝐭 𝐥’𝐚𝐝𝐡𝐞́𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐩𝐮𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐮𝐫 𝐝’𝐞𝐥𝐥𝐞. Le registre diplomatique, lorsqu’il bascule dans l’intimidation, perd toute efficacité symbolique et réactive une mémoire historique où la contrainte extérieure n’a jamais été acceptée comme légitime.

Ce rejet s’étend aux relais internes de cette parole étrangère. Ce phénomène, désormais désigné comme l’« effet Conzé », renvoie à une figure ancienne de la vie politique haïtienne, celle de l’intermédiaire local qui parle au nom du Blanc, anticipe ses attentes et traduit ses injonctions dans l’espace national. Dans le contexte actuel, ces acteurs ne jouent plus un rôle de médiation crédible. Ils cristallisent la défiance et concentrent la critique, en apparaissant comme les survivances d’un ordre politique discrédité.

La bataille qui se joue n’est donc plus institutionnelle au sens strict. Elle est narrative et symbolique. Les États-Unis conservent des leviers économiques, diplomatiques et sécuritaires, mais ils ne contrôlent plus le récit collectif. Face à une société politiquement désabusée, informée et privée d’illusions migratoires, leur parole cesse de produire l’effet d’autorité qui l’accompagnait autrefois.

La fermeté du CPT s’inscrit pleinement dans cette séquence historique. Elle bénéficie d’un appui populaire dont l’ampleur peut varier, mais dont la signification politique est nette. Pour la première fois depuis la fin de l’occupation de 1934, et malgré une tradition ancienne de résistance jamais éteinte, les États-Unis se trouvent confrontés à une société haïtienne capable de transformer sa contestation en rapport de force symbolique effectif. La bataille de l’opinion publique, longtemps marginale, est devenue déterminante. Et sur ce terrain précis, l’Amérique vient d’essuyer en Haïti un revers qu’elle n’avait ni anticipé ni pleinement mesuré.

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Washington réaffirme son soutien à la PNH lors de la graduation de près de 900 cadets du Projet P4000

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Le Chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Brandon Wooster, a participé vendredi à la cérémonie de graduation de près de 900 cadets issus du Projet P4000 de l’École nationale de Police (ENP), réaffirmant à cette occasion le soutien de Washington aux efforts de stabilisation et de renforcement institutionnel engagés par les autorités haïtiennes.

Lors de l’événement, organisé en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et du président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, le diplomate américain a salué le rôle stratégique du programme P4000, soutenu par les États-Unis, pour augmenter les effectifs de la Police nationale d’Haïti (PNH) dans un contexte sécuritaire marqué par la montée des violences armées.

M. Wooster a qualifié le leadership du chef du gouvernement haïtien d’essentiel pour les efforts de stabilisation en cours, soulignant que la coopération sécuritaire entre les deux pays demeure une priorité de Washington. «Nous réaffirmons notre soutien indéfectible à la PNH», a déclaré le diplomate, entouré de ses collaborateurs de l’ambassade.

Au-delà du volet opérationnel, le Chargé d’affaires a insisté sur la nécessité d’un renforcement des mécanismes de gouvernance et de redevabilité au sein des institutions publiques. «La stabilité et la sécurité nécessitent une surveillance et une responsabilisation», a rappelé Wooster, estimant que l’impunité administrative nuit autant à l’État que l’impunité pour les crimes. Selon lui, de nombreux fonctionnaires continuent à percevoir leur salaire et à bénéficier de privilèges sans assumer pleinement leurs fonctions, un phénomène qu’il juge préjudiciable à l’État haïtien, au peuple haïtien et aux intérêts américainsk.

Cette prise de position intervient alors que le gouvernement de transition multiplie les annonces relatives au redéploiement de l’autorité de l’État, au renforcement des capacités de la PNH et à la préparation des prochaines échéances électorales. Le Projet P4000 vise à former 4 000 policiers supplémentaires entre 2026 et début 2027, dans le but d’accélérer la reconquête des territoires sous l’influence de groupes criminels et de restaurer durablement l’ordre public.

Jean Mapou / Le Relief

Kenbe Kapòw : la jeunesse se mobilise pour le changement

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Par Gesly Sinvilier

La jeunesse des communes de L’Acul et de la Plaine-du-Nord a marqué un tournant important ce samedi avec l’accueil enthousiaste de la première sortie officielle du projet « Kenbe Kapòw Lakayòw », une initiative citoyenne portée exclusivement par des jeunes engagés, sans soutien du secteur privé ni de l’État.

Plusieurs centaines de jeunes ont répondu présents à l’appel du collectif Kenbe Kapòw, transformant cette première mobilisation en un véritable succès populaire. Cette forte participation témoigne d’un profond besoin d’engagement, de changement et de responsabilité dans une société longtemps fragilisée par la mauvaise gouvernance et l’exclusion.

À travers cette mobilisation, le collectif affirme clairement son combat contre la corruption, le clientélisme, le trafic d’influence et toutes les pratiques qui freinent le développement du pays. Un message qui résonne fortement auprès d’une jeunesse consciente des défis actuels et déterminée à rompre avec les dérives du passé.

« Nous avons une jeunesse engagée. Il nous faut des femmes et des hommes honnêtes, intègres, sérieux et compétents », ont rappelé les organisateurs, insistant sur la nécessité d’un renouvellement profond des pratiques politiques et sociales. Pour eux, l’heure n’est plus aux promesses creuses ni aux discours sans lendemain, mais à l’action concrète et au combat citoyen.

Malgré le poids d’un héritage institutionnel lourd et les nombreuses crises qui secouent le pays, les membres de Kenbe Kapòw restent confiants. Ils misent sur le courage, la discipline et la détermination collective pour construire une autre Haïti, fondée sur la transparence, la justice et le respect de l’intérêt général.

Cette première sortie officielle à L’Acul et à la Plaine-du-Nord constitue ainsi une étape fondatrice pour le mouvement. Elle ouvre la voie à une dynamique nationale, portée par une jeunesse décidée à reprendre en main son destin et à jouer pleinement son rôle dans la refondation du pays.

En clôture de l’activité, les responsables du collectif ont adressé leurs remerciements aux populations locales pour leur accueil et leur mobilisation exemplaires, tout en donnant rendez-vous pour les prochaines étapes du projet.

À travers cette initiative, la jeunesse haïtienne démontre une fois de plus qu’elle demeure l’un des principaux moteurs du changement et de l’espoir pour l’avenir du pays.

Gesly Sinvilier/ Le Relief

Haïti : quand l’égo des dirigeants humilie la Nation

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Par Gesly Sinvilier

Il y a quelque chose d’indécent à observer la scène politique haïtienne actuelle. Pendant que le pays s’enfonce dans l’insécurité, la faim et la dislocation territoriale, ses dirigeants — ou ceux qui s’en donnent le titre — semblent davantage préoccupés par la conservation de leurs fauteuils que par la survie de l’État. La transition, censée être un moment de responsabilité exceptionnelle, est devenue un théâtre d’ego, d’intrigues et de calculs à courte vue.

Les réunions se multiplient, les communiqués se succèdent, les alliances se font et se défont, mais rien, absolument rien, ne change pour la population. Derrière les discours sur la souveraineté et la légitimité, une même logique domine : durer, se repositionner, survivre politiquement. Peu importe le chaos alentour. Peu importe que des quartiers entiers échappent à l’autorité de l’État. Peu importe que le pays ressemble de plus en plus à un territoire sans pilote.

Certains se découvrent soudainement des principes institutionnels qu’ils ont ignorés pendant des années. D’autres, hier silencieux face à l’arbitraire, se posent aujourd’hui en gardiens sourcilleux de la légalité. Les mêmes qui dénonçaient l’illégitimité hier s’accrochent aujourd’hui à des mécanismes transitoires devenus, par la force de l’habitude, des refuges confortables. La transition n’est plus un passage, c’est une installation.

Le Conseil présidentiel de transition, censé incarner un minimum de collégialité et de rupture, illustre parfaitement cette dérive. Au lieu d’un organe de stabilisation, il est devenu un espace de rivalités internes, où chaque décision est l’occasion d’un bras de fer, chaque crise un prétexte pour tester des rapports de force. Gouverner n’est plus l’objectif ; contrôler le tempo l’est devenu.

Cette immaturité politique a une conséquence grave et profondément humiliante : elle contraint la communauté internationale à sortir de sa réserve diplomatique. Lorsque des chancelleries étrangères se sentent obligées d’adresser des avertissements publics à des responsables haïtiens, ce n’est pas une atteinte à la souveraineté, c’est le symptôme d’un effondrement de l’autorité morale interne. Un État respecté n’est pas rappelé à l’ordre ; il est consulté.

Le paradoxe est cruel. Ceux qui crient le plus fort contre l’ingérence sont souvent les mêmes dont l’irresponsabilité la rend inévitable. Ils dénoncent les pressions extérieures tout en offrant, par leur incohérence, le spectacle d’un pays ingouvernable. Ils invoquent la dignité nationale tout en la bradant dans des luttes personnelles sans envergure historique.

Pendant ce temps, l’international avance ses pions, conditionne son aide, ajuste son langage. Non par plaisir, mais par nécessité. Car face à des dirigeants incapables de s’imposer une discipline minimale, le vide politique appelle toujours une régulation extérieure. Ce n’est pas un complot : c’est une loi implacable des relations internationales.

La diaspora, elle, regarde avec un mélange de colère et de lassitude. Elle finance, plaide, alerte, mais se heurte sans cesse à la même classe politique, figée dans ses réflexes, incapable de se hisser à la hauteur du moment. Ce pays ne manque pas d’intelligence, ni de ressources humaines. Il manque de dirigeants prêts à sacrifier leurs ambitions sur l’autel de l’intérêt national.

Haïti n’est pas condamnée par l’international, ni par l’histoire. Elle est prise en otage par une élite politique qui refuse de comprendre qu’en temps de naufrage, on ne négocie pas la cabine du capitaine. On tient la barre, ou on s’efface. Tout le reste n’est que bruit, posture et irresponsabilité.

Gesly Sinvilier / Le Relief

« L’État assume pleinement sa mission en matière de sécurité », propos du Premier ministre lors de la graduation de 877 nouveaux policiers

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a assuré vendredi que l’État «assume pleinement sa mission» en matière de sécurité publique, à l’occasion de la cérémonie de graduation de 877 nouveaux agents de la Police nationale d’Haïti (PNH), organisée sur le campus de l’École nationale de Police (ENP), à Port-au-Prince.

Aux côtés du président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, le chef du gouvernement a assisté à la remise de diplômes à la 1re promotion du Projet P4000 et à la 35e promotion de la PNH. Plusieurs hauts responsables de l’État, des membres du corps diplomatique ainsi que des représentants des forces de sécurité locale et internationale étaient présents.

Premier ministre et président du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), M. Fils-Aimé a salué l’engagement et le sens du devoir des nouvelles recrues, alors que le pays est confronté à une crise sécuritaire persistante marquée par des violences armées, des enlèvements et la fragmentation de certaines zones géographiques sous contrôle de groupes criminels.

Le Projet P4000, qui prévoit la formation de 4 000 agents sur la période 2026–début 2027, est présenté par l’exécutif comme un levier stratégique pour renforcer les capacités opérationnelles de la police et accélérer la restauration de l’autorité de l’État dans les zones affectées. «L’État ne recule plus; il assume pleinement sa mission», a déclaré M. Fils-Aimé, appelant à la mobilisation institutionnelle et citoyenne face aux défis sécuritaires actuels.

Le chef du gouvernement a également réaffirmé la volonté du Conseil présidentiel de transition de créer les conditions nécessaires à un retour durable à l’ordre républicain, notamment par la sécurisation du territoire, la relance économique et la préparation des prochaines élections générales.

Dans son intervention, Fils-Aimé a exprimé la reconnaissance de l’État haïtien envers ses partenaires internationaux, citant les États-Unis, le Canada et l’Union européenne pour leur accompagnement dans la stabilisation du pays et le soutien logistique aux autorités nationales.

Cette graduation intervient alors que plusieurs régions du pays demeurent exposées aux violences armées, et que de vastes pans de la capitale restent le théâtre d’opérations sporadiques entre unités spécialisées et groupes criminels. Alors qu’il tenait ces propos, le poste d’Alix D. Fils-Aimé n’est tenu qu’à un fil depuis l’adoption de la résolution du CPT envisageant sa révocation.

Jean Mapou / Le Relief

Près de 3 millions de migrants ont quitté les États-Unis durant la première année de Donald Trump

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Par Jean Mapou

WASHINGTON.— Le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) a annoncé qu’environ 3 millions de migrants ont quitté le territoire américain au cours de la première année du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Dans une note publiée mardi 20 janvier, date marquant exactement un an depuis son investiture, le DHS a exprimé sa satisfaction quant aux résultats obtenus.

Selon le Département, les autorités ont réussi à renforcer le contrôle des frontières et à réduire sensiblement les entrées irrégulières, deux objectifs qui figuraient parmi les priorités du nouveau gouvernement.

La Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que l’administration était également satisfaite des progrès réalisés pour rétablir l’ordre dans le système migratoire, notamment en luttant contre la fraude et en révisant les procédures d’admission et de vérification du statut migratoire.

Bien que l’administration Trump présente ce bilan comme une réussite, plusieurs organisations de défense des droits des migrants ont signalé que ces mesures ont touché un grand nombre de familles, parmi lesquelles des ressortissants haïtiens cherchant asile ou protection humanitaire.

La politique migratoire adoptée par Washington continue de susciter des débats aux États-Unis, certains plaidant pour une approche plus stricte au nom de la sécurité nationale, tandis que d’autres dénoncent des pratiques jugées contraires aux droits humains.

Jean Mapou / Le Relief

«L’État ne cedera aucun terrain», l’appel du DG de la PNH aux gangs à déposer les armes

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Dans un contexte sécuritaire de plus en plus chaotique, marqué par une recrudescence des violences armées, le Directeur général a.i. de la Police Nationale d’Haïti (PNH), André Jonas Vladimir Paraison, a adressé un message à la fois ferme et ouvert aux groupes armés: l’État haïtien ne cédera aucun terrain, mais les autorités sont disposées à accueillir ceux qui choisissent de déposer les armes.

Vladimir Paraison a réaffirmé la détermination de la PNH à reprendre le contrôle des zones sous influence des gangs criminels. Si la situation reste complexe en raison de la grande mobilité des groupes armés, qui changent fréquemment de position pour échapper aux forces de l’ordre, le haut responsable de la police a assuré que des opérations étaient menées sans relâche. Ces actions visent à affaiblir les gangs jusque dans leurs bastions, bien que la difficulté d’une communication fluide avec les populations locales limite parfois l’efficacité des interventions.

«Si nous ne sommes pas encore arrivés à un point précis, c’est parce que certaines contraintes ne sont pas entièrement levées», a admis Paraison, soulignant les défis logistiques et opérationnels auxquels l’institution fait face. Toutefois, il a assuré que la PNH est présente sur tout le territoire national, où les conditions le permettent, et qu’elle continue de faire preuve de présence et d’autorité.

Un appel à la reddition volontaire

Dans un appel aux membres des gangs, le Directeur général a.i. a invité les criminels à renoncer à la violence en se rendant volontairement aux autorités. Selon lui, des mécanismes légaux sont en place pour accueillir ceux qui choisissent la voie de la rédemption. «Il existe des numéros et des points de contact pour se rendre», a précisé Paraison, en ajoutant que les individus optant pour la reddition ne seraient pas traités de manière arbitraire. Toutefois, la reddition ne signifie pas une amnistie automatique: les personnes concernées devront répondre de leurs actes devant la justice haïtienne.

Le responsable a par ailleurs insisté sur le fait que l’abandon des armes devait s’inscrire dans un cadre légal et respectueux des droits humains. En particulier, il a pris soin de préciser que l’État de droit serait respecté dans le traitement des individus qui choisiraient de se rendre.

Un message particulier aux jeunes enrôlés dans les gangs

S’adressant directement aux jeunes membres des groupes armés, Paraison a exprimé sa gravité et son inquiétude. « Ce n’est pas l’avenir que vous vouliez », a-t-il déclaré, soulignant que la vie au sein des gangs ne correspondait ni aux aspirations profondes ni aux perspectives d’avenir de ces jeunes. Le Directeur général a fait écho aux efforts de la PNH pour offrir un accompagnement à ceux qui choisissent de rompre avec la violence, leur offrant une chance de réintégrer la société dans des conditions dignes et légales.

Pour faciliter la reddition des membres des gangs, la PNH a mis en place plusieurs canaux de contact. Les individus souhaitant se rendre peuvent le faire en se présentant directement à une unité policière, en passant par des stations de radio, des autorités locales comme les CASEC, ou même par l’entremise de proches de confiance. Une fois le signal donné, les forces de l’ordre s’engagent à intervenir dans un délai inférieur à 24 heures.

Un appel à la conscience des groupes armés

Paraison n’a pas manqué de lancer un appel à la conscience des groupes armés, les invitant à réfléchir aux conséquences humaines de leurs actions. «Trop de vies ont été perdues à cause de cette violence», a-t-il déploré, tout en exprimant sa profonde préoccupation face à la souffrance de la population civile, qui continue de payer le prix fort des affrontements.

Malgré les défis structurels et opérationnels auxquels elle doit faire face, la PNH demeure convaincue de sa capacité à contribuer au rétablissement durable de la paix en Haïti. «La sécurité est une condition essentielle pour le retour à une vie sociale et économique plus stable», a conclu le Directeur général a.i., réaffirmant que l’institution déploiera tous les moyens légaux à sa disposition pour restaurer la sécurité et garantir un avenir plus serein pour la population haïtienne.

Jean Mapou Le Relief

Une mobilisation pour le document d’identité en pleine crise politique

Par Jean Wesley Pierre

Le Collectif Défenseurs Plus a organisé ce jeudi 22 janvier 2026 une opération de mobilisation et d’identification pour faciliter aux gens l’obtention des cartes électorales pour les personnes vivant dans des camps de déplacés.

Cette initiative répond à une crise silencieuse et profonde : l’absence de pièce d’identité pour des milliers d’haïtiens, une situation qui les exclut de la vie civile et les rend extrêmement vulnérables dans un contexte d’insécurité généralisée.

Selon Tintin Ulrick, responsable juridique du Collectif Défenseurs Plus, les conséquences de cette absence d’identité sont graves et multiples.

  1. Obstacle à la circulation : Les personnes sans document ne peuvent pas circuler librement à travers le pays.
  2. Exclusion économique : Elles sont dans l’impossibilité d’ouvrir un compte bancaire ou de recevoir des transferts d’argent, pourtant vitaux pour de nombreuses familles pour lutter contre la faim.
  3. Exclusion civique : L’exercice des droits civils et politiques, comme le droit de vote, leur est inaccessible.

Cette exclusion rend ces citoyens invisibles et les expose davantage aux abus dans un contexte sécuritaire déjà très dégradé. Le phénomène du « Bwa Kale », mouvement d’autodéfense souvent violent, accentue encore cette vulnérabilité.

Face à cette situation, l’action du Collectif Défenseurs Plus consiste en une opération concrète pour aider les déplacés à retrouver un document essentiel pour leur existence civile. Par cette mobilisation, le Collectif, une organisation à but non lucratif dédiée à la promotion et à la défense effective des droits de la personne en Haïti, cherche à pallier une défaillance de l’administration étatique.

Dans le passé, le Collectif avait déjà sonné l’alarme et appelé les autorités, en particulier l’Office National d’Identification, à mettre en œuvre un plan national d’urgence. Ses principales recommandations étaient :

  • Délivrer ou renouveler gratuitement les cartes perdues ou détruites.
  • Déployer des unités mobiles d’enregistrement dans les zones touchées par la violence et dans les camps de déplacés.
  • Garantir que personne n’est laissé de côté dans l’exercice de ce droit fondamental à l’identité.

L’opération du 22 janvier s’inscrit dans cette logique d’action directe pour répondre à une urgence humanitaire et démocratique, alors que l’accès aux services publics essentiels reste conditionné à la possession d’un document d’identité valide.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

L’Eternel est grand mais le Blanc est encore plus grand, Haïti mon Amour !

L’Éternel est grand, dit-on.
Mais le Blanc est plus grand encore. Et Haïti, mon amour, s’enfonce dans la merde avec une dignité silencieuse, presque résignée.

Les nouvelles du pays me parviennent comme une rumeur lourde, poisseuse, obscène. Elles n’annoncent plus la douleur : elles l’exhibent. Chaque jour. À heure fixe. Comme un rituel malsain. La journaliste du Miami Herald parlait d’une « maladie qui n’a pas encore de nom ». Elle a raison. Mais elle oublie l’essentiel : Haïti n’est plus pour Haïti. Elle est devenue une vitrine de sa propre agonie, un décor sans coulisses, un pays où même la honte a déserté.

Il y avait pourtant un peuple. Docile, dit-on , moi je dis patient. Un peuple qui voulait vivre avec son histoire, ses caprices, ses contes. Un peuple qui demandait peu : du maïs, de l’igname, quelques mandarines pour les enfants, une marmite de riz quand la terre consentait à boire. Rien de glorieux. Rien de spectaculaire. Juste de quoi rester debout.

Aujourd’hui, on nous promet un minimum de sécurité. Le Blanc, plus grand que l’Éternel, nous la concède à condition que nous disions merci. Je pense… oui, je pense qu’il faudrait dire merci. Même quand la gratitude a le goût de la peur. Même quand elle s’obtient à genoux.

Mon oncle Liserè m’a appelé ce matin. Sa voix tremblait moins de colère que de faim. Il n’a pas mangé depuis hier. Les routes sont bloquées. La marchande de pâté n’est pas passée. Son fils, enrôlé dans le métier d’abolotcho, a reçu une balle à la place de la nourriture. Ici, les balles nourrissent plus sûrement que les champs.

J’ai relu Jean-Marie Théodat, à travers un texte de Daniel. Haïti, mon amour, dit-il. Il est géographe. Mais au pays, nous n’avons plus besoin de cartes. Nous connaissons chaque impasse, chaque barricade, chaque tombe improvisée. Le territoire est désormais inscrit dans la chair.

Et pourtant… Haïti respire encore. Mal. De travers. Mais elle respire. Dans le silence d’un appel téléphonique. Dans une marmite vide qui attend. Dans un peuple qui n’a plus de mots mais qui tient.

L’Éternel est grand. Le Blanc est plus grand, peut-être. Mais quelque part, très bas, très humble, une île continue d’aimer et c’est peut-être cela, le dernier scandale!

Yo di baron se lwa ey!
E m konnen baron se lwa!

Yves Lafortune, Miami