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Haïti aux Haïtiens : la diplomatie ne peut se transformer en direction politique

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Il devient urgent de rappeler une vérité élémentaire que certains acteurs étrangers semblent oublier : la diplomatie n’est pas un pouvoir de gouvernement. Or, ces derniers jours, le comportement de plusieurs représentants étrangers en Haïti donne le sentiment troublant que cette limite fondamentale est en train d’être volontairement effacée.

Un diplomate n’est ni un acteur politique national, ni un stratège de transition, ni un architecte institutionnel. Son rôle est encadré par des normes précises du droit international, au premier rang desquelles la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961. Celle-ci ne prévoit nulle part que des ambassadeurs puissent orienter les choix politiques internes d’un État souverain, influencer publiquement les dynamiques nationales ou agir comme arbitres de la légitimité des acteurs locaux.

Pourtant, la pratique observée ces derniers jours en Haïti s’en éloigne dangereusement. Déclarations publiques à connotation politique, convocation dans leur résidence d’autorités nationales sans vergogne pour leur passer des ordres, messages whatsapp pour les menacer, rencontres sélectives donnant un sceau de reconnaissance à certains groupes, pressions à peine voilées sur des orientations nationales : cette posture ne relève plus de la diplomatie classique. Elle s’apparente à une intrusion directe dans le champ de décision interne.

Cette situation pose un problème grave, non seulement politique mais symbolique. Elle envoie un message pernicieux : celui selon lequel Haïti ne serait pas capable de se gouverner sans supervision étrangère. Ce présupposé, jamais formulé explicitement mais constamment suggéré par les faits, s’inscrit dans une continuité historique marquée par le paternalisme international et les logiques de tutelle déguisée.

Or, Haïti n’est ni un protectorat ni un territoire sous mandat. C’est un État né d’une révolution anticoloniale, dont l’existence même repose sur le refus de la domination extérieure. Chaque geste d’ingérence diplomatique ravive une mémoire collective marquée par les occupations, les interventions imposées et les solutions venues d’ailleurs qui ont souvent aggravé les crises qu’elles prétendaient résoudre.

Il faut le dire clairement : aider un pays n’autorise pas à le diriger. La coopération internationale est légitime et nécessaire ; la substitution politique ne l’est pas. Lorsque des diplomates deviennent des acteurs internes, ils fragilisent la souveraineté institutionnelle et délégitiment, aux yeux de la population, les processus politiques en cours. Ce qui est présenté comme un appui finit alors par être perçu comme une imposition.

La crise haïtienne est profonde, complexe, et exige des réponses structurantes. Mais ces réponses ne peuvent être durables que si elles émanent d’un dialogue haïtien, porté par des forces nationales, ancré dans la réalité sociale du pays. Les solutions conçues à l’extérieur et transplantées sur le terrain haïtien ont, à maintes reprises, montré leurs limites.

Revendiquer « Haïti aux Haïtiens » n’est pas un slogan de fermeture ni un rejet de la communauté internationale. C’est l’affirmation d’un principe universel : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce principe est au cœur du droit international moderne, le même droit que certains semblent invoquer tout en en violant l’esprit.
Le respect de la souveraineté haïtienne n’est pas une option diplomatique. C’est une obligation.
Et plus cette ligne sera franchie, plus cette exigence devra être rappelée avec fermeté.

Pierre Josué Agénor Cadet

Insertion socio-économique : près de 300 femmes diplômées dans des métiers non traditionnels

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Elles ont choisi des métiers longtemps réservés aux hommes. 289 filles-mères et femmes ont reçu leur diplôme à Port-au-Prince le 25 janvier 2026. Dénommée « Mylourie SYLFRARD », cette première cohorte est formée dans des filières techniques stratégiques. Un pas fort vers l’autonomisation économique des femmes en Haïti.

Le Ministère de la Condition Féminine et des Droits de la Femme (MCFDF) a organisé, le dimanche 25 janvier 2026, à l’Hôtel Karibe, la cérémonie de graduation de la première cohorte du Projet d’insertion socio-économique des filles-mères et des femmes, baptisée « Mylourie SYLFRARD ». Au total, 289 bénéficiaires ont achevé leur formation dans des secteurs encore largement dominés par les hommes.

La cérémonie s’est tenue en présence de la marraine de la promotion, Madame Raïna Forbin, de cadres du MCFDF, de représentants d’institutions partenaires et de proches des graduées.

Au nom des bénéficiaires, Madame Shedelie Phanor a exprimé sa gratitude envers les autorités et les partenaires du projet. Elle a appelé les diplômées à valoriser les compétences acquises et à exercer leurs métiers avec professionnalisme afin de servir de modèles à d’autres femmes.

La Ministre Pedrica Saint Jean a souligné la portée symbolique de cette graduation, mettant en avant la diversité des filières choisies, notamment dans le bâtiment, l’électricité, l’énergie solaire et les nouvelles technologies. Elle a réaffirmé l’engagement de l’État à promouvoir l’égalité des chances et l’autonomisation économique des femmes.

La cérémonie s’est conclue par la remise des parchemins, de kits professionnels et d’un appui financier destiné à faciliter l’insertion professionnelle des diplômées et le lancement de leurs activités génératrices de revenus.

Ce nom de promotion découle de l’histoire d’une jeune femme qui a été vue travaillant avec courage sur le chantier du canal à Ouanaminthe dans le Nord-Est où elle exerçait comme technicienne en ferraillage, une partie en construction exercée en grande partie par les hommes.

La rédaction

Corail, fleur de vent et de pierre

Par Marc Jéris Louis-Jean

Õ Corail,
Échiquier de nos armes ventilées,
Aux regards du temps parfumant les rosiers de pourpre,
Aux reflets des airs verdoyants,
Contempteur des sirènes en cascade
Qui parapheraient le carillon de tes fleurs flamboyantes.
Ville de mille périls, empêtrée dans le vent,
Ville de papillons bleutés survolant
Le toit des rues parallèles.

Tu partirais sous la flamme angélique
De tes échos enfouis dans le vent,
Rehaussant la pitié, le charme envoûté
De ta noblesse d’été,
Même immolée dans les nuées de tes pas suspendus.
Fleur aimantée par la virginité du vent,
Loin de ta cathédrale sacrée et près des âmes libératrices,
Dans le verset de ta destinée,
Je te conjugue,
O Corail, ville de pierres mêlées.

Tes fleurs flamboyantes inspiraient le feu
Et capturaient tes mots dans une mer de songes,
Agitée par les signaux du matin figé,
Au trépas d’une journée meurtrie
Enclenchée aux sillons du lendemain,
Par la nudité des fleurs.

De ton passé lointain, soupiré en cascades,
Comme une ville de parapluies reléguée aux oubliettes
Des saisons enrouées.
Tu t’enfermes dans ton ciel, éclats de tes vers,
Poèmes-chansons carillonnés autrefois,
Sur l’arc-en-ciel ruban de tes neveux,
Arrivant jusqu’au sillage des contours.

O Corail, boucans de Noël entrelacés des icaques,
Jusqu’au tréfonds des sous-combes et sur le flanc
De tes chutes moissonneuses,
Fulminant aux abords contournés des lauriers,
Symboles vitalisés des rosées,
Comme du cramoisi s’envolant sous le confort destiné de ta face.

Le carillon de tes pas s’était ancré dans le caraco du temps
Par le souffle d’une heure pierreuse.
Quant au petit matin, qui n’est plus l’heure,
À l’orée d’un temps meurtri,
Je te fulmine,
Je te conjugue,
O Corail.
Tu es le sourire agité des rosiers en sommeil,
L’éclat manifeste de nos baisers mouillés,
Paraphés à l’horizon.

À l’ère pensive de ta joue angélique,
Survoltée par les vagues horizontales de la mer croisée,
Le rythme cadencé de ton souffle meublé ;
Voluptés,
Sublimes.

Les revers de tes bords répétés
Ont suspendu jusqu’au soleil de ma nuit,
Rejaillissait ainsi la saison des rêves croisés,
Des traversées de mains folles,
Ventilées au beau milieu du jour.
Corail,
Je suis aux quatre coins de ta porte d’entrée,
Proclamant ma poésie.

Je revenais de Guinée, passant par les entrailles,
Ma voix pleine d’échos et de chansons pour l’aurore,
Des cantiques consommés à la hâte aux frontières ultimes,
Des airs cadencés.

Comme les sueurs de la mer pensive,
Mer baignée par les rêves pendus au corset de tes seins,
Et les douces vagues de ta jeunesse colorant les pages
De la rosée entraînante du matin.

Corail de mes parades,
Corail de mes pique-niques,
Corail de mes promenades accélérées
Dans le réchauffement des saisons de pierres :
Pierres à trancher, pierres à colmater.

À Diquillon, les voiles coraillaises flottaient sur le pavé de ma nuit
Et conduisaient leurs refrains à mes pique-niques d’été,
Randonnées mouillées par les sourires de fleurs flamboyantes
Délaissées au trésor des idées éclairées au soleil.

À mon retour des îles, mon tour vespéral à bord,
Où ma traversée rompue dans la grève des radas…
Je me rendrais là-bas.

J’irai par quatre saisons des temps,
J’irai par la voix glauque d’un matin calciné,
J’irai sous les bords de tes seins mélodieux,
Sans tambour ni trompette,
Sous les flammes de ton corps de femme,
Sur le ton des papiers rompus dans la saison des mots.

Au premier clairon du matin,
Le vrai chant du coq enclenché non loin des rez-de-chaussée de ta face,
Et aux douze coups de minuit enfilés,
Mes vœux cloîtrés sur ton ventre d’ananas s’agiteront.

Nous dirigerions nos pas hors des gouffres saisonniers,
En portions de voix circulant aux contours du chemin,
À l’embouchure de la mer rêveuse,
Au beau milieu de la nuit ensoleillée par l’air desséché,
Triomphant dans la faussée de ta robe maculée,
Ballottée sur le flanc des moulinets de nos camps adorés,
Déchirés par les souffles macabres du soir.

Corail, nos joies s’étendraient jusqu’à la frontière du midi régulier,
Corail, ville porteuse de clefs,
Ville de pierres bâtisseuses.
Tu t’engrangerais,
Tu danserais la musique circulante des yeux et des tympans,
Sur le plateau lumineux des airs en ballottement
Dans la balance des lieux.

Marc Jéris Louis-Jean

Haïti à la veille du 7 février : bras de fer politique, pressions internationales et incertitude institutionnelle

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le dimanche 25 janvier 2026 —À quelques jours du 7 février 2026, date annoncée comme étant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement, la scène politique haïtienne est marquée par une confusion au sommet de l’État, alimentée par la révocation contestée du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, des divergences internes au (CPT) conseil présidentiel de transition et des pressions explicites de la communauté internationale.

Dans un communiqué publié le 23 janvier 2026, le Département d’État américain a indiqué que le secrétaire d’État Marco Rubio s’était entretenu avec le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, pour réaffirmer le soutien de Washington à la stabilité et à la sécurité du pays. Les autorités américaines ont insisté sur la continuité du mandat du Premier ministre dans la lutte contre les gangs armés et ont appelé à la dissolution du (CPT) conseil présidentiel de transition avant le 7 février, tout en avertissant que « les politiciens corrompus soutenant les gangs devront en subir le prix ». Il s’agit de la troisième prise de position américaine depuis que cinq conseillers-présidents ont remis en question le statut du chef du gouvernement.

Sur le plan interne, la situation demeure profondément divisée. Les conseillers-présidents Edgard Leblanc Fils et Leslie Voltaire affirment qu’Alix Didier Fils-Aimé, premier ministre a été révoqué, alors que ce dernier a été vu, le même jour, à la cérémonie de graduation de la 35ᵉ promotion de la PNH, aux côtés d’autres membres du CPT, notamment Laurent Saint-Cyr, Emmanuel Vertilaire et Frinel Joseph, renforçant l’impression d’un double discours institutionnel.

Plusieurs voix nationales soutiennent toutefois la décision des cinq conseillers-présidents. Pour le journaliste haïtien, Wendy Phele, l’adoption de la résolution constitue un acte de résistance face aux « pressions extérieures », affirmant que la responsabilité des conséquences postérieures au 7 février ne saurait incomber aux signataires. Elle espère par ailleurs une relance du dossier de corruption de la (BNC) Banque nationale de crédit après la transition.

De son côté, Leslie Voltaire, membre du Conseil présidentiel de transition, réaffirme que le CPT quittera le pouvoir le 7 février et plaide pour une solution haïtiano-haïtienne, fondée sur une vision souveraine de la reconstruction de l’État et de l’organisation d’élections démocratiques. Une position également défendue par le conseiller-président Smith Augustin, qui revendique avoir voté et signé la résolution « en toute légalité », rejetant les pressions internationales et se disant prêt à répondre devant « le jugement de l’Histoire ».

À l’inverse, l’ancien député Deus Dorenneth considère le Premier ministre comme un facteur de tension à écarter, tout en dénonçant l’ingérence internationale. Cependant, il souligne qu’aucune transition sans accord politique ne peut éviter un vide institutionnel. Une inquiétude tempérée par l’ancien président provisoire Privert Jocelerme, qui a assuré que le Conseil des ministres pourrait gérer l’intérim et a appelé au calme.

À l’approche du 7 février, Haïti se trouve ainsi à la croisée des chemins : entre souveraineté revendiquée, pressions diplomatiques, et fragilité institutionnelle, l’issue de cette crise dépendra de la capacité des acteurs à éviter une rupture brutale de l’ordre politique et à préserver un minimum de stabilité nationale.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Compromis historique et RED plaident pour le dialogue et la stabilité institutionnelle

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Par Gesly Sinvilier

Dans un contexte politique marqué par de fortes tensions autour de la résolution visant le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Compromis historique et la Résistance démocratique (RED) ont publié une note qui se veut à la fois un signal d’apaisement et un rappel à l’ordre institutionnel.

Faisant suite aux déclarations officielles et à la correspondance adressée par leur représentant, M. Smith Augustin, au Coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), les deux entités politiques disent prendre acte d’une évolution qu’elles jugent encourageante dans la gestion de la crise actuelle. Elles saluent notamment l’appel à la tenue d’une réunion d’urgence entre le CPT et le Premier ministre, en vue de dégager un modus operandi consensuel conforme à l’intérêt supérieur de la Nation.

Pour le Compromis historique et la RED, cette initiative constitue un pas dans la bonne direction. Elle traduit, selon eux, une volonté de rompre avec les réflexes de confrontation et les aventures politiques hasardeuses qui ont trop souvent plongé le pays dans l’instabilité, au profit du dialogue, de la concertation et de la responsabilité d’État.

Dans leur note, les signataires rappellent que leur engagement politique repose, depuis l’origine, sur des principes constants : le dialogue inclusif, la concertation permanente, le compromis politique responsable et, surtout, la primauté de l’intérêt national sur toute considération personnelle ou circonstancielle. À leurs yeux, la légitimité des dirigeants ne peut être durablement assurée que par le suffrage universel et le respect du cadre constitutionnel.

Au-delà de la conjoncture immédiate, le message s’adresse à l’ensemble des acteurs de la transition. Le Compromis historique et la RED les exhortent à faire preuve de retenue, de maturité politique et de sens de l’État afin de préserver la stabilité institutionnelle, renforcer la sécurité nationale et créer les conditions indispensables à l’organisation d’élections crédibles, inclusives et transparentes.

En filigrane, cette prise de position sonne comme un avertissement : toute décision prise en dehors du consensus, ou motivée par des calculs étroits, risquerait de fragiliser davantage un processus de transition déjà sous pression. À l’inverse, seule une approche responsable, fondée sur le dialogue et le respect des institutions, peut ouvrir la voie à un retour durable à l’ordre démocratique et constitutionnel.

Par cette note, le Compromis historique et la Résistance démocratique tentent ainsi de s’imposer comme une voix de modération dans un paysage politique souvent dominé par la crispation, rappelant que la sortie de crise passe moins par les rapports de force que par une volonté réelle de construire l’avenir collectif.

Gesly Sinvilier/ Le Relief

𝐋𝐚 𝐥𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐂𝐏 𝐒𝐦𝐢𝐭𝐡 𝐀𝐮𝐠𝐮𝐬𝐭𝐢𝐧 𝐚𝐮 𝐜𝐨𝐨𝐫𝐝𝐨𝐧𝐧𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐂𝐏𝐓, 𝐋𝐚𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐒𝐚𝐢𝐧𝐭-𝐂𝐲𝐫, 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐜𝐡𝐞𝐟-𝐝’œ𝐮𝐯𝐫𝐞 𝐥𝐢𝐭𝐭𝐞́𝐫𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐢𝐩𝐥𝐨𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞

Par Jean Venel Casséus

Smith Augustin n’est pas un ami. Mais je le connais depuis la fin des années quatre-vingt-dix, au sein du Cercle Espace Génie de la Bibliothèque Haïtienne des Pères du Saint-Esprit (BHPSE), sous le regard bienveillant de l’écrivain Jean Euphel Milcé. Nous n’avions pas encore vingt ans, Smith et moi.

C’est par la poésie que nos trajectoires se sont croisées. À cet âge, Philoctète, Castera et quelques autres circulaient déjà entre nous comme une langue commune. La littérature n’était pas une posture. Elle structurait en nous une manière de penser, de lire le monde, et de mesurer le poids des mots avant de les poser.

Les années ont passé. Smith Augustin siège aujourd’hui au Conseil Présidentiel de Transition. Cette position s’inscrit dans une continuité. Sa relation à l’écriture n’a pas changé. La lettre qu’il adresse au coordonnateur du CPT ne relève pas de la communication politique ordinaire. Elle procède d’une langue tenue, attentive, qui refuse l’escalade verbale et l’exposition inutile. Elle va droit à son objet.

Le processus est engagé. Une majorité s’est constituée. Une résolution a été adoptée. Elle porte sur le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Smith Augustin appartient à cette majorité. Il assume la décision prise. La séquence est connue : il reste à transmettre la résolution, sur ordre du coordonnateur, au journal officiel Le Moniteur.

L’objet principal de la lettre consiste à conduire ce processus à son terme dans un cadre maîtrisé. Elle propose une rencontre interne afin de dégager, entre les membres du Conseil, un accord minimal sur la manière d’achever ce qui a déjà été décidé. La formulation est explicite : « celle-ci — cette rencontre — permettrait de chercher et de dégager entre nous un consensus minimal sur les modalités de finalisation du processus engagé par la majorité ». Rien, dans cette phrase, ne touche au fond de la décision. Tout concerne sa conclusion.

Cette précision constitue le cœur diplomatique du texte. La lettre affirme la résolution majoritaire tout en appelant à une cohérence interne au moment où l’acte politique s’apprête à devenir acte juridique. Elle se situe dans cet intervalle sensible où un geste mal calibré peut durcir les positions et fragiliser l’institution davantage qu’il ne la stabilise.

La qualité littéraire du texte tient à cette retenue. Chaque phrase est contenue. Aucun mot n’est livré au hasard. L’écriture avance sans dramatisation, sans posture morale, sans surenchère. Elle suppose un lecteur attentif, capable d’entendre ce qui est dit sans qu’il soit nécessaire de le marteler.

Cette lettre n’est pas écrite pour la surface. Elle n’est pas destinée au vacarme. Elle appartient à une langue rare dans la vie politique haïtienne contemporaine : une langue d’État, qui ne cherche pas à triompher, mais à conclure. Elle rappelle que le pouvoir ne s’exerce pas seulement dans la décision, mais dans la manière d’en assumer l’aboutissement.

En ce sens, cette correspondance constitue un chef-d’œuvre discret. Littéraire par sa sobriété et sa maîtrise du rythme. Diplomatique par sa capacité à aligner une décision majoritaire avec une sortie institutionnelle ordonnée. Elle dit peu. Elle dit exactement ce qu’il faut. Et elle s’arrête là.

Jean Venel Casséus

La PNH dit avoir repris le contrôle de plusieurs zones stratégiques du centre-ville de Port-au-Prince

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— La Police nationale d’Haïti (PNH), soutenue par la Task Force déployée dans le cadre des opérations conjointes, a mené une offensive majeure contre les groupes armés de la coalition criminelle «Viv Ansanm», permettant la reconquête de plusieurs territoires situés au cœur de la capitale. Les opérations, conduites les vendredi 23 et samedi 24 janvier, ont notamment abouti à la reprise du Marché Salomon ainsi que de plusieurs axes routiers stratégiques.

Selon des sources policières, les forces de l’ordre ont regagné le contrôle de zones longtemps occupées par des groupes criminels, dont les rues Alexandre, Féquière, Déroux et Nicolas, considérées comme des points névralgiques pour le trafic d’armes, les extorsions et la circulation clandestine. Cette avancée constitue un épisode significatif dans la stratégie offensive visant à démanteler l’emprise des gangs sur des secteurs clés du centre-ville, régulièrement paralysés par l’insécurité.

Au cours des interventions, des échanges de tirs nourris ont opposé les unités engagées aux membres de la coalition «Viv Ansanm» retranchés dans la zone. Des frappes ciblées de drones ont également été mobilisées afin de neutraliser des éléments armés, ont indiqué les autorités sécuritaires. Les opérations ont permis de dégager plusieurs axes de circulation jusqu’alors obstrués ou endommagés par des barricades et des dispositifs criminels.

La PNH présente ces avancées comme une étape dans un plan plus large de restauration durable de l’autorité de l’État dans les quartiers stratégiques de la capitale. À la suite de la reconquête, des dispositifs de maintien de l’ordre et de surveillance ont été rapidement déployés afin d’éviter toute tentative de réoccupation par les gangs, un scénario fréquemment observé lors d’opérations antérieures.

Déterminées à reprendre l’ensemble des territoires sous contrôle criminel, la PNH et la Task Force annoncent déjà de nouvelles opérations dans des zones identifiées comme bastions ou lieux de repli des groupes armés. L’objectif affiché est de rétablir la sécurité, la libre circulation et les activités économiques dans le centre de Port-au-Prince, théâtre de combats intermittents depuis plusieurs mois.

Jean Mapou / Le Relief

Haïti : le conseil de transition face au véto de l’international

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Par Gesly Sinvilier

Haïti traverse une nouvelle phase de fortes turbulences politiques, sur fond d’insécurité chronique et de fragilité institutionnelle persistante. À l’approche des échéances clés de la transition, le pays est secoué par des tensions internes croissantes, tandis que la communauté internationale tente d’ajuster son positionnement face à une situation de plus en plus volatile.

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, l’État haïtien peine à se reconstituer autour de mécanismes de gouvernance stables. L’installation du Conseil présidentiel de transition (CPT), censé baliser la voie vers un retour à l’ordre constitutionnel, n’a pas permis de dissiper les divisions politiques ni d’apporter des réponses durables à la crise sécuritaire. Au contraire, les derniers mois ont été marqués par une recrudescence des désaccords internes au sommet de l’État, alimentant un climat d’incertitude généralisée.

Les récentes agitations politiques s’articulent principalement autour des désaccords entre les membres du CPT et le gouvernement de transition. Les débats sur la conduite de la transition, la gestion du pouvoir exécutif et la perspective de l’après-7 février ont accentué les fractures au sein de l’appareil dirigeant. Ces tensions institutionnelles surviennent dans un contexte où l’État reste largement absent de vastes portions du territoire, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, sous contrôle de groupes armés lourdement organisés.

Sur le terrain, la situation sécuritaire continue de se détériorer. Les gangs armés exercent une pression constante sur la population, perturbant les activités économiques, les déplacements et l’accès aux services essentiels. Cette violence structurelle alimente une crise humanitaire profonde, marquée par des déplacements internes massifs et une vulnérabilité accrue des couches les plus défavorisées. L’insécurité n’est plus seulement un problème criminel, mais un facteur déterminant de l’instabilité politique et de la paralysie institutionnelle.

Face à cette réalité, les missions étrangères et les partenaires internationaux multiplient les prises de position. Les États-Unis, le Canada, les pays de la CARICOM ainsi que plusieurs acteurs multilatéraux rappellent régulièrement la nécessité de préserver un minimum de stabilité politique afin de permettre le déploiement effectif de l’assistance sécuritaire internationale. Tout en affirmant leur attachement à la souveraineté haïtienne, ces partenaires mettent en garde contre toute décision politique susceptible d’aggraver le chaos institutionnel ou de compromettre la transition.

La Mission multinationale de soutien à la sécurité, déployée pour appuyer la Police nationale d’Haïti, demeure au cœur de la stratégie internationale. Toutefois, son efficacité reste conditionnée à un environnement politique cohérent et à une coordination minimale entre les autorités haïtiennes. Plusieurs chancelleries soulignent que l’action sécuritaire, à elle seule, ne saurait compenser l’absence de consensus politique ni remplacer un véritable projet de gouvernance.

Dans leurs déclarations, les missions étrangères insistent également sur l’urgence d’un processus politique crédible, inclusif et orienté vers l’organisation d’élections. Elles appellent les acteurs haïtiens à dépasser les calculs de court terme pour privilégier la stabilité institutionnelle et l’intérêt général. Ce discours, bien que récurrent, se heurte à la réalité d’un paysage politique fragmenté, où la méfiance et la compétition priment souvent sur la recherche de compromis.

À court terme, Haïti se trouve donc à la croisée des chemins. La combinaison d’agitations politiques, d’insécurité endémique et de pressions internationales place la transition face à ses propres limites. L’évolution de la situation dépendra largement de la capacité des dirigeants haïtiens à restaurer un minimum de cohérence politique, tout en engageant un dialogue responsable avec les partenaires étrangers. Sans cette double dynamique, le pays risque de s’enliser davantage dans une crise dont les conséquences dépassent déjà largement le cadre national.

Gesly Sinvilier / Le Relief

𝐂𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐢𝐩𝐥𝐨𝐦𝐚𝐭𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐚𝐦é𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐬, 𝐜𝐚𝐧𝐚𝐝𝐢𝐞𝐧𝐬, 𝐟𝐫𝐚𝐧ç𝐚𝐢𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐝’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐁𝐥𝐚𝐧𝐜𝐬 𝐞𝐧 𝐇𝐚ï𝐭𝐢

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𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Si vous n’aviez jamais croisé, hors d’Haïti, un ancien diplomate qui y fut accrédité, il serait difficile de mesurer l’écart entre deux régimes de conduite. Ailleurs, il se conforme aux règles ordinaires de sa fonction, avec retenue, prudence lexicale et reconnaissance explicite de la souveraineté de l’État hôte. À Port-au-Prince, ces garde-fous disparaissent. Il est Blanc. Le Code Noir est sa seule Convention. De ce fait, sa parole prend un ton directif, son attitude glisse vers la prescription, ses interventions se banalisent. Cette différence de posture donne à voir une représentation persistante d’Haïti comme espace d’exception historique, un territoire où la suspension des normes continuerait de s’autoriser plus de deux siècles après 1804.

L’ingérence étrangère en Haïti ne procède pas d’un incident isolé ni d’une contingence passagère. Elle s’inscrit dans des pratiques stabilisées, reconduites, intégrées au fonctionnement quotidien des relations internationales autour du pays. Des ambassades assument un rôle qui déborde largement l’observation ou la médiation, qualifiant publiquement les acteurs politiques, arbitrant de manière implicite les conflits internes, orientant les choix économiques, validant ou disqualifiant des trajectoires institutionnelles. Ce déplacement continu de l’autorité provoque un affaiblissement durable de la capacité étatique à produire ses propres décisions et installe une dépendance politique qui alimente la fragilité structurelle au lieu de la contenir.

Cette mécanique s’articule à un rapport racial rarement formulé, toujours opérant. En Haïti, nombre de diplomates cessent d’être de simples représentants étatiques pour incarner une position de surplomb, de colon. Ils s’autorisent une légitimité supposée supérieure, se permettant d’expliquer, de corriger, de rappeler à l’ordre. L’ensemble de ces attitudes donne à voir une vision hiérarchisée du monde, dans laquelle un pays noir, né d’une insurrection servile, continue d’être perçu comme un corps politique incomplet.

Les conséquences sur la stabilité sont immédiates. En déplaçant le lieu effectif de la décision hors des institutions nationales, ces pratiques incitent les acteurs locaux à contourner l’espace public haïtien pour chercher ailleurs l’aval décisif. La politique cesse alors d’être un rapport structuré entre gouvernants et gouvernés pour se transformer en négociation périphérique, menée dans les salons diplomatiques. Cette configuration engendre une fragmentation de la responsabilité, un affaissement de l’autorité publique et un terrain propice à la prolifération de la violence dans l’intervalle laissé vacant par un cadre décisionnel reconnu.

Le développement subit une contrainte analogue. Aucun projet économique cohérent ne peut s’ancrer durablement dans un environnement où les priorités publiques demeurent constamment révisables sous pression extérieure. L’aide internationale, souvent présentée comme justification morale de ces interventions, fonctionne surtout comme un dispositif de conditionnalité politique, liant les choix collectifs à des agendas élaborés hors du pays.

Il est temps que les Haïtiens fassent comprendre aux partenaires étrangers que le temps du Code noir est révolu. Haïti n’est pas une zone sous tutelle morale, encore moins un espace d’expérimentation diplomatique. Les ambassades n’y tiennent aucun mandat de commandement, aucun droit de correction, aucune autorité de substitution. Quiconque s’y adresse encore comme à une société mineure persiste dans une lecture raciale de l’histoire et s’expose, désormais, à une contestation politique assumée. Le respect de la souveraineté haïtienne n’est pas une faveur à accorder, mais une obligation à observer. Et gare à ceux qui assument et revendiquent leur droit d’être esclaves.

𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Funérailles du professeur Hugue André Chrysostome : une marée humaine pour l’adieu

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Les funérailles du professeur Hugue André Chrysostome, figure éminente de l’enseignement haïtien, se sont déroulées le samedi 24 janvier à Pax Villa Maison Funéraire et Crematorium, à Maïs Gâté. Décédé le jeudi 15 janvier 2026, peu après son admission à l’hôpital vers 18 h 10, celui qui fut le produit d’au moins six facultés en Haïti et au Mexique laisse derrière lui l’image d’un intellectuel d’exception et d’un éducateur hors pair.
La cérémonie religieuse a été présidée par le Révérend Père Galy Mulaire St Jean. Elle a rassemblé une foule impressionnante : ses frères et sœurs, ses amis proches, sa fille Guetchina, ses collaborateurs, ses collègues du Collège Bertrand Russell, établissement rebaptisé par la suite Collège Hugue André Chrysostome, ses nombreux protégés, des générations d’anciens élèves, ainsi qu’une délégation d’élèves du Lycée Pétion, conduite par le censeur actuel, le professeur Cesner Denis, accompagnée du directeur Dérival Carriey. .
Les obsèques ont également eu lieu en présence de nombreuses personnalités venues de Petite Rivière de l’Artibonite, sa ville natale, ainsi que d’enseignants, de confrères, d’anciens élèves, de protégés et d’autorités éducatives, politiques, policières et civiles. Parmi celles et ceux qui sont venus lui rendre un dernier hommage figuraient Me Claudette Belfont, le juge Rocky Pierre, Holl Déjour, Ronyxe , le DDO1 Jacques Ader, l’ancien député Fredly Georges, Mylouse J. B. Blaise, Guirlaine, Marie, Blondel, Youl Jean Cajou, Jacqueline Jean-Baptiste (mère de deux de ses enfants) ainsi que les professeurs Jacques André Suprême, Chantal Suprême, Wilfrid Joacéus et Frantz Fortuné, pour ne citer que ces noms.
Né le 4 novembre 1956 à Petite Rivière de l’Artibonite, Hugue André Chrysostome était avant tout un brillant professeur de sciences physiques, mais aussi ingénieur, psychologue et linguiste. Son parcours illustre une soif inépuisable de savoir et une polyvalence intellectuelle rare. Il appartenait à cette catégorie d’éducateurs qui ne se contentent pas de transmettre des connaissances, mais qui forment des esprits, éveillent des consciences et inspirent des vocations.
Homme humble, sensible et généreux, il alliait rigueur scientifique et profondeur humaine. Son charisme naturel, son écoute attentive et sa capacité à encourager faisaient de lui un repère pour ses élèves comme pour ses collègues. Il fut, à bien des égards, un rempart de l’intelligentsia haïtienne, convaincu que l’éducation demeure l’un des piliers essentiels du redressement national.
Dans leurs témoignages émouvants, M. Harry Delva, notable de Petite Rivière de l’Artibonite, son jeune frère et ami Rubens Sylvain, ainsi que Guetchina Jean-Baptiste, l’une de ses deux filles, ont tous souligné ce que chacun savait déjà :  » Mèt la » , ou Chryso, comme l’appelaient ses proches, était un patriote profondément attaché à son pays et à ses valeurs. Il aimait les autres plus que lui-même. Il aimait rassembler, apaiser, unir, partager, discuter, créer du lien. Sa vie fut un pont entre les générations.
Hugue André Chrysostome s’en est allé, laissant dans le deuil ses cinq enfants, de nombreux frères et sœurs, cousins et cousines, neveux et nièces, mais aussi une pléiade de générations d’élèves qui continueront à porter en eux son héritage intellectuel et moral. Ses voisins, ses amis et tous ceux qui l’ont connu garderont de lui le souvenir d’un homme droit, bienveillant et profondément humain.
Son départ crée un vide immense, mais son œuvre éducative, elle, demeure vivante dans les esprits qu’il a façonnés.
Que ton âme repose en paix, mon cher ami Hugue.

Pierre Josué Agénor Cadet