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Si le Blanc est pour moi, qui peut être contre moi ?Et Haïti, dans tout ça!

On a arrêté une jeune femme à New York. Je la connais. Elle venait des sœurs du Sacré-Cœur, portait encore dans la voix la discipline douce des cours et cette innocence entêtée qui croit qu’ailleurs la vie est plus juste. Elle est venue chercher la vie, comme on l’a toujours fait. Mais aujourd’hui, la vie ne se cherche plus : elle se cache. Elle se tait. Elle tremble.

Ce qui se passe n’est pas nouveau. C’est seulement plus nu. Plus brutal. Plus assumé. Comme si le monde avait cessé de faire semblant. Comme si les dirigeants là-bas comme ici avaient enfin dit tout haut ce qu’ils se murmurent depuis toujours : on choisit toujours l’ordre qui nous protège, même s’il écrase les autres. Depuis Nord Alexis préféré à Firmin, depuis Préval préféré à Manigat, depuis cette crasse moyenne (1) qui confond prudence et abdication, Haïti a appris à survivre en se taisant (Hall 2022). Et ses enfants, ailleurs, répètent le même geste.

La peur s’est installée durablement chez les immigrants. Elle s’insinue dans les gestes ordinaires : aller travailler, conduire, répondre à une porte. La traque migratoire révèle une vérité que l’on feignait d’ignorer : l’immigrant n’est toléré que tant qu’il se courbe. Tant qu’il travaille sans bruit. Tant qu’il ne réclame ni nom, ni droits, ni dignité. Dès qu’il lève la tête, il devient suspect.

Nous faisons tourner une économie dont nous ne possédons ni les clés ni les récits. Nous sommes la force sans visage, la sueur sans mémoire. Et en retour, on nous offre l’humiliation, la précarité, l’expulsion comme horizon. C’est un colonialisme sans chaînes visibles, un esclavage moderne où le fouet a été remplacé par la loi, et la cale par l’attente interminable.

On nous a vendu le rêve américain comme on vend une promesse biblique. Mais pour beaucoup, ce rêve s’est mué en survie anxieuse, en silence organisé, en acceptation de l’inacceptable. Nous ne sommes pas partis par orgueil, mais par nécessité. Parce que nos États se sont effondrés, parce que la politique a déserté le bien commun, parce que rester était devenu une autre forme de mort.

Le monde se durcit. Les idéologies de rejet avancent sans masque. Ce qui choquait hier rassure aujourd’hui. Face à cela, l’aveuglement n’est plus une erreur : c’est une complicité.

Et Haïti, dans tout ça, demeure suspendue entre deux silences, celui de ceux qui partent, et celui de ceux qui gouvernent sans jamais revenir à l’essentiel : la dignité humaine n’est pas négociable. Elle ne se demande pas. Elle se reconnaît.

En tout cas, chez nous, on n’y pense même pas car si le Blanc est pour eux, ils croient fermement que personne ne sera contre eux …

(1) Alin Louis Hall

Yves Lafortune, Miami, le 28 Janvier 2026

Haïti-Huit individus armés neutralisés lors d’une opération de nettoyage au Marché Salomon

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE — Une vaste opération de la Police nationale d’Haïti (PNH), menée dans la soirée du lundi 26 janvier 2026 au marché Salomon, s’est conclue par la neutralisation de huit individus armés et la saisie d’armes de guerre, a confirmé l’institution dans une note de presse.

Déclenchée en réponse à une montée d’actes violents attribués à des groupes armés actifs dans ce secteur commercial stratégique, l’intervention a duré plusieurs heures, se poursuivant jusqu’à minuit. Les forces de l’ordre ont affronté des individus lourdement armés qui terrorisaient la zone.

Selon le rapport préliminaire, huit membres présumés de ces groupes ont été mortellement touchés au cours de l’opération. La PNH a également saisi deux fusils d’assaut, un AR-15 et un M16, ainsi que quatre chargeurs et un sac contenant des fils électriques, désormais soumis à l’analyse des services spécialisés.

Le Haut Commandement de la PNH souligne que cette action s’inscrit dans une stratégie de pression continue sur les gangs qualifiés de terroristes, dans le but de rétablir l’ordre public. L’institution réitère sa détermination à multiplier les opérations offensives sur l’ensemble du territoire.

Elle appelle enfin la population à renforcer sa collaboration avec les forces de sécurité en communiquant toute information pertinente, précisant que les sources seront protégées en toute confidentialité.

Jean Mapou / Le Relief

Insécurité persistante et crise de gouvernance : l’exécutif visite la base de la FRG

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mardi 27 janvier 2026 — Alors que la capitale haïtienne reste sous la menace constante des groupes armés, le Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et du Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), a effectué, ce mardi 27 janvier 2026, une visite officielle à la base de la Force de Répression des Gangs (FRG).

Présentée comme un acte de soutien aux forces de sécurité, cette initiative intervient toutefois dans un contexte politique profondément conflictuel, marqué par une crise de légitimité au sommet de l’État.

Selon le communiqué officiel, cette visite visait à réaffirmer l’engagement des autorités à soutenir les forces nationales et leurs partenaires internationaux dans la lutte contre les gangs armés.

Les responsables ont salué le professionnalisme et le courage des troupes, tout en mettant en avant les « avancées » enregistrées ces derniers mois sur le plan sécuritaire. Un discours qui tranche avec la réalité vécue quotidiennement par la population, particulièrement à Port-au-Prince, où les tirs, les déplacements forcés et la peur restent omniprésents.

Au-delà du message sécuritaire, la présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé soulève de sérieuses interrogations. En effet, plusieurs jours auparavant, une majorité des membres votants du Conseil Présidentiel de Transition avait adopté une résolution révoquant le chef du gouvernement. Pourtant, ce dernier continue d’agir publiquement au nom de l’État, avec le soutien explicite du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, créant une situation de dualité du pouvoir et de confusion institutionnelle.

Cette posture va à l’encontre des principes mêmes de collégialité et de respect des décisions majoritaires qui devraient régir le fonctionnement du CPT.

En se maintenant de facto en fonction malgré sa révocation, le Premier ministre affaiblit la crédibilité des institutions de transition, déjà fragilisées par l’absence de légitimité électorale et par les pressions internationales.

Dans ce contexte, la visite à la (FRG) Force de Répression des Gangs apparaît autant comme un acte politique que sécuritaire. Elle peut être interprétée comme une tentative de démontrer une unité de façade au sommet de l’État, alors que les divisions internes sont manifestes. Or, la lutte contre l’insécurité ne saurait être efficace sans une gouvernance claire, cohérente et respectueuse des règles qu’elle se donne elle-même.

Les autorités ont par ailleurs insisté sur le lien entre le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections crédibles. Cet argument, souvent avancé, pose toutefois une question centrale : comment préparer un retour à l’ordre constitutionnel dans un contexte où les organes de transition peinent à respecter leurs propres décisions ?

Si le soutien aux forces de sécurité est indispensable, il ne peut masquer l’urgence d’une clarification politique. Sans cohérence institutionnelle, la lutte contre les gangs risque de rester ponctuelle et fragile, tandis que la population continue de payer le prix d’un État affaibli, divisé et incapable d’imposer durablement son autorité.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Haïti: Entre insécurité aiguë et crise politique, un État sous tension ?

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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mardi 27 janvier 2026 —La capitale du pays, Port-au-Prince a de nouveau été le théâtre d’une violence intense ces derniers jours, illustrant la dégradation continue de la situation sécuritaire dans un contexte de crise politique profonde. Le 25 janvier 2026, de nombreux tirs ont été entendus au centre-ville, tandis que des informations font état de l’usage de drones explosifs par une unité spécialisée et de la Task Force, chargée des opérations aériennes contre les groupes armés.

Dans plusieurs quartiers, les rues ont été envahies par des débris et des barricades improvisées, compliquant les déplacements des habitants. Des conteneurs métalliques ont également été positionnés sur certains axes stratégiques du centre-ville afin de bloquer les rues et de freiner la progression des bandits armés. Malgré ces mesures, la population reste prise au piège d’un climat de peur et d’incertitude.

Au Champ de Mars, symbole historique de la capitale, l’ambiance est particulièrement lourde. L’espace est presque désert, fréquenté uniquement par quelques personnes qui s’y aventurent « la peur au ventre ». Erine, marchande sur place, témoigne de la détresse quotidienne :

« Je suis descendue au Champ de Mars pour vendre parce que c’est la seule chose que j’ai. Je demande à l’État d’assumer ses responsabilités et de nous garantir la sécurité. »

Son appel résume celui de milliers de citoyens contraints de choisir entre survie économique et insécurité permanente.

Sur le plan opérationnel, la Police nationale d’Haïti (PNH) affirme intensifier ses actions. Dans une note officielle, l’institution policière a indiqué qu’au moins huit présumés bandits armés ont été neutralisés lors d’une opération menée au marché Salomon, dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026. Deux fusils de guerre (AR-15 et M16), quatre chargeurs et un sac de munitions ont été saisis.

La PNH réaffirme sa détermination à lutter contre les gangs, mais ces interventions ponctuelles peinent à rassurer durablement la population.
Parallèlement à cette crise sécuritaire, le pays est plongé dans une confusion politique majeure.

Les États-Unis, à travers un communiqué de leur ambassade, ont annoncé des restrictions de visas contre des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) accusés de soutenir les gangs, rappelant que ces avertissements avaient été formulés bien avant la tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Washington affirme se tenir aux côtés du peuple haïtien et des autorités engagées contre la violence criminelle.

Or, malgré une résolution adoptée par cinq des sept membres votants du (CPT) conseil présidentiel de transition annonçant la révocation du chef du gouvernement, la situation institutionnelle demeure floue.

Alix Didier Fils-Aimé continue d’agir publiquement comme Premier ministre, avec l’appui affiché du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr.

Ce dernier a d’ailleurs mis en garde la Secrétaire générale de la Présidence, Marie Elizabeth Régine Joseph Haddad, contre toute publication officielle entérinant la révocation, affirmant être le seul habilité à autoriser des décisions engageant juridiquement le Conseil.

Cette double crise sécuritaire et politique accentue le sentiment d’abandon ressenti par la population haïtienne. Alors que les forces de l’ordre mènent des opérations musclées, l’absence de clarté au sommet de l’État fragilise la coordination institutionnelle et alimente l’incertitude.

À l’approche d’échéances politiques majeures, Haïti apparaît plus que jamais confrontée à un défi central : rétablir l’autorité de l’État, garantir la sécurité des citoyens et sortir de l’impasse politique sans plonger davantage le pays dans le chaos.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Modernisation de l’administration : le MCI présente son guichet numérique aux acteurs financiers

Par Jean Wesley Pierre

Le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a présenté officiellement, ce mardi 27 janvier 2026, le Guichet numérique du (MCI) Ministère du Commerce et de l’Industrie, lors d’une conférence de presse et d’un atelier de travail organisés à l’hôtel Montana.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du processus de modernisation de l’administration publique et de l’amélioration de l’environnement des affaires en Haïti.

L’activité, pilotée par l’Unité de communication du MCI, a réuni des représentants de la presse, des responsables d’institutions financières, des coopératives, ainsi que plusieurs entreprises partenaires venues de différentes régions du pays.

L’objectif principal était de présenter les enjeux, les objectifs et le fonctionnement du processus de digitalisation des services du ministère.

Selon les responsables du MCI, le Guichet numérique vise à simplifier les démarches administratives, réduire les délais de traitement, renforcer la transparence et faciliter l’accès des opérateurs économiques aux services publics. Les autorités ont également insisté sur la valeur juridique des documents générés par le système numérique, afin d’en garantir l’acceptation par les banques, les coopératives et les autres institutions partenaires.

Au cours de l’atelier, plusieurs points clés ont été abordés, notamment la présentation des documents juridiques dématérialisés, l’importance de la Carte d’Identité Professionnelle (CIP) et une démonstration technique du Guichet numérique, réalisée par des cadres du ministère. Les échanges ont permis de clarifier le rôle de ces outils dans la formalisation des activités économiques.

Le ministre du Commerce et de l’Industrie, M. James MONAZARD, a rappelé qu’environ 89 % des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) évoluent encore dans l’informel en Haïti. Une situation qui limite leur accès au crédit, aux marchés publics et aux mécanismes de protection économique. À cet effet, il a souligné que la CIPD ( carte identification professionnelle digitalisée ) est étroitement liée à la patente, précisant que l’obtention de la carte professionnelle est conditionnée à la régularisation fiscale de l’entreprise.

Par ailleurs, les difficultés rencontrées par certaines catégories de commerçants, notamment les “Madan Sara” et les petits commerçants opérant le long des routes, ont été évoquées. Les participants ont souligné les obstacles liés aux coûts d’enregistrement, en particulier les frais exigés auprès de la Direction générale des impôts (DGI), qui constituent un frein majeur à la formalisation de ces acteurs économiques.

À travers cette initiative, le MCI entend renforcer le dialogue avec les institutions financières, favoriser une meilleure compréhension du processus de digitalisation et encourager l’intégration progressive des acteurs informels dans le circuit économique formel.

La mise en place du Guichet numérique est présentée par les autorités comme une étape structurante vers une administration plus moderne, plus accessible et plus adaptée aux réalités économiques du pays.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Crise au sommet de l’État haïtien : la CARICOM tire la sonnette d’alarme

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Par Gesly Sinvilier

La Communauté des Caraïbes (CARICOM) a exprimé, ce 27 janvier 2026, sa vive préoccupation face aux turbulences qui secouent actuellement l’exécutif haïtien, à un moment jugé particulièrement critique pour l’avenir du pays. Dans un communiqué sans ambiguïté, l’organisation régionale met en garde contre les dérives internes au sommet de l’État, appelant les acteurs haïtiens à faire preuve de responsabilité, de retenue et de sens patriotique.

Cette prise de position intervient alors que le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), institué par le décret fondateur et l’Accord politique du 3 avril 2024, arrive à son terme le 7 février 2026. À l’approche de cette échéance décisive, la CARICOM estime que la stabilité institutionnelle et la clarté dans la prise de décision devraient constituer des priorités absolues, au regard de la situation dramatique que continue de vivre la population haïtienne.

Or, selon l’organisation caribéenne, l’impasse actuelle au sein du CPT, consécutive à des tentatives infructueuses de certains de ses membres visant à écarter le Premier ministre, ne fait qu’aggraver un processus de transition déjà fragile et complexe. Cette crise de gouvernance, souligne la CARICOM, se déroule pendant que le peuple haïtien endure une violence extrême, une insécurité persistante et des conditions de vie marquées par la privation et la souffrance. Une situation jugée tout simplement inacceptable.

Face à ce blocage, la CARICOM appelle les différentes parties prenantes à dépasser leurs divergences et à rechercher un consensus politique. Elle réaffirme, à cet effet, la disponibilité du Groupe de personnalités éminentes (Eminent Persons Group – EPG) pour accompagner les acteurs haïtiens dans la recherche d’un accord, au sein d’un paysage politique fragmenté où coexistent de multiples propositions concurrentes.

L’organisation régionale alerte également sur les conséquences directes de cette fragmentation politique, qui ne profite, selon elle, qu’aux groupes armés et aux réseaux criminels. Pour la CARICOM, l’urgence est claire : mettre un terme aux divisions internes afin de restaurer une stabilité politique durable, condition indispensable au rétablissement de la sécurité, à l’organisation d’élections crédibles et à la relance de l’économie nationale sur des bases de développement durable.

En conclusion, la CARICOM lance un appel solennel à l’ensemble des acteurs haïtiens — dirigeants politiques, institutions et forces influentes — les exhortant à placer l’avenir du pays et le bien-être du peuple haïtien au-dessus des calculs personnels ou partisans. Elle les invite à agir avec urgence, responsabilité et patriotisme, dans un contexte où chaque décision prise ou différée pèse lourdement sur le destin national.

À travers ce communiqué, la CARICOM rappelle une évidence souvent éclipsée par les luttes de pouvoir : l’histoire jugera sévèrement ceux qui, en période de transition critique, auront choisi l’intérêt individuel au détriment du salut collectif.

Gesly Sinvilier /Le Relief

Haïti : Révocation bloquée, État paralysé ou éclaté

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti brûle. Et au sommet de l’État, on discute de signatures.Un vote majoritaire du Conseil présidentiel de transition (CPT) aurait décidé de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour trahison et incompétence. Mais la décision est suspendue au refus du Coordonnateur de signer la résolution pour sa transmission au Moniteur. Voilà donc la République prise en otage par une formalité administrative transformée en arme politique.
Il faut appeler les choses par leur nom : ce n’est pas un problème juridique, c’est un manque de courage.
Le droit n’est pas le vrai obstacle
On agite la publication au Moniteur comme si elle était la clé de voûte de l’État de droit. C’est faux. La publicité administrative est une formalité, pas une source de légitimité politique. Le principe est clair : l’autorité qui nomme peut révoquer. Le reste relève de la procédure, pas du pouvoir de décision.
Transformer cette étape en verrou institutionnel, c’est organiser l’immobilisme. C’est choisir le flou plutôt que la responsabilité. C’est préférer la manœuvre à la clarté.

Pendant ce temps, la population regarde ce théâtre absurde avec un mélange de lassitude et de colère contenue. Elle sait que le CPT comme le gouvernement de Fils-Aimé ont failli. Elle attend sécurité, référendum constitutionnel, elections. Elle reçoit intrigues, rivalités et calculs de coulisses.
Ce décalage entre l’urgence nationale et les querelles institutionnelles est une insulte à la souffrance collective.
Plus grave encore : l’attitude de certains diplomates étrangers, notamment américains et canadiens, qui se comportent moins comme des partenaires que comme des arbitres auto-désignés de la vie politique haïtienne. Cette présence envahissante, tolérée sinon sollicitée, en dit long sur l’état de notre souveraineté.
Un pays dont les décisions majeures semblent dépendre de signaux extérieurs n’est pas en transition. Il est sous tutelle informelle.
Et la classe politique nationale ? Silencieuse. Prudente. Calculatrice. Beaucoup redoutent sanctions, perte de visas, isolement diplomatique. D’autres traînent des passifs qui les rendent vulnérables. Alors on se tait. On attend. On s’adapte.
Mais le silence face à l’affaiblissement de la souveraineté n’est pas de la neutralité : c’est de la complicité.
Le scandale n’est pas seulement le blocage d’une révocation. Le scandale, c’est qu’un pays plongé dans l’insécurité, la misère et l’effondrement institutionnel voie ses dirigeants incapables de trancher, d’assumer et d’agir.
On gouverne par hésitation. On dirige par calcul. On temporise pendant que la nation se désagrège.
Au-delà des individus et des fonctions, une évidence s’impose : aucune transition ne réussira sans une volonté nationale claire de refondation. Tant que les décisions seront dictées par la peur, les pressions extérieures et les intérêts personnels, les textes juridiques ne serviront que de décor.
Selon les principes juridiques et le cadre de la transition, la publication au Moniteur n’est pas la condition décisive de la révocation d’un Premier ministre ; elle l’est pour la nomination de son successeur. Utiliser cet argument pour bloquer une décision majoritaire relève donc moins du droit que de la fuite devant la responsabilité.
Haïti n’est pas paralysée par ses lois. Elle est paralysée par ceux qui refusent de les assumer.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti — Le CONJH fustige les pressions internationales et exige une sortie de crise sans tutelle étrangère

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Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Le Conseil National de la Jeunesse Chrétienne d’Haïti (CONJH) a dénoncé, mardi, une série de prises de position internationales qu’il qualifie d’ingérences flagrantes dans les affaires internes du pays. Pour l’organisation, ces pressions contreviennent au droit du peuple haïtien à l’autodétermination et menacent la continuité institutionnelle de l’État.

Dans un communiqué sans ambiguïté signé par son coordonnateur général Leconte Dor, le CONJH soutient le Dialogue inter-haïtien lancé par le Conseil présidentiel de Transition (CPT), présenté comme la seule voie politique réaliste pour débloquer la crise actuelle. L’organisation salue notamment la décision des Conseillers-Présidents d’écouter les partis politiques ayant réclamé la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qualifiée d’acte de responsabilité institutionnelle.

Mais le ton se durcit lorsqu’il s’agit de l’ingérence étrangère. Le Conseil dénonce des pressions politiques en provenance de certaines chancelleries, jugées contraires aux règles qui encadrent les relations entre États souverains. Il assure son soutien plein et entier au groupe majoritaire du CPT, en particulier aux Conseillers visés par Washington.

À l’approche des élections prévues en 2026, le CONJH met en garde contre toute tentative d’imposer de l’extérieur un arbitrage politique ou électoral. Une telle démarche, avertit-il, saperait la confiance populaire et minerait la crédibilité du futur scrutin.

Le message est clair: aucun processus électoral ne sera légitime s’il n’est pas intégralement décidé et validé par les Haïtiens eux-mêmes. Le Conseil appelle enfin les partenaires internationaux à renoncer aux postures intrusives et à se contenter d’un appui technique respectueux de la souveraineté nationale.

Jean Mapou / Le Relief

Vers la reconquête du territoire national, le pouvoir se dit en croisade contre les gangs

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Par Jean Mapou

Entre démonstration d’autorité et communication politique’ l’Etat multiplie les symboles sans dissiper les doutes. Si les propagandes ne laissent pas de place aux efforts effectifs en faveur d’une sécurité tangible pour les citoyens, la reconquête ambitionnée ne restera qu’un vœu pieux.

PORT-AU-PRINCE.— L’offensive institutionnelle engagée ces derniers jours par les autorités de la transition se veut résolument musclée. Après une visite remarquée à la Direction départementale de l’Ouest (DDO 1), le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont conduit, ce lundi 26 janvier, une délégation de haut niveau au Grand Quartier général des Forces armées d’Haïti (FAd’H), au Champ-de-Mars. Au-delà de la forme, le pouvoir cherche clairement à afficher l’image d’un État qui se ressaisit et qui entend reprendre le contrôle du territoire national.

Reste à savoir si cette succession de signaux institutionnels se traduira par des effets concrets sur le terrain. Car si le discours officiel évoque la restauration de l’autorité de l’État et la modernisation de l’appareil sécuritaire, la réalité, elle, demeure marquée par la fragmentation du territoire, l’affaiblissement des institutions et la persistance d’une économie criminelle bien installée dans plusieurs zones stratégiques du pays.

Entre démonstration d’autorité et communication politique, le pouvoir veut montrer qu’il gouverne

Dans ses déclarations, le Premier ministre a insisté sur la nécessité de bâtir une armée moderne et opérationnelle aux côtés d’une PNH épuisée par des années de lutte asymétrique contre des groupes lourdement armés. L’objectif semble louable, mais les ressources, la planification et les échéances restent floues. La réforme militaire, souvent évoquée depuis 2017, n’a jamais réellement dépassé le stade des intentions.

Surtout, la question fondamentale demeure: quelle doctrine d’emploi pour les FAd’H dans un contexte de marqué par des conflits internes où les lignes entre sécurité intérieure et défense nationale se superposent? Aucune réponse claire n’a, pour l’instant, été livrée.

Entre ambition sécuritaire et réalité institutionnelle, l’État multiplie les symboles sans dissiper les doutes

Le gouvernement présente la reconquête territoriale comme un préalable aux élections générales prévues en 2026. Toutefois, plusieurs observateurs notent que l’État peine encore à contrôler des zones situées à quelques centaines de mètres des bâtiments officiels. La capacité à sécuriser un cycle électoral national semble donc dépendre moins de déclarations que d’une véritable montée en puissance sécuritaire, qui reste à démontrer.

Par ailleurs, les autorités saluent l’engagement et la discipline des FAd’H. Mais la question du recrutement, de l’encadrement, de l’équipement et de l’entraînement demeure peu documentée. Sans ces piliers, l’idée d’une armée professionnelle risque de rester un argument politique plus qu’un projet opérationnel.

Le narratif de reconquête demeure peu convaincant

En filigrane, le gouvernement tente de reconstruire un narratif d’État fort, après plusieurs années d’effondrement institutionnel et de privatisation de la violence. Or, cette reconquête, présentée comme progressive et durable, se heurte encore à plusieurs obstacles majeurs: financement, coordination inter-agences, manque d’unité doctrinale et pressions internationales.

L’enjeu dépasse largement le champ sécuritaire. Il conditionne la capacité du pouvoir à restaurer la confiance, relancer la vie démocratique et empêcher l’ancrage définitif d’un ordre para-étatique dominé par des groupes armés.

Pour l’heure, la transition mise sur des images fortes, des visites d’autorité et des engagements solennels. Reste à transformer ces séquences de communication en mécanismes d’État, en territorialité effective et en sécurité tangible pour les citoyens; faute de quoi la reconquête annoncée risque de n’être qu’une reconquête symbolique.

Jean Mapou / Le Relief

Haïti renforce sa coopération avec l’UNICEF sur des priorités en faveur de l’enfance

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Par Gesly Sinvilier

Le Ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Son Excellence Monsieur Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, a reçu en audience, ce lundi 26 janvier 2026, la Représentante de l’UNICEF en Haïti, Madame Geeta Narayan, dans le cadre du dialogue continu entre le Gouvernement haïtien et les partenaires du système des Nations Unies.

Au cours de cette rencontre, la Diplomate onusienne a présenté un aperçu des principales réalisations de l’UNICEF sur le terrain, notamment dans les écoles, les camps de personnes déplacées et plusieurs départements du pays. Ces actions portent essentiellement sur l’amélioration de l’accès à l’eau potable, le renforcement des infrastructures d’assainissement, ainsi que le soutien à l’éducation, dans un contexte marqué par une vulnérabilité accrue des populations.

Madame Narayan a également rappelé la spécificité de l’UNICEF, Organisation qui articule interventions humanitaires d’urgence et actions de développement à plus long terme. Elle a mis un accent particulier sur les efforts déployés en matière de protection des enfants, pilier central du mandat de l’Organisation en Haïti.

Pour sa part, le Chancelier haïtien a salué l’engagement constant des agences du système des Nations Unies aux côtés du peuple haïtien. Il a toutefois insisté sur l’importance d’une meilleure harmonisation des interventions avec les priorités définies par le Gouvernement, condition essentielle pour garantir une action plus cohérente, plus efficace et durable, notamment en faveur des jeunes filles et des jeunes garçons.

Profitant de l’occasion, la Représentante de l’UNICEF a adressé ses félicitations au Ministre pour l’acquisition du nouveau local du Ministère des Affaires étrangères et des Cultes, qu’elle a qualifiée de symbole fort d’un élan de modernisation institutionnelle et de renforcement de l’appareil diplomatique haïtien.

Cette rencontre s’inscrit dans la dynamique de consolidation du partenariat entre Haïti et l’UNICEF, au service d’une réponse mieux coordonnée aux défis humanitaires et de développement, avec l’enfance et la jeunesse au cœur des priorités nationales.

Gesly Sinvilier / Le Relief