vendredi, mars 13, 2026
11.6 C
Londres
Accueil Blog Page 24

Le chef du gouvernement suspend toute subvention au sein de l’administration publique

0

Par Gedeon Delva

Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a décidé de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, l’octroi de subventions au sein de l’administration publique, sauf autorisation spéciale de la Primature. La mesure a été communiquée à travers une circulaire datée du mardi 27 janvier 2026, adressée à l’ensemble des ordonnateurs de l’État.

Dans le document, le chef du gouvernement instruit les responsables des institutions publiques de s’abstenir de toute décision engageant des subventions, et leur rappelle l’obligation de se conformer strictement à la directive. « Tous les ordonnateurs, chacun en ce qui le concerne, sont chargés de veiller à la stricte observance de la présente », précise la circulaire signée par le Premier ministre.

Aucune précision n’a été fournie sur la durée de la mesure ni sur les critères d’octroi des éventuelles autorisations spéciales. La Primature n’a pas non plus indiqué si cette décision s’inscrit dans un cadre du réajustement budgétaire ou du contrôle des dépenses publiques.

Cette suspension intervient dans un contexte politique marqué par des tensions entre la Primature et une partie des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), alors qu’une majorité du Conseil a récemment exprimé sa volonté de mettre fin aux fonctions du Premier ministre.

Jusqu’à nouvel ordre, les institutions publiques sont tenues de se conformer à cette directive, sous la responsabilité directe des ordonnateurs.

Gedeon Delva / Le Relief

Le CEP signe un protocole d’accord avec l’Institut national électoral du Mexique

0

Par Gedeon Delva

Le conseil électoral provisoire, via son président Jacques Desrosiers, a signé le mercredi 28 janvier un protocole d’accord avec l’Institut national électoral du Mexique.

Selon un communiqué publié par l’institution électorale haïtienne sur sa page Facebook, par ce protocole d’accord, les deux institutions entendent formaliser leur coopération dans des domaines divers du système électoral, notamment le renforcement des capacités des opérateurs électoraux, la gestion et la mise à jour du registre électoral ainsi que de l’utilisation de la technologie en matière de gestion des élections.

Les deux institutions s’engagent à échanger sur des thèmes cruciaux du système électoral dans le respect et l’enrichissement mutuels, pour bâtir un avenir démocratique où tous les votes comptent.

Notons, parallèlement, la tenue de bonne élections dans le pays est incertaine au cours de cette année compte tenu de la l’instabilité politique et du contrôle par les gangs criminels de nombreuses zones du pays.

Gedeon Delva / Le Relief

«La solution à la crise passe par un nouveau leadership politique», selon MORN

0

Face à la crise politique qui perdure dans le pays depuis plusieurs années, le Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationale (MORN) ne reste pas muet. À travers une déclaration publique, le président du MORN, Dr Jean Palerme Mathurin, appelle à la mise en place d’un leadership politique consensuel pour sortir le pays de l’impasse.

Regroupant 87 partis et plus de 3 000 organisations affiliées, le MORN réclame la formation d’un exécutif bicéphale. Le mouvement préconise un président issu soit de la Cour de cassation, du secteur politique, de la société civile ou du CPT, mais jugé moins conflictuel, accompagné d’un Premier ministre indépendant, crédible et non associé aux gangs. Le mouvement insiste également sur la nécessité d’assurer la sécurité dans le pays et demande le départ immédiat du Premier ministre actuel.

Pour manifester son engagement et son désir de voir résoudre la crise, cette structure politique a décidé de lancer une mobilisation de plusieurs jours, qui culminera le 7 février 2026. Un rassemblement est prévu, en ce sens, vendredi au Parc Midoré, à Delmas 33.

«À l’issue de l’assemblée générale des partis affiliés au MORN, tenue le 27 janvier, il a été décidé de lancer une mobilisation pour témoigner notre engagement et forcer les autorités à agir», a déclaré le coordonnateur national Jonas Legerme.

Il a insisté sur le départ du CPT et du gouvernement, qu’il qualifie d’échoués, et sur la nécessité d’un exécutif bicéphale composé de personnalités crédibles et honnêtes.

Dans l’intervalle, le vent de division persiste au sein de l’exécutif haïtien. Le premier ministre Alix Didier Fils Aimé soutenu par Laurent Saint Syr et l’international reste ferme à la barre à lorsque les cinq signataires de la résolution visant la révocation du PM cherchent de moyens à évincer le coordonnateur du conseil qui lui également beneficie le plein soutien de la communauté internationale.

Gedeon Delva

Tentative de renvoi d’Alix Didier Fils-Aimé : une pluie de sanctions américaines s’abat sur le CPT et le gouvernement

0

La tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé continue de provoquer des remous politiques et diplomatiques. En l’espace de quelques jours, cinq hauts responsables haïtiens, dont des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) et un ministre, ont été frappés par des sanctions américaines, dans un contexte marqué par de fortes tensions au sommet de l’État.

Le Département d’État américain a annoncé, ce mercredi 28 janvier, des sanctions contre trois nouvelles personnalités haïtiennes : deux conseillers présidentiels du CPT, un ministre du gouvernement.

Selon Washington, ces 3 nouveaux responsables sont sanctionnés non pour des liens directs avec des gangs, mais parce que leurs actions ont contribué à permettre à des groupes armés haïtiens — dont certains sont classés organisations terroristes étrangères — de poursuivre leurs activités et de déstabiliser le pays.

Les mesures, prises en vertu de l’article 212(a)(3)(C) de l’Immigration and Nationality Act (INA), comprennent des restrictions de visa et la révocation des visas existants. Les familles des nouveaux sanctionnés ne sont pas concernées.

Avec déjà Fritz Alphonse Jean déjà sanctionné depuis l’an dernier, ces nouvelles sanctions s’ajoutent à celles déjà annoncées quelques jours plus tôt contre deux membres du CPT, portant à cinq le nombre total de conseillers présidentiels sanctionnés dans cette séquence politique.

Les deux précédents sanctionnés le 25 janvier dernier à savoir Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles avaient été ciblés pour des soupçons de connivence avec des gangs armés, dans un contexte où les États-Unis affirment vouloir renforcer la pression contre les acteurs politiques accusés de compromettre la stabilité d’Haïti.

Selon des informations relayées , les noms qui circulent sur les deux conseillers présidentiels récemment sanctionnés seraient Smith Augustin et Leslie Voltaire, tous deux signataires de la résolution visant à écarter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Le ministre Alfred Fils Metellus pressenti pour remplacer Alix Didier Fils-Aimé serait le seul membre du gouvernement concerné par cette nouvelle vague de mesures.

Ces sanctions interviennent alors que la résolution adoptée par cinq membres du CPT pour révoquer le chef du gouvernement n’a toujours pas été publiée dans Le Moniteur.
Le président du CPT, Laurent Saint-Cyr, continue de s’opposer à tout changement à la tête de la Primature, à l’approche du 7 février, date clé pour la transition.

À travers ces sanctions successives, Washington envoie un message clair : toute décision politique perçue comme favorisant l’instabilité ou l’insécurité en Haïti pourra entraîner des conséquences diplomatiques immédiates.

Une position qui accentue la pression sur le CPT et le gouvernement, alors que la crise sécuritaire et institutionnelle reste entière.

La rédaction

Les “Mardis de la Nation” : la ministre Pedrica Saint Jean présente ses réalisations

0

Par Jean Wesley Pierre

La ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF), madame Pedrica Saint Jean, a participé, ce mardi 27 janvier 2026, à la traditionnelle « Les Mardis de la Nation », tenue à la Primature. Cette initiative gouvernementale se veut un espace de reddition de comptes permettant aux institutions publiques de présenter au grand public les actions réalisées, ainsi que les perspectives envisagées.

Lors de son intervention, la titulaire du MCFDF a dressé un bilan des principaux projets et programmes mis en œuvre par son ministère. Elle a notamment évoqué l’organisation de onze assises départementales, tenues du 4 au 10 décembre 2025 dans l’ensemble des départements du pays, ainsi que les États généraux sur la participation politique des femmes et les violences électorales, organisés les 12, 13 et 14 décembre 2025 dans la ville des Cayes. Ces initiatives visaient à encourager et renforcer la participation politique des femmes, tout en abordant les obstacles et violences auxquels elles font face durant les processus électoraux.

La ministre Saint Jean est également revenue sur le projet « Insertion socio-économique des filles-mères et des femmes », mettant en avant la cérémonie de graduation de 289 filles-mères et femmes mères, bénéficiaires de ce programme déployé dans six départements du pays. Selon elle, ce projet ambitionne de former les participantes à des métiers professionnels traditionnellement dominés par les hommes, dans une perspective d’autonomisation économique et de remise en question des stéréotypes liés à ces filières.

Par ailleurs, la responsable du MCFDF a annoncé la création de quatre Maisons des Femmes, qui seront implantées dans les départements de l’Ouest, de la Grand’Anse, du Centre et de l’Artibonite. Ces structures ont pour objectif de renforcer la protection, la résilience et l’autonomisation des survivantes de violences, dans un contexte national marqué par une crise sécuritaire et humanitaire persistante. Elle a également mentionné le lancement de la ligne d’urgence 8919, destinée à l’accompagnement et à la protection des survivantes de violences basées sur le genre.

La ministre Pedrica Saint Jean a réaffirmé l’engagement de l’État haïtien, à travers le MCFDF, à poursuivre ses actions en faveur de la promotion des droits des femmes et des filles, ainsi que de leur autonomisation sur l’ensemble du territoire national.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

Julien CLERVEAUX , un siècle de lumière au service du savoir

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Le professeur-normalien, homme de lettres et éducateur d’exception Julien Clerveaux vient de franchir un cap rarissime : cent années de vie, de lucidité et de fidélité au savoir. Entouré de proches, dont son neveu, le professeur Jean Mary Clerveaux, il a célébré son centième anniversaire chez lui, à Delmas, ce mardi 27 janvier 2026.

Né le 27 janvier 1926 à Saint-Louis du Nord, cette ville autrefois surnommée « le berceau de l’intelligence », Julien Clerveaux est issu d’une famille modeste et musicienne, où la longévité semble être une tradition : son grand-père vécut jusqu’à 105 ans et son père atteignit 99 ans. À cent ans, il conserve encore une mémoire vive et le bonheur de compter parmi les survivants de sa génération des condisciples et amis d’enfance, tels que Dr Rémy Joseph, Louis René Barlatier et Holly Moncy, pour ne citer que ceux-là.

Un humaniste formé à l’école de l’exigence

Brillant élève, il effectua ses études secondaires au Petit Séminaire Collège Saint-Martial, avant d’intégrer l’École Normale Supérieure, section littéraire. Esprit curieux et travailleur infatigable, il étudia également le droit à la Faculté de droit de Port-au-Prince et la comptabilité à l’École de commerce Julien Craan. Cette formation plurielle façonna un intellectuel complet, à la fois littéraire, rigoureux et profondément ancré dans les réalités sociales.

Professeur de latin, de grec et de littérature, Julien Clerveaux appartient à cette génération d’enseignants pour qui transmettre le savoir relevait d’une mission presque sacrée. Il a marqué des générations d’élèves par sa culture classique, sa discipline intellectuelle et son attachement aux valeurs morales.

L’écrivain au service de la mémoire et de l’élévation

À côté de sa carrière d’éducateur, Julien Clerveaux a mené une œuvre littéraire riche, touchant à l’éducation, au roman et à l’essai. Parmi ses ouvrages figurent :
Cueillettes de fleurettes ou Shakira à l’école du savoir
Hommage aux Héros de l’Indépendance
Hommage à Saint-Louis du Nord
Detty et Voty
En remuant les cendres du passé
Deux merveilleux voyages
Je dis non-oui, préfacé par sa nièce Marie-Joseph Ténor, qu’il m’avait d’ailleurs dédicacé lors de sa parution en 2018.

Son roman Je dis non-oui s’inscrit dans la veine qui caractérise son style : une écriture simple, rythmée, imagée, enracinée dans le monde paysan et portée par un souffle moral. On y retrouve son attachement aux vertus civiques, au progrès et à une certaine idée de la dignité humaine.

Un pédagogue d’exception

Julien Clerveaux a enseigné dans plusieurs institutions de renom : à Port-de-Paix, à l’École Normale Supérieure, aux collèges Saint-François d’Assise, Georges Marc, à l’Institution du Sacré-Cœur de Turgeau, au Petit Collège Saint-Martial, entre autres. Partout, il a laissé le souvenir d’un maître exigeant, mais juste, convaincu que l’éducation est la clé de la liberté intérieure et du relèvement collectif.

La vie de Julien Clerveaux est bien plus qu’un parcours individuel : elle est un témoignage vivant de ce que peuvent produire la discipline, la culture et la foi dans l’éducation. À cent ans, il incarne une mémoire, une conscience et une leçon silencieuse adressée à notre époque souvent pressée et oublieuse de ses repères.

Son existence rappelle que les véritables bâtisseurs d’une nation ne sont pas seulement ceux qui font l’histoire politique, mais aussi ceux qui, dans la discrétion des salles de classe et la patience des livres, forment les esprits et élèvent les âmes.

Julien Clerveaux est de cette trempe-là : un homme, un maître, un siècle.

N.B. Il est aussi grand oncle du chanteur Nickenson Prud’homme

Pierre Josué Agénor Cadet

État sous perfusion internationale : chronique d’une légitimité confisquée

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mardi 27 janvier 2026 — À l’approche du 7 février 2026, date hautement symbolique dans l’histoire politique haïtienne, les interrogations sur la légitimité du pouvoir en place prennent une ampleur croissante. Les déclarations de l’économiste Dr Eddy Labossière, appelant au départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, et de l’ensemble des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), traduisent un malaise profond au sein de la société haïtienne : celui d’un État perçu comme maintenu sous perfusion internationale, au détriment de la souveraineté populaire.

Depuis la chute des autorités élues, la mort de l’ancien président de la république, Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, Haïti est engagée dans une transition politique prolongée, soutenue et encadrée par des acteurs internationaux, notamment l’Organisation des États américains (OEA), le Core Group et les États-Unis.

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) rappelle régulièrement que cette transition vise à rétablir la sécurité, réformer les institutions et organiser des élections crédibles. Or, près de cinq ans plus tard, ces objectifs restent largement inachevés.

Selon les données de la Banque mondiale et des agences onusiennes, Haïti demeure l’un des pays les plus fragiles au monde, cumulant crise sécuritaire, effondrement institutionnel et pauvreté structurelle. L’insécurité généralisée, marquée par l’emprise des gangs armés sur de larges portions du territoire, limite fortement la capacité de l’État à exercer ses fonctions régaliennes. Dans ce contexte, la légitimité politique ne peut se construire uniquement sur la reconnaissance internationale, mais doit s’ancrer dans un cadre constitutionnel clair et accepté par la population.

La Constitution haïtienne de 1987 amendée demeure la référence juridique suprême du pays. Comme l’a rappelé l’ancien président provisoire Jocelerme Privert, le problème d’Haïti n’est pas tant l’absence de normes que l’incapacité à les appliquer. En situation régulière, le texte constitutionnel prévoit des mécanismes de succession et de remplacement des autorités exécutives en cas de vacance ou de crise.

Ignorer ces dispositions au profit d’arrangements politiques soutenus de l’extérieur alimente la perception d’un État sous tutelle, ce que Dr Labossière qualifie de « nation mineure ».

Une question fondamentale pose : jusqu’où l’appui international peut-il aller sans se transformer en ingérence ? Les partenaires étrangers affirment agir pour la stabilité régionale et la protection des populations civiles.
Toutefois, en soutenant ces autorités, sans consensus national solide, ils contribuent involontairement à affaiblir la légitimité interne des institutions. L’OEA elle-même reconnaît, dans plusieurs rapports, que la durabilité des transitions politiques dépend avant tout de l’appropriation nationale des processus de gouvernance.

L’hypothèse d’un vide institutionnel après le 7 février 2026 inquiète autant qu’elle interpelle. Si la Constitution ne prévoit pas explicitement certains scénarios exceptionnels, elle consacre néanmoins un principe fondamental : la souveraineté appartient au peuple. Les organisations de la société civile haïtienne, dont le RNDDH et le CARDH, rappellent régulièrement que toute solution durable doit inclure une participation citoyenne réelle, transparente et inclusive.

Au-delà des débats juridiques et diplomatiques, l’enjeu est profondément social. L’absence de sécurité, l’effondrement des services publics et la crise économique affectent directement le quotidien des Haïtiens. Sans institutions légitimes et responsables devant la population, aucune réforme sécuritaire ou économique ne peut produire d’effets durables.

Haïti se trouve donc à un tournant décisif. Soit la transition actuelle se réoriente vers un strict respect de la Constitution et un transfert effectif du pouvoir au peuple par des élections crédibles, soit le pays risque de s’enliser davantage dans une gouvernance dépendante, fragile et contestée. Dans les deux cas, la responsabilité est partagée : aux dirigeants haïtiens de respecter l’ordre constitutionnel, et à la communauté internationale de soutenir Haïti sans se substituer à sa souveraineté.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Si le Blanc est pour moi, qui peut être contre moi ?Et Haïti, dans tout ça!

On a arrêté une jeune femme à New York. Je la connais. Elle venait des sœurs du Sacré-Cœur, portait encore dans la voix la discipline douce des cours et cette innocence entêtée qui croit qu’ailleurs la vie est plus juste. Elle est venue chercher la vie, comme on l’a toujours fait. Mais aujourd’hui, la vie ne se cherche plus : elle se cache. Elle se tait. Elle tremble.

Ce qui se passe n’est pas nouveau. C’est seulement plus nu. Plus brutal. Plus assumé. Comme si le monde avait cessé de faire semblant. Comme si les dirigeants là-bas comme ici avaient enfin dit tout haut ce qu’ils se murmurent depuis toujours : on choisit toujours l’ordre qui nous protège, même s’il écrase les autres. Depuis Nord Alexis préféré à Firmin, depuis Préval préféré à Manigat, depuis cette crasse moyenne (1) qui confond prudence et abdication, Haïti a appris à survivre en se taisant (Hall 2022). Et ses enfants, ailleurs, répètent le même geste.

La peur s’est installée durablement chez les immigrants. Elle s’insinue dans les gestes ordinaires : aller travailler, conduire, répondre à une porte. La traque migratoire révèle une vérité que l’on feignait d’ignorer : l’immigrant n’est toléré que tant qu’il se courbe. Tant qu’il travaille sans bruit. Tant qu’il ne réclame ni nom, ni droits, ni dignité. Dès qu’il lève la tête, il devient suspect.

Nous faisons tourner une économie dont nous ne possédons ni les clés ni les récits. Nous sommes la force sans visage, la sueur sans mémoire. Et en retour, on nous offre l’humiliation, la précarité, l’expulsion comme horizon. C’est un colonialisme sans chaînes visibles, un esclavage moderne où le fouet a été remplacé par la loi, et la cale par l’attente interminable.

On nous a vendu le rêve américain comme on vend une promesse biblique. Mais pour beaucoup, ce rêve s’est mué en survie anxieuse, en silence organisé, en acceptation de l’inacceptable. Nous ne sommes pas partis par orgueil, mais par nécessité. Parce que nos États se sont effondrés, parce que la politique a déserté le bien commun, parce que rester était devenu une autre forme de mort.

Le monde se durcit. Les idéologies de rejet avancent sans masque. Ce qui choquait hier rassure aujourd’hui. Face à cela, l’aveuglement n’est plus une erreur : c’est une complicité.

Et Haïti, dans tout ça, demeure suspendue entre deux silences, celui de ceux qui partent, et celui de ceux qui gouvernent sans jamais revenir à l’essentiel : la dignité humaine n’est pas négociable. Elle ne se demande pas. Elle se reconnaît.

En tout cas, chez nous, on n’y pense même pas car si le Blanc est pour eux, ils croient fermement que personne ne sera contre eux …

(1) Alin Louis Hall

Yves Lafortune, Miami, le 28 Janvier 2026

Haïti-Huit individus armés neutralisés lors d’une opération de nettoyage au Marché Salomon

0

Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE — Une vaste opération de la Police nationale d’Haïti (PNH), menée dans la soirée du lundi 26 janvier 2026 au marché Salomon, s’est conclue par la neutralisation de huit individus armés et la saisie d’armes de guerre, a confirmé l’institution dans une note de presse.

Déclenchée en réponse à une montée d’actes violents attribués à des groupes armés actifs dans ce secteur commercial stratégique, l’intervention a duré plusieurs heures, se poursuivant jusqu’à minuit. Les forces de l’ordre ont affronté des individus lourdement armés qui terrorisaient la zone.

Selon le rapport préliminaire, huit membres présumés de ces groupes ont été mortellement touchés au cours de l’opération. La PNH a également saisi deux fusils d’assaut, un AR-15 et un M16, ainsi que quatre chargeurs et un sac contenant des fils électriques, désormais soumis à l’analyse des services spécialisés.

Le Haut Commandement de la PNH souligne que cette action s’inscrit dans une stratégie de pression continue sur les gangs qualifiés de terroristes, dans le but de rétablir l’ordre public. L’institution réitère sa détermination à multiplier les opérations offensives sur l’ensemble du territoire.

Elle appelle enfin la population à renforcer sa collaboration avec les forces de sécurité en communiquant toute information pertinente, précisant que les sources seront protégées en toute confidentialité.

Jean Mapou / Le Relief

Insécurité persistante et crise de gouvernance : l’exécutif visite la base de la FRG

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mardi 27 janvier 2026 — Alors que la capitale haïtienne reste sous la menace constante des groupes armés, le Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et du Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), a effectué, ce mardi 27 janvier 2026, une visite officielle à la base de la Force de Répression des Gangs (FRG).

Présentée comme un acte de soutien aux forces de sécurité, cette initiative intervient toutefois dans un contexte politique profondément conflictuel, marqué par une crise de légitimité au sommet de l’État.

Selon le communiqué officiel, cette visite visait à réaffirmer l’engagement des autorités à soutenir les forces nationales et leurs partenaires internationaux dans la lutte contre les gangs armés.

Les responsables ont salué le professionnalisme et le courage des troupes, tout en mettant en avant les « avancées » enregistrées ces derniers mois sur le plan sécuritaire. Un discours qui tranche avec la réalité vécue quotidiennement par la population, particulièrement à Port-au-Prince, où les tirs, les déplacements forcés et la peur restent omniprésents.

Au-delà du message sécuritaire, la présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé soulève de sérieuses interrogations. En effet, plusieurs jours auparavant, une majorité des membres votants du Conseil Présidentiel de Transition avait adopté une résolution révoquant le chef du gouvernement. Pourtant, ce dernier continue d’agir publiquement au nom de l’État, avec le soutien explicite du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, créant une situation de dualité du pouvoir et de confusion institutionnelle.

Cette posture va à l’encontre des principes mêmes de collégialité et de respect des décisions majoritaires qui devraient régir le fonctionnement du CPT.

En se maintenant de facto en fonction malgré sa révocation, le Premier ministre affaiblit la crédibilité des institutions de transition, déjà fragilisées par l’absence de légitimité électorale et par les pressions internationales.

Dans ce contexte, la visite à la (FRG) Force de Répression des Gangs apparaît autant comme un acte politique que sécuritaire. Elle peut être interprétée comme une tentative de démontrer une unité de façade au sommet de l’État, alors que les divisions internes sont manifestes. Or, la lutte contre l’insécurité ne saurait être efficace sans une gouvernance claire, cohérente et respectueuse des règles qu’elle se donne elle-même.

Les autorités ont par ailleurs insisté sur le lien entre le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections crédibles. Cet argument, souvent avancé, pose toutefois une question centrale : comment préparer un retour à l’ordre constitutionnel dans un contexte où les organes de transition peinent à respecter leurs propres décisions ?

Si le soutien aux forces de sécurité est indispensable, il ne peut masquer l’urgence d’une clarification politique. Sans cohérence institutionnelle, la lutte contre les gangs risque de rester ponctuelle et fragile, tandis que la population continue de payer le prix d’un État affaibli, divisé et incapable d’imposer durablement son autorité.

Jean Wesley Pierre / Le Relief