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Haïti : la CARICOM réunit les acteurs autour d’une sortie de la crise actuelle

Par Jean Wesley Pierre

À une semaine de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), prévue pour le 7 février 2026, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a intensifié ses démarches diplomatiques en Haïti. Une rencontre jugée cruciale s’est tenue ce vendredi 30 janvier 2026 entre le groupe de personnalités éminentes de la CARICOM, les signataires de l’accord du 3 avril, ainsi que des acteurs non-signataires, dans un contexte de fortes tensions politiques et de rejet croissant des mécanismes de médiation perçus comme imposés de l’extérieur.

Une rencontre à haute portée politique

Selon des informations, la rencontre a débuté aux alentours de 16h50, avec les interventions successives de deux figures politiques haïtiennes, Rosemond Pradel, ancien ministre des Travaux publics (TPTC) et membre de l’Espace de réflexion et Claude Joseph, ancien Premier ministre, représentant du Consensus politique pour le redressement national.

Rosemond Pradel a plaidé en faveur d’une solution haïtienne à la crise, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte à la fois les facteurs conjoncturels liés à l’urgence sécuritaire et institutionnelle et les causes structurelles profondes de l’effondrement de l’État haïtien.

De son côté, l’ancien Premier ministre Claude Joseph a également évoqué une solution haïtienne, mais encadrée par des institutions et organisations internationales, citant notamment la CARICOM, le BINUH, l’OEA et l’OIF. Il a par ailleurs proposé d’élargir la table des discussions à d’autres groupes politiques et sociaux afin de favoriser une plus grande inclusion dans le processus de sortie de crise.

Après des échanges animés, les différents protagonistes se sont accordés pour prolonger les discussions pendant trois jours en vue de parvenir à un accord de principe sur les préalables de la situation actuelle constatant la fin du mandat du CPT le 7 février 2026. Déroulée sous les auspices de la CARICOM, la rencontre sera reprise mardi prochain à la demande plusieurs acteurs notamment Rony Desroches, Jean Renel Sénatus et Me André Michel.

Une médiation de plus en plus contestée

Cette initiative de la CARICOM intervient dans un climat de méfiance accrue. Dans une note publiée le 29 janvier 2026, le mouvement Lapè Pou Ayiti a rejeté toute nouvelle médiation de l’organisation régionale, dénonçant sa volonté de remettre au centre du jeu politique les mêmes acteurs ayant participé à la mise en place du (CPT) Conseil Présidentiel de Transition.

Le mouvement estime que ce mécanisme, qualifié d’imposé de l’extérieur, a contribué à l’aggravation de l’insécurité, de la crise humanitaire et de la corruption, évoquant notamment des millions de déplacés internes et une insécurité alimentaire aiguë touchant une large frange de la population. Lapè Pou Ayiti appelle à une médiation strictement haïtienne, devant conduire à des élections libres et crédibles.

Le CPT maintient l’échéance du 7 février

Malgré ces divisions, Leslie Voltaire, membre du Conseil Présidentiel de Transition a réaffirmé que le Conseil présidentiel de Transition quittera ses fonctions le 7 février 2026. Il s’est dit convaincu que les acteurs politiques parviendront à un accord avant cette date, permettant une transition qu’il souhaite « ordonnée ».

Dans une déclaration marquée par un ton à la fois solennel et politique, Leslie Voltaire a insisté sur la nécessité du dialogue et du courage citoyen, appelant à « écrire une solution haïtienne » et à ouvrir la voie à des élections démocratiques.

Il a également dénoncé l’attitude de la communauté internationale, qu’il accuse de soutenir le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, alors même que cinq des sept membres votants du (CPT) Conseil Présidentiel de Transition au avaient adopté une résolution en faveur de son renvoi.

Entre pression internationale et exigence de souveraineté

À l’approche du 7 février, la rencontre entre la CARICOM et les acteurs politiques haïtiens met en lumière une ligne de fracture persistante : d’un côté, ceux qui estiment qu’un accompagnement international reste nécessaire ; de l’autre, ceux qui considèrent que toute solution durable doit être pensée, portée et assumée exclusivement par les Haïtiens.

Si la CARICOM espère faciliter un consensus politique de dernière minute, la défiance d’une partie de la classe politique et de la société civile laisse planer l’incertitude sur l’issue de ces discussions, dans un pays toujours en proie à une crise multidimensionnelle profonde.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Haïti et l’Union européenne échangent sur l’avenir de leur coopération

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Par Gesly Sinvilier

Le Ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Son Excellence Monsieur Jean-Victor Harvel JEAN-BAPTISTE, a inauguré ce matin une nouvelle initiative diplomatique intitulée « Petit déjeuner de travail avec le Chancelier », conçue comme un cadre d’échanges réguliers et directs entre la Chancellerie haïtienne et les partenaires internationaux du pays.

Cette première rencontre a été marquée par la présence de la Représentante de l’Union européenne en Haïti, l’Ambassadeur Hélène ROOS, qui a présenté un état des lieux détaillé de la coopération de l’Union européenne avec Haïti, dans un contexte international marqué par une reconfiguration des priorités et une contraction des engagements de certains partenaires traditionnels.

Les échanges ont permis aux deux parties de souligner la nécessité de redéfinir et d’actualiser la coopération UE-Haïti, notamment à la lumière de la stratégie européenne Global Gateway, qui vise à promouvoir des investissements durables, des infrastructures résilientes et des partenariats fondés sur des intérêts mutuels à long terme.

À cette occasion, le Chancelier Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste a salué la constance du soutien de l’Union européenne à Haïti, soulignant l’importance de cet engagement dans une période où le pays fait face à des défis multidimensionnels, tant sur les plans sécuritaire, économique qu’institutionnel. Il a également insisté sur la nécessité pour Haïti de parler d’une voix plus affirmée et mieux coordonnée dans ses relations avec ses partenaires stratégiques.

Les deux parties se sont enfin accordées sur l’urgence de l’organisation d’une visite de haut niveau d’une délégation haïtienne à Bruxelles, afin de porter un plaidoyer politique renforcé en faveur d’un approfondissement de la coopération bilatérale, alignée sur les priorités nationales d’Haïti et les nouveaux instruments de financement et d’accompagnement de l’Union européenne.

À travers cette initiative des « Petits déjeuners de travail », la Chancellerie haïtienne entend instaurer une diplomatie plus proactive, structurée et orientée vers des résultats concrets, en plaçant le dialogue politique régulier au cœur de la relation avec les partenaires internationaux d’Haïti

Gesly Sinvilier / Le Relief

Iran, entre méconnaissance et puissance ??

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Ces derniers jours, le monde est marqué par un conflit latent opposant la République islamique d’Iran, les États-Unis et Israël. Cette tension s’inscrit dans un passé tumultueux entre ces acteurs, nourri par des décennies de rivalités politiques, idéologiques et stratégiques. Elle renvoie également à l’histoire souvent méconnue d’un pays qui a traversé les millénaires et qui s’est toujours imposé comme un pionnier et un acteur central dans sa région, le Moyen-Orient.

La civilisation médo-perse, dont la République islamique d’Iran est l’héritière, est vieille de plus de deux millénaires. De Cyrus le Grand à Darius Ier, la civilisation perse s’est distinguée par sa richesse politique, culturelle et administrative, faisant de l’Iran antique l’un des premiers grands empires de l’histoire.

La République islamique d’Iran telle que nous la connaissons aujourd’hui est le produit de la révolution de 1979, qui a renversé Mohammad Reza Pahlavi, le Shah d’Iran. Ce dernier exerçait un pouvoir monarchique autoritaire, consolidé après le coup d’État de 1953 contre le Premier ministre Mohammad Mossadegh, à la suite de la nationalisation de la compagnie pétrolière iranienne, alors contrôlée par des intérêts étrangers.

L’Iran fut l’un des premiers pays de cette région du monde à se doter d’une Constitution et d’un Parlement à aspiration démocratique, dès 1906, sous la dynastie qadjare.
Sous le règne du Shah, la part des étudiants à l’université représentait environ 7 % de la population en âge d’étudier ; aujourd’hui, ce taux avoisine les 27 %, témoignant d’une massification de l’enseignement supérieur.

Avec une population estimée à près de 92 millions d’habitants — soit davantage que l’Allemagne — et une superficie dépassant le million de kilomètres carrés, l’Iran constitue une puissance démographique et territoriale majeure au Moyen-Orient.
Malgré plus de quarante années d’embargos et de sanctions internationales, le pays forme chaque année un nombre d’ingénieurs supérieur à celui de nombreux pays occidentaux, ce qui illustre sa capacité de résilience, d’adaptation et d’investissement dans le capital humain.

Les relations entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran n’ont pas toujours été marquées par l’hostilité. Sous le règne du Shah, l’Iran entretenait au contraire d’excellentes relations avec Washington et Tel-Aviv, caractérisées par une coopération étroite tant sur les plans militaire qu’économique.

Cette dynamique s’est brutalement inversée après la révolution islamique de 1979, menée par le clergé chiite. Le nouveau régime iranien a alors adopté une idéologie ouvertement hostile à l’Occident, considérant les États-Unis comme le « Grand Satan » et Israël comme le « Petit Satan », rompant ainsi avec l’orientation diplomatique pro-occidentale de l’Iran impérial.

Les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran se sont principalement affrontés à travers des conflits indirects, menés par acteurs interposés (proxy wars). L’Iran s’appuie notamment sur le Hezbollah libanais, sur son alliance stratégique avec la Syrie sous Bachar el-Assad, ainsi que sur les rebelles houthis au Yémen, afin d’étendre son influence régionale et de contenir ses adversaires sans confrontation directe.

Par ailleurs, la République islamique d’Iran demeure l’un des plus grands producteurs mondiaux de gaz naturel et de pétrole, bien que son économie soit sévèrement affectée par des embargos imposés depuis plusieurs décennies.

Pour contourner ces sanctions, Téhéran a développé des mécanismes parallèles, notamment une « flotte fantôme » destinée à exporter clandestinement ses hydrocarbures, tout en renforçant une coopération économique et stratégique étroite avec « l’Empire du Milieu », la Chine.

La République islamique d’Iran est généralement présentée dans les médias occidentaux comme un pays autoritaire, où les femmes qui ne portent pas le voile seraient systématiquement violentées par la police des mœurs. Si certaines réalités répressives existent et ne peuvent être niées, cette représentation demeure toutefois partielle et souvent réductrice.

L’Iran fait en effet partie des rares pays de la région où les femmes occupent des positions importantes dans la société, que ce soit au Parlement, dans l’enseignement supérieur, la recherche scientifique ou les professions intellectuelles. Les femmes iraniennes sont particulièrement présentes dans les domaines universitaires et scientifiques, ce qui témoigne d’un niveau élevé d’éducation et d’émancipation intellectuelle.

Par ailleurs, malgré les limites imposées par le système politique, l’Iran se distingue dans son environnement régional par l’existence d’une culture politique et électorale ancienne, marquée par des débats publics, des élections régulières et une participation populaire significative — éléments rares au Moyen-Orient.

Wilfrid Joseph

𝐏𝐫𝐞̀𝐬 𝐝𝐞 𝟏𝟐 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐡𝐚𝐢̈𝐭𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐬𝐚𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞́𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐄́𝐭𝐚𝐭𝐬-𝐔𝐧𝐢𝐬, 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐨𝐟𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐥𝐬

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Ici c’est la rubrique des « chiens écrasés »

Près de douze millions haïtiens sont concernés par des mesures prises par les États-Unis entre 2025 et 2026 affectant directement la délivrance des visas par les autorités américaines. Ces décisions, formalisées par des proclamations présidentielles et des annonces du Département d’État, portent sur les visas d’immigrant et de non-immigrant et s’appliquent aux ressortissants haïtiens sollicitant un visa américain, sous réserve des exceptions prévues par les textes officiels.

Le 4 juin 2025, la Maison-Blanche a publié une proclamation présidentielle limitant la délivrance de visas aux ressortissants de douze pays, parmi lesquels figure Haïti. Le texte précise que la mesure concerne les demandes de visas relevant à la fois des catégories d’immigrant et de non-immigrant. Elle s’applique aux ressortissants se trouvant hors du territoire américain à la date d’entrée en vigueur de la décision, fixée au 9 juin 2025, et ne disposant pas d’un visa valide. Les autorités américaines ont indiqué que les visas délivrés avant cette date n’étaient pas automatiquement annulés, mais que les nouvelles demandes de visas relevant des catégories visées étaient soumises aux restrictions prévues par la proclamation.

En décembre 2025, une nouvelle proclamation présidentielle, datée du 16 décembre et entrée en vigueur le 1er janvier 2026, est venue maintenir et ajuster ce régime de restriction de délivrance des visas. Ce texte a confirmé le maintien d’Haïti sur la liste des pays concernés et a précisé les conditions d’application de certaines exceptions, tout en réaffirmant la limitation du traitement des demandes de visas pour les ressortissants haïtiens.

Indépendamment de ces restrictions générales, le Département d’État américain a annoncé, en janvier 2026, une mesure administrative distincte portant exclusivement sur les visas d’immigrant. À compter du 21 janvier 2026, une pause dans la délivrance des visas d’immigrant a été mise en place pour les ressortissants de soixante-quinze pays, incluant Haïti. Cette mesure concerne uniquement les visas conduisant à l’obtention du statut de résident permanent et ne s’applique pas aux visas non-immigrants.

Selon les autorités américaines, cette pause suspend l’émission de nouveaux visas d’immigrant pendant la période de révision des politiques consulaires, sans entraîner l’annulation automatique des visas déjà délivrés. Les procédures de demande peuvent être engagées, mais aucun visa d’immigrant n’est émis tant que la mesure demeure en vigueur.

Dans ce contexte, la restriction ou le refus de visa américain visant un Haïtien, qu’il s’agisse d’un citoyen ordinaire ou d’un responsable officiel, n’appelle plus ni surprise ni réaction particulière. L’événement est devenu routinier, vidé de toute portée symbolique.

𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

𝐄𝐧𝐟𝐢𝐧 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐟𝐚𝐢𝐦, 𝐭𝐨𝐧 𝐠𝐮𝐢𝐝𝐞!(𝘓𝘦𝘵𝘵𝘳𝘦 𝘰𝘶𝘷𝘦𝘳𝘵𝘦 𝘢𝘶 𝘊𝘰𝘯𝘴𝘦𝘪𝘭𝘭𝘦𝘳-𝘗𝘳𝘦́𝘴𝘪𝘥𝘦𝘯𝘵 𝘚𝘮𝘪𝘵𝘩 𝘈𝘶𝘨𝘶𝘴𝘵𝘪𝘯)

𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Récemment, j’avais publié un article saluant la qualité littéraire et diplomatique de ton écriture, à propos de ta correspondance datée du 23 janvier 2026. J’y exposais, pour les lecteurs pressés, le noyau de ton message. Je n’étais pas dans la glorification de ta position, encore moins dans l’adhésion politique. J’analysais une plume, une tenue, une méthode. J’admire ta plume, mais pas l’homme que tu donnes en spectacle. L’homme au ventre qui vacille.

Deux lettres, deux moments, deux postures. Le 23 janvier, tu écrivais depuis l’intérieur d’une décision collective, en assumant un processus majoritaire et en cherchant à en conduire la conclusion dans un cadre ordonné. Le 29 janvier, tu écris depuis une position de retrait, en annonçant ton abstention et en te mettant à distance du même processus. Les textes se répondent. Ils ne se prolongent pas. Ils dessinent une fracture.

La lettre du 29 janvier intervient après l’annonce de restrictions de visa prises par les États-Unis à ton encontre. Ce fait ne relève pas de l’interprétation. Il constitue le contexte immédiat de l’écriture. Il précède la prudence soudaine, la réserve affichée, l’abstention déclarée. Cette chronologie suffit à éclairer le déplacement opéré.

La faim entre alors en scène.

La faim du visa.
La faim de la respectabilité internationale.
La faim de l’accès, du déplacement, de la reconnaissance extérieure.

Cette faim guide désormais l’écriture. Elle enveloppe le retrait d’une architecture juridique soignée, d’hypothèses institutionnelles, d’alertes tardives. Les fragilités invoquées existaient déjà lorsque la résolution a été signée. Les tensions faisaient partie du contexte. Ce qui change, entre le 23 et le 29 janvier, concerne ta situation personnelle face au monde extérieur.

C’est ici que l’âme vacille. C’est ici que le ventre parle. Entre l’État que tu dis servir et le regard international que tu refuses de perdre. Ce tiraillement dépasse l’intime. Il engage une responsabilité publique. Il expose Haïti au spectacle d’un désengagement écrit, justifié, signé.

L’honneur d’un pays et de ses hommes d’État se mesurent à la capacité de tenir lorsque le coût politique se précise. Sur ce point, ta dernière lettre marque une rupture. Elle inscrit un renoncement dans le registre du droit et de la prudence, alors qu’il procède d’un choix.

Enfin la faim t’a eu.
Pas celle du peuple, qui vit sans visa et sans issue.
Celle du dirigeant, confronté au prix de la reconnaissance extérieure.

Aujourd’hui, tu n’es ni Charlemagne ni Conzé. Entre le héros et le traître, il n’y a que « Rien ».

Ce choix t’appartient.
Il est désormais écrit.

Révocation du Premier ministre : légalité d’un acte administratif, légitimité politique et souveraineté en jeu

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le jeudi 29 janvier 2026 —La révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé par le Conseil présidentiel de transition (CPT) met en lumière une tension persistante entre droit administratif et influence internationale. La situation révèle autant les limites de la Constitution que la complexité de la gouvernance en période de transition.

Pour Me Samuel Madistin, avocat et expert en droit administratif, la situation est claire :

« Le Conseil présidentiel de transition comme entité administrative collégiale joue le rôle du président de la République, ce qui est différent pour un membre, pris individuellement. »

Selon lui, « il n’y a aucune règle disant que le conseil présidentiel de transition doit prendre ses décisions à l’unanimité ; le conseil prend ses décisions par vote, avec la majorité qualifiée ».

Ainsi, le coordonnateur du (CPT ) conseil présidentiel de transition « ne dispose pas du droit de veto sur les décisions prises par la majorité, il doit se soumettre à la décision de la majorité, dès qu’il ne se soumet pas, il est réputé démissionnaire. »

Me Madistin ajoute que « l’autorité qui a nommé le Premier ministre a le droit de le révoquer », et que certaines décisions administratives, telles la révocation du Premier ministre, ne peuvent être contestées juridiquement.

Cette lecture juridique est soutenue par l’ancien député Déus Deronneth, qui estime que :

« la révocation du Premier ministre n’est pas une question de négociation de fin de mandat ; c’est l’exercice d’un droit administratif et politique dont dispose le CPT ».

Selon lui, la présence continue d’Alix Didier Fils-Aimé représente « un élément de confrontation et un facteur d’irritation qu’il convient d’écarter sans délai, afin de rétablir la sérénité nationale ».

À l’opposé, l’ancien président Jocelerme Privert insiste sur la continuité institutionnelle :

« Il n’y aura pas de vide politique en Haïti. […] Après la fin du mandat du CPT, le Conseil des ministres, sous le leadership du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dirigera le pays jusqu’à l’organisation des prochaines élections. »

Privert rappelle également que la présidence ne peut être assurée que par élection au suffrage universel ou par l’Assemblée nationale dans des cas précis prévus par la Constitution.

Cette position est tempérée par l’ancien président du Sénat, Kely Bastien, qui met en garde contre l’instrumentalisation de la Constitution en déclarant :

« L’article 149 parle de conseil des ministres pour diriger le pays si la vacance est constatée : démission, destitution, décès ou incapacité physique. Ce qui est dans le pays actuellement ne correspond à aucun de ces cas. »

Bastien insiste pour dire : « On ne peut pas prendre une phrase de la Constitution pour résoudre un problème de facto. La solution doit être politique et non juridique. »

La tension est accentuée par l’ingérence internationale. Madistin ironise : « Puisque les autorités étrangères, américaines et autres affirment supporter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, donc la majorité est l’appui des étrangers (USA, Canada, Union européenne, BINUH…). »

Cette observation souligne le double enjeu : la souveraineté nationale face aux pressions externes et la nécessité pour les acteurs haïtiens de trouver une solution politique et consensuelle.

Au final, la crise autour du Premier ministre démontre que, en Haïti, le droit administratif sert souvent à justifier des choix politiques, tandis que la légitimité réelle reste conditionnée par l’adhésion populaire et la maîtrise de l’influence étrangère. Comme le souligne Bastien et Privert, aucune architecture juridique ne peut remplacer un accord politique solide pour assurer la stabilité et la continuité de l’État.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Bilan sanitaire : un an d’actions concrètes du ministre de la Santé, Dr Bertrand Sinal, dans un contexte de crise

Par Jean Wesley Pierre

À l’occasion du premier anniversaire de son entrée en fonction, le ministre de la Santé publique et de la Population, le Dr Bertrand Sinal, a présenté, ce jeudi 29 janvier 2026, un bilan détaillé des actions menées au cours des douze derniers mois, dans un contexte qualifié comme l’un des plus difficiles qu’ait connus le système de santé haïtien ces dernières décennies.

Lors de sa prise de fonction, le secteur sanitaire faisait face à une crise multidimensionnelle marquée par un exode massif de professionnels de santé, de nombreux départs à la retraite sans mécanismes de remplacement, ainsi que la fermeture ou la paralysie de plusieurs institutions sanitaires en raison de l’insécurité, des attaques armées et des difficultés d’accès.

C’est dans ce contexte que le ministre affirme avoir engagé, avec l’appui du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, une série de réformes et d’actions structurelles visant à maintenir le système en fonctionnement.

Renforcement des ressources humaines

Selon les chiffres communiqués, 1 708 nominations ont déjà été effectives sur un total de 2 646 projets de nominations engagés, dans l’objectif de renforcer durablement les capacités du système de santé à travers le pays. Ces recrutements concernent notamment :

  • 70 infirmières lauréates des examens d’État 2023–2024 dont les dossiers étaient en attente ;
  • 233 infirmières recrutées à l’issue d’un concours national organisé par le MSPP ;
  • 120 professionnels de santé toutes catégories confondues (médecins généralistes et spécialistes, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, techniciens et biologistes médicaux) ;
  • 121 cadres nommés au sein des directions centrales du ministère.
  • Des contrats spéciaux et des lettres d’affectation ont également été mis en place dans plusieurs zones difficiles afin d’assurer la continuité des services de santé.

Approvisionnement et accès aux soins

Conscient que les ressources humaines ne peuvent agir sans moyens matériels, le ministère a procédé à la distribution de médicaments, d’équipements et d’intrants médicaux dans les dix départements du pays, malgré les contraintes sécuritaires et logistiques. Neuf conteneurs de 40 pieds ont été acheminés et répartis de manière stratégique, dans le but de réduire le coût des soins, en particulier pour les populations les plus vulnérables.

Entre janvier 2025 et janvier 2026, les données disponibles indiquent une augmentation notable de la fréquentation des services de santé, notamment à Jérémie, Fort-Liberté, Gonaïves et dans d’autres zones du pays. Une hausse significative des accouchements en milieu hospitalier, y compris dans les zones frontalières, a également été enregistrée, traduisant une amélioration de l’accès aux soins maternels sécurisés.

Constructions et réhabilitations des infrastructures sanitaires

Plus de trente projets de construction, de réhabilitation ou de réouverture d’infrastructures sanitaires sont en cours ou déjà finalisés à travers le pays. Ces interventions concernent notamment les départements des Nippes, du Nord, du Nord-Est, du Sud, de l’Artibonite, de la Grand’Anse, du Sud-Est et de l’Ouest. Plusieurs hôpitaux, Hôpitaux communautaires de référence (HCR), centres et postes de santé ont été inaugurés ou remis en service, avec l’installation de systèmes solaires pour garantir la continuité énergétique.

À noter que 98 % des intrants et matériels distribués ont été financés par le Trésor public, un fait que le ministre présente comme la preuve de la capacité de l’État haïtien à agir lorsque la volonté politique est présente.

Coopération internationale et réponses d’urgence

Sur le plan international, Haïti a renforcé ses partenariats bilatéraux et multilatéraux, notamment avec la Banque interaméricaine de développement (BID), et a marqué un tournant historique avec son élection au Conseil exécutif de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Face à la crise des déplacés internes, le MSPP a mis en place des cliniques mobiles, des campagnes de fumigation et de dératisation, ainsi que la prise en charge gratuite de patients issus des camps dans plusieurs hôpitaux publics. Malgré l’arrêt de certains financements externes, le ministère assure qu’aucune rupture de stock de médicaments antirétroviraux (ARV) n’a été enregistrée sur le territoire national. Un projet de décret portant création d’un Fonds national VIH/SIDA est par ailleurs en attente d’adoption en Conseil des ministres.

Une année difficile, mais des résultats revendiqués

Après douze mois à la tête du secteur, le ministre Dr Bertrand Sinal qualifie cette période d’« année difficile, mais porteuse de résultats ». Il estime que ce bilan démontre qu’en dépit des crises sécuritaire, humanitaire et institutionnelle, un leadership structuré, une vision claire et une discipline de gestion peuvent contribuer à améliorer l’accès aux soins et à relancer progressivement le système de santé.

« La santé est un droit fondamental. Le Gouvernement reste pleinement engagé à le défendre et à le protéger, malgré les difficultés », a conclu le ministre.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Diplomatie : une nouvelle représentation apostolique attendue en Haïti

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 29 janvier 2025 —
Le Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, a rencontré, à la Nonciature apostolique, le Révérend Père Claude Éric Andriamirado, représentant du Nonce apostolique, récemment de retour en Haïti après plusieurs mois d’absence.

Cette rencontre a permis d’aborder les principales préoccupations liées à la situation nationale, marquée par une crise multidimensionnelle affectant profondément la vie politique, sociale et humanitaire du pays. À cette occasion, le Révérend Père Andriamirado a transmis au Président du CPT un message de solidarité du Saint-Siège et du Vatican à l’endroit du peuple haïtien, en cette période particulièrement difficile.

Au cours des échanges, le représentant du Nonce apostolique a annoncé que le Saint-Siège s’apprête à engager les démarches nécessaires en vue de la désignation d’un nouveau Nonce apostolique en Haïti. Cette annonce intervient dans un contexte où la présence diplomatique du Vatican dans le pays est perçue comme un levier important de dialogue, de médiation et de soutien moral.

Selon les informations communiquées, cette initiative s’inscrit dans le prolongement des démarches diplomatiques entreprises par le Président Laurent Saint-Cyr, tant sur le territoire national qu’à l’étranger, en faveur d’un renforcement de l’engagement du Saint-Siège en Haïti.

Dans ce cadre, le Président du CPT a eu plusieurs échanges avec de hauts responsables de l’Église catholique et du Vatican. Il s’est notamment entretenu avec l’Archevêque Francisco Escalante Molina lors d’une rencontre au Japon, ainsi qu’avec Monseigneur Eugene Nugent, ancien Nonce apostolique en Haïti, au Qatar. D’autres discussions ont également eu lieu avec des responsables ecclésiastiques de haut rang, en Haïti comme à l’étranger.

Ces échanges visaient à souligner l’importance stratégique et symbolique de la présence d’un Nonce apostolique en Haïti, dans un contexte de crise prolongée où les institutions religieuses jouent souvent un rôle de médiation et d’accompagnement social.

La perspective de la nomination d’un nouveau représentant diplomatique du Vatican témoigne de l’attention particulière accordée par le Saint-Siège à la situation haïtienne. Elle traduit également la volonté de l’Église catholique de continuer à accompagner le pays dans ses efforts en faveur de la paix, du dialogue national et de la stabilité institutionnelle.

Aucune date officielle n’a toutefois été communiquée quant à la nomination effective du futur Nonce apostolique, les démarches étant encore en cours au niveau du Vatican.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

PIJE : 215 jeunes stagiaires déployés dans les institutions publiques à travers le pays

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le jeudi 29 janvier 2026 —Le Programme d’Initiation des Jeunes à l’Emploi (PIJE) poursuit sa relance avec le déploiement de 215 jeunes stagiaires au sein de plusieurs institutions du secteur public, dans le cadre de la deuxième cohorte consécutive depuis la remise en activité du programme.

Selon les autorités, ces affectations ont été réalisées entre le 8 et le 20 janvier 2026. Les jeunes bénéficiaires, issus des universités et des écoles professionnelles, effectueront un stage rémunéré de trois mois, financé par le Trésor public, dans l’objectif de renforcer leurs compétences et d’acquérir une première expérience professionnelle structurante.

Les stagiaires ont été officiellement accueillis par les responsables administratifs, notamment les Directions générales et les Directions des ressources humaines des institutions concernées. Celles-ci incluent notamment la Direction Générale du Budget (DGB), l’Inspection Générale des Finances (IGF), l’Administration Générale des Douanes (AGD), la Direction Générale des Impôts (DGI), l’Office d’Assurance Véhicules Contre Tiers (OAVCT), le Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES), le Conseil National des Télécommunications (CONATEL), le Conseil National de Sécurité Alimentaire (CNSA), la Société Nationale des Parcs Industriels (SONAPI), ainsi que plusieurs ministères clés de l’administration publique.

Parmi les ministères impliqués figurent notamment le Ministère des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC), le Ministère de l’Environnement (MDE), le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), le Ministère du Tourisme (MT), le Ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), ainsi que le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF).

Les autorités annoncent par ailleurs que 50 autres jeunes stagiaires seront affectés, d’ici la fin du mois de janvier, au sein d’entreprises membres de la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ouest (CCIO). Cette initiative vise à élargir l’expérience professionnelle des bénéficiaires au secteur privé et à renforcer les liens entre l’administration publique et le tissu économique national.

Le PIJE est un programme national, couvrant l’ensemble du territoire de la République d’Haïti. Il a pour mission de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés, en leur offrant des stages rémunérés, soutenus par l’État, afin de leur permettre d’acquérir des compétences pratiques et une expérience professionnelle reconnue.

Institué par la circulaire no 008 de la Primature en date du 28 mars 2025, le Programme d’Initiation des Jeunes à l’Emploi est une initiative du Gouvernement haïtien, placée sous la coordination du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF).

À travers ce dispositif, les autorités entendent répondre, au moins en partie, aux défis persistants du chômage des jeunes et de l’accès à une première expérience professionnelle, dans un contexte économique et social particulièrement difficile.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Crise au sommet du CPT : Smith Augustin s’oppose à la destitution de Laurent Saint-Cyr et se met en retrait

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À quelques jours de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), une nouvelle fracture interne éclate. Dans une lettre adressée à ses collègues, le conseiller-président Smith Augustin rejette la démarche visant à destituer le coordonnateur Laurent Saint-Cyr. Il annonce également son retrait de tout processus décisionnel similaire jusqu’au 7 février 2026.

Port-au-Prince, 29 janvier 2026 — Le climat politique au sein du Conseil présidentiel de transition continue de se détériorer. Dans une correspondance officielle adressée aux conseillers-présidents Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, le conseiller-président Smith Augustin a exprimé son opposition formelle à la tentative de destitution du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr.

Dans cette lettre, Smith Augustin revient sur le contexte ayant conduit à la crise actuelle, rappelant que la démarche initiale concernait le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Une initiative à laquelle il dit avoir adhéré de bonne foi, estimant que les prérogatives présidentielles du CPT le permettaient et qu’une telle décision pouvait faciliter la transition institutionnelle à compter du 7 février 2026.

Cependant, le conseiller-président constate que cette décision a profondément divisé le Conseil, aggravé la crise politique et provoqué des tensions diplomatiques, notamment avec les États-Unis, qui ont exprimé un soutien explicite et inhabituel au chef du gouvernement.

Face à cette situation, Smith Augustin affirme avoir tenté, deux jours après le déclenchement de la crise, de privilégier la voie du dialogue en adressant une correspondance au coordonnateur du CPT, une initiative restée sans suite. Il déplore aujourd’hui l’option choisie par certains de ses collègues visant à destituer Laurent Saint-Cyr afin de désigner un nouveau coordonnateur chargé de transmettre au journal officiel la résolution relative au renvoi du Premier ministre.

Sur le plan juridique, Smith Augustin juge cette démarche difficilement soutenable. Il estime qu’une résolution non publiée ne saurait légalement abroger une résolution antérieure dûment publiée, notamment celle fixant la durée et la répartition de la coordination de la présidence tournante. Il souligne également l’absence de consensus sur la légalité de la procédure envisagée.

Le conseiller-président alerte par ailleurs sur les risques institutionnels d’une telle escalade. Il s’interroge notamment sur les conséquences concrètes d’un éventuel refus de transmission au journal officiel, évoquant la possibilité de révocations successives au sein de l’administration publique, une dynamique qu’il qualifie de potentiellement incontrôlable à quelques jours seulement de la fin du mandat du CPT.

Estimant que cette orientation n’est ni responsable ni appropriée dans un contexte de forte fragilité institutionnelle, Smith Augustin appelle à davantage de retenue, de rigueur institutionnelle et de sens de l’État. Il affirme que le peuple haïtien attend des membres du CPT un dépassement des clivages internes plutôt qu’une aggravation de la crise.

En conséquence, il annonce qu’à compter de ce 29 janvier et jusqu’au 7 février 2026, il s’abstiendra de participer à tout processus décisionnel qu’il percevrait comme une escalade institutionnelle aux conséquences imprévisibles. Une position qu’il dit assumer pleinement, dans la sérénité et le respect des responsabilités qui ont été les siennes tout au long de cette mission de transition.

La correspondance a été mise en copie aux autres membres du Conseil présidentiel de transition, dont le coordonnateur Laurent Saint-Cyr, ainsi qu’aux conseillers-présidents Emmanuel Vertilaire, Régine Abraham et Frinel Joseph.

La rédaction