jeudi, mars 12, 2026
11.2 C
Londres
Accueil Blog Page 22

Haïti: On a bu la matière fécale ?

Il faut parfois des mots durs pour décrire des réalités encore plus dures. Aujourd’hui, ce n’est plus une métaphore : en Haïti, nous avons bu de la matière fécale. Publié en fin du mois de janvier 2026, le rapport du ministère du Commerce et de l’Industrie est sans appel : plus de 92 % de l’eau consommée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince est contaminée, parfois par des microbes, parfois par des matières fécales. Autrement dit, ce que des millions de citoyens achètent chaque jour comme “eau potable” est, en réalité, un danger pour leur vie.

Ce scandale sanitaire n’est pas seulement une statistique. Il a un visage : celui des enfants qui tombent malades, des personnes âgées affaiblies, des familles qui dépensent leurs maigres ressources pour se soigner après avoir simplement bu de l’eau.

Dans un pays déjà éprouvé par l’insécurité, la pauvreté et l’effondrement du système de santé, cette révélation sonne comme une condamnation silencieuse de toute une population.

Le plus révoltant, c’est que cette eau est vendue, étiquetée, présentée comme “traitée”, “pure”, “sûre”. L’État a laissé prospérer un marché où l’illusion a remplacé le contrôle, où le profit a pris le pas sur la santé publique. Comment expliquer qu’en 2026, dans un pays de plus de près de 12 millions d’habitants, boire de l’eau soit devenu un acte à haut risque ?

Certes, le ministère du Commerce et de l’Industrie reconnaît la gravité de la situation et promet un renforcement des contrôles, une meilleure régulation. C’est nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant. Car ce drame ne date pas d’hier. Il est le produit d’années de laxisme, d’absence de normes appliquées, de contrôles inexistants ou complaisants. L’État ne peut pas se contenter de constater : il est comptable de ce qui arrive.

L’accès à une eau potable n’est pas un luxe. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté, le 28 juillet 2010, la résolution 64/292 reconnaissant le droit à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit humain fondamental, indispensable au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme. Elle appelle les États et les organisations internationales à fournir des ressources, renforcer leurs capacités et coopérer pour garantir à tous l’accès à une eau potable, propre, salubre, accessible et abordable.

Aucun discours sur le développement, la stabilité ou la reconstruction d’Haïti ne tient debout si la population ne peut même pas boire sans risquer la maladie. Une nation qui ne protège pas l’eau qu’elle fait consommer à ses enfants compromet son propre avenir.

Aujourd’hui, l’heure n’est plus aux rapports rangés dans des tiroirs ni aux promesses de conférences de presse. Il faut des décisions fermes, des fermetures d’entreprises fautives, des contrôles permanents, une politique publique claire et assumée sur l’eau potable. Et surtout, il faut des comptes. Parce que ce scandale a des responsables.

Oui, nous avons bu de l’eau contaminée. Oui, nous avons peut-être, sans le savoir, bu de la matière fécale. Mais ce que nous ne devons plus jamais avaler, c’est l’indifférence de l’État face à un crime sanitaire de cette ampleur. L’eau, c’est la vie. Et la vie des Haïtiens mérite mieux que ça.

Et si les citoyens décidaient de porter plainte contre l’État haïtien pour les avoir laissés boire de l’eau impropre, parfois chargée de matières fécales ? Qui jugerait alors les autorités censées protéger la santé publique ? Et surtout, devant quelle justice un peuple peut-il réclamer des comptes à ceux qui ont failli à leur mission première : garantir le droit à la vie ?

Mettre fin à cette habitude forcée de boire une eau imbibée de microbes et de matières fécales semble encore, tragiquement, bien loin d’être une réalité.

Editorial de Wideberlin Sénexant

Haïti : deux dialogues, deux trajectoires, une même crise

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le dimanche 1er février 2026 —À six jours de la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la scène politique haïtienne s’est fragmentée en deux espaces de concertation distincts, révélateurs des profondes divisions qui traversent la transition. Tandis qu’un dialogue interhaïtien s’est ouvert à l’hôtel Montana sous l’impulsion de membres du Conseil Présidentiel de Transition, une autre rencontre politique s’est tenue simultanément à l’hôtel Oasis, aboutissant à la proposition d’une gouvernance bicéphale à compter du 7 février.

À l’hôtel Montana : un dialogue sous tension, sous observation et sous discours souverainiste

À l’initiative les membres du Conseil Présidentiel de Transition Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, un forum interhaïtien a démarré ce dimanche à l’hôtel Montana. Autour de la table : des représentants du secteur politique, du mouvement syndical, du secteur vodou et quelques organisations sociales. La présence d’un observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) contrastait toutefois avec l’absence remarquée des principaux partenaires internationaux traditionnels, notamment les États-Unis, le Canada et la France.

C’est dans ce contexte que le diplomate Pierre Antoine Louis a tenu un discours se voulant rassembleur mais profondément souverainiste, affirmant :

« Quelle que soit la formule sur laquelle un groupe d’Haïtiens s’accordera, même si je ne suis pas d’accord, je l’accepterai dès lors que c’est ce qui est bon pour Haïti. »

Cette déclaration, largement relayée dans les couloirs du Montana, visait à légitimer le processus en cours comme une tentative de sortie de crise strictement nationale. Pierre Antoine Louis est allé plus loin en excluant explicitement toute ingérence ou médiation étrangère dans les choix à venir :

« Je ne pense pas que ni la CARICOM, ni l’OEA, ni l’ONU, ni les pays dits amis d’Haïti — États-Unis, Canada, la France — aient quoique ce soit à voir là-dedans… Des Haïtiens se réunissent, ce qu’ils trouvent comme solution, ils l’appliqueront le 7 février 2026. »

Un positionnement qui tranche avec la réalité diplomatique observée depuis le début de la transition, largement encadrée par des acteurs internationaux, et qui entre en contradiction avec les informations de sources concordantes indiquant que la CARICOM et Washington privilégieraient plutôt une continuité gouvernementale autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

De son côté, l’ancien député A. Rodon Bien-Aimé se dit pour un dialogue inclusif inter haïtien mais pas avec la continuation du CP.

À l’hôtel Oasis : une alternative politique assumée

Pendant ce temps, à Pétion-Ville, sous l’égide du groupe interreligieux, une frange importante de la classe politique haïtienne regroupant des dizaines de blocs de partis et mouvements divers s’est réunie à l’hôtel Oasis. Cette rencontre a débouché sur une décision politique forte : l’option d’une gouvernance bicéphale, dirigée par un juge de la Cour de cassation à partir du 7 février 2026.

Une commission de cinq membres, composée notamment de Djina Guillet Delatour, Annibal Coffy
et de l’ex sénateur Jean Renel Sénatus, a été mise en place pour consulter les magistrats de la Cour et évaluer leur disponibilité à assumer cette fonction. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de rupture avec les mécanismes de transition perçus comme imposés, inefficaces ou déconnectés de la réalité populaire.

Deux réunions, un même constat

Ces deux réunions parallèles traduisent une réalité préoccupante : l’absence de cadre consensuel, unificateur et reconnu pour organiser la sortie de crise. Entre un dialogue institutionnel affaibli, porté par des responsables en fin de mandat, et une initiative politique alternative encore incertaine sur le plan opérationnel, la transition haïtienne se termine dans la fragmentation.

À l’approche du 7 février 2026, ces dynamiques concurrentes illustrent moins une vitalité démocratique qu’un vide d’autorité, où chaque camp tente d’imposer sa lecture de la légitimité, dans un contexte de pressions internationales persistantes et de défiance populaire généralisée.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Le MENFP pleure l’un de ses cadres : Me Sifrant Michel

0

Par Jean Valdonel CONSTANT

Je confirme le décès tragique de Me Sifrant Michel par le biais du professeur et écrivain Yves ROBLIN, Directeur Général du Ministère de l’Éducation Nationale, Le drame s’est produit vers 10 heures du soir, le vendredi 30 janvier 2026, entre Delmas 31 et 33, alors que la victime se trouvait probablement seule. Une mort qui s’ajoute ainsi à la longue liste des citoyens emportés par une insécurité devenue chronique et incontrôlable.

Homme intègre, crédible et profondément engagé, Me Sifrant Michel était attaché et proche collaborateur du Directeur Général Yves ROBLIN. Il œuvrait avec discrétion, rigueur et loyauté au renforcement de l’administration éducative; convaincu que l’éducation demeure l’un des piliers essentiels du redressement national. Sa disparition constitue une perte majeure pour l’État haïtien et pour la communauté éducative.

Joint par téléphone, le Directeur général du MENFP a fermement condamné l’assassinat de son collaborateur immédiat. Il a exprimé sa confiance dans la justice haïtienne et appelé les autorités compétentes à faire toute la lumière sur les circonstances de cette mort tragique.

Me Sifrant Michel laisse derrière lui trois enfants, dont une fille poursuivant ses études au Canada.

Le Relief s’incline devant sa mémoire et présente ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté éducative.

Jean Valdonel CONSTANT

Lettre ouverte à Matiado Vilmé

À toi, ma collègue, ma sœur de combat, Mati,

Je t’écris avec le cœur serré, les yeux humides, non par faiblesse, mais parce que la mémoire insiste, parce que l’oubli serait une trahison.

Je me souviens de la FANM VANYAN que j’ai rencontrée pour la première fois au Champs-de-Mars. Micro et caméra en main, le regard droit, habité par la fierté et l’amour du métier. Ce jour-là, j’ai compris que le courage pouvait avoir un visage de femme.

Sous les balles, les gaz lacrymogènes, les menaces des manifestants et parfois même celles de certains policiers, tu n’as jamais reculé. Tu es restée debout, solide, fidèle à ta mission. Là où d’autres tremblaient, tu avançais.

Pour moi, tu es bien plus qu’une journaliste : tu es une héroïne de la presse haïtienne, une figure emblématique du courage et de la dignité. Tu l’as prouvé une fois de plus lors de l’attaque à l’hôpital de l’UEH. Malgré la douleur, malgré la maladie, tu as tendu la main, tu as porté secours à des collègues blessés par balles.

Même blessée, tu protégeais encore les autres.
Tu as toujours été ce rempart silencieux. Je me souviens du jour où un policier m’a agressé. La colère m’envahissait, je voulais répondre. Tu m’as regardé et tu as dit, simplement :
« Kanga, non. Laisse tomber. Faisons notre boulot. »
Ces mots m’accompagnent encore.

Tu as été une boussole pour les jeunes journalistes, une voix sage dans le tumulte. Nul besoin de plaques, de décorations ou de discours officiels pour reconnaître ta valeur. Ton mérite est inscrit dans chaque reportage, chaque blessure, chaque pas fait au nom de la vérité. Tu as porté notre honneur, camarade.

Aujourd’hui, te voir allongée sur un lit d’hôpital me brise le cœur. Si l’amour, le respect et la reconnaissance pouvaient guérir, tu serais déjà debout. Si j’avais le pouvoir de t’aider à te relever, je le ferais sans la moindre hésitation.

Repose-toi, guerrière.
Nous porterons ta voix.
Nous refuserons l’oubli.
Et nous continuerons le combat.

La presse haïtienne te doit beaucoup.
Et moi, je te dois le respect éternel.
Je t’aime, Mati.

Reviens-nous vite.

Ton collègue-frère.

Sèl lanmou k ap rete ❤️

Kanga Zile

Subvention scolaire: Le FNE remet 271 chèques dans le cadre de son programme d’aide aux parents

0

Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Le Fonds National de l’Éducation (FNE) a lancé, ce samedi 31 janvier 2026, la distribution des subventions scolaires pour l’année académique 2025-2026 en remettant un premier lot de 271 chèques à des parents d’élèves. Cette initiative marque le début d’un processus appelé à se poursuivre dans les prochains jours, selon les responsables de l’institution.

Les chèques ont été émis directement à l’ordre des établissements scolaires concernés, une mesure destinée à assurer la transparence et la traçabilité des fonds alloués. Le FNE entend ainsi prévenir toute mauvaise utilisation des ressources et garantir que les subventions bénéficient effectivement à la scolarisation des enfants.

Sur environ 7 000 demandes soumises, certaines n’ont pas satisfait à l’ensemble des critères exigés. L’administration du FNE indique toutefois qu’elle s’emploiera, dans la mesure du possible, à contacter les parents concernés afin d’examiner les options disponibles et d’apporter les ajustements nécessaires.

Par ailleurs, les parents ayant déjà acquitté les frais de scolarité pour l’année en cours sont invités à s’entendre avec les directions des écoles afin de reporter les montants correspondants sur la prochaine année académique.

Pour garantir un traitement rigoureux, équitable et impartial de l’ensemble des dossiers, une commission d’analyse a été spécialement mise en place. Le FNE réaffirme, à cette occasion, son engagement en faveur d’une gestion saine et efficace des fonds publics destinés aux subventions scolaires, dans l’intérêt des familles et du système éducatif national.

Jean Mapou/ Le Relief

Haïti – Santé: Démission du directeur général, symptôme d’un signal d’alarme

Par Jean Wesley Pierre

La démission du docteur Prince Pierre Sonson de son poste de directeur général de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) marque un nouvel épisode dans la crise profonde que traverse le plus grand centre hospitalier du pays. Dans une correspondance en date du 31 janvier 2026, au ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le Dr Sonson a officiellement annoncé son retrait de la direction de l’institution, selon des informations rapportées par le célèbre journaliste Wendell Théodore de la Radio Télévision Métropole.

Cette décision intervient dans un contexte de délabrement institutionnel, sécuritaire et sanitaire, où l’HUEH, autrefois pilier du système de santé haïtien, peine à remplir sa mission fondamentale de prise en charge des patients.

Une démission lourde de sens

Si aucune justification détaillée n’a encore été rendue publique par l’intéressé, la démission du directeur général s’inscrit dans une suite d’événements critiques ayant profondément affecté le fonctionnement et la gouvernance de l’HUEH au cours des deux dernières années.

Depuis 2024, l’hôpital est devenu un symbole de la vulnérabilité des infrastructures publiques face à l’insécurité armée, au manque de coordination institutionnelle et à l’absence de politiques sanitaires cohérentes. La direction de l’HUEH a dû composer avec :

  • des interruptions répétées de services,
  • l’insécurité chronique aux abords et à l’intérieur du site,
  • la fuite du personnel médical,
  • et la dégradation continue des équipements et des bâtiments.

La réouverture avortée de décembre 2024, point de bascule

La tentative de réouverture de l’HUEH, le 24 décembre 2024, a constitué un tournant dramatique. L’événement, organisé sans coordination sécuritaire adéquate, a dégénéré en fusillade meurtrière, coûtant la vie à deux journalistes et à un policier, et faisant plusieurs blessés graves, dont la journaliste Florise Desronvil, atteinte de deux balles et confrontée à un risque de paralysie faute de soins spécialisés disponibles dans le pays.

Les conséquences institutionnelles ont été immédiates : le ministre de la Santé de l’époque, Dr Duckenson Lorthé Bléma, a été révoqué de ses fonctions pour manquements graves dans l’organisation de l’événement. Toutefois, cette décision n’a pas permis de restaurer durablement la stabilité au sein de l’hôpital.

L’attaque armée et l’incendie de l’HUEH

La situation s’est encore aggravée avec l’attaque menée par des groupes armés contre l’HUEH, ayant entraîné l’incendie de plusieurs installations, la destruction d’équipements médicaux essentiels et la fuite précipitée du personnel et des patients. Cet épisode a privé des milliers de personnes d’un accès déjà limité aux soins et a renforcé l’image d’un hôpital abandonné à son sort dans un environnement d’insécurité généralisée.

Pour la direction générale, gérer un établissement hospitalier de cette envergure dans de telles conditions relevait d’un défi quasi insurmontable, sans soutien sécuritaire effectif ni moyens financiers et logistiques suffisants.

Une crise structurelle plus large

La démission du Dr Prince Pierre Sonson ne peut être analysée comme un fait isolé. Elle met en lumière une crise structurelle du système de santé haïtien, où les responsabilités individuelles se heurtent à :

  1. l’effondrement de l’autorité de l’État,
  2. l’absence de continuité administrative,
  3. la politisation des décisions sanitaires,
  4. et la dépendance accrue à l’aide humanitaire.

Dans ce contexte, la direction de l’HUEH apparaît comme un poste exposé, soumis à des pressions multiples, sans cadre de gouvernance stable ni capacité réelle d’action.

Quel avenir pour l’Hôpital Général ?

La vacance à la tête de l’HUEH pose désormais la question de la reconstruction institutionnelle du centre hospitalier. Au-delà de la nomination d’un nouveau directeur général, la survie même de l’Hôpital Général dépendra de :

▪︎ la sécurisation durable du site,
▪︎ la réhabilitation des infrastructures détruites,
▪︎ la protection du personnel de santé,
▪︎ et l’élaboration d’une politique sanitaire nationale crédible.

La démission du directeur général agit ainsi comme un signal d’alarme : sans réponse structurelle et coordonnée, l’HUEH risque de rester le reflet le plus frappant de la crise de gouvernance et de la fragilité des services publics en Haïti.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Croix-des-Bouquets : au moins huit bandits tués lors d’une opération conjointe de la PNH et de la Task Force

Par Jean Wesley Pierre

Au moins huit individus armés ont été tués et deux fusils automatiques saisis lors d’une opération conjointe menée par la Police nationale d’Haïti (PNH) et la Task Force, le samedi 31 janvier 2026, à Croix-des-Bouquets. L’intervention visait à reprendre le contrôle de la commune, largement dominée par le gang des 400 Mawozo, dirigé par Wilson Joseph, alias Lanmò Sanjou.

Selon des informations, l’opération s’inscrit dans une stratégie de démantèlement des groupes armés opérant dans cette zone stratégique de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Croix-des-Bouquets est depuis plusieurs années un foyer majeur d’insécurité, marqué par des enlèvements, des attaques armées et un contrôle territorial exercé par des gangs lourdement armés.

Une opération ciblée dans le bastion des 400 Mawozo

Les forces de l’ordre ont mené cette intervention dans des secteurs identifiés comme des points d’appui du gang, dans le but de neutraliser des individus armés et de récupérer des armes de guerre utilisées contre la population civile et les autorités.

Les deux fusils automatiques saisis ont été placés sous scellés pour les besoins de l’enquête. Aucune information officielle n’a encore été communiquée concernant d’éventuelles arrestations ou des pertes du côté des forces de sécurité.

Un enjeu sécuritaire majeur

Le gang des 400 Mawozo est considéré comme l’un des groupes criminels les plus puissants et les plus violents du pays. Son influence à Croix-des-Bouquets a fortement perturbé la vie économique et sociale de la commune, entraînant la fuite de nombreux habitants, la paralysie des activités commerciales et un accès limité aux services publics.

Cette opération intervient dans un contexte de pression accrue sur les autorités haïtiennes, appelées à intensifier les actions de terrain face à la montée de l’insécurité et à la prolifération des groupes armés dans la région métropolitaine.

Poursuite des opérations annoncée

Les autorités policières n’ont pas exclu la poursuite d’opérations similaires dans les jours à venir, affirmant leur volonté de restaurer l’autorité de l’État dans les zones sous contrôle de gangs armés.

Toutefois, la situation sécuritaire à Croix-des-Bouquets demeure volatile, et les habitants continuent de vivre dans un climat de crainte, dans l’attente d’un retour durable à la sécurité.

Jean Wesley Pierre

Haïti sous tutelle : quand l’impérialisme dicte la politique nationale

0

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le samedi 31 janvier 2026 — Les déclarations faites le 29 janvier 2026 au Conseil de sécurité des Nations unies par la représentante suppléante des États-Unis, Jennifer Locetta, marquent une étape supplémentaire dans la normalisation de la tutelle internationale sur Haïti. Ce jour-là, Washington n’a pas seulement exprimé une opinion diplomatique : il a tracé une ligne de commandement, désigné un chef à maintenir en place et ordonné la dissolution d’une institution haïtienne, le Conseil présidentiel de transition (CPT), au plus tard le 7 février 2026.

Nous ne sommes plus dans l’assistance internationale. Nous sommes dans l’administration politique d’un État souverain par des puissances étrangères, sous couvert de sécurité, de stabilité et de lutte contre les gangs armés.

La souveraineté haïtienne, variable d’ajustement géopolitique

En affirmant que le maintien du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est « essentiel » à la stabilisation d’Haïti, les États-Unis se substituent de facto au peuple haïtien et à ses institutions. Ils ignorent sciemment une réalité politique pourtant documentée : une majorité des membres votants du CPT a adopté une résolution en faveur de son renvoi.

Ce choix unilatéral illustre une logique impériale bien connue :

la légitimité ne vient plus du vote, du consensus national ou de la loi, mais de la conformité aux intérêts stratégiques des puissances dominantes.

Le BINUH : vitrine humanitaire, instrument politique

La prorogation d’une année supplémentaire du mandat du BINUH, avec des missions prétendument « recentrées », s’inscrit dans une continuité historique : celle des missions internationales incapables d’apporter la paix, mais extrêmement efficaces pour neutraliser la souveraineté haïtienne.

Depuis plus de deux décennies, chaque mission onusienne promet stabilité et reconstruction. Le résultat est connu de tous :

  1. gangs plus puissants,
  2. institutions plus faibles,
  3. État plus dépendant,
  4. population plus vulnérable.

Le discours sécuritaire sert ici de cache-misère idéologique, masquant une réalité plus crue : Haïti est traitée comme un territoire sous gestion internationale, incapable, selon cette logique, de se gouverner elle-même.

La désagrégation du CPT : un ordre, pas une recommandation

L’appel américain à dissoudre le CPT avant le 7 février n’est ni neutre ni innocent. Il s’agit d’un acte d’ingérence directe, assumé publiquement, qui rappelle les pires pages de l’histoire haïtienne : occupations militaires, gouvernements imposés, transitions téléguidées.

Qualifier les acteurs haïtiens d’« interférences corrompues » tout en conservant ses propres alliés politiques relève d’un paternalisme colonial, où la corruption devient un argument sélectif, utilisé pour disqualifier certains et sanctifier d’autres.

L’élite haïtienne, complice passive de la domination

Mais l’impérialisme ne s’impose jamais seul. Il prospère sur la faillite morale et politique des élites locales. En Haïti, trop de dirigeants :

  • recherchent l’aval des chancelleries plutôt que celui du peuple,
  • confondent gouvernance et survie politique personnelle,
  • marchandent la souveraineté nationale contre une reconnaissance internationale.

Cette trahison silencieuse est le carburant principal de la domination étrangère. Tant que des acteurs haïtiens continueront à quémander l’arbitrage international pour régler des conflits internes, les décisions cruciales seront prises hors du pays.

La sécurité nationale comme prétexte, la domination comme finalité

L’argument de la lutte contre les gangs est devenu l’outil narratif central de l’ingérence. Pourtant, aucun bilan sérieux ne démontre que les solutions imposées de l’extérieur ont réduit durablement la violence. Au contraire, la fragmentation de l’État et la dépendance sécuritaire ont créé un vide dont les groupes armés ont tiré profit.

Imposer un leadership « fort » sans légitimité populaire réelle revient à confondre autorité et contrôle, stabilité apparente et paix durable.

Un peuple dépossédé de son droit à décider

À force de décisions prises à New York, Washington ou ailleurs, le peuple haïtien est réduit au rang de spectateur de sa propre histoire. La démocratie devient un horizon abstrait, constamment repoussé, pendant que les arrangements politiques se négocient hors de tout contrôle citoyen.

Or, aucune paix imposée, aucune transition sous tutelle, aucune solution importée ne pourra réparer une nation privée de sa capacité à décider pour elle-même.

Revenir à l’idéal Dessalieniennes : souveraineté ou illusion

Haïti est née d’un refus radical de la domination impériale. Renoncer aujourd’hui à cette exigence, même au nom de la sécurité ou de la stabilité, revient à vider l’indépendance de son sens.

La question n’est donc pas de savoir qui soutient quel Premier ministre, ni quelle institution doit disparaître avant le 7 février.

La véritable question est plus brutale, plus fondamentale :

Haïti veut-elle encore être une nation souveraine, ou accepte-t-elle définitivement d’être administrée par d’autres ?

Jean Wesley Pierre

Pourquoi le premier Ministre doit rester en poste ?

Alix Didier Fils-Aimé n’est sans doute pas l’option idéale au regard de la situation que nous avons connu avec Ariel Henry, mais il représente la solution du moment. Pourquoi ?

Parce que le pays aspire avant tout à des élections et ne supporte plus l’enchaînement des transitions. Parce que depuis près de quatre ans, Haïti traverse un vide institutionnel, sans représentants élus. Le processus électoral étant déjà en marche, ce serait contre productif de renvoyer le premier ministre et reprendre tout le processus électoral.

Parce qu’après Ariel, le CPT et Conille, l’heure est venue de s’engager dans un processus électoral clair et définitif, plutôt que de prolonger l’exception. De plus, les partenaires internationaux ont besoin de savoir qu’Haïti a une stabilité institutionnelle en vue du déploiement de la force de répression de gangs prévu pour le mois d’avril. Un nouveau premier ministre ne serait pas capable de garantir un déploiement effectif à la date prévue.

Il est temps de tourner la page des transitions permanentes et d’ouvrir celle de la légitimité démocratique.

Sécurité, élections crédibles et honnêtes, maintenant.

Haïti: l’ex-DG de la PNH Rameau Normil cité par la justice dans une enquête pour trafic d’armes

0

Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— L’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), Rameau Normil, est attendu le mardi 3 février 2026 au cabinet d’instruction criminelle pour être entendu dans le cadre d’une enquête explosive sur la disparition d’armes et le détournement de munitions issues des stocks de la police.

Selon des sources concordantes, l’ex-haut responsable devra répondre à de lourdes accusations, dont association de malfaiteurs et trafic illégal de cartouches qui auraient été écoulées au profit de gangs armés, responsables d’une spirale de violences à travers le pays.

L’enquête porte notamment sur la disparition de 317 fusils appartenant à l’arsenal officiel de la PNH, ainsi que sur la vente présumée de plusieurs milliers de munitions. La justice cherche à établir les responsabilités au sommet de la hiérarchie policière et à identifier d’éventuelles complicités internes.

Dans ce même dossier, Philippe Jovin, ex-directeur central administratif de la PNH, est également convoqué le lundi 2 février 2026. Plusieurs cadres de l’institution, dont l’actuel chef du service des armements, ont déjà été auditionnés, signe que l’enquête s’étend à l’ensemble de la chaîne logistique.

Ce dossier, à fort retentissement politique et institutionnel, ravive les soupçons de collusion entre sphères sécuritaires et groupes armés, dans un contexte où la population réclame des comptes face à une insécurité devenue chronique en Haïti.

Jean Mapou / Le Relief